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Numéro 327

L’audition des jeunes et leurs comportements en matière d’exposition sonore en province de Luxembourg


De janvier 2013 à juin 2014, l’Observatoire de la Santé de la Province de Luxembourg, en collaboration avec le Service de Promotion de la Santé à l’École a réalisé une enquête sur l’audition des jeunes et leurs comportements en matière d’exposition sonore dans le cadre scolaire et des loisirs. Si la thématique des risques auditifs n’est pas nouvelle, elle reste en effet d’actualité: l’écoute de la musique tient une place importante dans les pratiques culturelles des jeunes et les technologies liées à l’écoute de la musique ne cessent d’évoluer.

Le but poursuivi

L’objectif de cette enquête était de récolter des données utiles au développement de projets de prévention des risques auditifs chez les jeunes.  Il s’agit de la première enquête de ce type au niveau belge.

La population ciblée

L’enquête a porté sur des élèves de 6e primaire et de 4e secondaire scolarisés en province de Luxembourg. Elle a été réalisée dans le cadre des bilans obligatoires de santé. Au total, 1.155 élèves ont participé: 1.141 ont été inclus dans l’analyse du questionnaire et 820 dans l’analyse du test d’audition. Les échantillons étaient dans les deux cas représentatifs au niveau du sexe, de l’année et de la section d’enseignement.

Les données collectées

L’enquête comportait un test d’audition et un questionnaire. Le test auditif visait à établir le seuil d’audition pour les fréquences 500, 1.000, 2.000, 3.000, 4.000, 6.000 et 8.000 Hz. Le questionnaire interrogeait les élèves sur leur connaissance des effets du bruit sur la santé et des risques pour l’audition, sur leurs antécédents de fatigue auditive (acouphènes, hypoacousie, etc.), sur leurs antécédents sur le plan oto-rhino-laryngologique, sur leurs pratiques et habitudes en matière musicale (concerts, bals et boites de nuit, pratique d’un instrument de musique, lecteur MP3), sur leur pratique de loisirs potentiellement à risque pour l’audition, sur leur exposition dans le cadre scolaire et sur l’adoption de comportements de protection.

Les principaux résultats

La grande majorité des jeunes examinés (96 %) présentaient une audition normale. L’enquête a cependant montré que de nombreux facteurs sont associés à de moins bons résultats audiométriques, à savoir: l’âge (les plus jeunes), le fait d’être une fille, l’ignorance des effets du bruit sur la santé, les antécédents ORL, la répétition de signes de fatigue auditive, l’utilisation d’un lecteur de musique personnel à un volume élevé et le port de protections auditives1. Certains de ces résultats concordent avec la littérature (antécédents sur le plan ORL, répétition de signes de traumatismes sonores, utilisation d’un lecteur de musique à un volume élevé), alors que d’autres diffèrent (âge et sexe où l’inverse est habituellement constaté).

Cette enquête nous a également permis de dresser une série de constats interpellants: une majorité de jeunes ignorent les effets du bruit sur la santé; des proportions importantes de jeunes ont déclaré avoir déjà ressenti des signes de fatigue auditive; une faible proportion de jeunes ont consulté un médecin (généraliste ou ORL) lorsqu’ils ont ressenti de tels signes; une part non négligeable de jeunes ont déclaré écouter leur lecteur de musique plus d’une heure par jour et/ou à un volume élevé; une majorité de jeunes ont déclaré ne s’être jamais protégé les oreilles du bruit.

Enfin, cette enquête a également montré que pas mal de jeunes ont des pratiques qui peuvent potentiellement représenter un risque pour leur audition: fréquentation régulière des bals et/ou boites de nuit, pratique d’instruments amplifiés, pratique d’instruments en groupe, utilisation régulière d’un lecteur de musique, pratique de loisirs à risque, exposition au bruit dans le cadre scolaire.

Et maintenant?

Pour diminuer la prévalence des pertes auditives et la prévalence et la fréquence des signes de fatigue auditive, il nous semble pertinent de focaliser les actions de prévention à venir sur les objectifs suivants:

  • favoriser une gestion sonore de qualité dans les lieux de diffusion des musiques amplifiées (salles de concert, discothèques, bals…);
  • améliorer la connaissance des effets du bruit sur la santé, en particulier chez les plus jeunes, l’enquête ayant montré que les 6e primaires ont une moins bonne connaissance que les 4e secondaires;
  • favoriser le recours à un médecin (généraliste ou ORL) en cas d’effets ressentis suite à une surexposition sonore, l’enquête ayant montré que ce réflexe est peu répandu alors qu’il est généralement conseillé de consulter dans les 24 heures;
  • diminuer la proportion de jeunes écoutant leur lecteur de musique à un volume élevé, l’enquête ayant montré qu’une proportion non négligeable de jeunes écoutent leur lecteur de musique à un volume important;
  • favoriser l’adoption de comportements de protection, l’enquête ayant montré que plus de la moitié des jeunes ne s’est jamais protégé les oreilles du bruit.

Ces objectifs seront atteints par le développement d’actions visant à améliorer les comportements (actions d’information, de sensibilisation et d’éducation), mais aussi l’environnement dans lesquels évoluent les jeunes (formation des acteurs du milieu festif, gestion sonore limitant les risques, mise à disposition de protections auditives, salles de chill out permettant de faire des pauses, affichage des niveaux sonores, etc.), et la réglementation en la matière. Ces actions seront envisagées en concertation avec les acteurs des secteurs de la santé, de la culture, de la jeunesse et de l’enseignement.

Les résultats sont disponibles sur simple demande auprès de l’Observatoire de la Santé (obs.sante@province.luxembourg.be)  ou sur le site internet de la Province de Luxembourg.

Éducation Santé reviendra prochainement sur un autre aspect de la question, l’aménagement des écoles pour prévenir les pollutions sonores et les difficultés d’apprentissage chez certains élèves.

  1. Ce dernier facteur peut sembler paradoxal. L’hypothèse la plus plausible à nos yeux est la suivante: une part des élèves qui déclarent s’être déjà protégés les oreilles ont peut-être déjà connu des problèmes auditifs (liés à une surexposition sonore ou non). Ils seraient plus conscients des risques et donc plus ‘ouverts’ à la sensibilisation. C’est l’hypothèse formulée dans l’article suivant: Bogoch Isaac I., House Ronald A., and Kudla Irena, Perceptions about hearing protection and noise induced hearing loss of attendees of rock concerts. Canadian Journal of Public Health, 2005. 96(1): p. 69-72).

    Nous n’avons cependant pas pu confirmer cette hypothèse: nous avons en effet croisé cette donnée avec l’occurrence à laquelle les élèves ont déclaré avoir déjà ressenti des signes de fatigue auditive, mais l’analyse statistique n’a pas montré de différence significative.

    L’autre explication toujours possible est une mauvaise compréhension de la question.

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