Février 2026 Par Clotilde de GASTINES Initiatives

Dans le cadre du projet HORIZON Fxmmes, DoucheFLUX déploie des activités pour les femmes sans chez soi grâce à de nombreux partenaires associatifs et bénévoles.

« Désolée monsieur, aujourd’hui on est mercredi, l’espace est réservé aux femmes », dit gentiment une volontaire qui distribue des colis de Noël de Zelle (le collectif des femmes du PTB) à l’entrée du centre de jour de DoucheFLUX. « Ah oui c’est vrai j’avais oublié, bon et bien je reviendrai demain » s’exclame l’homme, qui fait demi-tour, un peu penaud.

Situé à 5 minutes à pied de la gare du midi, dans un ancien bâtiment industriel, DoucheFLUX propose un accueil à bas seuil pour les personnes sans chez soi ou en très grande précarité. Le mercredi, les lieux sont réservés aux femmes* et à des activités de santé communautaire. Passé le sas, où des affiches annoncent l’agenda des rencontres et des permanences, les usagères longent un puits de lumière qui abritent un grand escalier central. Une large sérigraphie du dessinateur Philippe Geluck rappelle sur un ton humoristique la raison d’exister de l’association, dont il est le parrain : « J’en avais marre de me laver en devant me lécher, merci DoucheFLUX » déclare le Chat en slip léopard sous la douche.

Une dizaine de femmes discutent par petits groupes dans la salle de vie. Certaines boivent un thé et grignotent des biscuits. Des enfants dessinent. Au fond de la salle, une femme et ses deux filles sollicitent les conseils d’une Digital Buddy de Bibliothèque sans frontières qui assure la permanence numérique. Des téléphones chargent aux quatre coins de la pièce. Une dame âgée somnole – des sacs de courses contenant probablement tout ce qu’elle possède à ses pieds. Une autre place quelques objets dans son casier, qui sert de consigne.

copyright claire  bourguin doucheflux asbl
Copyright Claire Bourguin DoucheFLUX ASBL

Créer un espace de répit sûr

« Ici les femmes qui vivent en rue ou dans une très grande précarité peuvent trouver du répit. Nous avons voulu créer un safe space, car les femmes sans chez soi sont très vulnérables et ont tendance à se cacher tant le jour que la nuit », décrit Marie Zune, chargée du projet HORIZON Fxmmes, avec un X pour inclure les personnes en transition qui s’identifient comme femme. Entre 2020 et 2024, le dispositif s’appelait 100% Femmes.

Les mercredis, elles sont entre 20 et 30. C’est deux fois moins que les pics de 2024. « La baisse de fréquentation est directement liée au contexte politique, explique Léa Courtois, chargée de communication de l’asbl. En effet, le durcissement des règles de l’accueil conduit à davantage d’expulsion et de détention en centre fermé, et les réformes sociales aggravent la précarité des familles – d’où l’arrivée des enfants ».

Lorsque le lieu est en mixité, l’activité est plus intense. 80 ou 90 personnes affluent, surtout des hommes. A peine une dizaine de femmes osent venir. Le lieu a beau disposer de deux couloirs de douches différents, l’espace d’attente entre la douche et le vestiaire est relativement restreint, ce qui est dissuasif pour les femmes particulièrement fragiles, qui ont parfois connu des violences conjugales ou dans la rue.

Au sous-sol ce jour-là, cinq douches sont occupées. Une bénévole donne à une femme un kit d’hygiène (savon, shampoing et essuie) et celle-ci indique qu’elle aurait besoin d’une culotte propre. Deux autres personnes attendent la fin de leur lessive.

Un public dans la non-demande

DoucheFLUX a longtemps cherché la bonne formule pour accueillir les femmes. A partir de l’ouverture en mai 2017, l’équipe leur réservait d’abord le mercredi après-midi, avant de l’élargir au matin. La période Covid a joué un rôle majeur dans l’identification des besoins, car DoucheFLUX a assuré l’hébergement en hôtel pour des femmes, ce qui a permis de mieux les connaître. En 2024, l’association a été reconnue par la COCOF comme acteur de promotion de la santé. Elle a renforcé le travail communautaire au sein du centre de jour, notamment pour le projet HORIZON Fxmmes.

« Notre public est très… dans la non-demande parce qu’il a l’habitude d’être invisibilisé, il a aussi subi trop de victimisation secondaire dans les services, où on lui demande la plupart du temps de raconter son histoire encore et encore, explique Marie Zune qui est en charge des activités de promotion de la santé. Il faut un temps d’accroche puis un temps pour créer un lien de confiance ».

Les mercredis, DoucheFLUX propose donc ses services habituels : l’accès aux douches, à la laverie et aussi des activités communautaires « prétextes » qui servent d’accroche en mêlant bien-être, culture et convivialité : table ouverte, coiffure, cosmétique, vélo, théâtre action, écoute musicale ou encore de la broderie avec l’asbl Entr’âges.

Ces activités permettent de faire émerger des besoins et de relayer vers les équipes sociales ou médicales. « Le lieu est surtout un point d’accroche pour l’orientation et le suivi, car il est ardu de faire du collectif pur et dur et de l’empowerment collectif quand les besoins vitaux ne sont pas couverts » constate-t-elle. L’enjeu est de débloquer la non-demande. Cela implique de tenir des permanences régulières (sociale, juridique, logement) pour rester accessible quand la personne décide de franchir le pas. Sur les questions de prévention et promotion de la santé en particulier, DoucheFLUX organise des ateliers le quatrième mercredi du mois sur la ménopause, les maladies chroniques, le diabète, les menstruations.

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Copyright Julie de Bellaing – Ki-vi asbl – DoucheFLUX

Une dynamique partenariale

L’association a ainsi développé de nombreux partenariats : la Plateforme Prévention Sida propose des dépistages en santé sexuelle et reproductive via le projet FABSS (Lire le n° de janvier d’Education Santé), Médecins du Monde des consultations médicales, SOS Jeunes un accompagnement spécifique pour les mineurs étrangers non accompagnés qui connaissent de fortes comorbidités. En parallèle l’équipe mobile d’experts du vécu de Fedasil suit les demandes liées à la protection internationale.

Comme les femmes qui fréquentent le centre de jour ont souvent été exposées à des violences de genre, l’équipe de DoucheFLUX a aussi développé un panel d’activités sur la réappropriation du corps. « La plupart des femmes ont des problèmes de dissociation, liée à des parcours traumatiques très lourds. Quand la dissociation est trop forte, la personne risque de développer des problèmes de santé mentale ou des addictions, c’est pour cela que cela nous paraît essentiel » précise Marie Zune.

Des massothérapeutes de l’asbl Dana, qui pratiquent aussi en centre de prise en charge des violences sexuelles, donnent des séances de massages bénévolement. Avec Equal Brussels, le GAMS Belgique et la Féda, les équipes travaillent enfin sur un protocole d’accueil des victimes de violences sexuelles.

Que ce soit pour le projet HORIZON Fxmmes, ou le fonctionnement du centre de jour, l’instabilité tant financière que des équipes au sein des associations impacte régulièrement la dynamique, rendant toutes ces tentatives d’accroche et d’accompagnement éminemment politiques.