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des intervenants francophones
en promotion de la santé

Numéro 369

Thérapie animale assistée


Les animaux domestiques nous font rire, craquer, pleurer, nous rassurent, mais quels sont leurs véritables effets sur notre santé physique et mentale ? Le Centre Verviétois de Promotion de la Santé (CVPS) s’est intéressé à cette question au travers d’une conférence organisée fin 2019. Le but : faire découvrir à des professionnels de la promotion de la santé une démarche encore peu connue en Belgique, apporter un éclairage théorique sur ses bénéfices et sur les conditions de sa mise en œuvre, mais aussi expliquer les différentes interventions « animalement assistées » possibles, et présenter des projets existants en Wallonie (via les asbl Os’mose et Hippopassion). Véronique Servais, psychologue et professeure d’anthropologie de la Communication à l’université de Liège, dresse un bilan des thérapies assistées par les animaux, d’hier à aujourd’hui.

 

 

Les débuts de la thérapie assistée par les animaux

Les thérapies assistées ou encadrées par des animaux sont loin d’être une nouveauté. Véronique Servais explique que par le passé on avait déjà conscience que s’occuper d’un animal pouvait être positif en psychiatrie. Elle en expose l’un des premiers cas : « Début des années 60, Boris Levinson, un psychiatre américain publie des ouvrages sur ce qu’il appelle alors la « pet-oriented child psychoterapy », à la suite d’une observation qui était en fait anecdotique. Il raconte qu’il est dans son bureau quand il reçoit l’appel des parents d’un enfant autiste et qui demandent à le rencontrer le plus rapidement possible. Il décide donc de les voir sur son temps de midi, oubliant qu’à cette période, son chien était dans son bureau. L’enfant arrive, entre, et passe tout son temps à jouer avec le chien. C’était un enfant très retiré, difficile d’accès, et pourtant il est spontanément allé vers le chien et a joué avec lui - ignorant d’ailleurs totalement le thérapeute. Par la suite, l’enfant acceptera de revenir pour jouer avec le chien. Ainsi, d’une séance à l’autre, le thérapeute va être progressivement inclus dans l’échange. L’enfant aura entamé sa thérapie grâce à la présence du chien.»  Dans cet exemple, le chien aura facilité et accéléré la prise de contact. Levinson publie alors le livre « Dog as a co-therapist » (le chien comme co-thérapeute).

Mais à cette époque, son ouvrage n’attirera que peu l’attention, et sera même parfois raillé, tant les animaux ont peu de place dans un contexte thérapeutique.

Lorsqu’elle a fait son mémoire sur ce sujet, dans les années 80, Véronique Servais se heurte à l’idée selon laquelle utiliser des animaux est saugrenu. L’argument  opposé est : « le but de la thérapie est d’être dans le langage, et le chien va vous ramener en-deça du langage, donc c’est anti-thérapeutique. » 

 

Les études pilotes

Plus tard, une autre étude marquera l’histoire des pratiques de soins incluant les animaux. Les époux Corson, tous deux psychiatres, ainsi qu’un de leur collaborateur, vont introduire des chiens dans un hôpital psychiatrique. « C’est une histoire intéressante, relate Véronique Servais, puisqu’il y a un refuge qui se trouve à côté de l’hôpital. Les patients entendaient les chiens aboyer et faisaient des commentaires. Certains demandaient à leurs soignant.es  et aux infirmier.es « Tiens, c’est quoi ces chiens ? Est-ce qu’on pourrait les voir ? ». » Les époux Corson choisissent alors 28 patients qui auront chacun la possibilité de s’occuper d’un chien pendant la journée (le nourrir, le brosser, etc.) et le soir les chiens retournent au refuge. « Ces patients avaient été choisi parce qu’ils répondaient mal aux thérapies qui leur étaient proposées, et étaient récalcitrants, voire résistants face à leurs soignant.es., détaille la psychologue. » Les psychiatres postulent que les chiens faciliteraient les comportements sociaux des patients, et c’est ce qu’ils démontreront. Le patient parle plus, s’ouvre, adhère davantage à la thérapie, et c’est le cas pour tous les patients impliqués dans l’étude. Ils sont moins récalcitrants et plus coopératifs vis-à-vis de leur traitement. Mais Véronique Servais souligne aussi un effet systémique : « Le personnel, en voyant les patients s’occuper des chiens, se dit qu’ils ne sont pas aussi bizarres/retirés que ce qu’ils pensaient. La glace est rompue, un cercle vertueux s’instaure. Pour tous, on observe une amélioration, mais pour 5 d’entre eux, celle-ci sera même spectaculaire et ils quitteront l’hôpital quelques semaines plus tard ».

