Un mensuel au service
des intervenants francophones
en promotion de la santé

Numéro 336

Enfants et écrans, des pistes pour s’y retrouver


Un projet local à destination des parents

Apprivoiser les écrans au quotidien, c’est possible ! C’est le message positif que la Mutualité chrétienne de la Province de Luxembourg et les centres de planning familial d’Arlon, Bastogne et Virton font passer aux parents en leur apportant des informations et des pistes concrètes.

Aujourd’hui, la question n’est plus de se prononcer pour ou contre les écrans mais plutôt de savoir comment faire avec.
Télévision, tablette, console de jeux, ordinateur, smartphone... les écrans font partie de notre quotidien et de celui des enfants, dès le plus jeune âge ! À raison de 6 à 10 écrans par foyer, la cohabitation n’est pas toujours simple.

Les recommandations des experts semblent parfois très difficiles à atteindre au quotidien. Cependant, il est important d’en tenir compte pour protéger les enfants de l’impact d’une surconsommation ou d’une mauvaise consommation des écrans. De leur côté, les professionnels de l’enfance observent des changements de comportement et se sentent de plus en plus souvent démunis, voire impuissants. Ils s’interrogent et souhaitent associer les parents à la réflexion.

Une réalité

Les écrans sont partout ! Rares sont les familles qui résistent encore à « l’envahisseur ». Si les adolescents et les adultes sont les plus gros utilisateurs, les enfants réclament à leur tour ces outils numériques et de plus, ils les manient avec une aisance innée. Il faut dire que tout est fait pour attirer les plus jeunes vers ces outils « high-tech » qui proposent, au nom du développement de l’enfant, des applications et des programmes souvent imaginatifs, créatifs, ludiques et interactifs.

Ces nouvelles technologies, en constante évolution, révolutionnent la société actuelle, la culture, l’enseignement, l’éducation, l’économie, la vie des foyers, et aussi la façon de communiquer. On assiste à la naissance d’une génération de « digital natives » ou « enfants du numérique » avec de nouveaux comportements qui suscitent l’inquiétude des parents et des éducateurs.

Entre optimisme et pessimisme

Les risques d’utilisation des écrans par les enfants ne sont plus à démontrer : sédentarité, addiction, surpoids, obésité, comportements agressifs, passivité, difficultés de langage, manque de temps, isolement, perturbations du sommeil, appauvrissement de l’imaginaire, troubles de l’attention et de la concentration... Mais par ailleurs, certains affirment que les écrans offrent des avantages supérieurs aux aspects négatifs, dont la possibilité d’être plus informé, d’acquérir de nouvelles connaissances, l’ouverture à de nouveaux horizons, le développement de nouvelles aptitudes...

On comprend dès lors qu’il n’est pas aisé de se forger une opinion éclairée. D’autant que les parents, eux-mêmes consommateurs d’écrans, souhaitent que leurs enfants « ne ratent pas le TGV » sous peine d’être hors-jeu pour le futur.

Les recommandations des experts

Depuis plusieurs années, les experts de l’enfance s’entendent sur une série de recommandations qui visent à protéger les enfants de l’impact d’une surconsommation ou d’une mauvaise consommation des écrans. Notons principalement la règle des « 3-6-9-12 » du psychiatre et docteur en psychologie Serge Tisseron. Cette règle évoque les quatre étapes essentielles de la vie des enfants (admission en maternelle à 3 ans, entrée en primaire à 6 ans, l’accès à la maîtrise de la lecture et de l’écriture à 9 ans et l’âge de 12 ans, lorsque l’enfant trouve ses repères en secondaire) et l’âge d’introduction des différents écrans dans la vie de ceux-ci. Ils s’accordent sur une balise de 30 minutes par jour tous écrans confondus entre 3 et 12 ans.

Des constats et des besoins communs

Depuis plusieurs années, le service Infor Santé de la Mutualité chrétienne de la Province de Luxembourg et les centres de planning familial d’Arlon, Bastogne et le centre pluraliste familial de Virton sont régulièrement en contact avec les enfants et les enseignants. Ensemble, ils font état de différents constats tant au niveau des comportements des enfants que des nouvelles demandes et besoins des parents et enseignants : consultations pour jeunes accros aux écrans, parents d’enfants et d’adolescents dépassés et en manque de repères, difficultés à établir des règles à la maison, demandes d’animation dans les écoles maternelles et primaires sur le thème des écrans, questionnements sur les liens entre hypersexualisation et écrans, comportements agressifs des enfants.
Au départ de ces constats et de ces besoins, ces services ont rassemblé leurs forces et leurs compétences pour avancer sur la thématique et s’inscrire dans une démarche d’accompagnement de la parentalité. Le choix du public cible s’est très vite dirigé vers les parents d’enfants de 5 à 8 ans, période d’apprentissage pour l’enfant durant laquelle il va acquérir de nouvelles habitudes.

Les objectifs de la démarche

Le but est de susciter le questionnement des parents quant à la place occupée par les écrans au sein du quotidien familial tout en les encourageant à se positionner en fonction de leurs représentations et de leurs réalités, de développer l’esprit critique en matière de choix en ce qui concerne le type d’écrans, le temps de consommation, le lieu, le choix des programmes afin de susciter de nouveaux comportements dans l’utilisation des écrans à la maison.
La démarche vise à stimuler les capacités des parents à faire des choix éclairés plutôt que de les culpabiliser sur ce qu’ils ne font pas ou devraient faire pour être de « bons parents ».

