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counselor leading group therapy session with teenagers in classroom

Le CRéSaM alerte sur la santé mentale des enfants et adolescents 

Le 3 Mar 26

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Le CRéSaM (centre de référence en santé mentale) a publié en janvier une synthèse analytique sur la santé mentale des enfants et adolescent·e·s et le recours aux services de soins en santé mentale en Wallonie et à Bruxelles. Voici un résumé des éléments les plus marquants.

Basé sur un ensemble de rapports relativement récents [1], le CRéSaM tente de répondre à une question : la santé mentale des jeunes s’est-elle fragilisée au fil des dernières années ?

counselor leading group therapy session with teenagers in classroom

Une série de constats interpellants

Le rapport met en lumière les chiffres d’une série de comportements de santé ayant un impact sur la santé mentale et le constat est questionnant. La durée de sommeil et l’activité physique régulière restent largement insuffisantes (moins de 15 % des jeunes atteignent les seuils conseillés), tandis que l’insécurité alimentaire touche près d’un jeune sur cinq. Ces facteurs (sommeil, activité physique et alimentation) peuvent aussi bien agir comme des facteurs de protection du bien-être psychologique que comme des facteurs de risque participant à sa dégradation et renforçant certains symptômes, comme la fatigue chronique, l’anxiété ou la baisse de concentration.
Plusieurs indicateurs de bien-être des jeunes montrent une détérioration avec l’avancée en âge. L’entrée dans l’adolescence apparaît ainsi comme une période marquée par une augmentation du stress et du sentiment de solitude, mais aussi par une diminution du bien-être émotionnel ressenti. Le passage de l’école primaire vers le secondaire est souvent considéré comme une transition problématique de ce point de vue.
La proportion des adolescent·e·s ayant un « besoin clinique probable » en matière de santé mentale est très importante (18 %). Cela concerne 24 % des filles et 11 % des garçons (OEJAJ, 2025).

La question du genre 

Les différentes enquêtes confirment de fortes différences selon le genre. Les filles rapportent plus souvent de la détresse émotionnelle, un niveau de stress élevé et des symptômes anxieux ou dépressifs. Elles sont aussi significativement plus nombreuses à présenter un risque de trouble du comportement alimentaire. Entre 8 et 25 ans, la proportion de jeunes filles/femmes hospitalisées à la suite d’une tentative de suicide est trois fois supérieure à celle des jeunes garçons/hommes (3,63 % contre 1,20 %). Le suicide est d’ailleurs actuellement la première cause de mortalité chez les filles de 10 à 24 ans. Les garçons, quant à eux, apparaissent davantage impliqués dans des difficultés de conduite comme le harcèlement et les comportements antisociaux tels que le vol, le mensonge ou la colère exprimée à l’égard des autres.

Recours aux services de soins de santé mentale et aux médicaments

Le rapport pointe l’augmentation des consultations ambulatoires dans les services de santé mentale et le nombre croissant d’hospitalisations pour troubles psychiques.
La consommation de médicaments apparait elle aussi en augmentation. Ainsi, la prise d’antipsychotiques semble avoir augmenté chez les enfants de 0 à 11 ans. Chez les adolescent·e·s, la proportion de consommateurs d’antipsychotiques a aussi augmenté, tout comme celle d’antidépresseurs. Les consultations psychiatriques semblent relativement stables, un constat facilement explicable par l’absence d’évolution du nombre de pédopsychiatres disponibles. Une proportion importante de jeunes déclare ne pas savoir vers qui se tourner en cas de difficulté, ou pense qu’il ne leur serait pas possible de contacter un service d’aide. La honte, la peur du jugement, la méconnaissance des ressources constituent des barrières supplémentaires.

Les populations plus vulnérables sous-représentées dans les études

Les études à grande échelle mobilisées pour poser ces constats interrogent généralement exclusivement les jeunes scolarisés dans l’enseignement ordinaire, occultant ainsi une partie de la population (enfants et adolescent·e·s scolarisé.e.s à domicile ou dans l’enseignement spécialisé, ceux·celles qui se trouvent dans des institutions (hôpitaux, services résidentiels pour jeunes …), ceux qui sont en rupture avec le système scolaire, ou encore aux enfants et adolescent·e·s demandeur·euse·s d’asile).
Ce constat vaut également pour les enfants de moins de 10 ans.
On notera pour finir qu’un facteur commence à faire l’objet de nombreuses études universitaires, il s’agit de l’exposition à l’actualité. La consommation répétée d’images violentes ou anxiogènes, peut en effet affecter la santé mentale.

Les enfants et les adolescent·e·s vont-ils moins bien ?

Vu l’hétérogénéité des données, le rapport reste prudent. Néanmoins, les études démontrent qu’une souffrance psychique est très régulièrement exprimée. Les conditions matérielles de vie, qu’il s’agisse de l’aisance financière de la famille, du statut socio-économique de l’école fréquentée ou encore de l’expérience de l’insécurité alimentaire, sont fortement associées au bien-être et à la santé mentale des jeunes.
Les études démontrent que les jeunes issus de milieux moins favorisés présentent plus fréquemment des scores élevés de détresse, et leur accès aux ressources d’aide est souvent limité. En 2022, on estimait que 14,7 % des enfants belges vivaient dans un ménage exposé au risque de pauvreté monétaire [2]. 12,8 % des enfants belges sont en situation de « déprivation matérielle », avec des taux plus élevés encore en Wallonie (17,3 %) et à Bruxelles (21 %).
La tendance actuelle en Wallonie et à Bruxelles apparaît donc clairement négative et alarmante.

Des questions et des recommandations

Le rapport se conclut sur 3 recommandations pour une politique ambitieuse en matière de santé mentale des jeunes.

1. Améliorer la connaissance des besoins réels et des obstacles rencontrés par les jeunes et leurs familles.
2. Renforcer la prévention ciblée, par exemple en matière de sommeil, d’activité physique, de lutte contre le harcèlement ou de promotion d’un usage équilibré du numérique en tenant compte des vulnérabilités spécifiques aux différents « groupes » de jeunes.
3. Garantir un accès équitable et effectif aux services de soins en santé mentale.

Et une série de questions cruciales pour les futures politiques de prévention et d’intervention.

  • Comment adapter les stratégies aux facteurs de risque spécifiques aux filles, aux jeunes demandeurs d’asile ou aux jeunes appartenant à des minorités (orientation sexuelle, culturelle…) ?
  • Comment articuler la santé mentale avec les politiques sociales pour réduire l’impact de la précarité ?
  • Comment lever les barrières psychologiques et sociales au recours aux soins ?
  • Quelles stratégies adopter pour limiter, voire combler, l’écart persistant entre l’offre et la demande ?

Retrouvez tous ces résultats et bien plus encore dans le rapport complet sur le site du CRéSaM.

[1] Notamment l’étude HBSC (SIPES-ULB, 2024), l’étude de l’OEJAJ (2025), l’Enquête de Santé HIS (Gisle et al., 2020), ou encore les données issues de mutualités et de rapports du KCE.

[2] Revenu inférieur à 3 045 euros pour un foyer composé de deux parents et deux enfants.

tourist signpost in brussels, belgium

Bruxelles : les espoirs du secteur malgré les incertitudes 

Le 27 Fév 25

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À Bruxelles, plus de huit mois après les élections régionales, la Fédération bruxelloise de promotion de la santé (FBPS) retrace les moments-clés de la législature écoulée et, dans l’attente de la formation d’un nouveau gouvernement régional, souhaite souligner les éléments essentiels pour renforcer le secteur de la promotion de la santé dans les années à venir.

tourist signpost in brussels, belgium

Huit mois après les élections du 9 juin 2024, la Région bruxelloise tarde encore à former son gouvernement et collèges et à établir les coalitions pour les cinq prochaines années. Dans ce contexte incertain, le secteur de la promotion de la santé a choisi de se mobiliser pour faire entendre ses recommandations, basées sur le bilan de la législature écoulée, marquée par une succession de crises, l’amorce d’une transformation du système social-santé à Bruxelles et l’adoption du nouveau plan de promotion de la santé pour 2023-2027. 

Une législature marquée par les crises 

Cette législature a été profondément affectée par une série de crises successives : la crise sanitaire de la Covid-19, la crise énergétique et l’inflation, l’épuisement de la première ligne de l’aide et du soin, pour n’en citer que quelques-unes. 

Ces crises ont eu, et continuent d’avoir, un impact durable tant sur les travailleur·euses que sur les pratiques professionnelles, affectant les comportements et la manière de concevoir les actions dans tous les secteurs, et plus particulièrement dans le secteur non-marchand. En effet, une crise — entendue comme une situation imprévisible menaçant un système établi — exige, face à des menaces souvent inconnues, non seulement une réaction rapide mais aussi et surtout des stratégies à long terme fondées pour rendre nos systèmes plus robustes. 

A l’instar de nombreux autres secteurs, celui de la promotion de la santé n’a pas échappé à cette spirale et a dû faire face à l’urgence et aux menaces pesant sur la population et sur lui-même. 

Prenons l’exemple marquant de la crise sanitaire liée à la Covid-19. Même si les autorités publiques ne se sont pas spontanément tournées vers les principes et les professionnel·les de la promotion de la santé pour faire face à la situation, il est évident, aujourd’hui, que le secteur de la promotion de la santé a joué un rôle en influençant les stratégies sanitaires mises en place. Les premières mesures gouvernementales prises pour limiter la propagation du virus ont révélé des inégalités sociales de santé profondes, avec des impacts différenciés selon les populations concernées. L’épidémie et sa gestion ont affecté tous les aspects de la vie quotidienne, mettant en lumière l’importance de concevoir la santé de manière transversale et durable, en tenant compte de tous ses déterminants. 

Le secteur a ainsi plaidé pour l’intégration de méthodologies à la fois plus globales et adaptées, telles que l’attention aux publics fragilisés, les approches communautaires et participatives, le développement des compétences psychosociales, l’approche de réduction des risques, ainsi que la concertation avec d’autres secteurs (emploi, logement, social, soins, éducation…). Ces approches font partie des expertises que les professionnel·les du secteur développent depuis de nombreuses années et qui ont pu être mises à profit. 

Avec le recul, on peut constater que l’approche adoptée par les pouvoirs publics s’est appuyée sur une vision biomédicale et centrée sur les comportements individuels (gestes barrières, mesures de protection, etc.). Cependant, certaines recommandations du secteur ont été prises en compte et ont pu faire évoluer quelque peu cette approche. Le secteur a pu également répondre concrètement aux besoins des populations fragilisées par la crise en adaptant les messages de santé publique à leur situation, en leur offrant un soutien social et  psychologique, en facilitant l’accès aux soins, en proposant des solutions innovantes comme des auto-tests VIH ou des maraudes à vélo pendant le confinement. 

Une des réalisations notables de cette période a été la mise en place d’instances de réflexion, de coordination et d’actions telles que les stratégies concertées Covid, réunissant acteur·trices, cabinets et administrations, pour échanger sur les stratégies d’action à adopter en situation de crise. Ce dispositif a permis de faire reconnaitre la promotion de la santé comme approche sanitaire probante dans ce contexte et au-delà. 

Une autre réalisation marquante est le renforcement de la démarche communautaire en santé. La mobilisation du secteur ainsi que le financement – par Barbara Trachte, Ministre en charge de la promotion de la santé d’alors – d’une concertation des acteur·trices de démarches communautaires sur deux années ont permis de faire entendre et reconnaître les principes, les valeurs et les méthodologies qui guident cette stratégie d’action. Après un long travail de plaidoyer, nous pouvons constater une place accrue laissée aux actions communautaires dans les différents plans bruxellois ainsi que la mise en place d’un service de support dédié à l’accompagnement, la formation et la récolte de données autour des démarches communautaires en santé.  

Malgré ces avancées, il reste un regret : l’absence d’une évaluation approfondie des stratégies et politiques publiques mises en œuvre pendant cette période. Une analyse détaillée de l’impact de ces mesures sur les populations bruxelloises, les usager·ères, les services et les autorités est indispensable. Il est peut-être encore temps de tirer les leçons de cette crise et d’enrichir les pratiques futures et les politiques de santé publique. 

a group of young people. panorama.

L’avènement du Plan Social-Santé Intégré (PSSI) 

Un élément majeur de cette législature a été l’adoption du Plan Social-Santé Intégré (PSSI), issu d’un travail de concertation entre les politiques, les acteur·trices de terrain et les administrations. L’objectif du PSSI était d’adopter une approche plus intégrée de la santé et du social à Bruxelles, afin d’améliorer la cohérence et la lisibilité des dispositifs d’aide et de soins, tout en ancrant davantage l’offre au sein des territoires. On notera ici l’avènement du découpage territorial par bassins (au nombre de cinq) et le renforcement d’une approche dite « par quartier ».  

Sans revenir sur les détails historiques du processus (détaillés dans un article précédent d’Education Santé), il convient de souligner les étapes-clés de la construction du PSSI, de ses premières discussions à sa mise en œuvre en 2024. 

Lors de l’annonce du plan, le gouvernement bruxellois a mis en avant la volonté de renforcer l’intégration des services sociaux et de santé. La FBPS a salué cette initiative, en soulignant l’importance de l’inclure dans une approche globale de promotion de la santé.  

Le secteur a d’ailleurs œuvré pour que la promotion de la santé soit pleinement intégrée dans les groupes de travail thématiques liés à ce plan. Aujourd’hui, bien que le secteur s’accorde sur les objectifs poursuivis par ce plan, il reste encore largement au stade d’intentions. Le plan opérationnel présente environ 200 actions à mettre en œuvre, mais beaucoup de ces actions sont suspendues en raison de l’absence de budget, de temporalité ou de priorisation. 

En outre, bien que le secteur de la promotion de la santé soit intégré au PSSI, il doit faire face à des besoins qui ne sont pas accompagnés des ressources nécessaires. L’intersectorialité prônée par le PSSI, bien qu’indispensable, nécessite des ressources humaines et administratives importantes, qui sont souvent détournées des projets pour lesquels les acteur·trices sont véritablement financés. 

Le secteur de la promotion de la santé attend donc des moyens supplémentaires pour pouvoir assumer pleinement ses responsabilités dans ce travail intersectoriel, réaliser les projets pour lesquels les acteur·trices sont financé·es et assurer un véritable rayonnement de la promotion de la santé au sein des autres secteurs d’activité. Tout cela contribuera à une diminution de la pression et des coûts liés aux soins de santé.  

La mise en œuvre du PSSI reste donc un enjeu majeur pour la prochaine législature : comment garantir que ces actions seront réellement financées et mises en œuvre efficacement ? Comment faire de ce plan un réel levier de transformation en faveur de la santé et de l’équité ? Comment donner une place aux démarches de promotion de la santé, à la participation citoyenne et au secteur qui les défend ?  

Le plan quinquennal pour la promotion de la santé (2023-2027) 

Le plan de promotion de la santé 2023-2027, adopté en mars 2023 faisant désormais partie intégrante du PSSI, réunit 35 opérateurs désignés, quatre réseaux ainsi que neuf services de support et un service d’accompagnement (retrouvez notre article sur le plan opérationnel). 

Le plan bénéficie d’un budget d’environ 6 millions d’euros, soit une augmentation de 10% par rapport au précédent plan. Cependant, il convient de nuancer cette hausse, car elle provient principalement de la redistribution de subsides existant au sein du plan (précédemment sous la forme de subsides dits « initiatives »), et non d’une véritable augmentation des moyens. Il s’agit ici davantage d’une translation que d’une augmentation.  

La construction du Plan de promotion de la santé a grandement évolué par rapport à sa première mouture en 2016. En effet, le nouveau Plan s’articule désormais autour de cinq axes issus de la Charte d’Ottawa (1986). Chacun de ses axes se décline en objectifs spécifiques qui, eux-mêmes, se déclinent en objectifs opérationnels qui sont tous définis à partir des priorités déterminées par les autorités publiques.  

Le secteur souhaite saluer le travail fourni par l’administration pour la rédaction de ce plan quinquennal. Nous souhaitons mettre en avant l’évolution de l’approche dans la construction du plan notamment sur les portes d’entrées de ce plan qui sont davantage transversales que thématiques. Ce changement fait, entre autres choses, à la suite des recommandations formulées par le secteur. Par ailleurs, il reste que ce plan est largement sous-financé au regard des ambitions qu’il porte, en particulier sur certains axes de celui-ci. Un refinancement du secteur à hauteur des besoins de la population est essentiel. 

Et pour la suite ? 

Le prochain cabinet gagnerait à reconnaître et intégrer davantage les principes, méthodologies et stratégies de la promotion de la santé pour améliorer le bien-être des Bruxellois et réduire les inégalités sociales de santé.  

De nombreux secteurs, scientifiques et politiques, reconnaissent déjà l’importance d’investir dans la promotion de la santé et la prévention pour désengorger le système de soins, à l’image de la Wallonie qui a fait ce choix stratégique pour « anticiper les coûts liés aux soins de santé ». 

La Fédération bruxelloise de promotion de la santé a eu l’opportunité de discuter avec divers partis des recommandations qu’elle souhaite voir mises en œuvre pour la future législature.  

Parmi celles-ci, plusieurs trouvent déjà un écho favorable auprès des élu·es, notamment : 

  • augmenter les budgets du secteur et de la promotion de la santé pour alléger la pression sur les soins ; 
  • pluriannualiser les subsides facultatifs pour pérenniser les projets ; 
  • sortir de la logique d’appel à projets pour assurer des financements structurels aux organismes et affirmer par là leur rôle structurel dans la promotion de la santé des populations ; 
  • réduire la charge administrative des ASBL en simplifiant les obligations et en facilitant la prise en main des outils numériques ; 
  • clarifier et financer les actions prioritaires du PSSI ; 
  • maintenir et financer les accords du non-marchand qui permettent d’améliorer les conditions de travail des travailleur·euses du non-marchand et de renforcer l’attractivité du secteur. 

Enfin, une recommandation importante concerne la reconnaissance officielle de la Fédération bruxelloise de promotion de la santé. En effet, au cours des dernières années, la fédération a évolué dans ses missions et ses activités, notamment avec l’instauration du nouveau plan quinquennal et l’arrivée de nouveaux membres. 

Cependant, les missions de représentation, de plaidoyer et de défense sectorielle ne sont toujours pas reconnues par les autorités publiques, bien qu’elles soient essentielles tant pour le secteur que pour l’autorité publique. Il convient de souligner que ces missions sont d’ores et déjà reconnues pour les fédérations des autres secteurs du non-marchand. 

Quelques ressources pour aller plus loin :  

  • Actes du colloque « La promotion de la santé dans un contexte de politique social-santé intégrée : Pourquoi ? Comment ? » 2 octobre 2023 – Synthèse et Recommandations 
sports tools

Elaboration participative d’un plan intersectoriel alimentation et activité physique 

Le 3 Fév 25

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Dans le cadre de son expertise en soutien d’élaboration et de pilotage de politiques publiques, ESPRIst-ULiège a été mandatée, en 2016, par le Cabinet alors en fonction pour élaborer un plan de promotion de l’alimentation et de l’activité physique à des fins de santé (WALAPSanté). Un processus de construction participatif et itératif du plan visait à intégrer les enjeux des parties prenantes concernées dans la gestion même du plan.

En octobre 2024, la revue Santé Publique (France) publiait un article détaillé sur ce processus. En voici un aperçu.

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De 2016 à 2022, le Gouvernement wallon a initié une démarche durable de prévention en santé à l’horizon 2030. Dès les premières étapes de préparation du plan wallon Prévention et Promotion de la Santé, l’objectif était d’agir sur la transition des environnements et des modes de vie, notamment en matière d’alimentation et d’activité physique, tout en identifiant les leviers influençant ces déterminants de la santé. Une succession d’approches méthodologiques a été développée par ESPRIst-ULiège pour favoriser la mise en œuvre des principes de promotion de la santé et encourager la collaboration entre différents secteurs.

Cette mission d’expertise a ainsi impliqué la participation de plus de 160 parties prenantes issues de secteurs variés (santé, action sociale, sport, culture, enseignement, éducation permanente, économie sociale et solidaire, mutuelles, associations de patients, acteurs locaux, fédérations…), au travers de multiples consultations, d’études exploratoires et d’analyses de faisabilité. Les mesures qui composent le WALAPSanté s’inscrivent au croisement des expertises scientifiques et professionnelles recueillies par les chercheurs.

Le paradigme de « Santé dans toutes les politiques » a été adopté afin de mettre en lumière des leviers d’actions pour soutenir le développement de pratiques inclusives à l’échelon local et régional par une diversité d’acteurs.

Un plan riche en propositions concrètes et intersectorielles

L’aboutissement de cette mission fut la rédaction d’un référentiel stratégique pour l’action structuré en quatre axes stratégiques : l’accès à une information de qualité, le soutien à l’innovation sociale, l’accès à une offre de qualité et la gouvernance du plan. Chaque axe est décliné en objectifs stratégiques, eux-mêmes déclinés en objectifs opérationnels et en actions.

Si cette démarche de construction participative est favorable au déploiement de dynamiques intersectorielles sur les territoires, l’article montre qu’elle se heurte aux réalités temporelles des agendas politiques ainsi qu’au cloisonnement des politiques publiques.

Les auteur.es précisent que « […] plusieurs mécanismes liés à la décision et à l’implantation des politiques publiques ont amené une réduction progressive de la complexité et de la diversité des propositions issues de la construction participative.

L’article illustre que la construction intégrée d’un dispositif d’action publique, qui transcende les frontières disciplinaires, organisationnelles et politico-administratives, n’a rien d’évident.

Pour découvrir plus en détail la méthodologie de construction participative d’un plan de promotion de la santé intersectoriel et les enseignements que l’on peut en retirer, nous vous invitons à lire :

  • Le poster présenté dans le cadre de l’UIHPE 2022, une politique ambitieuse face aux syndémies.
quais de la meuse à liège

Centres locaux de la promotion de la santé : terre de liens

Le 30 Déc 24

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Du nouveau du côté des Centres locaux de promotion de la santé ! Les CLPS ont vu leurs missions redéfinies dans le cadre du nouveau Décret wallon de promotion de la santé. Et l’inter-CLPS est aussi renforcé avec l’arrivée d’une chargée de missions à temps partiel qui jouera un rôle de support de l’ensemble des dossiers et projets menés à l’échelle régionale.

quais de la meuse à liège

Avec la mise en place de la nouvelle programmation wallonne de promotion de la santé, le rôle et le fonctionnement des Centres locaux de promotion de la santé (CLPS) évolue. 

Après une période de « stand still » à la suite de la régionalisation de la promotion de la santé, les neuf CLPS wallons ont vu leurs missions redéfinies en 2022. Ils sont toujours répartis territorialement : Brabant wallon, Charleroi-Thuin, Hainaut occidental, Huy-Waremme, Liège, Luxembourg, Mons-Soignies, Namur, Verviers.  

Les CLPS ont maintenant deux missions, précisées par le décret du 2 février 2022 organisant la promotion de la santé en Wallonie, à savoir : 

  • Accompagner l’élaboration, l’implémentation, l’évaluation l’ajustement et le renouvellement du plan wallon de prévention et de promotion de la santé.  
  • Accompagner les acteurs en promotion de la santé de leur territoire sur le développement de projet agissant sur les déterminants de la santé. 

« Avec le nouveau décret, beaucoup d’opérateurs et de centres d’expertise ont souhaité nous rencontrer. Ces réunions ont entre autres permis d’aborder les demandes et de faire le point sur des besoins », précise Philippe Mouyart, directeur du CLPS de Charleroi-Thuin. 

Un rôle d’accompagnant 

Les CLPS tissent ainsi progressivement leur toile sur tout le territoire, en accompagnant les opérateurs agréés au niveau local, supra local, voire régional, et de façon plus élargie en continuant à travailler avec les acteurs qui ne sont pas subventionnés en promotion de la santé. « Quand c’est pertinent et légitime sur un sujet donné, on va mettre tous les acteurs autour de la table », précise Philippe Mouyart. 

En soi, le décret n’a pas transformé l’offre de service des CLPS. Une première offre de service est toujours de mettre à disposition des outils et des supports pédagogiques pour tous les acteurs de la promotion de la santé et au-delà.  

« Nous ne fonctionnons pas comme une bibliothèque. Mais plutôt comme des accompagnants. Nous analysons les demandes qui nous sont faites, nous resituons l’utilisation des outils pédagogiques dans le contexte de l’action et dans le cadre des stratégies de promotion de la santé », précise Aurélie Tison, la directrice du CLPS de Mons-Soignies.  

