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en promotion de la santé

Numéro 358

« Projets Partagés » : un outil de partage d’expériences en promotion de la santé


« Projets Partagés » est une base de données d’expériences logée sur le site internet du Centre Local de Promotion de la Santé du Brabant wallon (CLPS-Bw). Elle rend visibles des projets de promotion de la santé et permet à d’autres porteurs de projets de s’en inspirer. Son but est aussi de leur donner l’envie de se rencontrer, de se mettre en lien.

Origine de la base de données

L’initiative est née en 2009, dans le cadre de l’accompagnement de la « Plate-forme Santé Environnement » (regroupant des professionnels des secteurs de l’environnement et de la santé) par le CLPS-Bw,. Celui-ci souhaitait voir rassemblées en un lieu les expériences existantes au croisement de ces deux domaines émergents. Il est très vite apparu que cette base de données, en tant que vitrine des acteurs et de leurs projets, répondait aux besoins et attentes de l’ensemble des professionnels. Dès 2010, le CLPS-Bw a donc décidé de l’étendre à toutes les expériences de promotion de la santé menées dans le Brabant wallon, quel qu’en soit le secteur ou la thématique.  Début 2011, l’outil « Projets Partagés » est disponible sur le site du CLPS-Bw. Le CLPS Luxembourg s’est rapidement joint à l’initiative, et un site spécifiquement dédié au projet (projetpartages.be) a vu le jour.

Objectifs

Cette base de données s’inscrit directement dans la liste des missions du CLPS-Bw. Il s’agit, entre autre, de susciter la mise en réseau intra et intersectorielle, d’encourager la promotion de la santé à l’échelon local et d’accompagner les professionnels dans leurs projets.

« Projets Partagés » sert spécifiquement les objectifs suivants :

  • permettre aux professionnels de partager et de faire connaître leurs initiatives, projets, institutions et outils ;
  • servir de boîte à idées et de boîte à bonnes pratiques dont d’autres acteurs peuvent s’inspirer ;
  • sur base des expériences, créer du lien réseau entre les différents acteurs et institutions afin de permettre des rencontres et collaborations ;
  • garder une trace des expériences réalisées en promotion de la santé et des enseignements qui en ont été tirés ;
  • pour les CLPS, cerner l’offre de projets sur un territoire, les stratégies pertinentes, les secteurs les plus représentés et les thématiques les plus traitées.

Contenu

Toute expérience[1] peut s’y retrouver, dès lors qu’elle est menée par des professionnels ou bénévoles et déploie, même à tâtons, au moins une stratégie de promotion de la santé. Reprise sous le terme générique de « projet », il peut s’agir d’une activité, d’un événement, d’animations ponctuelles ou récurrentes, d’un programme de longue durée, d’une formation, d’un outil, d’une publication, d’une conférence, d’une campagne… Ce projet peut avoir été accompagné par le CLPS-Bw, mais ce n’est pas une obligation.

Concrètement, un porteur de projet – ou une personne du CLPS qui aura récolté toutes les informations nécessaires auprès du porteur de projet – remplit une « fiche expérience ». Celle-ci reprend un résumé du projet, les constats à son origine, les objectifs, démarches et actions, les ressources utilisées, les freins et facilitants, et les perspectives envisagées. Elle renvoie également à une « fiche descriptive de l’institution porteuse de l’expérience » et des éventuelles institutions partenaires ou ressources. La fiche expérience peut aussi renvoyer à des « fiches outils », détaillant l’un ou l’autre outil pédagogique utilisé dans le cadre du projet.

Lors de l’encodage d’une expérience, une série de critères doivent être sélectionnés pour permettre  au navigateur d’effectuer une recherche ciblée selon :

  • le milieu de vie auquel l’action a été destinée (école, quartier, famille, crèche, maison de repos…) ;
  • le public auquel l’action a été destinée (adolescent, adulte, enfant, personne handicapée, public précarisé…) ;
  • la ou les thématique(s) abordée(s) par l’action (addictions, santé mentale, vie affective et sexuelle, société – social, alimentation…)

Ce qui en est fait

Le CLPS-Bw invite régulièrement les professionnels qu’il accompagne à utiliser l’outil. De cette manière, ils peuvent consulter les projets ayant des points communs avec les leurs afin de s’enrichir des enseignements tirés et d’emprunter un chemin déjà déblayé, voire balisé. Le CLPS-Bw les encourage également à contacter la personne à l’origine du projet pour échanger sur les difficultés rencontrées, les étapes mises en place, ressources utilisées, etc.

