Un mensuel au service
des intervenants francophones
en promotion de la santé

Numéro 334

La santé sous la loupe de l’OCDE


Qui n'a pas entendu parler de PISA, l'enquête qui évalue tous les trois ans les élèves des 35 pays de l'Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE)? Les résultats très mitigés des jeunes francophones de Belgique ont une nouvelle fois été mis en avant il y a quelques mois.
En matière de santé aussi, l'OCDE recueille des données, les analyse et compare les performances des pays qui la constituent. Selon les domaines, la Belgique fait figure de bon ou de mauvais élève.

Comme son nom ne l'indique pas, l'OCDE a pour mission de promouvoir les politiques qui améliorent non seulement le bien-être économique, mais également le bien-être social. Depuis 1961, la croissance économique, la stabilité financière et le développement des marchés et des entreprises sont au coeur de sa mission. Aujourd'hui, en collaboration avec ses 35 pays membres et de nombreux partenaires, l'OCDE remplit une fonction d'analyse, de comparaison de données ainsi que d'établissement de normes internationales dans de multiples domaines qui influencent de près ou de loin le développement économique. C'est notamment le cas de l'enseignement ou de la santé.

Car si le facteur économique est un déterminant de la santé, l'inverse n'est pas moins vrai. L'OCDE tire de son travail d'analyse des publications qui sont des mines d'informations sur l'état de la santé dans le monde et sur ses déterminants. Pointons-en deux, parues en 2015 : le rapport Comment va la vie ? et le Panorama de la santé.

Le bien-être découpé en facteurs

Le rapport Comment va la vie ?, dont la troisième édition a donc été publiée en 2015, décrit un large panel de facteurs influençant le bien-être des citoyens des pays membres et partenaires de l’OCDE. Tentant de faire honneur au caractère multifactoriel du bien-être, les auteurs ont analysé des indicateurs relevant de onze dimensions de la vie. Le rapport expose ainsi des données portant à la fois sur le bien-être matériel (revenus, emploi, logement) et sur la qualité de la vie au sens large (santé, éducation, équilibre entre travail et vie privée, environnement, liens sociaux, engagement civique, bien-être subjectif et sécurité). Par rapport aux éditions précédentes, celle-ci apporte des éclairages nouveaux : le bien-être des enfants, l’évolution de certaines ressources susceptibles de préserver le bien-être dans le temps, le bénévolat et le bien-être dans les régions.

Comment va la vie dans l'OCDE ?

Le rapport révèle sans grande surprise que si l’habitant moyen de l’OCDE vit mieux aujourd’hui qu’en 2009, de grandes variations sont observables selon les pays et selon les indicateurs.

Au chapitre des progrès, dans la plupart des pays, les revenus ont légèrement augmenté par rapport au niveau atteint pendant la crise, le pourcentage d'individus détenant un diplôme du deuxième cycle du secondaire a connu une hausse et l’espérance de vie a progressé.

Les résultats sont moins encourageants si l'on observe le taux de chômage de longue durée, la durée du travail ou encore la participation électorale. Comme souvent, les pays nordiques se démarquent avec de faibles inégalités de revenus et des écarts très limités dans les différents aspects de la qualité de vie. Il faut cependant garder une réserve à propos de la comparabilité des données nationales. Celles-ci dépendent toujours des techniques statistiques utilisées et de la définition des phénomènes observés, qui peut varier suivant les pays. Ces limites invitent à considérer les comparaisons internationales avec précaution.

Bons et mauvais points de la Belgique

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Cela étant dit, quelle est la place de la Belgique par rapport à la moyenne des autres pays de l'OCDE ? Commençons par les mauvaises nouvelles. La Belgique présente des résultats inférieurs aux moyennes OCDE dans plusieurs domaines : la proportion de population ayant atteint le deuxième cycle de l’enseignement secondaire (72% contre 75% en moyenne dans l'OCDE), la qualité de l’air dans les grands centres urbains, la sécurité, le taux d'emploi (plus bas) et le taux de chômage de longue durée (plus haut). Ainsi, 62% des citoyens de 15 à 64 ans occupent un emploi contre 65% en moyenne dans l’OCDE. Par ailleurs, le rapport confirme – s'il le fallait encore – les inégalités économiques importantes dans la population, calculant que les 20% les plus aisés touchent environ quatre fois le montant perçu par les 20% les plus modestes.