Les CLPS proposent également des services d’accompagnement de projets, ce qui implique une écoute de la demande, un soutien à l’analyse des besoins et à la mise en place d’un plan d’action, la suggestion de partenariat, ainsi qu’une aide à l’évaluation. Sur leurs territoires respectifs, ils proposent des formations et des temps d’échange. Et enfin, les CLPS initient ou participent à la mise en réseau d’acteurs locaux, soit au départ d’une approche thématiques (EVRAS par exemple) ou sur un territoire d’action (à l’échelle d’un quartier ou d’une commune). 

Aurélie Tison, directrice du CLPS de Mons-Soignes ajoute que : «  Ponctuellement, nous pouvons répondre à des accompagnements spécifiques pour mettre en route des projets, pour proposer ou chercher des partenaires. Nous pouvons aussi soutenir la création de projets à plus long terme, ou, si on identifie un vide sur une thématique, être à l’initiative de démarches locales de promotion de la santé. » 

À l’instar de la Plateforme Intersectorielle du Sud Entre Sambre et Meuse qui s’est formée il y a près de 20 ans dans l’Entre Sambre et Meuse (voir Education Santé « L’intersectorialité fleurit au sud de l’Entre Sambre et Meuse »), les CLPS cherchent à «  identifier des territoires avec une cohérence et une identité territoriale qui permettent de rassembler des acteurs issus de différents secteurs pour construire ensemble des projets au bénéfice de la qualité de vie des citoyens  », précise la directrice du CLPS de Mons-Soignies. Le bassin de vie formé par les 12 communes autour de la Louvière semble justement se préciser. « Cela implique d’attendre que les équipes communales soient bien en place et que les nouvelles programmations soient lisibles, notamment au sein des plans de cohésion sociale » ajoute-t-elle 

carte clps

Apport en rigueur scientifique 

Le décret de 2022 a défini avec une plus grande précision la place des CLPS dans le dispositif wallon de promotion de la santé, en articulation avec les opérateurs agréés et les Centres d’expertise en promotion de la santé. 

Dans ce contexte, les CLPS renforcent actuellement leurs contacts avec les huit centres d’expertise en promotion de la santé (CEPS) nouvellement agréés : Sciensano, Fondation Registre du Cancer, ESPRIst, l’Observatoire du Sida et des Sexualités, Unité de recherche de Santé Publique (ULiège), Eurotox, RESO (UCL), Sipes-ULB. « Ces partenariats vont permettre d’amener plus naturellement des apports scientifiques dans les projets locaux » se réjouit Philippe Mouyart. 

D’autre part, les axes thématiques définis dans le plan wallon de prévention et de promotion de la santé, vont inciter les CLPS à travailler des thématiques sur lesquelles ils étaient moins présents, comme le sujet des maladies chroniques et des maladies infectieuses. « Nous faisons aussi de plus en plus de liens avec les acteurs de la première ligne de soins, constate Aurélie Tison. Ils viennent vers nous dans le cadre de la réforme wallonne de la première ligne qui s’ouvre à la promotion de la santé (baptisée Proxisanté) ».  

Un Inter CLPS renforcé pour se coordonner 

Les équipes de CLPS ont une pratique de travail collaborative. Elles ont besoin de se retrouver régulièrement pour échanger sur leurs pratiques, leurs méthodologies de travail et la manière dont il est possible de dupliquer certaines actions dans les territoires des uns et des autres. 

Il existe ainsi des groupes de travail thématiques comme l’InterGEvras – pour généralisation de l’Education à la vie relationnelle, affective et sexuelle (Evras). Dans le cadre du protocole d’accord Evras, les CLPS ont en effet obtenu une subvention pour accompagner les centres de planning familial et les acteurs qui interviennent dans les écoles sur le sujet. Ces lieux permettent de coordonner cette mission. 

Il existe également un groupe de travail pour les documentalistes (GT Interdoc) et un GT intercom (qui a travaillé sur la création d’un site internet commun et d’un triptyque de présentation des CLPS, qui peut être utilisé lors d’événements à l’échelle de la Wallonie). 

Enfin, les directions des CLPS se rencontrent régulièrement dans le cadre de l’Interclps. Ces rencontres sont l’occasion d’échanger sur l’ensemble des dossiers qui les concernent ou pour lesquels ils sont sollicités à l’échelle de la Wallonie. Quand les demandes concernent également la région de Bruxelles, le CBPS (Centre Bruxellois de Promotion de la Santé) est invité à ces rencontres.  

Pour les soutenir dans cette charge de travail, un nouveau poste a été créé pour soutenir le CLPS qui est en charge de l’organisation de ces moments de rencontre (gestion en alternance tous les 6 mois). Emmanuelle Paul, dont le contrat a démarré au 1er octobre vient en soutien du coordinateur ou de la coordinatrice tout au long de son mandat. Issue du monde de la santé, Emmanuelle a notamment travaillé en maison médicale et pour Infirmiers de rue. Elle viendra en soutien à l’organisation, au développement des projets de l’interCLPS et à leurs suivis.  

« Les CLPS ont pour vocation de mettre de l’huile dans les rouages, précise Aurélie Tison. Ils observent les thématiques émergentes et en discutent en interCLPS. Cela leur permet de voir si certains sujets concernent toute la région wallonne ou si elles sont spécifiques à certains territoires. Ces échanges permettent de dessiner des perspectives pour mener des actions dédiées sur certains bassins de vie ». 

Les représentants des CLPS ont d’ailleurs profité de la journée interconnaissance organisée par la FWPS le 13 novembre dernier à Charleroi pour présenter leur mission et Emmanuelle Paul son rôle de soutien à l’inter-CLPS. 

Formulaire de Contact

Site web : https://lesclps.org/ 

Agenda des CLPS : https://lesclps.org/calendrier/ 

Speed dating pour les acteurs de la promotion de la santé

Pitcher son projet et faire une moisson de contacts pour envisager la suite de son action. C’était l’objectif de la journée “interconnaissance” que la FWPS organisait le 13 novembre dernier à Charleroi, qui a réuni 160 participant.es issu.es de 72 organisations. 

Au cours de cette journée marathon, les opérateurs en promotion de la santé, les centres d’expertises et les centres locaux de promotion de la santé ont eu l’occasion de se rencontrer et d’échanger sous un format original : le speed dating

Chaque participant.e avait synthétisé sa mission et ses actions sur un grand poster A5. Au top départ, chacun.e pouvait parcourir les posters des autres, pour y coller des post-it proposant une prise de contact, ou demandant une précision sur un projet particulier. Puis chacun.e pouvait retourner à son poster pour recueillir des questions en live, pitcher son projet, mettre un visage sur un nom et surtout échanger ses coordonnées.  

L’AVIQ a présenté les grandes lignes de la déclinaison du plan wallon de promotion de la santé par le biais des agréments et le budget engagé pour le secteur. Un nouvel outil interne à l’AVIQ basé sur la data issue des plans d’actions concertés (PAC) permettra de localiser les acteurs en fonction de leurs axes de travail et leurs projets sur chaque territoire.  

Une plateforme interactive sera accessible d’ici 2026 pour rendre disponible, entre autres, ce type de données. Cette cartographie sera une ressource précieuse pour travailler la transversalité. Il est déjà possible d’adresser des demandes de données ou de présentation de l’outil en envoyant un e-mail à ppsanté@aviq.be que l’on soit un opérateur agréé ou non. 

L’après-midi s’est ensuite déroulé sous forme d’ateliers thématiques autour des cinq axes stratégiques. L’occasion pour les acteurs de brainstormer ensemble et d’envisager des coopérations, des transferts de compétences et de bonnes pratiques par le biais de formation ou d’outils. Une mise en œuvre concrète du principe de transversalité, cher au secteur. 

A lire aussi :  

evras copyright @evras.be

Spots télé et radio pour la promotion de la santé : un dispositif unique en son genre 

Le 30 Déc 24

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Depuis trente ans, associations et institutions utilisent des espaces publicitaires gratuits à la télévision et à la radio pour mener des campagnes de promotion de la santé. Ce dispositif qui a fait ses preuves mérite aujourd’hui d’être pérennisé.

Cristine Deliens, Aline Gaschen, France Gerard, Denis Mannaerts (président), Thierry Martin et Philippe Mouyart sont membres de la Commission d’avis sur les campagnes radiodiffusées de promotion de la santé

Depuis 1995, les promoteurs de campagnes de communication en promotion de la santé peuvent solliciter l’octroi d’espaces gratuits de diffusion de spots TV et/ou radio sur les chaînes radio et TV de la Fédération Wallonie-Bruxelles. En effet, l’Arrêté du 18 janvier 1995 du Gouvernement de la Communauté française relatif à la diffusion de campagnes d’éducation pour la santé par les organismes de radiodiffusion (M.B. 19/04/1995) prévoit l’obligation pour les chaînes de télévision et de radio de mettre à disposition du Gouvernement du temps de diffusion gratuit équivalent aux temps publicitaires consacrés, au cours de l’année précédente, aux boissons alcoolisées, aux médicaments et aux traitements médicaux.  

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Qu’elles soient portées par des autorités publiques ou des organisations sans but lucratif, les campagnes de promotion de la santé qui peuvent bénéficier d’espaces de diffusion gratuits doivent être d’intérêt général et concerner l’ensemble de la population du territoire francophone ou un groupe-cible de celle-ci. Elles doivent aussi être en concordance avec les principes et priorités de promotion de la santé. La gratuité ne concerne que les temps d’antenne, elle ne s’étend pas à la conception et à la réalisation du message à diffuser, qui sont à charge des promoteurs. Notons que le dispositif est soutenu par un service, en l’occurrence l’association Question Santé, qui accompagne les candidats demandeurs dans le montage de leur projet (voir en fin d’article). 

Quand on connaît le prix de la seconde payée par les annonceurs classiques sur les chaînes de télévision et de radio nationales, on peut imaginer l’importance de l’investissement financier réalisé grâce à ce dispositif pour faire passer des messages de santé.  

Un mécanisme qui a fait ses preuves 

En 30 années d’existence, ce mécanisme a fait ses preuves en permettant d’informer et de sensibiliser à large échelle le public francophone en Belgique sur de multiples thématiques : dépistage des cancers, prévention des IST, activité physique, lutte contre les violences, arrêt tabagique, parentalité, santé des personnes en situation de handicap, consommation d’alcool, vaccination… Elle a permis, aussi et surtout, de fournir un appui à des programmes de promotion de la santé mis en œuvre au sein des territoires wallon et bruxellois. 

Ainsi, sur les huit dernières années, ce sont quelque trente campagnes différentes qui sont passées sur les antennes des principales chaînes de radio et télé1. Une quinzaine d’opérateurs les ont portées, dont la moitié environ provient du monde associatif. Ce dispositif est dès lors un outil de promotion de la santé assez singulier qui permet de rendre visible des enjeux de santé notamment relevés et traités par des acteurs et actrices de terrain.  

Le rôle de la commission 

Le rôle de la commission est d’analyser les dossiers de demande et de remettre des avis aux ministres compétents en leur offrant, à partir d’une série de critères, une analyse des réalisations. C’est notamment sur cette base que les ministres octroient ou non les espaces de diffusion. 

Cette commission composée d’expert.es de la promotion de la santé et de la communication se réunit dix fois par an. Pour chaque dossier2, elle étudie les arguments du promoteur et, le cas échéant, les spots radio et/ou télé proposés, à partir d’une grille d’analyse3. Chaque dossier passe au minimum deux fois devant la Commission : avant le passage à la réalisation (l’analyse se fait sur base d’un script et/ou d’un story board) et ensuite une fois les spots réalisés.  

Les critères inclus dans la grille sont :  

  • La pertinence : fondements scientifiques de la démarche, correspondance avec les stratégies de promotion de la santé, présence d’une analyse de problématique fondée… 
  • La cohérence : adéquation avec les priorités de promotion de la santé des pouvoirs publics et les autres messages véhiculés, présence de différentes composantes du projet (analyse de problématique, objectifs, scénarii, slogans, mise en scène, testing, plan média, évaluation, lien avec le programme dans lequel le spot s’intègre…) et cohérence entre celles-ci… 
  • L’éthique : respect des Droits humains, absence de conflit d’intérêts et de publicité déguisée, respect des valeurs de promotion de la santé (non- stigmatisation, non-culpabilisation, absence de prévention par la peur, effet positif sur l’équité en santé, renforcement des ressources psychosociales…), respect de l’égalité des genres… 
  • L’acceptabilité du message : appréciation positive du message (message interpellant, non-choquant, inclusif…). 
  • L’intelligibilité du message : rythme d’énonciation, langage clair, absence d’ambivalence ou d’injonction paradoxale… 
  • La qualité audiovisuelle des spots : attractivité (originalité, adaptation aux publics, éclairage, montage, habillage…), présence des signatures conformes…  

Quelques points d’attention essentiels dans l’analyse des dossiers 

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Dans l’examen des dossiers, la Commission est particulièrement attentive à la réalisation de pré-tests et de post-tests des spots auprès des personnes visées par le message. Ces tests des scripts, bandes-son et/ou des vidéos permettent de donner des indications sur la réception du spot (identification, compréhension…) et sur les effets potentiels de la campagne.  

Dans une perspective pleinement participative chère à la promotion de la santé, la Commission souligne positivement les démarches qui impliquent, lors de plusieurs étapes, citoyen.nes et/ou professionnel.les dans la construction du message et de la campagne. 

La Commission est aussi particulièrement attentive au fait que la campagne audiovisuelle s’inscrive dans un réel programme de promotion de la santé. En effet, les questions de santé sont caractérisées par la complexité, sont marquées par de multiples facteurs déterminants en interaction. L’information ou la sensibilisation des publics constituent un levier nécessaire mais insuffisant. Une campagne médiatique encourageant, par exemple, l’activité physique, ne prendra tout son sens que si d’autres leviers sont activés : création d’environnements favorables, développement de démarches communautaires, politiques attentives à la réduction des inégalités… La Commission veille donc à ce que le dispositif ne soit pas seulement un outil de marketing social permettant, entre autres, de montrer qu’on s’intéresse à la santé des populations et veille à ce qu’il ne soit aucunement un alibi permettant aux autorités d’éviter de s’attaquer aux racines des problématiques rencontrées. La campagne médiatique doit donc être vue comme un outil venant au service d’actions de terrain et en appui de dispositions plus «  environnementales  ». 

L’évaluation d’une campagne médiatique grand public en santé n’est pas une entreprise aisée. Elle est pourtant essentielle pour percevoir qui elle a pu toucher, ce qu’elle a pu contribuer à produire comme micro-changements, comment elle a pu compléter les actions sur le terrain, les stimuler, les renforcer… Les promoteurs des campagnes n’ont souvent pas les moyens de mener des enquêtes de notoriété du message diffusé ou de développer une recherche quant aux impacts de la communication sur les représentations sociales. Mais des projets évaluatifs peuvent être menés en sélectionnant et analysant des informations pertinentes à une plus petite échelle comme recenser les appels à un numéro vert, chiffrer les visites du site internet pendant la diffusion, sonder ou resonder la réception du spot auprès d’un échantillon, donner à voir la manière dont le spot a pu soutenir une action de terrain… La Commission voit donc d’un bon œil ces démarches nécessaires pour donner du sens au programme d’actions et, le cas échéant, pour lui donner de nouvelles orientations. 

Recommandations 

La Commission remet des avis (117 sur les 8 dernières années) et formule également des recommandations pour améliorer le dispositif, et notamment pour le faire passer dans une nouvelle ère. En voici les 4 principales : 

  • Le dispositif d’espace gratuit vit actuellement depuis 10 ans sous un régime provisoire. À la suite de la régionalisation des compétences de la promotion de la santé en 2014, la continuité du mécanisme a été garantie par les ministres compétents qui se sont succédé. Ils et elles ont pu assurer un fonctionnement commun aux différentes entités fédérées et maintenir une commission d’avis commune aux deux régions. Soulignons ici le travail indispensable de l’administration de la Commission communautaire française (Cocof) qui se charge du secrétariat et de l’asbl Question Santé qui fait le lien avec les régies publicitaires. Cependant, en une décennie, aucun cadre légal n’a émergé. Cet état de fait est assez paradoxal alors que le dispositif est bien utilisé et qu’il l’est en grande partie par les autorités publiques. Donner un cadre pour garantir la pérennité du dispositif et le faire évoluer est aujourd’hui urgent et indispensable. 
  • Le dispositif prévoit actuellement un quota d’espaces de diffusion déterminé sur base du temps de publicités diffusées l’année précédente en faveur des médicaments, traitements médicaux et boissons alcoolisées. La Commission s’interroge sur la pertinence de ce mécanisme actuel, étant donné qu’il est peu stable (les quotas évoluent chaque année) et éthiquement discutable. En effet, les espaces gratuits dédiés aux campagnes d’intérêt public sont, en quelque sorte, la contrepartie d’espaces de publicité de produits pouvant avoir des effets néfastes sur la santé. Dans une perspective de promotion de la santé, il y aurait tout avantage à mettre en œuvre une meilleure régulation des contenus publicitaires à l’aune de critères santé tout en gardant sur les ondes un quota de messages d’intérêt général soutenant des attitudes et ressources favorables à la santé. 
  • La consommation médiatique évolue. En effet, depuis quelques années, nous sommes entré.es dans une époque dans laquelle les médias de flux tels que la télévision et la radio perdent de leur influence, surtout auprès de la jeune génération. Réseaux sociaux, podcasts, vidéos en streaming, dispositifs de réalité virtuelle : la vague du numérique et des plateformes déferle. Les contenus sont désormais abordés autrement. De nombreux acteurs de promotion de la santé l’ont compris et investissent ces médias dont les principaux reposent sur des logiques marchandes. Faire passer des messages par ces canaux a donc un coût et beaucoup ne peuvent l’assumer. Il y aurait donc à penser un système spécifique pour que les campagnes puissent obtenir de la visibilité sur ces nouveaux médias. Si contraindre les grandes multinationales à consacrer des espaces à des messages d’intérêt général de manière structurelle semble à l’heure actuelle illusoire, obtenir de la visibilité sur les services non-linéaire de la RTBF (Auvio) est un premier pas indispensable. 
  • Nous terminerons ce propos en mettant en évidence l’importance de communiquer sur l’existence du dispositif afin d’encourager de nouveaux promoteurs exempts d’enjeux commerciaux à candidater et afin de diversifier les thématiques traitées encore actuellement trop fortement axées sur la prévention des maladies et des traumatismes. Il est bien de la responsabilité publique de multiplier les possibilités de promouvoir la santé en offrant de la visibilité à des messages positifs et inclusifs pour la santé mais aussi en soutenant (financièrement et philosophiquement) sur le terrain des actions et interventions visant à réduire les inégalités sociales de santé. 

Pour en savoir plus :  

Retrouvez l’offre d’accompagnement et d’appui de Question Santé pour monter un dossier

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Urbanisme et santé : le poids du politique 

Le 2 Déc 24

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Piétonnisation, ville sans voiture, végétalisation, création de pistes cyclables. Certaines tentatives pour créer des villes santé sont réussies, quand d’autres restent inabouties. Alors qu’en Belgique, les élections bruxelloises de l’année 2024 se sont en partie jouées sur le rejet du plan Good Moove, Charlotte Marchandise, directrice exécutive de l’European Health Association (EUPHA), rappelle que les politiques publiques sont un levier incontournable pour créer des villes plus respectueuses de la santé, de l’environnement, plus agréables à vivre et plus inclusives. A condition toutefois que deux impératifs servent de boussole : le bien-être des habitants et l’équité. Interview 

ES : Depuis quand les liens entre urbanisme et santé sont-ils étudiés ? 

portrait Charlotte Marchandise

C’est un débat ancien, qui date des débuts de la santé publique et plus précisément de la déclaration d’Alma-Ata de 1978 de l’OMS. La présidence finlandaise de l’Union Européenne de 2006 a marqué également un tournant important. Les pays nordiques et les Pays-Bas avaient déjà lancé le mouvement dans les années 80 en décidant de limiter la voiture et de promouvoir le vélo. Le Canada et certaines communes françaises, notamment Rennes, dont j’ai été maire adjointe, leur avaient emboîté le pas. Dans toutes les expériences réussies, c’est la politique qui rencontre la science. Et là, l’évidence saute aux yeux, on se dit « bon sang, mais c’est bien sûr ! » 

Un urbanisme favorable à la santé est aussi favorable à d’autres enjeux comme l’environnement, la qualité des interactions…  

Tout à fait. Un urbanisme favorable à la santé, ce sont aussi des villes où il y a moins de bruit, où l’on a une attention aux paysages, où les interactions sociales sont importantes, alors que l’isolement est aujourd’hui identifié comme l’une des causes de mortalité par l’OMS. Mais l’enjeu est de bien le faire : il ne suffit pas de mettre une piste cyclable pour avoir une ville favorable à la santé ! Au contraire, l’approche de l’urbanisme favorable à la santé, c’est de dire « le vélo c’est super, mais il ne faut pas oublier les piétons. » La question des plus vulnérables est fondamentale : quand on mise trop sur l’attractivité, on perd le concept de base de la santé publique qui est l’équité. Par exemple, les espaces verts, c’est bon pour la santé, c’est attractif, ça protège le climat, ça capte la pollution, mais si je plante les mauvaises espèces, je peux me retrouver avec des essences extrêmement allergènes. Quand la Métropole de Lyon a choisi de planter 980 bouleaux en 2011 dans le nouveau quartier Confluence, tout le monde est devenu allergique… Donc oui, dans l’urbanisme favorable à la santé, se cumulent la question des espaces verts, du bruit, avec celle des mobilités actives, mais aussi par exemple celle de l’ombre – les cancers de la peau étant en augmentation. C’est pourquoi aujourd’hui, on ne parle plus de santé dans toutes les politiques, mais de santé pour toutes les politiques. 

Un enjeu de l’urbanisme favorable à la santé consiste aussi à limiter le poids de certains déterminants défavorables, comme les déterminants commerciaux de la santé et notamment l’affichage publicitaire. 

Souvent les décideurs, les architectes, les urbanistes ne vivent pas dans les quartiers défavorisés où ces affichages sont omniprésents. Or l’enjeu de santé permet de rappeler aux acteurs locaux qu’ils ont du pouvoir et qu’au niveau local. On peut par exemple choisir de ne pas mettre de publicité sur les abribus aux abords d’une école. A l’échelle d’une ville, il existe aussi des leviers réglementaires très forts qui permettent par exemple de refuser l’implantation de fast food. Cela n’est pas seulement vrai pour l’urbain, mais aussi pour le rural. Je me souviens d’avoir donné une formation pour des directeurs d’hôpitaux dans laquelle je rappelais, au sujet de l’obésité, qu’elle n’était pas seulement liée au comportement individuel mais que les causes étaient multifactorielles. Certains avaient fait remarquer que n’importe qui pouvait quand même aller faire un tour le soir pour accomplir ses 10 000 pas… Mais si vous habitez à côté d’une route départementale où il n’y a pas d’éclairage, pas de trottoir, en fait, non, vous ne pouvez pas !  

Quels sont les facteurs qui amènent les décideurs politiques à s’engager dans un urbanisme favorable à la santé ?  

Ça peut être une idéologie politique, en particulier l’écologie. Néanmoins, si on mise trop sur ce critère, on risque de perdre des gens. Ça peut aussi être une décision personnelle et une expérience : vivre sensoriellement ce qu’est une ville cyclable comme Copenhague ou Amsterdam, visiter Barcelone. Et enfin, c’est la formation. Or, nous, acteurs de la santé publique, nous ne sommes souvent pas assez clairs dans nos explications, alors que les promoteurs des déterminants commerciaux de la santé sont au contraire hyper bons en storytelling (NDLR : une technique de narration qui permet de mettre en avant un produit ou une entreprise). 

L’urbanisme favorable à la santé peut-il, au-delà des métropoles, s’appliquer aux petites villes, aux villages, à la ruralité ? 

Absolument, c’est essentiel. Souvent, les exemples qu’on donne concernent des grandes villes ou alors des cas un peu exceptionnels comme Pontevedra (Espagne). Pourtant la question, c’est « qu’est-ce que je peux faire maintenant ? » Parfois, il suffit d’ajouter un passage piéton entre la sortie d’un lotissement et le parc, un banc quelque part. Cela peut faire toute la différence ! Ce sont des investissements peu coûteux, qui ne nécessitent pas d’avoir toute une équipe universitaire à ses côtés…  

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La ville de Pontevedra en Espagne qui a banni les véhicules du centre ville.

Si l’on prend le cas de Pontevedra, qui en bannissant les voitures de son centre est devenu une référence internationale en matière de piétonnisation, de lutte contre la pollution de l’air, d’accessibilité et d’urbanisation durable, quels sont les facteurs qui ont présidé au changement ? 

