Un mensuel au service
des intervenants francophones
en promotion de la santé

Numéro 339

Le pharmacien, un acteur clé en soin de santé


Proche et disponible, la pharmacie est le premier lieu de contact entre le patient et le monde de la santé. Située souvent près du domicile, 86%1 des Belges restent fidèles à leur officine en laquelle ils ont confiance. Le nouveau service de « pharmacien de référence » place le patient au cœur du processus de santé et rappelle le rôle du pharmacien en tant que prestataire de soin.

Depuis le 1er octobre, le système de « pharmacien de référence » est entré en vigueur. Il s’agit d’un service assurant le suivi et l’accompagnement de l’observance thérapeutique du patient en créant un schéma de médication. « Il faut qu’il y ait un lien de confiance, une relation thérapeutique qui soit avérée pour que le pharmacien puisse exercer ce rôle de la manière la plus efficace possible », explique Alain Chaspierre, Vice-président de l’Association Pharmaceutique Belge (APB).

Le « pharmacien de référence » est un praticien choisi librement par un patient qui utilise au minimum un médicament de manière chronique et qui a eu une dispensation de quatre autres médicaments remboursés dans la même pharmacie durant l’année précédente.

Les publics cibles sont les patients chroniques2 mais pas seulement. Ceux qui vont bénéficier le plus de ce service sont les personnes polymédiquées, c’est-à-dire les patients qui utilisent plus de cinq médicaments régulièrement, ceux qui éprouvent des difficultés avec leur traitement, et tous les patients qui vont le demander.

 

Le rôle primordial du pharmacien

Les fonctions du pharmacien restent inchangées, elles sont clairement établies dans l’arrêté royal du 21 janvier 2009, qui définit les soins pharmaceutiques de base. « Lorsque vous vous rendez dans une pharmacie, le pharmacien vous délivre un médicament et regarde ceux que vous prenez déjà, si cela convient, s’il n y a pas d’interaction majeure par exemple, et ensuite il vous explique la posologie » rappelle Alain Chaspierre.

 

Un outil indispensable

Le schéma de médication constitue une avancée majeure dans le traitement des patients chroniques. Il sera édité par le pharmacien de référence du patient qui le tiendra à jour au départ et à chaque modification de traitement. Il s’agit d’un outil de communication de première ligne. « Ce schéma va vivre et évoluer avec le patient, en permettant d’avoir une vue hélicoptère de l’ensemble des traitements, prescrits et non prescrits, par un généraliste ou un spécialiste. Cela fait partie de l’accompagnement des soins pharmaceutiques de base. Avant, on écrivait nos conseils d’utilisation sur les étiquettes ou on les dispensait oralement. Aujourd’hui, on va les encoder et surtout les partager avec différents professionnels de santé. Cela permet un meilleur aperçu du traitement tout en impliquant les patients dans leur médication », explique Arnaud Lambert, pharmacien dans une officine à Namur. La période où le pharmacien griffonnait sur la boite est donc révolue.

 

Quels sont les avantages de ce service ?

Ils sont multiples. Premièrement, cela permet une meilleure communication entre le médecin généraliste et les spécialistes. Tous les professionnels de la santé sont au courant de ce que les collaborateurs de la santé ont déjà prescrit au patient.  Cela permet d’avoir une vue complète de ce que le patient utilise, y compris l’automédication.

Deuxièmement, l’observance thérapeutique du patient est meilleure. Non seulement, la posologie du traitement est claire pour le patient, mais cela permet aussi au professionnel de la santé qui le reçoit d’en prendre connaissance. Généralement, la première question que le médecin pose est « Quels sont les médicaments que vous prenez ? » et si le patient oublie de citer un traitement, cela peut engendrer un mauvais diagnostic.  Aussi, si un patient est hospitalisé en état d’inconscience, le médecin aura accès au schéma thérapeutique de ce dernier. L’objectif est d’éviter de faire des erreurs dans sa prise en charge.

 

L’informatisation des données au service du patient

En Belgique, le système eHealth permet l’échange de données de santé. Depuis le 1er octobre, deux nouveaux éléments sont entrés en vigueur à condition que le patient donne son consentement. Le premier est l’échange des données entre hôpitaux et l’échange des données entre les hôpitaux et les médecins généralistes. Et le second élément est le Dossier Pharmaceutique Partagé (DPP). Alain Chaspierre rappelle que Cela permet au pharmacien de référence désigné comme tel de voir le parcours thérapeutique du patient. Par exemple, si un patient se rend dans une autre pharmacie que celle de référence, peu importe laquelle, le pharmacien de référence sera au courant de son traitement et pourra consolider un schéma de médication complet du patient. »

Le pharmacien de référence va être le point de contact pour la médication du patient pour tous les prestataires de soin. À l’horizon 2020, le nom du pharmacien de référence et le nom du médecin généraliste seront couplés au nom du patient dans les données eHealth. Donc, lorsqu’un professionnel de la santé utilisera la carte d’identité d’un patient, il aura son nom, le nom du médecin traitant qui a le DMG et le nom du pharmacien de référence qui s’occupe de son schéma de médication.

Le but est de mettre en place un accompagnement personnalisé et d’améliorer la qualité des soins en ayant une vue exhaustive et complète de la médication du patient : une avancée stratégique dans la prise en charge du traitement du patient.

