Articles de la catégorie : Lu pour vous

Légalisons le cannabis!

Le 30 Déc 20

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Légalisons le cannabis!

Le moins qu’on puisse écrire, c’est que la dernière livraison du trimestriel ‘Drogues Santé Prévention’ annonce clairement la couleur. C’est même à se demander ce que son rédacteur en chef Julien Nève et ses collaborateurs pour ce numéro ont consommé pendant sa préparation…

En réalité, ce procès de la prohibition, ce plaidoyer en faveur de la légalisation ne fait que refléter une lente mais régulière évolution des mentalités, qui commence même aujourd’hui à ébranler les certitudes de milieux insensibles jusqu’ici aux arguments de réduction des risques et de santé publique.

L’argumentaire se décline sur les plans judiciaire (Marc Nève, avocat et Christine Guillain, Liaison Antiprohibitionniste et Ligue des Droits de l’homme) et législatif (Michael Hogge, Eurotox et Bruno Valkeneers, Ligue Antiprohibitionniste).

Dans un autre article du dossier, on peut lire ces propos qu’on a peine à imaginer tirés du même raisonnement:

D’abord ceci: «Régulière et inscrite dans la durée, la consommation du cannabis peut devenir l’objet d’une dépendance, voire chez certaines personnes faciliter l’émergence de troubles cognitifs. (…) Le cannabis est la troisième substance après l’alcool et les opiacés à l’origine d’une demande de traitement, et sur l’ensemble des personnes prises en charge en 2012 par le secteur spécialisé, 28,4% l’ont été d’abord pour un usage problématique de cannabis.»

Puis ceci:«À l’instar des expériences américaines, les producteurs de cannabis devraient très certainement se voir délivrer une licence par l’État belge. La vente elle-même devrait être contrôlée par l’État, qui pourrait délivrer des licences de vente de cannabis suivant différents critères notamment de santé publique.»

Ces deux extraits, qu’on penserait l’un sorti du discours dominant sur la question et l’autre d’un pamphlet de dangereux activistes libertaires, sont de la plume d’Alexis Jurdant, chargé de projets et de communication à la Fedito Bruxelles. Comme quoi le combat en faveur de la décriminalisation n’exclut pas la nuance dans le propos!

«La légalisation du cannabis est à ce point devenue une évidence que s’impose à nous la nécessité de concentrer notre énergie critique sur ce qui pose vraiment question, à savoir la détermination du mode de réglementation du marché du cannabis.» écrit aussi le rédacteur en chef Julien Nève dans son éditorial.

N’exagérons quand même pas!

Légalisons le cannabis!, Prospective Jeunesse, Drogues Santé Prévention numéro 72.

Prospective Jeunesse, chaussée d’Ixelles 144, 1050 Bruxelles. Tél.: 02 512 17 66. Courriel: revue@prospective-jeunesse.be. Internet: www.prospective-jeunesse.be. Les articles de ce numéro peuvent être téléchargés séparément sur le site.

L’animal pour éduquer?

Le 30 Déc 20

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L’animal pour éduquer?

Animal sauvage ou domestique, petite ou grande bête, d’ici ou d’ailleurs… On l’observe, on le touche, on le mange aussi. L’être humain entretient avec l’animal une relation riche, complexe, diversifiée. Une relation qui peut être source de nombreux apprentissages mutuels, de l’autre, du vivant, du monde…

À la croisée entre éducation et bien-être, le dossier du numéro 107 du magazine SymbiosesNote bas de page questionne notre rapport à l’animal et sa place en Éducation relative à l’Environnement (ErE). Pour ce faire, des articles de réflexion et des reportages de terrain mettent en avant des projets d’écoles, de quartiers et des activités portées par des associations spécialisées dans le domaine du bien-être animal et de l’éducation à l’environnement. Aussi, une recension d’outils pédagogiques et d’adresses utiles invitent le lecteur (enseignant, animateur, éco-conseiller, parent…) à aller plus loin encore dans sa démarche tant réflexive que de mise en action concrète.

Moins 15%

Dans son éditorial de ce même numéro, Joëlle Van Den Berg, directrice de publication, écrit ceci: «Touché par les mesures d’austérité, le secteur environnemental, aux côtés d’autres secteurs du non-marchand, comme le social et la santé, est fragilisé par des diminutions (de 15% et plus) de ses subsides avec pour conséquences directes la réduction et la précarisation de l’emploi. En perspectives: la diminution des services en nombre et en qualité.»Un constat qui nous est malheureusement familier…

Ce numéro peut être commandé en ligne (4 euros) ou téléchargé sur www.symbioses.be.

Réseau Idée, rue Royale 266, 1210 Bruxelles. Tél.: 02 286 95 70. Courriel: info@reseau-idee.be. Internet: www.reseau-idee.be. Antenne wallonne: rue Nanon 98, 5000 Namur. Tél.: 081 39 06 96.

Symbioses, le magazine de l’Éducation à l’Environnement, est réalisé par le Réseau IDée. Il s’adresse aux enseignants, animateurs, parents, éco-conseillers, éducateurs… qui désirent mener des activités, des projets ou des événements d’éducation à l’environnement auprès des publics jeunes et moins jeunes. Il paraît 4 fois par an, abonnement de 12 euros.

La prévention par les pairs

Le 30 Déc 20

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La prévention par les pairs

Dans le domaine de l’éducation pour la santé auprès des jeunes, toutes les réflexions menées, y compris dans les textes très officiels, soulignent l’importance de réfléchir aux méthodes et à leur diversification, en mettant l’accent sur la participation active et interactive des jeunes. Mais qu’en est-il dans les faits ? Peut-on s’appuyer sur les jeunes pairs dans tous les domaines de la santé ? À quelles conditions ? Comment ?

À travers l’analyse d’actions menées au niveau local ou sur l’ensemble du territoire, ce numéro paru récemment des ‘Cahiers de l’action’ , ‘Éducation pour la santé des jeunes : la prévention par les pairs’ propose de se pencher sur cette question passionnante. C’est également l’occasion de souligner que les questions de santé chez les jeunes ne se limitent pas aux consommations de tabac, d’alcool, de cannabis, ni aux pratiques dites ‘à risque’; la diversité des actions choisies se lit aussi dans la manière de faire de la prévention auprès des jeunes et dans les formes que celle-ci peut prendre (maraude pour aller vers les jeunes, festival, exposition, concours d’affiche, etc.).

Cette diversité des approches et des thématiques permet de saisir toute la pertinence de la démarche mais contribue aussi à en saisir les limites : elle conduit en particulier à s’interroger sur la formation des jeunes pairs-éducateurs et par contrecoup sur le rôle et la posture des professionnels adultes chargés d’éducation pour la santé auprès des enfants.

Au sommaire

Questions – Réflexions

  • Qu’entend-on par ‘éducation pour la santé par les pairs’, par Yaëlle Amsellem-Mainguy
  • Éducation populaire et éducation pour la santé par les pairs, des liens intrinsèques, par Fabienne Lemonnier, Éric Le Grand
  • L’éducation pour la santé par les pairs dans les débats actuels, par Éric Le Grand

Pratiques – Analyses

  • Introduction, par Yaëlle Amsellem-Mainguy, Éric Le Grand
  • Lutte contre le sida: une jeunesse actrice de sa prévention, Mélanie Hubault, Julie Santolini
  • «Aller vers», un dispositif de déambulation pour prévenir la consommation d’alcool des jeunes par leurs pairs, par Lénaïg Cardona
  • Pairs et santé dans l’errance, par François Chobeaux
  • Place et rôle d’internet dans l’éducation par les pairs: l’exemple Onsexprime.fr, par Lucile Bluzat , Delphine Kersaudy-Rahib, Julie-Mattéa Fourès, Nicolas Faget
  • Réflexions autour des programmes de prévention du suicide par les pairs, par Enguerrand du Roscoät
    Conclusion, par Yaëlle Amsellem-Mainguy, Éric Le Grand

Pistes

  • Professionnaliser les pairs-éducateurs est-il nécessaire ? par Éric Le Grand
  • Place et rôle de l’adulte-référent dans un dispositif de pair à pair ‘adultes-jeunes’: considérer les compétences de chacun, par Jean-Christophe Azorin
  • Animateur en milieu scolaire sur la vie affective et sexuelle: prévenir sans être pair, Fanny Gaucher et Caroline Janvre avec la collaboration de Jihenne Tliba

Ressources

Des éducations favorisant la lutte contre les inégalités sociales

(…) Ces deux éducationsNote bas de page mettent l’empowerment au cœur de leur projet, notamment par le biais de la participation active et réelle des jeunes. Cette posture ‘éducative’ montre toute sa pertinence et son efficacité dans la lutte contre le développement des inégalités sociales de santé notamment. Les recherches montrent la nécessité de dépasser l’approche restrictive d’une éducation fondée sur une simple transmission et acquisition de connaissances, pour y inclure comme finalité et objectif des processus permettant le développement du savoir-être et du savoir-faire et du ‘pouvoir d’agir’.

Ces différents éléments, qui doivent être inhérents à toute action éducative, rejoignent les théories d’Amartya Sen sur le développement des ‘capabilités’. Le développement des capacités d’expression, les aptitudes à accéder aux droits, aux savoirs, aux savoir-être et au savoir-faire doivent permettre de limiter l’accentuation des inégalités sociales. Au travers des capabilités, Sen repose la question d’une éducation pour tous, dans une perspective d’émancipation de l’individu lui permettant de renforcer son ‘pouvoir d’agir’.

Cette mission de l’éducation se réfère aussi à celle de l’éducation populaire : «L’éducation populaire (autonome), c’est l’ensemble des démarches d’apprentissage et de réflexions critiques par lesquelles les citoyens et citoyennes mènent collectivement des actions qui amènent à une prise de conscience individuelle et collective au sujet de leurs conditions de vie ou de travail et qui visent, à moyen ou long terme, une transformation sociale, économique, culturelle et politique de leurs milieux.» (Mouvement d’éducation populaire et d’action communautaire au Québec)

(Extrait de la page 21)

Éducation pour la santé des jeunes: la prévention par les pairs, sous la direction de Yaëlle Amsellem-Mainguy et Éric Le Grand, Jeunesses, pratiques et territoires – Cahiers de l’action 43, décembre 2014, 13 euros. Édité par l’INJEP (Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire-, Observatoire de la jeunesse et des politiques de jeunesse. Internet: www.injep.fr

L’éducation pour la santé (comprise ici au sens de la promotion de la santé chez nous) et l’éducation populaire (que nous appelons en Belgique éducation permanente) – ndlr.