Véronique Servais présente ensuite une étude, qui consiste à introduire des oiseaux chez des personnes âgées. « On met en place 4 situations chez les personnes âgées : soit on leur met juste des oiseaux, soit des oiseaux et une plante, soit des oiseaux et une télévision, soit rien de particulier (les patients “contrôles”). Chaque jour, ces patients sont visités par une aide à domicile qui va les questionner et les noter en fonction de toute une série de critères, notamment s’il/elle voit des changements négatifs ou positifs chez la personne. Il s’agit d’un questionnaire avec 22 items (entre autres, s’ils se sentent seuls, les visites qu’ils reçoivent, leurs sujets de conversation…) et on observe si les changements sont favorables ou défavorables sur une période de 5 mois. » Bilan : la présence d’oiseaux entraine une amélioration significative chez ces patients, tandis que l’état des patients contrôles se dégrade.

« Ces études pilotes, même si elles ne sont pas magnifiquement bien contrôlées, indiquent l’incidence positive de l’introduction d’animaux dans une thérapie, un hôpital psy ou même à la maison, conclut la chercheuse. » Suite à ces premiers travaux, bien d’autres seront menés (encore actuellement). Le but : établir scientifiquement la réalité des effets positifs des animaux. « Est-ce que ces études ont été bien contrôlées ? Est-ce que ce sont vraiment les animaux qui ont un effet et pas autre chose ? Peut-on préciser la nature de ces effets, c’est-à-dire sur quels types de problème est-ce que ça a une incidence (dépression, anxiété, sentiment d’isolement…) ? Mais les questions portent aussi sur le type de personnes susceptibles d’en bénéficier : enfants, ados délinquants, personnes avec trouble alimentaire, enfants autistes, enfants avec un handicap mental, personnes âgées, dépressives, personnes qui ont le sida, divorcées, endeuillées, etc. On va essayer de préciser la nature exacte des effets de l’animal et de les rapporter à des théories psychologiques. »

 

Les bienfaits du compagnonnage animal sur la santé physiqueR4.jpg

Les effets sur les problèmes de santé physique sont les plus faciles à mesurer. Plusieurs études ont démontré que la possession d’animal de compagnie est associée à une meilleure santé.

« La première de ces études date de 1980, indique la psychologue. On a pris une série de patients qui sortaient de l’hôpital après une attaque cardiaque et on a mesuré leur taux de survie un an après, en notant s’ils possédaient ou non un animal de compagnie. ». Les résultats sont clairs : les propriétaires d’animaux ont un taux de survie nettement plus élevé que ceux qui n’en possèdent pas. 5,7% de patients qui possèdent un animal de compagnie décèdent, contre 28,2% pour ceux qui n’en possèdent pas. Et ce indépendamment du support social. On voit donc que l’animal de compagnie est le prédicteur le plus puissant de la survie un an après la sortie. « Cette étude a eu un grand retentissement parce qu’elle permet de voir clairement les effets sur la santé physique, précise Véronique Servais. Elle a aussi été répliquée et étendue par la suite. »

 

Et si cette étude concerne les personnes qui possèdent déjà un animal, une autre, réalisée par James Serpell en 1991 ciblent les gens qui n’avaient pas d’animal et en adoptent un dans un refuge. Soit un chien, soit un chat. Le chercheur leur demande alors de remplir un questionnaire dans lequel ils mentionnent leurs problèmes de santé – plutôt mineurs ici, il ne s’agit pas d’infarctus – et il mesure deux fois. D’abord, un mois après l’adoption. Ensuite, dix mois après l’adoption. Au bout d’un mois il observe une réduction significative des problèmes de santé mineurs par rapport au moment de l’adoption, et cet effet se maintient dix mois plus tard, mais uniquement chez les propriétaires de chiens. Chez les propriétaires de chats, on ne voit plus la différence au bout des 10 mois. Ce genre d’études suppose donc que le fait de posséder un animal de compagnie à la maison améliore la santé.

 

Les effets physiologiques provoqués par nos compagnons poilus

Parmi les effets physiologiques que produisent chez nous les animaux, les chercheurs Freeman et Tatchers ont fait une expérience. Véronique Servais l’explique. « Ils demandent à des enfants de lire un texte en présence de personnes adultes inconnues (une situation génératrice de stress). On mesure la pression sanguine des enfants et on observe qu’en présence d’un chien (sans nécessité de contact) elle est diminuée. Le stress est moins important quand les enfants doivent lire le texte en présence d’un chien qu’en son absence ».

