Mai 2012 Par M. VILLAIN Chantal LEVA Initiatives

«Tous les soirs, la même fille attend
Sur le même square, le même banc
Comme une madone oubliée, les jambes croisées
Elle voyage au milieu des maisons
Dans la nuit bleue des télévisions
Comme les fantômes légers,les voiles de fumée»
(Francis Cabrel , Comme une madone oubliée)
La prostitution est un sujet très conflictuel, il génère des affrontements idéologiques, les avis des experts sont contradictoires… L’aborder est une tâche délicate eu égard au poids de sa charge éthique.
La prostitution, c’est ce qu’on a toujours appelé à tort ou à raison « le plus vieux métier du monde », qui fut au cours des siècles l’objet de condamnations et de persécutions, pour osciller entre tolérance passive et système répressif.
La prostitution est-elle une exploitation ou une profession? Les travailleuses du sexe sont-elles des victimes, des esclaves des temps modernes qu’il faut réinsérer ou des travailleuses à part entière qui ont droit à la protection sociale à laquelle peut prétendre n’importe quel travailleur? Se prostituer, est-ce un travail comme un autre qu’il faut réguler et protéger? Faut-il le légaliser, l’organiser, le contrôler ou l’interdire?
La prostitution est un phénomène social de caractère universel, elle existe dans presque tous les pays du monde. Le procès pour proxénétisme de ‘Dodo la Saumure’ devant le tribunal correctionnel de Tournai (1) a d’ailleurs relancé une fois de plus le débat. Parler de prostitution, c’est entrer dans une forêt dense et c’est sur un de ses chemins que nous vous invitons à nous suivre.
Nous allons essayer de tracer une des voies actuelles d’approche de la prostitution: il s’agit de la création d’un « Eros Center » à Liège comme une des réponses à la fermeture des salons de prostitution dans les rues du Champion et de l’Agneau du quartier Cathédrale-Nord suite à une décision du Conseil communal du 8 septembre 2008.
En quoi ce projet de création d’un cadre adapté aux travailleurs du sexe fait-il débat, en quoi pose-il un problème, en quoi est-il sujet de polémique et en quoi nous renvoie-t-il à nos propres contradictions?
Si nous avons choisi de vous parler de prostitution, ce n’est pas par attrait d’un sujet scabreux, qui titille toujours la curiosité et véhicule toutes sortes de fantasmes. C’est parce que maintenant et ici à Liège, il est question de mettre en place un projet novateur, sans précédent.
Ce projet est porté par un désir de protéger et d’émanciper les personnes concernées. Il est aussi combattu, pour des raisons idéologiques respectables, comme d’autres combats ont été l’objet de controverses antérieures: par exemple le droit de vote des femmes, la dépénalisation de l’avortement, le statut des homosexuels, l’euthanasie, la répression des drogues, etc.
Dans cet article et les deux suivants, nous allons vous présenter la problématique ainsi que les propositions de solution actuellement soumises aux autorités politiques liégeoises en abordant les quatre points suivants: qu’est-ce que la prostitution? Qu’en est-il de la création d’un « Eros center »? Quels sont les différents courants de pensée qui s’affrontent? La prostitution peut-elle s’exercer de manière plus humaniste?

Qu’est-ce que la prostitution?
Vaste champ d’investigation, donc, que celui de la notion de prostitution.
Si nous consultons les définitions des dictionnaires (2), la prostitution est une activité consistant à échanger des relations sexuelles contre une rémunération. Se prostituer trouve son origine dans le latin «prostituere» qui signifie «placer devant» «exposer» «livrer à la débauche» «obliger ou engager une personne à avoir des rapports sexuels contre rémunération».