Libérer et responsabiliser pour refonder la solidarité

Le 30 Déc 20

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Libérer et responsabiliser pour refonder la solidarité

«La solidarité et la responsabilité sont incompatibles», voilà la critique fondamentale formulée à l’égard du filet de protection sociale, qui deviendrait un hamac dans lequel s’installeraient les assistés sociaux.

On peut répondre que celles et ceux qui font appel à la solidarité sont, de manière générale, issus de milieux sociaux, économiques et culturels moins privilégiés. Sommes-nous certains qu’ils «méritent» leurs difficultés économiques et sanitaires et, qu’à l’autre bout de l’échelle sociale, la situation des mieux nantis est le fait de leurs seuls mérites ?

Une telle réponse n’est pas suffisante car l’enjeu du maintien d’une société solidaire exige que l’on en établisse des fondements solides. L’auteur propose de réconcilier responsabilité et solidarité en exigeant les conditions d’une réelle responsabilité tant individuelle que collective, c’est-à-dire en revendiquant une réelle liberté pour tous.

Il défend l’idée que notre attitude à l’égard des autres, le soin (care) que l’on peut leur apporter est de nature à le libérer des injonctions de performances. La pratique de ce care peut aider chacun à accepter la vulnérabilité qu’il partage finalement avec toute l’humanité.

La maladie n’est pas seulement une absence de santé, elle peut devenir le lieu d’un désencombrement de l’existence, d’une certaine libération à l’égard des multiples contraintes de la vie, d’une vie plus humaine. Il dépend de nous tous de libérer l’autre dont nous sommes finalement responsables.

Table des matières

Introduction
Chapitre 1 : La solidarité en danger, les privatisations implicites
Chapitre 2 : Répondre aux critiques néolibérales : de la méritocratie aux capabilités
Chapitre 3 : Souci de soi, réification, reconnaissance et responsabilité
Chapitre 4 : La liberté ontologique, voie vers une responsabilité réelle
Chapitre 5 : Comment susciter la responsabilisation capacitante
Conclusion

Christian Léonard, Libérer et responsabiliser pour refonder la solidarité, Presses universitaires de Namur, Collection ‘Épistémologie et éthique du vivant’, 2015, 344 pages, 25 €.

L’alcool en questions

Le 30 Déc 20

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L’alcool en questions

L’alcool remonte le moral. Une petite cuite n’a jamais tué personne. Boire un café atténue les effets de l’alcool. Le Binge drinking est un nouveau fléau… De nombreuses idées reçues, certaines fondées, d’autres pas, sont véhiculées à propos de l’alcool et de ses conséquences.

L’ouvrage ‘L’alcool en questions’ publié sous la direction de Vincent Seutin, Jacqueline ScuvéeMoreau et Étienne Quertemont soulève de multiples questions: s’agit-il d’une drogue? Est-il aphrodisiaque? L’alcoolisme est-il héréditaire? Peut-on en guérir? Combien l’alcool coûte-t-il et rapporte-t-il à la société?

Ce livre a pour but de démonter une quarantaine d’idées reçues sur l’alcool et de répondre aux questions que beaucoup se posent. Les auteurs s’appuient sur les connaissances scientifiques actuelles pour éclairer le sujet. Ils abordent les thèmes suivants: les effets positifs, les effets négatifs sur la santé, les effets négatifs sur le comportement, l’ivresse, la maladie alcoolique, la consommation (qui, comment, combien), le coût socialIl est indéniable que l’excès d’alcool est nuisible à la santé. Mais il y a aussi une littérature scientifique attribuant des effets positifs à une consommation modérée. Si les abstinents complets sont parfois qualifiés de rabat-joie, les alcooliques chroniques (de 5 à 10% des Occidentaux) sont souvent trop vite stigmatisés. Ce qui est certain, c’est que l’alcoolo-dépendance est source de beaucoup de souffrance pour la personne et pour son entourage.

L’alcool en questions, sous la direction de Vincent Seutin, Jacqueline Scuvée-Moreau et Étienne Quertemont, Mardaga, Collection PSY-EIS, 2015, 224 pages, 25 euros.

‘En mille morceaux’, un roman et un site internet pour les jeunes

Le 30 Déc 20

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‘En mille morceaux’, un roman et un site internet pour les jeunes

[D’après le communiqué d’Infor-Drogues]

Pour les parents (et les éducateurs au sens large), les adolescents d’aujourd’hui ont parfois, souvent, passionnément… des comportements excessifs. Trop d’internet, de Facebook, de jeux, d’alcool, de cannabis, etc. C’est vrai que ces différents ‘objets’ sont très présents et parfois bien difficiles à gérer, même par les adultes!

Infor-Drogues a demandé à Nicolas Ancion d’écrire un roman pour les 15-17 ans qui décrirait les vies croisées de quelques jeunes de notre époque, eux aussi confrontés à tous ces objets. À travers leurs parcours, leurs relations, leurs familles, leurs espoirs et leurs difficultés on découvre comment chacun d’entre eux se débrouille: avec excès… ou pas.

Le site internet www.enmillemorceaux.be prolonge cette logique en proposant de nouvelles situations avec lesquelles le lecteur ou l’internaute pourra construire des relations entre le personnage de fiction, son environnement et son comportement. En effet, pour agir sur des comportements il est important d’en comprendre le sens.

Ce projet constitue la suite logique de l’outil ‘J’arrête quand je veux!’ centré sur l’utilisation des jeux vidéo et destiné aux enfants de fin de primaireNote bas de page [1]. «Avec le roman ‘J’arrête quand je veux!’ et le site internet (www.jarretequandjeveux.org), on a vraiment senti qu’on touchait un sujet très actuel et qu’on répondait à une demande de beaucoup d’instituteurs» rappelle Antoine Boucher, porteur du projet pour Infor-Drogues. Nicolas Ancion, déjà lui, avait su captiver les lecteurs avec l’histoire de Théo, un ‘grand’ de 12 ans qui découvre un jeu vidéo auquel il ne résistera pas…

Le site internet proposait des pistes pour les enfants, les parents et les instituteurs. «Le succès fut tel qu’on a naturellement eu envie de poursuivre la collaboration avec Nicolas, mais en visant cette fois un public adolescent avec une thématique qui leur parle», ajoute Antoine Boucher.

Des thématiques multiples et une difficulté à se dire

«J’ai visité plusieurs classes d’adolescents pour tenter de découvrir l’objet ou la prise de risque autour duquel bâtir mon roman», se souvient Nicolas Ancion. «Mais, très vite, je me suis rendu compte que je ne pourrais pas baser mon intrigue sur un objet unique. Les jeunes de cet âge-là ont des pratiques beaucoup plus diverses qu’en primaire. Déjà entre garçons et filles, c’est très différent. Je voulais écrire un roman avec plein d’histoires pour que chacun puisse s’identifier à certains personnages ou au contraire en rejeter d’autres» ajoute-t-il.

‘En mille morceaux’ présente donc plusieurs personnages sans qu’il y ait à proprement parler de héros principal. Cela permet de diversifier les situations, les contextes et donc les prises de risques.

«J’ai aussi été confronté à de lourds silences. C’est un âge où il est assez difficile d’évoquer certains comportements personnels, surtout en groupe» ajoute l’auteur. Face à ce constat, Infor-Drogues a dès lors privilégié un outil qui pourra être utilisé de façon individuelle. Antoine Boucher explique: «Nous n’avions pas envie de mettre des enseignants dans une situation difficile en leur proposant des activités de discussions collectives sur des sujets difficiles.»

Que proposer aux élèves?

Il poursuit: «Le site pourra être utilisé par des enseignants du cours de français pour travailler la compréhension à la lecture ou les caractéristiques des personnages. Le site donne des clés supplémentaires, va plus loin que le roman par exemple en sondant directement le visiteur.»

‘En mille morceaux’ propose un modèle de prévention assez éloigné des romans habituellement lus pour «faire de la prévention en classe». «À Infor-Drogues, nous entendons très régulièrement des jeunes (ou des moins jeunes) nous parler de romans tels ‘L’herbe bleue’ ou ‘Moi, Christiane F. 13 ans droguée, prostituée’ qu’ils ont dû lire à l’école. Ces romans veulent faire peur en présentant une réalité très effrayante. Mais la réalité qu’ils décrivent est très éloignée de celle de la grande majorité des jeunes. Ils ne peuvent que très difficilement se mettre à la place des personnages pour comprendre leurs comportements. Dès lors, leur vertu préventive est très faible selon nous».

Comprendre l’effet et la motivation, est-ce préventif ou incitatif?

À travers les personnages et leurs prises de risques, ‘En mille morceaux’ va tenter de faire comprendre que les motivations sont plus souvent relationnelles (pour faire plaisir, pour séduire, pour faire partie du groupe, pour paraître ceci ou cela, etc.). Dans notre société habituée à ne parler des drogues qu’en termes de conséquences négatives sur la santé, tout autre discours est parfois présenté comme ‘banalisant’ voire ‘incitant’. Est-ce vrai?

«J’ai écrit ‘En mille morceaux’ pour aider les lecteurs à prendre du recul et à se poser des questions», explique Nicolas Ancion. «Pour moi, à partir du moment où on se pose des questions, c’est déjà gagné!»

Même si cela peut paraître difficile à croire, la plupart de nos comportements ne sont pas le fruit d’une décision consciente et raisonnée qui aurait longuement pesé le pour et le contre. Si un humain est ‘pris’ par un comportement qu’il répète, c’est souvent qu’il n’a pas conscience de la motivation profonde de ce comportement. Infor-Drogues entend de nombreux témoignages de personnes ne comprenant pas leur prise de produit. De nombreux fumeurs n’ont, par exemple, pas du tout conscience qu’ils commencent à fumer pour paraître plus âgés. Cette influence inconsciente est par contre très maîtrisée par les publicitaires.

Ainsi, un axe essentiel de la prévention sera de faire prendre conscience des motivations liées aux consommations de drogues, d’alcool ou aux prises de risques. Toute la difficulté est que cela doit être découvert par le public lui-même! Le dire de façon extérieure est presque toujours invalidé par le sujet. C’est ici que l’utilisation de personnages de fiction attachants et proches auxquels le public peut s’identifier peut se révéler une piste très intéressante.

