Articles de la catégorie : Locale Wallonie

La Table OMS Alcool à Mouscron

Le 30 Déc 20

Publié dans la catégorie :

Le mois dernier, nous vous avons présenté les acquis d’une matinée d’échanges destinée aux acteurs de la promotion de la santé dans le Hainaut occidental. Son directeur, Tien Nguyen, commentait pour nous les obstacles rencontrés par les pilotes des projets, leurs atouts et les enseignements à tirer des réussites comme des échecs. Nous prolongeons aujourd’hui et la fois prochaine cette réflexion à la lumière de deux initiatives concrètes mises en place sur le territoire du centre local de promotion de la santé du Hainaut occidental, à Mouscron et Tournai.

La Table OMS Alcool est une émanation de la Maison Communale de Promotion de la Santé (MCPS) (1) qui fut créée, en 2007, suite à différents constats de travailleurs sociaux (éducateurs de rue, secteur santé, pôle «Qualité de vie»). Elle est également née de la volonté de l’Échevinat des Affaires Sociales et de la Santé d’adhérer au Réseau Belge Francophone des Villes-Santé de l’OMS (2). La MCPS est donc un service communal qui dépend de l’Échevinat des Affaires Sociales et de la Santé. Elle est représentée par une échevine, Brigitte Aubert.

La mise sur pied du projet

Pour adhérer au Réseau Belge Francophone des Villes-Santé de l’OMS, plusieurs conditions devaient être remplies. «Nous avons dû réaliser un profil santé de notre commune et le présenter ensuite à la population», raconte Bastien Deloose, éducateur spécialisé de la MCPS et qui est, par ailleurs, un des deux coordinateurs de la Table OMS Alcool. «Le profil santé a été réalisé par l’Observatoire de la Santé du Hainaut. Nous avons également dû mettre en place un Comité de pilotage représentatif des Mouscronnois qui rassemblait l’associatif, le politique, le communal, la jeunesse, etc. Ce Comité de pilotage devait dégager des priorités d’action dont l’alcool. Il nous fallait aussi disposer d’un moyen de communication avec la population qui soit en dehors des bâtiments de l’hôtel de ville. C’est pourquoi le siège Ville-Santé OMS Mouscron fut aménagé dans un lieu distinct de l’Administration communale

Ainsi, Mouscron est devenue «Ville-Santé OMS» en juin 2007, date à laquelle la MCPS fut aussi officiellement ouverte. Depuis, celle-ci est utilisée comme vitrine pour communiquer les messages de santé à la population.
Pour sensibiliser au mieux les professionnels et les habitants à la thématique ‘alcool’ (une priorité mise en avant par le profil santé), une table de travail fut mise sur pieds en 2007. «Elle regroupe toutes les associations de la ville qui peuvent intervenir de près ou de loin dans la problématique de l’alcool. Une fois le partenariat constitué, nous avons fait un état des lieux de nos connaissances et donné la consigne suivante : sachant que nous agissons dans le domaine de la promotion de la santé, quelles sont les attentes de notre population par rapport à cette thématique? Ensuite, nous avons fixé les objectifs de la Table: d’une part, permettre une connaissance et une visibilité des institutions et services actifs dans le domaine de la prise en charge de la problématique liée à la surconsommation d’alcool. D’autre part, mettre en place des projets visant à informer, à sensibiliser, mais aussi à lutter contre la surconsommation d’alcool.»

Les projets réalisés

Depuis sa création, la Table OMS Alcool a développé quatre projets :

– elle participe au Réseau transfrontalier de l’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (ANPAA);
– elle a mis en place un symposium pour les professionnels intitulé Alcool, Toi, Moi… Nous! ;
– elle est intervenue, en 2011 et 2012, sur le marché de Noël afin de faire de la prévention et sensibiliser la population, ainsi que les tenanciers de chalets aux dangers liés à l’alcool. «Comme premier moyen d’accroche, nous avons distribué les dix conseils du Père Noël en matière de consommation d’alcool aux visiteurs de chalets. Le Père Noël a joué le jeu puisque c’est lui-même qui distribuait les conseils. Les personnes travaillant dans l’Horeca avaient accepté d’afficher ces conseils sur leur chalet. Ces conseils sont simples à lister et à distribuer. Cette action, dont l’impact est fort intéressant tant au niveau de la conscientisation du public que du personnel de l’Horeca, pourrait être répétée dans d’autres communes et sur d’autres marchés de Noël» ;
– elle a proposé une animation sur les effets de la surconsommation d’alcool à l’aide de lunettes multivision et d’un jeu vidéo.

Atouts et facilités

La motivation de l’ensemble des partenaires est un gros atout. «Depuis 2012, nous travaillons sur un projet de forum qui aura lieu en mars 2014. Les partenaires sont très motivés car ils ont ainsi une perspective d’avenir

Un autre atout de poids, c’est l’existence de réseaux tels que la Caho (Coordination assuétudes du Hainaut occidental) et le Réseau transfrontalier coordonné par l’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie du Département 59 (pour la France) et la Caho (pour la Belgique). «Mouscron est intégré dans le réseau de la métropole lilloise pour tout ce qui concerne la réflexion autour de l’alcool. C’est une richesse, non seulement parce qu’il y a un échange des connaissances sur le sujet, mais aussi parce que Mouscron a été la première ville de Belgique à adhérer à ce réseau. Maintenant, d’autres villes l’ont rejointe, comme Ath et Tournai. L’expérience acquise au sein de ce réseau peut servir pour développer des projets dans notre commune.»

La Table OMS Alcool peut aussi compter sur le soutien du CLPS du Hainaut occidental et de l’Observatoire de la Santé du Hainaut. Par ailleurs, l’Échevine des Affaires sociales et de la Santé est partie prenante du projet grâce à son implication au niveau local, mais également dans le Réseau Francophone des Villes-Santé OMS. «Notre Échevine a mis la santé dans le règlement communal, ce qui permet une importante sensibilisation sur le plan local et représente évidemment un atout majeur pour le développement de la Table. Par ailleurs, Brigitte Aubert défend souvent nos projets auprès de ses collègues lors du conseil communal.»

Freins et besoins

Le frein le plus important est le financement du projet. «En adhérant au Réseau Belge Francophone des Villes-Santé de l’OMS, nous n’obtenons aucun financement. Pour la mise en place de nos actions, nous avons la chance d’avoir le soutien de la Commune puisque nous faisons partie d’un service communal. Pour le reste, sachant que nous n’avons pas d’argent, nous nous arrangeons pour mener nos actions en tenant compte de cette réalité-là. Lors de notre intervention sur le marché, nous avons eu la chance d’avoir le soutien du Syndicat d’initiative qui nous a donné un chalet.»

La mobilisation des partenaires (3) lors de l’accomplissement des actions est la deuxième difficulté rencontrée. «Lors de la concrétisation de notre action sur le marché de Noël, il a fallu solliciter l’ensemble des partenaires pendant un mois complet pour assurer la présence de la Table OMS Alcool sur l’ensemble du déroulement du marché de Noël! Nous tenons à souligner que tous les partenaires ont fait preuve de ténacité pour répondre ‘présent’ à cette initiative! D’ailleurs, certains d’entre eux venaient bénévolement pendant les week-ends. Heureusement, une fois de plus, nous avons eu le soutien du Service des Affaires Sociales et de la Santé et de son échevine qui a mis du personnel à notre disposition pour pouvoir assurer l’ensemble des plages horaires.»

Évaluation

Chaque action est l’objet d’une évaluation. «Sur le marché de Noël, nous avons fait un relevé des personnes qui ont fréquenté les stands et des partenaires qui ont été sollicités par rapport à des questions sur l’alcool ou la surconsommation d’alcool. Après chaque marché, les partenaires se réunissent pour vérifier si les objectifs de départ ont été rencontrés ou non. Nous nous accordons toujours ce temps d’évaluation, en début d’année, pour réfléchir ensemble à la manière de relancer notre action sur le marché de Noël l’année suivante.»

(1) En plus de la Table OMS Alcool, la MCPS s’occupe de nombreux autres projets tels que les inégalités de santé, le Plan Stratégique de Sécurité et de Prévention, le projet Viasano (prévention de l’obésité et du surpoids), le projet Ville-Santé…
(2) Le projet «Villes-Santé» est une initiative de l’OMS datant de 1988. Son but est d’associer les villes à la politique de «Santé pour tous» de l’OMS et de s’appuyer sur elles pour la mise en œuvre de cette politique au niveau local.
(3) Les partenaires en sont: SOS Parents-Enfants, le Service Jeunesse de la ville de Mouscron, le Phare (réseau d’aide aux toxicomanes), la Coordination Assuétudes du Hainaut Occidental Wallonie Picarde (la CAHO), le Service réinsertion du CPAS, le Point d’Appui Assuétudes du CLPS-Ho, les gardiens de la paix, l’AMO «Le Déclic», la Gestion Centre-Ville, le Syndicat d’initiative, l’association «Corail» (association française agissant autour des personnes atteintes de la maladie de Korsakoff), le Plan de Cohésion Sociale de la ville de Mouscron et la Maison Communale de Promotion de la Santé.

Tournai : un réseau de soins psychiatriques à domicile

Le 30 Déc 20

Publié dans la catégorie :

Nous vous avons présenté récemment (1) les acquis d’une matinée d’échanges destinée aux acteurs de la promotion de la santé dans le Hainaut occidental. Son directeur, Tien Nguyen, commentait pour nous les obstacles rencontrés par les pilotes des projets, leurs atouts et les enseignements à tirer des réussites comme des échecs. Nous avons illustré cette réflexion le mois passé par la présentation de ‘La Table OMS Alcool’, une initiative concrète mise en place sur le territoire du Centre local de promotion de la santé du Hainaut occidental, à Mouscron (2). Nous terminons ce bref tour d’horizon aujourd’hui à Tournai.

En Belgique, malgré les efforts réalisés depuis de nombreuses années pour diversifier l’offre de soins en santé mentale, l’approche thérapeutique reste fortement centrée sur l’hospitalisation. En effet, avec 150 lits en soins psychiatriques par 100 000 habitants, la Belgique est le second pays d’Europe qui en compte le plus.

Depuis 2011, la grande réforme des soins de santé mentale, baptisée ‘Psy 107’, autorise les hôpitaux à fermer des lits et à déplacer le personnel soignant affecté à ces lits vers la création d’équipes de soins à domicile afin de permettre, autant que possible, aux personnes souffrant de troubles psychiatriques de rester dans leur milieu de vie.

Le but de cette réforme est double : d’une part rapprocher les soins du patient et assurer leur continuité en créant des équipes de soins psychiatriques à domicile; d’autre part permettre une meilleure coordination des soins et services dont les usagers ont besoin pour améliorer la santé mentale.

Cela induit de faire en sorte que les institutions qui s’occupent des soins, mais aussi celles qui oeuvrent dans le domaine social, se rencontrent, se parlent, coordonnent leurs actions et essaient d’assumer de façon collective la responsabilité de la qualité des soins et services sur un territoire donné.

