Spatialiser les inégalités d’accès aux droits fondamentaux en Wallonie et en tirer des cartes interactives. C’est le tour de force réalisé par l’Iweps, l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique, qui distingue 8 clusters. Utile pour penser les actions de promotion de la santé.
L’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique (Iweps) a publié en juillet dernier un rapport qui décortique son Indicateur synthétique d’Accès aux droits fondamentaux (ISADF) de 2025. L’ISADF 2025 mesure l’accès effectif de la population des 252 communes francophones de Wallonie à 13 droits fondamentaux parmi lesquels ceux au « meilleur état de santé physique et mental susceptible d’être atteint, et à l’aide médicale », à « une alimentation suffisante, adéquate et de qualité », aux « revenus conformes à la dignité humaine », ou encore à « l’épanouissement social et culturel ».
Quelques éléments peuvent en être retirés en termes de santé et de promotion de la santé, en particulier la corrélation entre les moyens financiers et l’accès à bon nombre des droits fondamentaux.
À 500 euros près
L’analyse des données confirme que la précarité est un facteur significatif de l’accès aux droits fondamentaux. « L’indicateur REV6 (lié au fait de ne pas pouvoir faire face à une dépense imprévue de 500 euros) permet de donner un aperçu assez fidèle de l’accès global aux droits fondamentaux », affirme Baptiste Feraud, chercheur statisticien à l’IWEPS.
La question de l’alimentation aussi en dit long sur la situation globale de privation matérielle, constate le rapport. « L’indicateur composite lié à l’alimentation est celui qui atteint le score le plus élevé de corrélation par rapport à l’ISADF global (coefficient de corrélation : 0,95). » Il comprend à la fois la difficulté à financer une alimentation saine, la peur de manquer de nourriture avant la prochaine rentrée d’argent ou de ne pas avoir les moyens d’acheter des fruits et légumes ni des protéines (viande, poisson ou autres sources de protéines). Cette réalité ne se cantonne pas aux grandes villes du sillon Sambre-et-Meuse, elle concerne aussi certaines zones rurales, en particulier au sud de la province de Namur et le long de la frontière française.
Les liens entre les droits
Il apparait aussi que le droit à une bonne santé est le plus fortement corrélé à l’épanouissement social et culturel qui englobe notamment la santé mentale ou encore la pratique sportive ; suivent ensuite les droits liés à une alimentation saine et suffisante, l’éducation, le numérique et seulement ensuite le niveau de revenus (qui atteint toutefois un score élevé). Celui-ci constitue aussi un élément décisif dans l’accès à une activité physique régulière : ainsi, moins les personnes interrogées ont d’argent, moins elles font de prévention par le sport.
Autre fait notable que ce rapport fait ressortir : « Une offre correcte (comme un service d’urgences à moins de 30 minutes) ne va pas de pair avec un accès effectif élevé à cette offre. En effet, si les personnes n’ont pas les moyens financiers de les payer ou de s’y rendre, elles ne s’y rendront pas… Notons aussi que les droits à accéder à une alimentation adéquate et de qualité et à un revenu suffisant sont les plus corrélés entre eux (coefficient égal à 0,88) ».
Qu’est-ce que le coefficient de corrélation ?
C’est un outil statistique qui mesure l’interdépendance entre deux variables. Il est représenté par un nombre compris entre -1 et 1. Plus il s’approche de 1, plus la corrélation existe : si l’un augmente, l’autre augment aussi. À 0, les deux variables ne sont pas liées. À -1, la relation est inverse : si l’un augmente, l’autre diminue).

Le deuxième volet du document fournit une analyse spatiale des résultats sous forme de carte. Les communes sont regroupées en 8 clusters sur base de leurs scores en termes d’accès aux droits fondamentaux : du cluster 1 où l’accès est le plus faible, au cluster 8 où il est le plus élevé. L’objectif est d’identifier les communes aux accès comparables et de tenter de comprendre pourquoi ils le sont, mais aussi, à contrario, pourquoi des communes peuvent être si dissemblables.
Au-delà des constats

Sur le site isadf.iweps.be, il est possible de comparer les scores d’accès à chaque grand groupe de droits fondamentaux entre deux communes et par rapport à la moyenne wallonne. Sur cet exemple, les scores des communes d’Engis (en orange) et Waterloo (en gris foncé) par rapport à la moyenne wallonne (en bleu).
Sur base des nombreux constats de ce rapport, des pistes d’actions pourraient être adaptées, renforcées, voire créées. Par exemple, on peut en déduire que les acteurs de promotion de la santé gagnent à travailler de concert avec des structures de lutte contre la pauvreté, les moyens financiers semblant constituer un levier essentiel dans bon nombre de droits. Et si l’utilité des actions visant à favoriser l’alimentation saine fait ses preuves, il pourrait être utile d’insister sur son rôle sur la santé des populations ciblées.
La cartographie publiée dans l’analyse pourrait aussi aider des structures à se développer dans les zones où les besoins sont les plus importants et à organiser ou renforcer une collaboration dépassant le cadre communal entre les acteurs de terrain. Quant aux cartes interactives proposées et qui donnent le profil détaillé de chaque commune, elles pourraient permettre aux acteurs de terrain d’identifier les leviers d’actions à mobiliser en priorité.
Pour en savoir plus :
Le rapport n°69 de l’IWEPS « Analyses endogènes et spatiales de l’ISADF 2025 » (juillet 2025) https://www.iweps.be/publication/analyses-endogenes-et-spatiales-de-lisadf-2025/
Pour trouver les cartes interactives : isadf.iweps.be