Un mensuel au service
des intervenants francophones
en promotion de la santé

Numéro 341

« Je pense aussi à moi » : des outils pour ne pas s’oublier !


Stress, surcharge, burn-out, déséquilibre familial… des concepts qui sont loin de nous être inconnus. Comment préserver son bien-être mental dans la société actuelle ? Comment mener un travail de prévention en santé mentale ? Le projet « Je pense aussi à moi » (JPAAM) tente de répondre à ces questions. C’est un projet, initié par la Mutualité Chrétienne (MC), qui se compose d’un site qui propose des conseils et des articles de fonds pour comprendre les mécanismes sous-jacents au stress, à l’épuisement… JPAAM c’est aussi une offre d’activités régionales pour découvrir et s’initier à de nouvelles activités, pour trouver des conseils et des ressources, pour ne pas être seul !

Education Santé a rencontré Aline Franssen, chargée de projets chez Infor Santé, , le service de promotion de la santé de la MC, qui travaille sur la campagne « Je pense aussi à moi ».

 

ES : Comment tout cela est-il né ?

Par un constat de départ réalisé il y a quelques années déjà : de nombreux signaux du terrain et demandes des professionnels avec lesquels nous travaillons nous parvenaient. La consommation de médicaments (antidépresseurs, psychotropes…) en augmentation constante les données épidémiologiques ainsi que le nombre d’incapacité de travail pour causes « mentales » en hausse importante allaient (et malheureusement vont encore) dans le même sens : celui de la détresse psychologique d’un nombre croissant d’individus.

Donc nous nous sommes mis au travail ! Nous avons commencé par affiner les constats et les demandes. Nous avons rencontré de nombreux professionnels (psy, médecins, services sociaux, associations, secteur de la jeunesse…) afin de poser un diagnostic plus précis de la situation. Cela nous a permis de confirmer une série d’intuitions que nous avions et mesurer l’ampleur du travail ! Et du travail, il y en avait ! Nous avons identifié plusieurs publics cibles et plusieurs thématiques à investir. Notamment un besoin d’information sur les mécanismes qui induisent un déséquilibre mental (stress, non respects de ses besoins de base, faible niveau de compétences émotionnelles…) et surtout vers qui se tourner lorsqu’on sent que ça ne va plus.  Le chantier était vraiment énorme et nous avons alors déterminé plusieurs phases, en commençant par le volet informatif. Deux brochures d’information (l’une sur le stress et ses mécanismes, l’autre sur les différents professionnels qui peuvent aider (psychologues, psychiatres, thérapeutes…) ont été rédigées. En marge de ces publications, nous avons également organisé des cycles de conférences et d’ateliers afin d’outiller le public et de lui permettre de prendre une part active pour recouvrer  un sentiment plus grand de maîtrise sur sa vie.

 

ES : Comment en êtes-vous arrivés à imaginer un projet comme JPAAM ?

Fort de nos premières expériences sur ce terrain, nous avons continué sur d’autres axes. Lors de la phase d’analyse, les experts que nous avions rencontrés nous avaient tous dit que si nous voulions faire quelque chose en matière de prévention (ce qui est notre champ de travail), nous devions absolument travailler le plus en amont possible, bien avant que les difficultés surviennent. En effet, les spécialistes sont confrontés à des personnes « qui ont le nez dans le guidon » comme le dit l’expression, dont la situation dégénère : il s’agit de personnes coincées dans un quotidien, qui sont dans un engrenage de vie tel qu’elles ne parviennent plus à (re)trouver leur équilibre personnel en santé mentale, et qui finissent par craquer (stress, dépression, burn-out…). Notre seconde mission a donc été de travailler sur les facteurs de protection que sont les  compétences individuelles : améliorer l’estime de soi, la connaissance de ses besoins fondamentaux, de ses limites, améliorer le niveau de compétences émotionnelles, savoir ce qui nous fait du bien…

Nous avons imaginé un grand projet avec plusieurs axes. Un axe « contenu/ressources », un axe « ateliers /actions concrètes » et un axe « communication/sensibilisation » afin d’éveiller les consciences à la problématique et également de faire connaître les deux premiers axes.

 

ES : Comment se décline l’axe « contenu/ressources »?

Cet axe s’est matérialisé par un site internet lui-même composé de 4 parties.

Premièrement, le site  donne de l’information approfondie sur les grandes notions qui concernent tout le monde : les besoins, les limites, les émotions, le burn-out, les valeurs, mais aussi le sommeil, le stress…

Ensuite, 5 profils sont mis en avant, qu’on peut considérer comme des portes d’entrée différentes qui symbolisent la manifestation du déséquilibre, à chaque fois sous un angle différent :

Le profil « Je vis dans les contraintes » concerne davantage les personnes qui ont des difficultés à lâcher prise car elles répondent à toutes les demandent et ponctuent leurs journées par des « je dois » et autres « il faut ».

Le profil « Metro-boulot-dodo » symbolise une existence menée tambour battant, avec un quotidien rythmé tous les jours de la même façon. Bouclé à la minute près, on y oublie la spontanéité et la flexibilité nécessaire aux imprévus.

Le profil « D’abord les autres, et moi après » cristallise l’idée même de ne pas se créer d’espaces personnels, car on pense d’abord à tous les membres de la famille, au travail et aux diverse tâches. Et moi ? on verra …

Le profil « Je subis ma vie » illustre l’idée même de sentir sa vie glisser entre ses doigts, se sentant sans prise sur les éléments. Que puis-je faire d’autre que continuer à faire comme je fais ?

Et tout récemment, un profil spécial parent  « Parent mais pas que… » pour ceux qui se sentent engloutis par les contraintes de la parentalité ou qui sont frappés de plein fouet par le décalage trop grand entre leurs rêves et la réalité des parents.