Cinq fonctions

Pour mettre en place ce nouveau modèle de soins qui associe les ressources des institutions hospitalières et les services développés dans la communauté, la réforme postule qu’un nombre minimum de cinq fonctions doivent être remplies :

– accomplir les missions de base de l’aide et des soins: activités en matière de prévention, de promotion des soins en santé mentale, détection précoce, diagnostic, premier traitement. Cela sous-entend un accueil de la demande et l’organisation d’une réponse de proximité en assurant, si nécessaire, la continuité des soins sur le long terme;
– offrir une nouvelle forme de soins en santé mentale plus rapidement accessibles aux personnes, ainsi que des soins adaptés dans leur milieu de vie grâce à l’intervention d’équipes ambulatoires de traitement psychiatrique à domicile, aussi bien pour les problèmes psychiques aigus que chroniques;
– créer des équipes de réhabilitation qui travaillent à la réinsertion sociale et professionnelle, et offrent des programmes particuliers à des personnes présentant des problématiques psychiatriques à un stade spécifique de leur maladie, afin de leur permettre de développer leurs capacités en vue d’une autonomie dans la vie de tous les jours;
– intensifier les soins résidentiels spécialisés pour les personnes qui sont dans une phase tellement sérieuse que l’aide dans l’environnement de vie ou au domicile n’est temporairement pas indiquée. Les petites unités intensives de traitement résidentiel sont caractérisées par des séjours de courte durée, d’une grande intensité et fréquence, d’un encadrement spécialisé;
– développer des habitats spécifiques pour des personnes souffrant de problématiques psychiatriques chroniques stabilisées et présentant des possibilités d’intégration sociale réduites.

Le RESEAU HO à Tournai

En 2010, une phase expérimentale d’une durée de trois ans a débuté à travers une quinzaine de projets-pilotes répartis sur l’ensemble du territoire belge.

À Tournai, 44 lits ont été supprimés au Centre Régional de Soins Psychiatriques ‘Les Marronniers’ en vue de la création de deux équipes mobiles de soins psychiatriques à domicile. Créées via la mise sur pied, en mars 2011, du Réseau Santé Mentale du Hainaut Occidental (RESEAU HO), ces deux équipes sont composées de 30 travailleurs équivalent temps plein (infirmiers, psychologues, assistants sociaux, deux psychiatres…). Une équipe, affectée aux soins intensifs, vise à éviter les hospitalisations en faisant du suivi intensif. Sa durée d’intervention est de 30 jours maximum. Une deuxième équipe, dont l’intervention a lieu sur une période indéterminée, se consacre au rétablissement de l’usager par le biais de sa réinsertion sociale. Elle l’aide à renouer des liens sociaux, à redevenir actif, éventuellement à retravailler, avoir des occupations, faire du bénévolat… en le mettant en contact avec des institutions du RESEAU HO.

Jean-Luc Hoebanx, anciennement directeur du département psycho-social et paramédical des Marronniers, assure la coordination du RESEAU HO qui regroupe une cinquantaine d’institutions pouvant être utiles aux usagers de la santé mentale, à leur famille et à leurs proches (3) :

– les associations de familles ou de proches et les associations d’usagers de la santé mentale, les groupes d’entraide;
– les médecins généralistes de la région, les maisons médicales, les centres de santé mentale, les centres de planning familial, les services sociaux de première ligne;
– les services à domicile de soins psychiatriques, de soins généraux et d’aide familiale;
– les institutions de réinsertion psycho-sociale et professionnelle (clubs thérapeutiques, centres de réadaptation fonctionnelle, organismes d’insertion socio-professionnelle…);
– les services psychiatriques hospitaliers de la région;
– les institutions spécialisées ou non offrant ou promouvant un hébergement (Habitations protégées, Maison de soins psychiatriques, Maisons d’accueil, Agence immobilière sociale, Logement social).

Les atouts

Jean-Luc Hoebanx pointe plusieurs atouts qui ont permis au RESEAU HO de bien se développer. «La direction des Marronniers a été très volontaire, active et enthousiaste face au projet 107, et a bien pris sa place dans la réforme. Loin de vouloir tout contrôler, elle laisse une grande liberté d’action au réseau qui peut donc mettre le doigt sur des problèmes, poser des questions, proposer des solutions.»

En deux ans, le RESEAU HO est passé de 22 à 50 partenaires. «Ceux-ci se sont engagés à construire ensemble un réseau selon des valeurs et principes énoncés dans une charte qui définit notamment l’action du réseau. Nous avons beaucoup discuté, écouté pour ensuite définir les choses à faire (chantiers), les priorités et la planification du travail.»

Étant donné le nombre important de partenaires, il était primordial de donner une structure solide au réseau. «Pour cela, nous avons créé un organe de gestion (comité de travail) constitué de deux représentants par fonction et représentatif de l’ensemble des partenaires. Le RESEAU HO est également bien administré grâce au secrétariat qui gère les PV de réunions, les convocations, l’envoi de courrier, etc.»

Par ailleurs, le Gouvernement fédéral apporte un précieux soutien à travers les formations et stages d’immersion à l’étranger qu’il offre aux responsables et aux partenaires du réseau. Chaque projet reçoit également un financement annuel de 725 000 euros.

«Nous avons aussi conclu quelques conventions de collaboration intersectorielle qui sont un début de formalisation du réseau et participé à la recherche universitaire qui évalue les projets. Nous avons soutenu la création d’une association locale d’usagers qui va participer au comité de travail et aider les professionnels à améliorer le dispositif au niveau de l’accessibilité, de la continuité et de la qualité des soins. Enfin, nous avons également obtenu la participation des élus locaux, c’est-à-dire des représentants des citoyens.»

Les difficultés rencontrées

Les 50 partenaires ne sont pas encore tous d’accord sur le type de réseau à construire, notamment sur la notion d’intégration : faut-il plus ou moins d’intégration ? «En Belgique, et peut-être particulièrement en Belgique francophone, les acteurs n’ont pas l’habitude de travailler en réseau intégré. Ils ont plutôt des relations avec quelques institutions qu’ils connaissent bien, mais il est assez difficile d’établir une confiance qui permette de fonctionner tous ensemble. Il n’y a donc pas ou peu de culture de la responsabilité collective. La défense des intérêts particuliers est encore privilégiée. Je pense qu’il faudra du temps pour parvenir à travailler en réseau intégré, à savoir dans un système où chacun ne se refile pas les cas difficiles, mais où tous les acteurs du réseau assument collectivement la responsabilité de trouver une réponse aux cas compliqués, comme c’est le cas en France, aux Pays-Bas, en Suisse ou encore en Grande-Bretagne. Ainsi, actuellement, lorsqu’un patient est refusé à l’admission parce qu’il ne correspond pas aux critères d’une institution, celle-ci se contente de dire ‘non’. Dans un réseau intégré, des conventions font en sorte que les institutions qui refusent un patient se soucient aussi de savoir quelle autre réponse pourrait être apportée par un des partenaires du réseau. »

D’autre part, si la structure du réseau est solide, elle est, jusqu’à présent, peu productive en matière de conventions et de changement des pratiques. «De nombreux problèmes sont mis en évidence, mais peu de solutions sont avancées. Il est également vrai que la mise en commun des problèmes met parfois cruellement en évidence l’insuffisante mise en commun des ressources.»

Autre obstacle de taille : le domaine des soins ambulatoires dispose de moyens beaucoup moins importants que les hôpitaux. «Lorsque des lits hospitaliers sont fermés, davantage de patients se retrouvent dans la communauté. Les petites institutions du réseau, comme les centres de réadaptation fonctionnelle par exemple, sont alors plus sollicitées, sans que leurs moyens financiers soient augmentés pour autant.»

Jean-Luc Hoebanx pointe aussi l’absence ou la faible culture de l’expérimentation et de l’évaluation. «Certaines institutions refusent de participer à toute forme d’évaluation quantitative malgré le fait que la charte stipule l’obligation d’évaluer l’action du réseau.»

Enfin, il est difficile de faire participer un nombre significatif de généralistes. «Ils sont assez disponibles pour les questions cliniques, mais très peu pour les questions d’organisation des soins.»

Les enseignements

Les soins à domicile répondent à un réel besoin. «Il y a énormément de demandes, presque trop. Depuis la création du réseau, les deux équipes mobiles ont suivi environ 600 patients. Elles en sont actuellement à 200 suivis actifs. Avec 30 travailleurs, il n’est pas possible d’en suivre davantage.»

D’autre part, il a été très facile de mobiliser les partenaires. «Comme on rencontre un peu partout des personnes qui présentent des problèmes de santé mentale, des institutions n’ayant pas de lien direct avec la santé mentale (CPAS, centres de formation professionnelle, logement social…) se sont montrées intéressées par le projet car elles ont besoin d’aide pour gérer les situations qu’elles rencontrent.»

Jean-Luc Hoebanx déplore la stigmatisation des troubles mentaux. «Cette stigmatisation est néfaste pour la prévention et produit un retard dans la consultation. Or, plus le trouble mental est diagnostiqué et soigné tôt, plus le traitement est efficace et permet d’éviter l’hospitalisation. Si on veut que les personnes se fassent soigner suffisamment tôt, ce qui est un enjeu de santé publique, il y a un important travail d’information et d’éducation à faire pour briser la stigmatisation des troubles mentaux. »

Si les personnes font appel suffisamment tôt, encore faut-il qu’elles soient bien soignées. «Actuellement, les médecins généralistes ne sont pas assez bien formés au diagnostic et au traitement des troubles de santé mentale, et ils ne sont pas assez aidés en cela par les psychiatres, les psychologues et les services sociaux. Le traitement des troubles mentaux n’est pas qu’une affaire de biologie et de médicaments. Il doit être transdisciplinaire et conjuguer les approches biologique, psychologique et sociale. L’OMS considère que des pressions socio-économiques persistantes, par exemple, sont des facteurs de risque reconnus pour la santé mentale. En plus des médicaments et des thérapies, il faut donc veiller à réduire les facteurs de risque pour la santé mentale que sont les logements insalubres, les moyens d’existence insuffisants, l’isolement social, le sentiment d’inutilité, le découragement et le repli sur soi. Pour cela, il faut favoriser les groupes d’entraide, le partage d’informations concernant la santé mentale sur Internet, la présence parmi les soignants de ‘pairs aidants’, c’est-à-dire des personnes ayant précédemment souffert de troubles mentaux et s’étant rétablies. Il faut aussi créer ou faciliter l’accès à des activités ou à un travail utile.»

Évaluation

Une recherche universitaire, menée de conserve par la VUB, la KUL et l’UCL, donnera ses conclusions dans quelques mois. «Il s’agit d’une évaluation à la fois qualitative et quantitative qui explore de nombreux aspects de la réforme de la santé mentale et des réseaux. D’autre part, nous avons procédé en interne à un certain nombre d’évaluations, notamment au niveau des équipes mobiles. »

Informations complémentaires: https://www.reseauho.be et https://www.psy107.be

(1) Voir l’article de Colette Barbier ‘Hainaut occidental : un apprentissage mutuel grâce à l’échange des pratiques’, Education Santé n° 293, octobre 2013, pages 12 à 14, https://www.educationsante.be/es/article.php?id=1617
(2) Colette Barbier, Hainaut occidental : la Table OMS Alcool à Mouscron, Education Santé n°294, novembre 2013, pages 14 et 15, https://www.educationsante.be/es/article.php?id=1629
(3) La liste des partenaires du RESEAU HO peut être consultée sur le site https://www.reseauho.be

Hainaut occidental : un apprentissage mutuel grâce à l’échange des pratiques

Le 30 Déc 20

Publié dans la catégorie :

Chaque année, le Centre local de promotion de la santé du Hainaut occidental (CLPS Ho) organise une matinée d’échange destinée à analyser des initiatives de promotion de la santé sur le territoire du Hainaut occidental. L’occasion est ainsi donnée aux professionnels oeuvrant dans les secteurs de la santé, de l’éducation et du social de discuter de leurs pratiques de terrain pour tirer des enseignements utiles à l’accomplissement de leurs missions.
Cette année, ce sont environ 70 acteurs qui sont venus échanger leurs pratiques et leurs expériences autour de trois ateliers : les assuétudes, l’alimentation et l’activité physique, la santé mentale.

À partir de la présentation de projets locaux, un débat a permis de dégager une série d’éléments essentiels contenus dans les expériences, notamment les facteurs qui favorisent et freinent la mise en place, le développement et la réussite des projets, le type de partenariat mobilisé, les manières d’évaluer les projets.

