Février 2022 Par Charlotte DE BECKER l'équipe de promotion de la santé de la MC Outils
bon pour moi 2

La pyramide alimentaire est un outil de référence pour aborder l’alimentation équilibrée. Elle est mise à jour régulièrement afin de refléter l’état des connaissances scientifiques et d’être en phase avec les objectifs nutritionnels. Aujourd’hui, une version spéciale « kids » a été déclinée.

Entretien avec Nicolas Guggenbühl, professeur de nutrition à la HE Vinci et Expert Nutrition chez Karott’ qui a participé au développement de cette pyramide, à la demande de l’Agence Wallonne pour la Promotion d’une Agriculture de Qualité (Apaq-W).

Qu’est-ce qui a motivé cette nouvelle version ?

Développée dans le cadre de l’initiative « Graines d’AGRI » de l’Apaq-W (voir encadré), « cette version a été réalisée à la suite de demandes multiples de la part des enseignant.es qui font de l’éducation nutritionnelle à l’école et utilisent la pyramide actuelle qui n’a pas été conçue pour les enfants » explique Nicolas Guggenbühl. Il précise : « cette pyramide s’adresse spécifiquement aux 6-12 ans. C’est une tranche d’âge particulièrement intéressante pour faire passer des messages d’éducation pour la santé en matière de nutrition. C’est juste avant l’adolescence, qui elle n’est plus le bon moment. A cet âge, l’enfant est suffisamment grand pour comprendre un certain nombre de choses qui ne lui seraient pas accessibles plus jeune et, en même temps, il n’est pas encore dans la période de rejet et de révolution de l’adolescence. »

Graines d’AGRI ?

logo grainesagri rvb hd

C’est le service pédagogique de l’Apaq-W qui répond à deux missions décrétales :

  • mettre en évidence le rôle de l’agriculture et des produits agricoles dans le développement durable ainsi que leurs fonctions sociale, culturelle, économique, environnementale et en matière de santé ;
  • mettre en œuvre des actions pédagogiques et favoriser le développement au goût et aux saveurs.
    Ce service propose gratuitement, aux enseignant.es, animateur.trices et guides, une série d’outils didactiques pour aborder le monde agricole et l’alimentation de proximité.

Une « boite à outils en ligne » reprend l’ensemble des outils édités, disponibles en téléchargement et/ou en version imprimée, et répartis selon quatre thématiques : l’agriculture locale, l’alimentation durable, les cultures et l’élevage.
Graines d’AGRI se propose également d’accompagner toutes demandes ou recherches de documentation complémentaires sur ces sujets.
Par cette initiative, l’Apaq-W entend recréer du lien entre les élèves, futurs consomm’acteurs, et l’agriculture.

Quelles sont les spécificités de cette pyramide ?

Au niveau de la structure générale de la pyramide, la base avec les différents étages n’a pas changé. La question de savoir si les étages « féculents » et « fruits & légumes » devaient être inversés a été examinée. En effet, pour les plus jeunes (4-5 ans), l’étage des « féculents » est plus important que celui des « fruits & légumes » mais ce n’est pas le cas des 6-12 ans. Pour ces derniers, en termes de poids, les « fruits & légumes » doivent bien représenter une part plus importante que les féculents.

Une différence toutefois avec la pyramide de l’adulte concerne le fait que les fruits et légumes sont mis à parts égales. Nicolas Guggenbühl explique ce choix : « il n’y a pas de recommandations officielles sur les quantités respectives de fruits et légumes à consommer. Or, la consommation de fruits est dans le top 5 des priorités nutritionnelles (cf. Epi alimentaire). Et il est plus réaliste et plus accessible de favoriser la consommation de fruits que celle de légumes chez l’enfant et le gain en termes de santé avec juste cette majoration des fruits est extrêmement précieux.»