Infor-Drogues

Depuis 1971, l’asbl travaille les questions de prévention avec les professionnels de divers secteurs (éducatif, social, médical…) en s’appuyant notamment sur sa pratique auprès des usagers de drogues et de leur entourage.Chez Infor-Drogues, on peut:

  • trouver un lieu où parler et s’informer 24h/24 dans l’anonymat au 02 227 52 52;
  • dialoguer par internet via la e-permanence de www.infordrogues.be;
  • rencontrer quelqu’un pour faire le point (02 227 52 52);
  • obtenir de la documentation et des supports pédagogiques (02 227 52 56);
  • bénéficier d’un accompagnement par l’équipe de prévention: entretiens ponctuels, sessions de formation, supervision d’équipe… (02 227 52 61);

Infor-Drogues asbl, rue du Marteau 19, 1000 Bruxelles. Courriel: courrier@infordrogues.be.

En mille morceaux

Le livre

Une bande d’amis, les soirées, les couples qui se forment, l’alcool, le tabac, les rencontres. Il y a Frank qui se noie dans la fête, l’alcool, les pilules et la violence des fins de soirées quand la réalité est déformée par tant d’excès. Léa, son amoureuse, qui voudrait bien autre chose comme relation. Erik, un jeune qui s’engage, qui milite, qui a des idées… Il parle, parle, parle, se révolte, se mobilise, jusqu’à s’apercevoir qu’il n’écoute pas les autres. Il y a celle qui se cache derrière un pseudonyme, un profil Facebook, des relations virtuelles.

Et puis il y a l’amie qui décède inopinément. Ce décès agit comme un électrochoc pour tous ces jeunes qui partent un peu, beaucoup à la dérive. C’est le moment de s’interroger sur leurs pratiques, sur leurs repères.

Nicolas Ancion, En mille morceaux, 2015, Mijade Romans, 192 pages, 8 euros.

Le site www.enmillemorceaux.be

Des fiches d’activités en lien avec le livre, des pistes pour animer des débats collectifs, des pistes pour réfléchir individuellement (psychotest, quiz).

Voir l’article d’Alain Cherbonnier ‘J’arrête quand je veux!’, Éducation Santé n° 260, octobre 2010.

Le livret A de l’autonomie

Le 30 Déc 20

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Le livret A de l’autonomie

D’après un communiqué de Laisse ton empreinte

Évoquant par son titre un célèbre compte d’épargne en France, ce guide pratique précise son propos dans son sous-titre, ‘Ensemble, construisons l’autonomie de nos enfants’.

Destiné à tous les parents, cet outil pratique est ponctué par des témoignages de parents, de professionnels et enseignants des villes de Lomme et Wattrelos, dans le Département du Nord. Il évoque des situations concrètes d’apprentissage de l’autonomie qui vont de la petite enfance au collège. Il donne une large place à la dynamique de défis : à la fin de chaque chapitre un espace permet aux parents de noter leur attitude actuelle et ce qu’il aimeraient faire 6 mois plus tard.

Guidé par un solide bon sens, le guide propose des repères assez simples à mettre en œuvre entre 1 et 15 ans, avec la sagesse de recommander aux parents de ne pas prendre ses conseils au pied de la lettre.

Cinq chapitres très concrets sont abordés :
les déplacements;
la tétine – l’alimentation;
le sommeil – l’hygiène;
les devoirs – les loisirs – les écrans;
l’argent – les habits – le maquillage – les sorties.

Le tout en une cinquantaine de pages illustrées avec beaucoup d’humour et d’autodérision, ce qui est la marque de fabrique des bons conseils du Professeur Zoulouck (alias Luc Scheibling, auteur du livret).

Un petit exemple

«Quand ma fille de 15 ans rentrait par le métro, je l’attendais en cachette devant la station pour vérifier que tout allait bien. Un jour elle m’a vu et m’a dit : ‘tu vas arrêter de me mettre la honte, tu ne me fais pas confiance ou quoi ?’. Je lui ai dit que c’était pas en elle que j’avais pas confiance mais dans les autres et là elle m’a répondu : ‘mais tu sais bien que tu flippes tout le temps et sur tout papa !’ Et là je n’ai pas su quoi lui répondre car c’était vrai.» (un père).

Chaque pas accompli par l’enfant nous oblige en tant qu’adulte à lutter contre nos peurs. On a peur qu’il tombe quand il apprend à marcher, peur qu’il se fasse renverser quand il marche, peur de l’enlèvement ou de l’agression quand il commence à faire des trajets seuls. En même temps, si on ne lui apprend pas à se déplacer en autonomie, il risque de perdre confiance en lui, de devenir timoré ou au contraire très imprudent. Nous n’avons donc pas vraiment le choix. Parce qu’au moment du collège, il faudra bien le lâcher ! Le mieux est donc qu’il ait appris progressivement à devenir autonome pour que ça se passe bien.

Ainsi, pour l’entrée au collège où les peurs sont importantes, ça signifie concrètement pour le jeune d’avoir appris à :

  • se déplacer seul, traverser une route, un carrefour sans danger, ce qui implique de connaître les bases du code de la route;
  • se repérer, lire un plan, demander un renseignement;
  • anticiper l’heure de départ, les horaires de transport (bus, métro…) pour ne pas être en retard;
  • être en règle avec son titre de transport;
  • prévenir les autres en cas d’incident (famille, collège…), demander de l’aide.

(extrait)

Livret A – Autonomie, 48 pages, 5 euros. Édité par Laisse Ton Empreinte, 85 rue Masséna, 59000 Lille. Internet: www.laissetonempreinte.fr. Courriel: contact@laissetonempreinte.fr.

Génération jouissance

Le 30 Déc 20

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Génération jouissance

Prise de risques, comas éthyliques à l’adolescence, cuites à répétition : les occasions de s’inquiéter ne manquent pas pour les parents et les éducateurs.

‘Jeunes et alcool – Génération jouissance’, l’ouvrage écrit par Martin de Duve et Jean-Pierre Jacques, fait le pari de tenir un propos accessible sur les abus d’alcool et les autres ivresses à l’adolescence, sans tomber pour autant dans les clichés, les discours convenus, la vaine stigmatisation.

Il aborde les conduites d’ivresse des adolescents depuis leurs déterminants psychologiques ou familiaux jusqu’à leur inscription dans notre contexte de civilisation qui promet la jouissance à travers la consommation. Il décrit sans faux-semblant les usages et les excès, sans sombrer pour autant dans un catastrophisme systématique et déprimant, sans juger ni condamner, mais en s’efforçant de comprendre pour mieux intervenir.

En particulier, les auteurs dénoncent la responsabilité du très puissant lobby de l’alcool, ils décrivent ses pratiques sournoises de publicité et marketing dont le public jeune est une cible privilégiée. Ils interrogent aussi les moyens dont les pouvoirs publics disposent pour réagir, assez mollement faut-il le rappeler, dans notre pays à la culture brassicole très présente…

À partir de leur expérience professionnelle au contact des jeunes et de leurs familles, ils discutent avec la même conviction des perspectives thérapeutiques et des mesures à prendre en termes de prévention, au niveau individuel et familial comme au niveau collectif. Comment parler d’alcool en famille? Comment agir en tant que parent, éducateur, enseignant, spécialiste de la santé? Comment initier les adolescents plutôt que de les laisser en proie aux pousse-à-boire cyniques? Les auteurs nous offrent quelques pistes de remédiation précieuses…

Table des matières

L’alcool, notre drogue culturelle

De l’initiation familiale à celle des ‘alcooliers’

Pourquoi boit-on et pourquoi un jeune boit-il?

Quels sont les discours collectifs généralement entendus?

Les publicitaires savent pourquoi

Génération jouissance

Rites d’initiation et pratiques à risque

L’adolescence, un mauvais moment à passer

Les jeunes, des consommateurs pas comme les autres?

L’alcool-ravage: transgressions et pulsions de mort

Addiction, révolte et soumission

L’initiation au bien boire

Comment parler d’alcool?

Peut-on prévenir l’alcoolisme?

Suis-je alcoolique? Puis-je, dois-je m’arrêter? Dois-je me faire aider?

Lorsque les adultes sont démunis

Extrait

Nous baignons dans un monde hédoniste. Nous en sommes nourris, gavés. Et nous n’avons guère envie de sortir de cette société du divertissement généralisé. C’était aussi la solution des Romains. Elle leur garantissait la paix sociale: du pain et des jeux. On en est revenu là. Les gens (…) ont des jeux et un océan de psychotropes, alcools, joints et pilules pour aromatiser leurs loisirs. Les ados adoptent le modèle avec la fougue de leurs corps en pulsion. Plus que jamais dans l’Histoire, la jeunesse est en phase avec les idéaux de son temps, des idéaux de jouissance immédiate et d’ivresse consommatoire: c’est la génération jouissance.

Jeunes et alcool – Génération jouissance, Martin de Duve et Jean-Pierre Jacques, De Boeck, Collection ‘Comprendre’, 200 pages, 2014.

Promotion de la santé et web 2.0. Réflexions et bonnes pratiques

Le 30 Déc 20

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Promotion de la santé et web 2.0. Réflexions et bonnes pratiques

Le premier ebook en Belgique francophone abordant la communication web 2.0 en promotion de la santé

A l’heure du tout numérique, internet constitue une véritable opportunité pour le monde associatif de faire connaître ses projets, recueillir la parole des usagers ou tout simplement moderniser son image. Le secteur de la promotion de la santé n’échappe pas à la règle.

Sans aucun doute, le phénomène du web social séduit, non sans amener son lot de questions : quelles informations diffuser ? Dans quel but ? Les outils web permettent-ils de diminuer la fracture sociale en matière de santé ou, au contraire, la renforcent-ils ? Peut-on viser des changements de comportement par ce biais ? Quelle éthique en matière de santé sur le web ? Où s’arrêter ? Quelle confidentialité ? Quel soutien social permet-il d’offrir ? Comment mesurer l’impact des publications en ligne…?

Un ouvrage de référence interactif

Suite à sa journée ‘Promotion de la santé et web 2.0, parlons-en !’ du 18 mars 2014Note bas de page, l’asbl Question Santé nous propose, un an plus tard, une synthèse de ce colloque riche en contenus et en images au travers d’un ebook, un format bien à propos.

L’utilisation de ce format est une première dans le secteur de la promotion de la santé en Belgique francophone. Phénomène de mode ou pas, il semblait logique à l’asbl d’utiliser un nouveau média web pour partager le contenu de cette journée dédiée aux techniques de communication internet. Il permet aux personnes présentes de retrouver la teneur des discussions, analyses et débats. Et aux autres, de prendre part à cet échange.

Accessible en ligne, l’ebook se veut également un véritable outil de travail pour mener des projets sur le web. On peut ainsi y prendre des notes, y ajouter des signets, y visionner des vidéos, des interviews et des photos de la journée.

