Un mensuel au service
des intervenants francophones
en promotion de la santé

Numéro 341

Une Province et ses communes, amies des aînés


Il est de bon ton de commencer un article sur un sujet qui concerne les aînés par quelques données sur le vieillissement de la population. Est-il cependant nécessaire de rappeler que les plus de 65 ans sont et seront de plus en plus nombreux au sein de nos communautés ? Insister sur ces données, c'est souvent mettre en évidence le poids économique et social que représente ce phénomène inéluctable … Et si on abordait la question sous un angle plus optimiste1 ? Par exemple, en observant ce qui se fait déjà avec succès avec et pour les aînés, et pourrait être intensifié.

 

La Province de Namur cherche depuis longtemps à améliorer le bien-être de la population de son territoire, avec une attention particulière pour les aînés2. En 2014, elle s’y est engagée plus intensément encore en développant le concept  « Ville amie des aînés » (VADA)3 proposé par l’Organisation mondiale de la Santé. Ce positionnement est en phase avec la priorité qu’elle s’est donnée de réduire les inégalités sociales et de santé de la population à toutes les étapes de la vie. Et l’an dernier, elle a officiellement rejoint le réseau mondial OMS des Villes et des Communautés amies des aînés et le Réseau francophone Villes Amies des Aînés.

 

 

 

À l’échelon communal

Pour devenir « amie des aînés », la Province de Namur a choisi de travailler avec les communes, qui représentent les lieux de décision les plus proches des citoyens, surtout en milieu rural. Concrètement, la Province a proposé aux 38 communes de son territoire d’entrer dans le processus « Ville amie des aînés », dans le cadre d’un partenariat. Elle a ainsi organisé des formations interactives à destination des acteurs locaux pour qu’ils se familiarisent avec la démarche VADA et puissent ensuite jouer un rôle actif dans sa mise en œuvre. La première formation s’est tenue en septembre 2016. Neuf communes namuroises y étaient représentées : Andenne, Assesse, Jemeppe-sur-Sambre, Namur, Philippeville, Ohey, Profondeville, Sambreville et Rochefort. Après un exposé sur le vieillissement à l’échelle de leur territoire et sur les effets du vieillissement actif, Pierre-Olivier Lefebvre, Délégué Général du Réseau francophone Villes Amies des Aînés a expliqué et illustré, avec enthousiasme et de nombreux exemples concrets les expériences VADA en France. La démarche de diagnostic participatif proposée par la Province a finalement été présentée aux représentants des communes. Cette formation était accompagnée de la diffusion d’un Guide pratique « Ville amie des aînés » à l’intention des acteurs locaux rédigé par la Province4.

 

Les « arbres causaux»

Fortes de leurs nouvelles connaissances, quatre communes se sont engagées dans la réalisation d'un diagnostic participatif, avec le soutien méthodologique de la Province. Les groupes se sont rassemblés à plusieurs reprises pour établir un diagnostic partagé de la situation propre à chaque commune. C’est la méthode de l’approche causale, outil diagnostic d’une méthode de planification plus globale et participative (Comprehensive Participatory Planning and Evaluation en anglais, ou CPPE)5qui a été adoptée pour la réalisation de ces diagnostics. Publiée par l’OMS en 1988 dans le cadre d’interventions nutritionnelles6, cette approche vise à élaborer un « arbre causal », représentant un jeu hiérarchisé de déterminants, à partir d’une question centrale – dans ce cas-ci, celle de l’isolement des personnes âgées de plus de 65 ans. En rassemblant l’ensemble des parties prenantes, on croise les regards selon un mode très structuré et bien accompagné par un animateur pour énoncer rapidement les principales hypothèses qui expliquent la situation observée. Ces hypothèses sont ensuite validées par d’autres méthodes plus classiques. Les arbres causaux qui présentent une vision synthétique de la problématique abordée permettent ensuite d’identifier les ressources existantes, les besoins à combler et les pratiques inspirantes observées ailleurs et de les relier aux déterminants identifiés. La méthode propose en outre une manière de prioriser les actions pertinentes identifiées, à partir de critères définis et classés par ordre d’importance de manière consensuelle.

