Avril 2009 Données

Diminution de toutes les ventes officielles de tabac en 2008

6,9% en moins pour les cigares, 4,8% pour les cigarettes. Même tendance pour le tabac à rouler: alors qu’il connaissait une augmentation générale de ses ventes depuis les années 90, une forte diminution s’observe en 2007 (-18,4%) et en 2008 (-12,5%) par rapport à l’année antérieure.
Même si on ne peut nier l’existence de phénomènes d’externalisation (achat hors taxes, «cigarettes tombées du camion», contrebande, etc.), les statistiques de vente confirment les déclaratifs des consommateurs!
Cette évolution des ventes de tabac semble liée à l’entrée en vigueur de la nouvelle législation concernant la consommation de tabac au sein d’enceintes accessibles au public. Cette interdiction de fumer fait partie du Plan fédéral de lutte contre la consommation de tabac. D’après les observations statistiques, cette loi semble inciter les fumeurs à fumer moins.

La consommation de tabac: stabilisation et convergence

Le nombre de fumeurs réguliers connaît une diminution régulière depuis 1982. On assiste après la légère remontée du pourcentage de fumeurs réguliers constatée en 2006 à une stabilisation aux alentours de 20%.
Le pourcentage de fumeurs réguliers est plus faible au nord (18%) qu’au sud (22%) du pays.
Ce phénomène s’observe également entre sexes: le pourcentage de femmes qui fument (16%) est inférieur au pourcentage de fumeurs chez les hommes (24%).
Géographiquement, les provinces où l’on fume le plus sont wallonnes (Liège, Namur, Hainaut) et plus rarement flamandes (Flandre Orientale et Limbourg). À l’inverse, le centre du pays (Bruxelles, les 2 provinces de Brabant) connaît un taux de fumeurs inférieur à la moyenne.

La consommation de tabac: changement de tendance

La mise en place des mesures anti-tabac a sans doute modifié les habitudes.
Aujourd’hui, ce sont les groupes sociaux moyens qui fument le plus et les groupes sociaux inférieurs qui ont le plus arrêté de fumer en 2008 (diminution de 8%), sans doute vu le prix des produits et la pression de la crise sur leur pouvoir d’achat.
Concernant les classes d’âge, les 65 ans et plus fument le moins alors que les 15-29 ans sont des consommateurs plus importants (34%), même si 4% ont arrêté de fumer.
La recrudescence des fumeurs dans certaines classes d’âge (par exemple les 50-64 ans) montre que non seulement les actions prises pour lutter contre la consommation de tabac (communication, tarification, interdiction de vente, sevrage et information des consommateurs) doivent se poursuivre et être dirigées vers des groupes cibles mais encore que le processus de sevrage est complexe.

L’intention d’arrêter de fumer

Plus de la moitié des fumeurs déclarent vouloir arrêter dans un avenir proche, mais seulement 21% semblent réellement décidés (baisse de 5% depuis 2007). De ce fait, les actions prises pour lutter contre la consommation de tabac doivent encore être consolidées.
Les fumeurs qui déclarent vouloir arrêter de fumer sont principalement localisés dans les communes rurales wallonnes, les villes wallonnes et à Bruxelles.
Le pourcentage de fumeurs qui déclarent vouloir arrêter de fumer dans les prochains mois est directement lié au pourcentage de fumeurs dans la province.
Les fumeurs âgés de 15-39 ans se déclarent avec les 50-64 ans plus nombreux à vouloir arrêter de fumer, au contraire des 40-49 ans qui sont les moins intéressés à arrêter ou, encore, les 65 ans et plus.
Les groupes sociaux moyens (63%) et inférieurs (62%) sont les plus décidés à arrêter de fumer mais sont aussi les personnes qui fument le plus.
(communiqué du CRIOC, 15 janvier 2009)

Commentaire

La baisse significative des chiffres de vente relevée par le CRIOC est cohérente par rapport à sa dernière enquête sur la prévalence du tabagisme dans notre pays.
Ce qui est remarquable, c’est que ces résultats sont en totale contradiction avec ceux de la dernière enquête de la Fondation contre le cancer (1).
En effet, selon cette dernière, le nombre des fumeurs quotidiens de plus de 15 ans a fortement augmenté l’an dernier, pour atteindre 30% (34% chez les hommes, 26% chez les femmes). La différence est considérable.
L’enquête de la Fondation a eu lieu entre septembre et novembre en interview face à face, auprès d’un échantillon stratifié de 4.000 personnes (marge d’erreur de 1,3%). Celle du CRIOC s’est déroulée d’octobre à décembre en interview face à face, auprès d’un échantillon aléatoire stratifié redressé de 3.000 personnes (marge d’erreur de 1,8%).
Qu’en penser? Une chose est certaine, une politique active et diversifiée de gestion du tabagisme a aujourd’hui comme hier toute sa raison d’être.
Et peut-être que les résultats de l’Enquête de santé par interview de l’Institut scientifique de santé publique mettront tout le monde d’accord. Ou pas!
CDB

(1) Voir ‘Forte augmentation du nombre des fumeurs en 2008’, Éducation Santé n° 241, janvier 2009: http://www.educationsante.be/es/article.php?id=1083