Un mensuel au service
des intervenants francophones
en promotion de la santé

Numéro 249

Et toi, tu manges quoi? L'alimentation en débats entre ados


La Mutualité chrétienne propose depuis peu un outil d’animation sur l’alimentation à destination des jeunes de 14 à 18 ans. Il n’en existe pas tellement sur le ‘marché’, l’occasion était bonne pour rencontrer France Gerard, responsable d’Infor Santé, le service de promotion de la santé de la MC pour en savoir un peu plus sur ce projet.
Éducation Santé: Voici un an, nous avions présenté ici même ‘Envie de passer à la casserole?’, un livre de recettes de la Mutualité chrétienne et de l’asbl Jeunesse & Santé destiné aux jeunes adultes quittant papa-maman pour voler de leurs propres ailes, et qui ont quelques lacunes (c’est un euphémisme) en matière de pratique de la cuisine. L’ouvrage a bien fonctionné?
France Gerard : Oui, plus que bien! Nous avons diffusé le livre auprès des étudiants des écoles supérieures et des universités, via des CEFA, via diverses animations, via les diététiciennes… et les retours que nous avons eus sont très positifs.
E.S.: Aujourd’hui, vous récidivez avec un outil pédagogique sur l’alimentation visant les adolescents. Cela s’appelle ‘Et toi, tu manges quoi?’, sous-titré ‘Petits débats entre ados’. Vous pensez pouvoir intéresser les jeunes à l’équilibre alimentaire? N’est-ce pas le cadet de leurs soucis? Comment vous y êtes-vous pris pour les mobiliser sur ce thème?
F.G .: C’est probablement vrai que l’équilibre alimentaire ou l’alimentation saine n’est pas la préoccupation essentielle des adolescents. Par contre, toutes les questions à la périphérie de l’alimentation intéressent beaucoup les jeunes. Les régimes, les fast-foods, les produits «light», les allégations de santé sur les produits, la consommation d’alcool… sont des thématiques qui les intéressent vraiment. Ils ont beaucoup d’interrogations par rapport à ce qu’ils entendent autour d’eux, dans les médias, à la télé…
De plus, ils savent déjà beaucoup de choses, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons opté pour le débat comme technique d’animation. L’information circule entre pairs et passe beaucoup plus facilement. Susciter le débat afin de favoriser le développement de l’esprit critique est donc l’objectif essentiel du dossier.
E.S.: Susciter le débat plutôt que fournir une pure information nutritionnelle, cela semble en effet mieux adapté à la sensibilité des adolescents. Concrètement, quels moyens préconisez-vous dans votre dossier pédagogique? Vous parlez de la technique des ‘frasbees’. Que recouvre ce mot bizarre?
F.G .: Le «frasbee» est le nom que nous avons donné à la technique d’animation que nous préconisons. Il s’agit d’un ensemble de phrases lancées comme un frisbee pour susciter le débat, les phrases vont et viennent entre les participants. L’information circule entre les jeunes, l’animateur est là pour soutenir, relancer le débat et recadrer si nécessaire…
E.S.: Votre démarche sort quelque peu des sentiers battus. Comment faire pour que des enseignants ou des animateurs arrivent à l’intégrer? La lecture attentive du dossier, qui fait une bonne cinquantaine de pages, est-elle suffisante pour leur permettre d’aborder la question avec les adolescents?
F.G .: Le dossier pédagogique est remis à l’issue d’une demi-journée de formation. Nous souhaitons expliquer la démarche et la philosophie de cet outil. Nous testons en «live» un frasbee avec les futurs utilisateurs, ce qui permet à la fois de tester l’animation et de comprendre très facilement la démarche.
Le dossier, lui, propose quelques repères théoriques pour l’animateur et surtout une série de frasbees sur les différentes thématiques que nous abordons.
E.S.: La Mutualité est une organisation présente partout sur le territoire de la Communauté française. J’imagine que c’est un atout non négligeable pour implanter ce genre de programme. Comment cela se passe-t-il concrètement?
F.G .: En effet, nous avons un responsable Infor Santé dans 7 de nos 8 mutualités régionales, ce qui nous permet de couvrir quasiment toute la Communauté française. Chaque responsable organise les formations sur sa région, souvent en partenariat avec les CLPS ou les services PSE, dans ce cas-ci.
