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Numéro 365

La contraception masculine, on en parle ?


« Focus sur les couilles ! », Ainsi s’intitule le premier colloque sur la contraception dite masculine en Belgique. Titre accrocheur pour un sujet encore fort méconnu, O’Yes (anciennement Sida’sos) vous propose de revenir sur un état des lieux des réflexions en cours et des pistes  déjà existantes… 

Partout dans le monde, ce sont principalement les femmes1 qui sont en charge de la contraception. La plupart des hommes ne partagent pas, ou peu, cette réflexion et la question n’est que très rarement abordée.

Alors que les gynécologues sont les personnes de référence pour les femmes en matière de contraception, il n’existe à l’heure actuelle que peu de professionnel·les clés et de consultations spécifiques pour les hommes, ce qui les dépossède complètement de la question. Et pourtant, un partage des responsabilités présente de nombreux avantages et fait progresser notre société vers plus d’égalité entre les individus. Il est important de permettre à chaque personne de maîtriser sa propre fertilité.

Les professionnel·les de la santé (médecins, centres de planning familial, associations…) sont également démuni·es face à cette thématique. En effet, il n’existe aucune formation sur le sujet. Non seulement cette situation les empêche de répondre de manière qualitative à leurs patient·es mais elles et ils ne savent généralement pas non plus vers où les réorienter.

Face à ces multiples zones d’ombre, O’YES et ses partenaires : Thoreme, la FCPPF, le Love Health Center et FEMMESProd, ont organisé le premier colloque sur la contraception dite masculine en Belgique : “Focus sur les couilles”.

Cet événement visait trois objectifs :

  • améliorer les connaissances des professionnel·les et des étudiant·es du secteur de la santé afin que ces dernier·es puissent avoir les clés pour mieux aborder la contraception dite masculine dans leur pratique ;
  • sensibiliser le grand public à ces différentes méthodes de contraception et créer un espace d’échange et de découverte grâce aux ateliers ;
  • susciter les réflexions sur l’équité contraceptive.

Cet événement se divisait en deux temps : un premier temps destiné aux professionnel·les et étudiant·es des secteurs de la santé, du social et de l’éducation et un second temps destiné au tout public.

État des lieux et réflexion sur les contraceptions dites masculines

Il existe très peu d’enquêtes sur la contraception en Belgique. Toutefois, la dernière enquête réalisée par Solidaris2 en 2017 révèle qu’en Belgique 68% des femmes déclarent utiliser un moyen de contraception  contre 33% des hommes. Parmi ces hommes, 60% citent le préservatif. D’autres chiffres intéressants ressortent : une femme sur deux se dit seule à décider de la contraception de son couple. Par ailleurs, si 39% des hommes se disent prêts à utiliser une contraception testiculaire3, 31% y sont opposés. Du côté des femmes, 51% d’entre elles seraient prêtes à laisser la charge mentale de la contraception aux hommes, 21% cependant s’y opposent et 25% ne savent pas si elles accepteraient que la contraception de leur couple soit gérée par leur partenaire.

De manière générale, la satisfaction des utilisateurs quant à leur méthode de contraception diminue ces dernières années, principalement pour le préservatif externe, passant de 88% à 76%, ainsi que la pilule passant de 89% à 84%. La charge de la contraception est de plus en plus discutée au sein des couples. Avec l’âge, les hommes s’estiment de moins en moins impliqués dans la contraception du couple alors que ce taux ne varie pas fondamentalement avec l’âge parmi les femmes.

