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Numéro 346

Les cahiers de l’UCL : étude sur la vie affective et sexuelle des étudiant(e)s


En mars dernier, la plate-forme Tout SEX’Plique a remis à l’honneur sa Love week dont la dernière édition datait de 2014. Cette semaine d’activités sur le site universitaire de Louvain-la-Neuve est l’occasion d’échanger autour des différents aspects de la vie affective et sexuelle via des débats, d’impros théâtrales, de possibilités de dépistage… avec et pour les étudiants. La Love week était aussi un moment privilégié pour dévoiler une partie des résultats d’une grande étude sur la vie affective et sexuelle des étudiant(e)s menée par l’Université catholique de Louvain (UCL), en partenariat avec Univers Santé, l’Observatoire de la vie étudiante, le Service d’aide aux étudiant(e)s et le Centre interdisciplinaire de recherche sur les familles et les sexualités.

Le professeur Jacques Marquet de l’UCL a accepté de partager avec Education Santé une partie de ses résultats, présentés sous la forme de cahiers thématiques. Nous avons choisi de mettre l’accent sur les maladies sexuelles transmissibles (IST) et la prévention qui les accompagne, ainsi que les faits marquants sur les pratiques sexuelles actuelles.

Quelques chiffres

En février 2016, l’ensemble des étudiant(e)s inscrits à l’UCL ont été invités à participer à une enquête via un questionnaire en ligne. Au total, 2286 étudiant(e)s ont répondu présent. L’échantillon de l’étude est composé de 54% de femmes et de 46% d’hommes. Parmi eux, 35% sont nés avant 1992, 34% entre 1992 et 1994 et 31% après 1994. La majorité des répondants étaient inscrits en master (48%), suivis de près par les étudiants en baccalauréat (41%) et viennent ensuite les doctorants (avec 9%) et 2% d’inscrits dans une autre formation.

18.6 ans se révèle être l’âge médian du premier rapport sexuel. Bien que cette donnée apparaisse comme relativement conforme (puisqu’un peu plus tardive que la population générale) aux autres grandes enquêtes belges et européennes sur ce même thème, elle témoigne aussi d’une grande diversité des situations. En effet, 18% des répondants n’avaient pas encore eu de rapports sexuels au moment de l’enquête. Un tiers d’entre eux déclarent cependant avoir déjà eu des contacts intimes1. 30% des étudiant(e)s ont eu des rapports sexuels avec un(e) partenaire et 52% ont eu des rapports avec deux partenaires ou plus.

Infections sexuellement transmissibles – SIDA : quelles connaissances et quelles pratiques en matière de prévention ?

Les étudiants face aux IST

L’enquête a permis de mettre en lumière plusieurs éléments intéressants sur les connaissances des IST des étudiant(e)s. On peut souligner leur bonne connaissance à l’égard des risques d’une transmission du VIH ou d’une IST lors de rapports sexuels vaginaux et anaux (plus de 99% des répondants). Elle est cependant moindre pour la transmission lors de pratiques bucco-génitales. Et cette diminution est encore plus marquée lorsqu’il s’agit du VIH. Les répondants déclarent pourtant être mieux informés sur le VIH que sur les autres IST. Ceci peut peut-être s’expliquer par le fait que les rapports bucco-génitaux étaient auparavant considérés comme « safer sex », des pratiques à moindre risque. Ils restent également sceptiques sur certains modes de transmission tels que le don de sang et la transfusion, mais la presque totalité des répondants reconnaît le risque de transmission lors d’une injection de drogue.

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Le nombre de partenaires sexuels peut-il influencer les connaissances en matière d’IST ? Il s’avère que les étudiant(e)s ayant eu plus de trois partenaires ont un meilleur niveau de connaissance sur la transmission et le traitement du VIH que les étudiant(e)s n’ayant eu que des contacts intimes. Par contre, en terme de protection contre les IST lors du premier rapport sexuel, on ne remarque pas de différence entre les étudiant(e)s ayant eu leur premier rapport dans les 5 années qui précèdent l’enquête et ceux qui en ont fait l’expérience plus tôt. Il apparaît qu’ils évoqueraient davantage le VIH en début de relation que par le passé (mais la différence est peu marquée), et que cette discussion aurait, selon les chiffres, plus fréquemment lieu après le premier rapport sexuel. Les deux moyens de protection jugés « tout à fait ou plutôt efficace » pour le VIH et les IST (avec un pourcentage un peu moins élevé) sont le préservatif masculin d’une part , et faire un test de dépistage et en attendre les résultats avant d’avoir un rapport sexuel d’autre part. Le fait d’être fidèle à son partenaire qui l’est également arrive à la suite des deux précédents moyens. Dans l’échantillon, 43% des personnes ayant déjà eu des rapports sexuels ont aussi déjà fait un test de dépistage. Il est intéressant de souligner que bien que ce moyen de protection arrive en tête de liste, 50% des étudiant(e)s ayant déjà fait un dépistage n’ont pas réussi à donner le délai recommandé pour considérer un dépistage fiable.

 

 

Que retenir pour la prévention de demain ?