Les personnes qui vendent un acte sexuel sont appelées des prostituées. Dans le langage courant, il existe de nombreux termes, souvent à consonance grossière pour désigner cette activité: pute, poufiasse, putain, fille de rien, fille de joie… Ces mots sont souvent utilisés comme des insultes: «fils de pute», «sale pute»…
Toutes les définitions admettent la même notion, celle de vendre son corps. La plupart sont entachées d’une connotation négative voire péjorative, celle d’avilissement synonyme de dégradation, d’abaissement, de décadence, de déchéance, de déshonneur, de honte, de pourrissement, de corruption, de dépravation, de laideur, de souillure…
Attribuer aux personnes prostituées une définition-type est difficile tant il existe de formes de prostitution. On peut notamment distinguer les call-girls, les call-boys, les salons, les bars, les saunas, les salons de massage, internet, le privé, le racolage…
Chaque mode de prostitution correspond à un univers différent: les conditions de travail sont très variables, le vécu et même le regard de la société fluctue selon le type de prostitution. Le montant des gains n’est pas non plus comparable, une racoleuse ne gagnera jamais autant qu’une call-girl…
Toutes les régions du monde sont touchées par ce phénomène. Des femmes, des hommes, des enfants se prostituent en Amérique, en Afrique, en Asie, en Europe… sur tous les continents. Le développement du tourisme ainsi que l’accélération des échanges économiques, sociaux et culturels entre les pays ont entraîné une mondialisation de la prostitution sous une multitude de formes profitant des inégalités sociales.
Il est impossible d’estimer le nombre de femmes, d’hommes et d’enfants qui se prostituent à travers le monde. La prostitution s’exerce, en effet, souvent dans un contexte d’illégalité et de clandestinité même dans les pays où elle est légalisée. Des chiffres sont parfois avancés mais ils sont tellement approximatifs que nous avons choisi de ne pas vous les présenter ici.
Il est également impossible d’apporter une réponse précise à la question de l’âge moyen des personnes prostituées. On parle souvent des alentours de 25 ans. Beaucoup de filles ou de garçons affirment avoir débuté la prostitution bien avant leurs 20 ans.
Historiquement, les personnes prostituées ont souvent été maltraitées par la société et par le regard des autres. Mais finalement qui sont-elles? Tentons de déconstruire quelques idées reçues…
«C’est un métier où l’on peut gagner beaucoup d’argent en très peu de temps.»
On ne peut pas le nier, c’est effectivement une activité qui peut rapporter énormément d’argent en très peu de temps. Malheureusement, on constate que très peu de filles et de garçons s’enrichissent. Au contraire. Par exemple, la plupart des personnes dont l’asbl Icar (association liégeoise de prévention, de suivi médical et de travail de rue auprès des personnes en lien avec la prostitution) s’occupe sont surendettées.
C’est de l’argent vite gagné et donc vite dépensé. Beaucoup compensent ce travail physiquement et psychologiquement éprouvant en fonctionnant dans le ‘tout tout de suite’. Par exemple, elles vont dépenser la majorité de leur argent dans tout ce qui est matériel. Certaines filles qualifient cet argent de «sale» et le convertir immédiatement en objets sans importance serait un moyen de le purifier, d’évacuer toute trace de culpabilité.
« Elles sont toutes nymphomanes .»
Peu de filles font ce travail par amour du sexe. Il ne faut pas oublier que se prostituer relève d’un acte qui se paie au niveau de la santé physique (sida, IST, hépatites…) mais aussi de la santé psychique (isolement, instabilité affective, perte d’identité…)(3). Les personnes prostituées ont des relations multiples avec des hommes de tous âges et de tous milieux sociaux. Ces hommes peuvent être attirants ou repoussants, avec parfois des fantasmes peu communs.
« Elles sont incapables d’élever convenablement des enfants .»
Il y a de «bons» parents et de «mauvais» parents. C’est rarement leur métier qui fait d’eux de «mauvais parents». Les mères prostituées font généralement tout pour protéger leurs enfants du milieu de la prostitution. En dehors du conjoint, l’entourage proche est peu souvent au courant de leur vraie activité.