Entre réflexions de fond et bonnes pratiques

L’outil proposé par Question Santé s’attelle à contextualiser l’utilisation du web dans le domaine de la santé, et plus particulièrement celui de la promotion de la santé, en mettant en évidence les enjeux et limites de la communication web dans le secteur. Il évoque ensuite les usages d’internet en présentant des exemples pratiques. La question des inégalités sociales de santé inhérentes à l’utilisation du web fait elle aussi partie de la réflexion proposée.

Dans la seconde partie, une intéressante entrée en matière porte sur les outils web les plus populaires. Viennent ensuite les questions du développement d’une stratégie on-line, de la détermination d’objectifs spécifiques à la promotion de la santé en regard de l’évaluation d’impact des projets et de l’investissement humain et financier nécessaire malgré l’apparente gratuité du web.

La troisième partie de l’ebook présente des initiatives belges, mais aussi françaises et canadiennes d’actions et réalisations web.

Enfin, la dernière partie propose des références pour aller plus loin, à travers une bibliographie commentée par le Service communautaire UCL-RESO, que vous pouvez d’ailleurs lire dans ce numéro.

En plus de ces contenus, les internautes pourront trouver des interviews vidéo des animateurs, partenaires et participants de la journée, ainsi qu’une sympathique vidéo d’ambiance qui rappellera aux 120 personnes présentes les temps forts de l’événement.

L’ebook est disponible pour consultation et téléchargement à l’adresse www.questionsante.org/ebook.

Question Santé asbl, rue du Viaduc 72 – 1050 Bruxelles, Tél.: 02/ 512 41 74, Fax: 02 512 54 36, www.questionsante.org, info@questionsante.org.

Au menu

Édito

Promotion de la santé : internet or not internet

  • Web 2.0 et promotion de la santé: enjeux et limites
  • Internet l’incontournable
  • Internet et promotion de la santé: qu’en est-il des inégalités?

Internet pratique: Quoi? Quand? Comment? Pourquoi? Combien?

  • Introduction: internet, des outils à haut potentiel à votre portée
  • Les potentialités des outils web : Twitter, Facebook, YouTube, Blogs, LinkedIn, Google+, Instagram…
  • Quelles stratégies web 2.0?
  • Miser sur le web 2.0: quel investissement humain et financier?
  • Evaluer ses actions sur le web

Initiatives

  • Jouer pour rester en santé: initiatives canadiennes
  • Espaces de discussion en ligne: expériences françaises
  • Internet et promotion de la santé en Belgique francophone: initiatives

Pour aller plus loin…

  • Internet, médias sociaux et promotion de la santé: bibliographie commentée

Conclusion

Lire à ce sujet Faut-il ‘liker’ pour exister?, par Christian De Bock, Education Santé n°300, mai 2014.

Pharmaciens et santé publique

Le 30 Déc 20

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En France, à l’automne 2014, les pharmaciens d’officine se sont mobilisés notamment contre la fin de leur monopole sur la vente des médicaments, projet du gouvernement semble-t-il abandonné depuis.

La vente de médicaments sans conseil dans certaines officines conforte sans doute les projets récurrents de fin du monopole des pharmaciens. Mais ne voir que cet aspect de la profession, c’est négliger le service rendu par de très nombreux pharmaciens en tant que professionnels de santé de premier recours.

Leur rôle de service aux patients est à valoriser. Pour conseiller ou orienter face à un problème de santé. Pour aider à utiliser au mieux les médicaments dispensés et à se prémunir de risques d’erreur. Pour expliquer les effets des médicaments, leur utilité et leurs risques. Pour expliquer comment prendre les médicaments, les arrêter, s’en passer. Pour vérifier l’absence de contre-indication, éviter les interactions dangereuses et les surdoses. Pour informer sur la conduite à tenir devant des effets indésirables. Pour accompagner au long cours les patients atteints de maladie chronique.

En pratique, pour la société, utiliser au mieux les compétences des pharmaciens nécessite que plusieurs conditions soient réunies, notamment : une formation initiale et continue solide en pharmacie clinique, centrée sur l’intérêt premier des patients ; une rémunération adaptée, assurant la pérennité d’un réseau officinal de proximité et centrée sur la valorisation des actes pharmaceutiques. Aujourd’hui la rémunération basée principalement sur le prix des médicaments est inadmissibleNote bas de page.

Il s’agit de défendre non pas un monopole, mais bien une compétence au service des patients et en coopération avec les autres soignants. La défense de la place des pharmaciens d’officine dans les soins nécessite une réflexion approfondie et des propositions sur leur champ de compétence propre, leur formation et leur mode de rémunération qui incite à prendre pleinement en compte ce rôle de soignant.

En Belgique, les pharmaciens ne sont plus rémunérés sur base du prix (plafonné) des médicaments qu’ils délivrent. Elle est totalement orientée vers la prestations de services de santé aux patients.

L’égalité est meilleure pour tous

Le 30 Déc 20

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L'égalité est meilleure pour tous

Plus qu’une question, plus que le titre de leur ouvrage (‘Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous’), c’est bien l’affirmation fondamentale à laquelle Richard Wilkinson et Kate Pickett, épidémiologistes britanniques, nous invitent à réfléchir au travers de leur livre très stimulant, toujours clair et pédagogique, richement illustré de statistiques et solidement argumenté.

Si leur point de départ concerne les déterminants sociaux de la santé, leurs conclusions sont beaucoup plus générales: les sociétés plus égalitaires sont non seulement plus performantes quant aux indicateurs de santé mais également par rapport à bien d’autres indicateurs sociaux et de bien-être de leur population.

Pour soutenir cette thèse, les auteurs ont abondamment recours à des statistiques internationales où la plupart des pays riches et développés (dont la Belgique) sont répertoriés et comparés. De quelle façon? Systématiquement, le matériel statistique est présenté graphiquement de la façon suivante: en ordonnée les diverses variables socio-sanitaires (telles que l’espérance de vie) et en abscisse une échelle d’inégalité. Plus précisément, il s’agit de classer tous ces pays (ou parfois les 50 états qui composent les États-Unis d’Amérique) selon le niveau d’inégalité ou de variation d’écarts de revenus en leur sein. Pour ce faire, les auteurs ont choisi, comme mesure d’inégalité, le rapport entre les revenus des 20 % les plus riches et ceux des 20 % les plus pauvres. De sorte que, dans ces graphiques, les pays plus égalitaires sont situés à gauche et les pays plus inégalitaires sont situés à droite.

Pourquoi procéder de la sorte? Car, si on se contentait d’une échelle comme le niveau global de richesse (mesuré, par exemple, par le revenu moyen par habitant), on n’observerait pas de relation claire. Par exemple, parmi les pays riches, l’espérance de vie ne semble pas dépendre du niveau moyen de richesse atteint. Par contre, quand on met en relation espérance de vie et niveau d’inégalités de revenus au sein de chacune de ces sociétés, on voit se dessiner une corrélation: les populations des pays moins inégalitaires (où donc les revenus sont mieux répartis au sein de la population) ont une espérance de vie plus élevée que celle des pays plus inégalitaires.

Il en va de même pour bien d’autres indicateurs de santé: santé mentale, mortalité infantile, obésité, grossesse précoce… Et c’est également vrai pour divers indicateurs sociaux et de bien-être, comme le niveau d’instruction (réussite scolaire), le taux d’homicide, la consommation de drogues illicites, la mobilité sociale, la qualité des relations sociales (confiance envers d’autres).

Wilkinson et Pickett ont synthétisé tous ces indicateurs sous forme d’un index synthétique de santé et de problèmes sociaux. Leur conclusion est claire : le score atteint par chaque pays ne dépend pas vraiment du niveau de revenus mais bien du niveau d’inégalité. La corrélation est très claire: ce sont bien les pays les moins inégalitaires qui ont les meilleurs scores par rapport à cet index synthétique, mais également par apport à chacun des indicateurs qui le composent.

La conclusion est alors imparable: dans nos sociétés occidentales, santé et bien-être sont davantage liés à l’ampleur des inégalités de revenus qu’au niveau de revenus lui-même. Donc, pour améliorer santé et bien-être d’une société comme la nôtre, il faut non pas se focaliser sur son niveau global de richesse (car le problème n’est pas le manque de richesse!), mais bien d’abord combattre et réduire les inégalités sociales au sein de cette société. CQFD.

Pour les auteurs, les sociétés plus inégalitaires sont également des sociétés en «dysfonctionnement»,«le tissu social s’effiloche» du fait que les populations vivent davantage sous stress (pas seulement ceux qui souffrent de privations, les mieux nantis également). En effet, malgré leurs tendances démocratiques et égalitaristes, les sociétés occidentales développées restent bien des sociétés hiérarchisées, dont le degré de stratification sociale est mesuré par les inégalités de revenus: «lorsque les écarts de revenus sont plus importants, les écarts sociaux sont plus marqués, et la stratification sociale plus fine».

Le point déterminant est donc bien la position que tout un chacun occupe au sein de la société, véritable ‘statut social’ que révèlent nos possessions matérielles, notre éducation, nos goûts mais également notre ‘estime de soi’.

Et nous sommes tous affectés ou vulnérables à cette hiérarchisation sociale: nous sommes tous anxieux de tenir notre position (voire de l’améliorer), personne ne désire être stigmatisé, être ‘déclassé’ et faire partie des ‘perdants’, ou plutôt être jugé tel par les autres. Or, les sociétés plus inégalitaires sont celles où ce stress psychosocial est bien plus intense et la mobilité sociale plus réduite. Cela se traduit par une dégradation des relations sociales: perte de confiance en soi, méfiance envers les autres, distance sociale accrue entre les différents groupes d’individus.

Que ce stress ‘chronique’ ait un impact sur la santé des populations (adultes mais aussi les enfants) ne devrait plus étonner personne. «Le statut social et l’intégration sociale sont aujourd’hui considérés comme des déterminants importants de la santé de la population. De plus en plus de chercheurs s’aperçoivent que le stress au début de la vie – intra-utérine, mais aussi pendant l’enfance et la petite enfance – exerce une influence non négligeable sur la santé tout au long de l’existence. […] Globalement, le statut social, les réseaux sociaux et le stress pendant la petite enfance sont ce que les chercheurs appellent les ‘facteurs psychosociaux’. Leur importance va croissant dans les pays riches, développés, où les niveaux de vie matériels […] sont désormais tellement élevés qu’ils ont cessé de déterminer directement la santé de la population». Ou pour faire simple et résumer à l’extrême: «La vie est courte lorsqu’elle est brutale».