Tout a commencé par une décision politique. Le maire Miguel Anxo Fernández Lores constatait que l’usage de la voiture coûtait trop cher en entretien des routes, en places de parking… C’était coûteux en termes d’espace et de nettoyage des bâtiments. La ville perdait ses habitants. Et puis s’ajoutait évidemment la question du climat. On demande très souvent au maire de Pontevedra, comment il a eu les moyens de faire ça, et il répond toujours qu’il n’avait pas les moyens de NE PAS faire ça.  

Les responsables ont assumé le choix d’une ville sans voiture, avec des solutions hyper adaptées, comme le Metrominuto (ndlr : une carte piétonne schématique basée sur l’esthétique des plans des lignes du métro, qui marque les distances entre les points les plus importants de la ville et le temps qu’une personne prendrait en moyenne pour les parcourir), de manière très inclusive, en n’oubliant jamais les personnes âgées ou les personnes handicapées. Car si presque tout le monde marche, tout le monde ne peut pas faire de vélo ! Une ville comme Paris a par exemple développé une vision du vélo qui permet d’aller vite, une bataille de puissance, cheveux au vent, dans l’esprit « on est beau sur nos vélos ». Mais si je suis un peu âgé, en fauteuil roulant, ce n’est pas accessible…  

L’urbanisme favorable à la santé exige-t-il une planification sur le très long terme ? 

Justement, je crois qu’on peut avoir très vite de petites victoires. On se ment quand on se dit que cela peut seulement se produire sur le long terme… Regardez Barcelone. Avec l’arrivée de la nouvelle maire en 2016, grâce à des alliances politiques et à la société civile, la ville a créé les superblocks, des îlots à l’intérieur desquels les voitures n’accèdent pas. En un mandat, la ville avait déjà complètement changé. Sur les grandes artères, les feux de signalisation qui étaient placés très en hauteur, ont été abaissés : cela permet aux conducteurs de porter différemment leur regard au moment de démarrer. Toutes ces petites « bidouilles » font aussi beaucoup. Il y a 17 ans, Séville a aussi connu une véritable transformation, simplement par la construction d’une vraie belle piste cyclable autour de la ville : du coup, tout le monde s’est mis à faire du vélo parce que c’était beaucoup plus pratique. Mais pour que cela marche, il faut partir du bassin de vie, du vécu des gens. La santé publique, c’est accompagner les gens là où ils sont et comme ils sont : toutes les études du comportement des populations montrent en effet que, au départ, personne n’a vraiment envie de changement. Mais si les aménagements sont adaptés, personne ne veut revenir en arrière.  

Possède-t-on aujourd’hui assez de données scientifiques concernant l’urbanisme favorable à la santé ? 

Des données scientifiques, on en a beaucoup, beaucoup ! Le gros problème, c’est qu’on est très mauvais sur les data, qui permettent de voir les effets d’une politique publique par rapport à des indicateurs choisis. C’est un boulot qu’on devrait faire au niveau européen.  Car les choix politiques basés sur la science fonctionnent. L’Islande, par exemple, était auparavant le pays de l’OCDE avec le plus de jeunes qui fumaient, se droguaient, prenaient de l’alcool. Les autorités ont donc regardé ce que la science disait : premièrement que les interdictions marchent, deuxièmement qu’il fallait accompagner la parentalité, troisièmement qu’il fallait créer des espaces de sport et des espaces culturels. Résultat, c’est aujourd’hui un pays exemplaire en la matière.  

A voir, à lire :  

  • En septembre 2023, Santé conjuguée (n°104) publiait Lutter pour une ville hospitalière, un article de Marion Alecian sur les projets de rénovation urbaine à Bruxelles.  L’autrice y rappelle que « le droit à vivre en ville pour toutes et tous présuppose et encourage un pouvoir d’attraction ainsi qu’une certaine idéalisation politique du cadre de vie urbain, comme lieu d’émancipation sociale. » Et conclut sur la responsabilité politique dans le projet urbain : « La ville n’est pas un organisme vivant qui suivrait une évolution déterministe ou non régulable. La ville est le fruit d’une construction sociale et d’un projet politique qui implique l’engagement de ses habitants, mais aussi des plans contraignants volontaristes visant à atteindre un confort de vie : faire du milieu urbain un véritable lieu de vie volontaire, partout et tout le temps ! ». 

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Naissance : dépistage systématique des vulnérabilités psychosociales  

Le 2 Déc 24

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Améliorer l’accessibilité aux soins des femmes enceintes vulnérables. C’était l’ambition d’un projet pilote mené au sein de la maternité du centre hospitalo-universitaire de Jette (UZ Brussel). Le dispositif, qui a fait ses preuves localement, est en train d’être mis en œuvre dans toute la Belgique sous la forme d’une plateforme numérique baptisée Born in Belgium Professionals. 

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Jusqu’alors les soins périnataux étaient fragmentés et complexes. Si bien, que les équipes de soins « constataient des vulnérabilités tardivement, le plus souvent au moment de l’accouchement, raconte Katrien Beeckman, sage-femme à la maternité de l’UZ Brussel. Certaines femmes ne pouvaient pas rentrer chez elles après la naissance parce qu’elles avaient des problèmes de logement, de santé mentale ou de violences intrafamiliales ». 

Le centre hospitalo-universitaire de Jette, situé en région Bruxelles Capitale (UZ Brussel) disposait bien d’un protocole sur l’alcool et les drogues, mais n’avait pas d’outil plus large pour dépister les autres vulnérabilités psychosociales des mères au cours de la grossesse.  

Or dans le cadre de sa thèse sur les inégalités dans les parcours de soins à Bruxelles soutenue en 2011, Katrien Beeckman avait pu constater de nombreuses barrières dans l’accès aux soins : manque de temps dédié au suivi, manque de financement, manque de transparence sur l’offre, listes d’attente, manque d’expertise. Elle y relevait la nécessité de mettre au point un accompagnement spécifique pour les femmes enceintes vulnérables. 

Pourquoi ? Parce que la vulnérabilité psycho-sociale affecte l’accès aux soins et peut générer des difficultés à la naissance aussi bien chez la mère (prise de poids excessif, morbidité, dépression ou anxiété, allant parfois jusqu’au suicide) que chez l’enfant (faible poids du nourrisson, naissance prématurée).  

Les statistiques sur la santé psychosociale périnatale à Bruxelles sont sans appel : une mère sur cinq a ou développe des problèmes de santé mentale au cours de la grossesse ou après la naissance. De surcroît : un enfant sur cinq naît dans la précarité (alors qu’elle concerne un nouveau-né sur six en Wallonie, un sur douze en Flandre). 

La mise au point d’indicateurs de vulnérabilités 

Entre 2017 et 2019, l’UZ Brussel soutient l’initiative de ses équipes dans la création d’un outil de dépistage des vulnérabilités. Une équipe comprenant des sage-femmes et des gynécologues lance une recherche approfondie sur la littérature scientifique et les bonnes pratiques autour de la santé périnatale en Belgique et en Europe.  

Elles dégagent 15 indicateurs pertinents sur le niveau d’éducation, le pays de naissance, le statut de résidence, la profession de la mère, la profession de son ou sa partenaire, sa situation financière, la situation de logement, la communication, le soutien social, l’anxiété, la dépression, les antécédents psychologiques, la violence, la consommation de médicaments et la consommation de substances psychoactives. 

Le prototype de la plateforme est baptisé « Born in Brussels Screening Tool (ST) ». Il favorise l’approche et l’accompagnement pluridisciplinaire. Très rapidement, l’expérimentation se fait connaître dans le cadre des travaux autour du livre blanc sur l’accès aux soins. L’Inami et le SPF Santé Publique s’y impliquent et l’équipe de l’UZ Brussel choisit d’abriter l’expérimentation au sein d’une asbl « Together We Care » pour notamment assurer le respect du droit des patientes en matière de traitement des données personnelles (RGPD). 

Un outil d’aide à la décision et à l’action 

La plateforme numérique est formalisée avec l’aide d’un groupe d’experts hébergé par l’Inami. Elle comporte désormais deux volets : le premier permet toujours de réaliser le screening/dépistage, le second de mettre en place des soins et un soutien spécifique personnalisé. 

L’ambition est « d’agir le plus tôt possible lors du premier trimestre pour tenter de régler les problèmes en amont de la naissance, pour que l’enfant à naître ait les meilleures chances dans la vie » précise Sabine Verschelde, qui participe à la mise en œuvre au sein de l’équipe qui compte désormais huit personnes.  

L’année 2021 marque un tournant. L’évaluation du dispositif conforte l’Inami sur sa pertinence. La Flandre s’y intéresse aussi. Le projet est alors repris dans le cadre du protocole d’accord soins intégrés (8 novembre 2023) et devient un volet dédié du projet fédéral sur les 1000 premiers jours de l’enfant. L’Inami finance la plateforme BiB et propose de généraliser la mise en place de la plateforme dans toute la Belgique. 

Systématiser le dépistage en interrogeant toutes les mères 

« L’objectif est de dépister dès l’anamnèse de début de grossesse les fragilités psycho-sociales en interrogeant toutes les mères à l’aide d’un questionnaire », explique Sabine Verschelde. Pourquoi toutes les mères ? Parce que les traumatismes, les violences conjugales ou l’anxiété n’ont pas de couleur sociale et aussi pour éviter la stigmatisation. 

« On stimule le fait de poser les questions : peut-être qu’une dame se sent seule, peut-être qu’elle a du mal à payer ses factures en fin de mois. Si on ne lui demande pas, elle ne le dira peut-être pas spontanément. Il faut parler de bien-être psychosocial avec chaque femme enceinte »,, ajoute Manon Moulin, sage-femme de formation, désormais chargée de l’implémentation de BiB en Wallonie. 

Accord préalable formalisé 

Ces questions ne sont posées qu’avec l’accord formel préalable de la patiente. Cette dernière est d’abord informée qu’il existe la possibilité d’ouvrir un dossier BiB. L’ouverture peut se faire lors de la consultation de confirmation de grossesse qui a lieu avec le médecin généraliste ou la sage-femme. Il n’est ouvert qu’après signature d’un formulaire officiel de consentement éclairé. 

Le questionnaire, disponible en dix langues, comporte aujourd’hui 24 questions. La personne qui conduit l’entretien ne doit pas nécessairement poser toutes les questions. « Quoiqu’il en soit, le questionnaire a été conçu pour être faisable en 20 minutes, dit Katrien Beeckman. Si la patiente a beaucoup de vulnérabilités, cela peut prendre plus de temps, mais une consultation prénatale dure en principe une heure. Quoiqu’il en soit, le plan interfédéral prévoit une intervention financière pour s’assurer que les prestataires de soins ont assez de temps pour écouter la femme enceinte ». 

Secret professionnel partagé  

Le recueil des informations sur la situation psychosociale de la femme enceinte n’est pas nécessairement exhaustif. La plateforme BiB permet de remplir les champs au fur et à mesure des entretiens. Les données personnelles de la femme enceinte sont conservées de manière sécurisée et ne sont visibles que par les professionnels de santé avec lesquels elle a une relation thérapeutique. Ce système à l’avantage d’éviter que la femme enceinte soit obligée de répéter son histoire à chaque fois qu’elle rencontre un nouvel interlocuteur. Le dossier est relié au numéro de registre national, au n° BIS1, ou au n° BIP qui a été mis en place pour les femmes sans papier. 

L’Inami dispense actuellement des formations d’une journée autour des techniques d’entretien pour les prestataires de soins. « Ils se familiarisent avec des sujets qu’ils connaissent peu, ils s’entraînent à poser des questions délicates de manière adaptée, à réagir aux réponses et à conclure l’entretien afin que la patiente reparte en se sentant vraiment bien prise en charge » précise Sabine Verschelde. 

Quand un seul indicateur de vulnérabilité est identifié, la future maman a droit à deux consultations prénatales personnalisées. Ces informations permettent d’orienter vers le service social de l’hôpital, ou de mobiliser le psychologue de l’équipe périnatale si la patiente est d’accord. Si une aide d’urgence est nécessaire pour des problèmes de santé mentale, l’outil permet également de voir immédiatement à qui la patiente peut s’adresser dans son quartier et le ou la praticien.ne peut appeler immédiatement pour voir s’il est possible de prendre un rendez-vous en urgence. 

Le rôle du coordinateur de soins

Pour les situations de très grande vulnérabilité, dès qu’une femme enceinte cumule plus de deux indicateurs, il est aussi possible de désigner un coordinateur des soins au sein de l’équipe périnatale. « Cette personne-clé va développer un plan en concertation étroite avec la femme enceinte pour que toutes les questions et préoccupations de la mère et du ménage soient prises en compte, et ce, potentiellement sur une période de 1000 jours ». 

L’équipe de BiB travaille actuellement au déploiement sur les territoires au sein des maternités. « Grâce à la mise en place du plan interfédéral, de plus en plus de portes s’ouvrent, constate Manon Moulin. De la première présentation, à la signature d’une convention avec les hôpitaux et la mise en place opérationnelle, il faut compter au moins 6 mois ». Gestionnaires et prestataires peuvent aussi compter sur l’aide de la plateforme pour identifier et créer un réseau de soutien prénatal avec les services sociaux et de santé environnants. 

Retrouvez plus d’information sur le site Born in Belgium Profesionnals  

La liste des partenaires à ce jour

Si vous souhaitez obtenir plus d’informations sur la plateforme, Born in Belgium Professionals organise des webinaires

Au sujet du plan interfédéral des soins intégrés et des 1000 premiers jours de l’enfant, voir ce dossier de l’Inami

L’étude sur le prototype de la plateforme BiB baptisée « Born in Brussels Screening Tool (ST) » dans la revue BMC (en anglais)

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Centre d’Education du Patient : la promotion de la santé à cœur  

Le 31 Oct 24

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Issu d’une longue tradition, le Centre d’Education du patient est désormais agréé comme opérateur de prévention et de promotion de la santé en région Wallonne.  

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L’Asbl développe actuellement trois projets phares sur le mésusage de l’alcool, la prévention des risques cardio-vasculaires et les compétences psycho-sociales des aînés. Des projets co-construits avec des professionnels de l’aide et du soin et des volontaires pour répondre au mieux à leurs besoins. 

Le mésusage de l’alcool en ligne de mire 

Le Centre d’Education du Patient (CEP) dispense une formation au mésusage de l’alcool pour le secteur de l’aide et du soin à domicile. Baptisée Repérage Précoce-Intervention brève (RPIB), celle-ci a été conçue à partir des besoins identifiés sur le terrain dans le cadre d’un projet européen transfrontalier mené entre 2020 et 2022. 

En Wallonie, les boissons alcoolisées font partie de la vie de la population, à tous les âges. 14 % de la population adulte consomment plus de dix verres par semaine, au-delà de la limite maximale recommandée. La « consommation problématique d’alcool », prédictive d’une dépendance à l’alcool, concernait 7% de la population belge, selon le rapport sur l’état de santé 2018 de Sciensano.  

Les professionnels du secteur de l’aide à domicile sont parfois confrontés à des habitudes de vie qui, en s’installant insidieusement, peuvent devenir sources de risque (consommations de boissons alcoolisées de plus en plus importante ou régulière, sédentarité, alimentation déséquilibrée…). 

« C’est un problème que l’on rencontre de plus en plus dans notre métier, confirme une aide à domicile. La formation m’a apporté des leviers supplémentaires pour en parler avec les bénéficiaires ». Le RPIB outille les professionnels pour leur permettre d’entamer une démarche de réduction des risques. 

Depuis décembre 2022, le CEP a formé 150 professionnels des services d’aide aux familles et aux aînés ou SAFA (aides-familiaux, responsables d’équipe, mais aussi aide-ménagers et gardes à domicile). Menée initialement sur les provinces de Namur, du Hainaut et du Luxembourg, cette formation s’est par la suite, étendue à l’ensemble de la Wallonie. 

Elle vise plusieurs objectifs :  

  • comprendre les dangers que l’alcool fait peser sur la santé,  
  • mesurer la consommation grâce à des outils spécifiques (questionnaire CAGE, mesure des unités d’alcool, voire un verre doseur),  
  • identifier les risques (notamment en montrant grâce à des lunettes adaptées les troubles de la vision qu’engendre la consommation d’alcool),  
  • détailler les dommages à long terme,  
  • inciter au changement avant que la dépendance ou la toxicité n’occupe le devant de la scène.  

Les ateliers ont permis de conscientiser progressivement les aides à domicile à cette démarche de « réduction des risques » et elles sont émis le souhait d’aller plus loin. Elles veulent désormais savoir comment entamer le dialogue avec le bénéficiaire dont la consommation d’alcool est « à risque ».  

Le CEP a pris soin de recenser les structures agréées par l’AVIQ dans le domaine des assuétudes. Un SAFA en difficulté peut ainsi s’adresser au maillage de la seconde ligne pour se faire épauler. 

Avec l’agrément PPS Région Wallonne décroché en 2023, le CEP travaille à mettre au point une formation à base de mises en situation au départ de vignettes cliniques, qui sont autant de témoignages de ce que les professionnels de l’aide peuvent rencontrer dans leur quotidien. Dans un second temps, le CEP ouvrira la formation RPIB au corps médical. 

Le CEP anime aussi des temps de sensibilisation dans des hôpitaux, des maisons médicales, des communes. Ces événements permettent d’aller à la rencontre du public, d’échanger avec des patients, leur entourage, des étudiants, des élus… Le CEP y répond aux questions et encourage les bonnes pratiques. Les sessions permettent de donner au public des repères sur l’alcool : boire deux unités d’alcool par jour, qu’est-ce que cela représente ? Pourquoi la distinction entre alcool fort et alcool faible n’est pas pertinente ? Quels sont les effets de l’alcool tout court sur la santé, notamment les maladies cardiovasculaires ? 

Le 4 octobre dernier, la commune d’Honnelles organisait une projection du film Drunk du réalisateur danois Thomas Vinterberg. Le CEP y a tenu un stand de sensibilisation autour de la consommation d’alcool pour relayer le public vers les bons interlocuteurs. 

Maladies cardio-vasculaires : transformer l’essai 

Le CEP travaille en réseau avec le CLPS de Namur sur les maladies cardiovasculaires depuis 2023, en partenariat avec ESPRIst-Liège et le RESO UCL. Le projet a démarré au sein de la maison médicale de Gesves. Le but est de réaliser et de tester un programme de prévention cardiovasculaire.  

A l’heure actuelle, le CEP réalise, avec l’équipe de la maison médicale, un diagnostic communautaire portant sur le thème de la « qualité de vie » et les représentations de la « santé ». Constatant que les autorités locales ne disposent que de peu d’informations sur les habitudes de vie et de santé, ce diagnostic s’adressera directement aux citoyens de Gesves et des communes avoisinantes.  

Il s’appuiera sur un questionnaire disponible à la maison médicale et via un QR code, suivi de quelques entretiens en face-à-face, avec des citoyens désireux de partager leur expérience de vie et de santé. Il cible, outre la qualité de vie et la santé, quelques questions portant sur les habitudes de vie des personnes. Alimentation équilibrée, pratique d’une activité physique, consommation tabagique et d’alcool, sont quelques-unes des questions plus ciblées, qui répondent à cet enjeu de prévention cardiovasculaire.  

Cette phase de recueil des données, via plusieurs canaux, devrait se clôturer fin 2024. Une restitution sera ensuite organisée, auprès des citoyens et des patients, mais aussi vers les communes et les partenaires soutenant ce projet (maison médicale d’Ohey, pharmacies, CAL…). Enfin, l’étape suivante consistera à « fidéliser » un noyau de patients et de citoyens, désireux de construire ensemble et de tester ce programme d’éducation à la santé. L’objectif sera de pouvoir mesurer des changements dans les comportements des personnes. Et, à terme, de pouvoir dupliquer ce programme dans d’autres maisons médicales.    

Développer les compétences psycho-sociales des aînés  

Le CEP travaille à la construction d’un outil avec et pour les volontaires d’Enéo, le mouvement social des aînés. Le 14 octobre dernier, les participants se réunissaient au cours d’une matinée conviviale sur le thème : bien-être mental et santé. 

Plusieurs questions ont servi de fil rouge à la matinée : 

  • Que signifie le fait d’avoir une bonne santé mentale ?  
  • Qu’est-ce qui empêche les aînés d’aller vers les services ou les professionnels qui pourraient les aider ?  
  • Comment les accompagner dans leur recherche de solutions et les rendre plus autonomes ? 
  • Quelles ressources peuvent-ils mobiliser pour faire face plus facilement à toutes les difficultés qu’ils rencontrent dans leur vie quotidienne ? 

Dans la foulée de cette matinée, un groupe de travail se mettra sur pied pour référencer les besoins en santé mentale, les freins, et les pistes de solutions. L’objectif est de concevoir et de co-construire un outil pour permettre aux aînés d’acquérir des compétences psycho-sociales et de les utiliser dans leur vie quotidienne.  

Au cours du projet, le CEP proposera aux volontaires d’analyser le développement de leurs propres compétences-psychosociales, dans l’optique de « former les formateurs ». 

Des formations à la carte et à la demande 

Au-delà de ces trois principaux projets au long cours qui vont se déployer jusqu’en 2027, le CEP propose des formations et des animations « à la carte » : formation des équipes de volontaires au sein des hôpitaux, demandes venant de groupements de citoyens, interventions dans les hautes écoles, dans les conseils consultatifs communaux des aînés, auprès de publics fragilisés… La liste exhaustive se trouve sur le web dans le catalogue de formation du CEP.

Toutes les infos sur https://www.educationdupatient.be/ 

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Activité physique : vers une harmonisation des pratiques en Wallonie ? 

Le 31 Oct 24

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Au sein de l’Agence Wallonie pour une vie de qualité (AViQ), Léna Frateur est chargée de promotion de la santé et prévention, référente pour l’alimentation et l’activité physique. Elle participe au groupe d’experts mis en place par Sciensano à l’échelon fédéral, et plaide pour une structuration du secteur. En Wallonie, Sciensano va intervenir comme centre d’expertise sur la thématique de l’activité physique. Entretien

ES – Le paysage des actions pour favoriser l’activité physique est très morcelé en Wallonie, par rapport à la Flandre où toutes les initiatives semblent centralisées au sein de Gezond Leven. Pourquoi ?  

L’aspect très disparate et diffus du paysage de l’activité physique actuel est principalement lié au fait que la Région wallonne a mené pendant des années une politique de financement par subventions facultatives, à la suite du transfert de la compétence de la Communauté française. 

En Wallonie, nous avons toujours eu des acteurs qui promouvaient de l’activité physique, sur prescription ou non. Cela peut très bien fonctionner dans certains endroits où l’offre en activité physique est super complète. Mais il y a sans doute des lieux qui sont vraiment défavorisés en termes d’accompagnement et de solutions, parce qu’aucun opérateur ne s’y est implanté ou parce que l’offre d’activité physique est insuffisante par rapport au besoin. 

Au-delà des financements des opérateurs agréés en PPS de l’AVIQ, il existe une multitude d’associations (comme Gymsana par exemple), et même d’initiatives privées, comme la Fondation contre le cancer, ou les mutuelles, qui mènent des actions pour promouvoir l’activité physique auprès des citoyens wallons. 

Avec la nouvelle programmation du WAPPS, les initiatives ont dû se formaliser, les acteurs se sont faits connaître. Ils sont 14 au total. Parmi eux, quatre sont désormais agréés en promotion de la santé depuis 2023 : Citoyens en mouvement (CHU Liège), Tous à pied, Sport sur Ordonnance et Fit your Mind (voir l’encadré ci-dessous).Ils ont fait de cette mission leur priorité, en étant en contact direct avec la population pour proposer des activités physiques adaptées, que ce soit en fonction d’une situation de santé ou d’un contexte de vie particulier. Cela peut se faire sur la base d’une prescription médicale mais ce n’est pas systématique.  

D’autres structures, comme les maisons médicales, intègrent les activités physiques dans une approche plus globale de santé. Enfin, certaines organisations, comme la revue Education Santé, se concentrent davantage sur le partage de connaissances, la communication autour des initiatives, ou d’autres associations qui plaident sur la promotion d’environnements favorables à la pratique d’activités physiques par exemple.  

Sciensano va intervenir comme centre d’expertise sur la thématique de l’activité physique. Est-ce pour tendre vers une harmonisation des pratiques sur le territoire ? 

Oui, Sciensano travaille comme centre d’expertise agréé, principalement sur les thématiques alimentation et activité physique pour nous aider à voir plus clair dans l’ensemble des actions réalisées en Région wallonne. Leurs travaux débutent tout juste en concertation avec l’ensemble des acteurs.