Historique et contexte

Laurence Stevelinck4 a évoqué les divers freins à l’origine du manque d’implication des hommes dans le partage de la contraception : ils sont techniques, professionnels et culturels. Les freins techniques sont liés à une offre réduite des contraceptifs masculins principalement à cause d’un désintérêt de l’industrie pharmaceutique, de la médecine et des pouvoirs publics, mais aussi des budgets limités pour développer ce type de contraception, et des effets secondaires potentiels, mal perçus par les hommes bien que comparables aux effets secondaires liés aux contraceptifs dits féminins. Les freins professionnels résident dans le fait que peu de professionnel·les de la santé ont les connaissances nécessaires pour informer leur patientèle et/ou la réorienter vers des personnes compétentes, telles que les urologues, andrologues, sexologues, …Ces deux types de freins sont également étroitement liés aux freins culturels et symboliques, les plus importants, découlant des rôles spécifiques attribués aux femmes et aux hommes dans notre société. C’est d’ailleurs pourquoi, outre le développement des différentes méthodes contraceptives, c’est une “transformation radicale des scénarios culturels de nos sociétés” qui doit s’opérer. Une menace sur la virilité (symbolique du phallus et craintes imaginaires) est souvent mise en avant par les différent·es spécialistes.

Les différentes méthodes de contraception existantes et celles en cours d’étude

Daniel Murillo cite parmi les méthodes existantes :

  • La technique du retrait : elle consiste à retirer le pénis du vagin avant l’éjaculation. Elle n’est pas complètement fiable pour éviter une grossesse puisqu’il est difficile de contrôler son éjaculation pendant le rapport sexuel. Une grossesse est, dès lors, possible.

 

  • Le préservatif externe (préservatif masculin)  : il s’enfile sur un pénis en érection avant la pénétration et empêche ainsi les spermatozoïdes d’entrer en contact avec l’ovule. À usage unique, il est facile à trouver et accessible à tout le monde. De plus, il a l’avantage d’éviter les Infections Sexuellement Transmissibles (IST).

 

  • La vasectomie : cette technique de stérilisation masculine très fiable est considérée comme définitive. Les canaux déférents transportant les spermatozoïdes des testicules à la prostate sont sectionnés ou bouchés de telle manière que le sperme ne contient plus de spermatozoïdes. Il n’y a aucune influence sur la qualité de l’érection, ni sur la libido. Cette technique est efficace 3 à 6 mois après l'opération, à partir du moment où un spermogramme5 le valide.

 

  • Les injections hormonales : cette méthode, réversible, consiste en des injections hebdomadaires ou en injection tous les 3 mois dans le muscle. Uniquement pour les personnes de plus de 45 ans. Il n’existe pas de traitement dont l’indication spécifique concerne la contraception hormonale mais il s’agit de l’utilisation détournée d’un autre médicament.

Parmi les méthodes en cours d’étude, Daniel Murillo cite :AdobeStock_288395147.jpeg

  • Le vasalgel : il s’agit de l’injection d’un gel dans les canaux déférents qui empêcherait le passage des spermatozoïdes. Cette méthode serait réversible mais elle n’a actuellement été testée que sur l’animal.

 

  • RISUG : Reversible Inhibition of Sperm Under Guidance : il s’agit d’un gel aux propriétés spermicides6 injecté au sein des canaux déférents. Ce gel bloquerait la progression des spermatozoïdes et provoquerait une altération de ces derniers en les empêchant de remplir leur rôle de fécondation. Cette méthode serait réversible. Développée depuis plus de 20 ans en Inde, cette technique en est à la phase d’essais cliniques.

 

  • Les méthodes hormonales : la pilule et le gel hormonal en sont encore aux phases expérimentales. Pour la pilule, un avenir prometteur est assuré selon les chercheurs.

D’autres méthodes comme l’implant, l’obturation des canaux déférents ou les ultrasons, existent mais n’en sont qu’aux phases expérimentales de leurs  développements.

Contraception thermique et initiatives militantes

Maxime Labrit7 a ensuite abordé la contraception thermique, qui consiste en une augmentation de la température des testicules, rendant ainsi les spermatozoïdes inactifs. Cette méthode existe depuis très longtemps mais a fait l’objet de peu d’études. Ces dispositifs doivent être combinés à des spermogrammes réguliers afin de s’assurer de leur efficacité.