En 2012, cette étude est répétée de façon un peu différente par Beets (et al.). Ils proposent aussi à des enfants de lire un texte devant des adultes inconnus, mais cette fois ils mesurent le taux de cortisol salivaire (un indice très fort du stress). On constate encore qu’il est moins élevé quand les enfants sont accompagnés d’un chien de thérapie amical. Même expérience en remplaçant le chien par une peluche, puis par un adulte amical : c’est toujours le chien qui reste le plus efficace pour réduire le stress de ces enfants.

Regard médical

La médecine tente donc d’identifier les facteurs et les molécules qui sont responsables de ces effets. La sécrétion de l’ocytocine va être mise en avant. Il s’agit d’une hormone de l’attachement qui est très présente, par exemple, dans le cerveau d’une mère à la naissance de son bébé. « Cette hormone est liée au sentiment de sécurité ainsi qu’à la confiance en soi et en l’autre. Cependant, il faut se pencher sur ce qui permet d’expliquer sa sécrétion. Car l’ocytocine n’est que l’indice de quelque chose qui est en train de se passer, ce n’est pas le fin mot de l’histoire !, relève la chercheuse ».

La théorie du support social

Actuellement, la théorie du support (ou soutien) social est la plus utilisée pour expliquer les bienfaits que les animaux ont sur notre santé.

Un support ou soutien social se définit1 ici comme « Ce qui va amener un sujet à penser qu’on prend soin de lui, qu’il est aimé, estimé et qu’il est reconnu comme membre d’un réseau d’obligations mutuelles. » 

Depuis les années 90, la littérature médicale a établi l’existence d’une corrélation entre le support social dont bénéficie un patient, l’amélioration de sa santé et sa survie. Plus le support social est grand, plus sa santé est bonne. Cependant, les mécanismes précis qui régissent ces effets ne sont pas identifiés. « Mais on se rend compte que, d’une certaine manière, des relations sociales positives vont diminuer les effets du stress sur la santé. Et c’est ici que l’animal de compagnie intervient puisqu’il a le même effet. On part donc du principe qu’il va avoir un effet sur la santé via le lien et le support social qu’il apporte, donc réduire les effets psychologiques de l’isolement social, détaille Véronique Servais ».

R2.jpgCette théorie s’applique-t-elle complètement aux animaux de compagnie ?

Pas de manière absolue. Une série d’études a tenté de le prouver. La psychologue en expose quelques-unes, comme celle menée sur des femmes âgées possédant un chien. Sans surprise, les effets négatifs du sentiment d’isolement sont moins fortement perçus par les propriétaires de chien que par celles qui n’en possèdent pas. Le chien agirait comme un tampon qui atténue les effets du stress, de la solitude et apporte un soutien au niveau de la santé. « Dans ce cas-là, l’apport des animaux de compagnie est comparable à celui des figures humaines dans la théorie du support social ». Une théorie qu’elle juge intéressante mais néanmoins critiquable, entre autres, en ce qu’elle fait de l’animal un des moyens de support social parmi d’autres. La chercheuse ajoute aussi que « cette théorie n’explique pas les premiers résultats avec l’étude sur les gens qui sortent de l’hôpital et survivent mieux quand ils ont un chien. Or dans ce cas-là, la mesure avait été faite indépendamment du support social. Donc il semble que l’animal apporte quelque chose de plus… Est-ce que l’animal est simplement un substitut de l’humain dans son rôle de support ? Ma réponse est qu’il est plus que ça. »

Les effets du compagnonnage sur la santé psychologique

« C’est un sujet qui a été énormément traité, à tel point qu’aujourd’hui on fait même des méta-analyses de toutes ces études (c’est-à-dire des études sur les études), souligne Véronique Servais. » Ces méta-analyses attestent que les animaux de compagnie (le chien étant l’animal le plus souvent évalué) peuvent améliorer le bien-être psychologique en atténuant les effets stressants de la vie, en diminuant le niveau d’anxiété et de dépression, et en améliorant le sentiment d’autonomie, de compétence et d’estime de soi. Ceci dit, des résultats contradictoires existent aussi et les chercheurs ont dû explorer d’autres pistes comme l’importance du type de relation qui existe entre la personne et son chien.  

