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Poser la question de la santé à Bruxelles?

Le 30 Déc 20

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S’il fallait vraiment se justifier, on pourrait invoquer le fait que la santé est la première préoccupation des citoyens belges, ou encore que 25% de la population à Bruxelles a le sentiment de ne pas être en bonne santé et que ce chiffre est plus important dans la capitale que dans les grandes villes de Flandre ou de Wallonie. Autre motif de préoccupation: depuis 15 ans les inégalités sociales de santé ne font qu’augmenter malgré l’accroissement important des budgets de soins de santé…

Approche globale
Le concept de santé a beaucoup évolué au cours des dernières décennies: on s’accorde pour dire, et pour chacun de nous de percevoir, que la santé n’est pas que l’absence de maladie, on a aussi retenu la définition globalisante de l’OMS qui, évoquant «un état de complet bien-être» n’aide sans doute pas à opérationnaliser les choses mais a permis de glisser d’abord vers une approche plus globale des individus et ensuite vers l’idée de la qualité de la vie et de l’environnement.
Cette évolution du concept s’est faite parallèlement au développement de notre société; les représentations, les attentes, les besoins de la population par rapport à la santé se sont eux aussi modifiés, souvent amplifiés à la faveur du mythe de la toute-puissance médicale et du consumérisme ambiant.
Dans les années 70 et 80, on découvre que la santé a un coût et que les dépenses du système de soins de santé doivent être maîtrisées, que les incapacités pour raison de santé ont un impact sur le travail et vice versa, que l’économie peut être génératrice de dégradation environnementale, etc. La santé n’est plus protégée par son aura, elle est au cœur du modèle social et économique.
Dans cette même période, on a vu apparaître plusieurs résolutions internationales, qui ont leurs déclinaisons nationales et locales. Du côté environnemental: le sommet de la terre à Rio, la charte d’Aalborg et le lancement des agenda 21, et, du côté santé, la charte d’Ottawa et les stratégies de promotion de la santé. Leurs recommandations vont vers des approches globales, la mobilisation des divers secteurs de la société, la participation communautaire.
L’effet est qu’on va se décaler du « santé = soins » – qui reste culturellement très prégnant et donc très déterminant de la manière dont se pense et se déploie la politique de santé – pour se préoccuper de ce qui fait santé .
On est bien là au cœur de l’écologie politique et d’un modèle de société articulant le rapport entre équité sociale, respect et entretien de l’environnement et qualité du développement, soit le triangle de base du développement durable, dont l’actualité des catastrophes écologiques nous montre chaque jour la pertinence.
Dans le champ de la santé, la connaissance épidémiologique (via observatoires, enquêtes, etc.) et systémique (via l’apport des sciences humaines) des facteurs qui font vraiment santé est de plus en plus fine: les facteurs sociaux et éducatifs, le conditionnement majeur par le contexte environnemental est largement démontré comme déterminant.

Facteur de développement à Bruxelles aussi
À l’inverse, la santé est un facteur essentiel de développement social, économique, environnemental, bref de développement durable. On peut dès lors dresser un cadre à notre réflexion prospective d’une politique de santé à Bruxelles.
Compte tenu de ce qui précède, poser la question de la santé au niveau d’une ville-région comme Bruxelles implique de prendre en compte que l’état de santé de la population bruxelloise sera le résultat aux trois quarts de ses habitudes de vie, du contexte environnemental qu’elle produira et qu’on lui offrira, et de l’environnement sociopolitique dans lequel elle évoluera.
Une première conséquence : dans cette perspective, les acteurs ne sont plus les acteurs attendus. Les professionnels de la santé sont pertinents mais insuffisants; les acteurs du logement, de l’aménagement du territoire, de l’emploi, de la culture sont autant d’experts de santé qui s’ignorent d’ailleurs encore trop souvent. Et pourtant leur impact sur la santé est déterminant.
Une seconde conséquence : cloisonnement et enchevêtrement des compétences ne riment pas avec efficacité et interaction. Cette perception est générale, tant du côté des usagers que des professionnels. Il doit l’être aussi du côté du monde politique puisque tous les accords de majorité régionaux et communautaires sont empreints de préoccupations de cohérence, de coordination, d’intersectorialité.
Certains dispositifs sont chargés de porter pour partie cette dynamique. Citons-en deux: la mise en place de la ‘conférence interministérielle social et santé’, qui croise avec les divers secteurs concernés (mais pas encore entre eux) deux objectifs prioritaires pour la Région, le boom démographique et la fracture sociale; le décret ambulatoire, qui harmonise les secteurs social et santé, sans pour autant les articuler. Des outils sont donc à valoriser, d’autres à créer, et un fil rouge à leur donner.
Troisième conséquence : la réalité déterminante n’est pas la maladie mais le cadre de vie. Pour Bruxelles comme beaucoup de grandes villes ce sont des populations diversifiées socialement et culturellement, dans des bassins de vie qui structurent vie familiale, économique, culturelle et favorisent des dynamiques de réseau. Ces territoires de vie qui ne se superposent pas aux découpages administratifs, ils offrent aussi des opportunités d’organiser autrement les compétences, de trouver des transversalités nouvelles, des formes de mutualisation, des explorations de boucle courte face à la situation institutionnelle bruxelloise.
Pour garder le sens et les finalités au centre de nos réflexions: notre projet d’écologie politique n’est pas de construire des beaux dispositifs. Parler santé, c’est parler des gens et de leur qualité de vie. Las, il ne suffit pas d’en parler pour que leur état de santé s’améliore (encore que!).
Développer une politique c’est aussi mettre en place des moyens adéquats – avec la participation des citoyens d’ailleurs – pour répondre utilement et durablement aux questions de santé: on pointera les inégalités sociales et de qualité de la vie, on retiendra par exemple les agressions environnementales urbaines et leur impact sur la santé des populations bruxelloises.
Aujourd’hui, cette réponse implique un changement de paradigme, celui qui lie santé et développement durable par des stratégies adaptées, notamment dans le cadre du Plan régional de développement durable actuellement en discussion à Bruxelles. Cela nécessitera également d’accepter de se décaler du modèle médico-centré, tant pour des raisons idéologiques que pour des raisons d’adéquation.
Si la question sociale est démontrée comme étant une cause importante de morbidité, arrêtons de donner des tranquillisants aux chômeurs, arrêtons de payer des antiulcéreux aux conducteurs de tram, et des aérosols aux enfants qui vivent près du ‘ring’.
C’est presque du bon sens, direz-vous, mais, croyez-moi, c’est un vrai projet politique !Jacques Morel , parlementaire bruxellois et médecin
D’après le texte de son intervention lors de la journée d’études organisée le 31 mai 2011 par le groupe Écolo au Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale

Le tableau de bord de la santé à Bruxelles

Le 30 Déc 20

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Le troisième Tableau de bord de la santé, publié cette année par l’Observatoire de la Santé et du Social offre une vision globale de la santé à Bruxelles aujourd’hui, et traduit la volonté de suivi en continu de la santé de la population bruxelloise, dans son contexte démographique, social et multiculturel.
Les données récoltées et analysées proviennent de multiples sources, les deux principales étant les bulletins statistiques de naissances et de décès, pour lesquels nous disposons de 10 années de données (1998-2007) et les trois premières Enquêtes nationales de santé (1997-2001-2004) (1).
Les particularités de cette nouvelle édition sont:
– la durée de la période d’observation (10 années), permettant de repérer des évolutions;
– la comparaison de la Région bruxelloise avec les grandes villes belges plutôt qu’avec les régions, étant donné que le caractère urbain de la région influence fortement les problèmes de santé;
– une analyse plus détaillée des inégalités sociales de santé ainsi que des inégalités de santé par nationalité.
Enfin, l’objectif principal de ce Tableau de bord n’est pas d’évaluer les politiques et les actions réalisées en santé, mais bien de mettre à disposition un outil d’aide à la décision pour tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, participent à l’élaboration et à la mise en œuvre d’une politique coordonnée de santé: responsables politiques, professionnels de santé et acteurs impliqués dans les nombreux domaines qui déterminent la santé de la population.

