Un mensuel au service
des intervenants francophones
en promotion de la santé

Numéro 352

Burnout parental : quel rôle pour la promotion de la santé


« La première fois que votre bébé vous dit « Maman », c’est le plus beau jour de votre vie. Aujourd’hui, ce n’est plus un mot que je suis heureuse d’entendre. « Maman », c’est devenu un mot de torture. » Quand on devient parent, nombreuses sont les attentes autour de la parentalité. En général, on pense que celle-ci va apporter majoritairement de l'épanouissement et des émotions positives. La société et l'entourage renforcent cette image biaisée. Pourtant, la parentalité est loin d’être un long fleuve tranquille. Elle est un « métier » à la fois complexe et stressant. Etre parent, c'est aussi souvent un travail exigeant dont on ne peut jamais démissionner. Les pères et les mères n'ont jamais été aussi conscients du rôle qu'ils jouent dans le développement de leur enfant. Ils ne se sont jamais autant posé de questions sur « comment être un bon parent ». Jamais dans l’histoire la pression sociale n’a été aussi forte envers eux.

Face à ces nombreux défis, il peut arriver que les parents craquent. Pour certains, durablement. Ces pères et ces mères se retrouvent en souffrance. Ils sont passés du stress ordinaire à un épuisement intense dans leur rôle de parent. C’est ce qu’on appelle le burnout parental (BOP).

Face à ce constat, la Mutualité chrétienne (MC) a souhaité s’inscrire résolument dans la voie du soutien à la parentalité. C’est donc tout naturellement qu’elle a répondu favorablement à la demande du Département de Psychologie de l’UCLouvain de participer activement à ses études relatives à la prévalence et aux conséquences du BOP1. La collaboration UCLouvain/MC s’est ensuite poursuivie via la participation à une recherche visant la prise en charge des parents touchés par le burnout parental. Cette recherche, qui constitue une première mondiale, a pris la forme de cycles d’atelier pour parents en burnout, en huit séances animées par des psychologues. L’objectif était de mesurer l’efficacité de deux protocoles de prise en charge distincts. Nous y reviendrons plus loin dans cet article.

Une collaboration solide entre la MC et l’UCLouvain s’est donc développée au fil des années autour de trois dimensions du burnout parental : la recherche, le thérapeutique et la prévention.

 

Le burnout parental, c’est quoi ?

Le burnout parental est un syndrome qui touche tous les parents exposés à un stress parental chronique. Il présente plusieurs facettes8 :

L’épuisement

C’est la facette qui apparaît le plus souvent en premier. Le parent a le sentiment d’être épuisé, vidé, au bout du rouleau. Cet épuisement peut se manifester au niveau émotionnel (sentiment de ne plus en pouvoir), cognitif (impression de ne plus arriver à réfléchir correctement) et/ou physique (fatigue).

La distanciation affective avec les enfants

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Il s’agit probablement d’un mécanisme de défense vis-à-vis de l’épuisement. Le parent n’a plus l’énergie de s’investir autant qu'avant dans sa relation avec ses enfants : il prête moins d'attention à ce qu'ils lui racontent ; il accorde moins d'importance à ce qu'ils vivent et ressentent, il fait le minimum pour leur bien-être (trajets, repas, coucher...) mais n'a plus le courage d'en faire plus. 

 

La perte d’efficacité et d’épanouissement dans son rôle de parent

​Le parent n’en peut plus d’assumer son rôle de père ou de mère, rôle dans lequel il ne s’épanouit plus. Il a l’impression que ce rôle lui demande « trop » et il ne le supporte plus.  Ce n’est pas tant les enfants qui sont directement en cause mais plutôt l’identité parentale elle-même.

 

Le contraste

Cette autre facette du burnout parental correspond à une prise de conscience : le parent n’est plus le parent qu’il a été. Il se sent « différent », à côté de lui-même. Lorsqu’il interagit avec ses enfants, il ne se reconnaît plus. Il pense qu’il n’est plus le bon père/la bonne mère qu’il a été pour ses enfants. De cette prise de conscience découlent honte et perte de fierté. On retrouve bien l’idée d’un contraste entre un avant (le parent idéal auquel on a voulu ressembler) et un après (le parent épuisé, distant et saturé qu’on est devenu).

