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Numéro 330

L'acoustique en milieu scolaire


Le bruit est une pollution très sous-estimée. Depuis plusieurs décennies, des études montrent qu’y être exposé de manière importante a un impact majeur sur la santé, en particulier sur les taux d’hormones liées au stress et sur la pression artérielle. Mauvais pour le cœur et le sommeil, le bruit altère également les capacités cognitives de mémorisation et la réalisation
de tâches complexes. 

Une norme méconnue

Comment ne pas s’étonner, dès lors, que dans le milieu scolaire, des constructions récentes continuent de faire de cette dimension ? Fabienne Duthoit, ingénieure de recherche au sein du Cedia (Cellule d’études et de développement en ingénierie acoustique) de l’ULg, a organisé en avril 2016 un colloque pour sensibiliser les acteurs du milieu scolaire à cette problématique.

« En Belgique, il existe depuis 2012 une norme bruit qui s’applique en théorie aux bâtiments scolaires mais qui, dans les faits, est très peu respectée », explique-t-elle. Cette norme poétiquement baptisée ‘NBN S 01-400-2’ xe pourtant avec précision les exigences auxquelles doivent répondre les nouveaux bâtiments scolaires en matière d’isolation aux bruits aériens, d’isolation aux bruits de choc, d’isolation des façades, de limitation des bruits produits par les équipements techniques et de réduction de la réverbération (écho) dans certains locaux et dans les espaces de circulation.

Son existence ne semble pourtant pas à avoir eu l’impact escompté : aujourd’hui encore, c’est une fois l’inauguration terminée que les écoles s’aperçoivent que leurs bâtiments ambant neufs sont un véritable enfer acoustique... Alors que les architectes prêtent aujourd’hui une attention minutieuse aux volumes, à la thermique et à la luminosité, l’acoustique continue de passer à la trappe du cahier des charges. Et l’expertise des acousticiens demeure trop rarement sollicitée. Il faut dire que, tant pour des raisons esthétiques que budgétaires, la tendance actuelle dans le secteur de la construction privilégie des volumes simples et épurés, des murs parallèles et lisses : l’équation parfaite pour créer un puissant écho. « C’est ce qu’on nomme en acoustique la ‘réverbération’ et qui représente sans aucun doute la première plainte en termes d’acoustique scolaire. Du reste, pour des raisons d’hygiène, on opte souvent pour des matériaux facilement lavables comme le carrelage mais aussi du mobilier – chaises, tables – facile à entretenir et qui est donc constitué de matériaux très résonnants. On ne peut donc pas s’en sortir sans ajouter expressément des matériaux qui vont améliorer l’acoustique », explique Fabienne Duthoit. 

Penser l’acoustique en amont

Or, ces nécessaires aménagements – faux plafonds, revêtements muraux, etc. – ont tout intérêt à être pensés dès la conception du bâtiment, pour respecter l’harmonie du projet architectural mais aussi pour éviter le surcoût que représente une intervention a posteriori. « Soigner l’acoustique ne représente pas un coût excédentaire si c’est pensé dès le départ. C’est beaucoup plus compliqué quand on intervient après – même si cela reste possible », poursuit l’acousticienne. Intégrer la dimension acoustique dès la conception permet aussi de ne pas commettre certaines erreurs ‘assourdissantes’ comme de construire la salle de sport à côté de la salle d’étude par exemple...

En milieu scolaire, les problèmes d’acoustique se posent en effet spéci quement dans les endroits les plus ouverts, comme les réfectoires et les salles de sport. « Typiquement, on aura l’impression que cela résonne comme dans une église, tandis qu’un local bien soigné résonnera plutôt comme une salle de cinéma », illustre Fabienne Dutoit.

Par ailleurs, certains éléments ponctuels peuvent envenimer la situation. « Si vous avez une machine à boisson bruyante en plein milieu d’un réfectoire, cela posera problème ». La cacophonie qui entoure les moments dits de détente nit paradoxalement par accroître la fatigue et la nervosité des élèves, sans même parler des professeurs, nombreux à se plaindre de l’impact de cet environnement de travail bruyant.

Effet cocktail party

Par ailleurs, dans les salles de classe, une acoustique mal adaptée nuira tout bonnement à la compréhension des informations dispensées, une cause sans doute sous- estimée des dif cultés d’apprentissage de certains élèves. « Les enfants ont beaucoup de mal à comprendre ce qu’on leur dit dans un contexte bruyant. La ltration spéci que des sons d’intérêt ne semble pas présente chez eux. Leur cerveau travaille la totalité des sons qu’on leur envoie », rappelle Marc Vander Ghinst, de l’Institut des Neurosciences de ULB, (Unité de Magnétoencéphalographie), qui a récemment publié une étude sur cet effet dit ‘cocktail party’ qui permet normalement aux adultes de distinguer une voix d’intérêt parmi d’autres. Pour une bonne intelligibilité du message, on considère que deux paramètres devraient être respectés : le bruit de fond de la classe qui ne devrait pas dépasser 35 décibels et la résonance du son dans le local – ou ‘temps de réverbération’ – qui devrait être inférieure à 1 seconde.

« Prendre des mesures pour diminuer le bruit ambiant est une première chose car entre un bruit ambiant de 35 décibels ou de 60 décibels, certains enfants ne seront plus capables de comprendre ce qui se dit. Cela fait toute la différence », explique Marc Vander Ghinst. « Mais il existe aussi des aménagements : on peut notamment proposer un système FM, c’est- à-dire un appareil auditif qui ne va pas ampli er le son mais qui, relié au bureau de l’instituteur, va permettre d’envoyer directement l’information dans l’oreille de l’élève sans être court-circuitée par le bruit ambiant. Ce sont des dispositifs que l’on propose aux jeunes pour qui ce problème est très invalidant. Pour les cas moins sévères, il suf t parfois de prendre des mesures simples. Prendre connaissance des leçons à l’avance est souvent d’une grande aide par exemple. Quand on connaît la thématique de la conversation, les informations deviennent plus faciles à comprendre. Modi er la place de l’élève dans la classe peut aussi améliorer les choses », rappelle le chercheur. Car pour se comprendre, mieux vaut d’abord s’entendre ! 

 

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