Eurotox, Observatoire socio-épidémiologique « Alcool-Drogues » en Wallonie et à Bruxelles, a lancé en janvier dernier la première édition de l’enquête ARCAD – W. Elle comporte plusieurs volets : une enquête par questionnaires, un monitoring à l’échelle des provinces et des concertations entre les acteurs wallons du secteur des assuétudes. Le but est de documenter la réalité en matière d’assuétudes.
Le projet ARCAD-W vise à mieux comprendre les pratiques de consommation d’alcool, de médicaments (tranquillisants, antidouleurs, somnifères) ou de drogues illégales (cannabis, cocaïne, kétamine, héroïne…) en Wallonie et à Bruxelles. L’enquête par questionnaire interroge la fréquence d’usage des substances psychoactives, la sévérité de l’addiction, les motivations, les contextes de consommation, les modes de consommation, l’état de santé, de bien-être et le soutien social, les caractéristiques socio-économiques. Une deuxième vague d’enquête aura lieu en 2027. Ces informations sont essentielles pour orienter et réorienter les interventions de promotion de la santé liées aux assuétudes et de réduction des risques dans les années qui viennent.

Entretien avec Maud Dujeu, chargée de projet à Eurotox, Observatoire socio-épidémiologique « Alcool-Drogues ».
Education Santé : L’enquête ARCAD-W a-t-elle bien démarré ? Quels sont les premiers enseignements sur la participation ?
Maud Dujeu : Les premiers résultats sont très encourageants. En Wallonie, 2.000 personnes ont déjà répondu au questionnaire en ligne, anonyme (d’une durée d’environ 10-15 minutes), et environ 900 à Bruxelles. Même si le projet est financé par la Région wallonne et vise avant tout à mieux connaître les usages de substances sur ce territoire, il était difficile de limiter l’enquête aux seules frontières régionales en raison des mobilités quotidiennes entre Wallonie et Bruxelles. En revanche les volets complémentaires : les monitorings à l’échelon provincial et les concertations, sont exclusivement wallons.
L’enquête qui se clôture fin mars, montre que certains publics semblent sous‑représentés, notamment ceux issus des services spécialisés en assuétudes, alors qu’ils sont les premiers concernés par les thématiques abordées. Certains acteurs nous ont dit : pour notre public, un questionnaire en ligne ne marchera pas. On a donc retravaillé avec eux une version abrégée, au format papier. Les personnes peuvent ainsi le remplir seules ou demander l’aide d’un travailleur. Nous espérons que cela permettra d’équilibrer le panel des répondants – nous les recevrons d’ici quelques semaines. (NDLR : cet entretien a eu lieu le 5 mars)
ES : Comment le questionnaire a-t-il été conçu et ajusté ? Quel a été le rôle des professionnels de terrain ?
M. D. : Le questionnaire a été élaboré à partir d’outils validés et de références internationales, mais il était essentiel que des professionnels du secteur des assuétudes et de la promotion de la santé l’ajustent et le valident.
Le premier atelier de concertation a eu lieu en novembre. Il a été dédoublé : une fois pour les acteurs du Hainaut et du Brabant wallon, une seconde fois pour les trois autres : Namur, Liège, Luxembourg. Ces moments ont permis de présenter le projet aux professionnels et de créer de l’interconnaissance.
Ces rencontres ont amené des retours très concrets : certaines questions étaient jugées trop longues ou mal adaptées aux publics, d’autres thématiques manquaient. Par exemple, une échelle d’évaluation de l’addiction à la cocaïne, pourtant validée scientifiquement, a été retirée car trop complexe.
Les professionnels ont également attiré notre attention sur la nécessité de reformuler certaines questions. Pour les publics les plus précaires, dont les situations de logement fluctuent beaucoup, ils nous ont proposé de préciser « où étiez-vous logés au cours des 30 derniers jours ». Je n’y aurais pas pensé. Cette co‑construction est essentielle : elle permet de valider la démarche, mais aussi d’enrichir notre compréhension des réalités de terrain.
Comment l’enquête est-elle diffusée et comment les résultats seront-ils utilisés ?
M. D. : La diffusion repose sur un large réseau local : CLPS, communes, associations, services spécialisés, mais aussi des relais inhabituels. Par exemple, certains professionnels nous ont suggéré de diffuser une vidéo via Medisplay, le système présent dans les salles d’attente des médecins.
Au-delà de la collecte de données, l’enjeu est de nourrir le monitoring provincial et d’alimenter les politiques publiques. Les prochaines concertations, prévues en avril, permettront de remonter les constats et besoins des professionnels. Eurotox intégrera ces éléments dans son plaidoyer, notamment dans le futur WAPPS (programme wallon en prévention et promotion de la santé) et dans la réflexion en cours sur la réorganisation de la première ligne de soins.
En fin d’année, nous organiserons une journée de restitution. Elle sera interactive : l’idée n’est pas seulement de présenter les chiffres, mais d’en débattre avec les acteurs de terrain pour affiner les interprétations et renforcer l’action collective.
Voir la page web dédiée au projet.
Pour joindre l’équipe de recherche : arcadw@eurotox.org
Les eaux usées révèlent des consommations très diversifiées
Le 10 mars dernier, Sciensano a publié un relevé épidémiologique issu de l’analyse des eaux usées. Il donne une idée assez précise de la consommation de drogues en Belgique.
– L’utilisation de la cocaïne est généralisée en Belgique et elle a été trouvée dans toutes les stations. Sa consommation est plus élevée le week-end que pendant la semaine, ce qui indique qu’elle est probablement liée à la vie festive et nocturne, comme la MDMA.
– La méthamphétamine, encore limitée, a quand même été détectée dans environ la moitié des installations. Fait frappant : exclusivement en Flandre et à Bruxelles.
– Le crack : contrairement à l’image donnée par les médias et à la perception du public, l’analyse des eaux usées confirme que la consommation de crack ne se limite pas à la capitale mais est répandue dans tout le pays.
– La Kétamine a été détectée dans presque toutes les stations ; la consommation de cette drogue est désormais largement répandue contrairement à la situation d’il y a cinq ans.
– Les amphétamines : l’utilisation est clairement plus élevée en Flandre que dans le reste du pays.
Sciensano.be : La consommation des drogues en Belgique répertoriée grâce à une analyse des eaux usées (mars 2026)