Notons qu’il n’est pas nécessaire que toutes les facettes (épuisement, distanciation, saturation et contraste) soient présentes pour qu’on parle de burnout parental. Il suffit que 60% des symptômes soient suffisamment sévères et fréquents pour qu’on parle identifie de burnout parental. On l’aura compris, chaque histoire de burnout parental est singulière.

« J’étais épuisée, j’étais juste incapable de répondre aux sollicitations de mon aînée. La moindre chose à faire me demandait vraiment trop d’énergie et je n’en avais plus. Vraiment plus. J’étais juste en mode survie. »

Facteurs de risque versus Facteurs de protection

Le burnout parental est une maladie du spectre du stress. On peut le considérer comme le résultat d’un déséquilibre entre des facteurs de stress spécifiques à la parentalité (les stresseurs parentaux) et des ressources incapables de compenser les effets délétères de ces stresseurs (les ressources parentales)7.

On distingue cinq catégories de stresseurs :

  1. Stresseurs démographiques : le nombre d'enfants, la taille de l'habitation, le manque de revenus…
  2. Stresseurs situationnels : liés à la situation présente, ils peuvent être compliqués par une maladie ou un handicap de l'enfant.
  3. Stresseurs personnels : liés à la personnalité du parent. Les parents perfectionnistes éprouvent plus de difficultés à trouver leur équilibre.
  4. Stresseurs liés à la relation avec l'enfant : la manière dont on se comporte avec l'enfant peut augmenter le stress quotidien (éducation inconsistante6…).
  5. Stresseurs liés au couple: si les deux parents ne s'accordent pas sur la manière d'élever les enfants ou si l'un des deux doit régulièrement s'absenter…

Les études de l’UCLouvain ont montré que tous les stresseurs/ressources n’avaient pas la même importance. Ce sont les stresseurs personnels, ceux liés à la relation à l’enfant et ceux liés au couple, qui sont les plus déterminants pour le burnout, alors que les stresseurs/ressources sociodémographiques et situationnels ont moins d’importance. Ces résultats sont rassurants car,  contrairement à la plupart des facteurs sociodémographiques et situationnels, les stresseurs personnels, ceux liés à la relation à l’enfant et ceux liés au couple, sont des facteurs sur lesquels on peut agir pour éviter le burnout ou en sortir.

En Belgique, la prévalence estimée des parents en situation de burnout parental est de 5 à 8%. Cela signifie qu’à l’heure précise de ce rapport, entre 150.000 et 210.000 parents seraient donc concernés par cette problématique5.

 

Conséquences du burnout parental4

Le burnout parental est avant tout une affaire d’accumulation. Il n’apparaît pas subitement, mais est davantage un processus, un cercle vicieux.

Le burnout peut avoir des conséquences graves : 

  • sur le parent lui-même : problèmes de santé, addictions, intentions suicidaires... Par comparaison avec le burnout professionnel, on retrouve beaucoup plus d’idées suicidaires et d’envies de fuir en cas de burnout parental. sur le couple : irritabilité, augmentation des conflits...
  • sur la relation parent-enfant : augmentation des comportements de négligence et de violence à l’encontre des enfants. Le burnout parental multiplie par 13 le risque de négliger ses enfants et par 20 le risque de les violenter (en comparaison, le burnout professionnel multiplie ces risques de 1.3 concernant la négligence et de 0.6 concernant la violence).

Et, généralement, la personne qui en est victime se sent très coupable. Les conséquences et les symptômes présentés  ne sont pas présents chez tous les parents. A noter également que c’est le contraste qui importe. Par exemple, un parent qui a toujours été négligent, colérique ou violent n’est pas en burnout parental.

Dans ce contexte, le développement d’interventions ciblées et efficaces pour soutenir les parents en burnout devient prioritaire. C’est à ce besoin que vise à répondre la prise en charge spécifique que nous aborderons plus loin dans cet article.

 

Comment agir face au burnout parental ?

Le burnout parental se combat, d’une part, via la sensibilisation/la prévention et, d’autre part, par une prise en charge spécifique.

C’est parce que ces deux aspects sont complémentaires que le partenariat MC – UCLouvain est si pertinent, si porteur de sens. La combinaison de ces deux niveaux d’action permet une approche globale du problème.