L’AViQ participe aussi au groupe d’experts mis en place par Sciensano au niveau fédéral. Au cours de nos échanges, nous menons un travail de définition : qu’est-ce que l’activité physique sur prescription et l’activité physique dans un contexte particulier ? Comment les distinguer au sein du réseau existant ? Devrions-nous plutôt parler de lutte contre l’inactivité physique pour inclure tous les acteurs dont le citoyen lui-même en priorité ? 

Une fois que nous aurons d’une part un langage commun et une vision large et partagée des acteurs en présence, qu’ils soient financés ou non par les pouvoirs publics, et d’autre part les données scientifiques (recherche, santé publique), nous serons en mesure de formuler des recommandations aux politiques. Le choix des publics prioritaires inclut, entre autres, la pratique d’activités physiques sur prescription mais cela ne se limite pas à cela. En fonction des publics ciblés, le type d’activités physiques à proposer pourra varier. Il est essentiel de rappeler que c’est au citoyen de comprendre l’importance de bouger et de découvrir ses propres raisons et motivations pour s’engager dans une pratique régulière et durable.  

La majorité de la population belge est inactive physiquement, moins d’un tiers pratique une activité physique régulière. Est-ce qu’on sera dans la prévention ou dans la promotion de la santé ?  

Ce sont les deux et c’est une discussion importante car le sujet de l’activité physique touche plusieurs politiques. Nous faisons déjà des liens avec les autres compétences, le sport (ADEPS) ou la mobilité, par exemple, qui est un levier pour améliorer l’accès à l’activité physique via le développement de la mobilité active (piétons, cycliste).  

Pour le moment, les actions vont un peu dans tous les sens. On ne peut pas dire que l’on a une politique globale, transversale, ni de promotion de l’activité physique, ni de prévention de certaines maladies avec cette thématique, des initiatives sont financées mais pour quelle efficience ? Pour la population, il faut que le message soit cohérent et le dispositif accessible. Dans le cadre de Proxisanté (la réforme wallone de la première ligne de l’aide et du soin), chaque niveau méso ou organisation loco-régionale de santé identifiera ses priorités de santé. Pourquoi ne pas les motiver pour qu’ils priorisent la lutte contre l’inactivité physique ? 

La réflexion doit commencer sur le terrain, puis vers un modèle plus global, en proposant un dispositif et un financement adaptés. Les choix posés par les opérateurs reposent, en effet, sur des raisons solides, qu’il est important de comprendre et, si possible, d’intégrer dans la conception du dispositif global. 

L’activité physique sur prescription semble mettre à nouveau les généralistes au premier plan, en raison des effets protecteurs de l’activité physique sur les maladies chroniques. Mais cela pose un problème majeur, car toute activité ne peut pas se faire sur prescription. 

L’activité physique sur prescription est un modèle qui ne répondra pas à l’ensemble des besoins des personnes inactives. C’est pour cette raison qu’il convient de réfléchir à structurer cette politique publique sous la dénomination de la lutte contre l’inactivité physique. Chacun a un rôle à jouer, la personne en premier lieu et la société en second lieu. Pratiquer de l’activité physique, se mettre en mouvement devrait être une norme sociétale.  

J’ai l’impression que le terrain est demandeur, qu’il est prêt, la Déclaration de Politique régionale 2024 – 2029 met en avant la prévention : l’AViQ prépare des arguments pour y répondre. L’inactivité physique est un trop gros problème de santé publique, alors que c’est un facteur de risque modifiable, relativement « facilement ». En tout cas, une partie du dispositif n’est pas si compliquée à mettre en place et nous avons des exemples de mise en œuvre à suivre. Les pièces du puzzle sont là, c’est juste qu’il faut les emboîter, ajouter un peu de colle et de bonne volonté afin de combler des trous. Le coût – bénéfice, même si c’est encore imparfait, vaudra la peine en termes de santé publique.

En Wallonie, quatre nouveaux opérateurs agréés en promotion de la santé 

1/ L’asbl Sport sur Ordonnance (fondée en 2018) organise la pratique d’activité physique adaptée pour les personnes porteuses de maladie chronique en région wallonne. Elle propose de renforcer les dispositifs locaux en proposant gratuitement ses services aux communes. Son objectif est d’aider les communes à mettre en place des cycles d’activité physique adaptée sur 12 à 24 semaines. 

L’asbl s’assure que les communes adhérentes, 20 actuellement, choisissent des prestataires qui respectent les lignes directrices de la médecine de l’exercice (Exercise as medicine). La commune doit aussi garantir l’accessibilité financière pour les participants.  

L’asbl organise des moments de sensibilisation pour les médecins généralistes en lien avec la PSMG et la SSMG. Elle s’appuie sur les référentiels mis au point par la Haute Autorité de Santé française4

sport-sur-ordonnance.be/ 

2/ Fit your mind propose des activités adaptées aux personnes souffrant de maladies chroniques, de douleurs persistantes ou faisant face à une perte de mobilité et d’activité au quotidien. Les sessions de gym douce, de renforcement musculaire, de stretching, de marche (nordique), de danse, sont encadrées par des professionnels spécialement formés à l’activité physique adaptée. 

Avec le programme “Care to dance”, Fit your mind a développé des ateliers spécialement conçus pour des personnes atteintes de la maladie de Parkinson ou des troubles apparentés. La danse est l’activité idéale pour développer des stratégies pour mieux bouger, la flexibilité, la force musculaire, l’observation, l’ouïe et le toucher, renforcer la confiance en soi, rompre l’isolement, améliorer la perception de son corps dans l’espace et ainsi réduire le risque de chutes. 

fityourmind.be/ 

3/ L’asbl Tous à pied développe depuis 20 ans des actions de plaidoyer pour défendre la mobilité piétonne en Belgique. Certains projets s’adressent plus spécifiquement aux personnes âgées. Notamment le dispositif « Marche tes 5 minutes Senior ». Développé dans une maison de repos pilote en 2023, il s’est étendu à 18 établissements en 2024. 

Il vise à sensibiliser les professionnel.les des maisons de repos aux bienfaits de la marche pour les résidents. L’asbl organise une concertation entre le personnel et les seniors qui gagneraient à marcher – afin d’analyser les freins et les leviers à l’activité. 

Elle réalise ensuite un diagnostic de l’environnement de marche autour de l’établissement pour recueillir les ressentis des personnes participantes et si nécessaire proposer des aménagements. Chaque maison de repos se lance dans un défi : réaliser 5 minutes de marche quotidienne pendant une semaine. Très rapidement, la durée de promenade passe à 30 minutes, l’objectif est que l’habitude se maintienne dans le temps après l’intervention.  

tousapied.be/nos-projets/marche-tes-5-minutes-senior 

4/ Citoyen, en mouvement pour ma santé est un dispositif né au sein du CHU de Liège dans le cadre d’une bourse de la Fondation contre le cancer (les Grants Activité Physique qui ont pour objectif de promouvoir l’activité physique, du diagnostic jusqu’à l’autonomie sportive du patient).  Lancé en 2019 sous le nom de “Citoyen Sportif”, il s’adressait initialement aux personnes souffrant de cancer dans le cadre d’un dispositif de revalidation. En 2023, il a changé de forme et de mode de financement.  L’absl baptisée “Citoyen, en mouvement pour ma santé” organise désormais des séances d’activité physique gratuites. Celles-ci sont ouvertes à toute personne porteuse de maladie chronique, ou de 60 ans et plus. 

L’asbl a noué des partenariats avec 18 communes de Wallonie qui mettent leurs infrastructures sportives à disposition pour que l’asbl puisse organiser des séances avec des professionnels du mouvement certifiés. Chaque participant.e bénéficie en moyenne de 12 séances d’activité physique gratuite, et peut demander à renouveler ce cycle une seconde fois. 

chuliege.be/jcms/c2_26224880/en-mouvement-pour-ma-sante/accueil 

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Wallonie : le secteur de la promotion de la santé plus mobilisé que jamais

Le 2 Sep 24

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En Wallonie, le secteur de la Promotion de la Santé demande des moyens supplémentaires, la reconnaissance de l’aspect transversal et intersectoriel de ses actions et un véritable effort de simplification administrative. La Déclaration de Politique Régionale 2024-2029, publiée le 11 juillet dernier, semble s’engager sur plusieurs de ces points.

Le secteur de la promotion de la santé ne ménage pas sa peine. En avril dernier, la Fédération Wallonne de Promotion de la Santé organisait un grand colloque sur le thème « Osons décloisonner la santé, une promotion de la santé transversale et intersectorielle, c’est possible ! ». Celui-ci a réuni à Namur près de 200 professionnel.les des secteurs de la promotion de la santé, des maisons médicales, de l’action sociale et de l’aide et des soins à domicile.

L’occasion de défendre une vision à long terme, globale, positive et transversale de la santé devant les représentant·es des partis en lice pour les élections régionales du 9 juin. « Aujourd’hui, on est dans un temps d’inégalité, dans un temps du « quick win », éminemment politique, sauf que nous et notre secteur, nous ne sommes pas bien placés là-dedans … Nous ne faisons pas du « quick win », mais plutôt du « win for life ». L’idée est d’aller en amont des difficultés. Cela nécessite du temps et le temps c’est de l’argent… Nous demandons donc des financements pour dédicacer ce temps afin que les gens restent en santé.», constate Sophie Crapez la présidente de la FWPS, en introduction du colloque. « La personne est à l’intersection de toutes les politiques. Il n’y a pas d’autre possibilité que de mettre en place un travail en transversalité ».

Attirer l’attention des politiques

La FWPS avait ainsi choisi à dessein de mettre en avant lors d’une première table ronde  trois projets de promotion de la santé « qui se sont co-construits sur base de partenariats intersectoriels » et dont les bénéfices portent sur les déterminants communs à plusieurs problématiques de santé :

• « La Plateforme intersectorielle du Sud de l’Entre Sambre et Meuse », présenté par le CLPS de Namur, le CLPS de Charleroi et l’asbl Carrefour (lire notre article)

• « Comment promouvoir au sein du réseau d’accueil la santé, les droits sexuels et reproductifs des filles et femmes déjà excisées ou à risque de l’être », présenté par le GAMS Belgique et Fedasil.

• « A Liège, une Maison de l’alimentation construite en partenariat », présenté par La MAdiL et ESPRIst-ULiège.

« L’approche transversale en santé fait partie intégrante de la promotion de la santé. Nous avons donc cherché à attirer l’attention des politiques afin d’intégrer cette dimension dans la prochaine programmation 2028-2032 ainsi que dans ses outils d’évaluation » précise Dounia Ouhadid, coordinatrice de la FWPS.

Quand le reporting invisibilise les actions transversales

La seconde table ronde était, quant à elle, axée sur l’intersectorialité. Elle accueillait des représentants du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, de Canopea, du CRéSaM et du Haut Conseil stratégique wallon. Ces intervenants ont mentionné, au cours du débat, la fragmentation des plans de santé publiques par problématiques, et ont fait part de leur volonté et de la nécessité de travailler en intersectorialité au niveau régional et fédéral. Une revendication qui figurait déjà dans le Plaidoyer de la FWPS  en 2023.

Ce débat a également mis en évidence le fait que le secteur de la promotion de la santé n’est pas le seul à être impacté par la complexité et la lourdeur administrative. « Je dois le dire, il y a un vrai ras le bol – le reporting, les PAC, les fiches-action. Aujourd’hui, lorsqu’on veut travailler en transversalité, on a l’impression d’aller contre l’autorité publique – il faut que l’administration fasse davantage confiance aux acteurs », lançait Christine Mahy, secrétaire générale et politique du RWLP. Ce cri du cœur a déclenché une salve d’applaudissements dans la salle.

Dans le cadre du Plan Wallon de Promotion de la santé et de Prévention 2023-2027 (WAPPS) il est, en effet, demandé aux opérateurs de travailler sur cinq axes thématiques prioritaires. Or ce découpage de l’action et les critères de reporting afférents ont eu pour conséquence entre autres d’invisibiliser les actions transversales.

Des revendications reprises dans une note stratégique

La publication du Plaidoyer Wallon en Promotion de la Santé et l’organisation de ce colloque semblent avoir porté leurs fruits car, au lendemain des élections régionales, la FWPS a été invitée lors des « Consultations santé » organisées le 20 juin dernier à l’initiative des Engagés et du MR dans le cadre de la formation du nouveau Gouvernement de la Wallonie et de la Fédération Wallonie Bruxelles.

La FWPS a saisi l’occasion d’enfoncer le clou sur plusieurs points dans une note stratégique  de cinq pages transmise à cette occasion. Elle y met en avant la nécessité :

  • de renforcer le financement en promotion de la santé,
  • de maintenir les mesures qui ont fait leurs preuves et génèrent de la stabilité comme les agréments,
  • de construire un futur Plan Wallon de Promotion de la Santé et Prévention transversal,
  • d’opérationnaliser une vision globale et non stigmatisante de la santé basée sur des dynamiques collectives et non seulement individuelles,
  • de mettre en place une collaboration permanente entre les acteurs politiques et ceux de terrain,
  • simplifier les procédures administratives afin de pouvoir consacrer l’essentiel du temps de travail au terrain.

« Les obligations administratives se sont multipliées ces dernières années. S’il est normal de devoir justifier l’argent public dépensé, il l’est moins de passer, parfois, plus de 50 % de son temps dans la rédaction de documents administratifs », explique la note.

La FWPS rappelle également que la population a peu de prise sur une grande partie des facteurs qui influencent sa santé (environnement, éducation, emploi, logement, etc.), ou encore que les stratégies de prévention devraient se déployer au-delà de l’approche purement médicalisée et prendre en compte les inégalités sociales de santé.

Des annonces encourageantes

La mobilisation semble avoir porté ses fruits, car la Déclaration de Politique Régionale (DPR) parue le 11 juillet annonce en p.45 vouloir placer « la promotion de la santé et du bien-être au cœur des politiques ». Certaines intentions sont « encourageantes », estime la FWPS, notamment au sujet de l’approche de la santé dans toutes les politiques et de la pérennisation des moyens. La DPR indique en effet que le « gouvernement pérennisera les moyens octroyés aux différents secteurs, en sortant des financements one shot, au bénéfice de différentes formes de contractualisation (décret, convention pluriannuelle, etc.) qui s’inscrivent dans le long terme afin de rencontrer les objectifs préalablement concertés et définis ».

Dans la DPR, le MR et les Engagés annoncent vouloir « dresser un état des lieux des missions et des moyens dévolus à la promotion de la santé ». Sur le papier, le budget du WAPPS a doublé entre le début et la fin de la législature précédente. « C’est très bien mais il y a encore tellement à faire », lançait Sophie Crapez, lors du colloque. « Investir massivement dans les stratégies de promotion de la santé, c’est réaliser à long terme d’importantes économies dans le budget de la sécurité sociale et favoriser le maintien en santé de la population », rappelle-t-elle.

L’augmentation du budget wallon en promotion de la santé depuis 2023 a permis l’agrément de nouveaux acteurs  . Le nombre d’acteurs financés par l’AViQ a effectivement augmenté d’un tiers. Cette augmentation n’a, par contre, pas permis de refinancer massivement les actions déjà en place.

Le budget actuellement consacré à la Promotion de la santé représente 7,56 € par wallon·ne par an, ce qui représente bien moins que le coût d’une seule consultation médicale.

Et des incertitudes

La DPR 2024-2029 annonce bien que le budget de la « prévention » sera doublé « en cohérence avec les différents niveaux de pouvoir » et « en vue d’améliorer la santé de nos concitoyens et d’une meilleure maîtrise de l’augmentation des dépenses de santé ». Le texte cite à titre d’exemple : les dépistages, la lutte contre les assuétudes, la prévention des maladies liées à l’alcool, au tabac et à l’obésité comme priorités de santé pour les cinq prochaines années. Ce qui laisse planer l’incertitude sur le financement des autres champs d’action de la promotion de la santé.

Par ailleurs, la DPR 2024-2029 reconnait que « les besoins de santé de la population ne se limitent plus aux seuls soins de santé. Il est aujourd’hui reconnu que l’emploi, le logement, l’environnement, la mobilité ou l’aménagement du territoire ont une incidence significative sur la santé de chacun. Demain, les décisions prises dans ces matières régionales intégreront des critères d’impact sur la santé ». Ce qui laisse entendre que des études impact santé pourraient être menées de manière systématique. Si cela se concrétise, ce serait une petite révolution.

Dans sa note stratégique, la FWPS indique que « si le WAPPS devait faire partie d’un vaste plan interfédéral de santé, la promotion de la santé devrait y occuper une place forte et claire. Ce plan interfédéral devra éviter d’être fragmenté selon des problématiques de santé publique ». 

Durant la prochaine législature, la FWPS précise qu’elle aspire, entre autre, à collaborer à une meilleure intégration de la promotion de la santé dans la pratique des professionnels du soin en Wallonie, notamment dans le cadre de ProxiSanté. Elle ajoute qu’elle souhaite également être impliquée dans la co-construction des politiques de promotion de la santé et de prévention (ONE pour l’Enfance, la médecine préventive et la Promotion Santé à l’Ecole, l’enseignement obligatoire, les sports, la jeunesse,…) relevant de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Le secteur reste plus mobilisé que jamais. La FWPS précise enfin qu’elle « sera attentive à défendre une approche de promotion de la santé qui inclut la prévention médicalisée (vaccination, dépistage, etc.) sans pour autant s’y limiter, et reconnait le rôle et les champs d’interventions des acteurs non-médicalisés dans une approche globale et intégrée de la promotion de la santé ».

Pour aller plus loin :

Les actes du colloque, le podcast de la table ronde, la Note stratégique sur la politique wallonne de promotion de la santé et prévention 18.06.2024 sont disponibles sur fwps.be

La DPR 2024-2029 est disponible sur : wallonie.be/sites/default/files/2024-07/DPR2024-2029.pdf

La chronologie : 

  • 30 juin 2023 : publication du Plaidoyer Wallon en Promotion de la Santé.
  • 10 avril : colloque de la FWPS : « Osons décloisonner la santé, une promotion de la santé transversale et intersectorielle, c’est possible ! » à Namur.
  • 8 juin : les élections régionales placent le MR puis les Engagés en tête.
  • 20 juin : consultation des acteurs de la santé et remise de la note stratégique de la FWPS.
  • 11 juillet : publication de la DPR du MR et des Engagés.
  • 14 juillet : Yves Coppieters devient le nouveau ministre wallon de la Santé, de l’environnement, du handicap, de l’action sociale et de l’économie sociale, de la lutte contre la pauvreté, des Familles, de l’Égalité des chances et du Droit des femmes.

Recommandations en synthèse

Issues de la note stratégique sur la politique wallonne de promotion de la santé et prévention18 juin 2024

1. Renforcer les moyens actuels en prévention et promotion de la santé pour atteindre ce qui avait été annoncé au cours de la législature précédente et en intégrant les appels à projets dans la politique fonctionnelle (agréments). Ce faisant, l’investissement passe de 7,56 € à 13,58 € par Wallon·ne.

2. Prendre des mesures qui garantissent la pérennité des emplois et des financements, notamment des financements APE-Maribel actuels dont dépendent fortement une grande partie des asbl agréées en promotion de la santé en Wallonie.

3. Garantir un positionnement clair et fort du WAPPS, éventuellement dans le cadre d’un éventuel master plan national santé, en évitant la fragmentation des principaux programmes de santé publique. Pour viser plus d’efficience en prévention primaire, il s’agit d’accorder une place aux actions transversales dont les bénéfices portent sur les déterminants communs à plusieurs problématiques de santé.

4. Soutenir les Wallons et les Wallonnes en les entrainant dans des dynamiques collectives qui facilitent les adaptations de leur environnement et de leurs modes de vie.

5. Réformer les procédures en vue d’une simplification administrative concrète et forte pour permettre aux professionnel·les de consacrer leur temps, en priorité, à répondre aux besoins croissants de leurs publics et favoriser l’émergence de pratiques innovantes.

6. Collaborer avec le secteur wallon de promotion de la santé, dont la Fédération Wallonne de Promotion de la Santé (FWPS) est un acteur-clé, pour coconstruire la nouvelle organisation de la première ligne de soins en Wallonie (ProxiSanté), les politiques de prévention et promotion de la santé développées en Fédération Wallonie-Bruxelles (ONE pour l’Enfance, la médecine préventive et la PSE, l’enseignement obligatoire, les sports, la jeunesse).

belgique wallonie region

Le nouveau paysage de la Promotion de la santé en Wallonie 

Le 3 Juin 24

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Emilie Delferrière est directrice du service promotion de la santé et prévention de l’Agence pour une vie de qualité (AVIQ) de la région Wallonne.

La région wallonne attribue 13 millions d’euros aux opérateurs de la promotion de la santé et de la prévention – sur un budget total de 27 millions. Tour d’horizon sur le paysage wallon : le détail des agréments, les actions prévues et les nouveaux venus.

drapeau de la région wallonne

Pour pérenniser le secteur de la promotion de la santé et faire vivre le nouveau plan de promotion de la santé, la région Wallonne y consacre un budget annuel de 13,335 millions d’euros. Il permettra de financer les actions conçues par les différents acteurs pour couvrir la Programmation Wallonne en Promotion de la Santé en ce compris la prévention 2023-2027. 

Vingt-sept nouveaux acteurs  

En 2023, la Région wallonne a octroyé des agréments à 73 acteurs de promotion de la santé opérant en Wallonie ou de manière transversale sur le territoire de la Région wallonne dans le cadre de cette Programmation 2023-2027. Parmi ceux-ci, 46 étaient déjà subventionnés auparavant, 27 sont nouvellement agréés, soit plus de 37%. 

Ces agréments couvrent une durée de cinq ans pour les opérateurs et une durée indéterminée pour des acteurs dont les activités s’inscrivent de manière transversale.

Parmi les acteurs ayant obtenu l’agrément, les nouveaux sont indiqués en gras. 

  • Aktina ASBL 
  • ALFA : Aide Liégeoise aux Alcooliques, aux Toxicomanes et à leur Famille 
  • ARAPH : Association de Recherche et d’Action en faveur des Personnes Handicapées 
  • Asbl Citadelle 
  • Asbl Collectif Santé Mons-Borinage 
  • Asbl Entre 2 Wallonie 
  • Asbl Le Comptoir 
  • Asbl Namur Entraide Sida 
  • Asbl Psytoyens – Concertation des usagers en santé mentale 
  • Asbl Service Mobile Infirmier Liégeois 
  • Asbl Sida-IST Charleroi-Mons 
  • Association des Généralistes Enseignants de l’université de Liège (AGE) asbl – Infosanté 
  • Association Interrégionale de Guidance et Santé 
  • Centre de Formation et d’Education Familiale (CFEF) 
  • Centre d’Education à la Santé (Educa-Santé) 
  • Centre d’Education du Patient Asbl 
  • Centre Hospitalier Universitaire de Liège 
  • CHUPM-B Atelier 47B 
  • Comme chez nous 
  • CPAS de Charleroi 
  • CPAS de Flémalle – Service GAPpp (Gestion Autonomie Prévention des produits psychotropes) 
  • Cultures et Santé asbl 
  • De Bouche à Oreille 
  • ESPACE P… Asbl 
  • Étincelle 
  • Ex Aequo 
  • Fédération des maisons médicales et des collectifs de santé francophone 
  • Fédération Laïque de Centres de Planning Familial (FLCPF) 
  • Femmes et santé 
  • Fit your mind Asbl 
  • Fondation contre le Cancer FCC 
  • Fonds des Affections Respiratoires – FARES 
  • Groupe pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles féminine (GAMS Belgique) 
  • I.Care asbl 
  • ICAR WALLONIE Asbl 
  • Initiative d’Habitat Protégé L’appart 
  • Infor-Drogues et Addictions 
  • Institut de Pathologie et de génétique Asbl 
  • Institut Jules Bordet 
  • Le Jardin Animé asbl 
  • Ligue des Usagers des Services de Santé (LUSS) 
  • Maison de la Santé – Ville de Mouscron 
  • Maison médicale Espace Santé asbl 
  • Maison médicale L’Herma Asbl 
  • Maison médicale La Passerelle 
  • Médecins du Monde – Dokters van de Wereld 
  • Modus Vivendi asbl 
  • Mutualité chrétienne (Education Santé) 
  • Nadja Asbl, Service spécialisé en assuétudes 
  • O’YES – Organization for Youth Education and Sexuality 
  • Plateforme Prévention Sida 
  • Promo Santé & Médecine Générale 
  • Prospective Jeunesse asbl 
  • Province de Hainaut – Observatoire de la Santé du Hainaut 
  • Province de Namur – Service de Santé Affective, Sexuelle et Réduction des Risques (SASER) 
  • Question Santé asbl 
  • Relais Social du Pays de Liège 
  • Repères – centre de formation à la promotion de la santé 
  • Service d’Etude et de Prévention du Tabagisme Asbl 
  • Service Education pour la Santé asbl 
  • Service Entraide Migrants 
  • Service I Prom’S 
  • Sida Sol Asbl 
  • Société Scientifique de Médecine Générale 
  • Solidaris-UNMS (Pipsa) 
  • SOS Burn-out Belgique asbl 
  • Sport sur Ordonnance asbl 
  • SSM et CRA de Verviers asbl 
  • Tous à pied 
  • Union Professionnelle des Diététiciens de Langue Française (UPDLF-asbl) 
  • Univers santé Wallonie 
  • Viasano asbl 
  • Ville de Mons – Service de Prévention – Pôle Assuétude  

Les cinq axes prioritaires de plan 

L’AVIQ a choisi de suivre les recommandations de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) en demandant aux acteurs d’adresser cinq axes thématiques prioritaires. 