Des informations positives

Bruxelles est une région en croissance , dont le taux de natalité, en augmentation depuis 1985, est le plus élevé du pays (15,7 ‰). C’est une région jeune, dont l’ âge moyen diminue (37,7 ans en 2007) comme c’est le cas dans toutes les grandes villes belges.
75 % de la population se sent en bonne santé , ce pourcentage est stable depuis 1997. La proportion de personnes qui ne s’estiment pas en bonne santé est la plus élevée dans les grandes villes wallonnes et la plus faible dans les grandes villes flamandes.
L’espérance de vie continue de s’allonger , comme dans le reste du pays: en 2006, elle atteint 76,9 ans pour les hommes (pour 73,6 ans en 1995) et 82,0 ans pour les femmes (pour 80,5 en 1995).
On observe également une diminution continue de la mortalité , y compris de la mortalité prématurée (< 65 ans ), particulièrement pour les hommes et de la mortalité foeto infantile (mortalité avant la naissance jusqu’à l’âge d’un an).
Les taux de mortalité diminuent pour les principales causes de mortalité dans les deux sexes:
la mortalité cardiovasculaire (32 % des décès) diminue, et la Région bruxelloise se classe parmi les régions présentant les taux les plus faibles d’Europe. Ceci s’explique par un meilleur contrôle des facteurs de risque comme l’hypertension et le diabète, une amélioration des habitudes alimentaires, une diminution du tabagisme et une amélioration de la prise en charge de l’infarctus par exemple. Cependant, l’augmentation actuelle de l’obésité, de la sédentarité et du stress pourraient compromettre le maintien de cette tendance dans le futur.
La mortalité par cancer a diminué (24 % des décès) en particulier la mortalité prématurée par cancer du poumon chez l’homme et par cancer du sein chez la femme entre 40 et 70 ans.
Le taux de mortalité par suicide a tendance à diminuer depuis 20 ans, particulièrement chez les hommes, même s’il reste plus élevé que la moyenne européenne.
La mortalité prématurée due à l’alcool ainsi que les décès masculins par accident de circulation ont également diminué.
Le taux d’allaitement maternel exclusif à la sortie de la maternité continue d’augmenter (91,4 %) et est supérieur aux autres régions du pays
De plus en plus de Bruxellois adoptent des habitudes alimentaires favorables à la santé comme prendre un petit déjeuner, consommer régulièrement des fruits ou du poisson.
Entre 1997 et 2004, le pourcentage de femmes fumant quotidiennement est passé de 24 % à 18 %.
La multiculturalité peut être un facteur d’atténuation des différences entre les classes sociales pour certains problèmes de santé, parce que parmi les populations les moins favorisées se trouvent une part non négligeable de migrants qui ont, ou ont eu, dans leur parcours de vie, des styles de vie relativement plus favorables à la santé. Ainsi l’allaitement maternel, la consommation de fruits, légumes et poisson, la non-consommation d’alcool et de tabac (sauf pour les hommes turcs) sont des facteurs protecteurs par rapport à certains problèmes de santé. Le taux de suicide est également plus bas chez les Bruxellois de nationalité non belge.

Problèmes de santé à épingler

Les cinq premières causes de mortalité prématurée sont, pour l’homme, par ordre décroissant, le cancer du poumon, les cardiopathies ischémiques, le suicide, les accidents domestiques et les maladies liées à l’alcool. Pour les femmes, ce sont le cancer du sein, le cancer du poumon, le suicide, les maladies cérébrovasculaires et les cardiopathies ischémiques.
Les taux de mortalité prématurée des femmes sont nettement inférieurs à ceux des hommes, mais le taux de mortalité prématurée par cancer du poumon a nettement augmenté chez les femmes entre 1998-2002 et 2003-2007.
Le cancer du sein reste le cancer le plus fréquent chez la femme (plus d’un cancer sur trois), la première cause de décès par cancer et la première cause de décès chez la femme avant 65 ans. La Région bruxelloise fait partie des régions européennes présentant les taux les plus élevés.
Même si globalement la mortalité prématurée est moins importante chez la population non belge, il existe des variations suivant les causes de décès mais aussi les nationalités. La mortalité prématurée est significativement plus élevée pour les hommes et les femmes d’Afrique subsaharienne. Les bébés de mère turque, marocaine ou provenant d’un pays d’Afrique subsaharienne ont plus de risque de mourir en période périnatale que ceux des mamans belges.
Le poids du tabagisme sur la santé et la mortalité des Bruxellois reste très important (responsable de 24 % des décès masculins de plus de 35 ans et 9 % des décès féminins), même s’il se réduit pour les hommes.
La dépendance à l’ alcool reste un problème préoccupant en Région bruxelloise malgré l’importance du nombre d’abstinents: un homme sur 3 et une femme sur 5 ont une consommation d’alcool « à risque ». L’alcool joue également un rôle majeur dans la mortalité prématurée: 13 % des années potentielles de vie perdue chez l’homme ont été causées par l’alcool, 7 % chez les femmes.
L’augmentation des infections sexuellement transmissibles ainsi que de la transmission homosexuelle du VIH chez les hommes belges signe de façon préoccupante un affaiblissement des comportements de prévention, non seulement chez les hommes d’âge moyen mais également chez les hommes jeunes.
Le poids du diabète dans le total des décès augmente au cours des 10 dernières années.
La proportion d’hommes ou de femmes déclarant souffrir de diabète n’est pas différente à Bruxelles de la proportion dans les grandes villes wallonnes et flamandes mais on observe par contre une augmentation chez les Bruxelloises entre 1997 et 2004. De plus, il existe une prévalence plus importante chez les femmes turques et marocaines que chez les femmes belges.
Environ 11 % de la population de plus de 18 ans souffre d’ obésité (BMI > 30). La proportion d’hommes en excès pondéral (BMI > 25) et obèses a augmenté significativement entre 1997 et 2004. Ce type de problème est lié à une alimentation trop riche mais également à une diminution de l’activité physique. 36 % des femmes turques et 29 % des femmes marocaines souffrent d’obésité.
L’ampleur des problèmes de santé mentale a été évaluée à partir des données de mortalité, d’invalidité, d’hospitalisations ou d’enquêtes. En Région bruxelloise, on observe une proportion significativement plus élevée de « mal-être » psychologique par rapport aux autres grandes villes belges (13 % des hommes et 19 % des femmes); les troubles mentaux sont la première cause d’invalidité; le taux de mortalité par suicide est supérieur à la moyenne européenne et constitue la première cause d’années potentielles de vie perdues pour les hommes et la deuxième pour les femmes; 9,5 % des Bruxellois souffrent de troubles dépressifs; le taux d’admission hospitalier pour troubles psychotiques est beaucoup plus élevé que dans d’autres régions.
Plusieurs facteurs expliquent probablement l’ampleur des problèmes de santé mentale en Région bruxelloise: une précarité d’une partie importante de la population, une moindre cohésion sociale, un statut de grande ville et de capitale.