Les principales adaptations concernent les repères quantitatifs qui se situent sur le côté de la pyramide. Ceux-ci ont été adaptés aux enfants sur base des recommandations du Conseil Supérieur de la Santé et de l’expérience de diététiciennes pédiatriques. L’alcool a été supprimé des Non-indispensables. « Ici, on n’aborde même pas le sujet car ce n’est pas une option » insiste Nicolas Guggenbühl.
Les illustrations et le graphisme ont également été retravaillés pour être plus adaptés à l’enfant.

Des messages complémentaires

De plus, trois messages complémentaires à la pyramide ont été ajoutés.

« Manger sans écran »

Nicolas Guggenbühl explique la volonté de mettre en avant cette problématique soulevée par l’enquête de consommation : 1 famille sur 2 prend ses repas avec le poste de TV allumé. Or, il précise : « les écrans viennent polluer l’acte de manger. Les études montrent que quand on a le cerveau qui est occupé à faire autre chose que manger, il y a toute une série de signaux qui ne sont pas véhiculés de la même façon ; ce sont les signaux de la satiété qui sont moins bien perçus. Et à cet âge-là, c’est essentiel. Il faut attacher de l’importance à ce moment qui est la consommation de nourriture et prendre son temps. » Il poursuit : « c’est la première fois que l’on met un message qui va au-delà des aliments et qui concerne la façon dont on consomme ces aliments. » Et il conclut : « c’est quelque chose qui fait partie de l’alimentation saine. »

« Bon pour moi, bon pour ma planète »

« De manière générale, il y a une volonté d’être davantage orienté vers la durabilité » explique Nicolas Guggenbühl. En effet, Graines d’AGRI travaille à proposer des outils qui renforcent les gestes en faveur d’une alimentation durable et donc une alimentation saine basée sur la consommation de produits locaux, frais et de saison. Il mentionne : « en ce sens, il y a beaucoup moins d’aliments ultra transformés représentés dans la pyramide. Il n’y a, par exemple, plus de paquet de céréales petit-déjeuner industrielles. De même, l’accent a été mis sur les fruits et légumes locaux ou européens. » Avec les enjeux environnementaux actuels, cet aspect ne peut pas être mis de côté.

Les enfants en cuisine

La réduction des produits transformés au profit du « fait maison » a également été illustrée avec des enfants qui cuisinent. « Préparer de la nourriture ensemble, enfant avec parent, est essentiel pour l’enfant. L’expérience par le toucher, le fait de travailler l’aliment ou de le voir pousser dans un petit potager, tout cela participe à l’acceptation de l’aliment par la suite. Ainsi, pour faire aimer les légumes aux enfants, c’est beaucoup plus facile quand ils ont été impliqués dans la préparation du repas, quand ils ont croqué dans une carotte en l’épluchant, etc. »

Sur quels éléments repose cette pyramide ?

« Une pyramide ne doit pas simplement illustrer ce qu’il faut consommer pour satisfaire ses besoins en nutriments. Elle doit aussi refléter ce que l’on connait aujourd’hui en termes de relations aliments-santé. On sort du strictement nutritionnel », explique Nicolas Guggenbühl.

Les connaissances des relations aliments-santé sont développées par le projet Global Burden of Disease (GBD) de Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) de l’université de Washington. Les chercheur.euses du projet rassemblent et traitent les données de plus de 200 pays. Ils modélisent des relations et les quantifient en termes d’impact sur les DALYs (l’espérance de vie corrigée pour l’incapacité).

En Belgique, au niveau des facteurs de risque liés à l’alimentation, pour l’ensemble de la population, c’est le manque d’apport en céréales complètes qui a le plus d’impact négatif sur la santé. « Ce qui est tout à fait contre intuitif. Un autre exemple : les gens stressent sur le sucre aujourd’hui alors que le sel tue davantage », interpelle Nicolas Guggenbühl. « C’est ce que ces données montrent. Et ce sont ces données qui sont utilisées pour formuler les recommandations alimentaires à côté des simples besoins en nutriments. »

Comment s’alignent les recommandations nutritionnelles et les enjeux de durabilité ?