« En effet, si j’ai un animal dans la maison, que c’est celui de mon frère, que je déteste mon frère, et que je déteste encore plus son chien … le fait d’avoir un animal à la maison ne va pas forcément jouer sur mon niveau d’anxiété et de dépression ! » 

La théorie de la figure d’attachement

Il faut donc aussi mesurer le lien avec l’animal, et ce au moyen d’ « échelles d’attachement ». Les scientifiques essaieront ainsi de lier ça à une autre théorie : celle de la figure d’attachement. « Il s’agit du fait que lorsqu’on est en présence de notre figure d’attachement, qui peut être un parent, un amoureux, un animal, etc., on se sent en sécurité, explique la psychologue. On aura aussi tendance à avoir une proximité émotionnelle avec cette figure d’attachement, l’utiliser pour explorer notre environnement, comme l’enfant qui va explorer le monde en présence de sa mère mais ne le fera pas en son absence car il ne se sent pas sécurité, par exemple. »

De plus, les propriétaires d’animaux de compagnie se sentent émotionnellement proches d’eux, retirent du plaisir de cette proximité, ressentent que leurs animaux leur apportent un havre de paix, une source de réconfort et d’apaisement. En opposition, la perte d’un animal de compagnie déclenche un processus de deuil dont le déroulement est comparable à celui qui survient lors de la perte d’une personne proche.

Le sentiment de sécurité lié au fait de posséder un animal de compagnie à la maison.

Il a été démontré que la simple présence d’un animal dans la maison provoquait un sentiment de sécurité à ses occupants. Cela fonctionne pour les chiens qui peuvent garder la maison, mais aussi pour les chats ! La maison paraît être un lieu plus bienveillant dès lors qu’un animal s’y trouve.

Une autre étude a sollicité des propriétaires de chats et de chiens pour réaliser des tâches qui mobilisaient leur cognition en présence ou en l’absence de leur animal. Ils devaient imaginer un objectif qu’ils aimeraient réaliser dans leur vie future ainsi qu’évaluer leur capacité à atteindre cet objectif, et ce, dans 3 conditions :

  1. En présence de leur animal
  2. En l’absence de leur animal
  3. En imaginant la présence de leur animal

Observations : la présence de l’animal rend les gens plus efficaces dans la réalisation de leurs tâches, ils ont plus confiance en leur capacité d’atteindre leurs objectifs dans la vie, et ça se manifeste en présence de l’animal mais aussi quand ils pensent à leur animal. Donc même quand il est simplement dans la pièce d’à côté et qu’ils pensent à lui. Même l’évocation du lien avec l’animal a donc un impact aussi. Les auteurs de cette étude concluent que les animaux fonctionnent donc bien comme une figure d’attachement et que le lien peut être qualifié de cette manière.

 

L’animal, plus qu’un substitut de l’humain

Les diverses expériences menées tendent à montrer qu’être avec un chien, ce n’est pas comme être avec un humain, souligne Véronique Servais. Les animaux ne sont pas des substituts, ils apportent quelque chose de différent. Cela paraît une évidence mais dans les théories du support social, ce n’est pas ce qui était proposé. Beaucoup des théories qui essaient d’analyser les effets des animaux de compagnie échouent à tenir compte de la spécificité des animaux du fait que la communication avec eux n’est pas la communication avec un être humain. »

 

Les programmes thérapeutiques utilisant les animaux.

Il existe de nombreux programmes thérapeutiques qui recourent à des animaux domestiques. Cependant, la psychologue rappelle que les pratiques sont extrêmement diversifiées car elles s’appliquent à des populations cibles très différentes en termes d’âge, de trouble, de handicap, etc., mais aussi de lieux variés : manège, maison de repos, hôpital… En outre, les pratiques sont, elles aussi, multiples : tout seul, en groupe, avec un chien visiteur, etc.

Les résultats des programmes thérapeutiques utilisant des animaux sont globalement positifs (diminution de l’agitation, amélioration de la communication, etc.) mais on observe aussi beaucoup de résultats contradictoires. Leur efficacité est difficile à démontrer de façon rigoureusement scientifique.

 

Pourquoi les effets sont-ils difficiles à démontrer ?

Au moment de réaliser sa thèse de doctorat, Véronique Servais a fait l’expérience de la difficulté de démontrer rigoureusement les effets de l’animal sur la santé humaine. Elle travaillait alors sur l’impact thérapeutique de dauphins sur des enfants atteints d’autisme. « Nous avions mis en place un protocole expérimental assez stricte qui visait à démontrer que c’étaient bien les dauphins qui avaient un effet sur les enfants. Et puis, pour résumer, il s’est avéré qu’en essayant de montrer que les dauphins avaient un effet sur les enfants … on a montré tout l’inverse. Ce n’étaient pas les dauphins seuls, hors contexte, qui avaient un effet sur les enfants. On se rend compte qu’essayer d’isoler l’effet de l’animal tend à le faire disparaître parce qu’on a une démarche très standardisée, répétitive, avec des mesures précises, etc. Cette démarche-même fait que les effets positifs ont tendance à disparaître.”