Inégalités sociales de santé

Malgré une amélioration générale de l’état de santé des populations, les inégalités sociales de mortalité et de santé persistent et même tendent à s’aggraver dans les pays développés. Il ne s’agit pas seulement d’une différence qui oppose les groupes les plus défavorisés mais bien d’un gradient continu qui traverse tout le corps social.
Ces inégalités ont des causes dans de nombreux domaines, parfois bien loin de la santé, comme l’éducation, l’accès à l’emploi, les conditions de travail, l’âge de la retraite, la politique du logement, les politiques de redistribution des richesses, l’accès aux soins et le coût des soins…
Toutes les étapes de la vie sont concernées et ces facteurs agissent sur la santé et la mortalité de manière cumulative et interagissent entre eux.
Les inégalités sociales restent très marquées en Région bruxelloise:
plus d’un Bruxellois sur 4 vit sous le seuil de risque de pauvreté;
28 % des bébés sont nés dans un ménage sans revenu du travail;
17 % des bébés sont nés d’une mère isolée.
Parce qu’on retrouve parmi la population bruxelloise toutes les couches sociales depuis les plus pauvres jusqu’aux plus riches, les inégalités sociales de santé à l’intérieur de la région sont très marquées , et cela dès la naissance : un enfant a plus de 2 fois plus de risques de décéder avant l’âge d’un an dans un ménage sans revenu du travail que dans un ménage à deux revenus.
Ces inégalités se poursuivent tout au long de la vie , avec des risques de souffrir de maladies chroniques, d’accidents ou de problèmes de santé mentale qui croissent au fur et à mesure que l’on descend dans l’échelle sociale. Par exemple, les personnes les moins diplômées, les chômeurs et les adolescents de milieu social plus défavorisé se sentent en moins bonne santé que les autres; la fréquence du tabagisme et des problèmes respiratoires chroniques est d’autant plus importante que le niveau d’instruction est faible (30 % des filles fréquentant l’enseignement technique fument quotidiennement); la fréquence des troubles dépressifs est plus élevée chez les personnes à faible niveau d’instruction et chez les chômeurs; les femmes ayant au maximum un diplôme de l’enseignement primaire souffrent 4 fois plus souvent d’obésité que les femmes qui ont un diplôme de l’enseignement supérieur… On retrouve également un gradient social pour les affections cardiaques graves, les maladies respiratoires chroniques, le diabète et les affections persistantes du dos.
On constate de fortes inégalités sociales pour le dépistage du cancer du col de l’utérus.
Étant donné l’hétérogénéité sociale de l’espace bruxellois, les inégalités sociales face à la santé peuvent être approchées par les inégalités de mortalité entre les communes . Les habitants des communes aisées du sud-est de la région bénéficient du taux de mortalité et de mortalité prématurée le plus faible, en général et pour quasi toutes les principales causes de décès, à l’exception du cancer du sein et du suicide.
Les habitants des communes plus pauvres meurent plus jeunes . Pour la période 2003-2007, les hommes ont une espérance de vie à la naissance de 3,4 ans inférieure à celle des habitants des communes les plus riches et les femmes de 3,1 ans. Cet écart a même augmenté chez les hommes par comparaison avec la période 1998-2002 (écart de 2,7 ans).
Les écarts de santé entre les pauvres et les riches s’accroissent à Bruxelles . Dans le cadre d’une amélioration générale des indicateurs de santé, cet accroissement des inégalités est le plus souvent lié à une évolution favorable plus prononcée pour les populations plus aisées. C’est ce qui explique l’accroissement des écarts pour la mortalité avant l’âge d’un an, pour la mortalité par cancer du poumon ou cardiopathies ischémiques ou encore des écarts d’espérance de vie chez les hommes. Mais l’accroissement des écarts peut aussi s’expliquer par une détérioration de la situation des plus défavorisés, comme pour l’obésité et le diabète chez les femmes ou le tabagisme chez les hommes.
D’après un communiqué de l’Observatoire de la Santé et du Social de Bruxelles-Capitale
Le Tableau de bord peut être téléchargé en tout (296 pages !) ou en partie sur le site https://www.observatbru.be , rubrique ‘Publications’.(1) Les résultats de la quatrième Enquête de santé n’étaient pas encore connus au moment où ce Tableau de bord a été rédigé (ndlr)

La culture des réseaux de santé se répand à Bruxelles

Le 30 Déc 20

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Lancés fin 2003, à l’initiative de la Commission communautaire française (Cocof), les quatorze réseaux de santé qui couvrent aujourd’hui la région bruxelloise se sont progressivement formés et développés à travers une étroite collaboration entre diverses associations oeuvrant tant dans le domaine de la santé que dans le domaine social, éducatif, juridique… Ces réseaux tentent d’apporter une réponse plus adéquate au nombre croissant de personnes en difficulté socio-économique, tout en veillant à promouvoir la qualité des soins, à développer des actions de prévention, et assurer une prise en charge efficace et globale de la santé.
Sur le territoire de la région bruxelloise, la Cocof s’appuie sur les associations de santé intégrée, à savoir les maisons médicales. Situées dans le tissu urbain, à proximité des lieux d’habitation, ces maisons médicales dispensent des soins de qualité et poursuivent l’objectif d’améliorer le niveau de santé et la qualité de vie des habitants du quartier où elles sont implantées. Mais, souligne Benoît Cerexhe , président du Collège de la Cocof en charge de la Santé et de la Fonction publique, « notre système de santé et de soins est confronté aujourd’hui à un certain nombre de limites et doit répondre à de nouvelles exigences
D’une part, la complexité croissante des problèmes de santé, et d’autre part, l’offre en soins de santé – surabondante et éclatée entre les différents niveaux de pouvoir (fédéral, Communauté, Commissions communautaires…) – ont entraîné la nécessité de développer une approche mieux structurée et globale de la santé. « De nouvelles stratégies d’organisation des soins passant par le développement des réseaux de santé s’imposent comme une évidence , afin de promouvoir leur qualité et de développer des actions de prévention et de promotion de la santé », constate Benoît Cerexhe. C’est pourquoi la Cocof a été amenée, en 2003, à mettre au point une approche spécifique de la santé en s’appuyant sur les apports importants et les collaborations possibles d’une mise en réseaux de différents acteurs existants (médecins, psychologues, travailleurs sociaux, kinés, diététiciens, ergothérapeutes, CPAS, communes, hôpitaux, associations à caractère social et culturel, écoles, agences de logement…).
Le but de cette collaboration est de développer des soins de santé primaires, de promouvoir la qualité des soins, d’encadrer le patient et de développer une approche plus préventive de la santé, cette discipline restant jusqu’ici le parent pauvre de la médecine.

Des facteurs à l’origine des réseaux de santé

L’évolution du paysage épidémiologique . Selon l’OMS, les maladies et les états chroniques (maladies cardio-vasculaires, insuffisance respiratoire, arthrose, diabète, obésité, hépatite C, cancers…) font qu’un nombre croissant d’usagers ont besoin de plus en plus de services. Ces états pathologiques chroniques doivent être traités sur des durées plus longues et imposent d’articuler l’intervention de différents professionnels aux compétences diverses travaillant dans les secteurs hospitaliers et extrahospitaliers.
L’ accroissement de la proportion de personnes âgées augmente encore le poids des états chroniques.
L’aggravation de la précarité , la souffrance psychosociale nécessitent des réponses complexes et imposent le développement d’approches globales, plurisectorielles et de proximité.
Les patients demandent le droit à la parole , l’accès à l’information et la participation aux décisions de santé qui les concernent. Ils entendent être considérés avec dignité, c’est-à-dire comme des interlocuteurs et pas seulement comme des bénéficiaires.
Le système de santé montre une bonne capacité à guérir les maladies graves. La formidable connaissance médicale, l’amélioration du diagnostic médical, la formation des médecins ont conduit à un progrès qui permet aujourd’hui de guérir de plus en plus de maladies. Tout l’effort a porté sur les conséquences des maladies mais pas assez sur la diminution de leurs causes. Le rôle de la médecine curative individuelle comme déterminant quasi exclusif de la santé est de plus en plus relativisé dans une politique de santé publique qui doit prendre en compte les nombreux déterminants qui conditionnent la santé de la population.