Heureusement, nous tirons aussi la moyenne OCDE vers le haut dans certains domaines : notre salaire moyen, le patrimoine financier des ménages, le temps de loisirs, le nombre moyen de pièces par personne dans les logements, la qualité de l'eau, l'espérance de vie ou encore le taux de participation aux élections.

Par exemple, l’espérance de vie à la naissance est de 81 ans (83 ans pour les femmes et 78 pour les hommes), soit un an de plus que la moyenne de l’OCDE.

En ce qui concerne le taux de participation électorale, notre score de 89% est certes élevé en comparaison avec le taux moyen de 68% de l'OCDE, mais il serait erroné de l'attribuer à un fort engagement politique, étant donné le caractère obligatoire du vote en Belgique. Une autre donnée indique d'ailleurs qu’à peine 72,4% des jeunes Belges de 14 ans déclarent avoir l’intention de voter à l’âge adulte, ce qui est l’un des pourcentages les plus faibles de la zone OCDE.

Certains résultats positifs méritent d’être soulignés : 94% d'entre nous pensons connaître quelqu’un sur qui compter en cas de besoin, contre 88% en moyenne dans l’OCDE. De plus, sur une échelle de 1 à 10, les Belges évaluent à 7,3 leur niveau global de satisfaction à l'égard de la vie, alors que la moyenne OCDE est de 6,6. Enfin, 74% des belges s’estiment en bonne santé, tandis que le pourcentage moyen de l’OCDE est de 69%.

Bref, le Belge se sent mieux entouré, en meilleure santé et plus satisfait de sa vie que les citoyens des autres pays…

Focus sur les régions

Des données nationales sont utiles aux comparaisons internationales. Cependant, celles-ci ne permettent pas de comprendre la réalité des conditions de vie, surtout lorsque les écarts par rapport aux moyennes nationales sont importants.

Au sein des pays, il existe en effet de grandes disparités régionales dans tous les domaines observés, qui se répercutent sur le bien-être. Afin de pallier ce manque, l'OCDE a entrepris d'affiner son analyse en relevant des mesures dans 362 grandes régions, dont les trois régions belges. Les résultats indiquent que les inégalités de revenu sont assez faibles entre Wallonie, Flandre et Bruxelles-Capitale (par rapport à d’autres pays de l’OCDE), tout comme les inégalités dans les niveaux d'étude.

D'autres écarts sont en revanche plus marqués : le taux de chômage est de 5,1% en Flandre et de 18,3% dans la région de Bruxelles-Capitale, ce qui représente l'un des écarts les plus importants de la zone OCDE.

Ou encore, les ménages qui disposent d’un revenu inférieur à 50% du revenu belge médian sont 5,6% en Flandre, contre 22,1% à Bruxelles.

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Les enfants, notre avenir

Les résultats scolaires des jeunes belges ne sont pas fameux, mais encore ? Notons que 19% des enfants belges estiment que leur état de santé est moyen ou médiocre, contre 13,6% en moyenne dans l’OCDE1. Sur le plan matériel, le constat est également préoccupant : 12,6% d’entre eux – soit un enfant sur huit - vivent dans un ménage sans adulte occupant un emploi, ce qui représente à nouveau l’un des pourcentages les plus élevés de l’OCDE.

En ce qui concerne leurs relations interpersonnelles, les adolescents belges sont moins susceptibles de communiquer facilement avec leurs parents et passent moins de temps avec eux qu’en moyenne dans l’OCDE. En outre, 16,5% des enfants - un sur six - déclarent avoir subi des brimades2 au moins deux fois au cours des deux derniers mois, ce qui place la Belgique au troisième rang des pays membres. Néanmoins, les élèves belges sont 75% à penser que la plupart de leurs camarades de classe sont gentils et serviables, contre 68,2% en moyenne dans l’OCDE.