Et les auteurs, au détour de recensions de statistiques ou de méta-analyses de la littérature scientifique, de donner un exemple ravageur: la vague de chaleur qui a frappé Chicago en 1995. «Les afro-américains pauvres qui vivaient dans des quartiers où la confiance était faible et la criminalité élevée avaient trop peur d’ouvrir leurs fenêtres et leurs portes ou de quitter leur domicile pour se rendre dans des centres équipés de l’air conditionné ouverts par la municipalité. Personne ne se souciait de ses voisins. Des centaines de personnes âgées et vulnérables ont perdu la vie. Dans les quartiers hispaniques, tout aussi pauvres, mais où le niveau de confiance était élevé et la vie communautaire active, le risque de décès est resté beaucoup plus faible».

Tout le monde y gagne

À noter encore qu’une société plus égalitaire profite à tout le monde, y compris aux mieux nantis. En effet, n’avons-nous pas tous intérêt à vivre dans une société moins ‘brutale’, moins anxieuse et davantage bienveillante? Mais bien plus fondamentalement, nos auteurs font état de résultats d’études montrant que «les personnes de chaque catégorie sociale – classées selon l’éducation, la classe sociale ou les revenus – sont en meilleure santé (ou obtiennent de meilleures notes en lecture-écriture) lorsqu’elles vivent dans une société plus égalitaire que les gens appartenant à la même catégorie sociale et vivant dans une société moins égalitaire».

Puisque c’est le facteur critique, que faire pour diminuer les inégalités de revenus? Quelques pistes de réflexions sont données (qui n’ont rien de révolutionnaire de notre côté de la Manche et de l’Atlantique). «Les pays plus égalitaires obtiennent cette égalité accrue à travers une fiscalité et des prestations redistributives ainsi qu’un État-providence développé».

Wilkinson et Pickett mettent également en avant l’importance et la plus-value qu’apporte le secteur non-marchand dans nos économies (en rappelant qu’il fournit bien des services vitaux à la population). Ils appellent aussi à davantage de démocratie sociale au sein des entreprises (participation des salariés aux décisions, développement de coopératives).

Quant aux écarts grandissants de revenus, ils signalent l’explosion des revenus au sommet de la pyramide des sociétés commerciales, la faiblesse des syndicats, l’abandon des accords sur le partage de la productivité… Cela fait plutôt référence au contexte socio-économique anglo-saxon (souvenons-nous des politiques socio-économiques menées par Ronald Reagan aux États-Unis et par Margaret Thatcher en Grande-Bretagne). Nos auteurs ajoutent, bien sûr, que tout ceci ne s’est pas forcément produit partout de la même façon, mais ils nous préviennent: «Si les trajectoires sont loin d’être identiques, la tendance de fond observée aux États-Unis en matière de répartition des revenus tout au long du 20e siècle se retrouve dans bon nombre de pays». Ce qui ne présage rien de bon…

Et la Belgique dans tout cela? Il est très intéressant de remarquer que notre pays se tient plutôt bien dans les graphiques présentés. En effet, nous nous situons parmi les pays plus égalitaires, en compagnie des pays scandinaves, l’Allemagne et les Pays-Bas n’étant jamais trop loin, mais avec de meilleures performances… Réjouissons-nous vite car on peut craindre que cela ne soit qu’un résultat précaire et surtout le reflet d’un passé récent.

En effet, les statistiques collationnées datent un peu (ce qui n’enlève rien à la pertinence des thèses et conclusions générales de l’ouvrage) et il faudra voir l’impact qu’aura eu la crise économique actuelle sur les inégalités de revenus. Si ces dernières s’accentuent, alors – comme tout le livre nous montre qu’il ne peut qu’en résulter une tension accrue sur tout le corps social – on peut craindre en retour une accentuation des inégalités sociales et de santé.Il est grand temps de se pencher sérieusement sur ces questions et de faire de la lutte contre les inégalités sociales (de santé et autres) une véritable priorité à long terme de tous les acteurs, politiques, économiques et sociaux. Justice, réformes sociales et fiscales sont et doivent encore rester longtemps à l’agenda de notre démocratie.

Richard Wilkinson et Kate Pickett, Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous. Les petits matins/Institut Vleben/Etopia, 2013. Traduit de l’anglais par André Verkaeren.

Voir également www.equalitytrust.org.uk où graphiques, matériel de preuve, réponses à des questions fréquemment posées sont disponibles.

Et pour les graphiques: https://www.equalitytrust.org.uk/sites/default/files/attachments/resources/SpiritLevel-jpg_0.pdf

Jeunes et addictions

Le 30 Déc 20

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L’avant-dernier numéro du trimestriel ‘La santé en action’ de l’INPES consacre un dossier à ‘Jeunes et addictions : évolution des comportements et des pratiques professionnelles.

Les consommations problématiques de substances psychoactives constituent l’essentiel des préoccupations concernant les addictions des jeunes, même si celles ‘sans produit’ (écrans, jeux vidéo) constituent des sujets émergents qu’il ne faut pas occulter.

L’environnement économique, culturel, technique, parfois caractérisé d’hypermoderne, accélère les changements de modes de vie. Cela participe d’une évolution des comportements des adolescents, de leurs usages et des attitudes éducatives des familles.

Pour accompagner ces changements, mieux s’y adapter et y répondre, les professionnels ont modifié leurs pratiques et élargi le champ de leurs interventions.

Décrypter les méthodes, faire témoigner les professionnels confrontés à ces problématiques, permettent de mieux comprendre comment ces professionnels agissent et travaillent ensemble dans l’accompagnement de ces jeunes et de leurs familles.

Les acteurs de terrain rencontrent les jeunes et leur famille dans un contexte de profonde mutation. Il s’agit d’un véritable changement de paradigme. Il convient désormais d’accompagner les jeunes et leurs entourages, d’identifier les vulnérabilités, de favoriser le développement des compétences et les milieux favorables à la santé.

Plutôt que de répondre à la seule demande de soins par une prise en charge thérapeutique, il paraît de plus en plus crucial d’intervenir en amont des problèmes de consommation dans une démarche de prévention et de promotion de la santé.

La santé en action n° 429, septembre 2014, disponible en téléchargement sur le site de l’INPES.

DSM-5 en psychiatrie malade de conflits d’intérêts

Le 30 Déc 20

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L’élaboration de la classification américaine des diagnostics de psychiatrie est entachée de conflits d’intérêts.

L’Association américaine de psychiatrie élabore le DSM, ouvrage très utilisé dans le monde pour la définition diagnostique des troubles psychiatriques. Le DSM et sa méthode d’élaboration ont suscité des critiques grandissantes au fil des versions, surtout à cause de la multiplication de tableaux cliniques présentés comme pathologiques, et relevant souvent d’un traitement médicamenteux.

Des chercheurs ont étudié comment l’Association avait pris en compte les éventuels conflits d’intérêts avec les firmes des personnes ayant participé à l’élaboration de la 5e version du DSM, publiée en 2013.

Pour six nouveaux diagnostics controversés, ils ont cherché des liens d’intérêts avec les firmes pharmaceutiques finançant des essais cliniques dans ces indications. Pour ces six diagnostics, ils ont identifié 13 essais cliniques, portant sur 11 médicaments. Pour 3 des 13 essais cliniques (23 %), un membre impliqué dans l’élaboration du DSM avait été conférencier pour une firme concernée. Dans 3 cas, le principal investigateur de l’essai clinique était impliqué aussi dans l’élaboration du DSM-5. Au final, seul un essai n’impliquait aucun membre actif dans l’élaboration du DSM-5. Sur les 55 membres des groupes travaillant sur un de ces six diagnostics, 15 (27 %) avaient au moins un lien d’intérêts avec une firme concernée, ainsi que 19 des 33 membres (61 %) des groupes responsables de la validation finale du DSM-5.

Manifestement, les groupes de travail chargés d’intégrer de nouveaux diagnostics dans le DSM ont été sous l’influence des firmes pharmaceutiques. Et ces diagnostics correspondent aux indications revendiquées pour certains médicaments de ces firmes.

La perméabilité de cette société savante, incapable de mettre en place des règles efficaces pour garder ses distances vis-à-vis des firmes pharmaceutiques, discrédite le DSM.

Le bel avenir de l’Etat providence

Le 30 Déc 20

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La protection sociale contribue à l’affaiblissement moral des individus? C’est faux: elle assure leur bien-être.

L’État Providence bride le dynamisme économique et écrase de ses insupportables charges la création de richesse et l’innovation? C’est faux: il favorise la prise de risque, développe les capacités humaines et maintient la cohésion sociale. L’État Providence est insoutenable financièrement? C’est faux: il n’a jamais provoqué la moindre crise économique.

Depuis trente ans, l’État Providence n’est envisagé que sous l’angle de sa crise et de son inéluctable effondrement. Ce discours inquiétant se veut performatif: on espère préparer ainsi les esprits au recul inévitable et pour tout dire souhaitable de la mutualisation des risques sociaux. Réfutant fermement le déclinisme social ambiant, cet essai laisse entrevoir non seulement la consolidation sociale mais aussi la perpétuation écologique de l’État providence: l’état actuel des insécurités sociales comme la menace de celles, écologiques, qui sont déjà là et grandissent à l’horizon conduisent à penser que nous allons vers un renforcement global de nos protections collectives, dans le sens exactement opposé à ce que nous indique une vulgate néolibérale en bout de course.

On ne demande qu’à croire l’auteur de ce texte aussi bref que réjouissant. Il ne nous apprendra pas grand-chose dans sa démonstration de l’évidente supériorité des régimes de sécurité sociale basés sur la solidarité collective. Là où il est particulièrement intéressant, c’est quand il établit un lien (qui libère) entre État Providence et gestion des risques, des crises et catastrophes écologiques. Ce qu’il appelle l’État social écologique constitue un nouveau paradigme pour la politique sociale, en passant de «l’écologie qui accuse à l’écologie qui protège».

Stimulant!

Défendre l’écologie parce que c’est une protection sociale!

Si l’Europe a inventé puis construit l’État-Providence, c’est parce que les citoyens de ses nations sont parvenus à se défaire de régimes politiques qui n’avaient cure d’investir dans le développement humain, trop occupés qu’ils étaient à conserver les privilèges des élites. Si l’Europe est devenue le leader écologique global, c’est parce que ses citoyens sont plus que les autres attachés à la préoccupation environnementale, ce dont témoignent les enquêtes d’opinion sur le sujet, mais aussi l’arsenal de politiques publiques mis en place depuis deux décennies sur le Vieux Continent. Les citoyens européens veulent une puissance publique capable d’investir dans le développement soutenable.(extrait)

Éloi Laurent, Le bel avenir de l’État Providence, Les liens qui libèrent, 2014, 160 pages.