Transdisciplinaires et interinstitutionnels, les réseaux de santé sont donc considérés comme une forme organisée d’action collective, laquelle agit, soit sur un territoire donné, soit sur une pathologie précise, ou encore sur les deux en même temps.

Limiter les initiatives parallèles…

Ces réseaux cherchent à faire travailler, dans des relations égalitaires, des acteurs différents du domaine de la santé avec des professionnels d’autres champs (juridique, social, éducatif, logement…). Ceci pour pallier le fait que des professions différentes, bien qu’ayant un objectif commun, n’utilisent pas les mêmes méthodes de travail, ce qui implique souvent des actions parallèles menées séparément.
En conséquence, les réseaux de santé visent également à limiter ces initiatives parallèles faisant double emploi entre acteurs disparates qui poursuivent des objectifs communs. Pour réaliser ce dessein de mise en commun des compétences et des objectifs, les réseaux de santé se dotent d’un élément central, à savoir, un dispositif de coordination destiné à transformer les pratiques professionnelles en proposant une nouvelle façon de travailler ensemble, permettant ainsi aux différents points de vue de s’exprimer dans la compréhension de tous, afin d’aboutir à des références et à un langage communs.

…pour une meilleure prise en charge des pathologies lourdes

Basés sur le dialogue, la confiance et le dynamisme des acteurs de terrain qui les composent, les réseaux créent des liens constructifs entre tous les professionnels de la santé quelle que soit leur discipline. « Les objectifs généraux des réseaux de santé sont la prise en charge de pathologies souvent complexes et lourdes par une vue plus globale , un travail multidisciplinaire , l’amélioration des compétences individuelles et collectives des membres , des échanges de pratiques , une meilleure transmission de l’information , sans oublier le désir d’être un lieu d’observation et d’évaluation , observe Geneviève Oldenhove de Guertechin , médecin généraliste à la Maison médicale des Marolles. Ces différents objectifs assurent aux usagers des réseaux une place centrale en leur permettant d’être aussi acteurs dans le réseau , en améliorant leurs connaissances de la maladie et de sa prise en charge

Un espace de construction collective

D’une manière générale, les réseaux s’adressent aux populations défavorisées. Chaque réseau s’est créé de façon originale à partir d’une même problématique: comment prendre en charge de la meilleure façon possible une maladie sociale pour laquelle l’accumulation de précarités rend cette prise en charge difficile? Rien d’étonnant donc à ce que les réseaux se soient développés dans certains quartiers comme les Marolles ou Saint-Josse, par exemple, de même qu’autour des problématiques de dépendances. « Beaucoup de ces réseaux existaient déjà de façon informelle et l’appui reçu a permis une certaine structuration , ce qui démontre que mettre du lien peut amener une dynamique enrichissante pour tous », constate Geneviève Oldenhove. Par ailleurs, les réseaux de santé permettent de tester une nouvelle organisation de soins primaires avec, pour certaines pathologies spécifiques, une prise en charge plus adéquate. Comme le souligne Benoît Cerexhe, « construits dans des contextes chaque fois singuliers , le caractère structurant des réseaux diffère selon leur histoire , leur projet , leur environnement géographique et sanitaire . L’ambition qui les anime est de créer des ponts , des échanges , de la coopération là où existent des cloisonnements , des rivalités , des ruptures . Le réseau n’est pas une organisation classique , formelle et hiérarchisée . C’est un espace de construction collective de nouvelles références professionnelles , de nouvelles manières d’envisager le travail en commun , de nouvelles valeurs . En d’autres termes , c’est une occasion de créativité au bénéfice des patients et de leurs proches

Perspectives d’avenir

Le 20 mars dernier, à l’occasion d’un colloque organisé par l’asbl Question Santé, à l’initiative de Benoît Cerexhe, ce dernier réaffirmait la nécessité d’ancrer la logique des réseaux dans le paysage de la santé à Bruxelles. Il manifestait aussi son souhait d’offrir une meilleure pérennité et stabilité aux missions menées par les réseaux de santé bruxellois.
A cet effet, un cadre plus précis, mais nécessairement souple, devrait bientôt tracer la mission des réseaux de santé. Ce cadre prévoit la définition d’un nouveau contrat de gestion avec les réseaux, lequel contrat préciserait leurs objectifs, leur plan d’action, le rôle du coordinateur, les modes d’évaluation et les modalités de financement.
D’autre part, le Ministre s’engage à assurer un financement pluriannuel permettant aux acteurs des réseaux de stabiliser leurs projets et de les développer sur le moyen terme. Benoît Cerexhe insiste également pour que la culture du réseau s’inscrive, à l’avenir, dans les formations initiales et continues des médecins, invitant les universités et les Hautes Ecoles à inclure cette réflexion dans leurs programmes d’enseignement. Enfin, le président du Collège de la Cocof appelle les acteurs du niveau fédéral à participer à cette démarche, en répondant positivement à la demande pressante des médecins généralistes de pouvoir bénéficier d’un financement adéquat qui permette d’intégrer de leur propre chef cette pratique novatrice.