 

Facteurs et sous-facteurs

A Andenne, par exemple, les participants au groupe de diagnostic VADA ont déterminé que l’isolement des ainés vivant à domicile dépendait de la capacité à entrer en relation, de l’état de santé et de la mobilité. Ils ont ensuite « décortiqué » chacun de ces facteurs en sous-facteurs. Par exemple, la mobilité est influencée par l’utilisation des moyens de transport, par la localisation de l’habitat et par l’urbanisme. L’analyse a révélé jusqu’à six niveaux de cause pour certains facteurs. Ci-dessous le petit échantillon de l’arbre causal dressé à Andenne, portant sur les facteurs sous-jacents à l’utilisation des moyens de transport.

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Outre les déterminants eux-mêmes, on trouve en rouge sur le schéma les interventions et services existants et en vert les interventions souhaitables. La démarche permet en effet de rendre compte des besoins mais aussi des ressources disponibles, ce qui rend le diagnostic rapidement opérationnel.

Il est important de relever que le schéma, qui illustre les représentations des participants sur les causes du phénomène et sur les liens entre elles, est une production à un moment donné, avec un groupe donné. La même analyse réalisée quelques mois plus tard ou avec d’autres participants pourrait résulter en un autre modèle causal : si les hypothèses identifiées resteraient sans doute les mêmes, la manière de les représenter graphiquement serait sans doute différente puisque chaque modèle représente une vision partagée. Néanmoins, le nombre (entre 6 et 15), la diversité des participants et leur proximité avec le terrain permettent d’augmenter la finesse et la validité du modèle diagnostic.

L’ensemble de la démarche a fait l’objet d’une publication par commune qui en rappelle les étapes et présente l’ensemble des résultats, afin de les mettre à disposition du plus grand nombre et de disposer d’une base de discussion pour la suite, c’est-à-dire l’élaboration, la mise en œuvre et l’évaluation d’un plan d’action local.

 

L'ensemble des parties prenantes

Dans une démarche de diagnostic « bottom-up » comme celle-là, comme dans les études de type qualitatif en général, on ne parle pas de représentativité mais de richesse et diversité des regards croisés. Dans le cas qui nous intéresse, les aînés sont évidemment présents au sein des comités VADA communaux. Ce sont souvent des membres du Conseil consultatif communal des Aînés, ou d'un mouvement social ou d’une association. À leurs côtés, les travailleurs de terrain sont également au cœur de la démarche : ici un agent communal ou de CPAS, là un employé de la Fondation rurale de Wallonie, ou un représentant d'un Groupe d'action locale…Enfin, à Andenne, Assesse et Namur, le comité de diagnostic VADA incluait aussi des élus communaux ou des membres de leur cabinet. Les débats et le processus de construction se déroulent de manière strictement égalitaire : chacun participe de la même manière, avec son vécu et sa compréhension de la question,  sans être dans une position hiérarchisée ou de « défense d’un secteur ».

Pour mener à bien leurs diagnostics, les communes ont été guidées par le personnel de la Province, en collaboration avec le Centre local de Promotion de la Santé de Namur. Les équipes ont apporté aux communes une expertise et un appui méthodologique, qui leur a permis de co-construire un diagnostic riche, nuancé et proche de leur réalité locale.

 

De la promotion de la santé ?

La démarche « Ville amie des aînés » en tant que telle, tout comme la manière dont elle est développée en province de Namur, repose sur les principes chers à la promotion de la santé. D’abord, la participation des bénéficiaires est réelle et active. Les aînés sont impliqués depuis le début dans la démarche. Dans toutes les communes, le Conseil consultatif communal des aînés a apporté une immense contribution au travail de diagnostic. À Namur, les habitants du quartier Germinal visé par l’action sont associés à toutes les étapes de la démarche. Ensuite, la réduction des inégalités sociales et de santé est au cœur des attentions, puisque les projets visent en priorité les aînés souffrant d’isolement. Le territoire choisi pour l’action à Namur est un quartier densément peuplé et peu favorisé socio-économiquement.

