Novembre 2025 Par Réseau wallon de lutte contre la pauvreté Réflexions

Être en bonne santé n’est pas qu’une affaire de microbes, car la santé entretient des liens forts avec le lieu où l’on vit. Santé et logement sont bien intimement reliés. Le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté et les témoins du vécu militant en son sein veulent changer la donne. Leurs constats : « le logement est sous baxter. Il est gravement malade ! Et les personnes qui vivent dans le trop peu de tout en subissent en premier lieu les conséquences. » 

Santé physique, santé mentale et santé sociale pâtissent des conditions d’hébergement. Parmi les déterminants sociaux de la santé – qui comptent pour environ 70% dans ce qui influence notre santé -, le logement joue un rôle majeur. Il devrait même être reconnu comme un traitement médical de base, aux yeux de certains (voir encart). Or le logement en Wallonie, à Bruxelles, est lui-même gravement malade ! La crise du logement y semble sans fin et s’aggrave d’année en année.  Mal-logement, non-logement, trop-cher-logement s’accentuent, avec des conséquences directes sur la santé des populations.  

Trop cher, en mauvais état, disponibilité insuffisante 

Avec un coût moyen estimé à 879 €/mois pour les locataires wallons dans le privé1, le logement est devenu un luxe inaccessible pour beaucoup. Les ménages les plus vulnérables doivent faire face à des loyers inabordables ou doivent souvent se contenter de mauvais logements, souvent mal-situés. Actuellement, 50.000 ménages2 attendent un logement public. Faute de solution, ils doivent se tourner vers le privé où les loyers grèvent largement leur portefeuille. Par ailleurs 19.055 personnes en Wallonie – dont 4.713 enfants et jeunes – sont sans logement3. Les personnes visibles dans l’espace public des grandes villes ne constituent que la partie émergée de l’iceberg. Dormir à la rue, dans un hébergement d’urgence, être accueilli chez quelqu’un ou dans un espace « non conventionnel » (tente, voiture, squat, etc.) est un phénomène présent partout sur le territoire et impacte l’espérance de vie. Les personnes sans-abris meurent en moyenne 33 ans plus tôt que la population générale4

Par ailleurs, on estime à 55.000 le nombre de journées cumulées manquées à l’école par les enfants belges entre 5 et 15 ans à cause de maladies liées à l’humidité et aux moisissures5. Le tableau clinique du logement est critique. Les solutions manquent ; les individus sont renvoyés à leur responsabilité personnelle. Et la concurrence pour avoir un logement décent et accessible financièrement règne. 

housing action day namur avril 2025
Housing_action_Day_Namur – Avril 2025

Les répercussions sur la santé physique et mentale 

Les personnes qui subissent au premier plan les conséquences de la crise endémique du logement sont souvent bien conscientes de cet impact sur leur état de santé, en premier lieu sur leur santé physique.  Les témoins du vécu militant·es dénoncent les effets délétères sur leur état de santé : problèmes respiratoires, asthme, allergies, douleurs articulaires. Sofia le transmet ainsi : «Il y a une petite maison au bord de la route (…). Il y avait mon enfant qui ne dormait pas. Il y avait derrière la tapisserie, des taches blanches, bleues, noires, vertes. Il y avait des champignons. Il y a eu la peur. Il y a eu les urgences, la maladie de l’asthme. Il y a eu presque la mort pour mon enfant. Il y a les médecins qui disent : « il faut partir de chez vous ». Aujourd’hui, il y a l’envie de démolir cette maison quand je passe devant. Il y a des gens qui y vivent. Il y a toujours mes rideaux (…) » 

Les personnes trop cher-logées font face à des choix cornéliens avec le revenu qui leur reste. L’alimentation devient alors une variable d’ajustement. Or le lien entre santé et alimentation de qualité est attesté. Faute de moyens, ces personnes ne peuvent plus se permettre d’acheter des produits alimentaires de qualité. Même dilemme avec les médicaments ou les traitements médicaux :  nombreuses sont celles qui renoncent à se soigner même si elles en ont besoin.  

Rechercher un logement, subir des discriminations, se faire expulser, déménager… a aussi un impact sur l’équilibre psychique. Vivre dans un logement insalubre, trop étroit, trop froid, trop chaud, trop humide, bruyant génère du stress et de l’anxiété. « J’ai fait cinq ulcères tellement tout cela m’énerve », explique une témoin du vécu militante au RWLP. « Si ça joue sur ton mental, ton corps prend aussi », dit une autre. « En me questionnant sur ma santé et mes logements, je prends conscience que, depuis mes 8 ans, j’ai voyagé de mal-logement en mal-logement, constate cette autre personne. (…) Ma santé s’est dégradée sans que je m’en aperçoive. Mon énergie s’est consumée à grande vitesse. Me voilà aujourd’hui épuisée forçant sur mes réserves, mais jusqu’à quand ? »  

une témoin du vécu intervient lors de la journée santé logement décembre 2024
Une témoin du vécu intervient lors de la Journée santé-logement – Décembre 2024

Un répondant6 au thermomètre de la mutualité Solidaris, déclare être souvent déprimé à cause de son logement. Et ce pourcentage monte à 34% pour les familles monoparentales et 38% pour les occupants d’un logement social. C’est dire l’impact du lieu de vie sur la santé mentale.  

