Un mensuel au service
des intervenants francophones
en promotion de la santé

Numéro 343

Que penser du Wi-Fi et des ondes électromagnétiques à l’école?


Il en va ainsi des évolutions technologiques : utilisées tout d’abord dans un cercle restreint, elles se démocratisent et se répandent dans l’ensemble de nos milieux de vie. La technologie « sans fil » n’y fait pas exception, elle s’est généralisée dans la vie courante pour les téléphones, les babyphones, les gsm… mais aussi pour la connexion à internet pour toute une série d’appareils, grâce au wi-fi ou au réseau mobile.

Via l’utilisation de tableaux connectés, en passant par les ordinateurs de la salle informatique, les tablettes et smartphones qu’utilisent professeurs et élèves, l’école, elle aussi, intègre ces nouvelles technologies.  Face à une exposition de plus en plus accrue des enfants, au sein même de l’école, aux ondes qu’émettent ces appareils, certains s’interrogent sur leurs effets potentiels sur la santé et ont interpellé l’ONE  et la Commission de Promotion de la Santé à l’Ecole à ce sujet.

Un groupe de travail s’est dès lors constitué au sein de l’ONE1 en 2016 dans le but d’émettre des recommandations quant à l’utilisation des appareils produisant des ondes électromagnétiques de radiofréquence à l’école, à l’attention des professionnels de Promotion de la Santé à l’Ecole, des acteurs scolaires et des Ministres de l’Enfance et de l’Enseignement.

Concrètement, un groupe de travail pour quoi faire ?

Faire le point sur les données scientifiques actuelles et  les recommandations existantes sur les risques éventuels de l’exposition aux ondes électromagnétiques des enfants en âge scolaire (maternelle, primaire, secondaire) qui émanent des instances de santé nationales et internationales.

Ceci afin de libeller des points d’attention et des propositions de gestion de cette exposition au sein des établissements scolaires dans une optique de promotion de la santé.

Sur base de la récolte de ces données et recommandations, un rapport provisoire a été soumis au débat d’un panel d’experts pour aboutir, après cette consultation, à la constitution du rapport final.

Qu’est-ce qu’une onde électromagnétique de radiofréquence ?

La technologie sans fil utilise des ondes électromagnétiques de radiofréquence qui ont une fréquence entre 100 kilohertz et 300 gigahertz ; elles sont la combinaison d’un champ électrique et magnétique qui provoque un rayonnement électromagnétique non ionisant.

Ces ondes sont émises par de nombreux objets de notre environnement : ondes télé, ondes radio, ondes émises par le gsm, le wi-fi, le micro-onde etc...

Afin de quantifier la dose d’ondes qu’émet un appareil, et que notre corps reçoit, la mesure fréquemment utilisée est celle du DAS : débit d’absorption spécifique. Il s’agit d’une estimation par calcul de la quantité d’énergie absorbée par une partie du corps d’un adulte pendant une seconde (il n’existe pas à l’heure actuelle de modèle qui prenne en compte les particularités des corps des enfants). Le DAS s’exprime en watt par kg. Le DAS maximal (lorsque l’appareil émet à pleine puissance) doit obligatoirement figurer sur le descriptif des caractéristiques techniques de certains appareils lors de leur vente, c’est le cas pour un gsm ou un smartphone par exemple. Le DAS maximum autorisé pour un gsm est de 2 watt  par kg. Cela correspond à la quantité reçue lors d’un usage très proche de la tête et dans de mauvaises conditions de réception, comme par exemple lorsque nous sommes en mouvement (en marche, dans la voiture, dans le train…).

Dans notre quotidien, les sources de ces ondes peuvent être des sources lointaines et statiques sur lesquelles nous n’avons pas de contrôle ou des sources plus proches de nous, intermittentes et sur lesquelles nous pouvons agir.  Nous ne pouvons avoir d’action sur les antennes relais qui se situent dans notre voisinage, mais nous pouvons par contre décider de la manière et de la fréquence à laquelle nous utilisons notre propre gsm ou smartphone. Lorsque nous achetons un téléphone mobile et/ou intelligent, nous pouvons également faire de la valeur du DAS, un de nos critères de sélection.

Que savons-nous sur les effets de ces ondes ?