Avant toute intervention : la sensibilisation et la prévention

Comment combattre quelque chose qui n’est pas reconnu, pas identifié ? Comment savoir si on est malade quand la maladie n’est pas nommée ? Une première étape consiste donc à lever le voile sur la problématique du burnout parental et de la porter à la connaissance du grand public et des professionnels de la santé. Pour œuvrer à cette tâche, les deux institutions ont joint leurs forces.

La MC a mis sur pied en 2015 un vaste programme autour du bien-être psychologique intitulé « je pense aussi à moi », mettant en avant la nécessité de préserver un espace de bien-être personnel, un équilibre entre tous les rôles que chacun est amené à jouer dans sa vie, et notamment le rôle de parents parents. Ainsi, dans le cadre de ce projet, nous avons mobilisé des experts du bien-être mental pour sensibiliser, dans un premier temps, la population globale et, dans un second temps, spécifiquement les parents à se questionner sur leur réalité quotidienne.

L’UCLouvain nous a alors apporté son expertise de recherche et démontré statistiquement, pour la première fois, l’existence et la prévalence du burnout parental en Belgique. Ceci nous a permis d’énoncer des messages spécifiques de sensibilisation à l’égard des parents, au travers de plusieurs outils: site internet, réseaux sociaux, cartes postales, événements…

Nous avons poursuivi notre collaboration pour mettre en place des actions préventives à destination des parents :

  • des conférences avec Isabelle Roskam et Moïra Mikolajczak portant sur les défis de la parentalité et le risque de burnout parental dans la partie francophone et germanophone du pays (plus de 900 personnes ont assisté à ces conférences) ;
  • des ateliers ciblés « familles » permettant de faire face à des situations difficiles pouvant plonger les parents dans le burnout : gestion des émotions, enfants difficiles, relations parent-enfant…;
  • la publication d’un carnet de bord pour les parents, avec une large contribution d’Isabelle Roskam, sur les « ficelles » du métier de parents et les pièges à éviter ;
  • un site internet avec des contenus ciblant le burnout parental, et des solutions concrètes pour ne pas s’y enliser (www.jepenseaussiamoi.be) + un site internet dédié au burnout parental (www.burnoutparental.com)
  • des émissions radios et des passages télévisés pour les chercheuses de l’UCL, avec des questions de parents en direct.

La prise en charge des parents en détresse

Le deuxième volet consiste à apporter directement de l’aide aux parents en épuisement. Comme dit plus haut, actuellement en Belgique, cette réalité est celle de 5 à 8% des parents.

 

shutterstock_182478635.jpgUne prise en charge spécifique pour le burnout parental : premières avancées au niveau mondial3 !

Au vue de l’importance et de l’urgence des demandes d’aide autour de la problématique du burnout parental,  les chercheuses ont souhaité étudier une prise en charge spécifique et tester l’efficacité de prises en charge de groupes. Il s’agit d’une première mondiale sur le sujet. Des groupes d’accompagnement pour parents en burnout ont été proposés gratuitement en Wallonie et à Bruxelles entre février et juin 2018.

Cette étude a été réalisée grâce à la collaboration entre  L’UCLouvain et la MC.

Sur base des recherches menées sur le vécu et les facteurs de risque du burnout parental, deux types d’interventions de groupe2 ont été proposées :

  • Une intervention qu’on pourrait appeler « intervention structurée », plus directive, développée sur la base du modèle étiologique du burnout parental, la balance des risques et des ressources. Le burnout parental résulte en effet d’un déséquilibre entre les facteurs qui augmentent le stress parental (= risques) et les facteurs qui le diminuent (= ressources). L’objectif de l’intervention est de rééquilibrer leparent en allégeant les stresseurs et/ou en optimisant les ressources.
  • Une intervention appelée « intervention de type groupe de parole », plus libre, dans laquelle les intervenants adressent aux parents des questions ouvertes afin de leur permettre d’extérioriser leur souffrance, de mieux la comprendre et la soulager avec l’aide du groupe. Dans ce cas-ci, l’objectif est de favoriser la conscientisation des parents, de les amener à trouver leurs propres solutions : « les parents savent, mais ils ne savent pas qu’ils savent ».

Les deux interventions ont exactement les mêmes caractéristiques formelles : elles se développent en 8 séances d’une durée de 2 heures environ, une fois par semaine, en groupe de 12-15 parents, animées par des psychologues spécifiquement formés.