 

Par ailleurs, différentes stratégies de promotion de la santé sont activées :

  • Le renforcement de l’action communautaire : Selon la Charte d’Ottawa « la promotion de la santé passe par la participation effective et concrète de la communauté à la fixation des priorités, à la prise des décisions et à l'élaboration et à la mise en œuvre des stratégies de planification en vue d'atteindre une meilleure santé. Au cœur même de ce processus, il y a la dévolution de pouvoir aux communautés considérées comme capables de prendre en main leurs destinées et d'assumer la responsabilité de leurs actions. (… ) ». C’est bel et bien ce qui guide la démarche VADA : la conviction profonde que les communautés locales - citoyens, professionnels et élus - sont en mesure de déterminer leurs besoins et les moyens d’y répondre.
  • La création d'environnements favorables : De l'installation de bancs publics à la réfection  de trottoirs en passant par l'augmentation de l'accessibilité des transports publics, la plupart des actions qui sont envisagées visent des améliorations du milieu et des conditions de vie.
  • L’élaboration de politiques pour la santé : Trois groupes de diagnostic sur quatre comprennent des élus communaux ou leurs représentants. Lorsque ceux-ci sont partie prenante de la réflexion, les chances que les besoins identifiés dépassent les constats pour déboucher sur de véritables changements sont plus grandes.

 

Perspective de réseautage au niveau wallon

Au niveau régional aussi, le concept VADA - ou plutôt WADA pour « Wallonie amie des aînés » - est fortement appuyé.  Six communes wallonnes se sont déjà engagées dans le processus avec le soutien de la Région. Les objectifs et la démarche proposée par l’AVIQ sont relativement semblables à ceux que développe la Province de Namur, puisqu’ils s’inspirent des mêmes référentiels de l’OMS. Les deux apports sont complémentaires, tant sur le terrain qu’au niveau du pilotage. Dans le quartier Germinal à Namur, la Région et la Province ont croisé leurs expertises, en co-construction avec d’autres acteurs locaux et avec une équipe de la faculté d’architecture et d’urbanisme de l’UCL : la méthode des arbres causaux a fait émerger un éventail d’hypothèses expliquant la situation des aînés, tandis que la « marche exploratoire » menée par l’UCL et financée par la Région a permis d’explorer plus en profondeur et de vérifier certaines de ces hypothèses. À un niveau plus stratégique, la Province de Namur est désormais représentée au sein du Comité de pilotage de WADA, ce qui encourage également les synergies et permettra de mettre en exergue les diagnostics déjà réalisés dans les communes namuroises.

 

Du diagnostic au plan d’action… et au-delà

Si l'on se réfère à ces sept étapes-clés, les communes d’Andenne, d’Assesse, de Sambreville et de Namur sont sur le point d'aborder la quatrième étape : elles ont achevé un important travail de diagnostic et sont en passe de se lancer dans l’élaboration d’un plan d’action. Il s'agira peut-être d'installer des bancs le long de l'eau, d’aménager les trottoirs aux abords d’un carrefour central, d'étendre les horaires du taxi social, de mettre en place une ligne d’information communale sur les droits sociaux des séniors, de créer une plaine de jeux intergénérationnelle... Cette étape sera assumée par chaque comité de pilotage VADA local, en partie constitué des personnes ayant pris part au diagnostic. Pour cette nouvelle phase, les quatre communes ont à nouveau sollicité la collaboration de la Province de Namur et du CLPS. Le Province apportera son soutien méthodologique, mais aussi un appui à la recherche de financements, qui ne sera pas superflu pour permettre aux projets rêvés de devenir réalité.

La Ville de Namur, qui avait mené la phase de diagnostic sur un quartier particulier, envisage maintenant d’amener le groupe à une autonomie progressive et de répéter le travail dans un nouveau quartier.

Par ailleurs, afin de favoriser le partage des informations et des expériences entre communes dans une dynamique de supracommunalité9, le Département Séniors de la Province prépare pour 2018 la mise en place d’une plateforme provinciale VADA.Enfin, deux communes qui avaient déjà manifesté un intérêt en 2013 (Jemeppe-sur-Sambre et Profondeville) et de nouvelles communes (Gesves et Fosses-la-Ville) ont répondu positivement au nouvel appel de la Province et souhaitent à leur tour faire pousser des arbres et des marguerites avec et pour leurs citoyens aînés.