La santé mentale comme équilibre à construire

Le 30 Déc 20

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Ébauché dès 2007 à la suite d’un colloque international, le projet de Prévention et de Promotion de la Santé Mentale (PPSM) s’est donné pour ambition de créer un réseau transfrontalier – Wallonie, Grand-Duché du Luxembourg, Lorraine (France) et Région Sarroise (Allemagne) – afin de développer des outils professionnels capables de favoriser la prévention des troubles de santé mentale mais aussi l’autonomie et l’empowerment des patients et de leur entourage.

Ces recherches scientifiques et actions-pilotes ont donné lieu à un ouvrage collectif publié chez L’Harmattan (voir encadré) sous la direction de Laurence Fond-Harmant, docteur de recherches en sociologie au CRP-Santé (Centre de Recherche Public en Santé) de Luxembourg. Les recherches et actions-pilotes issues de cette réflexion transfrontalière ont bénéficié d’une évaluation par les chercheurs de l’APES-ULg (Appui en Promotion et Éducation pour la Santé), unité du département des Sciences de la Santé Publique de l’Université de Liège.

Issus du secteur hospitalier et extra-hospitalier, les différents professionnels impliqués dans le projet de Prévention et de Promotion de la Santé Mentale (PPSM) se sont retrouvés autour d’une même vision réformatrice du champ de la psychiatrie, telle que prônée depuis de nombreuses années par l’Organisation Mondiale de la Santé et par l’Union européenne. La Déclaration d’Helsinki de l’OMS (2005) stipule en effet que «si possible, les institutions psychiatriques grandes et centralisées doivent être fermées et des alternatives plus appropriées dans le milieu de vie doivent être mises en place»Note bas de page. Dans cette optique de désinstitutionnalisation et d’approche communautaire, le PPSM s’est notamment adjoint la collaboration de patients, désignés dans le nouveau lexique de la santé mentale comme «usagers», appellation qui souligne la possibilité pour eux d’évaluer, de critiquer et de faire évoluer le système dont ils sont les premiers expérimentateurs.

Prévention et promotion de la santé mentale

Christian De BockLa santé mentale détermine en grande partie notre bien-être. Une bonne santé mentale favorise l’estime de soi, le développement cognitif et l’inclusion sociale. Elle constitue un point d’appui positif dans la vie de tous les jours. Elle est à la fois individuelle et collective, aussi interroge-t-elle les pratiques professionnelles du champ médical et du champ social.

Les contributions de cet ouvrage rassemblent des usagers, des chercheurs et des professionnels de la santé mentale. Elles présentent des expériences pilotes menées en France, Belgique, Allemagne et au Grand-Duché de Luxembourg.

Pendant trois ans, dans le cadre d’un Programme de Prévention et de Promotion de la Santé Mentale (PPSM) co-financé par le Fonds Européen de Développement Régional (FEDER), ils ont conçu et fédéré des travaux de recherche et des interventions dans une démarche participative et communautaire. Ces analyses illustrent les enjeux actuels en la matière.

Comment développer la participation des usagers des services dans l’organisation des soins et de la prévention? Comment lutter contre les effets de la stigmatisation? Comment intervenir auprès des populations? Comment articuler et évaluer les pratiques et les connaissances des différents pays?

Telles sont des questions qu’aborde cet ouvrage collectif qui montre l’apport durable d’une alliance transfrontalière pour la promotion de la santé mentale.

La première partie s’intéresse aux résultats de deux recherches en matière de décrochage scolaire (GD Luxembourg) et de retard dans l’acquisition du langage chez de jeunes enfants (Lorraine).

La deuxième partie présente une série d’actions-pilotes: de l’empowerment individuel à l’empowerment communautaire; désir des usagers d’être acteurs du système de santé mentale; faciliter un accès aux soins le plus précoce possible; Éole, un service d’appui aux professionnels de première ligne; conception et réalisation d’un site internet bilingue (français – allemand) transfrontalier.

La troisième partie est centrée d’abord sur l’évaluation du programme au départ d’un outil d’auto-évaluation. Nos fidèles abonnés ne seront pas surpris d’y retrouver la signature de nos évaluateurs de choc en Fédération Wallonie-Bruxelles, Gaëtan Absil, Patrick Govers et Chantal Vandoorne de l’APES-ULg. Elle est complétée par une conclusion résolument positive de Jean-Pierre Deschamps.

L’ouvrage ne se contente pas de présenter des projets et de permettre à des professionnels de plaider la cause des usagers, il est complété par un DVD ‘Paroles d’usagers pour une santé mentale citoyenne’ qui aidera de façon très concrète le ‘lecteur’ à revoir certains de ses préjugés à l’égard des ‘malades mentaux’.

Prévention et promotion de la santé mentale, une alliance transfrontalière innovante, sous la direction de Laurence Fond-Harmant, L’Harmattan, Coll. Logiques sociales, 2014, 29 euros.

Une co-évaluation transversale

Les recherches et actions-pilotes issues de cette réflexion transfrontalière ont bénéficié d’une évaluation par les chercheurs de l’APES-ULg. Documentant les résultats obtenus par les différents acteurs, cette évaluation s’est construite sous forme de recherche-action ou plutôt d’«évaluation-action», comme l’explique Gaëtan Absil, qui en fut le coordinateur. «Nous avons invité les différents partenaires à se poser la question même de l’évaluation. En ce sens, il ne s’agissait pas d’auto-évaluation, liée à la technique, mais de co-évaluation, basée sur la méthodologie: qu’est-ce qui peut être évalué? Quelles questions va-t-on se poser? À quelles étapes?

L’intérêt est qu’à travers cette démarche, les partenaires entrent en interaction, en négociation sur le sens même du projet. Autrement dit, l’évaluation ne sert pas qu’à évaluer. Elle est aussi un puissant outil d’apprentissage sur ses propres pratiques.»

Ce questionnaire co-construit a par ailleurs permis d’instaurer une forme de transversalité pour les acteurs du projet, aussi distincts dans leur profil (usagers, professionnels de la psychiatrie, du social, chercheurs, etc.) que dans leur ancrage géographique, chaque pays étant par ailleurs engagé à des degrés divers et selon des modalités spécifiques dans la transformation du champ de la santé mentale.

«L’évaluation participative ouvre la possibilité de partir de la pratique et de l’expérience des acteurs puisqu’en tant qu’évaluateur, je ne peux pas maîtriser l’ensemble des contextes», explique Gaëtan Absil. «Les critères sont ensuite mutualisés jusqu’à l’obtention d’un consensus. On pourrait penser que travailler de cette manière équivaut à tracer la cible après avoir tiré la flèche mais, en réalité, c’est le contraire que l’on observe: les critères et indicateurs élaborés sont particulièrement exigeants, au point que les acteurs ne peuvent pas toujours y donner suite

De la prévention à la promotion

Si la co-évaluation a permis la construction d’une alliance transfrontalière, elle a aussi et surtout favorisé l’émergence d’une culture commune, où la prévention en matière de santé s’articule de manière étroite à la promotion de la santé, plus complexe à instaurer mais aussi plus ambitieuse. «Pour comprendre la notion de promotion de la santé , il faut remonter à la charte d’Ottawa de 1986»Note bas de page, commente Gaëtan Absil. «L’idée est de s’emparer de la santé non pas comme de quelque chose qui est sans cesse menacé par la maladie, mais comme d’une ressource positive qui sert à se développer en tant que communauté, en tant qu’individu. Elle permet aux individus et aux communautés de s’impliquer dans les enjeux sociétaux de la santé. De ce fait, la santé constitue un fort enjeu politique. La promotion de la santé participe à la lutte contre la stigmatisation et en faveur de la réduction des inégalités sociales.

En fin de compte, c’est une vision de la santé beaucoup plus «socialisée» qui est prônée, dans une optique dite socio-écologique. Ce mouvement viendrait en quelque sorte contrebalancer la tendance à la psychiatrisation des problématiques sociales, pointées du doigt par les acteurs du projet qui rappellent notamment l’usage souvent abusif du DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) comme «grille de lecture du social».

La promotion implique par ailleurs l’idée d’un empowerment qui rétablirait le sens de l’initiative de la communauté – identifier si moi-même ou l’un de mes proches a besoin d’aide – mais aussi sa conscience critique quant aux problématiques de santé mentale.

«Par exemple, la promotion de la santé mentale pourrait permettre aux parents de résister aux diagnostics abusifs d’hyperactivité», commente Pascale Esch, psychologue du développement et auteur d’une thèse (sous la direction du Prof. Marc Ansseau) sur la détection précoce des troubles mentaux liés au décrochage scolaire.

Car ce que souligne ce projet collectif, c’est aussi l’ambiguïté du concept de prévention qui, non adossé à l’idée de promotion, encourage la pathologisation de problématiques affectives ou sociales. La prévention, de fait, n’est jamais loin d’un fantasme de «risque zéro» qui rétablit plus violemment qu’autrefois la frontière entre normal et pathologique et véhicule l’idée d’un déterminisme qui exclut et paralyse.

«Cette vision holistique attachée à la promotion de la santé est nécessaire pour que les actions de prévention puissent aboutir», insiste Pascale Esch. Reste que, d’un point de vue politique, la promotion demeure malaisée à défendre: sa vision à très long terme, ses effets difficilement mesurables, ses ambitions plus collectives qu’individuelles s’ajoutent au fait qu’elle suppose, conformément à son approche globale, la collaboration entre différentes sphères professionnelles. Là où la prévention brille par son pragmatisme, la promotion de la santé ferait pâle figure en vertu même de son potentiel illimité en matière de changements.

L’usager comme vecteur de déstigmatisation

Pourtant, la promotion de la santé mentale est seule capable d’enrayer véritablement la stigmatisation dont il est démontré qu’elle constitue une cause essentielle de discrimination, de perte d’estime de soi et de souffrance… au même titre ou davantage que la maladie elle-même.

Cette lutte emprunte aujourd’hui la voie de l’implication des usagers, qui s’invitent désormais dans le débat public. L’actuelle réforme belge de la psychiatrie, dite réforme ‘psy 107’, en est un bon exemple puisque, malgré les critiques d’hospitalo-centrisme qu’on peut lui adresser, elle a dès le départ convié les associations d’usagers autour de la table.

