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Numéro 326

Alcool en milieu étudiant: l’UCL analyse et agit!


La consommation excessive d’alcool en milieu étudiant n’est pas un phénomène neuf. Déjà en 1432, les autorités se plaignaient «des abus commis par les étudiants s’adonnant à la boisson».

En 2010, l’UCL effectuait un premier coup de sonde de la consommation d’alcool en milieu étudiant. Cinq ans plus tard, elle a diligenté une deuxième enquête de terrain sur le sujet et interrogé près de 4 500 étudiants. L’objectif? Comprendre les raisons qui poussent les étudiants à consommer de l’alcool de manière excessive, afin de mettre sur pied des actions ciblées et pertinentes. Cette étude UCL s’inscrit dans un cycle d’enquêtes visant de manière plus large la santé des étudiants: après la consommation d’alcool, l’UCL analysera la vie affective et sexuelle de ses étudiants, leurs habitudes en matière d’alimentation et d’activité physique, et enfin leur bien-être et santé mentale.

Les principaux enseignements de cette étude, réalisée par Pierre Maurage et Séverine Lannoy, chercheurs à l’Institut de recherche en sciences psychologiques de l’UCL? Les étudiants boivent surtout pour se socialiser et pour être dans la norme. Les conséquences? Davantage de faits de violence, des relations sexuelles regrettées ou non protégées et un désinvestissement des études.

Profil du consommateur d’alcool

Sur les 4 500 étudiants interrogés, 25% sont ivres au moins une fois par semaine (8% de non-buveurs, 10% de buveurs quotidiens). Le type d’alcool privilégié est la bière et le jour de la semaine le plus propice à la consommation est le jeudi. Ceux qui kotent boivent davantage que ceux qui résident chez leurs parents. Celui qui boit le plus? Un étudiant de sexe masculin, âgé de 18 à 21 ans, résidant en kot et participant activement au folklore étudiant. Enfin, la consommation d’alcool est la plus forte entre le Bac 1 et le Bac 2 (elle diminue ensuite).

Alcool = socialisation pour les étudiants et diminution du stress

Les étudiants associent la consommation d’alcool à des effets davantage positifs que négatifs. Selon eux, elle renforce la socialisation et la relaxation. 69,4% des répondants déclarent avoir eu plus de facilité à engager une conversation et 67,1% avoir fait la connaissance d’une nouvelle personne. Les étudiants rapportent aussi que l’alcool leur a permis de prendre distance par rapport à certaines inquiétudes et de diminuer leur stress (60,7%).

Boire pour être dans la norme

Parmi les résultats confirmés de cette enquête par rapport à 2010, on note une exagération de la perception que les étudiants ont de la consommation d’alcool de leurs congénères. Avec pour conséquence une tendance à boire plus, pour «faire comme les autres». La pression sociale est le facteur central de la consommation d’alcool.

Quelles conséquences?

A court terme, les principales conséquences d’un abus d’alcool sont les violences entre jeunes (8%) et des relations sexuelles non désirées ou regrettées (12%). A moyen terme, les étudiants reconnaissent ne pas se sentir capables de travailler le lendemain d’une cuite et 44% d’entre eux admettent négliger leurs études suite à une consommation excessive d’alcool. Sur le long terme, cette consommation excessive a des effets néfastes sur le fonctionnement du cerveau, et conduit à des troubles durables de la mémoire, de l’attention et de la concentration.

Vie en kot, consommation plus importante

Les étudiants koteurs (64%) développent une consommation moyenne d’alcool beaucoup plus élevée que ceux qui résident chez leurs parents (a fortiori s’ils sont rattachés à un cercle ou une régionale). La raison? Une vie sociale hyper développée, la fréquence des pré-soirées et des normes très permissives en termes de consommation puisqu’elles sont établies par le groupe lui-même.

Un plan d’action sur dix ans

Le plan alcool établi par l’UCL, en partenariat avec les étudiants, est ambitieux. Il est comme un arbre à cinq branches qui figurent les axes. Ceux-ci sont découpés en objectifs et recensent pas moins de 194 actions très concrètes:

  • 1er axe: développer des modèles d’animation responsable et éthique. Les bars à eau et les gobelets réutilisables sont deux exemples déjà mis en place par les collectifs étudiants. Ils veulent aller plus loin et, en vrac, proposer des softs attractifs, veiller à la propreté des lieux festifs, privilégier des événements de taille moyenne, développer une animation innovante et alternative, etc.;
  • 2e axe: renforcer la prévention dans un but de promotion de la santé. On vise ici à réduire les risques mais aussi l’impact de la consommation d‘alcool sur la santé. Là encore, des actions existent comme la formation des collectifs étudiants en début d’année ou la campagne Guindaille 2.0 qui, à l’aide de visuels disséminés sur les lieux festifs, invite à faire la fête à moindre risque. D’autres projets vont voir le jour: Guindaille 2.0 sera, d’ici quelques semaines, une application; le plan prévoit de créer un test online permettant de donner un feed-back sur la consommation individuelle, voire de la comparer à celle des autres. Ce test sera accessible sur le bureau virtuel UCL des étudiants. Diverses actions prévoient aussi de faire connaître, dès le début des études, la diversité de l’animation étudiante, histoire de montrer que la guindaille n’est pas forcément synonyme de consommation d’alcool;
  • 3e axe: préciser le cadre législatif et conventionnel. L’UCL a mis en place de longue date une charte Aune, établie avec les étudiants, qui spécifie les conditions dans lesquelles se font l’animation et l’occupation des locaux, les règles de sécurité, etc. Le plan prévoit que ce document et les différents règlements seront rendus plus cohérents, renforcés, réévalués et que leur diffusion sera rendue plus efficace;
  • 4e axe: analyser la consommation. Il s’agit de mettre en place un double monitoring. L’un veillera à la bonne mise en œuvre du plan, l’autre analysera la consommation d’alcool en milieu étudiant en collaboration avec les chercheurs qui ont diligenté les enquêtes successives;
  • 5e axe: peser sur la société. L’UCL, qui a entamé ce travail dès 2010, voudrait susciter l’intérêt des autres institutions confrontées au phénomène et créer un effet boule de neige qui pèserait en faveur d’un changement global.

Enfin, ce plan dispose d’un atout non négligeable, c’est d’avoir été construit avec toutes les parties prenantes.

Pour en savoir plus: http://www.uclouvain.be/plan-alcool

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