Septembre 2013 Par Colette BARBIER Outils

Pictos Consos a été conçu pour aider chacun et chacune à observer ses propres comportements de consommation et/ou ceux de son entourage. S’il est, en effet, parfois difficile d’entamer le dialogue sur ces questions, en parler ouvertement et prendre conscience de nos consommations, c’est s’offrir la possibilité d’agir en tant que consommateur éclairé et responsable. Aussi, le Groupe porteur ‘Jeunes, alcool et société’ (1) vous invite-t-il, à l’aide de cet outil, à tenter l’expérience, que ce soit en consultation, en famille, au sein d’un groupe de proches, en classe, en club sportif… et à lancer le débat.

Nombreux sommes-nous à consommer, parfois quotidiennement, des vêtements de marques, des jeux vidéo, du tabac, du cannabis ou encore de l’alcool. Seuls ou en groupe, ces produits sont entrés dans nos habitudes de vie. Mais l’occasion nous est rarement offerte de nous interroger sur nos consommations.

Avec Pictos Consos, nous pouvons réfléchir pour mieux les comprendre et augmenter notre capacité à faire des choix responsables. Comment ? Par l’intermédiaire d’un médecin, d’un thérapeute, d’un animateur, d’un enseignant… En créant un débat ouvert et non-jugeant, sans élaborer de normes mais en invitant chacun à définir celles qui lui sont propres.

Au départ, un outil destiné à évaluer la consommation d’alcool en famille

Martin de Duve, directeur d’Univers santé, qui a coordonné le projet ayant donné naissance à l’outil, nous en parle.

Éducation Santé : Comment est née l’idée de Pictos Consos ?

Martin de Duve : À l’époque des premiers travaux menés par le Groupe porteur ‘Jeunes, alcool et société’, nous avions initié une série d’axes de travail avec différents milieux de vie. La famille étant l’un d’eux, nous avions organisé quelques matinées d’échanges, de débats et de partage autour de la consommation d’alcool avec des sections locales de la Ligue des Familles éclatées sur l’ensemble du territoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Nous souhaitions mettre en place des techniques d’animation légères, même parfois ludiques, pour débattre, échanger et partager avec les parents présents. Nous avons eu l’idée d’utiliser des pictogrammes pour libérer la parole, démarrer la discussion et dresser le portrait des consommations d’alcool au sein de la famille.

Une fois ce produit de base conçu, nous l’avons fait évoluer en nous inspirant de la théorie de Claude Olivenstein afin de prendre en considération l’ensemble des déterminants, comme cela se fait dans les domaines de la promotion de la santé et de la prévention des assuétudes.

Nous avons encore amélioré et étoffé l’outil pour le rendre plus complet. Nous avons ensuite voulu élargir son utilisation à divers types de consommation et ne pas le centrer uniquement sur l’alcool. Comme il était efficace et léger pour ouvrir le débat sur les consommations, de surcroît facile d’utilisation, nous avons estimé qu’il avait un bon potentiel pour être utilisé dans d’autres cadres que celui de la famille.

E.S. : À quel public est-il destiné ?

M. de D. : Il est d’abord destiné aux adultes-relais (centres PMS, médecins, psychologues, assistants sociaux…) qui sont en contact avec des jeunes ou avec d’autres adultes. Il peut être utilisé, de façon ludique et légère, dans différentes situations de groupe: en maison de jeunes, en mouvement de jeunesse, en club sportif, en famille, à l’école…
En colloque singulier, en consultation, il peut servir de base à une discussion franche et ouverte sur les consommations, dans un cadre médical ou thérapeutique, par exemple.

E.S. : Utilisé en groupe, l’outil permet-il de protéger l’anonymat des personnes qui s’expriment ?

M. de D. : Pictos Consos offre la possibilité de ne pas parler de soi-même directement, mais d’utiliser un personnage fictif. Cela permet, notamment dans certains groupes, de veiller à ce que l’engagement des participants ne soit pas trop mis à mal. Dans certains cas de figure, il peut, en effet, être difficile et délicat de gérer une parole qui se libère. Prenons l’exemple d’un élève qui, dans sa classe, témoignerait de la consommation problématique d’un parent. Comment recevoir cela sans heurt et sans jugement ? Les enseignants ne sont pas toujours à l’aise ou formés pour accueillir ce type de parole.

Le personnage fictif est donc intéressant lorsque l’on sent la nécessité d’être prudent par rapport à la parole qui pourrait s’exprimer. Dans ce cas, on peut utiliser les pictogrammes en invitant les participants à imaginer un personnage, quel qu’il soit (un homme, une femme, un(e) jeune, une personne âgée) et, à partir de là, réfléchir à la manière dont le personnage gère ses consommations. Partir d’une situation fictive pour aborder la thématique des consommations de manière générale permet à chacun d’être libre, de ne pas parler de ses propres consommations directement, mais de manière indirecte, à travers des personnages fictifs. Ainsi, il n’y a aucune atteinte au respect de la vie privée des uns et des autres.

E.S. : Qu’attendez-vous de Pictos Consos ?