« Le logement, on n’en parle pas au docteur » 

« J’ai honte d’être pauvre, exprime une témoin du vécu militant au RWLP. J’ai honte d’être moins pauvre que d’autres, j’ai honte de m’humilier devant les assistantes sociales, j’ai honte de devoir me justifier, j’ai honte de prendre du bon temps car cela me semble interdit ». Accepter un logement loin de tout parce qu’on ne peut se payer autre chose, se déraciner, ne pas oser recevoir des invités ou des services à domicile, se sentir seule, abandonnée… ou au contraire, vivre dans la promiscuité, sans aucune intimité… manquer l’école, des rendez-vous, ne pas recourir à ses droits… S’auto-exclure par honte, par stigmatisation, tous ces récits montrent à quel point l’emplacement ou l’état du logement va peser sur la santé. 

Lors des consultations médicales, il est peu question de logement. Le 13 décembre dernier7, lors d’une journée dédiée à la thématique Santé-logement, les retours d’expériences ont été unanimes : en consultation, le logement est plutôt un non-sujet. Une travailleuse en santé communautaire d’une maison médicale observait que les patients se confient rarement sur leur situation de logement. D’autant moins que « la honte pousse à ne pas dévoiler », dira un témoin du vécu militant qui explique qu’il allait jusqu’à faire 8 km à pied pour voir un médecin, « pour ne pas qu’il vienne et qu’il voie mes conditions de logement. » Pourtant, de l’avis d’une autre témoin du vécu militante : « les visites à domicile c’est 50% du diagnostic ».  

Aujourd’hui, le logement est trop souvent un lieu où l’on tombe malade, une source de stress, d’isolement, de tensions. Alors qu’il devrait être un lieu de sécurité, de stabilité et d’apaisement pour l’ensemble des habitants. Investir dans le logement, c’est en effet bien plus que d’avoir un toit au-dessus de sa tête et faire respecter le droit constitutionnel au logement. C’est assurer à chacune et chacun une habitation saine et payable. C’est aussi améliorer la santé de toutes et tous et donc, faire des économies sur la sécurité sociale, estime le RWLP. Concrètement, un changement dans la politique du logement avec des effets réels sur le type de logements disponibles, leur coût et leur qualité, amènerait à éviter à la population des effets nocifs de l’habitat inadapté sur la santé.  

« Le logement, c’est un traitement »
« J’ai travaillé avec Médecins Sans Frontières à l’étranger et puis en Belgique. En tant que médecin, je soignais les gens et j’essayais qu’ils retrouvent leurs droits, on leur donnait des médicaments et cela s’arrêtait là. Pour moi, c’était logique ! Et puis j’ai commencé à travailler avec Infirmiers de rue (…) Je me suis rendu compte qu’il y avait des patients jeunes qui mouraient dans la rue même s’ils avaient accès aux soins et même s’ils en faisaient usage. La rue tue en tant que telle, pour toutes sortes de raisons. On meurt en rue parce qu’on vit en rue.
Il m’a fallu plusieurs années pour comprendre que le logement, c’était un traitement. Parce qu’en fait, en rue, on ne peut rien soigner (…) On ne peut pas soigner un ulcère de jambe, on peut le soigner mais on ne peut pas le traiter. On ne peut pas se débarrasser d’une addiction quand vous êtes en rue, ce n’est pas possible. On ne peut pas traiter un diabète insulino-dépendant, c’est dangereux même. On ne peut pas soigner une hypertension. Alors que quand on est en logement : on a l’intimité, on a la sécurité, on peut manger, on peut faire des réserves de nourriture, on peut se reposer, on peut ne rien faire, on peut se distraire, on peut accueillir des gens, on peut recevoir des amis.
Tout redevient possible et au niveau de la santé, cela change tout. Pour moi, il a fallu quand même des années, avant que je comprenne ce lien entre le logement et la santé mentale et physique – qui maintenant me paraît évident. »
Extrait du témoignage de Pierre Ryckmans, médecin-coordinateur de l’ASBL Infirmiers de rue, aujourd’hui décédé, partagé lors du Débatorium organisé par le RWLP, le 25 avril 2024, à la veille des élections fédérales, régionales et européennes.

1 Estimation de Federia, fédération des agents immobiliers francophones, 2025.
2 Selon le rapport d’activités 2024 de la Société wallonne du Logement.
3 Selon le dernier dénombrement de la Fondation Roi Baudouin.
4 Selon le Collectif des Morts de la rue (2020).
5 Baromètre de l’habitat sain (2019).
6 Comment les Belges francophones perçoivent-ils l’incidence du logement sur leur santé ? (2023)
7 Plus d’informations : rwlp.be/journee-de-croisements-sante-logement/

Plus d’infos :
« Logement sous baxter » fait l’objet d’une campagne de sensibilisation lancée par le RWLP et l’ASBL Miroir Vagabond, en 2024. Voir notamment le journal publié sur le sujet, disponible en ligne.
Le journal est disponible également en format papier sur simple demande auprès du RWLP – 081/31 21 17.