Un autre objectif, en partant d’initiatives locales et d’éclairages du terrain, était de pouvoir en retirer des enseignements féconds pour les actions de demain grâce à un apprentissage mutuel.

Tien Nguyen , directeur du CLPS Ho, nous a fait part du fruit de ces riches échanges entre professionnels.

Les obstacles rencontrés

Des contrats précaires

Les professionnels chargés de la réalisation de projets doivent parfois travailler avec des contrats précaires. «Par exemple, des acteurs disposent d’un an ou deux pour mettre sur pied un projet et le développer», constate Tien Nguyen. «Ensuite, il n’y a plus de subsides et le projet disparait. Si les acteurs veulent malgré tout réaliser le projet en question, ils doivent revenir à la case départ et procéder autrement. Il n’y a donc pas de continuité

L’essoufflement des partenaires

Même pour ceux qui ont la chance de travailler avec des budgets à long terme, on constate souvent un essoufflement des partenaires. «Ainsi, après trois ans, on sent une démobilisation. Dans le cas d’un atelier cuisine, ça marche très bien pendant les deux, trois premières années. Ensuite, les partenaires tombent dans la routine et s’en vont. L’enjeu est donc de trouver un second souffle au projet.»

Des sources de financement limitées

Étant donné que les sources de financement des projets santé provenant de la Fédération Wallonie-Bruxelles sont à durée limitée, les acteurs essaient de faire des montages financiers. «Pour cela, ils sollicitent la commune, la Région wallonne, etc. Les montages deviennent de plus en plus compliqués, au point de constituer une tâche administrative qui mange une bonne partie de leur temps de travail au détriment de leur présence sur le terrain.»

Un temps de maturation trop court

Réaliser des projets de promotion de la santé demande un temps de maturation des activités. «Nous ne travaillons ni dans un service d’urgences ni en médecine curative, qui sont deux domaines de la santé où l’on donne un médicament destiné à soulager tout de suite la douleur. Nous n’avons pas ce genre de remède à notre disposition ! Nous menons des actions à long terme et avons besoin d’un temps de maturation pour obtenir des résultats. Cela décourage certains professionnels qui ont du mal à mobiliser leurs forces dans un projet dont ils ne verront parfois pas les résultats avant cinq ou dix ans.»

Par ailleurs, les pouvoirs publics, les communes, ou encore les ministères, qui subventionnent un projet, recherchent une visibilité immédiate. «Quand ces instances paient, elles veulent que ‘quelque chose’ se passe l’année suivante, surtout en période électorale. Les travailleurs de terrain sont donc pris entre la nécessité de maturation des projets et le besoin de visibilité immédiate. Il y a ainsi des projets qui passent leur temps à montrer qu’ils existent sans avoir le temps de réaliser les objectifs pour lesquels ils ont été mis en place

Les atouts

L’expérience

Parmi les atouts, Tien Nguyen attire l’attention sur le fait que la promotion de la santé est une notion qui existe depuis plus de 25 ans et qui est réglée par un décret depuis une quinzaine d’années, ce qui constitue un temps suffisamment long pour acquérir une certaine expérience, ainsi qu’un bon bagage. Il n’en reste pas moins vrai que ces acquis doivent être consolidés en permanence, surtout au niveau méthodologique.

La nécessité d’établir un diagnostic

Avant de lancer un projet, il est essentiel d’être en possession d’un bon diagnostic d’une situation donnée. «Ce diagnostic doit être réalisé de manière sereine avec les acteurs de terrain et la population. Pour cela, il est important de ne pas se laisser influencer par l’émotion médiatique. Par exemple, se trouver face à un étudiant qui fait une overdose dans une classe ne signifie pas que toutes les écoles vont connaître une telle situation. Dans ce cas, il n’y a pas d’épidémie ni de question de santé publique. Il est essentiel de se méfier des climats émotionnels et de s’appliquer à repérer les grandes tendances de santé publique sur lesquelles il est important et possible d’agir

L’importance de la méthodologie

Sur le plan méthodologique, la mise en place d’un partenariat à long terme, ainsi qu’une définition précise du rôle de chacun sont deux facteurs très favorables à la réussite d’un projet. «Il faut vraiment éviter les situations dans lesquelles on trouve de nombreux partenaires qui ne savent pas exactement ce qu’ils doivent faire et quelles sont les limites de leur intervention.»

La création de projets mobilisateurs

Dans le cadre de la réalisation d’objectifs à long terme, il est important de lancer, de temps en temps, des petits projets mobilisateurs. «Le but est d’éviter que les acteurs qui investissent leur énergie en assistant à des réunions, en réalisant des actions, en faisant des animations ne soient démotivés par la perspective de récolter les fruits de leur travail après seulement plusieurs années. C’est pourquoi il est bon d’organiser de petits événements. À cet égard, la journée annuelle d’échange des pratiques est une bonne manière de garder la flamme.»

La désignation d’une personne relais

Pour chaque projet mené en partenariat, il est important de désigner une personne de référence ou une personne identifiable. «Ainsi, les CLPS représentent souvent cette personne de référence pour la mise en place de projets et leur développement. Malheureusement, il arrive qu’il y ait plusieurs personnes de référence, de sorte que les partenaires ne savent pas à qui s’adresser.»

L’interpellation des usagers

Pour favoriser le développement des projets, il faut aussi veiller à encourager la participation de la population, des usagers en particulier, pour connaître leurs besoins réels. «On se rend très bien compte que si on mène des actions pour les gens mais sans eux, cela ne marche pas. Nous ne devons pas tomber dans le piège de l’offre qui ne rencontre pas de demande. Or, dans notre secteur, il arrive que des acteurs offrent des initiatives d’actions, mais quand on prospecte sur le terrain, il n’y a pas de demande. Il est donc important d’avoir une demande des usagers, quitte à la négocier avec eux. »

Mais il arrive aussi que, sur le terrain, les personnes interrogées quant à leurs besoins n’aient rien à dire, ou émettent des souhaits irréalisables, ou encore fassent état d’un besoin qui ne relève pas de la promotion de la santé. «Comme nous vivons dans une période de précarité, les personnes sont souvent en demande d’un travail, d’un logement. Il s’agit là de besoins qui passent avant la santé. Aussi, pour essayer de les intéresser à la santé, il serait parfois utile de passer par le canal de la réflexion sur la précarité et le logement, même si au niveau de notre compétence, nous avons très peu de pouvoir, si ce n’est quand même un pouvoir d’interpellation des autorités par rapport à ces problématiques.»

La mise en place d’un contexte festif

Les acteurs de terrain attirent aussi l’attention sur la nécessité d’organiser des activités conviviales. «Sur le terrain, les usagers n’apprécient pas trop les concepts compliqués, ‘universitaires’. Ils recherchent plutôt un contexte festif. Dans le domaine de l’alimentation, par exemple, on constate qu’il ne faut pas dire ‘Il est interdit de manger ceci ou de boire cela, sous peine de développer une maladie grave et d’en mourir’, mais plutôt dire ‘Tiens, si on essayait de découvrir le plaisir de manger tel aliment afin de tester son côté festif et convivial?’. Cela revient à regarder le verre à moitié plein, ou autrement dit, à chercher comment faire pour maintenir une bonne santé ou la renforcer.»

Les enseignements

Quand un facteur favorisant crée des blocages

Les échanges de la matinée ont aussi permis de constater que certains éléments peuvent constituer tantôt des facteurs favorisants, tantôt des blocages. «En fait, tout dépend de la manière dont on utilise certains éléments. Ainsi, on dit souvent qu’il faut ‘travailler en réseau’. C’est une expression très à la mode. Cependant, on se rend compte que le réseau peut être très favorisant comme il peut aussi bloquer la réalisation de projets. Lorsque le réseau et le rôle de chacun sont mal définis, qu’il n’y a pas de suivi, il tourne en rond et devient contre-productif. Par contre, si le rôle de chacun est bien défini, le travail du réseau apportera beaucoup de choses positives. Il y a donc des conditions et des modalités de travail au bon fonctionnement d’un réseau.»

De même, l’évaluation peut être un atout comme elle peut représenter un frein. «Les évaluations permettent de mesurer de manière constante le travail accompli et les actions menées. D’un autre côté, elles peuvent aussi bloquer les acteurs qui ne sont pas habitués à cette culture de l’évaluation. On constate une résistance culturelle à l’évaluation. Les acteurs ont peur de se voir distribuer des bons et des mauvais points, comme à l’école, ce qui a parfois pour effet de les inhiber, de les démobiliser. Je remarque d’ailleurs souvent que des personnes ne viennent pas aux séances d’évaluation. Comme par hasard, elles ne sont pas libres pour ces séances-là, alors qu’elles sont libres pour d’autres séances, comme les animations par exemple.»

Le type de partenariat mobilisé

Il est ressorti des échanges que les partenariats doivent être créés sur des périodes à long terme. Le type de partenariat doit être défini en fonction des objectifs d’un projet. «Ainsi, quand on lance un projet, il faut commencer par se demander ce que l’on souhaite faire et à partir de là, construire le partenariat. Il ne sert à rien de mobiliser tout le monde. Si l’objectif est, par exemple, de monter un projet pour sensibiliser les pouvoirs communaux en matière d’alimentation, les partenaires à mobiliser sont les échevins de la santé ou de la jeunesse

L’évaluation des projets

L’évaluation permanente est un bon outil car elle permet d’évaluer un projet de manière progressive en vue de corriger les erreurs éventuelles et de faire des réajustements si cela s’avère nécessaire. «L’évaluation ne doit pas être normative et culpabilisante dans le sens où elle juge ce qui a été bien fait et ce qui a été mal fait. Elle doit plutôt être formative afin d’analyser ce qui a bien fonctionné et ce qui a donné de moins bons résultats pour, au final, voir comment faire mieux et évoluer de manière positive

Le mois prochain, nous passerons à la pratique, nous vous présenterons la Table OMS Alcool à Mouscron, un projet concret auquel le CLPS du Hainaut occidental est associé.

Le CLPS du Hainaut occidental couvre la région de Ath, Tournai, Mouscron, Comines. Adresse: rue de Cordes 9, 7500 Tournai. Tél.: 069 22 15 71. Fax: 069 23 52 50. Courriel: clps.hainaut.occidental@skynet.be. Site: https://www.clpsho.be. Heures d’ouverture: lundi, mercredi et jeudi de 8h30 à 18h, mardi de 8h30 à 16h30, vendredi sur rendez-vous. Il possède aussi une antenne à Bernissart, un Point-relais à Estaimpuis.

L’Observatoire de la Santé du Hainaut, une expérience provinciale

Le 30 Déc 20

Publié dans la catégorie :

L’Observatoire de la Santé du Hainaut (OSH) est mandaté par la Province du Hainaut pour assurer deux missions complémentaires : l’observation de la santé et la promotion de la santé. Dans sa configuration actuelle, ce service public provincial est la résultante d’une volonté politique constante d’organiser des services de qualité visant à promouvoir la santé en suivant des référentiels de bonnes pratiques, validées par les instances internationales et la communauté scientifique. Les résultats opérationnels positifs, l’intérêt manifesté par le public, les associations et les mandataires politiques locaux donnent à penser que cette stratégie de service public de qualité est porteuse de changements positifs.

Un outil d’action publique dans un contexte de santé spécifique

Chaque année, près de 2 300 personnes meurent injustement dans le Hainaut. Ces vies seraient épargnées si la situation sanitaire de la province était équivalente à la situation moyenne belge.
L’espérance de vie à la naissance du Hainuyer est de 3 ans inférieure à la moyenne des hommes belges. Pour la femme, la différence est d’un peu plus d’un an. L’inéquité est manifeste.

