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Numéro 337

Programme de dépistage du cancer colorectal en Fédération Wallonie-Bruxelles


ES_336_logo_Ccref_sein.jpgDépistage du cancer colorectal : où en est-on ?

Le cancer colorectal est une priorité de Santé publique dans le monde car il affecte plus d’un million de personnes chaque année dont 50% en décèdent.

En Belgique, en 2014, presque 9 700 nouveaux cas de cancer colorectal ont été diagnostiqués1.

C’est le troisième cancer le plus fréquent chez l’homme, le deuxième chez la femme. Il représente le cancer digestif le plus fréquent et 13% de tous les cancers en Belgique.

Il est souvent diagnostiqué à un stade avancé et il est donc associé à une mortalité élevée. Avec plus de 11%, c’est la seconde cause de décès par cancer, après le cancer du poumon. Avec plus de 3000 décès par an par cancer colorectal en Belgique, c’est plus de 4 fois le nombre de tués sur nos routes chaque année, c’est presque 10 décès par jour !

L’incidence de ce cancer augmente nettement à partir de 50 ans et environ ¾ des cancers colorectaux se manifestent dans la population asymptomatique sans antécédents personnels ou familiaux.

Détecté à un stade précoce, le cancer colorectal se guérit dans 9 cas sur 10. Les experts du Conseil de l’Union européenne et du Centre Fédéral d’Expertise2 (KCE) ont recommandé d’offrir un dépistage du cancer colorectal aux personnes asymptomatiques et sans antécédents personnels ou familiaux entre 50 et 74 ans.

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Le test de dépistage

Le test qui a été utilisé depuis 2009 dans le Programme de dépistage du cancer colorectal en Fédération Wallonie-Bruxelles est l’Hemoccult®, test de recherche de sang occulte dans les selles à base de résine de gaïac (gFOBT3). Celui-ci a montré son efficacité mais aussi ses limites.

Sur base de nombreuses études internationales et les résultats d’un projet pilote mené en 2014 dans deux entités de la Wallonie, il a été décidé d’évoluer vers un test immunologique de recherche de sang occulte dans les selles (iFOBT4).

La généralisation de l’utilisation de ce nouveau test représente une avancée significative pour le dépistage du cancer colorectal.

Avantages multiples du test iFOBT

Ce test est plus performant en détectant des lésions à un stade plus précoce tout en détectant environ deux fois plus de cancers et trois fois plus d’adénomes. Sa fiabilité est plus importante (spécifique de l’hémoglobine humaine, lecture automatisée, ajustement possible du seuil de positivité). Ce test est aussi plus simple : un seul prélèvement suffit. Sa réalisation est rapide et la compliance des patients est meilleure.

Au vu de ses qualités, la généralisation de l’utilisation du test immunologique est un élément décisif pour accroître l'efficacité du programme, améliorer la participation et la fidélisation à ce dépistage.

L’utilisation du test immunologique en Fédération Wallonie-Bruxelles a été généralisée en mars 2016. En parallèle, la lecture des tests Hemoccult® encore en circulation s’est poursuivie jusqu’en mai 2017.

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Que se passe-t-il en cas de test positif ?

En cas de test positif, une coloscopie complète est recommandée. Dans un cas sur deux, la coloscopie ne montrera rien, mais dans les autres cas elle permettra de déceler la présence d’un cancer ou d’enlever une lésion précancéreuse pour éviter qu’elle ne dégénère en cancer.

Comment réaliser un test de dépistage ?

Première participation

Pour une première participation à ce dépistage, les personnes sont invitées à en parler avec leur médecin généraliste qui pourra leur remettre un test iFOBT.

Une nouvelle procédure mise en place début 2016 permet de réapprovisionner automatiquement le stock du médecin généraliste. Les avantages de cette nouvelle procédure sont le respect de l’âge de l’éligibilité (50 à 74 ans) et de la périodicité de 2 ans entre deux tests, le réapprovisionnement automatique du stock chez le médecin, la diminution du gaspillage due à l’inutilisation de tests qui se périment et la relance possible des patients n’ayant pas réalisé le test remis par leur médecin.

Depuis juillet 2017, les personnes invitées mensuellement ont la possibilité de demander gratuitement l’envoi du kit de dépistage à leur domicile via une plateforme web sécurisée et un code unique précisé sur la lettre d’invitation. Cette alternative devrait permettre aux personnes qui consultent très peu leur médecin généraliste de participer à ce dépistage sans devoir nécessairement se rendre chez leur médecin généraliste.

Systématisation de l’envoi des tests à domicile lors des réexamens.

Pour les personnes ayant déjà réalisé un test de dépistage, l’envoi d’un nouveau test de dépistage deux ans après un test négatif directement au domicile de la personne a été généralisé en mars 2015. Cette procédure garantit une plus grande fidélisation au programme de dépistage du cancer colorectal et un plus grand respect de la périodicité entre deux dépistages.

Quel est le public cible pour le dépistage ?

Depuis 2009, toute la population éligible est invitée tous les deux ans entre 50 et 74 ans à participer au Programme de dépistage sans aucune exclusion. Cette population de la Fédération Wallonie-Bruxelles représente environ 1.150.000 personnes.

Une partie de cette population bénéficie déjà de coloscopies régulières, de tests de recherche de sang dans les selles en dehors du Programme ou d’un suivi pour un cancer colorectal. Cela représente environ 17% de la population cible.  Afin de ne pas importuner ces personnes et de réduire les coûts liés à ces courriers d’invitations inutiles, ces personnes doivent être exclues temporairement des listes d’invitation. Par ailleurs, en n’excluant pas ces personnes, le taux de participation de la vraie population cible est évidemment très sous-évalué !

Suite à l’autorisation de la Commission de la protection de la vie privée et grâce à une collaboration avec la Fondation Registre du cancer et l’Agence intermutualiste, ces listes de sélection ont été appliquées en Fédération Wallonie-Bruxelles depuis juillet 2016.

Résultats

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Les résultats des tests Hemoccult® analysés pendant la période 2009 à 2015 sont en conformité avec les chiffres attendus avec ce test gFOBT. Sur presque 280.000 tests analysés au cours de cette période, 3,3% des tests ont été positifs. Sur plus de 7.000 coloscopies connues à ce jour, 516 cancers ont été dépistés et 2803 présences d’adénomes tous stades confondus.

Seule la participation de la population est trop faible. Des changements de procédures ont donc été appliqués en cours de période afin d’augmenter la participation et la fidélisation à ce programme de dépistage.

Depuis la généralisation du test immunologique en mars 2016, les premiers résultats montrent un taux de positivité de 7,5% au seuil de détection de 75ng Hb /ml. Il est prématuré de donner des résultats complets sur le suivi des tests positifs par manque de connaissance de toutes les coloscopies réalisées, mais les premiers résultats sont en adéquation avec les attendus.

Taux de participation

Afin d’avoir un impact réel sur la réduction de la mortalité liée au cancer colorectal, il faut au minimum que 50% de la population soit dépistée.

Entre 2009 et 2015, le taux de participation était bas, environ 10%, variable d’une région à l’autre.

Suite à de nombreux changements dans l’organisation de ce Programme en Fédération Wallonie-Bruxelles, le taux de participation augmente sensiblement depuis 2016 et devrait atteindre 25% fin 2017.

 

 

  1. Source : Fondation Registre du Cancer, 2016

  2. https://www.ccref.org/pro/pdf/reperes/d20061027358.pdf

  3. gaïac Faecal Occult Blood Test

  4. immunological Faecal Occult Blood Test

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