Un mensuel au service
des intervenants francophones
en promotion de la santé

Numéro 350

La santé dans toutes les politiques au palier local, un guide du REFIPS


Le Réseau francophone international pour la promotion de la santé (REFIPS) – section des Amériques - propose un guide d’implantation de l’approche de la santé dans toutes les politiques au palier local. Ce guide a pour vocation d’être une référence pour les professionnels du secteur de la promotion de la santé francophones intéressés par la question. Education Santé vous en propose un petit aperçu…

Retour sur l’histoire du concept

La santé dans toutes les politiques est une approche importante pour le secteur de la promotion de la santé. Elle est le fruit d’une évolution de la réflexion sur la santé des populations qui prend racine dans les années ’70 avec la « stratégie de la santé pour tous » pour voir venir ensuite la Charte d’Ottawa (1986) ou encore les déterminants sociaux de la santé (2008). Elle a été officialisée pour la première fois, en 2010, par l’OMS dans la Déclaration d’Adélaïde, qui la définit comme « […] une approche intersectorielle des politiques publiques qui tient compte systématiquement des conséquences sanitaires des décisions, qui recherche des synergies et qui évite les conséquences néfastes pour la santé afin d’améliorer la santé de la population et l’équité en santé. Elle améliore la responsabilisation des décideurs quant à leurs impacts sur la santé, et ce, à tous les paliers d’élaboration des politiques. »2

Basée sur les droits des personnes et la justice sociale, la santé dans toutes les politiques peut prendre plusieurs visages car comme nous le rappelle le guide du REFIPS « il n’y a pas qu’une seule « bonne » façon de mettre en œuvre de la SdTP1 ». Elle dépasse en effet le secteur de la gestion des soins de santé pour s’étendre à tous les secteurs gouvernementaux et favoriser la responsabilisation partagée vis-à-vis de la santé des populations. Sa particularité ? Fonctionner sur le principe de gains mutuels, du « gagnant-gagnant ». L’ensemble des acteurs trouve un équilibre entre l’atteinte des objectifs liés à chaque secteur tout en contribuant à l’amélioration de la santé. Cette collaboration permet de donner à la santé une place transversales dans les politiques et les questions gouvernementales et d’être ainsi prise en compte de façon systématique. C’est également une façon de créer une « culture de la santé ».

Des lignes de conduite et des dimensions-clés

Pour répondre à la philosophie de la santé dans toutes les politiques, l’Association américaine de santé publique propose cinq lignes de conduite :

  • Mobiliser un large éventail de partenaires qui permet une meilleure cohérence entre les partenaires mais aussi d’objectiver les leviers existants et les synergies possibles.
  • Rechercher les gains pour les partenaires engagés en s’intéressant aux missions, enjeux et objectifs des partenaires sollicités pour organiser des gains mutuels.
  • Soutenir la collaboration intersectorielle en ayant une vision d’ensemble dans la formulation des objectifs commun pour pérenniser les collaborations.
  • Envisager d’agir sur les deux axes d’action complémentaires que sont l’axe thématique et l’axe systémique. Le premier repose sur le fait de mettre en relation le secteur de la santé et un autre secteur dont les objectifs n’étaient pas en lien avec l’amélioration de la santé. Le second axe recommande d’utiliser les mécanismes permettant d’intégrer systématique l’amélioration de la santé dans tous les processus de décision.
  • Viser un changement structurel ou processuel dans les façons de développer les politiques publiques.

Comme expliqué précédemment, la mise en œuvre du concept de santé dans toutes les politiques n’est pas une solution « clé sur porte » à appliquer sur un projet. La façon de la mettre en œuvre sera influencée par les enjeux, les contextes et l’histoire des différentes collaborations. Le REFIPS propose une feuille de route composée de six dimensions-clés à utiliser comme guide, selon les besoins.

  • Sensibiliser, informer et convaincre pour obtenir l’adhésion des partenaires et montrer la valeur ajoutée et les possibles retombées positives d’un projet qui intègre la santé des populations. Ceci permet d’illustrer de manière claire les liens entre les projets et les déterminants de la santé qui ne sont pas toujours une évidence pour chacun des partenaires.

 

  • Repérer et saisir les occasions d’action intersectorielle favorables pour la santé, c’est-à-dire rester attentif aux différentes occasions qui peuvent se présenter où il serait possible de créer des ponts avec les déterminants de la santé : consultations publiques, création d’un projet collectif,  nouvelle politique communale, …

 

  • Établir des mécanismes de coordination formels car toute coordination et collaboration intersectorielle est complexe. Afin permettre un travail en synergie entre les partenaires, la mise en place de mécanismes de coordinations formels est nécessaire. Cette mission peut être assurée par un bureau indépendant, une unité institutionnelle ou un comité intersectoriel qui va assurer : la planification, le soutien à la mise en œuvre des activités, le suivi, l’évaluation et la mise à plat des difficultés qui pourraient survenir.

 

  • Mobiliser les partenaires, entretenir leur intérêt et favoriser l’engagement entre des partenaires aux objectifs et intérêts différents autour de l’enjeu commun qu’est la santé est une tâche complexe. Elle demandera du temps, de la conviction mais aussi de l’organisation pour perdurer dans le temps. Une des pistes de réflexion proposée est de « prévoir des actions concrètes et des objectifs intermédiaires pour maintenir  et affermir la collaboration et la motivation à collaborer. »

 

  • Faire des suivis et rapporter les succès. L’évaluation qui fait corps avec toute action de promotion de la santé est d’autant plus difficile à réaliser dans une situation où il y a plusieurs partenaires, chacun ayant son rôle à jouer, demandant comme toujours du temps et des ressources. Il s’agit pourtant ici d’une opportunité évidente de dégager des résultats les nouveaux défis et les meilleurs pratiques mais aussi de renfoncer une des idées fondatrices de la santé dans toutes les politiques : l’implication et la responsabilisation de tous les secteurs.

 

  • Renforcer les capacités des individus et des organisations en matière d’action intersectorielle. Une telle démarche permet de dégager de nouvelles connaissances qui peuvent prendre plusieurs formes. Il est donc important de prendre en compte des apprentissages et de les partager en réfléchissant à plusieurs modalités de transfert des connaissances.

Pour aujourd’hui et pour demain…

Nous le savons, le monde d’aujourd’hui fait face à bon nombres de défis majeurs: augmentation des inégalités sociales de santé, changements climatiques… mais aussi des problèmes de santé publique inquiétant comme l’obésité ou les maladies chroniques. Ces inquiétudes ont été confirmées lors de la neuvième conférence mondiale sur la promotion de la santé de l’OMS en novembre 2016 rappelant également que notre secteur doit être mis au service de l’atteinte de tous les objectifs de développement durable.

La santé dans toutes les politiques n’est donc pas un fin en soi mais bien un processus continu pour la promotion de la santé et la lutte contre les inégalités sociales de santé. Il est nécessaire d’encourager la responsabilisation de l’ensemble des secteurs sur l’amélioration de la santé des populations tout en rappelant les fondements de la solidarité comme le souligne le document du REFIPS « l’interrelation entre les grands enjeux sociaux et sanitaires actuels requiert des solutions innovantes et des structures qui créent des canaux de dialogue et de prises de décision qui transcendent le cloisonnement politique traditionnel ».

 

Le guide complet est disponible sur http://www.refips.org/publications.php

  1. Santé dans toutes les politiques.

  2. Guide d’implantation de l’approche de la Santé dans Toutes les Politiques au palier local, REFIPS.

×
×