La fracture sanitaire ne se marque pas seulement au niveau de la durée de vie mais aussi de la qualité de vie. Les maladies chroniques (maladies cardiovasculaires, cancers, maladies respiratoires) souvent invalidantes sont plus fréquentes dans le Hainaut, comme le sont aussi les accidents de la route avec décès, les maladies professionnelles, les suicides et tentatives de suicide, la consommation de psychotropes, les hospitalisations, les grossesses d’adolescentes, etc.

Le lien entre un contexte socio-économique défavorable et une mauvaise santé est bien établi dans la littérature scientifique et le Hainaut en est malheureusement une illustration frappante.

Les conditions de vie (habitat, instruction et culture, emploi, revenus, liens sociaux) influencent les modes de vie. Ainsi, la mauvaise qualité de l’alimentation, le tabagisme, la sédentarité sont plus fréquents dans les foyers de niveau socio-économique moyen à faible, très nombreux dans le Hainaut. Ces facteurs sont à la base d’un risque accru de pathologies comme les maladies cardiovasculaires et les cancers, qui représentent 60 % des causes de mortalité dans le Hainaut.

Intervenir sur ces facteurs est une priorité évidente mais les stratégies, pour être efficaces, doivent dépasser la simple information du public pour s’attaquer aux changements structurels dans l’environnement de vie des personnes, des familles et des collectivités, en concertation avec les bénéficiaires et avec leur participation.
C’est pour contribuer à relever ce défi que la Province de Hainaut a décidé dans les années nonante d’investir dans une structure de promotion de la santé.

S’appuyer sur les référentiels de la nouvelle santé publique

Dans l’histoire récente, la santé publique a connu trois révolutions. Fin du 19e, avec Pasteur et d’autres, le progrès des connaissances scientifiques mais aussi les revendications fortes du mouvement ouvrier ont permis des avancées considérables en matière de salubrité et d’hygiène dans les lieux de vie et de travail. Il en est ressorti des résultats tangibles sur la santé, notamment au niveau de la mortalité infantile.

La deuxième révolution, au milieu du 20e siècle, également portée par un fort mouvement social, a permis une large accessibilité à des soins médicaux de qualité par la généralisation des assurances sociales.
Les résultats sont indéniables sur le bien-être et la qualité de vie des gens mais de très nombreuses études de santé publique ont montré les limites des soins médicaux. Ainsi la réduction notable de la mortalité cardiovasculaire au cours des dernières décennies n’est attribuée qu’à 50% aux progrès médicaux, le reste résultant d’une amélioration des facteurs de risque dans la population. De même, le déficit considérable de santé dans le Hainaut, qui dispose pourtant d’une infrastructure sanitaire comparable à la moyenne belge, ne peut en aucune manière s’expliquer par des carences qualitatives ou quantitatives au niveau des soins mais bien par des facteurs sociétaux agissant en amont. Ces facteurs sont multiples et se manifestent tout au long des trajectoires de vie des gens. Ils engendrent des inégalités sociales de santé suivant la position sociale et/ou les territoires.

Cette meilleure compréhension de la construction sociale de la santé implique d’adapter les pratiques d’intervention en santé publique. C’est l’enjeu de la troisième révolution de la santé publique. La Province de Hainaut s’y est engagée résolument en donnant un mandat de promotion de la santé à son service public, l’Observatoire de la Santé.
Suivant la Charte d’Ottawa (1986), la promotion de la santé est le processus qui confère à tous et de manière équitable les moyens d’assurer un plus grand contrôle sur leur propre santé et d’améliorer celle-ci. Cette approche combine en pratique différentes stratégies telles que l’élaboration de politiques publiques soucieuses de la santé, l’amélioration de l’environnement, l’action collective, le développement des ressources individuelles et sociales, la qualité de l’information, la réorientation des services de santé. Dans cette perspective, la santé est considérée non pas comme une fin en soi mais comme une ressource pour bien mener sa vie et ses projets. Cette ressource est utile individuellement mais aussi collectivement pour contribuer au développement des communautés.

On comprend que ce nouveau contexte de travail implique pour les travailleurs du secteur de s’assurer de la participation active des publics bénéficiaires dans la conception des interventions et leur mise en œuvre. S’agissant d’interventions à portée sociétale, créer des partenariats avec d’autres secteurs de l’action publique, associative ou économique sur base d’objectifs partagés est également un élément clé des nouvelles stratégies d’intervention.

De la théorie à l’action ou comment concilier pragmatisme et rigueur conceptuelle

Sur base de l’héritage de la médecine préventive et sociale, il convenait pour la Province d’adapter son service public à la nouvelle donne de la promotion de la santé. Ce processus, toujours en cours, s’appuie sur deux éléments: l’organisation de services et l’organisation du travail.

La structure OSH comporte quatre services opérationnels et un service d’appui logistique et administratif.
Le service d’information sanitaire a pour mission la récolte d’indicateurs de santé et la diffusion de diagnostics communautaires de santé non seulement vers les professionnels de santé mais aussi, par des supports adaptés, vers un public plus large de décideurs et d’acteurs sociaux locaux.
Le secteur prévention et promotion de la santé propose aux communes, écoles, associations, un soutien pour la construction de programmes locaux de promotion de la santé.
Le service d’éducation à la santé construit des outils variés d’information et de formation (animations, expositions, car-exposition, brochures) et aide les organismes locaux à la mise en place de programmes d’éducation.
La cellule communication travaille en continu avec les médias par le biais de soutien rédactionnel, d’organisation de campagnes, de chroniques radio et écrites, de conférences de presse.
Chaque équipe comprend du personnel spécialisé et organise son travail en autonomie mais en fonction d’objectifs de production explicites.
Au total, l’Observatoire comporte environ 60 équivalents temps plein et est doté d’un budget de 3.500.000 euros, dont 90 % couvrent les frais de personnel.

Sur le plan de l’organisation du travail, l’institution a opté pour une programmation triennale. Le plan d’action permet de prioriser les interventions et d’organiser les synergies internes. Il présente de manière claire et publique les engagements du service public. Il est approuvé et évalué périodiquement par l’autorité politique et intégré dans le plan stratégique provincial.

Le Plan 2010-2012 est organisé en six axes: connaissance des problèmes de santé dans le Hainaut, partenariat avec les communes et le tissu social local au plus proche des citoyens, promotion de la santé des jeunes, promotion de la santé des seniors, rencontre des besoins spécifiques en promotion de la santé (précarité et handicap) et communication et information. Ceux-ci sont décomposés en 15 objectifs généraux, 34 objectifs spécifiques à atteindre par la réalisation de 105 actions concrètes. L’évaluation effectuée fin 2011 indiquait que 51 % des objectifs ont une programmation respectée ou amplifiée, 41 % sont exécutés mais à un niveau moindre que prévu et 8 % sont abandonnés.

Manifestement en termes d’intérêt du public et de ses représentants, le travail de la décennie passée a enclenché une dynamique sociale qui va dans le sens d’une meilleure appropriation de la santé. Ces indicateurs de processus positifs augurent d’une évolution favorable des indicateurs de santé mais les changements seront plus longs à venir.
Sur le plan qualitatif, quelques éléments sont encourageants: nos campagnes médiatiques (non stigmatisantes et non moralisatrices !) ont été approuvées par des instances indépendantes, nos outils d’éducation sont occasionnellement repris par des structures nationales comme les mutuelles, des communications et publications scientifiques sont acceptées par des jurys internationaux, un projet européen qui a étudié 46 projets régionaux de l’Union européenne a retenu notre Plan d’action parmi les cinq interventions les plus exemplaires, la Région wallonne nous a confié la réalisation du premier Tableau de bord wallon de la santé…

Les équipes de l’Observatoire restent toutefois critiques sur leurs propres productions et recherchent de manière continue les voies d’amélioration et d’innovation. Ceci dit, sans céder à l’autosatisfaction, il est intéressant d’identifier les facteurs qui ont favorisé le déploiement des activités de l’OSH.

Les facteurs institutionnels de réussite

L’analyse de l’histoire récente de l’OSH permet de dégager les facteurs qui ont contribué au développement de la qualité du service :
– un appui politique continu favorisé par un contact direct avec les élus sur base de stratégies et de programmations explicites et évaluées et de rapports d’activités détaillés;
– le respect de bonnes pratiques professionnelles et scientifiques et le recrutement des cadres basé uniquement sur les compétences et l’engagement;
– le positionnement comme structure dite intermédiaire entre le niveau central (Fédération Wallonie-Bruxelles) et le niveau local (communes, groupements territoriaux). Une structure intermédiaire se justifie par des économies d’échelle dans la mobilisation de ressources et services. Le niveau provincial permet des investissements notamment en personnel spécialisé (épidémiologistes, sociologues, santé publique, journalistes spécialisés…) et en outils qu’il ne serait pas judicieux d’effectuer systématiquement à l’échelle communale ou supra communale. Bien entendu, ces ressources doivent être mises à la disposition du niveau local, en étant à l’écoute de ses besoins. Les lignes stratégiques et les thématiques sont en cohérence avec celles du niveau central. Les affirmations de double-emploi ou de mille-feuilles institutionnel ne résistent pas à l’analyse factuelle. Au contraire, l’action provinciale, explicitement complémentaire de celle du niveau central et du niveau local, contribue à rendre accessible à tous les services de promotion;
– une gestion interne participative et une évaluation formalisée des programmes;
– une politique de formation continue du personnel et de relations directes avec les associations professionnelles et scientifiques internationales pour soumettre nos expériences à la critique et l’échange.

Et pour conclure…

Le cadre institutionnel provincial a permis la mise en place d’une structure de promotion de la santé innovante. Des conditions de réussite liées à la gouvernance, à la transparence, à la participation du personnel à la décision, à l’ouverture aux partenaires et au respect de référentiels de bonnes pratiques ont pu être rencontrées dans ce cadre institutionnel.

Les débats en cours sur l’avenir des provinces devraient prendre en considération les expériences concrètes de terrain. Les enseignements que l’on peut en tirer sur le plan politique alimenteront les réflexions sur les conditions du bon fonctionnement des services publics. Et pour le citoyen, c’est ce qui importe.

L’OSH en quelques chiffres

56 bases de données exploitées pour la réalisation du Tableau de bord de la santé
une enquête permanente sur la santé des jeunes, un échantillon de 2 000 enfants
des profils locaux de santé pour 69 communes
500 000 brochures d’éducation à la santé commandées en 5 ans
des partenariats avec 35 communes
des présentoirs de brochures dans 63 communes
250 animations dans les écoles par an
30 séances de formation pour professionnels par an
1 lettre d’information pour les généralistes
10 campagnes radio TV en 10 ans et 1 500 relais locaux lors de la campagne hypertension
70 collaborateurs motivés
1 service public ouvert à tous.

Observatoire de la Santé du Hainaut, rue Saint-Antoine 1, 7021 Havré. Tél.: 065 87 96 02 et 065 87 96 03. Fax: 065 87 96 79. Courriel: observatoire.sante@hainaut.be. Internet: https://www.observatoiresante.hainaut.be

Article publié précédemment dans les ‘Cahiers de l’éducation permanente’ et reproduit avec leur aimable autorisation. Référence : Luc Berghmans. L’Observatoire de la Santé du Hainaut, une expérience provinciale. in : Présence et action culturelles, Les Cahiers de l’Éducation Permanente, La Province sans tabous. 2012 pp 121-126.

La promotion de la santé en photos… Une initiative du CLPS Charleroi-Thuin

Le 30 Déc 20

Publié dans la catégorie :

C’est dans le cadre du projet «Culture et bien-être» (1) du Centre local de promotion de la santé de Charleroi-Thuin et de ses partenaires (2) qu’est né, en septembre 2011, le concours de photos «Ma santé, c’est…» sur le thème peu commun des déterminants de la santé…

À cette occasion, les participants étaient invités à prendre en photo des situations représentant des déterminants de la santé (voir encadré). Les objectifs poursuivis étaient évidemment d’amener les participants à réfléchir à leurs représentations de la santé et à se pencher sur les facteurs qui la déterminent et l’influencent. Il leur était ensuite demandé de mettre en images le résultat de leur réflexion grâce à une technique artistique, en l’occurrence, la photographie.