« Heureusement, pour la grande majorité, les objectifs prioritaires en matière d’alimentation saine comme, par exemple, manger plus d’aliments végétaux (fruits, légumes, légumineuses, fruits à coques, graines, etc.), vont dans le sens d’une empreinte carbone plus faible de l’alimentation », explique Nicolas Guggenbühl. Il précise : « c’est la même chose pour la réduction de la viande, le switch de matière grasse d’origine animale vers des matières grasses d’origine végétale, et la réduction des aliments transformés. Tout cela va dans le sens d’un plus faible impact carbone. »

Mais il existe des points de friction. « Le plus important, c’est probablement le poisson. Manger du poisson 1 à 2x/semaine dont 1x un poisson gras est une recommandation nutritionnelle importante pour satisfaire les besoins en EPA et DHA (acide gras oméga 3 à longue chaine) qui sont essentiels à tout âge et en particulier chez les enfants, pour le développement du système nerveux. Mais si on devait appliquer cette recommandation à l’ensemble de la population, cela poserait problème », explique Nicolas Guggenbühl. Il importe alors d’orienter ses choix : « s’assurer que le poisson est issu de la pêche durable si c’est un poisson pêché. Si c’est un poisson issu de l’aquaculture, s’intéresser à l’origine du produit, à ses conditions d’élevage, etc. (c’est ce qu’on appelle le « sourcing » de l’aliment) ». Il en va de même pour la consommation de viande. C’est pourquoi Graines d’AGRI prône la consommation « moins mais mieux » de ces produits.

« Mais la plupart des objectifs nutritionnels aujourd’hui sont des objectifs compatibles, parfaitement superposables, aux objectifs pour relever le défi climatique, les ressources que la planète peut offrir. » souligne-t-il.

Comment utiliser cet outil ?

La pyramide alimentaire est un outil qui est fort apprécié. Toutefois, Nicolas Guggenbühl précise : « il n’y a aucun outil parfait qui à lui seul permet de faire passer tous les bons messages en matière d’alimentation équilibrée. » Il poursuit : « la pyramide sert de base visuelle à des explications orales. Une pyramide toute seule, il faut pouvoir l’interpréter. C’est pour cela que la pyramide est accompagnée d’un dossier pédagogique ». Nicolas Guggenbühl confie son expérience : « souvent, ce qu’on constate, c’est que chacun.e y va un peu de son point de vue. La conception d’une alimentation équilibrée est quelque chose qui fait souvent intimement appel à l’humain et à faire passer toute une série de prise de positions qui ne sont plus du ressort de la science nutritionnelle. C’est important de pouvoir mettre de côté les points de vue et de délivrer les bons messages ; et ceux-ci sont disponibles dans le guide pédagogique. » Ainsi, Graines d’AGRI a demandé et collaboré au dossier pédagogique pour s’assurer que les enseignants y trouvent les ressources explicatives pour mieux appréhender la pyramide ainsi que des fiches activités pour les soutenir dans la mise en place de leçons autour de cette thématique.

Où se procurer l’outil et le dossier pédagogique ?

Le dossier pédagogique et les fiches activités sont disponibles en téléchargement sur le site internet : Alimentation durable – Graines d’agri (grainesdagri.be).

Le kit avec le poster et la pyramide 3D est disponible gratuitement sur simple demande via le formulaire en ligne.

Références

Lebacq T. Environnement familial et alimentation des enfants. Dans : Lebacq T, Teppers E (éd.). Enquête de consommation alimentaire 2014-2015. Rapport 1. WIV-ISP, Bruxelles, 2015

Conseil Supérieur de la Santé. Recommandations alimentaires pour la population Belge adulte – 2019. Bruxelles: CSS; 2019. Avis n° 9284.

S. Drieskens, R. Charafeddine, L. Gisle . Enquête de santé 2018 : Habitudes nutritionnelles. Bruxelles, Belgique : Sciensano ; Numéro de rapport : D/2019/14.440/64. Disponible en ligne : www.enquetesante.be

Site Web de la FAO : Recommandations alimentaires et durabilité | Recommandations alimentaires | Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (fao.org)

L’Epi Alimentaire : L’Épi Alimentaire, 5 priorités pour mieux manger | Food in Action