Les extrêmes existent aussi. Il arrive que la prostitution devienne une activité familiale. Les travailleurs sociaux d’Icar ont connu des filles qui partagent le même salon que leur mère ou encore une femme qui fait le trottoir en compagnie de sa belle-fille.
« Elles n’ont pas le choix, elles sont obligées d’exercer cette activité .»
Actuellement à Liège, il y a très peu de filles et de garçons qui se retrouvent dans un réseau.
La plupart des personnes prostituées présentent leur entrée dans la prostitution comme un choix personnel, elles disent n’avoir pas été contraintes à faire ce travail.
« Elles propagent les maladies vénériennes .»
Beaucoup de ces femmes ont un sens de l’éthique: il n’est pas question pour elles d’avoir une relation sexuelle sans protection. En effet, leur corps est leur unique outil de travail, c’est pourquoi elles l’entretiennent et refusent catégoriquement de l’exposer délibérément aux dangers potentiels.
Par contre, force est de constater que la situation est différente chez certains clients qui sont prêts à payer très cher pour une relation sans préservatif. Si des personnes prostituées acceptent, ce n’est que par l’inconfort de leur situation et leur besoin aigu d’argent.
« Elles ont toutes un problème de toxicomanie .»
Drogue et prostitution ne sont pas indissociables. Les drogues illicites et l’alcool sont présents dans le milieu prostitutionnel mais certaines personnes prostituées refusent d’absorber des substances qui pourraient les amener à perdre le contrôle de la situation. Ces dernières conçoivent leur activité comme un métier avec une déontologie qui lui est propre. Les personnes prostituées toxicomanes se rencontrent plus généralement dans la rue.
Catherine François , Présidente de l’asbl Espace P… (4), après un long travail au cœur de la prostitution, constate également qu’ « il n’existe pas un profil strict et caricaturé des personnes qui se prostituent . Ce sont au contraire des personnes aux parcours pluriels , multiples et sinueux . La prostitution s’est présentée historiquement comme unique moyen de survie pour certaines femmes qui ne bénéficiaient pas de la protection d’une famille , d’un mari ou d’un frère . De tout temps , les faveurs sexuelles ont été monnayables et ont constitué un revenu pour celles qui ne rentraient pas dans les cases normatives imposées par les sociétés archaïques .
Certaines commencent à se prostituer parce qu’elles sont prises dans la spirale infernale des dettes et des soucis financiers , d’autres parce que , par naïveté , elles décident de plaire à leur « homme » qui les pousse dans cette voie . D’autres encore sont attirées par la grande vie . Toutes placent l’argent et le souci de l’autre comme mobile central .
Car même les femmes provenant de milieux aisés qui choisissent de se prostituer souhaitent opter pour une vie de confort où l’argent doit fructifier . Il est clair toutefois que les conditions sociales et économiques jouent un rôle dans le recours à la prostitution . Mais elles n’expliquent pas tout . Car toutes les femmes pauvres , au chômage , précarisées et exclues ne se prostituent pas . Il faut reconnaître aussi que les personnes prostituées proviennent de tous les milieux socioculturels et économiques .» ( 5 )

Le cadre légal
Afin de mieux cerner et percevoir la complexité de la question, il importe à ce stade de brosser le contexte de la prostitution telle qu’elle s’exerce. Quelles sont les différentes législations relatives à la prostitution?
Au niveau international, le texte de référence en matière de prostitution est la Convention pour «la répression de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution d’autrui» approuvée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 2 décembre 1949, dans la foulée de la Convention internationale des droits de l’homme adoptée par cette même assemblée. Elle a été signée à New York le 21 mars 1950 (6).
Les législations dans les différents pays sont très diverses, culture et histoire obligent.
Schématiquement, elles sont habituellement classées selon trois démarches: la réglementation, l’abolition et la prohibition (7).

