Jeux, quizz, échanges et prises de contact. Le 25 février dernier avait lieu la quatrième édition de « ça m’saoule, j’ai craqué”, une journée de sensibilisation aux consommations et addictions coordonnée par Modus Vivendi, en partenariat avec des acteurs du secteur assuétudes et jeunes, et les services dédiés (médical et promotion santé) de l’Université Libre de Bruxelles.
« L’alcool est arrivé très tôt dans mon parcours, vers 14 ans, via mes cercles d’amis, témoigne Océane. Suivi rapidement du cannabis et des drogues dures. A 17 ans, j’ai eu une mononucléose et des problèmes de foie. J’ai dû arrêter l’alcool pendant 3 mois et je n’ai pas repris après. Puis j’ai réalisé que le cannabis me rendait parano et déconnectée et j’ai été témoin de surdoses, ça m’a calmée, j’ai tout arrêté ». En cette journée de sensibilisation, l’étudiante en psychologie sociale et interculturelle appliquée à l’Université Libre Bruxelles anime un stand sur les interactions entre psychotropes pour l’Asbl bruxelloise Modus Vivendi où elle fait un stage.
Des étudiants se pressent à la journée baptisée « ça me saoule, j’ai craqué », un parcours en promotion de la santé et Réduction des Risques (RdR) conçu par et pour les étudiant.e.s de l’ULB. L’ambiance est bon enfant. Le foyer culturel du Solbosch, accueille une dizaine de stands pour aborder la question des consommations et des addictions (alcool, tabac, psychotropes, écrans…). Chaque association a apporté ses affiches, beach flag, des flyers et des goodies.
Au cours de l’année universitaire, le projet « Ça m’saoule » se décline en deux moments. En octobre, il aborde les thématiques EVRAS (l’Education à la vie relationnelle, affective et sexuelle) au moment des baptêmes sous l’appellation « ça m’saoûle, j’ai plus de capote » (autrefois «48h pour convaincre”). Les stands se focalisent plus particulièrement sur les infections sexuellement transmissibles (IST), le consentement et les droits des minorités sexuelles LGBTQIA+. C’est une étape obligée dans le parcours de bleusaille pour les étudiant.es désireux.se d’intégrer un cercle.
Aux dernières 48h, 300 à 400 aspirant.es sont passés sur les stands, tandis que leurs comitards les attendaient à l’extérieur pour qu’ils et elles se sentent moins oppressé.es.
En février, cette seconde journée s’élargit aux thématiques de l’alcool, du tabac, des psychotropes, de la santé mentale et de l’alimentation. En guise de piqûre de rappel par rapport aux 48h d’octobre, l’asbl O’YES anime un jeu de l’oie sur le consentement « On y va ou pas ? ». Créé avec l’Association des cercles étudiants (ACE) en 2017, l’outil met en avant des situations de vulnérabilités. « Il permet de faire énormément de liens entre les consommations et le consentement. C’est l’occasion de rappeler le cadre de la loi, de faire réagir à des statistiques et de sensibiliser à la culture du viol » décrit Raoul Thelen, formateur et animateur EVRAS pour l’Asbl.
« C’est important de véhiculer des messages, notamment dès qu’il y a un événement un peu social ou festif, même si on n’est pas parfait, et qu’à un moment je pose ma casquette de déléguée pour aller faire la fête », explique Lola, déléguée RdR pour la Liégeoise (le cercle des étudiants liégeois de l’ULB). Elle s’est formée en début d’année universitaire pour assurer des permanences lors des activités festives sur le campus.
Avec Marie Gilles, qui coordonne les projets RdR et PromoSanté de l’ULB, les étudiant.es vont découvrir un carnet de notes et une horloge, qui va leur permettre d’objectiver leurs habitudes de consommation que ce soient les repas, les sodas ou boissons alcoolisées, le tabac, ou les substances psychotropes.
Donner des repères sur l’alcool
Des étudiants de l’IHECS présentent le matériel et les quizz tirés de l’exposition « Sans pression » (Alcool : des étudiants dézinguent la guindaille – Éducation Santé) qui aborde de manière ludique les facteurs qui influencent les jeunes et les étudiants à boire de l’alcool.
Sur le stand « Classification des drogues », Kerryan, déléguée RdR du cercle agro des bioingénieurs présente un diagramme des psychotropes pour montrer les interactions les plus fréquentes entre l’alcool, les médicaments et les drogues. Un tableau des mélanges, conçu avec les étudiant.es en pharmacie, détaille leur niveau de toxicité et donne des conseils dans l’esprit des 12 commandements.