Le concours était ouvert à tout groupe (scolaire ou association) de l’entité de Charleroi-Thuin. Les personnes ont pu faire appel gratuitement à une aide technique, logistique ou méthodologique si elles le souhaitaient. Sur le plan technique, il leur a été proposé l’intervention d’un photographe professionnel pour des séances d’initiation au langage photographique et à l’utilisation d’un appareil photo (3). Des ateliers photo ont également été organisés par le Musée de la Photographie. Des animations visant la sensibilisation au concept de déterminants de la santé ont enfin été mises sur pied par les partenaires du projet.

Huit groupes ont participé au concours, parmi lesquels deux groupes scolaires de l’enseignement secondaire (4) et six groupes issus du monde associatif (5).

Le jury était quant à lui composé de professionnels du secteur de la promotion de la santé, du monde artistique et de représentants de la population carolorégienne. Il s’est chargé de sélectionner 15 photos représentatives de l’ensemble des productions et pouvant constituer une exposition itinérante à visée didactique sur les déterminants de la santé.
Les projets ont été appréciés sur plusieurs aspects: l’originalité, la qualité esthétique, le lien avec les déterminants de la santé et la clarté du message transmis. Au final, trois premiers prix (6) ont été décernés lors d’une cérémonie officielle dans la salle du conseil communal de la Ville de Charleroi :
– le premier à l’Espace Santé de Dampremy pour sa photographie en noir et blanc d’une main tendue aux traits profonds qui traduit la pauvreté avec beaucoup d’intensité;
– le deuxième à la photographie originale et colorée due aux élèves de 6e humanité du Centre scolaire Saint-Joseph – Notre-Dame de Jumet, qui ont illustré de manière sympathique l’alimentation et l’activité physique;
– et le troisième à l’asbl ALTEO de Charleroi qui a choisi de représenter la condition de la personne handicapée, avec cette lueur d’espoir que sont ces 2 ombres de fauteuils roulants sur leur cliché. Touchant…

Cerise sur le gâteau pour ces trois lauréats et pour tous les autres participants, leurs photographies ont été exposées au Musée de la Photographie de Mont-sur-Marchienne. Elles seront également visibles lors d’événements divers liés à la santé et pourront servir à des fins pédagogiques.

Quels déterminants illustrer ?

Les déterminants de la santé ont été définis, pour faciliter la tâche des participants, comme «les circonstances dans lesquelles nous venons au monde, grandissons, vivons, travaillons et vieillissons ainsi que les systèmes mis en place pour faire face à la maladie, ces circonstances influençant notre état de santé.»

Ils ont ensuite été regroupés par thèmes:
Style de vie (alimentation, dépendances, activité physique/sédentarité, comportements à risque, maladies transmissibles)
Facteurs biologiques (âge, sexe, facteurs génétiques/patrimoine génétique)
Environnement socio-économique (sentiment de sécurité et de bien-être, éducation/formation, emploi/revenu, conditions de travail, stress, conditions de logement, liens intergénérationnels, discriminations, acculturation/perte d’identité, dignité/estime de soi, reconnaissance sociale, lien social)
Environnement naturel/physique (air, eau, bruit, odeur, climat/changements climatiques, déchets, rayonnement, utilisation du territoire, environnement sûr, environnement intérieur, énergie, paysage)
Services publics (accès à l’information, accès aux services collectifs)
Citoyenneté/participation (mise en cohérence des politiques publiques, participation publique)

Ce concours était l’occasion unique d’une rencontre entre création culturelle et promotion de la santé. Il mériterait d’être repris par d’autres localités pour son intérêt éducatif. En attendant, il aura permis, à Charleroi, de susciter la réflexion personnelle et collective, d’encourager la créativité et de faire découvrir des ressources nouvelles pour les actions de terrain. Cette initiative s’est inscrite dans la volonté de donner à toutes les personnes, groupes et communautés, les moyens d’agir sur leurs milieux de vie pour préserver et améliorer leur santé et leur bien-être, cela méritait bien un petit coup de chapeau de notre part !

Pour plus d’informations sur le projet: Nancy Peltier, Chargée de projets, CLPS Charleroi-Thuin, Avenue Général Michel 1B, 6000 Charleroi, tél.: 071 33 02 29, fax: 071 30 72 86, courriel: nancy.peltier@clpsct.org. Internet: https://www.clpsct.be.

(1) Projet ayant pour objectifs la sensibilisation du grand public à la promotion de la santé, et des professionnels du secteur à l’utilisation d’outils culturels dans leur travail de terrain.
(2) La Mutualité chrétienne du Hainaut oriental, la Mutualité socialiste, l’Échevinat de la santé de la Ville de Charleroi et l’asbl Carolo Prévention Santé.
(3) Via la Direction des Affaires culturelles de la Province du Hainaut.
(4) Les élèves de 4e humanité du Collège Notre-Dame de Bon Secours de Binche et les élèves de 6e humanité du Centre scolaire Saint-Joseph – Notre-Dame de Jumet.
(5) L’Espace Citoyen de Dampremy, le Plan de Cohésion sociale et le CPAS d’Anderlues, le Mouvement social des aînés de Gilly (deux groupes), «La Braise Culture» asbl à Charleroi, et ALTEO asbl, mouvement social de personnes malades, valides, handicapées, de Charleroi.
(6) Livres photos et entrées pour le Musée de la Photographie de Charleroi.

Le CLPS du Brabant wallon rassemble…

Le 30 Déc 20

Publié dans la catégorie :

Entre une conférence locale réunissant les acteurs de terrain du territoire à l’automne 2012 et une base d’expériences en promotion de la santé, le CLPS du Brabant wallon semble bien remplir son rôle de fédérateur des acteurs de terrain…

Conférence locale inégalités de santé

En 2003, le CLPS du Brabant wallon démarrait un cycle de conférences-rencontres sur le thème de la santé et la qualité de vie des familles. Celui-ci permet de rassembler des professionnels issus de secteurs différents avec comme objectifs de :
– réfléchir ensemble à la qualité de vie des familles en Brabant wallon et ce qui l’influence;
– mettre en avant les ressources des acteurs de terrain et identifier leurs besoins;
– ouvrir des pistes d’action concrètes.

L’approche des familles, soutenue dans l’ensemble du cycle, s’inscrit dans une perspective de promotion de la santé et met en avant les ressources des familles plutôt que leurs difficultés et leurs manquements. C’est également dans cette optique que s’est construite la quatrième et dernière journée de ce cycle, qui abordera les inégalités sociales de santé et valorisera des initiatives locales qui visent spécifiquement les publics plus vulnérables, isolés ou défavorisés (1).

Au regard des déterminants déjà abordés dans les trois journées précédentes (cadre et modes de vie, environnement relationnel), on s’aperçoit que ce sont souvent ces mêmes publics qui cumulent difficultés matérielles et problèmes de santé. Il est essentiel de leur accorder une attention particulière d’autant plus qu’en Brabant wallon, les disparités sociales sont très marquées : les écarts entre les couches les plus favorisées et les moins favorisées sont importants et continuent de s’accentuer.

Cette journée se construit depuis plusieurs mois avec un comité d’accompagnement dont les représentants sont issus de divers secteurs d’activités (l’aide à la jeunesse, la promotion de la santé à l’école, la santé mentale, l’intégration, la médecine générale, l’accès aux soins, le social, la santé environnementale). En travaillant ensemble la question des inégalités sociales de santé, il est apparu que tous les secteurs sont confrontés à des publics qu’ils rencontrent plus difficilement dans leurs projets et interventions mais que le terme et la problématique n’étaient familiers qu’au secteur de la promotion de la santé.

Pour mobiliser un public intersectoriel autour de l’enjeu des inégalités sociales de santé, le CLPS du Brabant wallon propose une autre porte d’entrée : celle de la rencontre entre publics et professionnels, au départ des ressources et différences de chacun. Ainsi, il souhaite impulser une dynamique avec les acteurs de terrain dans l’idée de mieux rencontrer les publics vulnérables, isolés et défavorisés dans les projets et d’encourager la réduction des inégalités sociales de santé.

La journée «Publics & professionnels : comment se rencontrer ?» a pour objectifs de :
– s’interroger sur le regard que les professionnels portent sur leurs publics, et plus particulièrement, sur les personnes plus vulnérables, isolées, défavorisées;
– mieux comprendre comment les conditions de vie influencent la santé et comment se construisent les inégalités sociales de santé;
– proposer des outils, projets et formations pour mieux rencontrer tous les publics.

Le public attendu est constitué par les acteurs de terrain en Brabant wallon provenant de divers horizons, et notamment: les acteurs de la santé à l’école, les communes, les CPAS, le secteur de l’intégration, de l’aide à la jeunesse, de la santé mentale, de l’environnement, de la promotion de la santé et de la santé.

La journée est construite de manière à faire vivre les concepts et stratégies de la promotion de santé : participation, intersectorialité, santé globale et positive. Au programme : pièce de théâtre, exposés, temps d’échanges, ateliers présentant des expériences et formations en Brabant wallon, marché aux outils… Un recueil de pistes sera également réalisé pour l’occasion.

Cette journée aura lieu le mardi 27 novembre 2012, à l’Hôtel de ville de Wavre. Le programme complet et toutes les infos sont disponibles sur https://www.clps-bw.be ou via la newsletter du CLPS Brabant wallon (pour s’y abonner: info@clps-bw.be).

Le programme de la journée ‘Publics et professionnels’

Matin – Interroger nos représentations
9h Ouverture de la journée
9h15 Les compétences et les ressources des personnes en situation de pauvreté, y sommes-nous attentifs? Pièce de théâtre ‘Le Ressort’
10h45 Échanges en ateliers sur nos représentations
11h45 Tous en bonne santé en Brabant wallon, une évidence?
12h30 Échanges, questions et échos du terrain
Temps de midi – S’outiller pour se mettre en mouvement
12h45 Lunch
13h35 Marché aux outils
Après-midi – Découvrir des pistes pour mieux rencontrer nos publics
14h15 Atelier au choix
‘Potager’ et cuisiner ensemble, une autre manière d’être en lien
Créer un climat favorable à la relation
Changer de cadre pour d’autres rencontres
Mieux comprendre la personne en situation de pauvreté
À la rencontre de l’autre, éléments de base pour une communication interculturelle
15h45 Récolte des besoins
16h Clôture conviviale
Suite du marché aux outils
Programme détaillé sur https://www.clps-bw.be

Base de données d’expériences «Projets partagés»

Services de santé à l’école, AMO, communes, mutuelles… Ils sont nombreux en Brabant wallon à construire des projets de promotion de la santé. Un travail de longue haleine pourtant trop rarement mis en valeur. Le Brabant wallon recèle une foule de projets qui risquent de rester confinés à une équipe, un secteur d’activités… alors qu’ils gagneraient à être valorisés ou dont l’expérience pourrait être profitable aux autres porteurs de projets.

Pour pallier cela, le CLPS du Brabant wallon a souhaité développer une base de données d’expériences et de projets qui porte bien son nom, «Projets partagés» (2). Celle-ci existe depuis février 2011 et est en constante amélioration, le nombre d’expériences qu’elle contient grandit progressivement.

