Un mensuel au service
des intervenants francophones
en promotion de la santé

Numéro 354

Pour mieux comprendre les raisons d’être des Rencontres « Ensemble pour la santé Samen voor gezondheid »


Pour le Comité de Pilotage des Rencontres « Ensemble pour la santé - Samen voor gezhondheid », http://www.samenvoorlasante.be

Les 1er et 2 décembre 2017 avait lieu les premières Rencontres « Ensemble pour la santé - Samen voor gezondheid », une initiative de la Plateforme d’Action Santé et Solidarité (PASS). Un des objectifs de ces Rencontres étaient de mettre en évidence les facteurs multiples qui déterminent la santé. 

Les deux jours de Rencontres ont démarré avec 3 intervenants aux profils assez différents :  Wim van Hees[1] avait une casquette d’« expert - acteur », Christine Ferron[2], celle d’ « experte - scientifique » et, enfin, les actrices du Théâtre du Copion portaient la casquette d’« expertes du vécu ». Malgré ces différents profils, leurs visions de ce qu’est la santé et comment l’améliorer se rejoignent et se complètent. D’ailleurs, elles ne sont pas sans rappeler une certaine charte, particulièrement chère aux professionnels de la promotion de la santé : la charte d’Ottawa.[3] La synthèse de ces 3 interventions ci-dessous illustre et rappelle quelques-uns des éléments clés de la charte d’Ottawa.

Au fond, qu’est-ce que la santé ? Au-delà de la santé physique que l’on associe aux maladies et aux infirmités, définissons pour une fois la santé de manière positive. Car la santé n’est pas une finalité en soi, ou seulement un objectif à atteindre, c’est également une ressource pour la vie. En effet, être en bonne santé, c’est avoir la possibilité de réaliser nos aspirations et nos projets. La santé, c’est également pouvoir satisfaire nos besoins. La santé n’est donc pas juste l’inverse de la maladie : c’est un concept global et positif qui inclut de nombreuses dimensions de la vie des individus.

Qu’est-ce qui détermine notre santé ?  Le concept de santé globale tel que décrit ici renvoie à la santé comme un tout, qui est dynamique. En effet, ce « tout » résulte de l’interaction constante entre l’individu et une série de facteurs, que l’on appelle déterminants de la santé. Chaque facteur se cumulant à un autre et ayant une influence sur un autre, en faveur ou en défaveur de la santé des individus.

Ces facteurs sont traditionnellement rassemblés en catégories et schématisés sous forme d’arcs de cercle, allant du plus proche au plus éloigné de l’individu. La figure ci-dessous en est un exemple. Ainsi, la santé des individus est influencée par leurs caractéristiques et styles de vie personnels, mais également par les milieux de vie dans lesquels ils évoluent. Les facteurs liés aux conditions de vie et de travail influencent bien sûr aussi la santé (ex : la qualité du logement). Enfin, les conditions socioéconomiques, culturelles et environnementales ont un impact sur la santé des individus. Il existe donc une série de facteurs sur lesquels il est possible d’agir pour améliorer la santé des personnes. Oui, mais comment ? Wim van Hees, Christine Ferron et les actrices du Théâtre du Copion ont illustré certains de ces facteurs.

 

Figure 1 Les déterminants de la santé

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Référence 1 : Ministère de la Santé et des Services Sociaux (2012) "La santé et ses déterminants - mieux comprendre pour mieux agir", Québec

Commençons par la dimension politique : les politiques ont en effet un impact essentiel sur la santé, c’est pourquoi la principale stratégie pour améliorer la santé est de promouvoir des politiques publiques favorables à la santé.  Nous parlons de « politiques favorables à la santé » et non de « politiques de santé », car nous avons vu que la santé est influencée par un grand nombre de facteurs : elle doit donc être prise en compte par l’ensemble des politiques (ex : éducation, emploi, logement, urbanisme, environnement, etc.). On parle d’ailleurs de « santé dans toutes les politiques ». Ces politiques doivent être instaurées à un niveau national, mais également à un niveau local. Ainsi, les bourgmestres ont un rôle important à jouer à l’échelle de la commune, mais, comme le souligne Christine Ferron, le premier niveau politique est celui des directions d’établissements (scolaires, hospitaliers, etc.) ou de services (sociaux ou médicosociaux, protection maternelle et infantile, etc.), dont les méthodes de management peuvent être plus ou moins promotrices de santé, que ce soit au niveau interne ou externe.