La réglementation de la prostitution
Ce régime est actuellement en vigueur en Allemagne, aux Pays-Bas, au Portugal…
Dans un système de réglementation, on part du postulat que la prostitution est un fait social inévitable, un mal nécessaire. Plutôt que d’interdire, il s’agit de contrôler en soumettant la prostitution à des règles dans l’intérêt du maintien de l’ordre public et des bonnes mœurs.
La prostitution est organisée et considérée comme un métier: les maisons closes sont la propriété du pouvoir public ou sont soutenues et contrôlées par lui. Les tenanciers ne sont donc pas poursuivis, les prostituées sont enregistrées et soumises à des contrôles médicaux. Le système n’envisage pas de mesures, ni de prévention, ni de réinsertion des personnes prostituées. L’objectif est de contrôler la prostitution en la canalisant dans des quartiers ou des endroits prévus à cet effet.

L’abolition de la prostitution réglementée
Ce système juridique est d’application en Belgique, en France, au Québec, en Italie, en Espagne…
Ce système se base sur la Convention internationale de 1949.
Il entend abolir les règlements spécifiques à la prostitution et les discriminations qu’ils engendrent et non pas abolir la prostitution elle-même. Dans ce régime, la personne prostituée est considérée comme une victime et la prostitution comme une activité libre, un acte privé qu’il n’y a pas lieu de réprimer pour autant qu’il ne trouble pas l’ordre public ou ne heurte pas la morale collective.

La prohibition de la prostitution
Ce régime est notamment en vigueur dans certains États américains, en Afrique du Nord, dans les pays de l’Est, aux Philippines, en Suède…
La prostitution est interdite et est considérée comme un délit; la personne prostituée est une délinquante et toute personne qui gravite autour de la prostitution peut être accusée d’activité illégale. Proxénètes et clients sont passibles de poursuites pénales.
Pour Michaël Dantinne , professeur à l’École de Criminologie de la Faculté de Droit à l’ULg, l’évaluation de ces politiques est très difficile à réaliser. En Suède par exemple, il est impossible selon lui d’affirmer que la prostitution a diminué ou augmenté. La seule certitude, c’est qu’elle s’est déplacée de l’urbain au rural et des lieux publics vers des lieux privés.

En Belgique et à Liège
Dans notre pays, les différentes propositions de lois ont toujours suscité beaucoup de controverses et de débats. Jusqu’à la moitié du 20e siècle, la Belgique a vécu sous un régime réglementariste.(8)
Le vote, le 21 août 1948, de la loi sur l’abolition de la prostitution réglementée, sous l’impulsion de la socialiste Isabelle Blume (9), est venu modifier cette situation.
Le 2 décembre 1949, comme 53 autres pays, la Belgique adhère à la Convention internationale. Elle sera ratifiée par la loi belge le 6 mai 1965. La Belgique confirme ainsi la conception abolitionniste de son régime.
Concrètement, depuis 1948, la prostitution est donc légale en Belgique. Par contre, l’exploitation de la prostitution demeure interdite par le Code pénal, par exemple l’embauche d’une personne prostituée ou la tenue d’une maison close. Notons toutefois que le racolage (appeler un client), l’incitation à la débauche (se montrer en ‘jarretelles’ à la vue des passants) et la publicité (publier une annonce à caractère érotique) sont également des actes interdits par le Code pénal.
Dans ce cadre, il est parfaitement possible pour une personne prostituée d’exercer son activité de façon officielle en bénéficiant de la protection sociale des indépendants avec le statut de serveuse ou de masseuse et en payant ses impôts au titre de revenus d’activités diverses ou complémentaires. La prostitution, en Belgique, ne constitue pas une profession. Les personnes prostituées ne peuvent donc pas être déclarées comme prostituées. Elles sont de plus très peu sensibilisées à la gestion du statut d’indépendant.