Axe 1 : La promotion des modes de vie et des milieux de vie favorables à la santé à travers l’alimentation, l’activité physique (1.1) et la lutte contre le tabagisme (1.2) 

Axe 2 : La promotion d’une bonne santé mentale et du bien-être global – à travers la prévention des usages addictifs et la réduction des risques (2.1) et la promotion d’une bonne santé mentale et du bien-être global (2.2) 

Axe 3 : La prévention des maladies chroniques. Les maladies chroniques sont en majeure partie liées à des réalités sociales. Une coordination renforcée des professionnels devrait favoriser des parcours de soins qui permettent une meilleure prise en charge de la personne et sa participation. 

Axe 4 : La prévention des maladies infectieuses telles que les infections sexuellement transmissibles, y compris la politique de vaccination. Une problématique que le Covid est venu amplifier. Une part importante de cet axe est également consacré à l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVRAS).  

Axe 5 : La prévention des traumatismes et la promotion de la sécurité. Il s’agit d’envisager la sécurité comme un enjeu déterminant : se sentir en sécurité (safe) est une condition de base pour accéder à la santé.

Comme l’indique le schéma ci-dessous, les objectifs prioritaires les plus couverts concerne l’axe 2 avec la lutte contre les addictions et les actions en faveur du bien-être global.

schema 2 repartition au sein des axes

Les axes couverts  

Chaque opérateur a remis un Programme d’actions coordonnées (PAC), qui définit de manière concrète les actions qu’il va mener durant la période d’agrément. Ainsi, les 73 acteurs agréés ont rédigé un total de 209 fiches actions.

Les axes les plus couverts par les actions sont dans l’ordre : santé mentale (47 actions), assuétudes (45 actions), maladies infectieuses et vaccination (40 actions), alimentation et activité physique (37 actions) et maladies chroniques (29 actions). 

La majorité des fiches actions ciblent la population générale ou les professionnels (de santé, du secteur psycho-médico-social ou autres). Lorsqu’un public spécifique est ciblé, il s’agit en premier lieu des patients (82 fiches), des détenus (55 fiches), des sans-abri (51 fiches), des travailleurs du sexe (39 fiches), des usagers de drogues (16 fiches) des personnes porteuses de handicap (10 fiches). 

Des points d’appuis pour les opérateurs 

Les opérateurs de promotion de la santé pourront s’appuyer sur d’autres acteurs agréés par la Région Wallonne pour un budget total de 27 millions d’euros.

Ils se regroupent en cinq catégories : 

  • les centres d’expertise en promotion de la santé, 
  • les centres locaux de promotion de la santé, 
  • les départements et sections de médecine du travail, 
  • les centres d’opérationnalisation en médecine préventive, 
  • une fédération (la Fédération Wallonne de Promotion de la Santé) 

Le budget 2024 consacre ainsi :

  • 2 978 666 euros aux centres d’opérationnalisation en médecine préventive (COMP), chargés de piloter des programmes de médecine préventive contre la tuberculose, et les cancers du col de l’utérus, du sein et colorectal.  
  • 93 000 euros à la Fédération Wallonne de Promotion de la santé (FWPS)   
  • 2 546 899 euros aux 9 Outbreak Support Team (OST) réparties sur le territoire de la Wallonie. Celles-ci ont pour mission le soutien à la sensibilisation, l’information, la formation sur les maladies infectieuses et leur déclaration obligatoire, ainsi que la gestion des épisodes infectieux dans les collectivités.  
  • 2 500 000 euros à des appels à projet  
  • 2 400 000 euros aux Centres d’Expertise en Promotion de la Santé : Sciensano, Fondation Registre du Cancer, ESPRIst, l’Observatoire du Sida et des Sexualités, Univeté de recherche de Santé Publique (ULiège), Eurotox, RESO (UCL), ULB. Ces centres d’expertise en promotion de la santé (CEPS) contribuent à la mise en œuvre et à la révision du WAPPS (plan wallon de promotion de la santé en ce compris la prévention), et apportent un appui technique et méthodologique en matière de promotion de la santé à l’AVIQ, aux Centres locaux de promotion de la santé (CLPS), aux Centres d’opérationnalisation en médecine préventive et aux opérateurs du secteur. 
  • 3 578 000 euros aux Centres Locaux de Promotion de la Santé. Les neuf CLPS wallons qui existaient avant 2023 voient leurs missions prolongées. Ils ont notamment été sollicités pour soutenir les opérateurs lors de la rédaction de leurs PAC. Ils proposent des services d’accompagnement de projets, grâce notamment aux ressources de leur centre de documentation, de la formation, de la mise en réseau des acteurs locaux. Ils sont répartis territorialement : Brabant Wallon, Charleroi-Thuin, Hainaut Occidental, Huy-Waremme, Liège, Luxembourg, Mons et Soignies, Namur, Verviers. 

Retrouvez plus d’info sur le site de l’AVIQ

Le 10 avril dernier, la FWPS organisait son premier colloque « Osons décloisonner la santé »

Pour rappel : les lignes directrices du plan ont été fixées par le Code wallon de l’Action sociale et de la santé (articles 47/7 à 47/18 et 410/0 à 410/40 adoptés par le Décret du 2 mai 2019 et modifiés par le Décret du 2 février 2022) et le Code règlementaire wallon de l’Action sociale et de la santé (articles 12/4 à 12/98 adoptés par l’arrêté du gouvernement wallon du 19 juillet 2022)

brussels, belgium may 11, 2018: view of the canal bruxelles charleroi from the bridge in the quarter molenbeek saint jean

PSSI : interview-bilan du cabinet Maron-Trachte 

Le 3 Juin 24

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Le 22 avril dernier, Education Santé a pu s’entretenir avec Julie Papazoglou et David Hercot. Les conseillers du cabinet conjoint d’Alain Maron (ministre de l’Action sociale et de la Santé) et Barbara Trachte (secrétaire d’État à la Transition économique et à la Recherche scientifique et Ministre-Présidente de la COCOF) ont piloté la réforme. L’occasion de détailler la mise en place du plan social santé intégré (PSSI), ses difficultés et de faire le bilan de la législature.

ES : Le PSSI lie social et santé, pour inciter la première ligne à prendre en compte les déterminants sociaux de la santé. Qu’est-ce qui a motivé ce choix politique ?  

David Hercot

David Hercot : Au moment de négocier l’accord de majorité, le gouvernement précédent venait de mettre en place le plan santé bruxellois, le plan de lutte contre la pauvreté et le plan promotion de la santé. Mais à travers leurs memoranda et leurs plaidoyers, les secteurs sociaux et sanitaires constataient que toute une série d’acteurs ne se parlaient pas assez.

Parmi eux, le Conseil bruxellois de coordination sociopolitique (CBCS ) plaidait pour une approche intégrée social et santé, pour travailler une programmation, une cohérence et s’assurer que l’offre de soins et de services soit présente partout. On s’est dit qu’il fallait sortir du paradigme du soin pour embrasser une approche transversale sur les soins centrés sur les objectifs de vie (“goal oriented care”) comme le définit la Fondation Roi Baudouin. Cela impliquait de faire évoluer les plans existants pour mettre en place une programmation social-santé intégrée pour toute la région et pour tous les Bruxellois.

Comment avez-vous procédé ?

photo julie papazoglou

Julie Papazoglou : Le PSSI est issu d’un travail de concertation qui a été lancé au moment des Etats généraux du social et de la santé avec l’aide d’Indivil, un opérateur externe aguerri à tout ce qui est méthodologie participative. L’idée était de faire émerger les besoins du terrain en s’appuyant sur la richesse et l’histoire de l’associatif bruxellois. Parmi les huit groupes de travail, un était dédié à la promotion de la santé, et un acteur de ce secteur était présent dans chacun des autres groupes.  

Au cours des échanges (dont une partie a dû se dérouler en visio en raison du Covid), il est apparu que les méthodes de la Promotion de la Santé devaient être les principes structurants du PSSI. Tout le monde y a adhéré, que ce soit l’ambition d’augmenter le niveau de littératie en santé, l’approche par les démarches communautaires, ou la volonté de réduire les inégalités en santé en travaillant sur les déterminants sociaux et environnementaux de la santé. 

Deux concepts structurants ont émergé au cours des discussions : l’universalisme proportionné et la responsabilité populationnelle qui doivent permettre de garantir l’intersectorialité et une offre de soins et de services adéquate.

Le PSSI vise à créer de la cohérence entre les différents types d’acteurs, entre la promotion de la santé et l’ambulatoire, entre l’opérateur et l’hôpital, entre la santé mentale et la santé organique.  

Au sens institutionnel, il crée une nouvelle articulation entre les trois administrations qui régissent les compétences social-santé à Bruxelles – Cocof, Cocom et au sein de celle-ci Iriscare/Vivalis – pour davantage de lisibilité. 

La plupart des arrêtés ont été publiés au Moniteur belge depuis le mois de janvier. Le secteur de la promotion de la santé était enthousiaste que l’approche promo santé soit le “fil rouge” du PSSI, mais les acteurs se demandent comment ils vont s’intégrer concrètement dans le dispositif. Qu’est-ce qui est prévu ? 

JP : J’ai l’impression que la difficulté a émergé quand le secteur ne s’est pas retrouvé dans l’axe 3 du PSSI qui définit la territorialisation de la première ligne de soin. Le secteur de la promotion de la santé, se retrouve plutôt dans l’axe 1 du PSSI (déterminants de la santé et prévention), qui reprend entièrement le plan Promotion de la Santé. Le plan opérationnel comporte 248 mesures en ce compris les mesures du Plan Promotion de la Santé.

Nous avons renforcé le secteur qui réunit plus de 40 acteurs, avec un budget propre de 6 millions, 10% d’augmentation budgétaire cette année et la création de deux nouveaux services supports. On essaie même de s’articuler avec des financements Cocom pour que certains services se bi-communautarisent et soient plus ouverts vers des services social-santé de la COCOM.  

Les acteurs de la Promotion de la Santé doivent prendre leur part, parce que sans eux la première ligne aura du mal à travailler. Il faut qu’ils soient en back up pour les accompagner et les former.  

DH : Je pense que l’incompréhension est venue du fait de ne pas se voir dans le découpage des territoires. L’axe 3 sur la territorialisation a fait beaucoup jaser. Or, ce n’est pas l’alpha et l’oméga du PSSI 

Nous avons posé le cadre. C’est à partir de ce cadre que chacun va réfléchir et se positionner : est-ce que je suis un acteur du quartier, du bassin ou régional ou de plusieurs quartiers ? On n’a pas pris la décision à la place des acteurs, on veut construire cela avec eux au cours des prochaines années. C’est en partie le travail de Brusano mais aussi des administrations de réfléchir : comment est-ce qu’un acteur X ou Y qui est déjà financé aujourd’hui se positionne le mieux pour être le plus efficace ? Est-ce qu’il travaille au niveau d’un quartier, de plusieurs quartiers, voire au niveau de la région ? Au sein d’une même asbl on peut avoir une partie des missions qui sont locales, et d’autre régionales. Ce n’est pas du tout incompatible ou exclusif. 

Les acteurs se demandent aussi comment ils pourront dégager du temps pour assumer a priori des nouvelles missions et envoyer des représentants dans les futurs lieux de coordination. Que leur répondez-vous ? 

DH : On ne va pas demander aux 4000 acteurs du social santé de se réunir dans tous les sens. C’est le rôle des référents-quartier, des antennes-bassin, de la coordination Brusano et des conseils consultatifs existants d’aller vers les acteurs et de faire du lien. On a donné l’impulsion et les moyens pour petit à petit mettre en réseau les acteurs qui sauront mieux qui fait quoi, ce qu’il manque dans le quartier. 

JP : Chaque quartier, via les CLSS (18 sur les 56 prévus), dispose d’un référent quartier. Il effectuera un diagnostic du quartier, analysera les problématiques social-santé et les pratiques des acteurs locaux, et proposera un Contrat Local Social Santé (CLSS). Une petite équipe de Brusano coordonnera ce qui se fait dans chacun des cinq bassins. Chaque antenne-bassin disposera d’un “conseil des soins” qui aura vocation à coordonner la prévention et la première ligne en tenant compte du maillage social-santé existant. Chacun peut participer à ce conseil ou non, en fonction de son champ d’action et de son besoin de nouer des partenariats. 

Cette architecture vise à adresser la question du non-recours. L’idée est de ne plus laisser personne de côté : ceux qui ne vont pas vers ces services, ceux que des services refusent d’accueillir parce qu’ils se sentent dépassés, ceux qui vont uniquement aux urgences par exemple, ou ceux qui ne bénéficient pas d’un accueil inconditionnel auquel ils auraient droit, qui n’ont pas de suivi, ne se font pas vacciner ou soigner. 

Pour les situations les plus difficiles, le PSSI prolonge l’existence du helpdesk, géré par Brusano qui facilite le travail intersectoriel et des case manager pour les individus les plus fragilisés. Pourquoi ? 

JP : Le PSSI voulait formaliser ce qui se fait déjà dans de nombreuses situations. Si on prend l’exemple d’un planning familial, il lui arrive de recevoir une femme pour une IVG qui se révèle victime de violences conjugales et criblée de dettes. Avec le PSSI, on dégage des moyens supplémentaires pour aider les acteurs à faire de l’interdisciplinarité. Les équipes vont pouvoir s’appuyer sur Brusano qui va faciliter leur boulot quand ils seront face à la personne qui est dans le besoin. 

DH : Ce travail de coordination permettra aussi de structurer le soutien aux équipes associatives qui connaissent un fort turn over. On essaie de systématiser le soutien, de mettre en place un mécanisme universel qui sera attaché aux structures et pas aux personnes. Cela permettra aussi de réduire la charge de travail des nouveaux acteurs qui doivent créer un réseau.  

JP : Par exemple quand on a fait le diagnostic CLSS à Forest, on s’est aperçu que le juge de paix était amené à devoir prendre des jugements d’expulsion de locataires, dont certains avaient développé le syndrome de Diogène. Or Forest Quartier Santé (devenu le CeRAPSS) et le Smes ont une expertise sur le sujet, mais elle n’avait pas percolé vers les assistantes sociales des CPAS ou les services de santé mentale. Notre but est de collecter tout ce qui se fait par les experts, les services supports, et que ce soit connu dans tous les bassins. On espère renforcer ainsi l’agilité de l’associatif. 

Certains observateurs se demandent pourquoi le PSSI ne s’appuie pas sur les communes pour se déployer, plutôt que de se déployer par bassins puis territoires. Les communes n’ont pas de compétences santé attribuées mais elles disposent de leviers d’action publique pour intervenir sur tous les principaux déterminants socio-environnementaux de la santé (logement, action sociale, cadre de vie, petite enfance, école, sport …) ? 

DH : Les CPAS ont apprécié de voir leurs moyens renforcés pour la coordination sociale en début de législature. Mais ils ne comprennent pas forcément la démarche quartier. On aimerait que cette réflexion sur l’offre par rapport aux besoins soit universelle. Pour des grosses communes comme Bruxelles, Anderlecht, Molenbeek, Uccle, cela fait sens, certaines avaient déjà ce type de découpage. D’autres s’interrogent. 

L’idée d’avoir des quartiers de 10 à 30 000 habitants permet de mieux répondre aux besoins locaux. Il pourra y avoir des sous-quartiers avec une diversité de l’offre, avec plusieurs maisons médicales, etc… ce n’est pas monolithique. Ça permet de se rapprocher des habitants et d’avoir des acteurs et des services publics pour faire réseau. 

JP : Le découpage de la Belgique et de Bruxelles en communes date de 1830 et précède la fédéralisation de l’Etat belge. Les 19 communes existantes sont fort politisées et par essence, le CPAS est une chasse gardée. Se décaler de ce découpage et de la coordination sociale des CPAS, permet aussi de créer une nouvelle logique liée aux impératifs de santé publique.  

DH : Et à l’inverse, la même critique revient par rapport à la création des bassins. Il est très difficile de gérer 1,2 millions d’habitants, avec le nombre d’association que cela représente, la diversité. Dans la réforme de l’Etat, on a hérité de structures au niveau bassin (Réseau multidisciplinaires locaux, certaines antennes 107), la logique d’avoir un territoire de 100 à 300 000 habitants préexiste. C’est un bénéfice pour les petites communes de renforcer les coopérations intercommunales en social-santé. L’arrêté passera au Moniteur belge en juin, mais cela prendra 5 ans à 10 ans à se mettre en place. 

Quel bilan tirez-vous de la législature ? En y repensant, auriez-vous fait certaines choses autrement ? 

DH : Le Covid nous a fort changé tous. On n’a pas fait les choses comme on les avait imaginées. La pandémie a accéléré la nécessité d’allier social et santé. Nous avons réussi à créer un nouveau cadre juridique, à stabiliser et prolonger les budgets d’urgence dégagés pour le covid. On ne pensait pas réaliser autant en 5 ans. C’est vertigineux.  

JP: On aurait dû passer plus de temps avec les acteurs de la promotion de la santé – pour expliquer les intentions, les chapitres, les budgets attenants à chacun des quatre axes. Sur le fond, le cap a été maintenu coûte que coûte. Sur la forme, je pense que le texte véhicule tout un tas de craintes et d’inquiétudes qui ne correspondent pas à la réalité. 

DH : On pensait avoir fait assez. On a organisé les ateliers du changement, mais ne sont venus que les acteurs qui pouvaient ou voulaient venir.  

JP : Les secteurs de la promotion de la santé et de la santé mentale semblent avoir les mêmes craintes d’être “dilués”. On a pourtant mis des priorités politiques dans le plan promotion santé pour qu’ils soient intégrés. En termes de clarté et de mises en œuvre, je ne sais pas ce qu’on aurait pu faire de plus. Est-ce que ce sentiment d’insécurité est lié à la régionalisation de la promotion de la santé, au fait de devoir rendre des comptes à deux tutelles différentes ? Ou au fait que la première ligne se mette à faire de la promotion de la santé ? C’est pourtant dans l’intérêt de tous que le système soit intégré. 

carte bassin

Quelques références :

>> Le CBPS publie le découpage territorial définitif

>> Question Santé a consacré un numéro spécial très accessible et didactique dans Bxl Santé en mars 2024

>> Retrouvez aussi l’article d’Education Santé paru en janvier 2023

>> les coordonnées du helpdesk de votre Bassin.
>> la « Petite histoire du helpdesk, d’hier à demain… »

bureau de vote

La Mutualité Chrétienne dévoile ses priorités pour une société en bonne santé

Le 29 Jan 24

Publié dans la catégorie :

La Mutualité chrétienne (MC) publie son Mémorandum 2024 en vue des prochaines élections. Plus qu’une vision de la santé, la MC déploie une vision de société. Au cœur de l’action de la MC figure la défense d’un système de santé incluant l’aide et les soins, la prévention et la promotion de la santé, la santé communautaire et tout ce qui contribue au bien-être dans ses dimensions tant physique que mentale et sociale. Ces axes d’actions prioritaires ont pour ambition de préciser la vision de la MC sur des thématiques qu’elle juge essentielles face aux défis tels que les changements climatiques et les évolutions démographiques, économiques, sociales et culturelles.  

bureau de vote

Nous détaillons ci-dessous quatre de ces priorités, qui concernent plus directement la prévention et promotion de la santé. 

Penser la santé dans toutes les politiques 

Pour être en bonne santé, il ne suffit pas d’avoir accès à des soins de santé. Être en bonne santé tout au long de sa vie dépend de nombreux déterminants sociaux de la santé tels que les conditions socio-économiques, l’environnement, l’emploi… Domaines sur lesquels les personnes ne peuvent agir individuellement. Cela implique deux choses : premièrement, la responsabilité de « la bonne santé » est collective et relève de la sphère publique. Deuxièmement, il faut agir sur l’ensemble des politiques qui impactent la santé, et ce à tous les niveaux de pouvoir. 

La précarité financière étant l’un des facteurs majeurs qui affectent la santé, les autorités doivent veiller à étudier et mesurer l’impact de chacune de leur politique sur la santé en ayant une attention particulière aux publics fragilisés. (…) 

Régions et Communautés doivent réagir pour garantir la bonne santé de la population à travers différentes politiques publiques… 

… en ce qui concerne l’environnement, la MC plaide pour que ces niveaux de pouvoir : 

• financent adéquatement l’assainissement des terres contaminées par des pesticides, des engrais, des fongicides… ; 

• réduisent les résidus de pesticides, d’amiantes, de perturbateurs endocriniens, de produits pharmaceutiques dans l’eau consommable en développant des zones de captage d’eau saine ; 

• définissent les valeurs limites au bruit, au regard de ce que propose l’OMS dans ses recommandations, dont la réduction du bruit aérien à moins de 45 dB en journée et à moins de 40 dB pendant la nuit. 

…en ce qui concerne l’emploi, la MC plaide pour que ces niveaux de pouvoir : 

• Soutiennent la création d’emplois stables et de qualité dans des secteurs qui participent à la cohésion de la société et permettent le lien social – singulièrement le secteur non-marchand ; 

• Renforcent la prévention concernant le burn-out, le bore-out et toute autre souffrance psychique liée au travail ; 

• Renforcent la sensibilisation et l’accompagnement des employeurs aux adaptations possibles des postes de travail à la suite d’une incapacité du travailleur ou pour prévenir celle-ci. 

…en ce qui concerne le logement, la MC plaide pour que ces niveaux de pouvoir : 

• Renforcent et visibilisent davantage les services publics d’analyse des milieux intérieurs et la cellule régionale d’intervention en pollution ; 

• Renforcent et simplifient les politiques qui incitent et aident à assainir et rénover les logements, en ce compris les biens mis en location ; 

• Promeuvent le “housing first”. 

Investir dans la promotion de la santé et la prévention 

La prévention et la promotion de la santé forment le premier maillon essentiel de la politique de santé dans le sens où elles agissent directement en amont du système curatif sur les déterminants sociaux de la santé. Cependant, malgré le rôle qu’elles jouent en termes de lutte contre les inégalités sociales de santé et dans l’amélioration de la santé individuelle, collective et communautaire, les politiques de promotion de la santé et de prévention sont encore trop souvent délaissées. 

Il incombe aux autorités publiques de déployer en concertation avec les acteurs du secteur des stratégies ambitieuses en la matière. La bonne santé de la population est une responsabilité collective. Dès lors, les politiques de prévention et promotion de la santé nécessitent une définition de priorités communes et d’objectifs de santé clairs à l’échelle d’une entité, en collaboration avec les autres niveaux de pouvoir. (…) 

Les Communautés et Régions disposent de leviers importants pour faire de la promotion de la santé et de la prévention des lignes de force de notre système de santé, en mettant en place des dispositifs cohérents, transversaux et de long terme en la matière.  

La MC plaide donc pour que les Régions et Communautés : 

• privilégient le financement structurel du secteur et évitent le lancement d’appels à projets en dehors d’une stratégie globale, cohérente et concertée avec le secteur et entre les niveaux de pouvoirs ; 

• renforcent les campagnes de dépistage (VIH, IST, cancers, diabète, maladies chroniques…) singulièrement auprès des publics défavorisés et des jeunes ; 

• mettent l’accent sur les modes de vie qui favorisent une bonne santé, en soutenant des campagnes et des stratégies d’action relatives à la promotion de l’alimentation saine et l’activité physique ou encore aux risques du tabagisme et de la consommation d’alcool. Elles peuvent mettre en place des mesures telles que, par exemple : 

– encourager l’éducation à l’activité physique pour tous, avec une attention particulière aux plus jeunes ; 

– proposer une alimentation durable dans les cantines publiques (crèches, écoles, collectivités…) 

– soutenir les stratégies de dénormalisation du tabac et de l’alcool et les acteurs œuvrant en ce sens ; 

– Soutenir l’interdiction de la publicité pour les produits alcoolisés. 