Méthodologie

L'objectif principal de l’étude était de tester l'efficacité de prises en charge de groupe dans les cas de burnout parental. Pour ce faire, le travail de préparation et collecte des données s’est déroulé en plusieurs étapes :

1. Formation des intervenants : une équipe de 22 psychologues a été formée aux deux types d’intervention par l’équipe de l’UCL (Isabelle Roskam, Moïra Mikolajczak et Maria Elena Brianda).

2. Actions d’information et sensibilisation du grand public autour du burnout parental et de cette initiative.

3. Recrutement des participants : les parents intéressés se sont inscrits aux groupes via un formulaire en ligne. Les seuls critères d’inclusion étaient avoir au moins un enfant vivant encore au domicile et ressentir les symptômes principaux de l’épuisement parental.

4. Réalisation des groupes et collecte des données : 14 groupes ont été finalement animés (8 interventions « structurées » et 6 interventions de type « groupe de parole »).  Tous les participants ont complété un protocole d’évaluation avant le début de la prise en charge (temps 1), immédiatement après (temps 2) et trois mois après la fin des séances (temps 3). L’évaluation a consisté en la prise des mesures suivantes :

- des mesures auto-rapportées par questionnaire (telles que la sévérité des symptômes de burnout parental, les comportements de négligence et violence à l’égard des enfants…) ;

- des mesures auto-rapportées par enregistrements (le parent est invité à parler pendant 5 minutes de sa parentalité et pendant 5 minutes de son travail) ;  

- des mesures hétéro-rapportées par le conjoint ou un proche (sévérité perçue des symptômes de burnout parental, irritabilité) ;

- des mesures biologiques (analyse des niveaux de cortisol capillaire, qui permet de  mesurer le stress accumulé au cours des trois derniers mois).

Des résultats éloquents

La présentation des résultats de cette étude se focalise essentiellement sur les effets des deux types d’interventions proposées sur le niveau du burnout parental des participants et la fréquence des comportements de négligence et de violence envers les enfants.

Analyse du groupe contrôle de type « liste d’attente »

Par l’observation du groupe contrôle, nous pouvons vérifier si le niveau de burnout parental et la présence de comportements de négligence et de violence se modifient spontanément avec le temps, en l’absence de l’intervention, au cours d’une période de 8 semaines (ce qui correspond à la durée des groupes d’accompagnement proposés dans le cadre de cette étude). Les résultats sur un échantillon de 40 parents montrent qu’en l’absence d’intervention, les niveaux de burnout parental, de négligence et de violence restent stables entre les deux temps de mesure : les symptômes ne se réduisent pas spontanément avec le temps.

Analyses des effets des interventions de groupe sur le niveau de burnout parental

Les changements des niveaux de burnout parental entre le temps 1 (juste avant le début des groupes) et le temps 2 (immédiatement après la fin des groupes), dans le cadre des deux différentes interventions (« structurée » et « groupe de parole ») ont été analysés.

  • Chez les parents qui ont participé aux groupes d’intervention de type « groupe de parole », les symptômes du burnout parental régressent de 22.67% (réduction significative du score moyen au questionnaire d’évaluation du burnout parental, qui passe de 84.21 à 65.12, c’est-à-dire en dessous du seuil clinique du burnout parental).
  • Chez les parents qui ont participé aux groupes d’intervention « structurée », les symptômes du burnout parental régressent de 32.42% (réduction significative du score moyen qui passe de 89.85 à 60.72, c’est-à-dire en dessous du seuil clinique du burnout parental).

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Analyses des effets des interventions de groupe sur les comportements de négligence et de violence envers les enfants

La présence de comportements de négligence et violence envers les enfants au temps 1 (juste avant le début des groupes) et au temps 2 (immédiatement après la fin des groupes), dans le cadre des deux différentes interventions (« structurée » et « groupe de parole ») ont été analysés.

  • Les comportements de négligence diminuent significativement entre les temps 1 et 2 dans les deux types d’intervention. Plus en détail, les parents qui ont suivi l’intervention de type « groupe de parole » montrent une réduction des comportements de négligence de 21.49% (réduction significative du score moyen qui passe de 23.17 à 18.19 ; chez les parents qui ont suivi l’intervention « structurée » on observe une réduction légèrement supérieure de 24.92% (le score moyen passe de 22.23 à 16.69).
  • De même, les comportements de violence diminuent significativement entre les temps 1 et 2 dans les deux types d’intervention. Plus en détail, les parents qui ont suivi l’intervention de type « groupe de parole » montrent une réduction des comportements de violence de 23.08% (le score moyen de violence envers les enfants passe de 21,79 à 16,76) ; chez les parents qui ont suivi l’intervention « structurée » on observe une réduction légèrement supérieure de 28.2% (le score moyen passe de 21.56 à 15.48 ).