Les articles sont rédigés par les experts avec lesquels nous avons travaillé pour l’analyse des besoins, et d’autres rencontrés pour les besoins spécifiques des thématiques…

Le site se veut aussi pratico-pratique : plus de 30 articles « solutions bien-être » mettent en lumière différentes façons de penser aussi à soi, de retrouver son équilibre, de se reconnecter à ses besoins. Ecrits majoritairement en collaboration avec des professionnels de terrain, ils se veulent tantôt très pragmatiques, tantôt source d’inspiration. Les pistes de solution variées ont été choisies pour correspondre au plus grand nombre de personnes, pouvant se réaliser sans matériel et à moindre frais, à réaliser soit seul soit en groupe.

Le site affiche également un agenda (lien vers l’axe ateliers/actions concrètes) : les activités proposées sont diverses, de la plus théorique (conférence) à la plus pratique (expérimentation de techniques de relaxation). Elles ont pour objectifs d’aider les personnes à mobiliser des ressources personnelles et/ou de s’appuyer sur des ressources externes afin de maintenir ou retrouver leur équilibre psychique.

 

ES : A qui s’adresse ce projet?

Il s’adresse à toute personne qui se sent glisser vers un engrenage de vie tel qu’elle ne peut plus « profiter » de sa vie. Si le premier public ciblé est celui des adultes actifs, les étudiants et les personnes pensionnées peuvent aussi s’y retrouver car bon nombre de thématiques sont transversales.

 

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ES : Pourquoi ce public cible ?

Le public des adultes actifs est celui le plus mis sous pression dans notre société : travailleur, époux.se, parent, aidant proche … les 30-55 ans sont souvent pris en étaux entre ces différents rôles et le sacro-saint impératif d’être performant sur tous les fronts. Il reste peu de temps pour soi-même, et il est facile de perdre pied si l’on n’y prend pas garde.

 

ES : Vous avez aussi développé toute une offre d’activités, de quel type ? Pourquoi ?

Eveiller la conscience des gens sur leur possible état de déséquilibre est une première étape. La seconde est de leurs proposer des outils pour se sortir de l’engrenage. Chacun est différent, c’est pourquoi certains travailleront plus « en solo » sur base de lectures théoriques, ou en testant chez eux nos différentes « solutions bien-être ». Pour d’autres, c’est sortir de chez soi, suivre un cours ou expérimenter une technique en groupe qui sera le plus efficace et le plus motivant. L’aspect collectif est important pour le bien-être : un réseau social assez fourni est un facteur de protection.

Nous voulions également proposer des activités de développement personnel proches des gens, c’est pourquoi nous essayons de couvrir tout le territoire de la région wallonne et Bruxelles.

Enfin, nous travaillons avec des professionnels certifiés dans leur domaine, qui ont fait leurs preuves, et à un coût faible voire nul : ceci garantit un accès pour tous à des activités bien-être de qualité. Depuis le début du projet, nous avons proposé plus de 300 activités (conférences, ateliers, cours, découvertes, évènements… tous sous le signe du bien-être).

 

ES : Vous travaillez aussi via les réseaux sociaux, pourquoi ce choix ?

Nous nous sommes questionnés un assez long moment au sujet d’une présence sur les réseaux sociaux. Nous avons finalement décidé d’investir dans Facebook, prioritairement dans le but de faire connaître le programme et de lancer le site internet. Mais nous nous sommes vite rendus compte que le public qui nous suit sur la page Facebook  (plus de 6300 fans à l’heure actuelle) n’est pas le public du site internet : sur Facebook, l’information va droit au but, elle capte l’attention, elle « titille » la conscience. Il s’agit d’ouvrir une petite parenthèse dans la journée, pour penser aussi à soi. D’un autre côté, les informations du site internet sont plus complètes, elles vont en profondeur. Vidéos, articles fouillés, pistes de solution détaillées… Elles invitent davantage à s’installer et à prendre du temps pour soi.

Et puis, il y a tant d’infos sur internet qu’il faut aller chercher les gens où ils sont, être plus proches d’eux, attirer directement leur attention, ce qui n’est pas facile quand on traite de la santé (et encore moins si l’on parle de santé MENTALE). Faire de la promotion de la santé via les réseaux sociaux permet davantage cette présence, à moindre frais.

 

Un site, des situations de vie, des experts… et vous !   logoJPAAM.jpg

Le site de JPAAM propose plusieurs portes d’entrée, toutes axées sur la vie quotidienne des personnes actives :

  • Une section « Etat d’esprit » : vous avez le sentiment que votre vie vous échappe ? Vous vous sentez prisonnier de votre rythme de vie ? Vous culpabilisez quand vous prenez soin de vous ? Accompagnés de témoignages cette page vous aidera à identifier votre « profil » et vous guider ensuite au mieux dans la navigation du contenu proposé.

  • Les « solutions bien-être » : pensée positive, désencombrer son intérieur, tai-chi, l’art de relativiser… des exemples parmi tant d’autres de solutions qui favorisent votre bien-être au quotidien.

  • Les « paroles d’experts » : qu’est-ce que c’est réellement une émotion, un besoin, le burn-out… ? Des experts ont rédigé des articles de fond pour expliquer scientifiquement différents concepts inhérents à notre quotidien.

  • L’ « aide et soutien » : on retrouve dans cette section les points de contact des différents associations, mouvements, plateformes qui peuvent venir en aide à la population.

  • Les « activités » : c’est le panel des différentes activités liées au bien-être proposées par les mutualités régionales à travers le pays.

Pour consulter notre site : http://www.jepenseaussiamoi.be/

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