Enfin, parce qu’elle est convaincue que la prévention et la promotion de la santé représentent un moyen indispensable pour garantir la bonne santé de la population, la MC plaide pour tripler le budget consacré à ce domaine pour se rapprocher des 6 % du total des dépenses en santé, à l’instar du Canada. 

Organiser une première ligne plus proche du citoyen 

Le concept de « santé » va bien au-delà du simple fait de ne pas être malade. De la même manière, la définition de la première ligne ne peut se limiter à l’organisation des soins curatifs. La première ligne de soins doit évoluer vers le concept de première ligne de santé communautaire et intégrative de tous les acteurs de la prévention et de la promotion de la santé, de l’aide et des soins, y compris des acteurs sociaux, et des patients et leurs aidants proches pour favoriser une approche holistique. 

La MC plaide pour une nouvelle organisation de cette première ligne, au plus près des citoyens et basée sur un modèle territorial qui contribue à rencontrer et opérationnaliser des objectifs de santé et de soins de santé définis à un niveau régional et fédéral. Ce modèle doit être articulé de manière à décliner ces objectifs au regard des réalités locales. (…) 

La MC souhaite apporter sa plus-value, en tant que représentant des usagers et en tant qu’acteur de la première ligne, dans le développement du modèle, dans les dimensions de gouvernance, d’expertise et d’accompagnement et de représentation des personnes / patients. 

Pour répondre à l’ambition de cette vision, la MC plaide donc pour que les Régions et Communautés : 

• mettent en place le modèle territorial décrit [dans le Mémorandum], lequel doit assurer une couverture homogène du territoire et respecter le libre choix du patient ; 

• tiennent compte des besoins de la population et des pénuries dans la définition des sous-quotas Inami ; 

• encouragent la mise en réseaux à travers, notamment, un dossier patient informatisé centralisant les informations pertinentes sur le bénéficiaire, accessible aux professionnels et au patient, avec toutes les garanties en termes de respect des droits du patient ; 

• soutiennent le développement des maisons médicales pratiquant le forfait ; 

• accentuent la coopération entre les niveaux de pouvoir et les entités pour faire émerger des objectifs de santé et de soins de santé en bonne concertation avec les acteurs de la gestion paritaire ; 

• renforcent l’accessibilité financière des transports médico-sanitaires non urgents et assurent un financement adéquat des services de transport de personnes assurés par des volontaires ; 

• impliquent les organismes assureurs dans la gouvernance de chaque niveau du modèle et reconnaissent et soutiennent leur rôle d’acteurs de la première ligne (services sociaux, agents de prévention…). 

Renforcer les actions en faveur de la santé mentale 

« La bonne santé mentale est un état de bien-être dans lequel la personne peut se réaliser, surmonter les tensions de la vie, accomplir un travail productif et fructueux et contribuer à la vie de sa communauté ». C’est un concept complexe et intimement lié aux différents domaines de l’être : la santé physique, la vie affective, professionnelle, culturelle et sociale mais aussi le logement, les ressources économiques ou encore l’environnement. 

Les déterminants de la santé mentale sont à l’intersection de tous ces domaines. Le spectre des souffrances psychiques qui impactent la bonne santé mentale est donc large et demande des réponses différenciées, proportionnées et accessibles à tous. Ces réponses peuvent notamment être la prévention et la promotion de la santé ainsi que l’accès à une offre lisible, connue et accessible, tant financièrement que géographiquement et temporellement. Au-delà des réponses directes, la MC est convaincue que la participation à des activités sociales, culturelles et sportives, notamment parce qu’elle relie la personne à un maillage social, est également de nature à garantir un bien-être mental. (…) 

En ce qui concerne la prévention et la promotion de la santé dans le domaine de la santé mentale, la MC plaide pour que les Régions et Communautés : 

• renforcent la prévention et la promotion de la santé mentale dès le plus jeune âge, notamment en augmentant et en rendant structurels les moyens financiers dédiés aux acteurs directs du secteur (centres PMS, plannings familiaux, centres d’aide à la parentalité…) ; 

• soutiennent les secteurs qui ont indirectement un impact sur la santé mentale (organisations de jeunesse, mouvements d’éducation permanente clubs sportifs, milieux scolaires…). 

En ce qui concerne l’accessibilité de l’offre ambulatoire, la MC plaide pour que les Régions et Communautés : 

• renforcent le déploiement de la convention de soins psychologiques de première ligne pour garantir l’accessibilité financière de l’offre, tant pour les adultes que pour les enfants et les adolescents ; 

• améliorent la répartition géographique des prestataires et le travail en réseau, en favorisant l’interconnaissance des services et les temps de coordination ; 

• mettent tout en œuvre pour rendre l’offre de soins en santé mentale plus lisible, en développant un cadastre régulièrement mis à jour ; 

• poursuivent l’ouverture de places en initiatives d’habitations protégées ; 

• améliorent l’accessibilité financière de l’hébergement en maisons de soins psychiatriques et prévoient une programmation régionale actualisée de l’offre ; 

• œuvrent à l’amélioration de la continuité des soins et de la compréhension du système de soins en santé mentale. 

En ce qui concerne la lutte contre les assuétudes, la MC plaide pour que les Régions et Communautés : 

• renforcent la prévention dans ces domaines, particulièrement envers le public adolescent. 

Mais aussi… 

Les 4 autres axes prioritaires sont : 

  • Répondre aux besoins et défis de la perte d’autonomie 
  • Garantir l’accessibilité de notre système de santé 
  • Renforcer la démocratie au sein du système de santé 
  • Renforcer le secteur associatif 

Plus d’infos :  

Le texte complet du Mémorandum MC 2024 est disponible sur https://www.mc.be/fr/elections-2024.

a minimal watercolor of friends forming a human pyramid for a fun picture

Le foisonnement des acteurs : gage de liberté ou de fragilité ? 

Le 29 Nov 23

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Vincent Lorant, sociologue, politologue et chercheur spécialisé en santé publique, est intervenu lors du colloque organisé par la Fédération Bruxelloise de la Promotion de la Santé (FBPS) le 2 octobre dernier pour évoquer les fragmentations du secteur.

pyramide taille

Enseignant-chercheur à l’Université catholique de Louvain au sein de l’Institut de recherche santé et société (IRSS), Vincent Lorant se consacre à la promotion de la santé dès 1997, au moment où la Communauté française (devenue depuis la Fédération Wallonie-Bruxelles) revoit son décret en promotion de la santé. Le cabinet de la ministre-présidente de l’époque Laurette Onkelinx demande au chercheur d’élaborer un tableau de bord en promotion de la santé (voir Education Santé n°127, 1998). Près de 30 ans plus tard, alors que Bruxelles-Capitale lance une grande refonte du secteur, Vincent Lorant analyse ses fragilités. 

Education Santé : Lors du colloque organisé par la FBPS (voir encadré), vous avez expliqué que la promotion de la santé à Bruxelles était fragmentée. Pouvez-vous nous en dire plus ?  

Vincent Lorant : Le paysage de la promotion de la santé bruxellois paraît vraiment fragmenté, fragile. Je note que la FBPS regroupe plus de 40 membres, ce qui paraît beaucoup pour un petit territoire d’un peu plus d’un million d’habitants (voir notre article sur le plan 2023-2028). Cette fragilité est en grande partie liée à la gouvernance de la Promotion de la Santé et aux modalités de financement par appels à projet. C’est le résultat du décret Onkelinx de 1997. Il y a bien des objectifs, mais pas de véritable choix politique, de peur de privilégier certains publics ou certaines structures.  

Le souci principal au niveau bruxellois et en Wallonie aussi, est lié à la grande diversité des acteurs et à leur volonté d’autonomie sur le terrain. A partir de là, il est difficile de créer une action commune cohérente. Qu’il y ait une diversité de publics cibles, une diversité de problèmes de santé, c’est normal, c’est le propre de l’action dans le domaine de la santé et du social. Mais on a un peu l’impression que l’autonomie des acteurs et leur liberté d’action, leur liberté d’implémentation l’emporte sur une offre cohérente et structurée qui viserait d’abord et avant tout à améliorer la santé des Bruxellois et Bruxelloises. 

En quoi cette autonomie, cette liberté d’action peut-elle être fragilisante ? 

Chaque acteur a ses préoccupations financières, ses frais de personnels, ses coûts fixes. Les associations se plaignent d’ailleurs que les financements soient peu pérennes, elles survivent à coups de subventions facultatives. Ça les fragilise, ça ne favorise ni la continuité des personnels, ni la continuité de l’action dans les communautés. Ça crée une énorme concurrence, d’autant que le secteur n’a pas de coordinateur. Le décret Onkelinx avait créé les centres locaux de promotion de la santé (CLPS) dont le rôle de coordination fait bien partie des missions, mais ils ne disposent pas des outils financiers ou réglementaires pour l’assurer. 

Aujourd’hui, d’après ce que je perçois, la FBPS semble plus jouer un rôle de plateforme qu’un véritable rôle de fédération qui donnerait une impulsion ou qui aurait un pouvoir de leader, capable de donner une orientation globale. Mon impression, c’est que l’administration de la COCOF assiste au débat mais ne donne pas une orientation claire et laisse les acteurs se concerter. Si l’administration ne veut pas être le coordinateur ou en désigner un, alors c’est le modèle néolibéral qui prendra naturellement le dessus, ou peut être que l’un ou l’autre acteur plus puissant deviendra le coordinateur de fait. 

Comment assurer la cohérence alors ? Bruxelles est en train de mettre en place un plan social-santé intégré (PSSI), dans lequel Brusano jouera le rôle de coordinateur entre la première ligne et les autres acteurs, mais le secteur de la promotion de la santé se sent un peu relégué. Est-ce que cela suffira ?  

Vous avez plusieurs manières d’assurer une intégration, selon Walter Leutz, qui a théorisé cette notion en 1999 (dans l’article sur les cinq lois de l’intégration). Actuellement, nous sommes dans une situation de marché libre, les acteurs entrent en relation les uns avec les autres en fonction des besoins pour leur action. C’est le modèle de la liaison, le “linkage” en anglais. Mais ce linkage a ses limites : il ne facilite pas les liens durables et de confiance, et il crée une énorme concurrence entre les acteurs. Par ailleurs, il est très coûteux en temps. C’est ce qui ressortait des témoignages lors du colloque organisé par la FBPS. Il me semble que ce modèle est peu efficient. Mais, surtout, il ne facilite pas la réalisation d’objectifs collectifs surtout quand la situation des personnes est instable, et qu’elles nécessitent l’intervention et la mobilisation d’un grand nombre de services dans l’urgence, puis à moyen et long terme. 

Le deuxième modèle est celui de la fusion (“full integration”). Fusionner les structures en des grands ensembles pour exploiter les synergies, les économies d’échelle, stabiliser les personnels, et surtout mener des actions plus cohérentes. La difficulté, c’est que la fusion va de pair avec un coût majeur en termes de perte d’autonomie des structures. Qui veut se voir englouti par une plus grande structure ? “ Votre intégration est ma fragmentation ” écrivait Leutz. La fusion génère des avantages pour viser des objectifs communs quand il définit des publics-cibles, comme dans le secteur des soins de santé primaires. Par exemple, les maisons médicales sont une forme d’intégration de la fonction médicale, sociale, infirmière, paramédicale et aussi de santé communautaire.  

Leutz écrivait qu’il n’est pas possible d’intégrer tous les services pour toute la population : soit vous intégrez quelques services pour toute la population, soit vous intégrez tous les services pour des groupes cibles. Je pense que la promotion de la santé a cruellement besoin de fusion mais, pour cela, il faut d’abord définir les groupes cibles. La population d’un territoire pourrait être un groupe cible, ou celles des écoles, par exemple. La Promotion de la Santé à l’école est un exemple d’intégration autour d’un groupe cible, celui des enfants et adolescents. Mais, à l’occasion de la journée, je me suis demandé si cet acteur se perçoit vraiment comme partie intégrante de la structure de promotion de la santé en région bruxelloise. Au risque de faire sursauter mes collègues, on pourrait imaginer que la fonction de promotion de la santé touchant à certaines maladies chroniques soit rapatriée dans les maisons médicales ou la médecine générale, par exemple.  

Le troisième modèle est celui de la coordination, on a un acteur central qui assure la coordination des intervenants, c’était dans la mission initiale du CLPS, mais on ne lui a jamais donné les pouvoirs économique et réglementaire pour mener à bien cette action. C’est un peu la même situation dans le secteur de la santé mentale : chaque réseau dispose d’un coordinateur mais il n’a pas les moyens de son action, de sorte que le coordinateur se retrouve plutôt animateur.

Les pouvoirs publics devraient réfléchir à ces différents modèles. C’est à eux d’organiser l’action en fonction de leurs objectifs. Peut-être que cette situation de fragmentation les arrange bien, avoir des petites structures, sans acteur dominant qui peuvent les concurrencer ? 

Les pouvoirs publics insistent sur le fait que le quartier est le meilleur territoire d’intervention, et que les associations connaissent très bien le terrain à la rue près, ce qui justifie leur diversité. Le PSSI redécoupe d’ailleurs la région de Bruxelles-Capitale en 47 quartiers et 5 bassins. Qu’en pensez-vous ?  

Une des lois de l’intégration de Leutz dit : “ toute intégration au local ”. Il y a du sens à soutenir l’intégration au local, mais la difficulté est au niveau des publics cibles que vous pouvez définir au niveau micro dans certains cas, mais qu’il faudra définir de manière plus large dans d’autres. 

Ce qui me paraît étonnant, c’est de créer de nouvelles entités, alors qu’il existe 19 communes et 19 CPAS. On peut comprendre qu’il faille plus de flexibilité si on prend la commune de Bruxelles, qui est très différente entre le nord et le sud. Toutefois on constate que le meilleur acteur de l’action sanitaire et sociale, c’est la commune. Le souci, sans doute, c’est que les CPAS n’ont pas toujours une culture santé, qu’on peut trouver dans les pays nordiques, mais cela peut évoluer.   

Dans le cadre de l’Aide médicale d’urgence, on voit des CPAS qui fonctionnent bien au niveau local. Je plaiderais d’ailleurs pour le financement d’antennes de promotion de la santé dans les communes en lien avec les CPAS. On pourrait imaginer un renforcement de ces structures communales dans le domaine de la promotion de la santé tandis que des métiers d’appui (évaluation, documentation…) pourraient être rattachés au niveau régional ou bicommunautaire.  

Certains CPAS sont au bord du dépôt de bilan et n’ont aucune marge de manœuvre. Alors, est-il nécessaire de créer des nouvelles antennes ?  

Créer des bazars, des coordinations, des coordinateurs de coordinateurs. On a déjà un foisonnement des structures de coordination pour les projets 107, les RML, les réseaux 107 pour la santé mentale pour adultes (avec des antennes d’ailleurs dans des sous-territoires), la santé mentale pour enfants et adolescents… 

Dans ce contexte, c’est naturellement l’autonomie des acteurs qui l’emporte. Est-ce cela l’objectif politique par crainte de froisser les structures ?  Offrir une autonomie de façade, alors que les acteurs font la course à la subvention. C’est la précarité pour tout le monde, d’abord pour la population qui est la première à payer les frais de cette fragmentation, la précarité des professionnels, et des institutionnels aussi car leur action ne leur apparaît pas très cohérente. Je ne suis pas sûr que la multiplication des structures de coordination donne un horizon de temps et de travail stable respectueux de leur expertise. 

Lors du colloque, qu’est-ce qui vous a le plus étonné ?  

Le secteur parle peu de l’évaluation, comme si c’était tabou. Chacun préfère parler de ses valeurs : le communautaire, la diversité, la participation. Mais on pourrait prendre aussi l’efficacité comme valeur. Se demander quelle est la couverture de mon public cible, si je travaille avec un petit groupe de de dix femmes, est-ce satisfaisant ? 

Certes, l’évaluation ne doit pas être imposée. Elle doit être liée à des objectifs explicites et si une évaluation est bien faite, elle permet d’améliorer les processus. Quand les objectifs poursuivis ne sont pas explicités, c’est difficile de procéder à une évaluation. Je fais l’hypothèse que c’est sans doute une des raisons pour lesquels le secteur est fragile et peu visible. Si je suis incapable de montrer mes résultats, de quel argument je dispose auprès de l’administration, de bailleurs de fonds ou de la population pour demander qu’ils renforcent mes capacités d’interventions, mon financement ? 

La Promotion de la Santé au Parlement Francophone Bruxellois

Le 2 octobre 2023, la Fédération Bruxelloise de Promotion de la Santé (FBPS) organisait un colloque au Parlement Francophone Bruxellois autour de la question “La promotion de la santé dans un contexte de politique social-santé intégrée : pourquoi et comment ? ”.

Parmi la centaine d’inscrits, figuraient des professionnel.les des secteurs de la promotion de la santé, et du social-santé bruxellois, plusieurs parlementaires, des cabinets d’étude de partis politiques et des membres de l’administration COCOF. En introduction, Barbara Trachte, la ministre en charge de la promotion de la santé, a souligné la qualité du travail des acteur·rice·s du secteur, la nécessité de soutenir leurs initiatives afin d’agir en amont, et son engagement politique pour une meilleure intégration de l’approche promotion santé dans les dispositifs social-santé.

La matinée s’est articulée autour de deux tables rondes sur les stratégies de promotion de la santé dans une approche social santé intégrée en région bruxelloise. Puis l’asbl Prospective Jeunesse a présenté les premiers résultats de sa recherche-action menée à Bruxelles avec les maisons médicales. L’occasion de parler de co-construction, de processus plutôt que de projet et d’intersectorialité.

Le Groupe pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles Féminines, le Centre Bruxellois de Promotion de la Santé et l’asbl Cultures&Santé ont animé un atelier sur le réseau pour aborder les questions de participation et de mobilisation des parties prenantes à travers un travail de création graphique et de partage d’expériences.

La journée s’est achevée avec un discours de Kalvin Soiresse Njall, le président du Parlement Francophone Bruxellois, qui a renouvelé son soutien au secteur en insistant sur l’importance de s’appuyer sur l’expertise des institutions pour maintenir une logique ascendante, développer une vision globale et cohérente afin d’irriguer les politiques de santé publique.

Plus d’info sur le site de la Fédération Bruxelloise de promotion de la santé (FBPS)

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La campagne #VivreMieux met l’accent sur la promotion de la santé

Le 29 Nov 23

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Le 22 novembre dernier, la Coalition Santé (anciennement Plateforme d’action Santé Solidarité) a lancé la campagne #VivreMieux et proposé entre autres, plusieurs mesures concrètes dans le champ de la promotion de la santé. Un livre blanc donne des clés du débat qui vise à « porter un changement de cap dans le système de santé actuel ». Extraits choisis des constats et des revendications en promotion de la santé. 

vivremieu visuel campagne

En cette période pré-électorale, nous sommes convaincus que la santé doit être au centre des préoccupations des responsables politiques et des candidats. Les élections sont des moments-clés pour notre démocratie.

Marquée par les crises successives, la population mérite mieux que les polémiques politiciennes et stériles que nous avons connues ces dernières années. Ce livre blanc vise à lancer un débat démocratique, dénoncer les mécanismes à l’œuvre ET proposer une alternative crédible et viable qui permette à tout le monde de #VivreMieux.  

Nous ne pouvons plus nous permettre de négliger la santé physique, mentale et sociale des humains, tout comme celle des êtres vivants et de la planète. Avec ce Livre Blanc, la Coalition Santé souhaite donc proposer, encourager et défendre des politiques progressistes, égalitaires et solidaires en matière de santé et de promotion du bien-être. 

En comparaison avec d’autres pays européens, la performance du système belge de santé est actuellement acceptable. Pourtant, les inégalités de santé demeurent importantes dans notre pays. Elles s’expliquent en grande partie par l’influence des déterminants sociaux, mais aussi par des inégalités d’accès aux soins de santé. L’état de santé des personnes (espérance de vie, mortalité infantile, obésité, assuétudes, etc.) varie fortement en fonction du milieu dont on est issu et dans lequel on vit. 

La lutte contre les inégalités de santé 

Difficultés d’accès à l’emploi et détérioration des conditions de travail, exposition aux crises du logement et environnementale, délitement du lien social, inégalités de genre, etc. sont autant de déterminants sociaux qui pèsent sur la santé des citoyen·ne·s. Selon les études, on évalue leur impact sur la santé à 60 % (15 % pour les facteurs biologiques et 25 % pour le système de soin). Agir en faveur de la santé et de ses déterminants nécessite de mettre en œuvre une approche par continuum, de la promotion de la santé aux soins en passant par la prévention. 

Les inégalités sociales de santé, souvent présentes depuis l’enfance, sont évitables et injustes. Surtout, elles ne sont pas la résultante de conduites individuelles, mais bien de conditions de vie liées à des décisions politiques à tous les échelons. 

Il faut donc favoriser la promotion de la santé et la prévention. La promotion de la santé entend agir sur les éléments favorisant l’émergence, le maintien, le développement du bien-être et de la santé. En ce sens, elle s’efforce de donner aux personnes et aux groupes les moyens d’agir favorablement sur tous ces facteurs qui influencent la santé. Elle tente aussi d’éclairer les responsables politiques des divers secteurs en les confrontant aux conséquences de leurs décisions sur la santé et en les responsabilisant à cet égard.  

Promouvoir la santé revient à favoriser collectivement la santé dans toutes les politiques et pratiques. Quant à la prévention, considérée comme comprise dans les politiques de promotion de la santé, elle consiste à prémunir contre les risques de maladies, la progression des maladies et les atteintes à la santé qui peuvent s’ensuivre. L’importance des actions de prévention et de promotion de la santé ne fait plus l’objet de débats scientifiques. Ces deux axes ne captent pourtant qu’une part minime du financement global de la santé en Belgique. À titre illustratif, la part des dépenses consacrées à la prévention en Belgique s’élevait, en 2018, à 1,7 % des dépenses totales de santé (estimations du SPF Sécurité sociale). 

Nos revendications :  

  • Augmenter le budget alloué à la promotion de la santé à hauteur de 6 % du budget des soins de santé afin d’investir dans le préventif compris dans une acceptation large et de toucher à tous les facteurs qui influencent la santé. 
  • Inscrire dans les grilles horaires des programmes d’éducation pour la santé à l’école en mobilisant les différents acteurs·rices de la santé au sens large (acteurs·rices de promotion à la santé, socio-sanitaires, mutualistes, de l’EVRAS, de l’éducation aux médias…) et engager élèves ou étudiant·e·s et personnel encadrant dans des actions pour rendre le milieu scolaire plus propice à l’apprentissage et à la santé. 

Pour un travail porteur d’émancipation 

Traumatismes musculosquelettiques (TMS), stress, burn-out, bore-out, accidents, dépressions, etc. : la santé des travailleurs·euses n’a jamais été mise autant sous pression. En Belgique, un demi-million de travailleurs·euses sont aujourd’hui en incapacité de travail depuis plus d’un an (INAMI). Parmi ces personnes, la plupart ont une pathologie liée à leurs conditions de travail (selon la Mutualité chrétienne, 60 % des incapacités de travail ont un lien direct ou indirect avec le milieu du travail). Cet enjeu de santé publique implique tous les acteurs·rices de la santé (promotion de la santé, prévention au travail, acteurs du curatif), mais aussi la société dans son ensemble. Il y a lieu de garantir la reconnaissance des maladies professionnelles et leur extension à de nouvelles pathologies liées au travail (maux de dos, burn-out), à l’absence de travail (chômage, revenu d’intégration sociale) ou à du travail alternatif peu ou pas reconnu (aidants proches, bénévoles). Il est également nécessaire de prévenir les accidents du travail et mieux les faire reconnaître. Enfin, le rôle des syndicats doit être renforcé, notamment via la mise en place d’organes paritaires compétents en matière de promotion de la santé dans toutes les entreprises de 20 travailleurs. euses au moins. 

Nos revendications :  

  • Mettre en œuvre des actions sur le lieu de travail à l’aide d’ outils permettant aux acteurs·rices de la santé, qu’ils agissent dans le champ de la promotion de la santé, de la prévention et la protection au travail ou dans celui de l’organisation des soins (médecins du travail, conseils des mutuelles, de famille, conseillers·ères en prévention, infirmiers·ères, psychologues et assistant·e·s sociaux·ales du travail, etc.), de se concerter en vue de renvoyer au monde du travail les informations analysées régulièrement en vue d’actions de promotion de la santé sur les lieux de travail. 
  • Doter par extension des missions actuelles des CPPT (comités pour la prévention et la protection au travail) toutes les entreprises à partir de 20 travailleurs·euses, d’un organe paritaire pouvant donner des avis conformes obligatoires en promotion de la santé à partir d’une analyse des risques fondée essentiellement sur l’expertise des travailleurs·euses au plus proche du travail réel qu’ils effectuent. 