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Analyses des effets des interventions de groupe sur le long terme

Nous avons invité les participants à compléter une dernière fois le protocole d’évaluation trois mois après la fin des séances (temps 3), afin de vérifier si les effets observés immédiatement après la fin de l’intervention (temps 2) se maintiennent sur le long terme. 67 parents ont accepté de remplir les mesures demandées au temps 3 .

  • Le niveau du burnout parental des participants continue à décroître significativement jusqu’au temps 3, dans les deux types d’intervention : par rapport à la ligne de base, on observe une réduction du niveau de burnout parental de 27.56% au temps 2 et de 37.64% au temps 3. De manière générale, on observe une réduction plus marquée entre le temps 2 et le temps 3 pour les parents qui ont suivi l’intervention de type « groupe de parole » par rapport à l’intervention « structurée ».
  • La présence de comportements de négligence envers les enfants continue à décroître significativement jusqu’au temps 3, mais seulement auprès des parents qui ont suivi l’intervention de type « structurée ». La chute des comportements de négligence envers les enfants s’interrompt entre le temps 2 et le temps 3 chez les parents qui ont suivi l’intervention de type « groupe de parole ». Au contraire, pour les parents faisant partie des groupes d’intervention « structurée », le score de négligence envers les enfants continue à baisser : on observe une réduction de 27.62% au temps 2 qui devient de 36.56% des symptômes au temps 3.
  • La présence de comportements de violence envers les enfants continue à décroître significativement jusqu’au temps 3, dans les deux types d’intervention : par rapport à la ligne de base, on observe une réduction des comportements maltraitants de 24.20% au temps 2 et de 28.64% au temps 3.

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Des suites déjà prévues

Forte de ces avancées, l’UCLouvain souhaite évaluer l’efficacité d’un programme amélioré d’accompagnement pour parents en burnout. La MC a donc tout naturellement souhaité se mobiliser autour de cette nouvelle recherche. Ainsi, 6 nouveaux cycles de prise en charge pour parents en burnout seront proposés, dans ces 4 régions : Bruxelles, Brabant-Wallon, Namur et Hainaut. Les parents peuvent s’inscrire gratuitement sur www.mc.be/burnout-parent. Les résultats seront attendus pour la fin de l’année 2019.

 

Qui prend en charge les parents ?

Maintenant que nous savons que les protocoles de prise en charge fonctionnent, se pose légitimement la question du « qui ». Quels professionnels sont en mesure de comprendre la détresse des parents et de les aider à retrouver leur équilibre ?

La problématique du burnout parental étant assez neuve, il s’avère nécessaire de sensibiliser d’une part, et de former d’autre part les professionnels qui entourent les parents.

 

Des conférences pour sensibiliser, des formations pour développer le réseau

Pour relever le défi, les équipes de la MCont contacté les professionnels de leur région afin d’attirer leur attention sur la problématique : médecins généralistes, ONE, sages-femmes, travailleurs sociaux, SAJ (Services de l’Aide à la Jeunesse), pédiatres, et bien entendu psychologues et psychiatres, et bien d’autres encore ont été invités à 6 conférences sur la thématique du burnout parental, dispensées par Moïra Mikolajczak, Isabelle Roskam et Maria-Elena Brianda. Ce ne sont pas moins de 500 professionnels qui ont ainsi été sensibilisés et informés au cours de ce mois de décembre 2018.

Toujours dans le même esprit de synergie des formations certifiées seront organisées au printemps 2019. Elles permettront la constitution d’un panel de professionnels formés à la détection et à la prise en charge du burnout parental dans chaque région, y compris dans les centres de planning et dans les centres de santé mentale (structures plus accessibles d’un point de vue financier).

  • Pour les professionnels dits de « première ligne » (psys, AS, médecins, sages-femmes, éducateurs, puéricultrices, accueillantes d’enfants.…), il s’agira de repérer les parents et de les orienter.
  • Pour les professionnels dits de « deuxième ligne » (psychologues et psychothérapeutes), il s’agira de s’outiller pour prendre en charge le burnout parental.

