Mars 2026 Par France GERARD Politiques

Le CRéSaM (centre de référence en santé mentale) a publié en janvier une synthèse analytique sur la santé mentale des enfants et adolescent·e·s et le recours aux services de soins en santé mentale en Wallonie et à Bruxelles. Voici un résumé des éléments les plus marquants.

Basé sur un ensemble de rapports relativement récents [1], le CRéSaM tente de répondre à une question : la santé mentale des jeunes s’est-elle fragilisée au fil des dernières années ?

counselor leading group therapy session with teenagers in classroom

Une série de constats interpellants

Le rapport met en lumière les chiffres d’une série de comportements de santé ayant un impact sur la santé mentale et le constat est questionnant. La durée de sommeil et l’activité physique régulière restent largement insuffisantes (moins de 15 % des jeunes atteignent les seuils conseillés), tandis que l’insécurité alimentaire touche près d’un jeune sur cinq. Ces facteurs (sommeil, activité physique et alimentation) peuvent aussi bien agir comme des facteurs de protection du bien-être psychologique que comme des facteurs de risque participant à sa dégradation et renforçant certains symptômes, comme la fatigue chronique, l’anxiété ou la baisse de concentration.
Plusieurs indicateurs de bien-être des jeunes montrent une détérioration avec l’avancée en âge. L’entrée dans l’adolescence apparaît ainsi comme une période marquée par une augmentation du stress et du sentiment de solitude, mais aussi par une diminution du bien-être émotionnel ressenti. Le passage de l’école primaire vers le secondaire est souvent considéré comme une transition problématique de ce point de vue.
La proportion des adolescent·e·s ayant un « besoin clinique probable » en matière de santé mentale est très importante (18 %). Cela concerne 24 % des filles et 11 % des garçons (OEJAJ, 2025).

La question du genre 

Les différentes enquêtes confirment de fortes différences selon le genre. Les filles rapportent plus souvent de la détresse émotionnelle, un niveau de stress élevé et des symptômes anxieux ou dépressifs. Elles sont aussi significativement plus nombreuses à présenter un risque de trouble du comportement alimentaire. Entre 8 et 25 ans, la proportion de jeunes filles/femmes hospitalisées à la suite d’une tentative de suicide est trois fois supérieure à celle des jeunes garçons/hommes (3,63 % contre 1,20 %). Le suicide est d’ailleurs actuellement la première cause de mortalité chez les filles de 10 à 24 ans. Les garçons, quant à eux, apparaissent davantage impliqués dans des difficultés de conduite comme le harcèlement et les comportements antisociaux tels que le vol, le mensonge ou la colère exprimée à l’égard des autres.

Recours aux services de soins de santé mentale et aux médicaments

Le rapport pointe l’augmentation des consultations ambulatoires dans les services de santé mentale et le nombre croissant d’hospitalisations pour troubles psychiques.
La consommation de médicaments apparait elle aussi en augmentation. Ainsi, la prise d’antipsychotiques semble avoir augmenté chez les enfants de 0 à 11 ans. Chez les adolescent·e·s, la proportion de consommateurs d’antipsychotiques a aussi augmenté, tout comme celle d’antidépresseurs. Les consultations psychiatriques semblent relativement stables, un constat facilement explicable par l’absence d’évolution du nombre de pédopsychiatres disponibles. Une proportion importante de jeunes déclare ne pas savoir vers qui se tourner en cas de difficulté, ou pense qu’il ne leur serait pas possible de contacter un service d’aide. La honte, la peur du jugement, la méconnaissance des ressources constituent des barrières supplémentaires.

Les populations plus vulnérables sous-représentées dans les études

Les études à grande échelle mobilisées pour poser ces constats interrogent généralement exclusivement les jeunes scolarisés dans l’enseignement ordinaire, occultant ainsi une partie de la population (enfants et adolescent·e·s scolarisé.e.s à domicile ou dans l’enseignement spécialisé, ceux·celles qui se trouvent dans des institutions (hôpitaux, services résidentiels pour jeunes …), ceux qui sont en rupture avec le système scolaire, ou encore aux enfants et adolescent·e·s demandeur·euse·s d’asile).
Ce constat vaut également pour les enfants de moins de 10 ans.
On notera pour finir qu’un facteur commence à faire l’objet de nombreuses études universitaires, il s’agit de l’exposition à l’actualité. La consommation répétée d’images violentes ou anxiogènes, peut en effet affecter la santé mentale.

Les enfants et les adolescent·e·s vont-ils moins bien ?

Vu l’hétérogénéité des données, le rapport reste prudent. Néanmoins, les études démontrent qu’une souffrance psychique est très régulièrement exprimée. Les conditions matérielles de vie, qu’il s’agisse de l’aisance financière de la famille, du statut socio-économique de l’école fréquentée ou encore de l’expérience de l’insécurité alimentaire, sont fortement associées au bien-être et à la santé mentale des jeunes.
Les études démontrent que les jeunes issus de milieux moins favorisés présentent plus fréquemment des scores élevés de détresse, et leur accès aux ressources d’aide est souvent limité. En 2022, on estimait que 14,7 % des enfants belges vivaient dans un ménage exposé au risque de pauvreté monétaire [2]. 12,8 % des enfants belges sont en situation de « déprivation matérielle », avec des taux plus élevés encore en Wallonie (17,3 %) et à Bruxelles (21 %).
La tendance actuelle en Wallonie et à Bruxelles apparaît donc clairement négative et alarmante.

Des questions et des recommandations

Le rapport se conclut sur 3 recommandations pour une politique ambitieuse en matière de santé mentale des jeunes.

1. Améliorer la connaissance des besoins réels et des obstacles rencontrés par les jeunes et leurs familles.
2. Renforcer la prévention ciblée, par exemple en matière de sommeil, d’activité physique, de lutte contre le harcèlement ou de promotion d’un usage équilibré du numérique en tenant compte des vulnérabilités spécifiques aux différents « groupes » de jeunes.
3. Garantir un accès équitable et effectif aux services de soins en santé mentale.

Et une série de questions cruciales pour les futures politiques de prévention et d’intervention.

  • Comment adapter les stratégies aux facteurs de risque spécifiques aux filles, aux jeunes demandeurs d’asile ou aux jeunes appartenant à des minorités (orientation sexuelle, culturelle…) ?
  • Comment articuler la santé mentale avec les politiques sociales pour réduire l’impact de la précarité ?
  • Comment lever les barrières psychologiques et sociales au recours aux soins ?
  • Quelles stratégies adopter pour limiter, voire combler, l’écart persistant entre l’offre et la demande ?

Retrouvez tous ces résultats et bien plus encore dans le rapport complet sur le site du CRéSaM.

[1] Notamment l’étude HBSC (SIPES-ULB, 2024), l’étude de l’OEJAJ (2025), l’Enquête de Santé HIS (Gisle et al., 2020), ou encore les données issues de mutualités et de rapports du KCE.

[2] Revenu inférieur à 3 045 euros pour un foyer composé de deux parents et deux enfants.