L’étude de l’UCL nous indique qu’un travail de prévention actif a toujours sa place. Un point important est souligné dans l’enquête : le comportement de protection est à la fois stable et volatile. Il est stable parce qu’utiliser un moyen de protection lors du premier rapport augmente la probabilité de l’utiliser à nouveau par la suite avec un autre partenaire. A l’inverse, il est volatile car les chiffres montrent une diminution de l’utilisation d’un moyen de protection entre la première et la dernière relation. Si cette diminution est marquante pour l’utilisation du préservatif, elle l’est encore plus pour le dialogue entre les partenaires concernant les IST. Plusieurs hypothèses peuvent être envisagées : les caractéristiques de la relation, les expériences précédentes… Dès lors, une prévention qui envisage des mises en situation gagnerait à être envisagée. De manière générale, l’hétérogénéité des situations et l’évolution du regard que nous portons sur certaines pratiques sexuelles peuvent être prises en compte pour aider la construction des campagnes de sensibilisation.

Les pratiques sexuelles, y-a-t-il un besoin de prévention ?

Dans un second cahier, les chercheurs se sont intéressés aux pratiques sexuelles. Ils ont sélectionné la partie de l’échantillon reprenant les étudiant(e)s de 18 à 30 ans, soit 745 personnes dont 58% de femmes et 42% d’hommes. Voici les principaux éléments mis en évidence par l’enquête.

Les rapports vaginaux dans les relations hétérosexuelles et les contacts bucco-génitaux sont largement pratiqués puisqu’ils sont rapportés par au moins 95% des répondant(e)s. Hommes et femmes s’accordent sur le sujet et ceci confirme une augmentation croissante depuis les années ‘70 de la pratique des rapports bucco-génitaux. A l’inverse, les jeux érotiques avec une pénétration anale ou l’utilisation de jouets sexuels sont moins populaires (rapportés par 30% des étudiant(e)s). Dans ce cas-ci par contre, hommes et femmes ne déclarent pas la même chose : la pénétration anale étant rapportée par 36% des hommes contre 28% des femmes. Bien que proches, ces deux pourcentages démontrent que la pratique n’occupe pas la même place dans le répertoire sexuel de l’un et de l’autre.

Viennent ensuite les questions relatives aux nouvelles pratiques sexuelles, celles-ci n’ont été posées qu’aux femmes suite à une erreur de filtre au moment de l’envoi du questionnaire. Il ressort que l’accès facilité à Internet peut avoir influencé les pratiques sexuelles car près de deux tiers des étudiantes ont déclaré avoir déjà visionné de la pornographie, 25 à 30% ont déjà échangé des photos et/ou vidéos à connotation sexuelle, 20% des étudiantes ont déjà eu des échanges dénudés via Internet avec un ou plusieurs partenaires et 15% disent avoir déjà filmé ou pris des photos durant un rapport sexuel. Ces pratiques s’avèrent être liées au nombre de partenaires… tel un reflet du répertoire sexuel ?

Fotolia_206093698_M.jpgL’étude avance encore d’autres chiffres marquants :

  • 5% des répondantes ont déjà eu recours à une interruption volontaire de grossesse et 40% ont déjà utilisé une pilule du lendemain.

  • Une étudiante sur 10 déclare avoir déjà subi un épisode de violence pendant des rapports sexuels, cette donnée statistique pourrait par ailleurs être mise en lien avec le nombre de partenaires.

  • Pratiquement 50% des étudiantes ayant eu des relations sexuelles sous l’emprise de l’alcool déclare avoir eu au moins un épisode avec des conséquences négatives telles que l’absence de protection ou le regret d’avoir eu des rapports. Cependant, le questionnaire ayant été distribué à un public estudiantin, on peut supposer que la probabilité de rencontrer un partenaire lors de festivités est majorée. D’ailleurs, la recherche n’exclut pas la possibilité que des étudiantes recherchent la capacité désinhibitrice de l’alcool.

A l’issue de ce cahier et au regard des résultats, les chercheurs proposent 5 axes prioritaires en matière de prévention auprès des étudiants :

  • la contraception,

  • les infections sexuellement transmissibles,

  • la violence lors des rapports sexuels,

  • les relations sexuelles sous l’influence de l’alcool,

  • l’utilisation des images sexuelles.

Par ailleurs, bien que peu représentées au niveau statistique dans cette étude et d’autres, car encore fort stigmatisées, les relations sexuelles tarifiées pourraient également faire l’objet d’actions de prévention. Objet de tabous et de discussions, ce phénomène des « sugar daddies 2»  est bel et bien présent dans notre société, et ce n’est pas nouveau.

L’intégralité de l’étude sur la vie affective et sexuelle des étudiant(e)s sera publiée sous forme de cahiers et diffusée prochainement. Nous vous invitons à en prendre connaissance.

 

 

  1. Les contacts intimes ont été définis comme n’impliquant pas : pénétration vaginale, anales ou rapports bucco-génitaux.

  2. Ce terme signifie « papa gâteau ». Cet anglicisme est employé pour désigner une relation de prostitution dans laquelle un homme offre de l'argent et/ou des biens à une femme bien plus jeune que lui.

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