Animer la démocratie en santé 

Une politique de promotion de la santé exige l’action concertée de toute une série d’intervenant·e·s : gouvernements et autorités locales, secteurs de la santé, du social, de l’économie, etc., mais aussi les organismes bénévoles, l’industrie, les médias. Et, bien sûr, les communautés.  

Nos revendications :  

  • Développer la démocratie en santé au niveau de la relation soignant·e-patient·e ou professionnel·le-usager·ère, à l’échelle des collectifs et des services (ex. : associations de patient·e·s, comités d’usagers·ères), des institutions (administrations, mutuelles, etc.) et du politique, à ses différents niveaux de pouvoir.  Cette approche horizontale permet des actions en santé plus en phase avec les divers contextes de vie et préoccupations des personnes, tend à diminuer la défiance entre citoyen·ne·s et décideurs·euses, et a un impact en termes de réduction des inégalités sociales. L’usage des méthodes participatives rend ainsi les actions de promotion de la santé plus pertinentes, efficaces et légitimes 

Une alimentation de qualité pour toutes et tous 

Entre les distributions de colis, les restaurants sociaux ou encore les épiceries sociales, on estime que 600 000 personnes recourent à l’aide alimentaire en Belgique (FdSS), soit plus de 5 % de la population. Le droit à l’alimentation est donc loin d’être effectif. Quant à parler d’un droit à un accès digne et autonome à une alimentation suffisante, saine et de qualité, et qui répond aux préférences alimentaires des personnes, n’en parlons même pas. 

L’obésité tue 5 millions de personnes par an, presque deux fois plus que le paludisme, la tuberculose et le VIH réunis (Institute for Heath Metrics and Evaluation). En Belgique, le pourcentage de la population adulte obèse (BMI ≥ 30) est de 16 % et le pourcentage de la population adulte en surpoids (BMI ≥ 25) est de 49 % (Sciensano). Sciensano estime aussi que le surpoids et l’obésité augmentent, au minimum, la facture en soins de santé de 4,5 milliards d’euros par an. 

Les inégalités sociales d’accès à une alimentation de qualité, les inégalités de santé qui en découlent et la non-durabilité du système alimentaire actuel exigent la mise en œuvre d’actions visant à améliorer la qualité de l’alimentation et son accessibilité. Une alimentation de qualité doit être diététiquement suffisante et équilibrée, agréable pour les sens, sûre et respectueuse de l’environnement et des travailleurs·euses. La qualité de l’alimentation doit associer les préoccupations sanitaires, sociales, culturelles et environnementales. 

Nos revendications :  

Promouvoir des environnements alimentaires accessibles à haute valeur nutritionnelle s’appuyant sur une production locale et durable tout en réduisant ou interdisant les usages agricoles et ingrédients alimentaires nocifs pour la santé. 

Aller vers la résilience globale du système de santé 

Plus que jamais, il devient nécessaire de déployer des politiques de résilience du système de santé pour faire face aux futures crises (sanitaires, socioéconomiques, politiques, environnementales). Cela doit passer par un renforcement global de la sécurité sociale et, en son sein, par un soutien financier plus important de tous les métiers de la première ligne, englobant les actions de prévention et de promotion de la santé. 

Le mode de financement à l’acte des prestataires de soins engendre une multiplication des actes médicaux, portant préjudice à une prise en charge globale et holistique des patient·e·s englobant des actions de prévention et de promotion de la santé. Un tel système provoque de fortes inégalités d’accès au système de soins de santé. L’OMS l’a récemment rappelé : en ce qui concerne l’accès aux soins en Belgique, l’écart entre les ménages les plus riches et les plus pauvres est considérablement plus important que dans les autres pays de l’Union européenne. Ces inégalités d’accès à la première ligne et à la prévention provoquent un engorgement des urgences hospitalières et une multiplication des traitements aigus qui coûtent énormément aux finances publiques. La pandémie a pourtant démontré à quel point il est essentiel de mieux coordonner notre système de soins, de le construire à partir d’une large base qu’est la première ligne de soins et d’assurer un accès de chaque citoyen·n·e à une équipe pluridisciplinaire locale à laquelle il·elle peut se référer en cas de besoin. 

Sur la base de ce livre blanc, une série d’événements égrènera la période pré-électorale :  actions symboliques, manifestation et débats, notamment avec des candidats aux élections. 

Pour en savoir plus :  

www.coalitionsante.be 

Repère :  

La Coalition Santé, connue jusqu’ici comme la Plateforme d’action santé-solidarité, est née en 2007 sous l’impulsion d’acteurs·rices issu·e·s d’horizons divers, toutes et tous préoccupé·e·s par le droit à la santé, et qui ont décidé d’unir leurs forces afin de prévenir les conséquences des politiques néolibérales sur les plans social et sanitaire. Elle a récemment fait peau neuve en renouvelant ses instances et en changeant de nom, et réunit aujourd’hui des représentant·e·s de syndicats, de mutuelles, du secteur associatif et d’ONG. Parce que la santé est un bien commun encore trop peu accessible, la Coalition Santé défend une vision de la santé la plus large possible, qui prend en considération tous ses déterminants médicaux et non médicaux. Améliorer la santé des citoyennes et citoyens nécessite que des mesures soient prises au niveau des soins de santé et de la sécurité sociale, mais également dans l’ensemble des domaines de vie (enseignement, environnement, logement, mobilité, emploi et conditions de travail, cohésion sociale…). La Coalition Santé plaide donc pour que la santé soit prise en compte dans toutes les politiques. 

brussels, belgium cityscape

Bruxelles : décryptage du Plan de promotion de la santé 2023-2028 

Le 30 Oct 23

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En mars dernier, le Collège de la Commission communautaire française a adopté le nouveau dispositif bruxellois de Promotion de la Santé pour mettre en œuvre le Plan 2023. Le Collège a ainsi désigné 35 acteurs, quatre réseaux, sept services de support et un service d’accompagnement, à la suite d’un processus de sélection défini par le décret du 18 février 2016 relatif à la promotion de la santé. Retour sur le processus de sélection, les opérateurs désignés et les principaux enseignements.

Pascale Anceaux est attachée experte au sein de la cellule promotion de la santé de la Commission communautaire française (COCOF)  

Après l’adoption du nouveau Plan bruxellois de Promotion de la santé en juillet 2022, des appels à projets et à candidatures ont été lancés. La Commission communautaire française (COCOF) a analysé et remis un avis pour 54 dossiers rentrés. Parmi les dossiers retenus, 38 dossiers, qui dépassaient des montants supérieurs à 50 000€ indexés (soit 55 000€ en 2022) pour une des trois années, ont également été soumis à l’avis du Conseil consultatif de la section “Promotion de la santé”, comme le prévoit l’arrêté du 16 février 2017. 

L’Administration et le Conseil consultatif ont utilisé une grille d’analyse commune, prévue dans ce même arrêté, avant de les transmettre à Barbara Trachte, la Ministre-Présidente, chargée de la Promotion de la Santé, de la Famille, du Budget et de la Fonction publique. Celle-ci a ainsi pu donner un arbitrage avant de les remettre au Collège qui en a approuvé une grande partie le 17 mars dernier. 

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Le processus de décision dans son ensemble

35 opérateurs sont actuellement désignés au titre d’acteur dans le cadre du Plan bruxellois de promotion de la santé 2023  

Quatre opérateurs sont désignés en tant que réseaux  

tableaux 4 acteurs

A ces opérateurs et leur projet, viennent s’ajouter les sept services de support et le service d’accompagnement. Ceux-ci bénéficient en effet d’un statut différent dans le décret. Ils sont soumis à une évaluation à l’issue du Plan et sont reconduits dans le plan suivant si cette évaluation est positive.  

L’évaluation ayant été positive à l’issue du plan 2018-2022, les huit services ont remis un projet d’intervention dans le cadre de leurs missions.  

Deux appels à candidature visaient la création d’un service de support en matière de démarches communautaires en santé et celle d’un service de support en matière de genre en santé. Les premières candidatures n’ayant pas rencontré toutes les attentes de l’Administration et du Collège, ils sont relancés.  

Une mobilisation remarquable  

Il faut tout d’abord mettre en lumière l’énorme travail fourni par les opérateurs qui ont dû s’approprier le nouveau Plan et construire leur plan d’intervention autour d’un dossier complexe et exigeant.  A ce stade de l’analyse des dossiers et, tandis que les acteurs revoient leurs fiches actions, une série de données et de constats apparaissent.  

Le Plan s’articule autour de cinq axes et chacun se décline en objectifs spécifiques identifiés. Chaque objectif spécifique se décline, quant à lui, en objectifs opérationnels, qui sous-tendront les actions menées. Certains objectifs opérationnels sont définis par le plan, au regard de priorités déterminées par les autorités publiques. D’autres objectifs opérationnels devaient être définis par les opérateurs.

L’axe 1 qui vise à promouvoir la santé et les stratégies de Promotion de la Santé dans toutes les politiques a été rencontré par six actions. Cet axe concernant essentiellement les autorités publiques, ce petit nombre d’actions rencontrées par celui-ci était prévisible. Elles devront donc être à l’initiative et mettre en œuvre des actions et des stratégies permettant de rencontrer l’ambition portée par cet axe. L’évaluation du Plan 2018-2022, réalisée par l’Observatoire de la Santé et du Social de Bruxelles-Capital mettait en lumière le fait que la partie qui leur était dédiée avait jusqu’à présent été peu investie par les autorités. 

Une feuille de route devrait être définie afin de garantir, autant que faire se peut, le démarrage et/ou la poursuite des concertations envisagées dans l’axe 1 avec la Fédération Wallonie-Bruxelles pour ce qui concerne les interventions touchant les jeunes, et avec la Commission communautaire commune (Cocom) pour la Médecine préventive (dépistage, vaccination, maladies chroniques).   

Les autorités devront également apporter un soutien aux actions réalisées par les opérateurs impliqués dans la mise en œuvre de l’axe 1 et, pour ce faire, organiser un cadre de collaboration sur ce point avec les services de support et d’accompagnement, la Fédération bruxelloise de Promotion de la Santé et l’Administration.  

L’axe 2 qui vise à renforcer la participation des publics et l’action communautaire en santé est globalement bien investi par les opérateurs. Les services connus et actifs en démarches communautaires ont naturellement inscrit nombre d’actions dans cet axe. Toutefois, ils ont également articulé une série d’actions à des objectifs spécifiques et opérationnels de l’axe 4.  

On constate une différence dans l’analyse des dossiers entre, d’une part, les opérateurs historiques ancrés dans les territoires et expérimentés dans la mise en œuvre de démarches communautaires en santé et, d’autre part, des opérateurs investis dans d’autres missions auprès de leur public souhaitant s’appuyer sur de telles démarches pour améliorer l’efficacité de leurs actions.   

L’analyse des dossiers de candidature révèle également que certains opérateurs semblent éprouver des difficultés à pleinement et correctement mobiliser le concept de démarche communautaire en santé dans leur argumentaire. Il subsiste parfois des amalgames entre : participation, outreaching, activités collectives, pair-aidance et démarche communautaire. Cette difficulté s’illustre dans certains projets par le choix d’actions et de stratégies (actions d’éducation à la santé, diffusion de message de type prescriptif…) contradictoires ou qui contrastent avec les stratégies portées par les démarches communautaires.  

Il reviendra au service support en démarches communautaires de coordonner les stratégies de plaidoyer et de formation en démarches communautaires et de définir les contours, les objectifs et les priorités de la démarche communautaire en promotion de la santé en veillant à les ancrer dans le secteur de la santé.   

Il devra également défendre l’exigence méthodologique de démarches communautaires promotrices de santé. En ce sens, il devra travailler avec les autres services piliers et coordonner leurs actions en matière de démarches communautaires. Il s’appuiera sur les constats et les travaux réalisés par la Fédération Bruxelloise de Promotion de la santé. Cette structure devra être identifiable comme telle et devenir le point de référence et l’ambassadeur de démarches communautaires promotrices de bien-être pour les Bruxelloises et les Bruxellois.  

Les exigences posées par l’appel à candidature n’ayant pas été remplies par la seule candidature, le Collège a décidé de relancer un nouvel appel à candidature renforcé et plus précis concernant les missions attendues par un futur service de support en démarches communautaires.

L’axe 3 qui vise à promouvoir et à soutenir des actions visant des environnements et des milieux de vie favorables à la santé est insuffisamment investi par les plans d’intervention des opérateurs alors qu’elle revêt une importance particulière en Région de Bruxelles-Capitale. En effet, la région connait des défis spécifiques qui sont le fruit de ses particularités démographiques, socio-démographiques, d’aménagement du territoire, de mobilité et de logement. En promotion de la santé, les actions combinées sur les environnements/milieux de vie avec des actions sur les aptitudes/comportements ont une efficacité décuplée. Il est donc préoccupant de constater qu’une majorité de projets ne s’inscrivent pas dans cet axe 3. De façon générale, il apparaît donc important d’engager un travail avec l’ensemble des services s’inscrivant dans l’axe 4 afin qu’ils engagent une réflexion sur l’impact des environnements/milieux de vie dans leurs projets.  

Spécifiquement, les projets retenus rencontrent insuffisamment les objectifs du Plan qui permettraient de cibler les personnes âgées. De la même façon que dans le Plan précédent, ce public ne sera pas couvert de façon satisfaisante par la politique de promotion de la santé de la COCOF. Il en va de même pour les personnes en situation de handicap. Ce constat a conduit à lancer un nouvel appel projet à destination de ces publics.  

La pandémie a également bouleversé le rapport au travail des Bruxelloises et des Bruxellois, notamment au travers de l’émergence du télétravail. Cette transition vers un nouveau modèle d’organisation du travail interroge quant à ses impacts possibles sur la santé des travailleurs. Il est donc dommage qu’aucun projet ne puisse investir l’objectif du plan qui vise à soutenir des actions de promotion de la santé dans les lieux de travail. 

L’axe 4 qui vise à promouvoir et favoriser des aptitudes favorables à la santé rencontre, comme dans le Plan précédent, un maximum de projets : près de 60% des actions s’inscriront dans cet axe. Globalement, il y a lieu d’engager une réflexion sur cette inscription massive dans l’axe 4 qui pourrait contribuer à un retour à des pratiques plus orientées vers l’éducation à la santé et à brouiller les pistes entre les pratiques des services ambulatoires et celles des méthodologies de promotion de la santé.   

Deux thématiques sont majoritairement ciblées : la santé sexuelle et la prévention des usages de drogues y compris la réduction des risques. L’évaluation du Plan 2018-2022 avait déjà pointé cette tendance en regrettant un investissement aussi massif sur ces thématiques alors que les diagnostics socio-sanitaires pointent également d’autres besoins.   

Dans la définition du nouveau Plan de Promotion de la santé, un accent plus important a été mis sur la santé mentale (individuelle et communautaire). En effet, la crise du Covid-19 a mis en avant l’importance de considérer les inégalités sociales en santé mentale et leur impact sur différentes populations.  En concertation avec l’Administration, les opérateurs devront également développer leurs actions en s’appuyant davantage sur l’approche communautaire (pouvoir d’agir de leur communauté) plutôt que de mettre l’accent sur la thérapie communautaire.   

Pour ce qui concerne l’alimentation et la lutte contre la sédentarité, beaucoup de projets peinent à s’inscrire pleinement dans les stratégies de promotion de la santé. Une réflexion devrait être menée avec le secteur pour dégager des pistes d’intervention. Par ailleurs, un appel à projet co-porté par Bruxelles Environnement, les services Affaires sociales et la Promotion de la Santé de la COCOF a été lancé dans le cadre de la stratégie Good Food. Cet appel est destiné à soutenir des projets qui permettront d’améliorer l’« accessibilité à une alimentation durable et de qualité » pour toutes et tous avec une approche par quartier en priorisant les quartiers abritant des publics vulnérables. 

L’axe 5, réorienter les services, rencontre l’intérêt d’un certain nombre d’opérateurs qui inscrivent leurs objectifs et leurs actions dans le cadre de la formation et de l’accompagnement.  

En collaboration avec l’Administration et en fonction des secteurs, un état des lieux des formations proposées (qui forme, à quoi, pour qui) ainsi qu’un cadrage des priorités de formation en promotion de la santé devra être proposé. En effet, il faudra mettre l’accent sur la formation des opérateurs du secteur et, plus largement, au secteur du social-santé ; l’objectif étant que ces concepts s’inscrivent par toutes et tous dans leurs interventions. Par ailleurs, en plus de la formation, l’accompagnement et la fonction de support aux acteurs se retrouvent aussi au cœur des missions des services supports et doivent être déployées et mises en lumière. 

Cette première lecture de l’énorme travail mené par les opérateurs dans le cadre du nouveau Plan de promotion de la santé montre la dynamique de ce secteur et ce malgré l’étroite marge de manœuvre que lui offre son budget. Le Plan opérationnel, actuellement en construction, devrait permettre une lecture plus fine de ce que la Promotion de la santé tentera d’amener aux Bruxelloises et aux Bruxellois durant les cinq prochaines années.  L’Administration s’attèle désormais à la réalisation du Plan opérationnel qui offrira à sa sortie une photographie de l’ensemble des actions et des objectifs qui seront mis en œuvre durant les années à venir.

une fillette levant les bras devant un grand pré

Plaidoyer wallon en Promotion de la santé – 2023

Le 31 Août 23

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une fillette levant les bras devant un grand pré
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Au cours de cette législature 2019-2024, nous avons connu des situations de crise inédites (la pandémie de Covid-19, les inondations, la crise énergétique, etc.) qui, si elles ont pu faire émerger des projets innovants et actes de résilience, ont également contribué à aggraver les inégalités, notamment les inégalités sociales de santé.

Ces différentes crises ont démontré que, plus que jamais, l’approche en promotion de la santé est indispensable pour apporter une vision globale, positive et transversale de la santé, en agissant sur ce qui la détermine tout au long de la vie :

  • avant l’apparition de problème de santé, en donnant les clés pour adopter des modes de vie sains, en tenant compte des facteurs individuels, sociaux, économiques et environnementaux,
  • en proposant des outils pour comprendre l’information et se l’approprier afin de faire des choix éclairés pour sa santé et celle de son entourage,
  • en travaillant sur la réduction des risques et la prévention,
  • en accompagnant les besoins propres des publics et/ou des professionnel·le·s proches de ces publics.

Dans le cadre des Stratégies Concertées Covid-19 en promotion de la santé, différents constats ont été posés et ont fait l’objet d’un rapport en septembre 2022 comprenant des recommandations en cas de situation de crise similaire [1].

Ce dispositif a également confirmé l’importance d’inclure la santé dans toutes les politiques.

Cette stratégie doit être menée à tous les niveaux, du terrain aux cabinets ministériels. En effet, même si des actions peuvent être menées par les acteurs de promotion de la santé dans des domaines tels que l’accès aux soins, l’accès et le recours aux outils numériques, la mobilité, le logement, etc., ces domaines dépassent le seul champ de la promotion de la santé.

Cela souligne une fois de plus la nécessité d’articuler les différents plans d’actions régionaux, communautaires et fédéraux et de créer des synergies entre secteurs d’activités.

En 2023, le secteur de la promotion de la santé wallon a été restructuré sur base d’un nouveau décret et de son arrêté d’exécution. Ses acteurs historiques sont fraichement agréés, au terme d’une longue période de stand still (2014-2022). Le secteur s’agrandit et accueille de nouveaux opérateurs. Une programmation du WAPPS a été validée par le Gouvernement pour les cinq prochaines années (2023-2027) avant qu’un nouveau plan quinquennal ne prenne la relève.

A l’aube d’une nouvelle législature, la FWPS porte un plaidoyer composé de 8 points d’attention à l’intention des femmes et hommes politiques qui seront élu·e·s pour porter la voix des citoyen·n·e·s.

Education Santé publie ici une version raccourcie des 8 points d’attentions et leurs recommandations. Dans la version complète, chaque chapitre est accompagné d’une mise en contexte et d’éléments explicatifs.Le pilotage du WAPPS

1. Le pilotage du WAPPS

Pilotage, mise en œuvre et évaluation du Plan wallon de promotion de la santé et prévention (WAPPS) et de sa programmation.

Recommandations

  • Mettre en place rapidement les groupes de travail composés d’expert·e·s chargés de formuler des propositions auprès du Comité de pilotage en matière d’objectifs de santé et d’actions de promotion de la santé.
  • Indiquer dans le ROI ou tout autre document la nécessité de tenir compte des objectifs transversaux du WAPPS au sein des groupes de travail et, à tout le moins, charger un groupe de travail de leur suivi afin que toutes les composantes du Plan soient effectivement couvertes.
  • Définir rapidement un ROI qui précise les missions des différents groupes et représentant·e·s qui les composent et de le faire valider.
  • Transposer le caractère intersectoriel du Comité de pilotage aux groupes de travail afin d’aboutir à l’objectif de la santé dans toutes les politiques.
  • Clarifier les décisions qui reviennent au Comité de pilotage de celles qui relèvent du cabinet ministériel ou de l’AViQ afin de ne pas créer un décalage entre les besoins du terrain et la mise en œuvre des mesures prises.
  • L’accompagnement, le suivi et l’évaluation des opérateurs doivent être pris en charge par l’AViQ en dehors du Comité de pilotage ou des groupes de travail.
  • Le ou la Président·e du Comité de pilotage devrait être issu·e du secteur de la promotion de la santé.
  • Evaluer les besoins et renforcer les moyens alloués à la promotion de la santé afin de permettre un déploiement efficace et complet du WAPPS, sans attendre le prochain appel à agréments.
  • Faire des groupes de travail, voire du Comité de pilotage, des lieux privilégiés pour discuter d’autres sujets prioritaires en matière de promotion de la santé et ne pas se limiter au suivi du Plan.

2. Transversalité

Intégrer l’approche transversale dans les politiques de promotion de la santé et prévention.

Recommandations

  • Considérer les objectifs transversaux du Plan wallon de promotion de la santé et prévention et les stratégies d’action de la Programmation comme de réels objectifs de santé à partir desquels un programme d’actions peut se déployer.
  • Permettre aux opérateurs de pouvoir s’inscrire dans le plan à travers les objectifs transversaux opérationnalisés et donc leur offrir une porte d’entrée qui correspond mieux à la réalité.
  • Donner aux futurs plan et programmation et/ou à leurs futurs ajustements une orientation moins thématisée, plus intersectorielle et transversale en cohérence avec les principes de promotion de la santé.

3. Santé sexuelle

Reconnaître et soutenir une approche globale et positive de la santé sexuelle, qui inclut la prévention des maladies sexuellement transmissibles sans s’y limiter.

Recommandations

  • Inverser le raisonnement selon lequel la santé sexuelle, dont l‘EVRAS, fait partie de la prévention des maladies infectieuses : c’est la prévention de certaines infections qui fait partie de la santé sexuelle.
  • Le traduire dans les documents officiels, notamment dans le futur Plan de promotion de la santé et prévention (WAPPS) 2028-2032 et sa programmation.
  • Ce faisant, reconnaître l’importance et la complémentarité des opérateurs de promotion de la santé en tant qu’acteurs de seconde ligne en matière d’EVRAS.
  • Financer des campagnes d’information et de sensibilisation à propos de l’EVRAS à l’attention du grand public afin d’en valoriser les bénéfices et de déconstruire les idées reçues à son propos.
  • Mettre en œuvre et favoriser l’accès à des programmes de sensibilisation des équipes professionnelles encadrantes pour favoriser l’accès à l’information et la mise en place d’activités EVRAS au sein des institutions et autres milieux de vie.
  • Mettre en œuvre et favoriser l’accès à des programmes de formation en matière d’EVRAS à l’attention des professionnel·le·s relais de la première ligne de l’aide et du soin, de la petite enfance, de la jeunesse et de l’aide à la jeunesse, via la formation initiale et/ou la formation continue.

4. One Health

Soutenir une politique de santé environnementale ambitieuse et intersectorielle.

