Un mensuel au service
des intervenants francophones
en promotion de la santé

Numéro 243

A deux, on est plus fort!


 

De l’idée à la réalisation d’un outil d’information sur la vaccination pour les jeunes de 14-16 ans

 

Introduction


La dernière visite médicale systématique a lieu en quatrième secondaire. Les services de médecine scolaire peuvent donc faire, une dernière fois, le point avec les adolescents et, le cas échéant, les mettre en ordre de vaccination. A cet âge, le calendrier vaccinal recommande d’une part, l’administration du rappel de vaccin diphtérie – tétanos (dT) auquel s’ajoutera en 2009, un rappel de vaccin coqueluche (dTpa), et d’autre part le contrôle et le rattrapage éventuel de la deuxième dose de vaccination rougeole-rubéole-oreillons. 

Jusqu’il y a peu, le programme de vaccination ne disposait d’aucun support de communication que les équipes de promotion de la santé à l’école (SPSE et CPMS) puissent utiliser pour l’information des adolescents. Sur base de ce constat, Provac a décidé d’élaborer un outil directement à destination des jeunes de 14 à 16 ans.
Tout au long des différentes étapes de la conception, Provac s’est attaché à ce que le support soit attractif, lisible et accessible à tous les types d’enseignement. Les objectifs prévoyaient d’informer sur l’utilité des vaccins durant toute la vie, et plus précisément sur les vaccins à recevoir entre 14 et 16 ans et les maladies contre lesquelles ils protègent, d’inciter le jeune à devenir acteur de sa vaccination et par extension de sa santé en possédant une carte de vaccination en ordre, et enfin d’informer le jeune sur les différentes personnes qui peuvent le vacciner ainsi que sur la gratuité des vaccins disponibles dans le circuit de distribution de la Communauté française. Il s’agissait également d’indiquer des pistes complémentaires d’informations. Les occasions d’animation en classe étant rares ou ponctuelles, le support devait pouvoir se suffire à lui-même.
Provac s’est entouré d’un groupe de travail constitué de représentants des SPSE et CPMS et du Service communautaire de communication pour valider les objectifs, le contenu, réaliser le recueil d’informations auprès des jeunes en cours de production de l’outil et choisir le support final. Une collaboration avec des étudiants en graphisme et/ou publicité a été organisée avec le souhait de travailler avec des futurs professionnels ayant une certaine proximité d’âge avec le public cible.

 

 