«Projets partagés» a pour ambition de sortir des archives les actions et projets de promotion de la santé et de leur offrir une seconde vie par le partage de savoirs et d’enseignements, mais aussi de mettre en valeur les projets en cours. Ainsi, la base de données reprend des projets :
– menés par des acteurs de terrain (enseignants, animateurs, éducateurs de rue…);
– de divers champs (santé à l’école, aide à la jeunesse, communes…);
– sur une grande diversité de thématiques (alimentation, sexualité, environnement, alcool…);
– à destination de publics variés (enfants scolarisés, habitants des quartiers, famille…);
– qu’ils soient menés dans le cadre d’animations ponctuelles ou récurrentes (des animations de deux heures comme des programmes étalés sur trois ans).

Cet outil permet aux professionnels de déposer leurs projets mais aussi de s’enrichir de l’expérience des autres! Mieux comprendre les freins, les facilitants, les processus mis en œuvre, etc., sont autant d’enseignements que les acteurs peuvent tirer de l’expérience de leurs pairs.

«Projets partagés» est bien évidemment utile dans la mise en réseau des acteurs sur le territoire. Elle permet également au CLPS Brabant wallon de bien cerner l’offre de projets et de connaître les secteurs d’activité les plus représentés, afin de mettre en place des stratégies pertinentes. Elle permet de rendre compte des expériences menées, de les faire connaître, ainsi que les outils et les institutions du Brabant wallon.

Et concrètement ?

Que peut-on déposer dans la base de données?

«Projets partagés» permet aux acteurs de terrain de relater un projet, c’est-à-dire de témoigner des freins, des difficultés, des atouts, des ressources… Elle prend donc en compte la subjectivité et le vécu des porteurs et partenaires du projet.Un projet peut proposer différentes activités/actions ayant des objectifs préalablement établis, telles que des animations, de la formation, du développement d’outils (répertoire, affiche…), des exposés ex-cathedra, des conférences, des enquêtes…

Cette base de données met en lumière des projets prenant en compte les valeurs et concepts de la promotion de la santé, tels que :
– une vision globale et positive de la santé, c’est-à-dire des projets envisageant le bien-être des personnes dans toutes ses composantes (physique, mental, social…) et qui abordent la personne dans sa globalité;
– une prise en compte des déterminants de la santé, c’est-à-dire de tout ce qui influence la santé et les comportements de santé tels que les aspects sociaux, économiques, environnementaux, les conditions de vie, l’éducation, la mobilité…
– un travail en réseau ou en partenariat;
– une participation de tous les acteurs;
– une attention particulière aux publics fragilisés.

Comment ça marche ?

La base de données d’expériences est accessible sur le site du CLPS du Brabant wallon https://www.clps-bw.be. Ensuite, chaque expérience est répertoriée sous la forme d’une fiche. Chaque fiche est construite sur le même canevas: l’intitulé et un bref descriptif de l’action, le contexte dans lequel le projet s’est déroulé, les objectifs, le milieu de vie concerné, le public, les actions mises en œuvre, les freins et facilitants, les moyens nécessaires, etc. Sur la droite de l’écran, des informations complémentaires sont disponibles, telles que le porteur de projet (avec un lien vers sa fiche «institution», ses partenaires, le territoire couvert par l’action, les outils -pédagogiques ou formations- liés au projet ainsi que leur disponibilité au CLPS Brabant wallon, et les coordonnées de contact). Chaque fiche est imprimable et peut ainsi être conservée ou reproduite.

Grâce au moteur de recherche, les expériences peuvent être recherchées selon le titre de l’expérience, la thématique (par exemple l’alimentation, l’environnement, les addictions…), le milieu de vie concerné (par exemple une crèche, une école, un quartier…) et le public (par exemple les adolescents, les adultes, les enfants…).

Depuis février 2011, de nombreux développements ont été réalisés sur la base. Ainsi, dans le cadre du projet pilote Point d’Appui aux écoles en matière de prévention des assuétudes, les projets, institutions (et bientôt les outils) encodés dans «Projets Partagés» se retrouvent tous sur une même page thématique, consacrée aux assuétudes (voir: https://www.clps-bw.be/point-d-appui-assuetudes ).

À côté des projets, la page dispose d’un cadastre autonome qui constitue un véritable inventaire des institutions en Brabant wallon sur la thématique. Toutes n’y sont pas encore présentes mais elles devraient y figurer dans un avenir proche. De même, le site internet du CLPS comporte trois autres plateformes (environnement, santé à l’école et santé des familles) qui, à terme, pourront être déclinées comme la Plateforme Point d’Appui Assuétudes.
D’autres développements sont en cours et permettront de faciliter encore la recherche et l’encodage des expériences.

Pour que cette base d’expériences soit riche, elle doit régulièrement être alimentée. Puisqu’elle veut être le reflet de la multiplicité des manières de travailler, l’équipe du CLPS Brabant wallon apporte son soutien aux acteurs pour la rédaction des fiches d’expériences et communique régulièrement autour de cette base de données.

Depuis 2012, le CLPS du Luxembourg s’est joint au projet. «Projets partagés» est ainsi devenue commune à deux territoires. Espérons que d’autres CLPS viennent les rejoindre prochainement…
Il semble que cette base d’expériences, véritable invitation à découvrir des projets innovants, réponde à un besoin du secteur de valoriser la variété et la qualité du travail mené en promotion de la santé.

Pour plus d’informations: Centre local de promotion de la santé du Brabant wallon, avenue Einstein 4, 1300 Wavre. Tél.: 010 62 17 62, courriel: info@clps-bw.be. Internet: https://www.clps-bw.be.

Le CLPS du Brabant wallon, c’est aussi…

Le CLPS propose ses services aux professionnels du Brabant wallon qui mènent des projets visant à améliorer la qualité de vie et le bien-être de leurs publics. Dans une optique de promotion de la santé, l’ambition est de travailler sur les déterminants de santé (biologiques, culturels, psychologiques, sociaux, environnementaux). C’est pourquoi le CLPS s’adresse à des acteurs de secteurs et d’horizons très divers: petite enfance, aide à la jeunesse, enseignement, services sociaux, soins de santé, santé à l’école, environnement…

Quels sont les services qu’il propose ?

Il accompagne le développement de projets et soutient les acteurs qui en font la demande. Il peut être sollicité aux différentes étapes d’un projet, des premières réflexions à l’évaluation et la diffusion du projet.
Les problématiques de santé sont complexes et au croisement de compétences diverses. Dans un objectif de cohérence et de complémentarité dans les pratiques de chacun, le CLPS cherche à encourager le travail en réseau. Concrètement, il organise des temps de rencontres et d’échanges.

Sur base des attentes et des besoins des professionnels, le CLPS propose des formations et ateliers, se centrant sur certaines problématiques de santé ou méthodes d’intervention. Elles visent le développement de compétences dans la perspective de la promotion de la santé et cherchent à impulser le développement d’actions et de projets.

Enfin, son centre de documentation offre une guidance documentaire. On vous y donnera des pistes d’exploitation du matériel pédagogique en fonction de votre contexte de travail et de vos projets.

(1) Voir aussi l’article d’Hervé Avalosse, Indicateurs socio-sanitaires des inégalités en Brabant wallon – Les données des Mutualités chrétiennes , dans ce même numéro.
(2) Pour la découvrir: https://www.clps-bw.be/presentation-db

Assuétudes : et les jeunes, ils en pensent quoi ?

Le 30 Déc 20

Publié dans la catégorie :

Réaliser une analyse des besoins en matière de prévention des assuétudes en milieu scolaire est une des missions des «Points d’Appui aux écoles en matière de prévention des Assuétudes» (PAA, dispositifs intégrés au sein des Centres locaux de promotion de la santé). À Charleroi, un groupe de travail (1) du PAA a choisi de privilégier une approche globale et positive de la santé et de mettre en place une méthode de collecte de données qualitatives. Le choix s’est porté sur le recueil de la parole des jeunes en milieu de vie scolaire. Les résultats de cette enquête sont destinés aux acteurs de l’Enseignement, de l’Éducation, de la Santé scolaire (directions, enseignants, éducateurs, agents SPSE et CPMS, etc.) ainsi qu’aux acteurs de la Jeunesse et de la Promotion de la Santé.
Son contenu, à considérer comme le résultat d’un coup de sonde auprès de jeunes, ne prétend pas à l’exhaustivité, et n’est pas non plus représentatif du territoire de Charleroi-Thuin. Il veut inspirer ou nourrir les interventions et pratiques des professionnels côtoyant les jeunes en milieu scolaire ou autour de l’école.
Cette enquête auprès des jeunes vise à savoir comment ils définissent les notions de bien-être, de risque ou encore de consommation. Donner la parole aux jeunes nous permet de mieux connaître leurs besoins en matière de prévention et leurs représentations de la santé. La démarche s’est articulée autour de trois grands axes, servant de guide durant les groupes focalisés: comment les jeunes se représentent-ils leur santé et le bien-être? Existe-t-il un lien entre «être jeune» et «prendre des risques»? Consommations et jeunes, quels liens peut-on et ne peut-on pas faire?
Au-delà du matériel attendu ou de certaines hypothèses de travail, nous avons également été sensibles à certains éléments de «surprise». Par exemple, nous n’avions pas forcément imaginé que les jeunes soient demandeurs ou en attente d’une rencontre et d’un échange avec des adultes concernés par la question de la santé et du bien-être. Autre exemple, un effet non attendu a été le plaisir authentique que la plupart des jeunes ont pris dans la rencontre, jusqu’à en oublier la notion de temps ou de contrainte scolaire…
N’est-ce pas ici que commence une démarche de promotion de la santé?

Donner la parole aux jeunes: une évidence ?
La plupart du temps, les demandes d’intervention en milieu scolaire sur les consommations ou les assuétudes proviennent des enseignants et des directions d’écoles. Mais finalement, ce qui est généralement posé comme un «problème» par l’école et ses intervenants est-il vécu de la même manière par les jeunes? Comment envisagent-ils et comprennent-ils la question des consommations? Qu’en savent-ils?
Aller chercher la parole des jeunes est, pour les partenaires de l’enquête, une manière de pouvoir recueillir leurs avis sur la question, dans la poursuite des objectifs suivants:

mieux comprendre les motivations des jeunes à adopter certains comportements en matière de consommations;
avoir une meilleure connaissance des facteurs qui vont inciter les jeunes à adopter des comportements ayant un impact – positif ou négatif – sur leur bien-être;
mieux connaître d’une part les ressources que les jeunes identifient dans leur environnement en matière de prévention des assuétudes, de promotion de la santé, et, d’autre part, les ressources manquantes;
connaître leurs attentes dans le domaine des consommations ou assuétudes, et plus spécifiquement, connaître l’impact de certains cadres, règles ou interdictions sur leur décision d’adopter ou non un comportement.
Le choix d’une méthode: les groupes focalisés
Les partenaires de cette enquête ont choisi une démarche participative qui permet de collecter des opinions, des croyances et des attitudes concernant un sujet. De ce point de vue, la méthode d’enquête des groupes focalisés propose un cadre dans lequel les participants ont la possibilité de confronter leurs opinions à celles des autres et de réagir en qualité de membres du groupe. En fait, cette technique est basée sur l’idée de départ selon laquelle l’être humain, ses idées, ses préférences, ses valeurs et ses intérêts résultent de son interaction avec son environnement et que ses représentations du monde sont en partie influencées par ses relations avec les autres individus.
Nous avons effectivement constaté, lors de chaque rencontre, qu’une «réserve» première (timidité ou aimables provocations) cédait systématiquement le pas au naturel et à la spontanéité, voire à une forme de générosité dans les échanges. Progressivement, les jeunes étaient en situation d’être un peu plus eux-mêmes, et pas ceux qu’ils s’imaginaient «devoir être»…
Les jeunes interrogés étaient âgés de 14 à 18 ans issus de neuf classes du second degré de trois établissements de l’arrondissement de Charleroi-Thuin, élèves tant de l’enseignement général que professionnel avec un équilibre entre le nombre de filles et de garçons.