Il est acquis que les ondes électromagnétiques de radiofréquences peuvent provoquer, en fonction de leur fréquence et de leur intensité, un réchauffement de la matière. C’est la propriété recherchée par le four à micro-ondes par exemple.

En raison de ce réchauffement lié aux ondes (celui-ci pouvant mener à des lésions cellulaires) des seuils d’émission maximale ont été établis pour la technologie sans fil.

Actuellement, le monde scientifique n’a pas mis en évidence d’autres effets néfastes possibles de ces ondes mais ceux-ci ne sont pas exclus.

Si l’état des connaissances ne permet pas actuellement d’apporter une réponse univoque quant à la nocivité des ondes électromagnétiques de radiofréquence sur notre santé, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a néanmoins jugé les données disponibles suffisamment pertinentes dans le domaine de la téléphonie mobile,  pour classer ces ondes dans la catégorie « peut-être cancérogènes » en ce qui concerne le risque de cancer de la tête et du cou.

Certaines personnes se plaignent « d’hypersensibilité » aux ondes électromagnétiques. Actuellement, aucune association autre que psychologique n’a encore pu être démontrée entre l’exposition à ces ondes et les symptômes présentés. En clair, cela signifie que les symptômes et la souffrance ressentis par les personnes sont réels mais il n’a pu être prouvé actuellement que ceux-ci étaient attribuables à l’exposition à ces ondes. L’OMS évoque dans ce cas la présence d’un effet « nocebo » : une personne qui pense être soumise à quelque chose de nocif (ici les ondes électromagnétiques) ressent des symptômes aspécifiques.

Toutefois, la recherche se poursuit.

Il est cependant clairement admis au sein de la communauté scientifique, que les enfants absorbent davantage d’ondes électromagnétiques que des adultes soumis à ces ondes aux mêmes conditions. Cela s’explique en raison de leur petite taille, qui occasionne une absorption plus importante pour une même zone, et des propriétés diélectriques2 de leurs tissus qui sont différentes de celles des adultes.

Il est établi également que l’exposition induite est différente en fonction des appareils. L’intensité du champ électromagnétique produite par la téléphonie mobile est beaucoup plus importante que l’intensité du champ d’un routeur wi-fi, sans que la durée d’exposition ne vienne changer la donne.

Sans négliger la part d’exposition aux bornes wi-fi, les messages prioritaires à adresser concernent surtout l’usage de la téléphonie mobile. Afin de limiter son exposition, il s’agira de veiller à utiliser son téléphone dans des conditions optimales : dans de bonnes conditions de réception (là où le réseau est performant), à l’arrêt (pour ne pas que le mobile cherche de manière continue à se relier au relais) et à distance du corps (via une oreillette par exemple).

Quelques précisions préalables importantes quant aux résultats du groupe de travail:

  • Les recommandations du rapport n’ont pas pour vocation d’encourager ou à l’inverse, de mettre un frein à l’essor du numérique en milieu scolaire.

  • Ce rapport se base sur les connaissances scientifiques actuelles. Puisque la recherche progresse et les technologies aussi, le contenu du rapport est amené à évoluer, et ce, peut-être, rapidement.

  • Le champ d’étude du groupe de travail s’est élargi de l’impact de l’utilisation desrouteurs wi-fiau sein des écoles permettant de connecter tablettes, pc et tableaux, à l’usage du gsm et du smartphone présents de manière importante dans l’environnement des enfants.

  • Seuls les effets sanitaires potentiels des ondes électromagnétiques sur la santé ont été abordés.L’aspect pédagogique des technologies numériques ou tout autre effet sanitaire potentiel tel que l’addiction n’ont pas été abordés dans le cadre de ce travail.

Que faire ?

L’état actuel des connaissances ne permet donc pas d’apporter une réponse claire et univoque sur la nocivité des ondes électromagnétiques de radiofréquence sur la santé. Il s’agit donc plus de gérer une incertitude quant aux risques, que le risque en tant que tel.