A côté, deux participantes lancent des fléchettes sur une cible qui reprend de manière symbolique ces 12 conseils de RdR : « Cible ton tips ». Les conseils fusent « protège-toi », « fais des pauses conso », « veille sur tes potes », « informe-toi sur le produit avant de consommer », « protège tes oreilles, car les dommages auditifs sont irréversibles », « mange avant de sortir », « bois de l’eau régulièrement », « écoute ton corps », « évite les mélanges ».
« On est dans un milieu qui reste très consommateur, l’important c’est de donner des balises. On remarque que ces deux dernières années, ça bouge un peu » constate Illia Sarkissiane qui coordonne le projet « Drink Different » de l’asbl Modus Vivendi. Une des équipes de délégués sillonne justement le campus pour sensibiliser aux quantités d’alcool et rabattre des participants sur la journée. Elle fait le focus sur les moments de pré-soirée, ou « préchauffe »” qui concernent les plus gros consommateurs.rices. L’idée est de sensibiliser à un changement de comportement pour que chacun.e, s’il ou elle décide de consommer de l’alcool, le fasse à son rythme plutôt que d’imposer des tournées.
Modus Vivendi met aussià disposition des réglettes « alcool, connaissez-vous vos limites ? » qui permettent de voir en fonction de son poids et de son genre, l’effet cumulatif des verres d’alcool. « Nous préférons utiliser cette réglette, car on s’est rendu compte que les recommandations standards de l’OMS ne sont pas un bon levier. Une dizaine de verres par semaine, c’est ce que certain.es boivent en une journée. Si on mentionne cette limite, ça les fait rigoler, et on les perd » décrit Illia Sarkissiane.
Parler tabac, cigarette électronique et dépendances
Trois stands permettent d’aborder la question du tabac, qui est encore très présent sur le campus de l’ULB – étant donné qu’au rez-de-chaussée du bâtiment où se tient l’événement « ça m’saoule », une librairie vend tous les produits du tabac.
Pour Laurence Gilson, infirmière tabacologue à l’ULB, la sensibilisation à l’e-cigarette et aux puffs est essentielle. « Certains jeunes arrivent en consultation en pleurant, car ils sont accros. Ils ont commencé assez jeunes par une vape sans nicotine, avec un goût bubble gum, qui leur donne une bonne haleine, décrit-elle. Mais très vite, ils cèdent à la pression du groupe qui trouve que « c’est plus cool de vaper de la nicotine », ça devient comme une tutte qui entraîne la dépendance à la fois au sucre, au geste et à la nicotine ».
Ces produits hyper marketés à destination des jeunes, avec des lumières qui tournent, fluo, jaune ou rose sont en démonstration au stand « Tournicotine » du FARES. Deux étudiantes tentent leur chance sur le quizz « Vrai ou Faux ». A la première affirmation : « on ne peut pas être accro à la puff », l’une d’elle s’exclame avec beaucoup d’assurance. « c’est vrai parce que dans certains puffs, il n’y a pas de nicotine ! » Son amie semble moins sûre. Ce qui permet de détailler les trois types de dépendance : physique (à la nicotine), psychologique et comportementales/sociales.
L’effort de littératie permet aux participant.es de repartir avec quelques données-clés. Certains puffs contiennent jusqu’à 20 mg de nicotine, alors qu’une cigarette en contient 1 mg. Une heure de chicha équivaut à la combustion de 50 cigarettes. Il est aussi possible de devenir tolérant au CBD, et de risquer une surdose.
Plus loin, deux étudiants en sciences politiques jouent à « Parcours sans T », un jeu qui visent à améliorer les compétences psychosociales par rapport aux produits du tabac. Ils doivent citer en une minute le maximum d’inconvénients de la cigarette : « cancer, problème cardiaque, oui, mais bon c’est un peu la loterie », dit l’un des deux. Camille Orfiniak du FARES ajoute : « perte d’appétit, dépendance, mauvaise haleine, problème de fertilité, essoufflement, et puis c’est cher ».
Le second étudiant hoche la tête, il regarde son téléphone avec un peu d’anxiété, il lui reste tout juste 30 minutes pour compléter le tour des stands avant de retourner en cours. « Je veux me rattraper. J’ai déjà fait le parcours en octobre dernier au moment de mon baptême, mais j’en ai plus aucun souvenir tellement j’avais bu depuis 24h, je m’endormais debout, et j’avais trop la honte après coup ».
Sur cette édition, 80 à 100 étudiants sont passés sur le parcours, 56 l’ont complété.