Quels objectifs
Au travers de ces discussions notre objectif est de mettre en lumière les éléments suivants:

les facteurs favorisant ou freinant le bien-être des jeunes ;
leurs besoins actuels et comment ils les énoncent ;
les ressources identifiées par les jeunes (ou celles qui leur manquent), dans ou en dehors de l’école ;
leurs motivations à adopter un comportement ;
l’impact de certaines règles, cadres ou interdictions sur le comportement ou la décision d’adopter un comportement.
Quels résultats
Nous vous livrons ici quelques éléments importants exprimés par les jeunes. L’ensemble des résultats sont accessibles en téléchargeant l’enquête via le lien suivant: https://paa.clpsct.org/analysebesoins.php .

Jeunes et bien-être
Les facteurs influençant le bien-être peuvent être sociaux, psychologiques ou financiers. Les facteurs de bien-être sont: avoir des amis, de l’argent de poche, etc. Les facteurs de mal-être sont: l’isolement, un cadre de vie insécurisant, etc.
En cas de problème, le jeune se tourne d’abord vers la sphère familiale (généralement sa mère ou sa fratrie). La famille reste un appui essentiel du jeune quel que soit son âge. Les professionnels sont évoqués pour les cas graves (danger de mort).

Jeunes et risques
Une majorité des jeunes sont conscients de prendre des risques mais mesurent mal les conséquences auxquelles ils pourraient être confrontés lors de cette prise de risque.
Même si la transgression de la règle reste un motif fort de prise de risque, pour les jeunes que nous avons rencontrés, le cadre, la règle ou les interdictions peuvent avoir un impact positif sur la régulation des comportements à risque. L’absence de cadre, de règles ou d’interdictions est perçue par les jeunes comme ayant un impact négatif sur leur bien-être.

Jeunes et consommations
« Tout ce que l’on achète et utilise »… « Tout ce à quoi on prend goût »… « Licites et illicites »… « L’excès »… « L’argent »… « L’alimentation » … « Les médicaments » … « Le mazout de chauffage » … « Les trafics d’armes »

Quand on évoque avec eux le terme «consommation», les jeunes rencontrés nous parlent de ce qui les entoure. Pour les jeunes interrogés, on pourrait résumer leur point de vue comme suit: «Toutes les consommations ne mènent pas à la dépendance mais tout le monde consomme… C’est l’excès qui rend une consommation néfaste pour la santé et non la consommation en elle-même.»

Perspectives et recommandations
À partir de cette expérience, certains éléments nous sont apparus importants à prendre en compte quand on souhaite entamer une démarche avec des jeunes sur la question de la consommation de produit.

Garantir les conditions de l’échange avec un groupe de jeunes
Avant l’intervention, s’interroger sur les vécus individuels des jeunes du groupe, en relation avec les consommations (qu’en sait-on?) et leur annoncer le sujet, les objectifs et les thèmes-clés qui seront abordés.
Pendant l’intervention, être attentif au «climat» dans lequel se déroulent les échanges (organiser l’espace pour permettre l’interactivité, poser des règles d’écoute et de non jugement et garantir leur respect, veiller à l’équilibre de la prise de parole tout en respectant le fait que chacun n’a pas la même aisance dans les débats de groupe…).

Recueillir les représentations – ajuster les connaissances
Qu’il s’agisse du «bien-être/de la santé» ou des «consommations», il est important de laisser prioritairement les jeunes s’exprimer sur ce qu’ils entendent par ces notions, sur leurs vécus et expériences, etc.
Les méthodes projectives (décrire une personne qui se sent bien; «si la santé était un animal») et les questions ouvertes («consommations» à quoi cela fait-il penser?) permettent l’expression des représentations, et plus loin, un phasage avec la réalité des jeunes, leur langage et les connaissances qu’ils possèdent déjà.
Les jeunes ont également des représentations à propos des qualités nécessaires à une personne-ressource en matière de bien-être ou de consommations: son savoir-être et son vécu sont plus importants que son identité, son rôle, sa fonction ou son âge (cela peut être un pair de confiance). C’est également quelqu’un qui peut garder un secret. Certains professionnels n’échappent pas aux étiquettes, les psychologues ou psychiatres restent bien souvent perçus comme «les personnes qui s’occupent des fous»…
L’ajustement des connaissances s’opérera en confrontant les représentations des uns et des autres, et se réalisera progressivement. Les informations sont distillées lors des échanges en groupe, quitte à faire l’objet de rappels et d’une synthèse co-construite avec le groupe: qu’a-t-on découvert/appris de neuf, qu’est-ce qui m’a surpris(e) dans les échanges, etc.?
L’émergence des représentations et des vécus relatifs au bien-être ou aux consommations nécessite également une attention à l’expression éventuelle, par certains jeunes, d’expériences plus douloureuses ou problématiques. L’approche globale et positive préconisée ci-après constitue une première garantie pour éviter les approches «psychologisantes» et l’exposition de vécus (usages problématiques d’alcool dans la famille par exemple) qui mettraient à mal le groupe et les adultes-relais, se sentant impuissants face à la situation…

Inscrire l’intervention sur les consommations dans une approche globale du bien-être
Lier la consommation et l’attachement au paraître peut être une piste de travail, de même que questionner la nécessité de consommer pour appartenir à un groupe. L’idée n’est pas de remettre en question l’importance du groupe, mais peut-être d’inviter les jeunes à le mettre en balance avec leur libre-arbitre et avec le respect d’un collectif plus large (régi par des règles, des lois…).
Le bien-être relationnel est également un moteur pour les jeunes. Il faudrait programmer des activités et des ateliers qui permettent de développer des liens et des compétences sociales. Cela évitera ou diminuera les consommations liées au besoin de «se donner du courage», de se sentir fort, maître de soi, l’effet désinhibant de l’alcool… On sait que les vertus «entactogènes» (se dit d’une substance qui favorise la communication, l’introspection, les contacts sociaux, l’empathie et la sensation de pouvoir s’exprimer) de certains psychotropes motivent leur consommation chez les jeunes et les adultes.
Il faut veiller à impliquer les jeunes dans des démarches en vue d’améliorer la qualité de leur environnement, leur sentiment de sécurité et de bien-être. Car la qualité de l’environnement (c’est-à-dire le fait qu’on s’y sente en sécurité, sa convivialité…) est un élément-clé pour le bien-être des jeunes, y compris quand il est question des consommations. Il faut prendre garde à la banalisation de certains usages (du genre Tout le monde fume même à l’école alors pourquoi pas moi …).

Aborder les consommations de manière large
Nous entendons par là «avec» ou «sans psychotrope». Les technologies de l’information et de la communication (TIC) sont par exemple des «consommations» qui concernent particulièrement les jeunes et qui interrogent pas mal les adultes en contact avec ces jeunes! Ce sujet nécessite cependant une certaine connaissance de la part de ces adultes, de même qu’une approche «ouverte» à nouveau. Il serait dommage, voire contre-productif, de n’aborder les TIC que sous l’angle problématique ou en assimilant leurs usages à une forme de dépendance (2). Dans ce cadre, le rôle des parents pour poser les limites et le cadre d’utilisation est important. Les jeunes sont en demande de sécurité et de contrôle autour des nouveaux médias.
GSM, jeux, Internet sont des consommations que les jeunes connaissent sans qu’ils en fassent un usage spécialement problématique ou compulsif, et sans qu’ils les situent a priori comme des assuétudes. Par conséquent l’adulte proche du jeune devra aborder la consommation des TIC:

d’une manière ouverte (aspects positifs et négatifs);
en tenant compte de leur diversité et de leur fonctionnement: jeux, «chats», réseaux sociaux, etc. et par conséquent, en tenant compte de la diversité des usages qui en découlent;
au sein de la sphère familiale (principal lieu d’utilisation des médias), en veillant à éviter le PC/la TV dans la chambre, en limitant l’abonnement ou l’accès, en installant un système de contrôle parental, en s’intéressant de manière bienveillante à l’usage qui est fait par le jeune, à ses motivations et centres d’intérêt;
au sein de la communauté éducative, en cherchant des modalités cohérentes et adaptées de régulation de l’usage du téléphone portable dans l’enceinte de l’école, ce qui implique également une sensibilisation des parents.
Explorer la question de la prise de risques
Au-delà de l’expression des motivations et du sens que les jeunes donnent à la prise de risques, il est important de les sensibiliser aux conséquences possibles de prises de risques spécifiques, si elles sont abordées:

avoir des rapports sexuels non protégés n’entraîne pas seulement un risque de grossesse, mais aussi des risques de contracter une infection sexuellement transmissible;
passer beaucoup de temps devant son écran réduit l’activité physique et n’améliore pas les compétences sociales situationnelles (en face à face, au sein d’un groupe);
les consommations d’alcool ou de cannabis réduisent la concentration, avec un impact sur les performances scolaires.
Inviter à la concertation
Enfin, notre dernière recommandation sera d’inviter l’ensemble des professionnels, d’une part, à travailler en concertation, pour s’enrichir de leurs expériences mutuelles et, d’autre part, à impliquer les jeunes concernés dans la construction des projets.
Le nouveau dispositif pilote de «Cellules bien-être à l’école» est sans aucun doute une manière de construire ce lieu de concertation.

Et maintenant…
Notre souhait en réalisant ce travail d’enquête était de rassembler des informations utiles aux intervenants du monde scolaire. Nous espérons que les pistes de travail, formulées sous forme de recommandations, pourront nourrir les projets d’interventions et les pratiques des professionnels en contact avec les jeunes.
L’étape suivante pour le Point d’Appui Assuétudes est maintenant de travailler à la diffusion des résultats de cette enquête, de soutenir la mise en œuvre des recommandations, et enfin, de stimuler les liens nécessaires avec les dispositifs existants et les acteurs impliqués.
Tout cela au service du bien-être des jeunes qui, comme le montrent les résultats de cette enquête, ont beaucoup à nous dire…Philippe Mouyart et Natacha Vandevelde , Centre local de promotion de la santé de Charleroi Thuin(1) AJMO Charleroi, Carolo Contact Drogues, Centre local de promotion de la santé de Charleroi -Thuin, Centre PMS de la Communauté française de Charleroi, Service de Prévention/Promotion Santé du Service de Santé Mentale du CPAS de Charleroi(2) Voir à ce sujet: Minotte P., Donnay J.-Y., Les usages problématiques d’internet et des jeux vidéo. Synthèse, regard critique et recommandations , Institut Wallon pour la Santé Mentale, septembre 2009 ( https://www.iwsm.be/pdf_dir/UPTIC.pdf ). Voir aussi les différents écrits du psychiatre français Serge Tisseron, de même que ses interventions filmées sur https://www.yapaka.be/professionnels/voir

‘Ensemble pour la santé’, une expérience avec une commune semi-rurale

Le 30 Déc 20

Publié dans la catégorie :