S’enrichir sur le sujet

Si tout processus de promotion de santé naît d’un relevé de besoins de terrain, il nécessite également un temps de recul pour se documenter et apprivoiser les réalités du sujet. Malgré l’omniprésence des écrans, le sujet reste encore mal connu pour de nombreux professionnels. C’est la raison qui a poussé le groupe de travail à réaliser une analyse plus approfondie basée sur un état des lieux de la littérature en la matière, sur l’existence des outils à disposition des professionnels et des parents mais également sur l’utilisation des écrans et son impact émotionnel chez les 5 à 8 ans.

À la rencontre des enfants

Pour ce faire, les partenaires sont partis à la rencontre de 47 enfants âgés de 5 à 8 ans issus de 6 écoles différentes de la province de Luxembourg : Attert, Arlon, Ruette, Virton, Bastogne et Compogne. Une rencontre qui aura permis d’en savoir plus sur le contexte d’utilisation des écrans à la maison, les codes et les règles d’utilisation, la qualité du sommeil, l’aspect émotionnel face aux images, les activités et les jeux sur écrans et hors écrans.
Une démarche originale et unique rythmée par un guide d’entretien imagé adapté à la tranche d’âge 5/8 ans.

Quelques résultats interpellants

  • 50 % des enfants interrogés ont de 6 à 10 écrans à la maison
  • La télévision est l’écran le plus utilisé
  • 8 enfants sur 47 disent avoir un écran dans leur chambre
  • 50 % regardent la télévision avant d’aller à l’école
  • 70 % regardent la télévision après l’école
  • 51 % regardent la télévision avant de se coucher
  • 70 % regardent la télévision sans la présence d’un adulte
  • 32 % choisissent le programme seul
  • 45 % changent le programme seul
  • 85 % des enfants jouent régulièrement sur console de jeux ; un quart possède sa propre console et certains disent jouer à des jeux réservés aux plus de 18 ans.

Ces résultats permettent entre autres de pointer le fait que les enfants sont régulièrement exposés à toutes sortes de contenus sans avoir
le décodeur pour les comprendre. En effet, de 2 à 7 ans, images et réalité se confondent.
Exposés aux images dès le lever, les enfants arrivent chargés d’émotions le matin à l’école et n’ont pas toujours la possibilité d’exprimer celles-ci. La concentration et l’attention en seront d’autant plus perturbées.

Rien ne remplace le monde réel

Si les écrans ont changé le quotidien des enfants, ceux-ci conservent les mêmes besoins pour se construire, à savoir découvrir le monde qui les entoure avec leur corps et expérimenter tous leurs sens : bouger, sauter, explorer, toucher, goûter, sentir, mesurer sa force physique, avoir des interactions avec sa famille et d’autres enfants, sans oublier l’apprentissage de l’ennui, facteur de créativité. Pour tout cela, rien ne remplace l’expérience du réel, que le monde virtuel ne permet pas.

La prévention avant tout

Positionner les parents dans un rôle de médiateur est essentiel afin de sensibiliser le plus tôt possible les enfants à l’utilisation des écrans. Pas de recette toute faite à diffuser. Il s’agit d’abord d’inviter ceux-ci à se questionner sur la place que prennent les écrans dans le quotidien de leurs enfants et de leur proposer des pistes qu’ils pourront mettre en pratique en fonction de leurs réalités. Tout cela passe par des informations simplifiées sur les repères mais surtout par l’écoute et le partage d’expériences.

Sensibiliser, rappeler, accompagner...

Parmi les moyens imaginés par le groupe pour agir préventivement sur l’utilisation des écrans à la maison, le groupe a souhaité rencontrer les parents en proposant un temps de rencontre

sous forme de conférence tout public, un livret sur le sujet et une page web.
En toute simplicité, avec pédagogie, humour et sans discours culpabilisant, les partenaires ont proposé à cinq reprises une conférence « Enfants et écrans, des pistes pour s’y retrouver ». La conférence revisite les recommandations en apportant des pistes concrètes. Elle apporte un éclairage sur le développement de l’enfant et ses besoins au regard des résultats du sondage et invite les parents à partager leurs idées, astuces et questionnements. Un livret a également vu le jour. Il s’inscrit dans une démarche d’encouragement du parent pour lui faciliter l’accompagnement des écrans au quotidien. Dans ce guide illustré, le parent peut piocher des idées pour tester de nouvelles pratiques.

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Le contenu passe en revue le « comment faire » pour accompagner au mieux l’enfant et rappelle les balises. Le livret est en lien étroit avec les différents âges de l’enfant et propose surtout des pistes concrètes.
Poursuivre le projet, partager les expériences, créer du lien et de l’entraide entre parents sur ces questions, tels sont les objectifs de la page web conçue pour l’occasion. On y retrouve plusieurs supports téléchargeables : le livret, le tableau des repères « le bon dosage pour chaque âge », une planche de tickets pour gérer le temps et une liste de trucs et astuces alimentée par les nombreux parents venus aux conférences.
Vous pouvez télécharger le livret et les autres outils sur www.mc.be/parents-lux

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