Drôle d’encadrement législatif qui consiste à admettre la prestation rémunérée mais à ne pas en accepter la promotion et la publicité. Cela laisse une part importante à l’interprétation de la loi et à l’arbitraire dans la manière dont le législateur qualifie le racolage, l’incitation à la débauche et la publicité. Sur le terrain, on constate un laxisme des parquets à l’égard du proxénétisme et une tolérance presqu’institutionnelle vis-à-vis de certains établissements. C’est dire toute l’ambiguïté qui plane autour du travail du sexe et qui insécurise les travailleuses dans leur quotidien.
Pour Sophie Jekeler , juriste et Présidente du Nid (10), « l’approche belge résulte davantage d’un savant compromis entre pragmatisme et dogmatisme . La position de la Belgique , entre les Pays – Bas réglementaristes et la France abolitionniste , explique sans doute ceci , mais pas seulement . La Convention du 2 décembre 1949 n’ayant ni effet contraignant pour les États signataires , ni dispositif de contrôle , il subsiste en Belgique de nombreuses composantes réglementaristes dans les politiques communales .» (11)
La loi de 1948 a permis aux communes de prendre des dispositions particulières en matière de mœurs, notamment par l’adoption de règlements communaux qui ont pour objet d’assurer la moralité et la tranquillité publique.
À Liège, on constate la coexistence de différentes pratiques de prostitution. Aux anciens salons de prostitution et à la prostitution de rue observable dans le quartier Cathédrale–Nord, s’ajoutent les bars à serveuses, les clubs à hôtesses et les salons de massage répartis dans des lieux strictement délimités par le règlement de police ainsi que la prostitution en privé.
Les salons de prostitution . Dans un salon, la personne prostituée est installée sur un tabouret, derrière une vitrine face à la rue. À l’intérieur de ce salon, il y a un lit, un évier et une toilette. Les prostituées de salon payent leur salon à la semaine et elles conservent l’entièreté de leurs gains. Il restait, avant leur fermeture, 47 salons pour deux rues, une centaine de filles et travestis assuraient les trois pauses. Ces vingt dernières années, le nombre de salons a fortement diminué; d’une vingtaine de rues réservées à la prostitution, il n’en reste aucune. Les raisons de cette suppression sont liées aux diverses modifications de la réglementation communale et aux projets de développement urbain.
La prostitution de rue . Ici, on a très peu de chiffres officiels. L’asbl Icar et la Brigade des moeurs estimaient en 2008, qu’il y avait plus d’une centaine de filles et de travestis qui travaillent dans la rue. Le racolage actif sur la voie publique est interdit. À Liège, la prostitution de rue est étroitement liée à la toxicomanie (90% des personnes). Ces personnes pratiquant le racolage ne se considèrent pas comme des professionnels. Lorsqu’elles ont gagné suffisamment pour acheter leur dose, elles arrêtent de travailler. Certaines pratiquent parfois des prix très bas au point de casser le marché. Elles sont donc très mal perçues par les prostituées de salon. L’insécurité est également omniprésente, les agressions réalisées par et sur les clients sont fréquentes mais il y a aussi les règlements de compte entre elles.
Les bars à serveuses . La personne prostituée est exposée en vitrine comme dans un salon. La différence réside dans le fait qu’elle est considérée comme serveuse c’est-à-dire que l’objectif est de faire boire le client sans contrepartie sexuelle. Dans la réalité, la plupart des rencontres se concluent par une relation sexuelle. La serveuse travaille aussi par pause de huit heures et ristourne 50 % de ses gains au gérant du bar. Elle doit également s’acquitter d’une taxe de vitrine de 15 euros par jour. Avec les travaux de la gare des Guillemins, de nombreux établissements ont été expropriés. Actuellement, il reste une dizaine de bars ouverts. Une trentaine de filles et travestis y travaillent. Pour le client, le bar donne l’illusion d’un standing plus élevé car le contexte est différent ainsi que les prix qui sont plus conséquents que pour une relation avec une personne prostituée de salon.