 

La pharmacie au centre du village

Pourquoi n’est-ce pas le médecin traitant qui propose le schéma de médication ? Cette question appelle deux éléments de réponse. D’abord, il peut y avoir une différence entre l’intention thérapeutique et la réelle délivrance du traitement.

Ensuite, il peut y avoir une interaction entre les médicaments ou encore une erreur dans la prescription. Dans ce cas, le pharmacien peut prendre contact avec le médecin pour modifier le prescrit, signaler l’indisponibilité ou la pénurie du traitement en pharmacie. L’intérêt du schéma de médication créé par le pharmacien est donc de reprendre précisément ce que le patient prend réellement.

Depuis l’annonce de ce service, il y a un réel engouement de la part des patients. Surtout, qu’il s’agit d’un service gratuit pour ceux qui font partie du groupe cible. Le patient signe une convention autorisant l’échange de ses données de santé. Pour ce service, le pharmacien est rémunéré sur base d’un honoraire annuel par patient de 31.80€ tvac, financé par des réaffectations au sein de l’enveloppe des pharmaciens. Il ne s’agit donc pas d’un budget supplémentaire de l’INAMI.

 

Les espaces de confidentialité

De nos jours, la stratégie globale est de réorienter la profession de pharmacien vers plus de prestations de services à valeur ajoutée pour les patients plutôt que de simples actes de dispensation. Celle-ci correspond à l’évolution du métier et est axée sur la réalité de terrain.

L’intérêt d’une mise à disposition d’un espace privé pour le patient, réservé à la concertation, lui permet de poser toutes les questions de santé en toute confidentialité. Le pharmacien (ré)explique pourquoi le médecin a prescrit ce traitement, l’intérêt de le prendre, comment éviter les effets indésirables… Le but est de vérifier que le patient ait bien compris l’utilisation de son traitement.

Toutes les officines ne disposent pas d’un espace de confidentialité à proprement parler. Néanmoins, il est toujours possible pour un patient de discuter en privé avec son pharmacien. Ce service de dialogue et d’écoute fait partie inhérente du métier, et est destiné à renforcer la relation de confiance entre le pharmacien et son patient pour un meilleur suivi.

 

Éducation du patient

Alain Chaspierre cite l’exemple d’un projet sur l’ostéoporose. « Pour que le traitement soit efficace, le patient doit prendre des médicaments pour l’ostéoporose et du calcium. À un moment donné, lorsqu’il y a assez de calcium, on ne donne plus que le produit pour l’ostéoporose. En fonction de l’évolution, le traitement sera réajusté. » Aujourd’hui, quand le pharmacien réalise une vue d’ensemble de la médication, il se rend compte que beaucoup de patients ne prennent plus le calcium ou le prennent au mauvais moment. C’est l’intérêt d’avoir une vue générale sur l’ensemble du traitement.

Il est donc primordial d’impliquer le patient dans son traitement, de l’autonomiser afin d’optimaliser son adhésion thérapeutique.

 

La médication active et les services du pharmacien

Le métier de pharmacien se décline principalement sous trois angles. La prévention compose le premier élément. Elle suppose l’instauration d’une relation de confiance entre le patient et le pharmacien de référence, qui pourra ensuite développer ses services de soutien à l’adhésion thérapeutique.

Ensuite, l’orientation des patients qui commence par une écoute attentive du pharmacien. Ce dernier est disponible pour informer le patient et lui proposer des pistes afin de remédier à son problème de santé. Il s’agit d’un service d’accompagnement. Comme le souligne Arnaud Lambert, « dans les soins de santé, le pharmacien est souvent mis sur le côté. On oublie qu’on est là pour s’assurer que les médicaments sont bien utilisés, pour éviter justement que la personne ne devienne encore plus malade. Notre boulot n’est pas de donner des médicaments pour que les gens se soignent, c’est d’éviter qu’ils en prennent finalement. Dans ce cadre, le schéma de médication permet d’éviter des cascades médicamenteuses à n’en plus finir. Par exemple, le fait de prendre un médicament qui produit un effet indésirable et en prendre un autre pour contrer cet effet, et ainsi de suite. Si on voit directement tout ce que le patient utilise, on peut constater la source du problème. Je prends le temps qu’il faut pour écouter mes patients, cela fait partie inhérente de mon métier » rappelle le pharmacien.

Finalement, le suivi pharmaceutique constitue le troisième élément du métier. Les pharmaciens rendent beaucoup de services, qui ne sont pas toujours visibles par manque de quantification. Avec le service de pharmacien de référence, on objective ce qu’ils font déjà, et le travail réalisé en coulisse est un peu plus visible.

La fonction du pharmacien reste donc primordiale dans la promotion de la santé en tant que premier interlocuteur avec les patients, et cela tant pour les écouter que les guider. Le nouveau service de « pharmacien de référence » permet donc de renforcer ce rôle de conseiller en santé.


 


 

  1. Alain Chaspierre, Vice-président de l’APB

  2. Tout patient à qui 5 médicaments remboursés ont été délivrés dans la même officine au cours de l’année écoulée, dont au moins un médicament chronique.

×
×