Les réseaux en pratique

A l’heure actuelle, quatorze réseaux de santé sont reconnus à Bruxelles et subsidiés par la Cocof.
Réseau santé – précarité ( Promoteur : SSM Le Méridien )
La mise en place du réseau tend à rendre l’aide en santé, proposée à Saint-Josse et à Schaerbeek, plus fonctionnelle et mieux adaptée aux populations, ainsi qu’à leurs besoins. Le réseau va à la rencontre des habitants des quartiers au moyen, d’une part, d’un repérage anthropologique et, d’autre part, d’un accompagnement.
Le terrain anthropologique vise à repérer les logiques collectives à l’œuvre en milieu précarisé, pour y pointer les «résiliences». Un autre objectif du réseau est de développer une culture commune entre professionnels en créant un espace-tiers de réflexion autour des questions de santé, de précarité et d’aide. La connaissance mutuelle vise à décloisonner les logiques professionnelles spécifiques, à améliorer l’accessibilité au réseau et à renforcer la fonctionnalité de ce dernier (en soutenant le tissu social des habitants et en évitant les interventions de sens opposés).
Adresse: rue du Méridien 68, 1210 Bruxelles. Coordinateur: Luc Colinet. Tél.: 02 218 56 08.
Réseau Bruxelles Est ( Le WOPS asbl )
L’idée de ce réseau est née au sein de la coordination existant depuis de nombreuses années entre l’Unité de crise des urgences psychiatriques des cliniques universitaires Saint-Luc, ainsi que des sept Services de santé mentale du secteur Sud-Est de Bruxelles. Multidisciplinaire, ce réseau s’étend sur la moitié est de Bruxelles: il répond à la nécessité d’améliorer et de repenser l’offre de services, ainsi que l’accueil des patients en raison, notamment, de l’augmentation de la souffrance psychique due à l’accroissement de la précarité, de l’exclusion d’une frange grandissante de la population, de l’insécurité personnelle et de l’individualisme contemporain.
Adresse: chaussée de Roodebeek 471, 1200 Bruxelles. Coordinatrice: Stéphanie Martens. Tél.: 02 762 97 20.
Réseau santé mentale communautaire Berchem ( Promoteur : Maison médicale Kattebroek )
Ce réseau a pour objet d’améliorer la prise en charge du besoin psychologique des habitants de la commune de Berchem-Sainte-Agathe, cette prise en charge se voulant accessible financièrement et géographiquement.
Adresse: avenue du Roi Albert 24, 1082 Bruxelles. Coordinatrice: Brigitte Meire. Tél.: 02 469 10 17.
Réseau santé mentale Marolles ( Promoteur : SSM ULB asbl , Centre de Guidance )
Les problématiques de santé rencontrées dans le quartier populaire des Marolles sont souvent complexes parce qu’à la fois sociales, médicales et psychologiques. Dans ce contexte, le projet Réseau santé mentale Marolles se donne pour mission d’améliorer les «actions» préventives, éducatives et curatives en matière de santé mentale dans le quartier, et cela en lien étroit avec les autres dispositifs sociaux et de santé du quartier. Cela passe notamment par la création de liens et une complémentarité entre les différents services partenaires, afin de faciliter une prise en charge globale de la santé, la continuité des soins et la prise en charge multidisciplinaire des problématiques rencontrées par les patients.
Adresse: rue Haute 293, 1000 Bruxelles. Coordinateur: Emmanuel Bawin. Tél.: 02 510 01 85.
Réseau santé diabète Marolles ( Promoteur : Maison médicale des Marolles )
L’objectif du réseau est d’améliorer la prévention et la prise en charge du diabète de type II dans un quartier défavorisé de Bruxelles. Pour atteindre cet objectif, le réseau vise à intégrer la diététique, tant dans le domaine de la prise en charge de la maladie que dans celui de la prévention. Ce réseau tend aussi à améliorer la pratique des professionnels et à mieux informer les patients grâce à la création d’un agenda regroupant chaque mois les activités relatives à l’alimentation et à l’activité physique, activités organisées par les associations du quartier.
Adresse: rue Blaes 120, 1000 Bruxelles. Coordinatrice: Judith Hassoun. Tél.: 02 511 31 54.
Réseau hépatite C Bruxelles ( CHU Saint Pierre )
Les différents membres de ce réseau (hôpitaux, associations d’aide aux personnes dépendantes de drogues, d’alcool, de médicaments, association de généralistes, associations visant à la prévention du sida et autres MST) se sont réunis en vue d’améliorer la prise en charge des patients, d’avoir une meilleure connaissance de l’hépatite C, du traitement et des moyens de s’en prémunir.
Adresse: rue Haute 322, 1000 Bruxelles. Coordinatrice: Anne-Cécile Huwart. Tél.: 02 535 41 99. GSM: 0477 92 51 26.
Réseau dépendance Bruxelles Est Soutien thérapeutique par la fratrie ( Promoteur : SSM Centre Chapelle aux Champs )
Bon nombre de familles sont concernées par l’alcoolisme d’un proche (une famille sur quatre en Belgique). Jusqu’ici, aucune prise en charge spécifique n’avait été déployée pour les enfants et les fratries de ces patients, dont la souffrance ne laisse pas les intervenants indifférents. Les prises en charge sont, en général, focalisées sur l’alcoolique lui-même. C’est pourquoi, partant du constat que la reconnaissance de la souffrance et l’analyse de la place de chacun dans la fratrie permettent de mobiliser les ressources, le projet du réseau est de travailler par famille et d’offrir un lieu où les enfants, frères et soeurs de parents alcooliques puissent exprimer leurs souffrances.
Adresse: Clos Chapelle aux Champs 30 bte 3049, 1200 Bruxelles. Coordinateur : Cédric Levaque. Tél.: 02 764 31 20.
Réseau maintien à domicile des personnes âgées par l’amélioration de l’indépendance , la prévention des chutes et l’aménagement du domicile ( Soins chez Soi )
Le projet du réseau vise une vie à domicile de qualité par l’amélioration du bien-être physique et psychologique, le soutien de l’autonomie et le maintien d’un certain niveau d’indépendance des personnes âgées. L’aménagement du domicile rend possible une réduction du nombre de chutes. Les transformations apportées au domicile, en concertation avec la personne âgée, la famille, le médecin traitant et les membres de l’équipe des soins et services, permettent d’éviter ou de retarder le cycle des hospitalisations successives, suivies de placements prématurés ou forcés, ainsi que l’épuisement de l’entourage.
Adresse: rue de Stalle 65 bte 4, 1180 Bruxelles. Coordinatrice: Catherine Ballant. Tél.: 02 421 47 75 ou 02 420 54 47.
Réseau Canal Santé ( Promoteur : Espace Social Télé Service asbl )
Ce centre d’action sociale globale, qui compte aujourd’hui dix associations, aide entre autres les enfants malades et leurs parents à faire face à la maladie, aux tracas et aux aléas des traitements lourds, aux frais directs et indirects engendrés par la maladie, aux démarches à assurer pour se faire reconnaître comme patient ou comme parent, etc. A côté de cela, le réseau offre des animations, notamment grâce aux services de comédiens professionnels spécialisés dans l’animation pédiatrique avec la technique clown. D’autre part, des enseignants bénévoles aident les enfants à poursuivre leur scolarité pendant leur maladie. Ce réseau organise également des activités de seconde ligne et d’action communautaire, parmi lesquelles le transport des malades, le service enfants malades et un service jeunes.
Adresse: boulevard de l’Abattoir 28, 1000 Bruxelles. Coordinateur: Michel Kesteman (adjoint: Etienne Monnier). Tél.: 02 548 98 00. GSM: 0477 659 347.
Réseau soins de santé primaires santé mentale ( Promoteur : Maison médicale du Nord asbl )
En partenariat avec le SSM «Le Méridien», la Maison médicale du Nord vise à favoriser une meilleure prise en charge multidisciplinaire des patients qui présentent des problèmes psychosociaux et des somatoses (problèmes psychiques à expression somatique) en tenant compte des facteurs culturels et sociaux spécifiques du territoire. Le réseau a aussi pour objectif d’imaginer de nouvelles pistes de santé communautaire par l’observation des logiques collectives.
Adresse: rue des Palais 10, 1030 Bruxelles. Tél.: 02 218 28 42.
Réseau santé mentale et exclusion sociale ( Promoteur : SMES B )
Ce nouveau réseau tend à permettre aux acteurs du secteur social et de la santé mentale de mieux se connaître, et d’articuler leurs compétences avec plus d’efficacité. Cette équipe de santé mentale mobile, de deuxième ligne, intervient à la demande d’institutions qui travaillent avec les sans-abri, dans le but de traiter des problèmes de santé mentale.
Adresse: rue Rempart des moines 78, 1000 Bruxelles. Coordinatrice: Caroline Petiaux. Tél.: 02 502 69 49.
Réseau Eole Liens
Depuis décembre 2006, la Cocof soutient le nouveau réseau Eole-Liens, lequel offre une assistance téléphonique immédiate par un professionnel de la santé mentale possédant une bonne connaissance de l’existence et du fonctionnement des réseaux de soins et de santé, en Région de Bruxelles-Capitale.
Le but premier du réseau est d’aider les intervenants de première ligne (médecins généralistes, professionnels de maisons médicales, assistants sociaux de CPAS ou de services psychosociaux, centres PMS, infirmiers…) à prendre du recul par rapport à la situation, à dégager des pistes pour la faire évoluer favorablement, et à être épaulés dans la mobilisation de ressources spécialisées adéquates. D’une manière générale, Eole-Liens vise à intensifier les collaborations concrètes avec le réseau et tenter de créer des partenariats avec des secteurs qui en ressentent le besoin (CPAS, urgences Saint-Pierre…), à optimaliser les collaborations avec les médecins généralistes et d’autres intervenants, et enfin, à développer des synergies avec les réseaux de santé et les réseaux de santé mentale (Réseau Bruxelles-Est, Réseau Marolles…).
Adresse: rue du Président 53, 1050 Bruxelles. Contact: Anouk Flausch. Tél.: 02 223 75 52.
Ulysse
Ce nouveau réseau créé en 2007 prend en charge les problèmes de santé mentale des personnes exilées et réfugiées.
Adresse: rue de l’Ermitage 52, 1050 Bruxelles. Coordinatrice: Pascale De Ridder. Tél.: 02 533 06 70.
Dépannages d’Urgences de Nuit et Echanges ( DUNE )
DUNE est une asbl qui gère un comptoir d’échange de seringues et réalise un travail de rue en vue de rencontrer les sans-abri, l’objectif étant de réduire les risques en termes de consommation de drogues.
Adresse: rue d’Alost 7, 1000 Bruxelles. Tél.: 02 213 38 26.
Colette Barbier
Pour en savoir plus: Administration de la COCOF – Service de la Santé, Thierry Lahaye, Rue des Palais 42, 1030 Bruxelles. Tél.: 02 800 83 16.
Les Actes du colloque sont déjà parus sous la forme d’un numéro spécial de Bruxelles Santé. Ils sont disponibles à Question Santé, rue du viaduc 72, 1050 Bruxelles. Tél.: 02 512 41 74. Fax: 02 512 54 36. Courriel: question.sante@skynet.be. Internet: https://www.questionsante.org .