Une construction riche de collaborations et de partenariats


Avec PIPSA, pour la recherche des outils existants
Provac s’est adressé à la documentaliste de PIPSA pour une recherche des outils existant à l’étranger, dont il s’est avéré qu’aucun d’entre eux ne correspondait à nos besoins et nos objectifs. Ils étaient principalement destinés aux parents et revêtaient souvent un caractère purement informatif. Cette première analyse a mis en évidence l’importance d’un recueil des représentations des jeunes sur la vaccination.
Avec quatre classes de l’enseignement secondaire, pour recueillir les représentations, craintes et questions du public cible
Quatre classes de quatrième secondaire, sous tutelle du centre de santé de l’UCL, ont participé à cette étape du processus. Deux relèvent de l’enseignement professionnel (Institut Don Bosco et Institut Saint-Joseph), une de l’enseignement technique (Institut de l’enfant Jésus) et une de l’enseignement général (Institut Jean XXIII). Au total, 68 élèves, âgés de 14 à 21 ans, ont participé aux animations réalisées par Provac. Les élèves ont reçu une explication orale sur le projet de création d’un outil d’information destiné à leur tranche d’âge; individuellement, chacun a rempli un questionnaire lui permettant d’exprimer ses craintes, représentations ou questions sur la vaccination. Ensuite, les élèves ont eu l’opportunité d’échanger leurs avis par rapport aux questions posées.
Il en ressort une variété de représentations exprimées dans un portrait chinois («si la vaccination était un animal, ce serait…»), une conception de la vaccination autant protectrice que douloureuse, un questionnement sur les maladies contre lesquelles les vaccins protègent, sur la dangerosité potentielle des vaccins et sur les recommandations vaccinales à l’âge adulte. L’intérêt des jeunes pour le thème était réel. Leurs questions illustrent le peu d’informations dont ils disposent, ce qui confirme l’utilité d’un outil informatif et attractif qui leur soit destiné. Les contenus dégagés de ces animations ont été reformulés et complétés par des informations sur la vaccination pour constituer le texte du support.
Sur base de l’analyse des supports répertoriés par PIPSA, des objectifs visés et du contenu des représentations et des demandes d’information formulées par les jeunes lors des animations, Provac a choisi de donner la structure suivante au document:
- si la vaccination était un animal, ce serait…
- un vaccin, c’est quoi et ça sert à quoi?
- dangereux les vaccins
- qui peut te vacciner?
- quels vaccins recevoir à 14-16 ans?
- à quand tes prochains vaccins?
- être bien vacciné c’est…
- une proposition de jeu et des informations complémentaires.
Avec deux Hautes Ecoles, Section artistique pour la création graphique
Afin d’être au plus près de l’univers visuel des jeunes de 14 à 16 ans, Provac a sollicité la collaboration de deux professeurs enseignant à l’Ecole Supérieure des Arts Saint-Luc de Liège et la Haute Ecole Francisco Ferrer de Bruxelles pour la création graphique de supports de communication sur base du contenu défini par Provac.
Dans le cadre d’un projet de stage, les étudiants ont imaginé le type de support, créé la mise en page et choisi les illustrations. A Liège, les étudiants ont, dans un premier temps, fait des propositions individuelles. Les travaux présélectionnés ont ensuite fait l’objet d’un travail de groupe. A Bruxelles, les élèves ont, dès le début, travaillé par équipe de deux ou trois. Ensuite, Provac a rencontré les deux enseignants responsables et sélectionné, en concertation avec eux, 13 supports.
L’originalité, la créativité et le professionnalisme dont ont fait preuve les étudiants ont notamment été pris en compte. Les 13 supports choisis ont été proposés au groupe de travail SPSE/CPMS.
Avec un groupe de travail issu du public relais pour analyser les créations des étudiants et en sélectionner cinq
Un groupe de travail réunissant des représentants médecins et infirmières des SPSE et CPMS ainsi que le Service communautaire de Communication a validé les objectifs et les contenus définis par Provac. Il a également analysé les 13 projets à l’aide d’une grille mise au point par Provac et reprenant quelques critères nous semblant essentiels. Cette grille d’analyse est issue de l’expérience de certains chercheurs de l’équipe Provac dans la construction de ce type d’outil et d’une analyse de diverses grilles utilisées pour l’exploration de ce type de document.
Le groupe de travail s’est attaché à étudier l’originalité de l’outil proposé par rapport aux outils existant pour les jeunes toutes thématiques confondues; la structuration du support (dosage adéquat d’informations textuelles et visuelles; l’utilisation pertinente des images, des dessins, des photos; la clarté de l’organisation du document; la présence d’un fil conducteur); la lisibilité (lisibilité du texte, adéquation du choix des couleurs); l’attractivité du graphisme et de l’esthétique générale; la facilité de reproduction et de distribution du support.
Les premières pages des cinq supports choisis par ce groupe de travail sont reprises dans cet article.

 

 