Les conditions de vie influencent également la santé des individus, or tous les individus ne vivent pas dans les mêmes conditions. Il existe en effet des inégalités sociales et environnementales de santé qui ont un impact sur la santé des citoyen(-nes) : il est par exemple possible de comparer les statistiques entre quartiers et de constater des différences au niveau de la santé des enfants. Le théâtre du Copion a d’ailleurs abordé ce thème en mettant en scène deux personnes parlant entre autres de leurs problèmes financiers pour payer leur logement et leurs médicaments, de leur peur de perdre leur travail et de leur incompréhension face aux contraintes institutionnelles (« trop de paperasses »). L’existence d’un environnement favorable à la santé est donc une condition nécessaire à la santé des individus.

La santé est aussi influencée par le pouvoir d’agir, qu’il soit collectif ou individuel. Ainsi, au niveau collectif, il est possible de promouvoir la santé des individus en créant des opportunités pour développer le pouvoir d’agir et permettre la participation des communautés. C’est ce qui s’appelle l’action communautaire : les personnes les plus concernées par le problème à résoudre se mobilisent afin de définir les priorités, fixer les objectifs, mettre en place des actions pour atteindre ces objectifs. De cette manière, les individus se trouvent mis en situation d’agir sur des déterminants de la santé qui autrement échapperaient à leur influence : en soutenant leur pouvoir d’agir collectivement, on développe leur capacité à porter des revendications auprès des politiques. Comme l’a expliqué Wim van Hees, les groupes de citoyen(-nes) peuvent ainsi les interpeller, les contrer ou les pousser à prendre des décisions plus favorables à la santé. Wim van Hees, représentant un groupement de citoyen(-nes) nommé Ademloos, a témoigné de ce combat de longue haleine pour faire entendre la voix des citoyen(nes) concernant le tracé du nouveau périphérique d’Anvers et ses impacts sur la qualité de vie.

Au niveau individuel, le développement des aptitudes personnelles est une stratégie à investir davantage. En effet, ces aptitudes donnent aux citoyen(-nes) des compétences pour interpeller les politiques, améliorer leur cadre de vie, s’exprimer dans le débat public et faire évoluer le système de soins.

L’atteinte d’une meilleure santé pour toutes et tous, sans laisser personne sur le bord du chemin, requiert un engagement de tous les instants et des actions qui doivent se mener à toutes les échelles de la société. Néanmoins, dans une société belge d’une extrême complexité dans laquelle les grandes orientations politiques ne sont pas toujours prises en fonction des besoins essentiels de la population, l’action citoyenne locale se profile comme un moyen particulièrement pertinent pour susciter des changements favorables à la santé. Porter un plaidoyer en faveur d’une meilleure alimentation à l’école de ses enfants, créer un jardin partagé, repenser collectivement l’usage d’une friche industrielle ou militer pour plus de logements sociaux dans sa commune sont des exemples d’engagements bénéfiques pour la santé. Ils le sont à plusieurs titres dans le sens où ils permettent de retisser du lien social, de développer chez les personnes des capacités de dire et d’agir, de relier les citoyen(-nes) à leur environnement, de montrer aux politiques la voie à suivre et d’exercer une influence directe sur les conditions préalables à la santé pour l’ensemble de la communauté...

La suite des échanges menés lors des Rencontres Ensemble pour la santé ont montré concrètement comment des actions ont été menées et ont pu être encouragées. Elle a également mis en évidence ce qui freine leur développement et les moyens pour les dépasser. Enfin, ces Rencontres ont permis de dégager des idées pour créer de nouvelles dynamiques collectives, locales et participatives favorables à la santé.

 

 

[1] Représentant un groupement de citoyen(-nes) nommé Ademloos.

[2] Christine Ferron, Docteur en psychologie, Directrice de l’Instance régionale d’éducation et de promotion de la santé de Bretagne, Déléguée générale à la Fédération nationale d'éducation et de promotion de la santé (FNES)

[3] Organisation mondiale de la santé, Charte d’Ottawa pour la promotion de la santé, 1986, http://www.euro.who.int/__data/assets/pdf_file/0003/129675/Ottawa_Charter_F.pdf

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