Par Carole FEULIEN Initiatives

Éducation Santé: Dans quel contexte votre projet a-t-il vu le jour?
Oliveira Sherlla : Les conditions de vie précaires en milieu carcéral et la marginalisation de cette population sont une entrave à la santé et au bien-être des détenus, hommes ou femmes.
Le Service Éducation pour la Santé (SES asbl) développe des projets de Promotion de la Santé en milieu carcéral depuis une dizaine d’années. Parmi ces différents projets, il propose un module de «Rencontres Santé» qui a été mis en place au sein de la section hommes de la prison de Lantin. Un de ses autres projets est la mise en place de groupes de personnes relais santé au sein des prisons en Communauté Française. Ces personnes (agents pénitentiaires ou détenus) sont formées à être des relais d’information sur différentes problématiques de santé telles que le sida, les hépatites virales et autres infections transmissibles. Le SES se charge d’effectuer un suivi mensuel de ces personnes référentes. Notre expérience nous a montré qu’il est plus difficile de susciter l’intérêt des femmes sur des questions relatives à la santé globale ou sur des aspects plus théoriques de la santé.
ES: Qu’avez-vous mis en place alors?
OS : Pour améliorer la situation au quartier ‘femmes’ de la prison de Lantin, le Service Éducation pour la Santé a mis en place des «ateliers cuisine». Grâce au soutien de la Fondation Roi Baudouin en 2007, nous avons aménagé un local cuisine, lieu privilégié pour sensibiliser les détenues à l’intérêt d’une alimentation équilibrée, leur permettre d’acheter des produits accessibles selon les saisons, sains et bon marché et d’être capables de gérer la réalisation de plats simples et peu coûteux en tenant compte de la réalité du terrain, de leurs croyances, de leurs goûts, de leur rythme alimentaire et de la cellule familiale au sens large.
En 2008, nous avons concrétisé le projet d’un jardin bio en partenariat avec la «Ferme de l’Arbre de Liège». Un petit groupe de détenues cultive des légumes, des fruits et des herbes aromatiques qui sont utilisés dans les ateliers cuisine au profit des détenues participantes et parfois à l’ensemble de la population carcérale féminine de la prison. Les «Rencontres Alimentation» se donnent par modules de 8 à 12 séances: un même groupe de détenues prépare et déguste des plats simples, équilibrés et bon marché.
En 2009, en plus des ateliers cuisine et du jardin biologique, le SES, dans le cadre du projet «Bien-être et santé du cœur auprès de la population défavorisée» de la Fondation, a lancé des «ateliers sportifs» afin de sensibiliser les détenues à l’importance d’une pratique sportive.
C’est ainsi qu’après une enquête réalisée auprès de l’ensemble des détenues de la prison de Lantin, nous avons mis en évidence l’accumulation, par cette population, de plusieurs facteurs de risque pour les maladies cardiovasculaires (tabagisme important, manque d’exercice, alimentation peu ou pas équilibrée, stress). Une brochure destinée à l’ensemble des détenues de Lantin, reprenant quelques résultats de l’enquête réalisée, a été éditée.
Afin de répondre aux souhaits des détenues, le SES a aussi mis sur pied des ateliers de danse moderne, à raison d’une fois par semaine. On les appelle «Rencontres Move». Un t-shirt a été offert aux participantes de ces rencontres. Le but de ce petit cadeau était de proposer quelque chose d’utile pour la pratique sportive, mais aussi de permettre aux participantes d’être reconnues, par les autres détenues et les agents pénitentiaires, comme quelqu’un qui prend soin de son corps et de son cœur…
Pendant l’été 2009, un stage de volley-ball a également été proposé.
ES: Qui gère ces activités?
OS : L’équipe chargée de la mise en route de ce projet est composée d’une diététicienne responsable des «Rencontres Alimentation», d’une infirmière licenciée en santé publique responsable des «Rencontres Move» et d’une ergothérapeute licenciée en santé publique responsable du stage volley-ball.
ES: Quels effets vos actions ont-elle sur le public cible?
OS : Nous pouvons constater l’enthousiasme des participantes et les effets positifs de nos actions à différents niveaux: hygiène corporelle et vestimentaire, poids, humeur, choix de produits alimentaires sains. Nos activités permettent également aux détenues participantes d’apprendre à s’intégrer dans un groupe, à partager et à respecter les autres. Cet aspect-là est au moins aussi important. De plus, nous profitons de ces contacts pour passer d’une façon informelle et ludique des messages sur la santé en général (moyens de prévention de certaines maladies, informations sur l’utilisation des drogues…). Tous ces «petits» moyens permettent aux détenues d’obtenir des pistes d’amélioration de leur bien-être en prison mais aussi à l’extérieur.
Néanmoins, nous sommes confrontés à certaines difficultés liées non seulement au milieu carcéral, mais aussi au public cible (état psychologique instable, consommation de substances psychotropes, horaires de travail, plaintes physiques du type migraine, en rapport avec les règles…).
ES: Quel rôle la Fondation Roi Baudouin a-t-elle joué dans votre projet?
OS : Le soutien de la Fondation depuis 2007 a été fondamental afin de permettre une continuité de nos actions au sein du quartier femmes de la prison de Lantin et de constater ainsi ses effets positifs. Au long de ces années de soutien, environ 90% des détenues ont pu participer aux «Rencontres Alimentation» et 40% aux ateliers sportifs. L’investissement matériel permet de pérenniser les activités proposées, et ce, avec ou sans nous.
Propos recueillis par Carole Feulien
Pour plus d’informations: Oliveira Sherlla, Service d’Éducation pour la Santé asbl, Chaussée de Waremme 139, 4500 Huy, 085 21 25 76, ses.asblhuy@scarlet.be .