Recommandations

  • Inscrire la santé environnementale et le concept One Health comme une priorité dans les politiques publiques, notamment dans la Déclaration de Politique Régionale et élaborer une vision politique ambitieuse et à long terme.
  • Prévoir les modalités de collaboration entre les Ministres compétent·e·s pour que les cabinets se concertent régulièrement sur ces questions.
  • Ouvrir le Plan ENVIeS à d’autres types d’acteurs, notamment de terrain, qui sont en lien avec des publics relais (les professionnel·le·s) ou des publics finaux (la population), sans se limiter aux acteurs du secteur de l’environnement.
  • Identifier la santé environnementale comme axe ou objectif prioritaire dans le prochain Plan wallon de prévention et de promotion de la santé.
  • Prendre en compte les inégalités sociales de santé et appliquer le principe d’universalisme proportionné dans le cadre de cette politique.
  • Soutenir le rapprochement des secteurs de l’environnement et de la promotion de la santé, encourager les collaborations, les partenariats et l’interconnaissance.

5. Public jeunes

Mettre en place un accord de coopération entre le Fédéral, les Régions et les Communautés pour assurer la promotion de la santé des enfants et des jeunes wallons.

Recommandations

  • Mettre en place un accord de coopération entre la Région wallonne, la Fédération Wallonie-Bruxelles, le Fédéral et l’O.N.E., sur le modèle de celui qui a été défini en 2023 dans le cadre de la généralisation de l’EVRAS en milieu scolaire.
  • Permettre aux acteurs de promotion de la santé subventionnés par la Région wallonne d’intervenir dans tous les milieux de vie des enfants et des jeunes wallons et de garantir ainsi l’accès aux actions de promotion de la santé au plus grand nombre sur le territoire de la Région wallonne.

6. Proxisanté

Une 1ère ligne de soins visant la promotion de la santé et la prévention en Wallonie.

Recommandations

Les stratégies wallonnes de promotion de la santé et de prévention doivent s’articuler avec la future organisation des soins de santé de 1ère ligne et ce, à tous les niveaux :

  • Au niveau des territoires, il importe que les acteur·trice·s de la promotion de la santé soient reconnu·e·s comme des partenaires à part entière de la 1ère ligne de soins. A cet égard, les Centres Locaux de Promotion de la Santé (CLPS) sont des opérateurs incontournables.
  • Au niveau régional, tant en ce qui concerne les institutions que les dispositifs de coordination opérationnels et stratégiques (prévus dans le futur décret organisant la 1ère ligne de soins), il est nécessaire d’inclure des représentant·e·s du secteur de la promotion de la santé et de la prévention afin de garantir la prise en compte des stratégies de promotion de la santé dans toutes décisions qui impactent le système de santé, les professionnel·le·s et les usager·ère·s.
  • Sur le terrain, il est indispensable de proposer des mesures concrètes et pratiques favorisant et soutenant la démarche de promotion de la santé et de prévention dans la pratique de tous les professionnel·le·s du secteur de soins de première ligne, et dans chaque lieu de soins (cabinet privé, maison médicale, hôpital, etc.).

Cela passe par :

  • l’instauration de programmes de formation en promotion de la santé et en prévention pour tous les professionnel·le·s impliqué·e·s, que ce soit en formation initiale ou continue,
  • la reconnaissance et le soutien de toutes les initiatives et dispositifs déjà existants en promotion de la santé en Wallonie,
  • la mise en place d’incitants, y compris financiers, pour la pratique d’actes de prévention et d’actions de promotion de la santé par les professionnel·le·s de la 1ère ligne de soins et la valorisation de ces actions.

7. Agir en prévention

Financer la création d’un label pour les services d’accompagnement et de formation en prévention des assuétudes.

Recommandations

  • Financer la coordination d’un processus de stratégies concertées visant à impliquer tous les acteurs spécialisés en matière de prévention des assuétudes.
  • Mettre en place une procédure de labellisation qui s’appuierait sur un référentiel commun pour l’action en termes d’objectifs, de contenus et de stratégies en matière de prévention des assuétudes.

8. Cadre de travail

Améliorer le cadre de travail des acteurs de promotion de la santé.

Recommandations

  • Adapter les financements aux missions allouées aux opérateurs, notamment en cas de demande croissante émanant du public cible, relais ou des pouvoirs publics.
  • Harmoniser les Accords du Non-Marchand afin de prévoir des mesures et des financements suffisants pour tous les travailleur·euse·s, sans mettre en péril l’équilibre budgétaire des asbl subventionnées par différents niveaux de pouvoir.
  • Valoriser les postes de direction et de coordination dans le dispositif légal afin de rendre ces postes attractifs et psychologiquement tenables.
  • Valoriser le travail de concertation des acteurs par des financements complémentaires.
  • Garantir le versement des soldes de subventions pour le troisième trimestre de l’année n + 1 au plus tard.
  • Mettre en place avec les opérateurs, des outils qui visent la simplification administrative.
  • Garantir un minimum de prévisibilité et de souplesse dans le contrôle administratif.
  • Définir, de manière collective, une vision, une méthode de travail et un calendrier dès le début d’une concertation impliquant les pouvoirs subsidiants et les acteurs de terrain.
  • Mettre en place une communication saine et continue entre les parties prenantes lors d’une concertation ainsi qu’une évaluation collective du processus.

Pour lire l’intégralité du Plaidoyer, n’hésitez pas à consulter le site de la Fédération Wallonne de Promotion de la Santé – FWPSanté : www.fwpsante.be 

Lien vers le texte intégral : https://www.fwpsante.be/wp-content/uploads/2023/06/fwps-plaidoyer-2023.pdf

directional signs to brussels, namur and antwerp in liège, belg

Bruxelles et Wallonie: en avant… plans!

Le 3 Jan 23

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En 2023, les chantiers ne manqueront pas à Bruxelles et en Wallonie pour le secteur de la promotion de la santé… (non pas qu’il en manquait !), mais les deux régions passent un nouveau cap : la mise en application de leurs plans respectifs de promotion de la santé.  
2 plans, 2 approches ou conceptions parfois très différentes… le présent article vous présente tout simplement leur contenu. Une fois passée la phase actuelle (appels à projets à Bruxelles et demandes d’agrément en Wallonie), nous vous proposerons une carte des acteurs du secteur, ainsi que des lectures critiques et croisées. Première étape, donc.

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Certains dans le secteur de la promotion de la santé jonglent avec ces notions, ces plans et leurs acronymes, sans (trop de) difficulté, ayant été partie prenante ou ayant suivi leur élaboration ; d’autres par contre se sentent quelque peu perdus face à ceux-ci. Nous vous résumons ici très brièvement les objectifs prioritaires que se donnent chacune des régions pour améliorer la santé et le bien-être de leurs citoyens au cours des prochaines années.

Rappelons tout d’abord ce qu’on entend par « Plan de prévention et promotion de la santé ». Dans son article « Tirez votre Plan ! Une analyse de « Plans » pour promouvoir la santé en Flandre, en France, au Québec et en Suisse » (2017), Ségolène Malengreaux propose la définition suivante : « toute production des politiques (stratégies, politiques, programmes…), autant nationales que régionales, visant à structurer le secteur de la santé hors soins, à prioriser les objectifs de santé à atteindre et à guider les actions des associations œuvrant pour améliorer la santé et le bien-être des populations dans une vision de la santé faisant écho à la charte d’Ottawa. »

Chaque plan dresse un état des lieux de la santé de ses habitants, regroupées par thématiques de santé, une vraie mine d’informations synthétisées et vulgarisées !

En Wallonie

La Wallonie s’est dotée en 2018 d’un plan de prévention et de promotion de la santé, qu’on désigne communément sous l’appellation de WAPPS. Il a pour vocation de fixer les objectifs à atteindre à l’horizon 2030 et a été structuré autour de 5 thématiques prioritaires de santé, traversées par 12 stratégies porteuses en promotion de la santé (alias « des objectifs transversaux »).

Sans rentrer dans les détails législatifs et autres rebondissements qui ont retardé la mise en application du Plan, précisons qu’il a fallu attendre que ce plan soit entériné par un décret et un arrêté du Gouvernement Wallon, ce qui est chose faite cinq ans plus tard, en juin 2022.

  • Décret modifiant le Code wallon de l’Action sociale et de la Santé en ce qui concerne la promotion de la santé et la prévention (02 février 2022)
  • Arrêté du Gouvernement wallon modifiant le Code règlementaire wallon de l’action sociale et de la santé en ce qui concerne la promotion de la santé, en ce compris la prévention (19 juillet 2022)

Voici comment se dessine le paysage des acteurs de la prévention et de la promotion de la santé (ceux qui seront agréés, et qui dès lors seront subsidiés par la région) :  

  • les Centre locaux de promotion de la santé (CLPS), 
  • les Centres d’expertise en promotion de la santé, 
  • les Centres d’opérationnalisation en médecine préventive, 
  • les opérateurs en promotion de la santé, 
  • la fédération wallonne de promotion de la santé.

Place alors aux choses concrètes : mettre ce plan en musique, autrement dit « l’opérationnaliser », sur une période de 5 ans (de 2023 à 2027). Pour ce faire, la Programmation du plan reprend les 5 axes (les 5 priorités thématiques du WAPPS), dans lesquels ont été définis 2 à 4 objectifs spécifiques prioritaires.

Les 5 axes thématiques et les objectifs priorisés pour chacun d’eux

Axe 1 : la promotion des modes de vie et des milieux de vie favorables à la santé 

1.1 Modes de vie : alimentation, activité physique, sédentarité 

Objectifs priorisés :  

  • Renforcer l’accessibilité des offres et des aménagements en matière d’alimentation, de diminution de la sédentarité, de pratiques régulières de l’activité physique ;  
  • Intégrer les thématiques de l’alimentation et de l’activité physique dans le développement de dynamiques communautaires et dans l’aménagement des milieux de vie collectifs ;  
  • Définir et déployer des contenus et des stratégies d’information, de sensibilisation auprès de la population, non culpabilisantes, adaptées aux conditions de vie de tous les publics ;  
  • Développer des stratégies de plaidoyer auprès des acteurs politiques, institutionnels, associatifs et économiques de divers secteurs, en ce compris les acteurs de l’économie sociale et solidaire, pour une attention plus soutenue aux enjeux de santé et d’équité en santé. 
1.2 Modes de vie : lutte contre le tabagisme 

Objectifs priorisés :  

  • Contribuer à réduire l’initiation tabagique et la vape chez les jeunes de 11 à 24 ans ; 
  • Contribuer à accroître la cessation tabagique chez les adultes et les jeunes ; 
  • Contribuer à diminuer l’exposition à la fumée de tabac/vape.  

Axe 2 : la promotion d’une bonne santé mentale et du bien-être global 

2.1 Prévention des usages addictifs et réduction des risques  

Objectifs priorisés :  

  • Renforcer les ressources, les connaissances et les compétences en matière de consommation de substances psychoactives et de conduites addictives (avec ou sans produit) : 
  • Soutenir les différents milieux de vie à mettre en place des actions de prévention et d’éducation pour la santé ; 
  • Renforcer l’accessibilité aux services de prévention, de promotion de la santé et aux structures d’aide et d’accompagnement adaptés aux besoins dans les différents milieux de vie ; 
  • Soutenir les stratégies de plaidoyer en faveur de modèles de gestion publique adaptés à une politique intégrée et globale, en ce compris une clarification autour des produits. 
2.2 Promotion d’une bonne santé mentale et du bien-être global 

Objectifs priorisés : 

  • Développer des activités communautaires visant à accroître les compétences utiles à la promotion de la santé mentale ;  
  • Développer des campagnes de communication et d’information diversifiées visant une plus grande attention aux conditions d’émergence de problématiques de santé mentale ; 
  • Améliorer l’accessibilité des services du secteur de la santé mentale, avec une attention particulière pour les publics isolés et/ou précarisés ; 
  • Encourager la prise en compte de la promotion de la santé mentale et du bien-être de façon transversale dans toutes les politiques publiques, principalement dans les politiques et concertations locales. 

Axe 3 : prévention des maladies chroniques 

Objectifs priorisés :  

  • Améliorer la prise en charge efficiente des maladies chroniques, plus particulièrement pour les personnes vulnérables ; 
  • Organiser de manière efficiente et accessible des dépistages de qualité ; 
  • Intégrer la prévention des maladies chroniques de façon transversale dans toutes les politiques et à tous les niveaux de pouvoir, afin d’encourager les politiques, les actions et concertations locales en lien avec la prévention des maladies chroniques et la promotion de la santé au sens large ; 
  • Mener des études sur le fardeau des maladies chroniques et leurs déterminants. 

Axe 4 : prévention des maladies infectieuses, y compris la politique de vaccination 

Objectifs priorisés :  

  • Renforcer le système de surveillance des maladies infectieuses 
  • Développer l’adhésion à la prévention combinée favorisant le respect des mesures d’hygiène de base, la réduction des risques, la vaccination, le dépistage et le traitement tout au long de la vie auprès des professionnels (éducatifs, sociaux et de la santé) et des publics clés de manière adaptée et diversifiée ; 
  • Améliorer la qualité de vie et éliminer les discriminations par la création d’un environnement favorable envers les populations vulnérables. 

Axe 5 : prévention des traumatismes et promotion de la sécurité 

Objectifs priorisés :  

  • Augmenter la culture de la sécurité et de la gestion des risques en Wallonie : intégrer la sécurité de façon transversale dans toutes les politiques et à tous les niveaux de décision, afin d’encourager les politiques, les actions et les concertations en lien avec la promotion de la sécurité et la prévention des traumatismes intentionnels et non intentionnels ; 
  • Renforcer les capacités de la population à adopter des comportements et à aménager leur environnement pour privilégier leur sécurité. 

A ces objectifs spécifiques peuvent se rattacher plusieurs objectifs opérationnels répartis parmi 6 stratégies d’actions.  

Les 6 stratégies d’action :  

A. Informer, sensibiliser, développer la littératie en santé et le plaidoyer 

B. Outiller les professionnels en stimulant les échanges de pratiques et en formant à des pratiques innovantes 

C. Renforcer les démarches communautaires et les approches collectives dans les milieux de vie 

D. Renforcer les collaborations intersectorielles dans une optique de promotion de la santé, en vue de générer des dynamiques locales qui influencent les déterminants de la santé 

E.Informer et collaborer pour renforcer l’accessibilité des services de prévention et de promotion de la santé 

F. Intégrer la promotion de la santé dans le parcours de soin 

A Bruxelles

Bruxelles a opté, au moment de l’accord de majorité bruxellois 2019-2024, pour un ambitieux Plan social-santé intégré « Brussels Takes Care », plus connu sous le doux nom de PSSI. Ce vaste plan englobe 3 plans autrefois distincts : le Plan Santé Bruxellois, le Programme d’actions bruxellois de lutte contre la pauvreté et le Plan stratégique de promotion de la santé (celui qui s’achève maintenant). 

Dans le paysage bruxellois, on retrouve:  

  • le Conseil consultatif bruxellois (section promotion de la santé) 
  • des organismes piliers :  
  1. un service d’accompagnement en promotion de la santé 
  2. des services supports (méthodologiques et thématiques) 
  3. des centres de référence en médecine préventive 
  • les acteurs et actrices sur le terrain (ceux qui sont désignés et subventionnés) 
  • les réseaux (ceux qui sont désignés et subventionnés)

Ainsi, le plan que nous allons détailler ci-dessous « opérationnalise » le plan stratégique (le volet 1, dit « référentiel commun » à Bruxelles), et se nomme donc le Plan bruxellois de promotion de la santé 2023.  

Alors que le plan côté wallon s’organise autour des thématiques de santé, il en est tout autrement à Bruxelles où les 5 axes d’intervention qui le déclinent correspondent aux 5 principes d’intervention de la Charte d’Ottawa. Ils reprennent chacun des objectifs spécifiques, qui seront ensuite déclinés en objectifs opérationnels (soit dictés par les priorités politiques ou correspondant à de nouvelles thématiques, soit coconstruits avec les acteurs qui vont porter les projets).  

Axe 1 : promouvoir la santé et les stratégies de promotion de la santé dans toutes les politiques 

Les objectifs spécifiques :  

  • Assurer la cohérence et l’articulation des politiques de santé et de promotion de la santé aux différents niveaux de compétences politiques (fédérales, régionales, communautaires, communales) ; 
  • Soutenir l’intégration systématique des dimensions de santé et de lutte contre les inégalités sociales dans le contenu des politique publiques ; 
  • Renforcer et soutenir la participation des citoyens et citoyennes dans l’élaboration des politiques publiques ; 
  • Assurer la présence des acteurs et actrices de promotion de la santé dans la première ligne d’aide et de soin et dans les territoires (quartier, groupement de quartiers, commune, bassin, région) ; 
  • Participer à l’amélioration des programmes de médecine préventive de manière à soutenir les populations dans une dynamique de dépistage des cancers et de la tuberculose, et de vaccination qui s’inscrivent dans des stratégies de promotion de la santé notamment en accompagnant les services de première ligne ; 
  • Soutenir et élargir le processus de Stratégies concertées en promotion de la santé par rapport à la Covid 19 et aux situations de crises afin de favoriser la cohérence des actions menées en Région bruxelloise et de faire le lien entre le terrain et la décision politique. 

Axe 2 : renforcer la participation des publics et l’action communautaire en santé 

Les objectifs spécifiques :  

  • Contribuer au développement de démarches communautaires en santé, en particulier dans des quartiers abritant des publics vulnérables ; 
  • Organiser la représentation du secteur de la promotion de la santé au niveau des quartiers, des communes et CPAS, des bassins d’aide et de soin, dans un espace de concertation afin de soutenir les stratégies de promotion de la santé et l’action communautaire, notamment au travers des contrats locaux social santé ; 
  • Soutenir la formation et l’accompagnement méthodologique des acteurs souhaitant mettre en œuvre des démarches communautaires en santé par rapport à l’implication des citoyens et citoyennes dans l’établissement et la mise en œuvre de politique de santé publique et dans la conception d’outils pédagogiques, de réflexion critique et de mobilisation, d’information et de communication via des méthodologies participatives ;  
  • Assurer la participation des publics à l’élaboration et à l’adaptation des programmes de prévention des maladies transmissibles et des maladies chroniques en ce compris les stratégies de médecine préventive ;  
  • Plaidoyer pour le développement des actions et projets inscrits dans les démarches communautaires. 

Axe 3 : promouvoir et soutenir des actions visant des environnements et des milieux de vie favorables à la santé 

Les objectifs spécifiques :  

  • Favoriser et soutenir des actions de promotion de la santé visant un environnement favorable à la santé (bruit, espaces verts, pollution de l’air, perturbateurs endocriniens, etc.) ; 
  • Favoriser et soutenir des projets de promotion de la santé contribuant à l’amélioration des logements afin de les rendre favorables à la santé (insalubrité, prévention des chutes, etc.) ; 
  • Favoriser et soutenir des actions de promotion de la santé à destination des jeunes dans leurs milieux de vie avec une attention particulière aux plus vulnérables (EX ; NEET’s) ; 
  • Favoriser et soutenir des actions de promotion de la santé en ce compris les démarches communautaires en santé visant les personnes âgées ou les personnes en situation de handicap dans leurs milieux de vie ;  
  • Soutenir les actions de promotion de la santé dans les milieux carcéraux et lors la sortie des détenu.es en s’appuyant sur les besoins tels qu’identifiés par les deux publics cibles : les professionnels et professionnelles en contact avec les détenus et détenues et ex-détenus et ex-détenues et les détenus et détenues eux-mêmes ;  
  • Soutenir des actions de promotion de la santé dans les lieux de travail, en ce compris la sensibilisation aux questions liées à la lutte contre le harcèlement et les violences psychologiques et sexuelles sur le lieu de travail ; 
  • Inscrire les démarches d’outreach et la communication de proximité dans les pratiques de promotion de la santé existantes. 

Axe 4 : promouvoir et favoriser des aptitudes favorables à la santé 

Les objectifs spécifiques :  

  • Favoriser l’accessibilité à une alimentation durable et de qualité pour la population générale et pour des publics vulnérables, en ce compris les personnes en situation de handicap et les malades chroniques ;  
  • Promouvoir l’activité physique et prévenir la sédentarité auprès des adultes et auprès des jeunes dans des approches de promotion de la santé ;  
  • Prévenir les usages de drogues, légales et illégales, et les conduites addictives et favoriser la RDR auprès des jeunes et auprès des adultes ;  
  • Promouvoir la santé sexuelle ; 
  • Prévenir la stigmatisation des personnes LGBTQIA+ et celle des personnes vivant avec le VIH ; 
  • Participer à l’organisation de la prévention des maladies transmissibles au travers d’actions, de médecine préventive et de programmes de vaccination ;  
  • Promouvoir la santé mentale ; 
  • Soutenir des actions de promotion de la santé à l’intention des personnes ayant vécu l’exil, avec ou sans titre de séjour en règle, et des personnes sans domicile fixe ; 
  • Participer à l’organisation et soutenir la sensibilisation au dépistage des maladies chroniques et des cancers au travers d’actions et de dispositifs qui visent l’information et la sensibilisation du grand public et de publics spécifiques et qui assurent une attention particulière aux inégalités sociales de santé dans des approches nourries par la promotion de la santé ;  
  • Soutenir des actions visant à réduire la fracture numérique. 

Axe 5 : réorienter les services  

Les objectifs spécifiques :  

  • Implémenter l’expertise des actrices et acteurs de promotion de la santé, notamment en matière de démarche intersectorielle, au cœur des territoires et dans le déploiement et le renforcement de l’articulation des actions qu’ils et elles mènent avec d’autres champs d’intervention de proximité à travers les contrat locaux social santé : contrats de quartiers durables, maisons médicales, initiatives de développement local intégré, agents de prévention communaux, associations de démarches communautaires en santé… ; 
  • Diversifier et élargir l’offre de formation continue, d’échanges de pratiques et de soutien méthodologique afin de renforcer les compétences en matière de stratégie de promotion de la santé (action communautaire et participation, communication, littératie en santé, approche par milieux de vie, collaboration interdisciplinaire, réflexivité…) à destination de professionnels et professionnelles de la santé, du social et de l’éducation ;  
  • Elargir la diffusion d’outils et de méthodes pouvant favoriser la participation citoyenne en santé dans les quartiers et en particulier au sein des contrats locaux social santé (CLSS) ;  
  • En partenariat avec les acteurs et les actrices concerné.e.s, améliorer les connaissances de la population en général et des publics vulnérables en particulier par rapport aux structures d’aide et de soins. 
  • Participer à l’organisation de la concertation entre les centres de références en médecine préventive, les services d’accompagnement et de support et les acteurs et actrices du social santé concernés afin d’améliorer l’information et la sensibilisation aux dépistages, à l’accompagnement et le cas échéant à la vaccination. 
  • Renforcer les capacités, valoriser les compétences, soutenir la collaboration des structures de première et de deuxième ligne, pour que celles-ci soient immédiatement mobilisables et opérationnelles en termes d’appui et de ressources en promotion de la santé en situation de crise (formation à l’utilisation du numérique, aide à la production de support d’information fiable, diffusion d’outils pédagogiques adaptés, ateliers d’échanges de pratiques, etc.). 
  • Renforcer la collaboration entre les acteurs et actrices de support et d’accompagnement socio-sanitaires (par exemple ceux identifiés dans le PSSI comme le SMES, Brusano, …) et les services supports de promotion de la santé pour favoriser la qualité et l’évaluation des actions. 
  • Mettre en place un groupe d’experts et expertes interdisciplinaires, choisis sur base de leurs compétences et leur indépendance à l’égard des mesures. Chaque discipline serait représentée de manière équivalente en ce compris le secteur de la promotion de la santé afin de limiter les mesures susceptibles d’augmenter les inégalités sociales de santé.

Au moment de rédiger ces lignes, les acteurs en promotion de la santé souhaitant s’inscrire dans ces plans wallon et bruxellois ont remis leurs demandes d’agrément (Wallonie) et/ou ont répondu aux appels à projet (Bruxelles), suivant leurs lieux d’activités. Education Santé ne manquera pas de vous informer sur les rôles et missions de ceux qui seront repris dans la liste des opérateurs subventionnés, afin que vous puissiez avoir un aperçu du paysage du secteur de la promotion de la santé dans chacune des deux régions. Bien entendu, ce paysage reste non exhaustif, il ne reprend pas les acteurs-relais engagés en promotion de la santé mais non subventionnés par les régions ; et il va de soi qu’il faut avant tout inclure les usagers et citoyens ! La suite au prochain épisode.

Pour Bruxelles : https://www.brusselstakescare.be/ 

Pour la Wallonie : https://www.aviq.be/fr/sensibilisation-et-promotion/promotion-de-la-sante  

Les fédérations de promotion de la santé vous informent aussi :  

FBPSanté : https://www.fbpsante.brussels/  

FWPSanté : https://www.fwpsante.be/