Tout le monde s’appelle ‘Martine’

Le 30 Déc 20

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Comment la participation se décline en expression artistique

Cette représentation théâtrale s’est déroulée au Théâtre les Tanneurs (www.lestanneurs.be), au cœur du quartier des Marolles en novembre 2004 . Une aventure artistique et humaine où 18 comédiens amateurs se sont essayés au théâtre pour produire une création collective encadrée par la Compagnie Théâtre …à suivre.
Histoire d’un processus passionnant où la promotion de la santé n’a pas à rougir de s’être pointée: un membre de l’équipe du Centre local de promotion de la santé de Bruxelles (CLPS) a vécu l’aventure.
Les lignes qui suivent se veulent l’écho à la fois du cheminement de cette expérience mais aussi de différents points de vues: l’opérateur du théâtre, les acteurs amateurs et l’équipe artistique.

Quand l’expression artistique interpelle la promotion de la santé

Le projet du CLPS de Bruxelles dans le cadre des Conférences locales est d’approfondir le lien entre l’expression artistique et la promotion de la santé. Avec des professionnels de différents secteurs, nous nous sommes demandés si l’expression artistique, lorsqu’elle est source de participation et dynamique d’action, peut contribuer à l’amélioration du bien-être et à la réduction des inégalités sociales.
Il nous semble urgent d’ouvrir et de rendre plus accessibles des espaces, de créer des moyens pour que la parole de certains puisse trouver des moyens de s’exprimer. Afin de se remobiliser, plus confiants en leur capacité à entrer en relation et à communiquer. Nous parions sur l’expression artistique car elle représente, à notre sens, une des expressions les plus intimes de notre liberté et par l’émotion qu’elle suscite se pose en force fédératrice, reconstructive des liens humains.

La pièce

Martine, c’est une fille forte. Elle se force beaucoup pour réussir. Elle se force, et à la fin elle y arrive! Elle y arrive parce qu’elle se force et qu’elle réfléchit bien. Elle fait très attention avant de commencer quelque chose. C’est pour ça qu’elle y arrive.
‘Tout le monde s’appelle Martine’ ce sont 18 regards sous forme de prise de parole individuelle mais aussi sous forme d’histoires qui égratignent cette petite fille trop parfaite, modèle de notre enfance. Une compile de contes urbains qui rappelle tantôt avec le sourire tantôt avec gravité que la réalité de notre monde est bien loin de l’univers aseptisé de Martine (1).
Je me demande… Je me demande quand Martine salit ses vêtements. Je me demande quand elle pique une crise de colère. Quand est-ce qu’elle oublie son sac de piscine, perd son cartable, se dispute avec son frère, dit des gros mots? Quand est-ce que sa mère s’énerve dans les embouteillages? Quand, hein, quand?
Série de livres pour enfants (pour petites filles) créée dans les années 50 par Marcel Marlier (dessin) et Gilbert Delahaye (textes), et toujours très populaire de nos jours, qui fit beaucoup avec Tintin pour la réputation des éditions Casterman.

Dans le cadre d’un groupe de pilotage regroupant différents partenaires pour les Conférences locales, le Théâtre les Tanneurs approche le CLPS au sujet d’un nouveau projet de création collective avec des habitants du quartier des Marolles. Il souhaite que nous puissions apporter un regard extérieur à la dimension participative de ce projet. Finalement, un membre de l’équipe s’investit plus directement et participe au même titre que les autres comédiens amateurs au projet.
Pour mieux comprendre les enjeux et les spécificités de ce théâtre, nous avons interviewé la coordinatrice du projet de quartier au sein des Tanneurs, Patricia Balletti . ‘ Le théâtre les Tanneurs est situé au cœur des Marolles, quartier de forte densité de population socialement et culturellement défavorisée. Nous sommes soucieux de positionner les Tanneurs comme un théâtre de création contemporaine mais une création ouverte à la population la plus large et notamment aux publics culturellement défavorisés. Depuis la création des Tanneurs, en 1999, je suis présente au sein de la coordination sociale, dans les fêtes de quartier, j’ai tissé des liens de confiance. Nous travaillons en étroite collaboration avec les associations de quartier car nous souhaitons que l’expression artistique puisse s’inscrire dans cette réalité particulière du quartier. Le théâtre est la représentation du monde, un regard qui transcende ce réel et c’est autour de cette transformation du réel que nous avons envie de partager, d’échanger.
Les animations dans le quartier autour des spectacles et les créations collectives des habitants encadrés par des professionnels sont autant d’initiatives qui misent sur une véritable ouverture et accessibilité du lieu, du théâtre et de l’expression artistique. En 2005, nous continuons en proposant des ateliers de danse qui s’achemineront vers un spectacle en avril 2006.’

