Lancé avant l’été, l’âgismomètre s’est déjà écoulé à 10 000 exemplaires, et 50 000 sont en réimpression. S’il permet aux personnes âgées de prendre conscience de maltraitances, voire de violences de la part de proches ou d’intervenant.es, cet outil peut aussi aider les professionnel.les à repenser leur pratique.

1 personne âgée de plus de 55 ans sur 5 serait victime de maltraitance, selon Amnesty International Belgique (2021). Et seulement 1 cas sur 24 serait signalé, d’après l’OMS.
L’âgisme est tellement banalisé qu’il passe parfois inaperçu. « Chez Respect Seniors, nous recevons des appels de personnes âgées qui nous demandent par exemple : ‘Est-il normal que ma fille décide avec mon médecin de me placer en maison de repos ?’, ou ‘Est-ce qu’on peut m’interdire de conduire parce que je deviens trop vieille, que c’est trop dangereux ?’ », raconte Pascale Broché, psychologue chez Respect Seniors, qui constate à quel point les premiers.ères concerné.es connaissent mal les limites et leurs droits.
Cet âgisme, souvent destiné à « protéger » la personne âgée, l’infantilise, et peut aller jusqu’à la déshumaniser. « Alors que je rendais visite à une personne proche à l’hôpital, une aide-soignante est entrée dans sa chambre pour la faire marcher un peu. Elle lui a dit : ‘Alors, on va marcher un peu. On va se lever, et on va prendre la tribune pour faire quelques pas…’ La personne n’avait pourtant pas besoin de tribune pour se déplacer, illustre-t-elle. Et pourquoi lui parler en ‘on’, sur un ton maternant ? Les proches ou soignant.es devraient se souvenir qu’ils et elles s’adressent à des adultes… »
Un outil appelé à évoluer
Ces constats ont incité Pascale Broché à réfléchir à un moyen d’informer et sensibiliser les aîné.es. « J’ai commencé à y penser en 2025. Je connaissais le violentomètre que je trouvais extraordinaire, mais il n’était pas adapté à toutes les situations que peuvent rencontrer les personnes âgées, confrontées à des maltraitances et violences spécifiques, comme celles liées au respect de leurs volontés pour leur fin de vie par exemple », explique Pascale Broché. Pour englober tous les aspects – sociaux, médicaux, légaux – Respect Senior a fait appel à des partenaires : droits devant, Liages, Infor-Homes, Entr’ages et le CLPS du Brabant wallon. Ensemble, ils ont rédigé les phrases à classer dans l’outil, comme : « Je peux m’exprimer et poser mes choix », « On me surprotège, on m’empêche de prendre des risques », « Je suis isolé.e par mon entourage ou on ne me parle plus », « On ne respecte pas mes choix de fin de vie »…. « Si les zones vertes et rouges sont en théorie, relativement faciles à définir, la zone orange est plus délicate, car chacun a ses limites propres. »
Les auteurs avertissent néanmoins sous l’âgismomètre : l’outil est adapté aux personnes dans une situation de vie classique, donc qui ne sont pas sous tutelle, par exemple. « Ces personnes pourraient se sentir dépossédées de leur libre arbitre, mais dans leur cas, il y a des raisons objectives et il ne s’agit pas de maltraitance, bien au contraire. »
L’âgismomètre n’est pas figé : il sera probablement adapté en fonction des retours des personnes âgées qui vont l’utiliser. Ses concepteurs comptent d’ailleurs sur les utilisateur.ices pour communiquer sur le site www.agismometre.be leurs remarques, tant positives que négatives. Un webinaire devrait également être organisé vers la fin novembre pour réfléchir aux améliorations possibles sur cette base.