Dans cette même optique, l’ouvrage dirigé par Laurence Fond-Harmant est accompagné d’un DVD qui donne la parole à ces usagers, non pas simplement en les faisant témoigner mais en recueillant leurs avis sur les enjeux mêmes de la promotion et de la prévention. «La déstigmatisation est en lien avec la capacité de ces personnes à être acteurs et citoyens: tant qu’ils sont considérés comme des «malades», leur avis est systématiquement ramené à un avis de patient. Dans ce contexte, quelle est la valeur de leur parole?», questionne Gaëtan Absil. Et Laurence Fond-Harmant d’ajouter: «Dès qu’une opinion est un peu gênante, on a tendance à dire qu’elle émane de quelqu’un qui n’a pas les capacités de poser un avis éclairé.»

L’implication des usagers, il est vrai, constitue, un véritable ébranlement du pouvoir médical: elle défait les rapports hiérarchiques, ouvre une brèche dans les protocoles établis et pose la question de la légitimité de l’expérience contre celle du savoir transmis. Une partie des médecins, d’ailleurs, continue de rejeter cette prise de parole. «Les usagers sont alors taxés de militants, ce qui les renvoie d’une étiquette stigmatisante à une autre», estime Gaëtan Absil.

Ces tensions laissent penser que la santé mentale ne doit pas seulement être promue auprès de ce qu’on appelle confusément le «grand public» mais aussi auprès des acteurs du champ médical eux-mêmes. «Les professionnels de la santé ont été formés tout au long de leur vie aux aspects bio-médicaux. Revenir vers une santé plus collective qu’individuelle est presque un processus de désapprentissage, qui exige de se réapproprier un autre cadre de travail.»

Cet empowerment des professionnels pourrait, in fine, déplacer l’enjeu de la perte de pouvoir vers une horizontalité du lien dont l’efficience en termes de ‘vie bonne’ est aujourd’hui à soupçonner.

Article rédigé par Julie Luong et publié sur Réflexions, le site de vulgarisation scientifique de l’Université de Liège

Organisation Mondiale de la Santé, «Santé mentale: relever les défis trouver des solutions», Conférence ministérielle européenne sur la santé mentale d’Helsinki, Bureau régional de l’OMS pour l’Europe, Copenhague, 2005.

Organisation Mondiale de la Santé, Charte d’Ottawa pour la promotion de la santé, 1986.

Drogues: impasses de la prohibition

Le 30 Déc 20

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Le numéro de septembre-octobre 2014 de la revue bimestrielle ‘Politique’ consacre son dossier à un sujet qui fait débat. Un thème régulièrement au centre de l’actualité, avec encore récemment des mises en question de la ‘gestion’ répressive des drogues venant parfois de milieux ou d’organismes internationaux qu’on a connus plus rétrogrades en la matière.

Politique’ aborde le problème avec un parti pris affiché d’emblée dans l’introduction du dossier coordonné par Micheline Roelandt et Thierry Poucet.

«Mais cette question, qui relève à l’évidence de la santé publique, est révélatrice de la conception qu’on en a et qui se traduit en politiques publiques. Et sur ce terrain trop de fantasmes brouillent les cartes et effarouchent la classe politique, en particulier ses ailes les plus conservatrices, au point de paralyser les débats les plus cruciaux noyés dans le moralisme ambiant.»

Line Beauchesne (professeur en criminologie à l’Université d’Ottawa) nous explique d’abord que l’interdiction des drogues est historiquement liée à des intérêts commerciaux ou politiques plutôt qu’au souci de préserver la santé.

Dans sa contribution relative à notre petit royaume, Micheline Roelandt (qui fut et est à la pointe du combat anti-prohibitionniste) nous rappelle que la répression a toujours été le mot d’ordre en Belgique, jusqu’à aujourd’hui encore malgré quelques voix et pratiques ‘discordantes’.

Martine Dal (ancienne directrice de Prospective Jeunesse) et Philippe Bastin (ancien directeur d’Infor-Drogues) nous parlent quant à eux de ‘Préventions à géométrie variable’ selon qu’on évoque la Flandre ou la Wallonie et Bruxelles. Tu m’étonnes!

On épinglera aussi un plaidoyer pragmatique pour la réduction des risques et la participation des usagers. Le concept progresse lentement (mais sûrement?) malgré la frilosité ambiante (Catherine Van Huyck, Modus Vivendi), trouvant même des alliés solides dans le monde judiciaire comme en témoigne l’interview de deux magistrats arrivés au terme de leur carrière, Bruno Bulthé et Pierre Erauw. Le premier a d’ailleurs des mots très durs pour qualifier les fréquentes descentes de police avec chiens renifleurs dans les écoles.

Politique, revue de débats, numéro 86, septembre-octobre 2014, 9 euros. Adresse: rue du Faucon 9, 1000 Bruxelles. Tél.: 02 538 69 96. Courriel: secretariat@politique.eu.org. Site internet: https://politique.eu.org

Les Français et le tabac, les résultats du Baromètre santé

Le 30 Déc 20

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Les Français et le tabac, les résultats du Baromètre santé

Moins de gros fumeurs mais plus de fumeurs parmi les Français, une dénormalisation du tabac à l’oeuvre mais encore beaucoup d’idées reçues, l’âge de la première cigarette qui recule mais un gradient social de plus en plus marqué.

À lire les données sur le tabac recueillies en 2010 à l’occasion du dernier Baromètre santé de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes), on s’interroge: est-on sur la bonne voie pour que la baisse du tabagisme profite à tous? Et si à force de miser sur la hausse des prix et l’interdiction de fumer dans les lieux publics, on passait à côté de l’essentiel?

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) donne chaque année le ‘la’ de la journée mondiale sans tabac. Le 31 mai 2014, elle en appelait à tous les pays pour augmenter les taxes sur le tabac, arguments à la clé.

«La recherche montre que des taxes plus élevées sont particulièrement efficaces pour réduire la consommation parmi les groupes à plus faible revenu et empêcher les jeunes de commencer à fumer. Une augmentation de 10% du prix du tabac suscite une baisse de la consommation de 4% dans les pays à revenu élevé, baisse qui peut aller jusqu’à 8% dans les pays à faible revenu ou revenu intermédiaire.» À croire l’OMS, de nombreux fumeurs arbitreraient en faveur du gain financier occasionné par l’arrêt du tabagisme face aux bénéfices procurés par le tabac.

Dans son analyse du tabagisme des Français au regard des données du Baromètre santé 2010, l’Inpes constate pourtant que «les hausses de prix (de l’ordre de 30 centimes en moyenne) intervenues entre 2005 et 2010 ne semblent pas avoir eu d’influence sur les décisions d’arrêt des fumeurs.» Et d’estimer qu’elles «n’étaient probablement pas assez fortes pour être réellement efficaces.»

Est-ce à dire qu’il suffirait de réévaluer le prix du paquet de cigarettes pour mettre fin, ou à tout le moins réduire nettement le tabagisme dans le pays? Les choses ne sont pas si simples. Les inégalités sociales notamment pèsent de tout leur poids sur les comportements tabagiques. Les auteurs du Baromètre santé en ont parfaitement conscience et l’écrivent noir sur blanc: «La politique de lutte contre le tabagisme a connu des succès remarquables depuis les années 1970 pour les hommes et les années 1990 pour les femmes. Cette amélioration globale n’a cependant pas touché toutes les populations de la même façon, en particulier les populations confrontées à la précarité financière et sociale. (…) Sauf à mettre en oeuvre des dispositions particulières envers les populations précarisées, l’intensification de la lutte antitabac est susceptible d’entraîner un accroissement de la différenciation sociale du tabagisme.»

Voilà c’est dit: jouer sur le levier financier a non seulement des effets limités sur les pratiques tabagiques des populations précaires mais cela risque de les fragiliser encore plus. Certes, il s’agit là d’une minorité de fumeurs face à une majorité plus encline à diminuer sa consommation lorsque le prix du tabac augmente. Mais les auteurs de l’analyse soulignent à juste titre que «ces inégalités face à l’exposition à un risque majeur pour la santé nécessitent d’autant plus un investissement important des pouvoirs publics qu’elles s’ajoutent à des situations sociales déjà difficiles.»

Vouloir arrêter ne suffit pas

Ce Baromètre santé, comme les précédents en 2000 puis 2005, rapporte quantité d’autres informations intéressantes quant aux comportements tabagiques des Français, leurs croyances et leurs représentations.

Intéressantes par les contrastes qu’elles révèlent, les représentations qu’elles font vaciller et les questions qu’elles posent aux acteurs de la promotion de la santé. Passons sur la hausse du tabagisme féminin, non pas pour la passer sous silence car le phénomène mérite évidemment d’être entendu, mais parce que ce constat, plus médiatisé que les autres en France, a eu tendance à en occulter d’autres. À commencer par celui-ci: la proportion de fumeurs qui déclarent avoir envie d’arrêter a notablement diminué depuis 2005. 57% des fumeurs réguliers, majoritairement des hommes, disent le souhaiter, contre près de 65% cinq ou dix ans plus tôt.

Les auteurs relèvent que les tentatives d’arrêt dans l’année comme dans les cinq dernières années ne sont associées ni au niveau de diplôme, ni au statut d’activité, ni au niveau de revenu des individus. «Alors que la réussite du sevrage tabagique apparaît très différenciée selon le niveau socio-économique», soulignent-ils, «la propension des individus à essayer d’arrêter de fumer se révèle relativement homogène.» Autrement dit, si les populations précaires continuent de fumer plus que les autres, ce n’est pas faute d’avoir envie d’arrêter mais parce qu’elles n’y parviennent pas. Ce qui est très différent. Quant à ceux qui ont le projet d’arrêter, toutes catégories sociales confondues, ils sont une majorité (62%) à déclarer vouloir le faire seuls. Comprenez sans l’aide d’un médecin. Par ailleurs, près de la moitié des fumeurs décidés à rompre avec le tabac pense s’aider d’un traitement pharmacologique de type patch anti-tabac, médicament sur ordonnance ou gomme à mâcher et 9% faire appel à un soutien psychologique. Et les autres, soit un peu plus de 40%? Ils envisagent d’arrêter sans aucune aide extérieure. Ce sont le plus souvent des hommes.

Des fumeurs stigmatisés

L’enquête explore également l’information sur les effets du tabac. Plus de 90% des 15-85 ans se disent plutôt bien voire très bien informés. Par ailleurs, les plus gros fumeurs et les non-fumeurs identifient particulièrement bien le risque de cancer, bien mieux que les fumeurs de moins de dix cigarettes par jour.

