Un mensuel au service
des intervenants francophones
en promotion de la santé

Numéro 255

Dieu n'est plus un fumeur de havane


‘Les cigarillos ont cet avantage de faire le vide autour de moi’ (Serge Gainsbourg, 1962)
Le mois passé, nous vous invitions à réagir par rapport à la campagne d’affichage parisienne relative au biopic fantasmé évoquant la vie de Serge Gainsbourg .
Les réactions vont plutôt dans le sens de dénoncer ce que d’aucuns considèrent comme des dérapages de la santé publique, qui n’hésite pas à ‘réécrire’ l’Histoire pour la bonne cause.
Morceaux choisis.
Un licencié en éducation pour la santé, manifestement inspiré par le sujet
Ça me met en rogne: d’ailleurs, de la fumée me sort par les oreilles! Je précise que j’ai fumé la pipe pendant des années et que j’ai arrêté par simple lassitude (pas de mérite, même pas souffert). J’apprécie plutôt de me trouver dans un endroit sans tabac mais je trouve que la protection des non-fumeurs tourne à l’obsession voire à la paranoïa. Au secours, appelez un psychiatre!
Avec M. Hulot puis Gainsbourg revus (comme dans «révisionnisme») et corrigés (comme dans «une bonne correction»), on franchit un pas de plus et on tombe dans la bêtise et la vulgarité. Et Jacques Dutronc est visé aussi: il y en a qui voudraient le coincer parce qu’on le voit tout le temps le havane au bec. Mais lui, il est vivant, les chevaliers blancs préfèrent s’attaquer à des trépassés, c’est moins risqué.
C’est un procédé minable, un truc de trouillards qui ont peur des nouvelles Ligues de Vertu. C’est un procédé odieux, du même ordre que les photos retouchées de la tribune de la Place Rouge après la disparition de telle ou telle grosse légume soviétique.
C’est un procédé imbécile, qui prend le passant pour de la pâte molle et sans cervelle, réagissant à la vue d’une image comme un chien de Pavlov.
C’est du mépris, et c’est donc méprisable.
Le seul point positif, c’est que ça me donne envie de fumer un bon cigare… Et avec un verre d’alcool, encore!
Un médecin généraliste
Je déteste les réécritures de l'Histoire… En outre, l'esthétique des volutes de fumée me séduit toujours autant. Et puis, que serait Gainsbourg sans sa Gitane ou son Havane, Dieu nous en est témoin!
En télévision, ce sera plus dur à censurer: même si on parvient à gommer cigarettes et fumées, je doute qu'on puisse corriger le regard vague perdu dans l'immensité de l'océan alcoolisé ou le débit de paroles qui inspire tant notre \"papa\" wallon que les Flamands nous envient tant…
Un (jeune) retraité de la promotion de la santé
L'affiche avec fumée est évidemment plus belle et surtout plus réaliste. La cigarette fait partie du personnage. J'espère bien qu'on n'a pas retiré du film toutes les images avec fumée... il ne resterait pas grand chose!
J'approuve le fait qu'on évite - qu'on interdise même – de fumer sur les plateaux de TV, et qu'on essaie de le limiter dans les films de fiction. Mais ici, c'est tromper le spectateur, nier une réalité évidente.
Si les deux affiches sont utilisées en parallèle, c'est d'autant plus ridicule. Serait-ce parce que la législation interdit la publicité montrant des fumeurs dans certains pays? (1) Je peux l'admettre. Mais, dans ce cas, on aurait pu le monter avec un verre de whisky à la main, ou du moins choisir une autre photo plutôt que la censurer bêtement.
Quant à Thierry Poucet , redoutable décodeur de l’info et de la communication, les deux images lui ont inspiré une jolie analyse que nous ne résistons pas au plaisir de vous soumettre intégralement (voir texte suivant).

(1) Les deux affiches ont été toutes deux photographiées à Paris le 21 janvier dernier, mais elles étaient diffusées par des réseaux publicitaires différents.

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