M. de D. : Parler de certaines consommations reste difficile car on peut, par exemple, avoir du mal à se situer par rapport à ses propres consommations; on peut aussi ne pas se sentir concerné alors qu’on l’est peut-être. Il est donc souvent malaisé de mettre des mots sur nos consommations ou de prendre quelques minutes pour décaler notre regard sur celles-ci et/ou sur celles des autres. Nous espérons donc que Pictos Consos soit, au même titre que d’autres outils ou techniques, un facilitateur de l’échange, du débat, du dialogue sur les questions de consommation, et cela dans différents cadres.

Par ailleurs, en utilisant Pictos Consos, on ne part pas du postulat que l’on va parler d’office de dépendance et de relation difficile à un produit. C’est une option possible, mais pas systématique ni obligatoire. On peut imaginer avoir une consommation tout à fait raisonnable de télévision, de vin et même de cannabis. L’interaction de ces trois types de consommation peut donner un utilisateur occasionnel et festif, sans que cela influence négativement sa vie quotidienne. C’est pourquoi l’outil invite à poser un regard sur les consommations et appelle chacun à se situer.

Un outil évalué avec différents acteurs de la santé

Chargée de projets au sein d’Univers santé, Anne-Sophie Poncelet nous explique l’évaluation de l’outil, qu’elle a coordonnée.

Éducation Santé : Comment avez-vous procédé pour évaluer l’outil ?

Anne-Sophie Poncelet : En 2010, l’asbl Question Santé nous a aidés à mettre en place trois focus groupes pour prétester la première version de l’outil. Un groupe a été créé avec les maisons médicales, un autre avec le milieu des PSE, le troisième s’intéressait aux acteurs extra-scolaires (éducateurs, animateurs…).
Nous avons également présenté l’outil à nos partenaires, notamment à ceux du Groupe porteur ‘Jeunes, alcool et société’, ainsi qu’à d’autres associations qui collaborent avec nous. Après avoir mêlé tous les retours, nous avons élaboré l’outil définitif. La première version de l’outil a donc été largement évaluée pour en arriver à la version actuelle.

E.S. : Qu’est-il ressorti de ce travail ?

A.-S. P. : Les prétests ont donné lieu à pas mal de changements, tant au niveau de la forme que du fond. Le principal retour était la crainte de voir l’outil libérer des paroles dans des groupes, en milieu scolaire par exemple, et ne pas savoir comment gérer ces paroles ni qu’en faire.

La difficulté d’utiliser Pictos Consos sans avoir recours à un guide d’utilisation est aussi apparue à travers les évaluations. C’est ainsi que nous avons eu l’idée d’y joindre un petit guide de l’animateur. ‘Petit’ car il explique simplement comment faire usage de l’outil, il rappelle certaines bases et précautions à prendre et avertit l’animateur du risque encouru d’assister à des paroles qui se ‘libèrent’. Pour pouvoir faire face à un tel risque, on y trouve des adresses utiles à transmettre au groupe. Comme vous le savez, le guide de l’animateur donne également la possibilité de recourir à un personnage fictif, ce qui permet de préserver l’anonymat des participants tout en mettant l’animateur plus à l’aise. Enfin, l’objectif de Pictos Consos étant d’ouvrir le débat, il contient quelques exemples de questions pour lancer ou relancer la discussion.

Au niveau de la forme, les prétests ont mis en évidence le fait que des pictogrammes manquaient ou encore que d’autres n’étaient pas assez compréhensibles ou visibles. Certains ont été enlevés, d’autres ajoutés. Par exemple, le contexte de la rue a été créé car des animateurs de rue nous ont fait remarquer que la consommation en rue répondait à leur réalité de terrain.

Sur le plan de la conception, la première version se présentait sous la forme d’une grande feuille autocollante qui ne pouvait être utilisée qu’une seule fois. Pour la deuxième version, nous avons choisi une formule plus ‘durable’. Pictos Consos est fixé sur un support cartonné et détachable, ce qui permet de garder les pictogrammes et de les réutiliser.

Pictos Consos en bref

Cet outil comprend les éléments suivants :

3 planches cartonnées de pictogrammes prédécoupés représentant différents personnages, produits, contextes ainsi que des pictogrammes invitant chacun à définir la manière dont le participant vit la consommation symbolisée;
1 planche reprenant la légende de ces pictogrammes;
1 guide de l’animateur qui donne le mode d’emploi, quelques balises, des exemples de questions pour mener le débat et enfin, quelques ressources utiles.

Infos pratiques

L’outil Pictos Consos peut être obtenu en complétant un bon de commande sur le site http://www.univers-sante.be ou via le site du Groupe porteur ‘Jeunes, alcool et société’ : http://www.jeunesetalcool.be. Prix: 7 € (frais de port gratuits).
Projet piloté par Univers santé, Place Galilée 6, 1348 Louvain-la-Neuve. Tél.: 010 47 28 28. Courriel: univers-sante@uclouvain.be

(1) Les partenaires du Groupe porteur ‘Jeunes, alcool et société’ sont le Conseil de la jeunesse, Citadelle, la Fédération des Étudiant(e)s Francophones, Infor-Drogues, Jeunesse et Santé, la Ligue des Familles, Prospective Jeunesse, le R.A.P.I.D., Latitude Jeunes, Question Santé asbl et Univers santé qui pilote le Groupe.