E.S.: La Mutualité chrétienne est partie prenante du Plan national nutrition santé belge. Il n’est donc pas étonnant que son service de promotion de la santé développe un grand nombre d’initiatives liées à l’alimentation saine et à l’activité physique. A-t-elle par ailleurs ses propres priorités en la matière?
F.G .: La Mutualité chrétienne travaille la thématique de l’alimentation depuis quelques années déjà, notamment via des brochures d’information, via le jeu Gargouilli , via le livre de recettes dont nous parlions… Toutefois, depuis trois ans déjà, toutes les initiatives «manger mieux, bouger plus» sont regroupées sous le label Réflexe Santé .
Dans le cadre de Réflexe Santé , la Mutualité chrétienne a également développé une série de partenariats notamment avec la FRSEL (Fédération royale sportive de l’enseignement libre), avec «Je cours pour ma forme», avec le challenge Léon Delhalle, avec l’Adeps, avec la Zatopek Academie… de façon à motiver et à soutenir les personnes souhaitant se remettre en mouvement.
Et de nouveaux projets sont en cours de développement…
E.S.: Toujours à propos du PNNS, on ne trouve pas le symbole du Plan sur le dossier ‘Et toi, tu manges quoi?’ Pour quelle raison?
F.G .: Tout simplement parce que nous n’avons pas introduit de demande! Le PNNS soutient et labellise les initiatives promouvant l’alimentation saine et équilibrée. Notre objectif premier est d’aider les jeunes à débattre et de renforcer leur esprit critique par rapport aux thématiques qui tournent autour de l’alimentation, pour leur permettre d’être moins perméables aux arguments marketing. Bien sûr, in fine , nous espérons que notre outil permettra aux jeunes d’avoir une alimentation équilibrée mais ce n’est pas l’objectif premier.
E.S.: Ce dossier, ces formations sont le résultat d’un travail de longue haleine, démarré voici trois ans environ. Comment arrivez-vous à concilier une construction patiente d’outil et les exigences de rapidité et de visibilité qui caractérisent de plus en plus le monde d’aujourd’hui?
F.G .: Ce n’est pas facile! Nous essayons, dans la mesure du possible, d’appliquer une démarche participative tout au long du projet, ce qui implique du temps. Du temps d’analyse, du temps de rencontre du public, du temps d’appropriation, du temps de création, du temps de pré-test, du temps de réajustement, du temps de production… Bref beaucoup de temps!
Cela n’est effectivement pas toujours évident à faire comprendre dans une société qui est plus axée sur le résultat que sur le processus. Pour compenser, nous communiquons le plus possible aux différentes étapes du projet afin d’en faire comprendre le cheminement. Nous avons aussi la chance de travailler dans une institution qui a saisi l’importance de cette démarche. Toutefois, nous ne vivons pas sur une autre planète et donc nous sommes bien conscients que nos outils doivent aboutir dans des délais raisonnables…
E.S.: Votre réalisation, si elle ne bénéficie pas du logo du PNNS pour les raisons que vous avez expliquées, vient d’obtenir l’appréciation ‘coup de cœur’ décernée par les experts de l’Outilthèque santé de la Communauté française. J’imagine que c’est plus qu’un lot de consolation, que c’est une belle reconnaissance. À quels aspects de votre projet ont-ils été sensibles?
F.G .: C’est une très belle reconnaissance. Et, venant de professionnels de la promotion de la santé, c’est certain que ça fait plaisir!
Les experts de Pipsa ont surtout été sensibles au procédé pédagogique que nous avons créé (le fameux frasbee) et au fait que les explications fournies dans le dossier sont soutenantes pour l’animateur.
Nous avons essayé d’être le plus concret possible.
E.S.: Une dernière question très pratique: comment procéder si je souhaite utiliser ‘Et toi, tu manges quoi?’ Combien cela va-t-il me coûter? À qui m’adresser? Où puis-je me former?
F. G .: Comme je l’ai précisé, le dossier n’est remis qu’à l’issue d’une demi-journée de formation. Cette formation est gratuite et est proposée dans toute la Communauté française. Elle est organisée par le service Infor Santé de chaque mutualité régionale. Une première série de formations a déjà eu lieu un peu partout mais d’autres s’organiseront encore… Le plus simple est de nous envoyer un mail ou de nous téléphoner et nous vous redirigerons directement vers la bonne personne.
Propos recueillis par Christian De Bock
Adresse de contact: Infor Santé, au 02 246 48 54 ou par courriel à infor.sante@mc.be

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