 

 

 

Un réseau mondial

À travers 37 pays du monde, plus de 500 Villes et Communautés tentent d’adapter leurs structures et leurs services afin que les aînés puissent pleinement participer à la vie de la société. Elles constituent ensemble le Réseau mondial OMS des Villes et des Communautés amies des aînés (VADA), créé en 2010. En mai 2017, l’OMS a accepté la candidature de la Province de Namur à ce réseau mondial. Une belle reconnaissance pour l’action développée par l’institution. Pourtant ce label n’est pas un trophée : il est surtout le signe d’un engagement. Celui d’aller plus loin, de continuer à soutenir les communes, afin qu’elles soient encore davantage à l’écoute des besoins des séniors et qu’elles continuent à travailler à la création d’espaces accessibles, d’environnements sociaux inclusifs et d’une offre de service adaptée. Par son adhésion au réseau VADA de l'OMS, la Province bénéficie – et peut faire bénéficier ses communes partenaires -  de toutes les ressources du réseau : experts du vieillissement, ressources documentaires, appuis techniques, formations... Elle profite aussi de l’expérience et des bonnes pratiques des autres membres, ce qui constitue une précieuse source d’inspiration. En retour, elle s’engage à partager ses propres réalisations et enseignements. Les communes peuvent aussi rejoindre le réseau en leur nom propre. Ainsi, la commune de Sambreville y a adhéré en juin 2017, tandis que deux autres communes namuroises attendent la réponse de l'OMS à leur candidature. Enfin, parce que l'on est plus fort ensemble, la Province a également récemment adhéré au Réseau francophone Villes Amies des Aînés7.

 

Une marguerite et 7 étapes

Une ville ou une communauté amie des aînés encourage le vieillissement actif et la cohabitation harmonieuse des citoyens de tous les âges: si les aînés vont bien, l’impact sera positif pour tout le monde. Elle s’engage à créer un environnement participatif et accessible pour sa population âgée. Elle applique le processus « Vieillir en restant actif » défini par l’Organisation des Nations Unies (ONU)8 qui aborde huit thématiques représentées par la célèbre marguerite VADA :vada3.png

Le processus VADA comprend par ailleurs sept étapes-clés :

  1. L’adhésion des élus

  2. La création d’un comité de pilotage local

  3. Le diagnostic

  4. L’élaboration du plan d’actions

  5. La mise en œuvre

  6. La communication à toutes les étapes de la démarche VADA

  7. L'évaluation

 

 

 

 

Pour en savoir plus, contactez le Département Séniors de la Province de Namur : vada@province.namur.be – 081 77 54 55 .


 

  1. Pour ceux qui veulent quand même des chiffres, le Tableau de Bord de la Santé de la Province de Namur et les profils locaux de santé sont disponibles sur simple demande à cellule.observation@province.namur.be

  2. Les actions et services de la Province de Namur en faveur des aînés : « Catupan », le numéro gratuit à destination des seniors et de leur entourage  (0800/23147) ; « Avec nos aînés » un service de santé mentale spécialisé pour les aînés ; le service de télévigilance Télépronam ; l’organisation de la Plate-forme des conseils consultatifs communaux des aînés et l’Opération « Carrefours des générations ».

  3. http://www.who.int/ageing/projects/age_friendly_cities_network/fr/

  4. Disponible sur demande à vada@province.namur.be

  5. Lefèvre P, Kolsteren P, De Wael M-P, Byekwaso F, Beghin I. Comprehensive participatory planning and evaluation (CPPE). Antwerp: Nutrition Unit – Institute of Tropical Medicine; 2000.

  6. Beghin I, Cap M, Dujardin B. A Guide to Nutritional Assessment. [Internet]. Geneva: World Health Organization; 1988 [cité 22 sept 2017] p. 202‑202. Disponible sur: http://doi.wiley.com/10.1002/food.19890330223

  7. www.villesamiesdesaines-rf.fr

  8. Organisation mondiale de la Santé. Vieillissement et qualité de la vie : Réseau mondial OMS des villes et des communautés amies des aînés [Internet]. [cité 6 juin 2017]. Disponible sur: http://www.who.int/ageing/projects/age_friendly_cities_network/fr/

  9. Pour la Province de Namur, la supracommunalité est définie comme une collaboration entre la Province et une ou plusieurs communes pour répondre à des besoins communaux s’inscrivant dans les priorités provinciales, au bénéfice des communes et dans l’intérêt du citoyen.

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