Novembre 2026 Par Carine MAILLARD Dossier

La question du climat est plus prégnante que jamais, avec l’augmentation des épisodes extrêmes, des inondations, des grands incendies et des étés meurtriers. Si les rédacteur·ices de la Charte d’Ottawa n’avaient pas anticipé l’ampleur des changements climatiques, ils et elles insistaient sur la nécessité de préserver les ressources naturelles et d’évaluer systématiquement les effets du milieu sur la santé.

thermometer showing temperature of 40 degrees celsius during heatwave

Les scientifiques constatent une nette accélération du changement climatique depuis les années 1950. Et c’est en 1988, soit deux ans après la Charte d’Ottawa, que l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) créent le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, le fameux GIEC. Pour autant, il n’était pas encore au cœur des préoccupations ni du grand public, ni des politiques et ce malgré la canicule de 1976. « À cette époque, l’impact sur la santé de cette canicule n’a pas été clairement analysée. Ce n’est que depuis quelques années qu’un monitoring étudie les effets des vagues de chaleur sur la santé publique », confirme Loïc Gillerot, expert Climat-Santé au Centre d’analyse des risques du changement climatique (CERAC).

Les répercussions de la hausse des températures sont devenues flagrantes ces dernières années, tant dans le monde qu’en Belgique : « On a assisté à une succession de plus en plus intense d’événements climatiques extrêmes. La canicule de 2003 avait été à l’origine de 70 000 décès supplémentaires en Europe. Il faut évidemment y ajouter les victimes d’inondations, mais aussi l’apparition ou réapparition de maladies infectieuses transmises par les moustiques et les tiques, qui augmentent de manière exponentielle », poursuit-il, insistant sur le risque de dépassement de toutes les limites planétaires.

Le scénario le plus optimiste évoquait un réchauffement global d’environ +1,5°C, mais la Belgique est déjà à +3,4°C. « Et même si nous arrivons à maintenir la moyenne sous les +2° dans le monde, les dégâts seront considérables en termes de santé publique », met en garde l’expert.

Le climat comme déterminant de santé et d’inégalité

L’impact des canicules est aujourd’hui bien documenté. En 2026, durant les épisodes de fortes chaleurs, l’Europe a enregistré 36 000 décès supplémentaires, d’après l’Observatoire Européen de la mortalité. Les victimes étaient souvent âgées et vulnérables mais une partie d’entre elles étaient jeunes. Les différences géographiques étaient marquées. Entre États, mais aussi au sein d’un même pays : ainsi la surmortalité a été plus forte en Wallonie (+78 % de mortalité) et à Bruxelles (+63 %) qu’en Flandre (+31 %).

« Il n’existe pas encore d’analyse très fine des lieux où ont été enregistrés les surmortalités les plus importantes. Toutefois, des expert·es ont souligné l’impact socioéconomique sur les taux de mortalité. Car le climat exacerbe les inégalités sociales. Les personnes précarisées qui vivent dans des zones très densément peuplées, dans les centres urbains, ont probablement aussi plus de soucis de santé dus à leur cadre de vie moins optimal. Leurs maisons sont moins bien isolées, elles vivent dans des quartiers peu verdurisés, elles sont soumises à des émissions de particules fines… Les pics de chaleur vont s’ajouter à tous ces facteurs de risque et avoir un impact plus important sur leur santé », confirme Tristan Beyens, expert en politiques fédérales et internationales au CERAC.

En 2025, l’institut a d’ailleurs pointé ces inégalités dans son rapport « Belgian Climate Risk Assessment ». Les auteur·ices y détaillent un cumul d’injustices : « Bien que les impacts du changement climatique touchent tout le monde, certaines personnes sont plus vulnérables que d’autres. » (voir dans l’encadré ci-dessous) Ces groupes vulnérables ont beau avoir l’empreinte carbone la plus faible, « ils sont touchés de manière disproportionnée par les risques et les aléas liés au changement climatique » précise le rapport. Ils sont aussi les grands délaissés des politiques d’atténuation et d’adaptation : « Ils sont moins résilients et moins capables de se rétablir à la suite d’un événement climatique et sont souvent moins en mesure de bénéficier des protections, des aides gouvernementales, des subventions et des systèmes d’alerte qui existent pour les protéger et les aider avant, pendant et après la survenue des aléas climatiques. »

Le rapport nomme les groupes à risque et leurs caractéristiques :

– démographiques (femmes, enfants, aînés),
– socioéconomiques (faibles revenus, isolement social…),
– de santé (handicap physique ou mental, maladies chroniques),
– culturelles et linguistiques (immigration),
– professionnelles (personnel de santé, conditions de travail pénible),
– de logement et géographiques (locataire ou petits propriétaires, populations urbaines ou au contraire de régions reculées, etc.).

Une prise de conscience politique ?

En Belgique, les administrations compétentes dans les matières de santé et d’environnement ont mis sur pied le Plan NEHAP (Plan National d’Action Environnement-Santé) en 2003. « Il existe bien une prise de conscience par rapport au fait que la question climatique est un enjeu de santé publique, confirme Tristan Beyens, mais les mesures concrètes tardent. La dispersion des compétences en matière de santé à laquelle on ajoute la dimension transversale ‘climat-environnement’ complexifie la situation… », souligne-t-il encore.

Que peut dès lors le secteur de la promotion à la santé ? « Les acteurs et actrices de terrain gèrent les conséquences de la non-gestion de la problématique », regrette Tristan Beyens. Il conseille de s’informer sur ces questions, les enjeux, les nouvelles maladies émergentes, les niveaux de fragilité des personnes âgées, des femmes enceintes et des jeunes enfants. « Ils et elles peuvent aussi travailler le lien social pour remédier à l’isolement des personnes vulnérables, jouer un rôle en prévention pour éviter les conséquences autres que la mortalité. » Le CERAC dispose d’ailleurs d’un service qui peut venir en aide aux associations de terrain.

Les conséquences indirectes des canicules

Chaque degré de plus à l’échelle mondiale provoque :
– une hausse de 4,7% des violences conjugales et une hausse de 28% des féminicides (selon l’ONU);
– une hausse du risque de la mortalité de 4,9% chez les personnes atteintes de psychoses, démences ou de troubles liés à l’usage de drogues, selon une étude britannique.

Le risque de suicide double les jours les plus chauds à Bruxelles et les admissions à l’hôpital pour des troubles mentaux et neurologiques augmentent.

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Pour prolonger la réflexion:
Education Santé de mai 2025,
spécial Santé Environnement et participation.