Ces parcours singuliers qui ont mené vers une création collective

Nous sommes aux Tanneurs, le 10 janvier 2004. C’est la première rencontre avec les participants. On se dévisage. Curiosité. Le groupe est large: 35 personnes. Des très jeunes (10 ans) et des plus âgés. L’ensemble en tout cas dégage une forte hétérogénéité: des nationalités différentes, des personnes expérimentées, de vrais novices, des très causants, des plus timides…
Patricia Balletti présente le projet. A ses côtés, l’équipe artistique de la Compagnie Théâtre…à suivre : Luc Fonteyn , Nathalie Rjewsky et Muriel Clairembourg .
De samedi matin en samedi matin, nous allons nous retrouver. Nous travaillons l’improvisation, la voix, le mouvement, nous apprivoisons l’espace mais aussi chacune des personnes du groupe. De 35 au départ, nous resterons finalement 18 arrimés au projet.
Actuellement, pour certains de ces participants, l’aventure n’est pas pourtant pas finie. Elle est tremplin vers d’autres perspectives. Trois d’entre eux se racontent.
‘Mon parcours professionnel s’est arrêté très subitement à 48 ans. J’ai été alors dans une période de lourde dépression aggravée par d’autres problèmes de santé. J’aimais peindre mais c’est une passion trop solitaire; je ruminais mes idées noires. J’ai rencontré Frédérique Lecomte, une femme passionnée par le théâtre, elle avait monté une troupe de théâtre amateur. Elle m’a remis en selle. Puis j’ai fait de la figuration au cinéma. Pour moi, le théâtre est quelque chose de très complet. Tu bouges, tu réfléchis à ton texte. Tu es avec des gens, tu échanges. Chacun a un rôle et chacun a besoin de l’autre. La pièce de Martine a été une formidable expérience de cohésion de groupe. L’équipe artistique a pris du temps pour ça. On a été très respecté. Chacun a été mis en valeur avec ce qu’il était. Moi déguisé en Saint Nicolas puis en gamine je n’ai jamais été vraiment autant moi qu’à ces moments-là. Ca m’a étonné, je me suis retrouvé.’ (Jean-Louis Froment, 55 ans)
‘Le théâtre au Brésil, c’est pour les personnes riches. Quand j’ai commencé aux Tanneurs j’étais en Belgique depuis un an, plutôt seule: je confondais les parce que avec les pourquoi… Alors moi, je n’en reviens pas de ce que j’ai appris pour pouvoir m’exprimer sur scène. Mais j’ai été soutenue. C’était comme une famille, tous les gens. J’ai accouché lundi et le samedi j’étais là pour la répétition. Je me suis fait des amis mais qu’est-ce que ça été dur cette pièce! J’ai pensé plusieurs fois «arrête, t’es pas bonne, t’y arriveras pas» mais j’ai continué, j’ai donné le meilleur de moi… J’ai raconté aussi des trucs importants. J’avais très confiance. Après ça je suis prête pour plus encore.’ (Renilda Van Diest, 21 ans)
‘Depuis Martine, bêtement, j’ai moins peur des gens, j’ai senti leur attention, j’ai découvert que je pouvais faire rire aussi. Je ne pensais pas pouvoir être drôle. Je me méfie des gens en général, ils m’énervent vite. Je ne suis pas un mec tolérant. «Martine» ça m’ a vraiment appris à fermer ma gueule. A regarder les autres.’ (Georges Charuel, 40 ans)

Martine se choisit un mari

Depuis longtemps, Martine rêve au prince charmant. Comme il n’est pas encore arrivé sur son cheval blanc, un jour maman lui dit:
«Il est grand temps mon enfant de te choisir un mari!»
« Nous te laissons libre de te trouver un bon parti !» rajoute papa.
Tout d’abord Martine s’assoit et réfléchit. Au fond du jardin, auprès de son ami le rouge-gorge toujours de bon conseil !
Il faut qu’il soit beau, gentil aussi, se dit Martine. Riche bien sûr, pour qu’elle puisse continuer à faire de l’équitation et aller à l’opéra. Et sachant se démarquer par son excellence dans de nombreux sports. Un bon bricoleur aussi car, dans une grande maison, c’est indispensable. S’il peut de temps en temps se mettre aux fourneaux, ça ne gâcherait rien et ferait sûrement de lui un bon papa. Grand et fort bien sûr!
Le chien Patapouf l’interroge de ses yeux humides, l’air de dire: «Mais où vas-tu le dénicher, Martine?»
Elle songe tout d’abord à ses folles parties de luge avec Jean son ami d’enfance. Mais est-il devenu grand et fort? A moins que Martin de Saxe Cobourg ne fasse l’affaire. Mais est-il bricoleur de ses deux mains? Son ami le poète est, lui, peut-être trop rêveur. Servira-t-elle à autre chose qu’à être sa muse?
Cela n’est pas facile de choisir un bon mari qui ressemble à son papa. Martine a une idée. Et si elle mettait une annonce sur internet? Avec ou sans photo?

Un processus participatif garant d’une vraie place, d’une parole

Le résultat de ce travail, un spectacle théâtral dans toute sa splendeur, a connu un accueil très chaleureux. Tous les soirs, le trac puis le plaisir étaient intenses. Cependant pour le CLPS, l’intérêt reste de comprendre les enjeux de la participation dans une démarche artistique et de les vivre auprès des intéressés.
Il faut reconnaître que le processus en a découragé plus d’un. Il prend du temps, demande à chacun de s’investir et de se délester de l’envie d’être pris totalement en charge. Tous, nous avons été en recherche, l’équipe artistique en première ligne.
Nous avons exploré d’une part l’espace de la scène mais aussi cherché ce qui pouvait faire lien entre nous. Que voulions nous dire? Partager des rêves, des angoisses, jouer du merveilleux, se moquer, oublier. Tout a été jeté: l’un chante du Daho a capella, l’autre aime à s’étendre sur la richesse de l’univers, de la nature et des folklores, celui-ci vient avec des poèmes, l’une avec un rêve. Que faire de toutes ces disparités et ces désirs d’exprimer sa singularité? Comment arriver à une parole collective et fédératrice? Et puis une autre: ‘ Quand j’étais petite, je m’identifiais à Martine dans Le petit rat de l’opéra ‘. De ce souvenir, très vite naissent des échanges entre les participants. Tous nous avons un avis sur Martine. Nous avons trouvé le point «rassembleur». Nous avons alors pris du temps à rédiger, échanger sur ce monde de Martine via des ateliers d’écriture coordonnés par Laurence Kahn (voir encart). Des impros, des ateliers, ont émergé des textes pour chacun des participants.
Les textes appris, il faut trouver avec l’aide précieuse des comédiens, le ton, la voix, la forme… Un vrai travail pour surmonter ses résistances personnelles. Dix-huit comédiens sur une scène c’est aussi arriver à un filage fluide, que d’heures passées à s’arrêter, chercher, recommencer pour être au plus précis, au plus vrai de ce que nous avons à faire entendre et sentir!
Ce processus est lent, ponctué de plaisir, de fous rires comme de moments plus douloureux car dire juste n’est pas facile; il faut explorer ce qu’on a trop longtemps passé sous silence par peur ou par pudeur. Travailler ensemble en groupe, c’est aussi vivre des tensions, dépasser des comportements ou sentiments d’exclusion que certains adoptent en guise de protection. Travailler en groupe c’est aussi être surpris de voir que le courant passe entre des êtres parfois tellement différents et qu’ensemble on peut être proches le temps d’un travail, le temps d’un spectacle, ou plus encore pour certains. Et qu’on peut prendre de l’énergie à reprendre la route parce qu’on croyait qu’on «était tout seul mais qu’en fait on est pleins à être tout seul »…
Le spectacle «Tout le monde s’appelle Martine», fruit de ce travail collectif est un des résultats de ce projet global. Mais d’autres résultats, effets personnels et collectifs sont engendrés tout au long d’un tel processus.
Etre acteur sur scène c’est aussi une façon de se remobiliser pour être davantage acteur de sa vie et de sa santé.