Les clubs à hôtesses . Il en reste quelques-uns. Là aussi on constate une diminution progressive qui semble liée à un manque de rentabilité. Une vingtaine de filles travaillent dans ces clubs.
Les salons de massage . Il existe une dizaine d’établissements érotiques à Liège, qui emploient une septantaine de personnes. En théorie, ces établissements ne sont pas destinés à des personnes prostituées qui acceptent des pratiques sexuelles complètes. En réalité, les filles et les garçons offrent un éventail de services.
Le privé et les petites annonces . Il n’y a pas de chiffre et il y a peu de contrôle. Cette forme de prostitution est en forte expansion depuis l’arrivée d’Internet.
Comme pour les statistiques internationales, il est important de préciser que ces chiffres donnent une image tronquée de la réalité. En effet, un certain nombre de personnes prostituées ne sont pas répertoriées. Il s’agit notamment
– des prostitués masculins: contrairement à leurs homologues féminines, ils sont rarement contrôlés par la police et évitent ainsi le fichage;
– de certaines femmes travaillant dans la rue, par exemple les occasionnelles et les mineures d’âge, qui ne sont pas connues par les forces de l’ordre car elles ont pu jusqu’à ce jour éviter les contrôles;
– de la prostitution à domicile, d’Internet, de certains lieux publics tels que les parcs et des parkings d’autoroute où se côtoient prostitution et rencontres non payantes… Ce sont des lieux de prostitution moins visibles, moins accessibles, aussi bien pour la police que pour les associations de terrain, qui tentent cependant d’y réaliser un travail de prévention.
Pour l’ensemble du milieu prostitutionnel liégeois, les travailleurs sociaux d’Icar pensent que la plupart des personnes prostituées viennent de l’Europe de l’ouest. Les africaines noires sont également présentes, viennent ensuite les femmes des pays de l’Est.
Chantal Leva , Directrice du Centre liégeois de promotion de la santé, membre du Conseil d’administration d’Isatis (12) et Michèle Villain , Coordinatrice d’Icar (13), Présidente d’Isatis
La fois prochaine, nous aborderons le débat toujours très vif entre partisans de l’abolition de la prostitution (notamment en pénalisant les clients) et ceux qui plaident plutôt pour une approche inspirée de la réduction des risques. Lire la seconde partie de cet article.
(1) Jugement attendu en juin 2012
(2) Disponible à partir de http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/prostitution
(3) Martens V. Les prostituées féminines . Stratégies concertées IST-Sida. 2009, cahier 7. Disponible à partir de http://www.strategiesconcertees.be
(4) Association d’action et d’accompagnement aux travailleuses sexuelles en Fédération Wallonie-Bruxelles qui dispose d’une antenne à Liège. Internet: http://www.espacep.be
(5) François C., Sexe, prostitution et contes de fées . Liège: Luc Pire, 2011. 153p.
(6) Convention pour la répression de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution d’autrui. Disponible à partir de
http://www2.ohchr.org/french/law/exploitation.htm
(7) Devroey M., Pour une gestion réaliste de la prostitution en Belgique . Bruxelles: Bruylant, 2005.
(8) Norelli M. Prostitution et dépression: étude d’une population de personnes prostituées de la rue à Liège . Mémoire master en criminologie. Liège: ULg, 2011-2012, 95p.
(9) Femme politique belge, élue députée socialiste de Bruxelles, de 1936 à 1951.
(10) Association qui a pour but de promouvoir la reconnaissance des prostituées en tant que citoyennes à part entière et de défendre leurs droits, rebaptisée depuis peu Entre2. Internet: http://www.entre2.org .(11) Lemaire J.Ch. La prostitution Pour ou contre la législation? Bruxelles: Espace de Libertés, 2004.145 p. (La pensée et les hommes, 54).
(12) Initiative d’aide aux travailleurs indépendants du sexe
(13) Association liégeoise de prévention, de suivi médical et de travail de rue auprès des personnes en lien avec la prostitution. Internet: http://www.icar-wallonie.be