Le groupe de travail a souhaité se positionner résolument dans une optique de promotion de la santé dans laquelle les éléments suivants sont d’importance:

  • l’information, la communication et la transparence avec les parents, les élèves et les enseignants sur ce sujet ;

  • l’empowerment (action qui permet à chacun de s’investir, d’avoir une compréhension suffisante pour être autonome et responsable de ses décisions) ;

  • la logique d’utiliser un outil uniquement quand c’est nécessaire étant donné qu’il existe un manque de connaissances quant à sa nocivité à long terme.

Le groupe de travail a proposé des pistes d’actions à plusieurs niveaux : pour les responsables des établissements scolaires, pour les professionnels de la médecine scolaire, et pour les mandataires politiques. Pour ces derniers, des recommandations en matière de normes et de recherches ont été formulées

Les pistes d’action à explorer à l’école sont :

  • Limiter, autant que c’est possible raisonnablement, l’exposition des enfants aux ondes électromagnétiques de radiofréquence lorsque ce n’est pas nécessaire.

  • Pour limiter l’exposition des enfants, on peut jouer sur le choix d’un matériel, sur le cumul (intensité de l’exposition et durée) et sur la distance.

  • Pour le choix du matériel, on peut favoriser une liaison internet par câble. Si le wi-fi est présent, privilégier une installation susceptible de pouvoir s’éteindre quand elle n’est pas utilisée. Penser à éteindre les pc et les tablettes qui vont continuer à émettre pour chercher où se connecter.

  • Pour la distance, les champs électromagnétiques diminuent relativement rapidement quand on s’en éloigne Une étude d’implantation sera donc la bienvenue pour déterminer où disposer les bornes wi-fi dans les lieux les plus éloignés des enfants, ou dans les lieux de passage.

  • Sensibiliser les enfants pour promouvoir une utilisation du GSM/smartphone à distance : via une oreillette, un kit main libre, en ne gardant pas l’appareil en poche...

Mais encore, pour le monde politique :

  • Sensibiliser les directions et les enseignants sur l’utilisation avisée et précautionneuse de ces appareils en introduisant par exemple dans les formations sur les nouvelles technologies de l’information et de la communication, ces notions de cumul, de distance et de degré d’exposition….

  • Promouvoir auprès des acteurs scolaires, la nécessité d’une information et d’une communication transparente vis-à-vis des parents et des élèves sur les projets des écoles en matière des nouvelles technologies de l’information et de la communication.

Quelle position adopter en médecine scolaire face à un enfant qui aurait des plaintes d’électro sensibilité ?

L’enfant en souffrance demande une reconnaissance et une prise en charge de son problème.

Il est tout d’abord nécessaire de s’assurer que l’enfant a fait l’objet d’une mise au point complète vis-à-vis de ses symptômes tant au niveau physique, psychologique que social et environnemental. Des causes liées à des problèmes de vue, d’allergies, de moisissures, de stress etc. devront d’abord être exclues. Ensuite, la situation sera vue au cas par cas dans un exercice d’équilibre délicat entre la possibilité d’aménagements éventuels afin de réduire l’exposition et les impératifs du projet d’établissement et tout en veillant à ne pas étiqueter l’enfant pour ne pas compromettre son avenir social et professionnel.

Conclusions

A ce jour, la recherche n’a pas permis de répondre de manière univoque aux questionnements soulevés par le développement rapides des nouvelles technologiques quant aux risques liés à l’exposition aux rayonnements électromagnétiques de radiofréquence sur notre santé. Aucune association délétère n’a pu être démontrée actuellement, ce qui est un élément rassurant. Néanmoins de nombreuses inconnues subsistent.

Sur base du consensus qui établit que les enfants y sont plus susceptibles que des adultes et qu‘un manque de données existe quant à leurs éventuels effets, il s’avère dès lors raisonnable de limiter l’exposition des enfants à ce qui est nécessaire, à l’école comme à la maison.

  1. Ce groupe de travail est composé de représentants de la Direction Santé et de la Direction Recherche et Développement de l’ONE, de membres du Collège des conseillers pédiatres de l’ONE,  des Eco-conseillères de l’ONE, d’un membre du Bureau de la Commission de Promotion de la Santé à l’Ecole et du responsable de la Cellule Promotion des attitudes saines à l’école de la Direction générale de l’Enseignement Obligatoire du Ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

  2. Isolantes (ou de conduction électrique).

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