Ateliers d’écriture, des histoires singulières réinventées

Laurence Kahn, dramaturge .
Le spectacle Tout le monde s’appelle Martine se compose d’un ensemble de textes. Une partie de ceux-ci provient des ateliers d’écriture au cours desquels de nouvelles histoires sont inventées. J’ai écrit l’autre partie des textes à partir de la matière apportée par les participants: improvisations, éléments de discussions, prises de position écrites.
Dès le début, les points de vue sur l’univers de Martine sont très variés et je souhaite garder cette diversité au cœur même du spectacle. Ne pas chercher à réunir tout le monde sous une même bannière, dans un même discours, mais au contraire faire voir tous ces regards singuliers. Pour cela, je me base sur des choses dites ou écrites que je transforme légèrement ou pas du tout, selon les cas. Quand les acteurs ont entre les mains des phrases qui leur ressemblent, certains sont embarrassés. La question principale est: qui est-ce que ça peut intéresser? Nous en parlons. J’explique ma démarche.
L’idée n’ est pas de mettre les personnes “à nu” face au public, ni de les fragiliser, ni de leur faire jouer leur propre rôle. Je sais que ce ne sera pas le cas parce que j’ai déjà travaillé avec Luc, Nathalie et Muriel. Je sais que leur mise en scène va créer une distance vis-à-vis du texte, un décalage qui protége les acteurs. Et que ceux-ci peuvent donc se permettre d’apporter des paroles personnelles.
Ces paroles je les ai choisies, sélectionnées pour chacun. Quand j’écris “pour chacun”, il ne s’agit pas d’une simple tournure de phrase. Je n’établis pas de critères a priori. Pour l’un c’est un coup de gueule, pour l’autre une anecdote, le troisième un souvenir d’enfance… Mon travail consiste à chercher chaque fois l’endroit à partir duquel une parole personnelle est susceptible de résonner chez d’autres. Il n’y a pas de règle sur ce terrain-là, seulement des convictions intimes. Et une foule de questions: où commence le territoire trop personnel? Cela dépend pour chacun. Quand est-ce qu’une anecdote contient une signification plus large? Cela dépend de son contenu. Comment, quand…? J’ai aimé faire ce travail parce que les questions soulevées autant que les réponses (intuitives et éphémères) concernaient chaque fois une personne bien précise.
Il y a tant de façons de s’appeler Martine…

Confronter le théâtre au réel

Luc Fonteyn, comédien et metteur en scène .
Le théâtre est-il abonné absent face à la réalité des gens et de leurs besoins?
Toute démarche artistique s’enracine dans la réalité du monde. Du réel naissent des idées, des rêves et des sensations qui, si on se donne le temps de s’arrêter , nous font entrer dans une autre dimension : celle où nous interprétons le monde à notre manière ; personnelle , intime , au plus profond de nous même .
Le théâtre répond à cette règle et offre , le temps d’une représentation , le sentiment de partager cette intimité profonde avec d’autres . Sensation fugace du groupe , d’une appartenance , naissance d’une identité
Lors des ateliers de « Tout le monde s’appelle Martine », nous avons voulu que la source d’inspiration pour ce travail jaillisse du groupe afin que les participants se sentent concernés par ce qui allait être mis en jeu sur le plateau . Partant d’eux , il fallait aussi « décaler » leur discours afin d’arriver à transposer leur vécu vers le théâtre . Cette petite distance , que nous pourrons appeler ici « Martine », est essentielle dans le processus qui nous a conduits à la représentation . Sans elle nous aurions construit un montage de témoignages qui , bien qu’intéressants en eux mêmes , seraient restés au niveau du documentaire . La notion de théâtre , décrite ci dessus , suppose un décalage qui offre un autre angle de vue sur notre quotidien et nous emmène ailleurs et ensemble .
Là où le théâtre est confronté au réel dans cet atelier ci , c’est grâce à la présence des participants . Ceux ci , pour la plupart , n’avaient aucune expérience du théâtre . Leur corps , leur voix et leur jeux racontaient l’étonnement d’être en scène . Comme le nouveau né qui s’étonne d’avoir des mains ou de produire des sons , ou le jeune enfant qui découvre son entité et son autonomie , les acteurs de « Tout le monde s’appelle Martine » sont la pierre d’angle du spectacle et pour le spectateur un miroir offert à son propre étonnement face à la vie . Pour nous , gens de théâtre , cette surprise est notre bien le plus précieux . Sans elle nous perdons le sens de notre art . Travailler avec les gens du quartier des Marolles aura été l’occasion de se rapprocher un peu plus de cette nécessité vitale qui habite le théâtre .

Travailler l’expression artistique avec des amateurs

Muriel Clairembourg, comédienne, metteur en scène.
Comment se passe cette rencontre entre amateurs et artistes professionnels? Que concéder, que demander? Que s’apprend-t-on mutuellement?
Face à ces futures Martine , nous nous sommes vite aperçus que nous étions à l’abri du trop lisse , de l’aseptisé . Ce sera plein de richesses , d’aspérités , de vie . Pour autant que la rencontre se fasse entre nos outils et leurs énormes envies .
Pour beaucoup , il s’agit avant tout de se distraire de la vie et de ses contraintes . Il est parfois difficile dans ce cadre de trouver une place pour la régularité , le travail , la concentration . Il nous faut trouver un chemin pour leur faire sentir que la rigueur n’annule pas la liberté , le jeu , le plaisir , et qu’au contraire elle est nécessaire à la vie , à l’épanouissement de soi et du spectacle .
Bien sûr nous avons tous d’obscures et différentes raisons pour choisir de faire ce métier , mais le fait de décider d’en faire une profession nous rassemble . Ici , nous sommes face à des gens dont les motivations et le degré d’investissement sont très différents . A nous d’en faire un groupe , à nous de transformer leurs rapports ( qu’une mère et une fille acceptent de se découvrir dans le jeu l’une face à l’autre n’est pas si facile ).
Nous sommes là pour les aider à franchir des limites , mais aussi pour les aider à admettre leurs aptitudes , ce qui est souvent plus difficile à gérer . Comment calibrer le poids qu’on peut leur mettre sur les épaules ? Trouver l’endroit où l’entraide et la collaboration ne deviennent pas la prise en charge des autres et du spectacle . Cet équilibre fragile nécessite d’affiner notre écoute et de sortir nos antennes plus que jamais .
Nous avons choisi pour créer Tout le monde s’appelle Martine de partir d’eux , de leurs propositions mêlées aux nôtres . Faire sortir les choses d’eux sans tomber dans le psychodrame et canaliser tout cela pour répondre à nos attentes artistiques qui se précisent au fur et à mesure du travail . S’ajoute à ça la difficulté de la répétition : reproduire sans perdre l’évidence du jet , la vérité , le plaisir . Que les comédiens dépassent le matériau qui leur appartient et s’approprient ce qui vient d’ailleurs .
C’est au creux de ces embûches que nous vivons des moments inoubliables qui tissent le spectacle . Avec toujours cet espoir qu’ils apprennent autant que nous avons appris .

Les conférences locales de promotion de la santé de Bruxelles

Dans le cadre des Conférences locales, «Quand l’expression artistique, vertu de critique sociale, interpelle la promotion de la santé», nous avons dégagé deux axes de travail qui feront l’objet de deux journées ouvertes aux professionnels à partir de septembre:

  • si l’expression est un geste qui sauve, une urgence sociale et une force émancipatrice, comment récolter cette expression? Quels en sont les risques, les limites, le sens, les finalités?
  • la participation et après? Citoyens, politiques, professionnels: triade impossible?

Nous aurons l’occasion de vous en reparler!

Patricia Thiébaut , CLPS de Bruxelles, avec la collaboration de Patricia Balletti , du Théâtre Les Tanneurs
Avec: David Alpen, Victor Burton, Georges Charuel, Geneviève Danlois, Mickael Diakite, Marie et Nela Djangani, Tracy Engo, Jean-Louis Froment, Guillaume Francqx, Ingrid Lapierre, Laszlo Mechler, Vanderlan Marques, Catherine Martin, Gemma Mattiussi, Valérie Muller Kurz, Juanna Pollefait, Patricia Thiébaut, Renilda et Vanessa Van Diest.
La scénographie est assurée par Christine Flasschoen, assisté de Samuel Dronet.
Sans oublier l’équipe technique des Tanneurs: Sébastien Courtoy, Marc Defrise, Christophe Lagneaux, Thomas Hermignies.
Et le soutien de Béatrice Van Leuven.
Adresse de l’auteur: CLPS de Bruxelles, avenue de Béco 67,1050 Bruxelles. Tél.: 02 639 66 88. Courriel: patricia.thiebaut@clps-bxl.org