Un mensuel au service
des intervenants francophones
en promotion de la santé

Numéro 362

« Genre et promotion de la santé », un outil pour faire déclic !


Dans la collection Les déclics du genre, retrouvez un nouvel outil « genre et promotion de la santé » réalisé par Le Monde selon les femmes, en partenariat avec Femmes et Santé. Cet outil à destination des personnes-relais a pour vocation de nous aider à intégrer l’approche de genre dans les actions et animations en promotion de la santé.  

L’idée d’éditer cet outil a germé au fil des activités menées par la plateforme pour la promotion de la santé des femmes1, avec des publics très divers. Soutenir les personnes-relais pour inclure une lecture « genre » dans les pratiques s’inscrit dans la collection Les déclics du genre2, qui offre des pistes méthodologiques.  

Au moyen de cet outil, nous proposons de changer de lunettes pour passer d’une approche centrée sur la santé des femmes à une perspective « genre et santé ».

Des constructions sociales intrinsèquement idéologiques 

Aucun regard, aucun savoir n’est neutre. Alors qu’on a souvent tendance à présenter la santé pour tous comme neutre et équitable, notre démarche vise à dépasser la vision sexuée des approches, comme faire un relevé sexospécifique par exemple, et interroger les mécanismes de discrimination qui sont à l’œuvre. Ces mécanismes engendrent des inégalités de droit à la santé de la personne.  

Chausser des lunettes « genre et santé », c’est donc partir du principe que la santé reflète les inégalités sociales. Celles-ci découlent de constructions sociales qui nous enferment dans les stéréotypes du sexe biologique.  

Ces constructions sociales sont idéologiques en ce sens qu’elles préservent un système économique fondé sur des rapports de domination. Prenons un exemple universel très éloquent : les discours autour de l’amour maternel utilisés pour assigner les femmes au travail domestique, non payé et invisible. Ou encore tout le montage mensonger autour de la fragilité du corps féminin selon lequel le corps des femmes a besoin d’être assisté, et surtout contrôlé, tout au long de la vie, au cours des cycles reproductifs ou non-reproductifs.  

Les femmes et leurs corps ne sont pas fragiles en soi, mais se voient fragilisés par des valeurs sociétales péjoratives qui les enferment dans des rôles considérés comme spécifiquement féminins.

Ce processus de fragilisation des femmes et de leurs corps a, en plus, tendance à s’accroître quand on le combine à des facteurs de précarité : être une jeune mère ou cheffe de famille monoparentale, être âgée, migrante, handicapée ou encore affaiblie par une maladie. Ce constat est d’autant plus vrai dans le contexte socio-économique actuel où les mesures d’austérité adoptées à différents niveaux de pouvoir ont un impact direct sur les conditions de vie – défavorables à la santé – qui touchent plus sévèrement les femmes.  

Le modèle hégémonique de la médecine 

Si on observe plus spécifiquement les discriminations à l’œuvre dans le modèle hégémonique du médecin, on constate que la tendance dominante dans le secteur professionnel de la santé a dicté la norme de ce qui est « normal » ou ce qui est « pathologique ». Cette norme est fondée sur la « vérité biologique » (basée sur les variables biologiques). Depuis longtemps déjà, cette tendance a été analysée en termes de pouvoir. Dans les actions de santé de manière générale, les savoirs des patient.e.s ne sont pas considérés, la conception et les pratiques médicales sont guidées par une rationalité scientifique qui exclue les autres modèles de santé. Les pratiques autoritaires et non inclusives des médecins envers les patient.e.s engendrent une asymétrie dans la relation médecin-patient.e.s, un lien de subordination.  

Ces mécanismes résultent d’une volonté de contrôle social et idéologique.  

Avoir une vision d’ensemble au moyen de l’analyse intersectionnelle 

dg2.pngRepérer les inégalités et les mécanismes de discriminations ouvre la voie à une analyse intersectionnelle. Ce type d’analyse vise à appréhender de façon globale et croisée les inégalités de sexe/genre, classe, race/ethnicité, âge, handicap et orientation sexuelle.  

L’étape suivante a été de repérer les inégalités et les mécanismes de discriminations pour ouvrir la voie à une analyse intersectionnelle, qui vise à appréhender de façon globale et croisée les inégalités de sexe/genre, classe, race/ethnicité, âge, handicap et orientation sexuelle. La méthodologie utilisée pour construire les contenus de cette publication est participative. Nous faisons confiance à nos savoirs théoriques et pratiques ainsi qu’à nos intuitions et surtout nous nous attachons à reconnaître et à respecter les compétences de chacun.e. 

Dans l’analyse, il y a un aller-retour entre le regard collectif et individuel. Celui-ci nous a montré l’importance de rester dans les pratiques de groupes de santé autogérés par les participantes. En effet, ceux-ci, qui s’inscrivent dans une démarche collective et inclusive de la santé (voir le Déclic du genre Référentiel  Auto-santé  des femmes). Celle-ci porte sur la valorisation des compétences et des expertises propres des femmes, qui est le garant de l’horizontalité du partage collectif. 

Le déclic, résultats de l’analyse et pistes d’action 

A travers ce Déclic, nous souhaitons proposer des pistes et aider à aborder la promotion de la santé à partir d’une analyse de déterminants sociaux qui intègre l’approche de genre. 

La méthodologie propose de comprendre les enjeux liés à l’approche de genre à partir de la vie quotidienne. La place du questionnement fait partie de la dynamique : tensions entre vie professionnelle et familiale, maternité, allaitement, contraception pour les femmes et les hommes... dans une société tournée vers la performance, la productivité et l’individualisation. Elle vise aussi à comprendre quelles sont les répercussions des représentations et mythes normatifs auxquels les femmes et les hommes sont confronté.e.s dans leur vie quotidienne concernant leur corps, leur santé, leur sexualité… Elle cherche à éclairer la raison pour laquelle le système socio- économique a besoin de ces stéréotypes pour fonctionner. 

Celui-ci propose une lecture genre dans les différents domaines de la santé, pas seulement dans celui de la santé reproductive et sexuelle mais aussi en promotion de la santé. Cette démarche demande de connaître les stratégies développées par  les  mouvements de femmes, d’identifier la place du droit à la santé, au niveau international, dans le lobbying politique, de prendre conscience de l’impact des croyances et de découvrir les propositions utilisées dans les ateliers d’auto-santé. 

Intégrer la dimension de genre dans une démarche de promotion de la santé consiste aussi à reconnaitre la personne dans sa dimension plurielle, à valoriser son bien-être individuel et collectif, à reconnaître les conditions de vie nécessaires à l’exercice de ses droits. En promotion de la santé, la question des droits est importante ; s’approprier l’information permet de faire valoir ses droits pour être libre de faire ses propres choix. Le mouvement social, inhérent au projet de promotion de la santé, permet de combattre collectivement les discriminations, à commencer par celles basées sur le genre.

Pour se procurer l’outil (téléchargeable ou à commander):  http://www.mondefemmes.be-genre-developpement-outils.htm

Pour aller plus loin :  

 

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