Les fumeurs intensifs sont aussi ceux qui craignent le plus les maladies dues au tabac. Autrement dit, les petits fumeurs sous-estimeraient leur risque, ignorant sans doute que la durée du tabagisme a plus d’impact sur le risque de cancer du poumon que la quantité de tabac fumée quotidiennement.

L’observation de l’évolution des opinions sur le tabagisme met en évidence celle de la représentation sociale associée au produit. Si un Français sur cinq continue de penser que fumer permet d’être plus à l’aise dans un groupe, cette proportion a fortement diminué depuis 2005 chez les fumeurs comme chez les non-fumeurs. «On peut y voir un effet de dénormalisation du tabac et des décrets sur le tabagisme passif, qui ont pour conséquence une exclusion du fumeur des lieux publics fermés», avance l’Inpes.

Effet pervers de dénormalisation à l’oeuvre, les fumeurs risquent de se retrouver affublés de l’étiquette du déviant, voire du paria. Un effet à double tranchant car, soulignent les auteurs, «cela peut constituer un levier redoutable pour la prévention mais aussi redoubler les difficultés éprouvées au quotidien par les fumeurs, surtout s’ils se trouvent dans une situation précaire.» Interrogés sur leurs attitudes à l’égard des fumeurs, seuls 20% des non-fumeurs accepteraient d’engager une personne qui fume pour s’occuper de leurs enfants. Et moins d’un sur deux accepterait d’avoir un rendez-vous galant avec un fumeur. Deux jugements négatifs portés majoritairement par des femmes et plus répandus à mesure que l’âge avance. À noter enfin qu’un quart des non-fumeurs, principalement des hommes et chez les plus de 55 ans, considèrent que fumer n’est rien de moins qu’un «échec personnel»

Pour autant, tout n’est pas complètement noir au royaume du tabac. Il y a des points positifs dans l’évolution des représentations et des attitudes des Français à son égard, que les auteurs du rapport se permettent de relever et de discuter. L’un d’eux concerne la prise de conscience des risques du tabagisme passif, bien plus répandue aujourd’hui qu’en 2005. Pour l’Inpes, celle-ci «pourrait être responsable de la diminution de la proportion de fumeurs déclarant fumer à l’intérieur de leur domicile, en particulier en présence d’enfants.» De fait, 40% des fumeurs disent ne jamais fumer chez eux. Et l’agence sanitaire française de souligner que «ce constat fait écho à une étude montrant que l’interdiction de fumer dans les lieux de convivialité mise en place depuis quelques années dans plusieurs pays européens n’aurait pas provoqué d’augmentation du tabagisme au domicile, contrairement aux objections soulevées par les opposants à l’interdiction».

«Les fumeurs sont des gens rationnels, qui connaissent les dangers du tabac»

Nous avons interrogé Patrick Perretti-Watel, auteur récemment de ‘La cigarette du pauvre, enquête auprès des fumeurs en situation précaire’ ( paru aux Presses de l’EHESP en 2012).

Éducation Santé: Quels enseignements tirez-vous du Baromètre santé 2010 de l’Inpes quant aux comportements des Français vis-à-vis du tabac?

Patrick Peretti-Watel: L’enquête permet de faire le point sur l’évolution de la prévalence du tabagisme en France métropolitaine depuis 2005, date du précédent Baromètre santé.

J’observe d’abord une augmentation générale du tabagisme, en particulier chez les femmes. Ce constat est sans doute à mettre en parallèle avec l’évolution de la politique anti-tabac française, en particulier en matière de prix, moins virulente entre 2005 et 2010 qu’elle ne l’était entre 2000 et 2005.

Par ailleurs, les données confirment le fort gradient socio-économique du tabagisme, déjà mis en évidence dans les enquêtes précédentes. Le niveau de diplôme, le type d’emploi, la situation professionnelle restent des déterminants du tabagisme importants.

L’augmentation du tabac chez les femmes entre 45 et 65 ans met en avant les difficultés auxquelles se heurtent les femmes de cette tranche d’âge. Une explication possible serait que l’activité de ces femmes a augmenté par rapport à leurs aînées sans qu’elles échappent complètement aux tâches domestiques. Or ces dernières incluent désormais le fait d’aider ses enfants en recherche d’emploi, de s’occuper de ses petits-enfants mais aussi de ses propres parents qui vivent de plus en plus longtemps, avec des problématiques de perte d’autonomie. Mais ce n’est qu’une hypothèse, qui nécessite d’être confortée par d’autres enquêtes.

ES: Dans ‘La cigarette du pauvre’, vous vous intéressez à la précarité plutôt qu’à la pauvreté. Pourquoi?

PPW: La pauvreté est une notion toujours très difficile à mesurer et qui renvoie, selon les définitions, à un faible capital social, matériel, culturel, etc. En outre, la notion de pauvreté renvoie à un état, supposé stable, à la différence de la précarité qui correspond à une dynamique incertaine.

D’une certaine façon, on pourrait dire que la pauvreté c’est subsister avec peu tandis que la précarité, c’est ne pas savoir si l’on pourra continuer à subsister avec ce peu ou si l’on pourra conserver encore longtemps ce peu. Cela induit une difficulté à se projeter dans le futur, qui peut être particulièrement intéressante quand on se penche sur la question des comportements liés au tabac.

La précarité de l’emploi, c’est d’abord le chômage qui semble ‘aggraver’ les effets du genre, du diplôme et de l’isolement sur la pratique tabagique. La précarité matérielle nourrit aussi une focalisation sur les problèmes du quotidien ainsi qu’un certain pessimisme quant à son espérance de vie et sa santé future. Cette myopie temporelle relativise les dangers du tabac et n’incite pas à arrêter de fumer.

ES: Vous tordez également le cou à plusieurs erreurs d’interprétation concernant le tabagisme des populations précaires…

PPW: J’en vois au moins deux. D’abord on a vite tendance à interpréter les comportements de ces fumeurs en termes de manques: manque de connaissance sur les méfaits du tabac, manque de capacité à arrêter de fumer, entre autres. Ce n’est pas complètement faux mais trop réducteur. Ces personnes ont des croyances propres, une culture populaire bien réelle.

Cette vision par le manque a un impact sur les politiques publiques puisqu’elle incite à vouloir combler le manque, en fournissant toujours plus d’information par exemple alors que le problème n’est pas là. Les populations précaires sont souvent plus méfiantes que les autres catégories sociales à l’égard des pouvoirs publics en général et dubitatives quant aux campagnes sanitaires en particulier. Ainsi, si elles manquent de quelque chose, c’est surtout de confiance. Et il ne s’agit pas de les informer plus mais de les convaincre. Autre représentation largement répandue: les facteurs socio-économiques joueraient uniquement sur l’exposition au tabac, puis la dépendance au produit prendrait le relais, expliquant à elle seule pourquoi les fumeurs continuent de fumer. Cela ne tient pas. Encore une fois, les enquêtes sociologiques montrent que les fumeurs se présentent comme des gens rationnels, qui connaissent les dangers du tabac. Ils fument, non pas uniquement parce qu’ils sont dépendants du tabac, mais pour ce que la cigarette leur apporte en termes de plaisir, de réconfort, de gestion du stress, de sociabilité, etc. Les bénéfices attendus, les besoins satisfaits, sont au cœur de leurs motivations.

ES: Les campagnes de prévention semblent avoir peu d’impact sur le tabagisme des populations précaires. Pour quelles raisons?

PPW: Il y a d’abord ce problème de confiance vis-à-vis des campagnes de prévention en général. Les gens sont souvent très informés et de ce fait, très critiques à l’égard des messages qu’ils reçoivent.

Qui plus est, le paysage de la prévention est marqué par la cacophonie, avec plusieurs messages qui cohabitent. Les politiques de lutte anti-tabac suscitent généralement des commentaires hostiles, de nombreux fumeurs dénonçant l’hypocrisie d’un État qui pointe les dangers du tabac, chasse les fumeurs de l’espace public mais continue dans le même temps à ‘s’en mettre plein les poches’.

À cet égard, la mesure qui consisterait à orienter une part des revenus de la vente de tabac vers la prévention contribuerait à restaurer un peu de cohérence dans le dispositif, ce qui est bon pour la confiance.

Implicitement, les campagnes de prévention ciblent un individu idéal qui se préoccupe de sa santé, peut et sait se projeter dans le futur. L’écueil n’est pas nouveau et a déjà été mis en évidence par le médecin et sociologue Patrice Pinel qui s’est penché sur la première campagne de prévention de la Ligue contre le Cancer dans les années 1920. Or ces individus rationnels sont largement fictifs et surtout beaucoup moins éloignés des plus aisés que des précaires.

Des études montrent que les arguments financiers marchent mieux que ceux qui portent sur l’espérance de vie. On pourrait donc choisir de cibler les motifs les plus importants pour les gens, comme leur situation financière ou leur capacité de séduction. Mais est-ce acceptable sur le plan de l’éthique? Le risque est aussi de s’exposer à des parades de la part de l’industrie du tabac, particulièrement performante dans ce domaine.

Une autre approche intéressante, celle du marketing social, consiste à déconstruire et dénoncer les pratiques des industriels. Toutefois, les actions de proximité qui placent un acteur de prévention en face à face avec un fumeur ou un groupe de fumeurs restent les plus pertinentes. Car c’est ce dialogue, au cours duquel la parole circule dans les deux sens, qui permet de comprendre les comportements des fumeurs et de mettre au jour leurs motivations…

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Mise à jour de l’outil ‘Empowerment’

Le 30 Déc 20

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L’ empowerment est un processus ou une approche qui vise à permettre aux individus, aux communautés, aux organisations d’avoir plus de pouvoir d’action et de décision, plus d’influence sur leur environnement et leur vie.

Par la constitution et la mise à jour en mai 2014 de ce dossier thématique, Cultures&Santé souhaite mettre en lumière les liens existant entre les approches de l’ empowerment et celles valorisées en promotion de la santé. La perspective d’augmenter la capacité d’agir – qu’elle soit individuelle ou collective – des personnes sur les facteurs, notamment sociaux, qui déterminent la santé, en est l’une des illustrations les plus évidentes.

Ce document a pour but d’offrir aux professionnels, quel que soit leur secteur d’activité, des repères bibliographiques sur l’approche d’ empowerment. Les documents référencés présentent les fondements théoriques et méthodologiques de la démarche et permettent également de sonder certaines de ses applications dans différents domaines (la pratique sociale, la santé, le développement, la cause féminine, la pratique de la citoyenneté…).

Ce document est téléchargeable gratuitement à l’adresse suivante : https://www.cultures-sante.be/nos-outils/dossiers-thematiques/255-lempowerment.html