 

  • Le slip “Remonte-Couilles Toulousain” consiste à faire passer le pénis et le scrotum (la peau qui entoure les testicules) à travers un anneau sur l’avant du slip. Avec cette technique, les testicules restent à l’intérieur du slip, se rapprochent du corps, ce qui augmente la température des testicules de 2 degrés, rendant les spermatozoïdes inactifs. Cette méthode est réversible. Il doit être porté 15h/jour et est efficace après environ 3 mois d’utilisation. Il est même possible de le réaliser soi-même.

 

  • L’AndroSwitch® (anneau thermique) suit le même principe que la méthode précédente: le pénis et le scrotum sont passés dans un anneau en silicone. Il doit être porté 15h/jour. Efficace après environ 3 mois d’utilisation, cette méthode est également réversible et coûte quelques dizaines d’euros.

 

  • Le SpermaPause® (Slip chauffant) est un caleçon doté d’une compresse thermique qui réchauffe les testicules à 41°c rendant les spermatozoïdes inactifs. Il doit être porté environ 4h/jour. Cette méthode semble réversible mais n’a été que peu étudiée. Le dispositif (2 caleçons, 1 compresse chauffante et 1 batterie) coûte 95€.

 

Table ronde : “la contraception dite masculine dans ma pratique professionnelle”

Rikke Qvist, en tant que sage-femme, insiste sur l’importance de prendre le temps d’écouter les couples et de les accompagner dans leur choix contraceptif. Cette contraception se doit d’être épanouissante. Elle rappelle aussi que la contraception est évolutive et que chaque personne doit se sentir libre de la changer autant que nécessaire, selon les différentes périodes clés de sa vie.

Par ailleurs, Anne Verougstraete, gynécologue, précise que le développement de la contraception dite masculine n’est pas aisé, notamment à cause d’enjeux financiers importants. Elle évoque aussi l’importance de faire valider ces nouveaux contraceptifs masculins auprès des différentes instances nationales et internationales compétentes afin que toutes les méthodes contraceptives puissent être reconnues.

Concernant l’Éducation à la Vie Relationnelle, Affective et Sexuelle (EVRAS) en milieu scolaire, permettre aux jeunes de comprendre leur corps, son fonctionnement ainsi que la maîtrise de leur fertilité est fondamental, selon Sophie Hustinx. Il est nécessaire que tou·tes les jeunes puissent avoir des moments d’échanges en termes de vie relationnelle, affective et sexuelle.

Olivier Mageren, sexologue, a interpellé le public avec sa phrase “faire l’amour sans bouger”. Il a exprimé le fait que le plaisir et la sexualité ne se limitent pas à la pénétration vaginale et que chaque personne a la liberté d’écrire son propre scénario “sexuel”. Une première édition réussie qui ouvre sur de nouvelles possibilités

L’enthousiasme des participant·es démontre l’importance de renouveler des événements tel que celui-ci mais aussi d’aller plus loin par la création d’une formation adaptée sur les questions de contraception pour les professionnel·les et étudiant·es de la santé, du social et de l’éducation, l’ouverture des premières consultations au sujet de la contraception dite masculine ainsi que le développement de l’offre contraceptive en Belgique.

Contact : O’YES - hello@o-yes.be - 02 303 82 14 - www.o-yes.be

  1. Nous entendons ici et tout au long de l’article, les hommes et les femmes cisgenres, c’est-à-dire les personnes dont l’identité de genre correspond au genre attribué à la naissance.

  2. https://www.institut-solidaris.be/wp-content/uploads/2017/04/Contraception-2017_FINAL.pdf

  3. C’est-à-dire la vasectomie ou encore la méthode de contraception thermique

  4. chargée de mission à la Fédération Laïque des Centres de de Planning Familial (FLCPF)

  5. Analyse médicale du sperme

  6. Qui tue les spermatozoïdes

  7. Infirmier indépendant

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