Cela explique en partie la tension entre les praticiens qui rapportent et voient des résultats, et les chercheurs qui mettent en place des démarches très rigoureuses et standardisées dans lesquelles les résultats tendent à disparaitre - en raison même de cette démarche inappropriée. 

Elle ajoute que de nombreux travaux se fondent sur l’Evidence based médecine (médecine basée sur les preuves). Soit le fait de travailler avec de grands groupes, d’isoler l’effet précis de l’animal, mais surtout de postuler l’existence d’un effet qui serait identique pour chaque individu. « Ce que je trouve un peu absurde car ça a tendance à faire de l’animal une sorte de médicament ou à placer en lui une sorte d’effet thérapeutique similaire pour tous, déplore la chercheuse. De plus, cette façon de percevoir les choses fait qu’on ne regarde plus autour des animaux, les processus d’interaction et de communication, comme si l’animal isolé était magique. »

 

Médiation animale et pistes de fonctionnement.

Plutôt que de parler d’effets thérapeutiques des animaux, Véronique Servais préfère parler d’un dispositif de médiation2, qui consiste à aménager un environnement au sein duquel une rencontre entre un animal et un être humain va pouvoir se faire. Elle pourra prendre de multiples formes et sera forcément singulière, comme toute rencontre l’est. L’idée est d’aménager un environnement sécurisant mais aussi suffisamment ouvert, pour laisser place à la surprise, l’imprévu et la spontanéité de l’animal.

« Je vois la médiation, non pas comme une sorte d’usage de l’animal pour obtenir tel ou tel effet, mais vraiment comme un espace de rencontre dans lequel l’animal, du fait de sa présence, va venir modifier la donne, changer la façon dont patient et thérapeute interagissent, multiplier les zones de contact entre eux, et apporter du nouveau. La communication va se faire sur une base non-verbale, dans le ressenti, sur le sensible, le corps et l’émotion. Il y a une mise en relation de deux systèmes. »

 

L’accordage kinésique : de l’importance du corps dans le rapport à l’animal

R5.jpgBeaucoup de théories ne font pas place aux spécificités de l’animal dans leurs explications, or la psychologue estime que ce qu’il y a de spécifique dans le rapport à l’animal (le contact de la fourrure, par exemple) est fondamental. Notamment, en son rôle d’accordage kinésique. Le fait de s’accorder corporellement avec autrui. « C’est quelque chose qui est présent dans les relations mère-bébé, à la base du rapport avec autrui, de l’intersubjectivité, et de l’entrée en relation. Le fait de créer cet accordage avec un animal, peut permettre à des personnes dont la capacité à entrer en relation est très affaiblie, de surmonter cette barrière. Et donc d’exister un peu plus parce que sans cet accordage kinésique, le soi ne peut pas exister. C’est pour moi quelque chose qui a à voir avec la capacité d’existence et la façon dont on s’expérimente en tant qu’être vivant. »

Un accordage qu’il est évidemment bien plus difficile de réaliser avec un être humain en raison du nombre d’obstacles qui interviennent. Ce sera donc plus simple et direct avec un animal. De plus, le contact avec la fourrure et le regard de l’animal diminue notre niveau de stress via la libération, entre autres, d’ocytocine.

Bilan sur les pratiques thérapeutiques impliquant des animaux

A ce stade, les pratiques thérapeutiques incluant des animaux sont donc très diversifiées, reposent sur la compétence des intervenants et l’équipe qu’ils forment avec leurs animaux, et consistent pour l’essentiel à aménager un environnement dans lequel la rencontre avec l’animal va venir faire « évènement ». Elle ne peut être ni tout à fait planifiée, ni standardisée.

L’importance de la relation d’attachement va bien sûr augmenter le sentiment de sécurité et l’impression d’être « bienveillé ».  A côté de ça, nos compagnons à poils ou à plumes nous apportent aussi de la gaieté et souvent de nombreux fous rires. Véronique Servais ira d’ailleurs jusqu’à dire : « La présence d’un animal reconfigure notre rapport au monde ! »

 

  1. Cobb, S. (1976). Social support as a moderator of life stress. Psychosomatic Medicine, 38(5), 300–314. https://doi.org/10.1097/00006842-197609000-00003

  2. Cette nuance est importante afin de ne pas instrumentaliser les animaux.

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