Le plus interpellant, ce sont les inégalités socioéconomiques qui frappent les enfants. Elles dépendent de celles que vivent leurs parents… et préparent celles qu'ils vivront adultes. L’origine familiale augmente ou diminue les risques : naissez dans une famille aisée et vous aurez une meilleure santé que la moyenne, vous entretiendrez de meilleures relations avec vos parents et avec les autres enfants, vous développerez plus de compétences et un engagement citoyen plus fort, vous serez moins exposés au harcèlement et vous éprouverez un sentiment d’appartenance plus fort envers l’école.

Si les revenus de vos parents sont plus modestes, vous trouverez les autres enfants moins gentils et serviables et vous serez plus susceptibles d’être victimes de brimades à l’école. En plus d'avoir de moins bonnes compétences en compréhension de l’écrit et en résolution de problèmes, vous serez moins satisfaits de votre vie, vous communiquerez moins bien avec vos parents et vous aurez moins l’intention de voter lors des élections à l’âge adulte. Il ne s’agit bien sûr pas de prédictions mais de probabilités. Ce n'en est pas moins profondément injuste…

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Tableau: Le bien-être des enfants en Belgique, en page 3 du rapport Comment va la vie en Belgique ?

Source: OCDE (2016), Comment va la vie en Belgique?, http://www.oecd.org/fr/statistiques/comment-va-la-vie-23089695.htm

Performances des systèmes de santé

Une autre publication de l'OCDE, le Panorama de la santé, s'intéresse également à la santé et à ses déterminants, en braquant notamment le projecteur sur les performances des systèmes de santé. Quelques observations choisies parmi l'avalanche de données disponibles :

  • Le nombre de médecins et d'infirmiers n'a jamais été aussi élevé dans l'OCDE. Néanmoins, les spécialistes étant plus de deux fois plus nombreux que les généralistes, l'accès aux soins primaires n'est pas garanti pour tous.
  • Les dépenses de santé à charge des patients représentent des obstacles à l'accès aux soins. La proportion de la facture assumée par les patients varie fortement suivant les pays mais en moyenne, les ménages à faible revenu sont quatre à six fois plus susceptibles de renoncer à des soins pour des raisons financières que les ménages plus aisés.
  • En une dizaine d'années, le diagnostic et le traitement de plusieurs maladies et problèmes de santé mortels se sont améliorés : accident vasculaire cérébral, crise cardiaque, cancer… De même, les maladies chroniques semblent être mieux prises en charge et nécessiter moins d'hospitalisations évitables. Néanmoins, certains pays de l'OCDE affichent des résultats moins positifs.
  • Les dépenses pour des médicaments représentent 20% de frais de santé en moyenne et augmentent spécialement en milieu hospitalier. Certains pays prescrivent jusqu'à quatre fois plus d'antibiotiques que d'autres.

 

Constater n'est qu'un premier pas vers le changement. Pour aller plus loin, l'OCDE a récemment pris position3 sur la hausse des prix des médicaments ainsi que sur la trop lente évolution des services de santé pour faire face à l'augmentation des maladies chroniques.

Par ailleurs, le 17 janvier 2017, les représentants des pays membres et partenaires ont produit ensemble une déclaration ministérielle de 19 pages4. Cette déclaration engage les pays à promouvoir des systèmes de santé de qualité pour tous, à adapter ceux-ci aux nouvelles technologies et à l’innovation, à les recentrer sur la personne et à encourager le dialogue et la coopération internationale.

La prochaine réunion des ministres de la santé de l'OCDE, prévue dans cinq à six ans, sera certainement l'occasion de faire le point sur les avancées effectives.

Les 35 pays membres de l'OCDE

Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Chili, Corée du Sud, Danemark, Espagne, Estonie, États-Unis, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Islande, Israël, Italie, Japon, Lettonie, Luxembourg, Mexique, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République slovaque, République tchèque, Royaume-Uni, Slovénie, Suède, Suisse et Turquie.

Sources

 

 

  1. Ce qui est en opposition avec les réponses données par le reste de la population.

  2. Selon la définition utilisée, un élève est victime de brimades lorsque d'autres élèves ont des paroles ou des actes méchants ou désagréables à son égard ou s'il est volontairement exclu des activités de manière récurrente.

  3. https://www.oecd.org/fr/sante/une-nouvelle-approche-s-impose-face-a-la-hausse-des-prix-des-medicaments.htm

  4. http://www.oecd.org/fr/sante/ministerielle/declaration-ministerielle-2017.pdf

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