« Projets Partagés » peut aussi servir de support concret aux échanges lors des rencontres organisées par le CLPS-Bw. Ce fut le cas en 2018 pour « Wavre numérique », par exemple. Cette journée de réflexion (pour les professionnels) sur la thématique des nouvelles technologies s’est basée sur cinq projets et six outils réalisés par les acteurs de terrain. Ils avaient été récoltés pour l’occasion et couvraient le cyberharcèlement, le partage de données personnelles, les tags, les émotions, les rumeurs sur le net… Les participants ont reçu les fiches correspondantes afin de garder une synthèse écrite et d’avoir un aperçu des ateliers auxquels ils n’avaient pas pu assister. Cela a rendu visibles et vivantes la base de données et les expériences elles-mêmes. Les partenaires qui ont présenté leurs projets en ont fait des retours très positifs : le travail fourni leur a permis de valoriser leurs projets/outils, mais aussi de se questionner par rapport à ceux-ci et de se confronter aux productions des autres.

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Freins

Ce sont rarement les professionnels qui viennent proposer un projet, ce sera plutôt le CLPS qui, parce qu’un projet/sujet lui semble innovant ou peu représenté, propose de le rendre visible en l’incorporant à sa base de données. Le CLPS-Bw a rapidement constaté que la culture de l’écriture (le fait de laisser une trace) est assez peu présente dans le secteur.  Ceci est probablement lié au manque de temps qui implique de donner la priorité aux actions de terrain. Les professionnels ont la possibilité d’écrire eux-mêmes la fiche détaillant leur action, même s’ils confient souvent le soin de la rédiger à un membre de l’équipe du CLPS. Cela demande non seulement du temps à consacrer à l’entretien (le plus souvent téléphonique) avec le promoteur de l’expérience, à récolter, lire, interpréter les documents liés au projet, puis à l’écriture, aux modifications et à l’attente de l’aval de la personne en charge. Mais surtout, cela requiert d’avoir suffisamment bien compris le sujet pour le retranscrire. Les professionnels, lorsqu’ils relatent leur projet, passent parfois rapidement sur un point qui ne leur paraît pas important, alors qu’il constitue une pierre de touche en promotion de la santé. L’entretien en vue de rédiger l’article implique de creuser, de repérer et mettre en avant les techniques ou stratégies sous-jacentes, de susciter un regard évaluatif…

 

Si c’est le porteur lui-même qui complète la fiche, il lui faudra prévoir un moment de relecture par le CLPS en plus du temps de rédaction.  Il est également périlleux, pour l’équipe, de respecter la parole des acteurs tout en se pliant à certaines contraintes de compréhension, de lisibilité et de densité. Pour cette raison, cette base de données multi-auteurs est plus un patchwork d’expériences qu’un recueil au style uniforme et standardisé.

Facilitants et plus-values

« Projets Partagés » est un outil précieux de communication et de visibilité. Le CLPS-Bw reprend, dans chacune de ses newsletters trimestrielles, le résumé d’un à trois projets partagés, et constate que ces liens sont parmi les plus consultés. Le fait de laisser une trace écrite facilite la transmission du projet, que ce soit par le CLPS auprès d’autres professionnels ou par le porteur de projet lui-même s’il souhaite en faire la publicité.

Les acteurs de terrain ne se rendent pas toujours compte que l’activité ou l’événement qu’ils organisent est un véritable projet. Ils ne réalisent pas la richesse de leur travail et des outils qu’ils développent – probablement parce qu’ils sont toujours dans l’action – et sont donc peu enclins à les partager, presque surpris qu’on s’y intéresse.  Les échanges autour de la rédaction des projets partagés sont comparables à un accompagnement méthodologique qui permet aux acteurs de cerner les atouts de leur démarche en termes de promotion de la santé, de faire le bilan sur les étapes accomplies et de prendre du recul par rapport à leur projet.

Au fil des années, la base de données s’étoffe et offre un panel de plus en plus large d’expériences. Elle brasse des thématiques et publics très variés en traitant, par exemple du « potager collectif » qui vise l’inclusion des personnes en situation de précarité et en souffrance mentale, du « thé sexo » qui lutte contre l’isolement des femmes retraitées, en passant par « le jeu des trois figures » qui suscite un vivre-ensemble respectueux à l’école maternelle. Cette diversité est elle-même représentative du travail varié du CLPS, et le rend lui-même visible, autant qu’elle permet à l’équipe d’avoir un regard vaste et approfondi sur ce qui existe à l’échelle locale en promotion de la santé.

Certains sites internet reprennent des liens vers des projets partagés, en fonction de la thématique dont ils traitent. Cette pratique en toile d’araignée impacte la consultation des projets et amplifie la visibilité des actions locales.

Perspectives

Au vu du frein principal qu’est la lourdeur de rédaction, le CLPS-Bw s’interroge sur une manière de simplifier l’encodage, mais sans « désubstantifier » l’expérience. L’idée d’agrémenter la base de données d’entretiens vidéos fait actuellement son chemin, entre autres, dans cette optique de simplification. L’anniversaire des 100 projets partagés approche à grands pas et pourrait être l’occasion d’une réflexion à ce sujet.   

Plus d’infos : https://www.clps-bw.be/presentation-db ou 010/621762

 

[1] C’est-à-dire le projet, vécu et subjectif, relaté sous l’angle des ressources, des freins et des enseignements qu’il a procurés.

 

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