Ces formations seront assurées par les équipes de l’UCLouvain et donneront accès à une certification. Les inscriptions sont d’ores et déjà ouvertes (www.mc.be/burnout-parent), et plus de 50 professionnels ont déjà manifesté leur intérêt à être formés.

 

Conclusions

Cette étude, est la première étude au monde visant l’efficacité d’une prise en charge spécifique pour le burnout parental. Le burnout parental étant un syndrome spécifique (différent du stress parental, de la dépression et du burnout professionnel), avec des conséquences spécifiques (notamment l’apparition de comportements de négligence et violence envers les enfants), il est nécessaire de concevoir des accompagnements ciblés pour réduire ses symptômes. 

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Les résultats indiquent que les interventions de groupe conçues dans le cadre de cette étude réduisent significativement les symptômes du burnout parental, ainsi que l’apparition de comportements de négligence et violence envers les enfants, plus particulièrement encore dans le cas de l’intervention que nous avons appelée « structurée ». Ces effets positifs ont été constatés immédiatement après la fin des 8 séances de l’accompagnement et ils tendent à augmenter au fil du temps, pour les deux types d’intervention.

 

La MC, via son service de promotion de la santé, poursuit le travail de soutien à la parentalité. Cette prévention a un impact primordial sur la santé. Elle agit comme un rempart contre la négligence et la maltraitance à l’égard des enfants, et impacte positivement les parents souffrant de burnout. En effet, le diagnostic rapide et un accompagnement adéquat peut permettre de prévenir le suicide, la consommation d’alcool, les problèmes de sommeil, etc.

 

Dans un premier temps, le rôle de la MC a été essentiellement d’informer, de faire parler du sujet et de sensibiliser la société et plus spécifiquement les parents au burnout sur base des connaissances accumulées. L’objectif est bien de lever le tabou, mettre des mots sur la souffrance et légitimer auprès des parents la demande d’aide. Ce travail constitue la trame de fond et est toujours d’actualité, même si le dialogue est désormais plus ouvert sur le burnout parental.

Dans un second temps, la MC a tenu à endosser son rôle de partenaire santé de référence auprès des professionnels pour, là aussi, améliorer la prévention et la promotion de la santé. Cela s’est traduit, d’une part, par la mise en place des conférences pour informer et sensibiliser les professionnels/prestataires. Et d’autre part, par la mise en place des formations certifiées au printemps 2019, qui permettront la constitution d’un panel de professionnels formés à la détection et à la prise en charge du burnout parental en Wallonie et à Bruxelles.

 

Retrouvez le projet Je pense aussi à moi de la Mutualité Chrétienne sur le site http://www.jepenseaussiamoi.be/  ou dans le numéro 341 d’Education Santé http://educationsante.be/article/je-pense-aussi-a-moi-des-outils-pour-ne-pas-soublier/

 

 

  1. Travaux de recherches des docteures et professeures Isabelle Roskam et Moïra Mikolajczak.

  2. Pourquoi opter pour un dispositif de groupe ? Celui-ci a une fonction de « normalisation » et de « soulagement » de la souffrance, par la présence d’autres parents dans la même situation.

  3. Brianda M-E., Mikolajczak M., Roskam I., Une prise en charge spécifique pour le burn-out parental. Première étude au monde sur le sujet. Louvain-la-Neuve, 2018.

  4. Mikolajczak M., Roskam I., Le burn-out parental. Comprendre, diagnostiquer et prendre en charge, Louvain-la-Neuve, 2018.

  5. Il est important de noter que cette prévalence[5] de 5 à 8% est calculée sur un temps « T » défini, mais en réalité, il semblerait qu’au moins 15 à 20% des parents soient en difficulté à un moment de leur parentalité.

  6. « Ça veut dire que certains jours, vous dites oui pour quelque chose et d’autres jours, le contraire. Cela augmente les demandes et donc le stress parce que l’enfant comprend que si il insiste, il peut obtenir ce qu’il veut ». - http://www.jepenseaussiamoi.be/

  7. Mikolajczak M., Roskam I., Le burn-out parental. Comprendre, diagnostiquer et prendre en charge, Louvain-la-Neuve, 2018.

  8. Mikolajczak M., Roskam I., Le burn-out parental. Comprendre, diagnostiquer et prendre en charge, Louvain-la-Neuve, 2018.

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