Septembre 2021 Par Charlotte DE BECKER Dossier

Du 20 juin au 10 juillet 2021, plus de 1000 km ont été parcourus à travers la Wallonie et Bruxelles pour la santé mentale. Cette marche citoyenne, initiée et organisée par Pierre Maurage et Nicolas Pinon (professeurs à la Faculté de psychologie de l’UCLouvain), avait pour objectifs de remettre la santé mentale au centre des préoccupations et de renouer les liens entre acteurs et bénéficiaires de la santé mentale.

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Crédits photo : Mutualité chrétienne

La naissance du projet

L’initiative est née d’échanges entre deux collègues, Pierre Maurage et Nicolas Pinon partageant le sentiment que la santé mentale a été le parent pauvre de la gestion de la crise sanitaire. Bien que l’accent ait été mis sur la santé physique, la santé mentale a également été largement mise en péril durant cette crise. « Plusieurs recherches ont montré que les liens interpersonnels ont été distendus, favorisant le sentiment d’isolement social et de solitude chez les individus » rappelle Nicolas Pinon. Il illustre : « on a vu apparaitre ce que l’on nomme le « syndrome de la cabane » qui illustre la difficulté de retrouver la vie d’avant et de retourner vers les autres ».

C’est cette « anomie sociale1 », entrainant une perte de ce qui nous guide et ce qui nous rassemble, qui a suscité chez les professeurs de l’UCLouvain l’envie de travailler à rebâtir les liens entre les individus. Ils ont alors eu l’idée de réaliser une grande marche visant à retisser les liens et visibiliser les acteurs du secteur, permettant d’un même pas de remettre la question de la santé mentale et du bien-être des citoyens au centre des préoccupations.

Une mobilisation sociale

L’idée a suscité un grand engouement et ce sont 5 universités (UCLouvain, UMons, U-Liège, ULB, Université de Namur), 1 haute école (Haute Ecole Léonard de Vinci) et plus de 90 associations et institutions qui se sont jointes au projet et lui ont permis de se réaliser.

Grâce à cette mobilisation, pendant 21 jours, 21 étapes se sont déroulées, reliant 21 villes de la Fédération Wallonie-Bruxelles en proposant des parcours de marche quotidiens de 50, 20, 5 ou 1 km. A chaque étape, en soirée, des activités étaient proposées rassemblant marcheurs, curieux, bénéficiaires et associations locales actives dans le domaine de la santé mentale. Les activités étaient variées : spectacles de rue, débats, concerts, parcours d’artistes, conférences… et centrées sur une thématique de santé mentale ou de bien-être général. Nicolas Pinon mentionne quelques exemples : « la Pr Isabelle Roskam a donné une conférence sur la thématique du burnout parental ; l’association Drug’s Care, un service d’accompagnement de personnes souffrant d’assuétudes, a présenté ses actions menées dans une logique de réduction des risques ; la Mutualité chrétienne et son mouvement social des ainés, Enéo, ont réalisé une activité intergénérationnelle au sein du home Herman ». Chacune des activités était gratuite mais nécessitait une inscription préalable afin de garantir le respect des mesures sanitaires.

L’organisation s’est répartie entre le groupe porteur (composé de Nicolas Pinon, Pierre Maurage et d’autres collègues et doctorants de la Faculté de l’UCLouvain) et les associations et institutions locales. « La volonté était que chaque institution et association puisse participer à cet élan collectif » insiste Nicolas Pinon.

Afin de susciter la mobilisation citoyenne, une page Facebook a été créée et a été suivie par plus de 80.000 personnes. Alimentée quotidiennement par des photos et des récits de l’étape du jour, elle a permis à chacun de suivre l’ensemble de la marche.

Un premier pas vers une réponse aux besoins du secteur 

Pierre Maurage se réjouit du bilan de l’évènement : « ce projet a pleinement rempli son objectif en répondant à deux besoins criants exprimés par nos concitoyens au sortir de la crise sanitaire.

D’une part, remettre la santé mentale, ses acteurs et ses bénéficiaires, au centre des préoccupations. Via les activités variées et positives organisées en fin de journée dans chacune des villes-étapes, nous avons vu combien les soignants en santé mentale, ainsi que les usagers, ont été éprouvés par la crise ; mais également combien ils ont réussi à faire preuve de résilience, pour faire renaître des projets et actions promouvant le bien-être psychologique.

D’autre part, permettre de renouer du lien social. La marche a constitué une activité idéale dans cette perspective, puisqu’elle a permis une rencontre entre citoyens venus d’horizons très différents, qui ont pu, tout en cheminant, échanger leurs perspectives sur la santé mentale, et plus globalement interagir à nouveau et retisser des échanges conviviaux, si essentiels à notre bien-être.

Si cette grande marche a été un succès, c’est donc bien grâce aux plus de 300 bénévoles-organisateurs et 2000 participants, qui ont par leur présence, leur énergie et leur enthousiasme, permis à notre événement de constituer un pas, modeste mais significatif, sur le chemin du retour à une vie psychologique et relationnelle épanouissante. »

Un chemin qui se poursuit

Nicolas Pinon précise qu’il n’y a pas eu de revendication politique derrière l’événement mais la volonté qu’il puisse être le moteur d’une prise de conscience collective de l’importance du secteur de la santé mentale. Il insiste : « la santé mentale est l’affaire de tous ». Il prépare l’édition d’un livre visant à donner la parole aux participants à la marche : tant aux acteurs des associations et institutions qu’aux bénéficiaires. « Le livre s’adressera au grand public et dressera un panorama de la santé mentale et du bien-être en général en Wallonie et à Bruxelles en 2021. L’objectif est que les personnes intéressées par ces questions puissent s’y retrouver, voir ce qu’on y fait et quelles sont les adresses. Dans un même temps, il sera illustré par des photos du paysage belge parcouru lors du sentier réalisé pendant la marche » explique Nicolas Pinon. Il termine en confiant son espoir que les décideurs politiques, le livre entre les mains, puissent, sur base des témoignages présentés, prendre conscience de la nécessité du financement du secteur.

Ressources

[1]« Désorganisation sociale résultant de l’absence de normes communes dans une société. (Notion élaborée par Durkheim.)” (www.larousse.fr)