A chacun de se poser les bonnes questions
S’il est destiné avant tout à sensibiliser les aîné.es, l’âgismomètre peut aussi aider certain.es intervenant.es dans leur façon de les prendre en charge. « En lisant les items listés sur l’âgismomètre, ils et elles peuvent s’interroger et remettre en question certaines de leurs attitudes qui sont pourtant motivées par un souci du bien-être de la personne âgée. ‘Est-ce que j’agis de la manière adaptée, classée dans le vert ?’, ‘Est-ce qu’il m’arrive d’être maladroit.e, en adoptant des comportements classés dans l’orange ?’ D’ailleurs, on remarque que les personnes proches qui font le plus souvent preuve d’âgisme, ce sont les enfants – et en particulier les filles qui s’occupent majoritairement des parents – et les médecins parce qu’ils sont en position de ‘sachant’… »
Et bien évidemment, tous.tes les professionnel.les pourront utiliser cet outil pour initier une discussion avec des personnes âgées qui semblent rencontrer des situations de vie problématiques, avec leur conjoint.e, leur famille ou les soignant.es. « Après avoir déjà distribué 10 000 exemplaires, nous en avons fait réimprimer 50 000, car la demande est très importante ». Preuve que l’information est plus que nécessaire en ce domaine…
A télécharger ou commander sur www.agismometre.be
Mesurer, c’est savoir de quoi on parle
Diverses organisations ont utilisé des systèmes d’évaluation basés sur des codes couleurs (vert, orange, rouge) pour sensibiliser à des problématiques de maltraitances et de violences dans de nombreux domaines. En voici quelques exemples :
• Sexismomètre pour connaître les attitudes sexistes à ne pas banaliser
• Violentomètre dans le couple, au travail, dans la relation professeur-élève, dans les soins de santé, au sport…
• Validismomètre pour les attitudes envers les personnes en situation de handicap
• Racistomètre dans les soins de santé
• Impunomètre pour reconnaître les comportements masculinistes
Ces outils sont faciles d’utilisation et permettent ainsi de visibiliser des comportements anormaux, de sensibiliser les personnes qui les subissent, mais aussi celles qui les adoptent, à leur potentiel maltraitant. L’objectif consiste à les dénormaliser pour les faire disparaître. C’est exactement le souhait des équipes à l’initiative de l’âgismomètre.
Numéros utiles
Numéros de téléphone d’aide à transmettre aux personnes âgées qui subissent des actes de maltraitance :
• En Wallonie, Respect Seniors : 0800/30.330.
• A Bruxelles, Ecoute Seniors : 02/223.13.43.
En cas de discrimination : Unia : 0800/12.800.
L’âgismomètre a été réalisé par :
• Centre Local de Promotion de la Santé (CLPS) du Brabant-Wallon : www.clps-bw.be
• droits devant : www.droitsdevant.be
• Écoute Seniors / Infor Homes : www.inforhomesasbl.be
• Entr’âges : www.entrages.be; www.intergenerations.be
• Liages : www.liages.be
• Respect Seniors : www.respectseniors.be
Pour aller plus loin
– Retrouvez ici plusieurs exemples de -mètres : https://egalite-diversite.univ-lyon1.fr/2024/02/27/violentometre/
– Enquête d’Amnesty International Belgique : https://www.amnesty.be/campagne/droits-aines/article/sondage-agisme-aines-chiffres-2021
– Les chiffres mondiaux par l’OMS : https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/abuse-of-older-people
– Un rapport de l’OMS sur l’âgisme et ses conséquences sur la santé (WHO Ageism Scale, uniquement en anglais) : www.aworld4allages.org/who-ageism-scale
– Recommandations du KCE pour agir face à une suspicion de violence : https://kce.fgov.be/sites/default/files/2021-12/KCE_331Bt_Aide_a_la_decision_aux_professionnel_V2.pdf
Les recommandations pour lutter contre les discriminations liées à l’âge :
– Par Unia : www.unia.be/files/Recommandations-pour-combattre-la-discrimination-fondée-sur-lâge-2026.pdf
– Par le KCE : https://kce.fgov.be/sites/default/files/2021-11/KCE_331B_Maltraitance_personnes_agees_Synthese.pdf–
– Sur l’invisibilisation des violences faites aux personnes âgées, notamment en Belgique : https://shs.cairn.info/revue-gerontologie-et-societe-2023-1-page-15