Vers la sélection du support final


Les cinq supports ont ensuite été proposés et prétestés auprès de jeunes de 4e secondaire des différents types d’enseignement, grâce à la collaboration de quelques SPSE et CPMS. Le recueil d’informations s’est effectué via un questionnaire rempli par les élèves. Il avait pour finalité de tester l’attractivité de chaque support approchée par l’envie de le lire, l’originalité, la structuration, la facilité de compréhension, la qualité des illustrations. Quelques questions (type vrai-faux) portaient sur la présence de différents types d’informations. Les jeunes donnaient aussi leur avis sur les éléments appréciés et les éléments à changer.
Enfin, il leur était demandé de classer les cinq propositions de support par ordre décroissant de préférence.
Certains SPSE ou CPMS ont utilisé les cinq supports lors d’une animation en classe. Une grille de rapport a alors été remplie par l’animateur.
Après traitement statistique, les résultats du pré-test ont été présentés et analysés par le groupe de travail «public relais» en vue du choix final.
Trois cent quatre-vingt-trois élèves issus de 20 écoles et de 30 classes différentes ont participé à cette enquête par questionnaire. Les supports ont été testés dans divers services SPSE et CPMS de la région de Bruxelles-Capitale et des provinces de Hainaut, de Liège et de Namur. La répartition entre ces 4 territoires est assez équitable: 31% des questionnaires pour Bruxelles Capitale, 23% pour le Hainaut, 24% pour Liège et 22% pour Namur. 76% des répondants font partie de la population sous tutelle d’un service SPSE et 24% d’un CPMS.
La répartition par type d’enseignement est la suivante: 43.1% sont issus de l’enseignement général, 34.5% de l’enseignement technique et 22.4% de l’enseignement professionnel.
Une question portait sur l’envie de lire chaque support. 61.6% des élèves ont eu envie de lire le dépliant 5 en voyant la première page, 49.9% le dépliant 2, 33.2% le dépliant 1, 27.1% le dépliant 4 et finalement 22.2% le dépliant 3.
Sur base d’un classement effectué par les élèves et reflétant la synthèse de leur avis, les supports 5 et 2 sont également plébiscités et les supports 1 et 4 rejetés:
- le support 5 est en première ou seconde position en tant que support préféré pour 60.5% des élèves;
- le support 2 est en première ou seconde position en tant que support préféré pour 46% des élèves;
- le support 1 est en avant-dernière ou dernière position en tant que support préféré pour 21% des élèves;
- le support 4 est en avant-dernière ou dernière position en tant que support préféré pour 18% des élèves.
Au-delà des résultats de ce classement, on peut observer que pour le support 5:
- 61.6% des élèves ont répondu avoir envie de le lire. La répartition est assez équitable selon les différents types d’enseignement: 64.2% pour le général, 65.5% pour le technique et 52% pour le professionnel;
- plus de la moitié des élèves ont trouvé le support 5 original, joli, bien structuré, facile à comprendre;
- le titre, les illustrations, les couleurs, le look et la manière dont la vaccination était abordée ont été appréciés par plus de 55%;
- 56 à 75% de réponses sont correctes à la partie quiz du questionnaire.
Le support 5 est celui qui a obtenu les scores les plus élevés dans l’enseignement technique et professionnel. Les résultats statistiques détaillés du support 2 ont également été présentés au groupe de travail. Un débat autour de ces deux supports s’en est suivi. Il en ressort qu’in fine, les professionnels choisissent le support 5. Il est intéressant de constater que ce choix est concordant avec celui des jeunes de 14 à 16 ans.
La finalisation du support
Une fois le support 5 choisi, l’étudiante créatrice du projet, Nathalie Cruchet , et son enseignant, Joseph Daulne , de l’Ecole supérieure des Arts de Saint-Luc à Liège ont travaillé avec Provac pour aboutir au résultat final. Le dépliant a été imprimé à 70.000 exemplaires et distribué en juin 2008 à toutes les équipes SPSE et CPMS pour qu’elles le diffusent dans le courant de l’année scolaire 2008-2009. Les modalités d’utilisation et de distribution ont été discutées lors des journées décentralisées d’informations organisées par Provac pour les SPSE/CPMS en juin 2008.

 

 

Conclusion


Il ressort de cette expérience que les évolutions dans la mise à disposition des vaccins et des remboursements peuvent rendre difficile de construire un message actualisé. En effet, au moment de la mise sous presse du dépliant, la décision de rembourser le second vaccin HPV n’avait pas encore été prise et cette information ne figure donc pas dans le dépliant, au risque de décrédibiliser le message.
Chaque étape vers le choix du support final a permis d’impliquer les diverses parties prenantes. A des niveaux divers, les jeunes ont participé activement à la création et à la sélection du support final. En effet, le recueil des représentations sur la vaccination et ensuite des avis de quelques jeunes de 14 à 16 ans sur les propositions de support a permis d’être au plus proche de leurs sensibilités et cultures visuelles.
Cette même volonté de proximité a conduit Provac à impliquer des pairs dans la création graphique du support. L’implication d’étudiants dans un processus de construction d’un outil a permis d’introduire un soupçon de promotion de la santé dans leur formation initiale ou encore de les sensibiliser aux collaborations intersectorielles dans le secteur non-marchand, à leur plus grande satisfaction.
Par leurs compétences particulières et leur connaissance plus fine du terrain, les publics relais, à savoir les équipes SPSE et CPMS, ont soutenu Provac lors du choix du contenu, du prétest ou encore lors de la diffusion. Lors des ateliers d’échange organisés par Provac en juin 2008, les équipes ont débattu de différentes possibilités d’utilisation du dépliant.
Catherine Giot , Marie-Christine Miermans , Béatrice Swennen et Karin Levie
Adresse des auteures: Provac, Ministère de la Communauté française, Boulevard Léopold II, 44, 1080 Bruxelles. Courriel: provac@cfwb.be

 

 

×
×