Premier bilan d’une action de prévention des cancers à Comines

Les organismes actifs en promotion de la santé connaissent bien cette réalité: il est souvent compliqué, pour différents motifs, d’initier des actions dans des territoires ruraux, ou excentrés par rapport à des noyaux fortement urbanisés, ou encore situés à proximité de «frontières» (linguistique, étatique, administrative, etc.).
En 2007, le Centre local de promotion de la santé du Hainaut occidental (CLPS-Ho) a eu l’opportunité d’engager un partenariat avec l’Administration communale de Comines-Warneton, une entité semi-rurale, enclavée en région flamande et jouxtant la frontière française. Le partenariat entre le CLPS-Ho et l’Administration locale a permis de mettre en place des actions de promotion de la santé ayant pour objectif la prévention des cancers, deuxième cause de mortalité après les maladies cardio-vasculaires. Ce projet concernait toutes les tranches d’âge. Cette campagne de prévention des cancers étant organisée depuis 3 ans, le moment est venu d’en présenter quelques éléments d’évaluation.
Pour sensibiliser la population et les professionnels de la santé et du social, les initiateurs du projet sont intervenus à plusieurs niveaux. Dans un premier temps, de manière à informer les habitants, des articles concernant les différents facteurs de risque des cancers ont été publiés mensuellement dans le bulletin communal «Vivre à Comines-Warneton».
Des actions de formation de relais locaux ont ensuite été réalisées. Vous demanderez «qu’est-ce qu’un relais local?». On peut le définir succinctement comme un porte-parole ayant suivi une formation et qui peut accomplir dorénavant un rôle de sensibilisation auprès de la population. Ces relais ont suivi, pour la prévention des cancers, trois sessions de formation étalées sur trois ans.
La première année était consacrée à la sensibilisation à la santé globale, à la prévention du tabagisme ainsi qu’à la prévention du mélanome malin. La deuxième année a concerné l’alimentation équilibrée ainsi que la lutte contre l’obésité et la sédentarité. Quant à la troisième année, elle a été dédiée à la prévention de la consommation abusive d’alcool.
Les relais évoqués plus haut, au nombre de 61, proviennent de 8 associations d’horizons différents. Citons par exemple le personnel des crèches locales, des institutions hébergeant les personnes sans-abri et les femmes battues, des mutuelles, du plan local de cohésion sociale, etc. Ensemble, ces relais ont pu sensibiliser environ 1200 personnes sur les différents facteurs de risque des cancers. Cette sensibilisation pouvait d’ailleurs varier d’une simple réponse à une interrogation du public jusqu’à l’accompagnement d’un projet à long terme sur un thème précis comme l’alimentation équilibrée ou la prévention du tabagisme.
Outre l’information et la formation de relais locaux, un soutien documentaire et parfois logistique a également été fourni.
Lors de cette action, les médecins de l’entité ont bien sûr été également sollicités. À leur intention, des séances d’informations sur la prévention des cancers en médecine générale ont été organisées en 2009, avec la collaboration de l’Observatoire de la Santé du Hainaut (OSH). Les thèmes abordaient notamment le dépistage de masse, la participation des médecins traitants au programme mammotest ou encore au programme de dépistage du cancer colorectal.
Les suites des différents projets sont au programme d’une concertation qui réunira les différentes associations durant l’année 2011. Une piste touchera sans doute à la continuation de la formation des relais locaux qui sont, comme on l’a vu précédemment, des professionnels exerçant le plus souvent dans le cadre de leurs institutions. La gageure serait cette fois de former des relais locaux «non-professionnels».Henriette Kints , Responsable du Programme «Prévention des cancers» au CLPS-Hainaut occidental

Ecrans @ plat : regards croisés sur les cyberconsommations, de l’enfant au jeune adulte

Le 30 Déc 20

Publié dans la catégorie :

Le 29 octobre 2009, une journée d’échange sur les relations entre les jeunes et les écrans a eu lieu à l’initiative des membres du Réseau d’échanges en matière d’assuétudes (Rézéa) et du Centre verviétois de promotion de la santé (CVPS).
Cette journée a mobilisé les acteurs professionnels de l’arrondissement de Verviers autour d’une préoccupation de plus en plus importante, à savoir comment agir et prévenir les comportements problématiques que les jeunes entretiennent avec les écrans. Ces comportements mettent parfois à mal la pratique des professionnels et les contraint à repenser la prévention, l’approche du jeune mais aussi l’éducation aux médias.
Après les présentations d’usage, Serge Tisseron (1), dans le cadre de son exposé intitulé «Les adolescents et les médias: nouvelle culture et propositions», nous a entretenu des relations que les jeunes établissent avec les images et de leurs rapports aux nouvelles technologies. Martin de Duve (2), quant à lui, a abordé la question des pratiques commerciales émergentes favorisées par les nouveaux moyens de communication tels que Facebook, MSN ou encore les abonnements GSM.
L’après-midi était consacrée à un débat en plénière – nourri par les questions du public recueillies à la pause – permettant aux participants de partager leurs expériences, d’échanger sur leurs préoccupations.

«Les adolescents et les médias: nouvelle culture et proposition»

Pour Serge Tisseron, «les nouvelles technologies induisent chez les jeunes de nouveaux comportements qui dessinent peu à peu une nouvelle culture. Ce n’est plus celle du livre, mais des écrans». Pour lui, ces nouveaux comportements s’organisent autour de 4 axes:

  • la représentation de soi;
  • la relation aux autres;
  • le rapport aux images qu’on voit et qu’on fabrique;
  • la relation à l’espace, au temps et à la connaissance.

La représentation de soi et la relation aux autres

L’enfant, dès son plus jeune âge, est confronté à une multitude d’images de lui-même que lui renvoient les «écrans» auxquels il est confronté. Plus tard, le jeune va explorer ces identités diverses à travers de nombreux «avatars» (3) et cela dans l’optique de «mieux cerner le foyer virtuel de sa personnalité».
À côté de la relation «public-intime» qui nous concerne tous, S. Tisseron envisage la relation «intime-extime». Pour lui, l’extimité représente ce besoin qui pousse les personnes à «extérioriser certains éléments de leur vie, (…) pour mieux se les approprier en les intériorisant sur un autre mode grâce aux échanges qu’ils suscitent avec leurs proches» (4). La relation «intime-extime» est donc fondamentale dans la construction de l’identité et de l’estime de soi.
Sur Internet, les jeunes côtoient des pairs, mais aussi des «tuteurs» perçus comme des adultes mieux informés sur les nouveaux médias que leurs propres parents. Il peut en découler un désir de rencontre «pour de vrai» qui doit être balisé par les parents. Dès son plus jeune âge, l’enfant doit pouvoir être sensibilisé à la différence entre «public» et «intime».

Le rapport aux images qu’on voit et qu’on fabrique: «Rien n’est vrai, rien n’est faux, tout est cadré»

Sur Internet il est impossible de différencier le réel du truqué, le questionnement du jeune ne porte pas sur la différence «vrai-faux» mais bien sur la question «Comment ces images ont-elles été fabriquées?». Questionnement qui doit être encouragé d’autant plus que le jeune, bien souvent, est lui-même créateur, producteur d’image.
À ce propos, s’il est nécessaire de valoriser ses productions, il est primordial d’apprendre au jeune mais également à l’enfant, leur «droit à leur image» («Demande-moi mon avis!», «Qu’est ce que tu vas faire de la photo?»). La valorisation de ces productions peut se faire, par exemple, par le biais de journées de présentation de Machinima (5) et/ou de Pocket films (6) dans les écoles, les quartiers ou les communes.

La relation au réel et à la connaissance: «Apprendre autrement»

S. Tisseron nous rappelle que «le modèle de connaissance privilégié par les ordinateurs est intuitif et inductif. Il s’oppose au modèle scolaire de connaissance qui est hypothético-déductif».
Partant, il est nécessaire de «préparer les élèves à un avenir dans lequel de nombreuses données seront sous forme non écrite.» Pour cela, il faut:

  • aider les élèves à inventer de nouveaux outils (ex. apprentissage de la programmation pour des machines de plus en plus puissantes);
  • accompagner les élèves dans le passage de la passivité à l’interactivité, de l’interactivité à la fabrication et de la fabrication à la création.

Quant aux familles, elles doivent cadrer et accompagner la découverte des NTIC et surtout les introduire au bon moment (voir encadré page suivante).

Règle « 3-6-9-12»

Pas d’écran avant trois ans; pas de console personnelle avant six ans; Internet accompagné à partir de neuf ans, Internet seul après douze ans.

La publicité dans les nouveaux médias

À l’aide d’images publicitaires et de vidéos tirées du net, Martin de Duve a démontré les mécanismes utilisés par les publicitaires en général, mais plus précisément, ceux véhiculés par ce que l’on appelle les nouveaux médias. L’évolution liée à l’apparition des nouveaux médias ne tient pas tant dans la transformation des messages publicitaires mais dans les moyens utilisés pour atteindre les publics cibles et surtout les jeunes, public de choix pour les publicitaires.
Parallèlement aux médias classiques qui affichent une publicité « above the line » (explicite-directe), les nouveaux médias distillent leurs messages « below the line » (implicite-indirecte). La pub s’associe à des événements, à des tribus, à des groupes, à l’Internet, à des actions promotionnelles (bons, concours), à des événements d’actualité… Elle fonctionne davantage sur le mode du bouche à oreille, des réseaux de relations ou encore sur l’e-marketing.
Ainsi l’e-marketing utilise les réseaux sociaux (7), les newsletters, les sites tels que «Daily motion» ou «You Tube» pour valoriser et faire parler des produits. Depuis quelques temps, on voit apparaître des « buzzs visuels »: vidéos destinées à promouvoir un produit ou une marque diffusées largement sur Internet, avant même que le produit soit commercialisé. L’avantage d’Internet est ici flagrant: une portée très large à moindre coût…

La personnalisation du message

Martin de Duve décline les moyens utilisés par les nouveaux médias pour toucher les publics plus personnellement:

  • ciblage contextuel: adaptation du bandeau publicitaire sur la page, en fonction du contexte d’apparition;
  • ciblage géographique: l’Internet permet un ciblage géographique très précis en temps et en heures;
  • ciblage sur un profil interne: le profil de tout internaute peut être visible grâce à ses visites précédentes ou par les données personnelles demandées par certains sites lors d’une inscription…
  • ciblage sur le profil externe: il existe un algorythme qui interroge la base de données des internautes (pages visitées, matériel informatique…) et adapte le message commercial par rapport à ces données.

Ces ciblages montrent bien combien les sites diffusant des profils tels que Facebook, Amazone… participent au développement de ces pratiques. Les messages deviennent aussi de plus en plus interactifs (cliquer sur une bande annonce…) ce qui favorise leur ancrage.
Le même type de ciblage peut être utilisé par la téléphonie mobile, les opérateurs se déclarant impuissants quant aux messages publicitaires véhiculés.

Et dans les jeux vidéo ?

Certains publicitaires ont trouvé, dans les jeux vidéo, un territoire de choix pour s’afficher en toute subtilité… Le fait de s’afficher de manière presque inaperçue augmente le sentiment d’immersion de la pub dans le jeu, et donc l’impact sur le joueur.

Et la loi dans tout ça ?

Il persiste un certain flou autour de l’application de la loi-cadre datant de 1991 légiférant les pratiques commerciales. Celle-ci porte sur l’interdiction de la publicité mensongère et de la publicité cachée et règlemente les mécanismes de comparaison dans la pub.
Seulement deux organismes peuvent réguler la pub: le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel(CSA) et le Jury d’éthique publicitaire (JEP), ce dernier étant financé par le secteur de la pub, des médias et les annonceurs! On peut craindre que ces organismes aient peu de poids quant à l’application réelle de la loi de 91. On peut aussi souhaiter une meilleure harmonisation de la législation et une meilleure protection des jeunes consommateurs.

Une seule piste: l’éducation aux médias et le développement de l’esprit critique

Martin de Duve invite tous les professionnels et les «éducateurs» à:

  • observer ces différentes pratiques publicitaires et les décortiquer, ceci étant une entrée en matière ludique et non stigmatisante;
  • poser un regard décalé sur nos pratiques de consommation;
  • analyser la publicité à l’aide d’une grille (8);
  • partir des représentations du public cible.

Cela peut se faire en organisant des ateliers, des animations de terrain, en exploitant des outils (9) dans les différents milieux de vie tels que la famille, les maisons de jeunes, l’école…
Les jeunes posent, sur Internet, des actes de consommation sans leurs parents. Les pratiques commerciales qui se développent par les nouveaux médias sont davantage agressives et ciblées. Cela demande une vigilance par rapport à la protection des mineurs, une réglementation et un plus grand contrôle. Renforçons, dès lors, l’éducation des jeunes et leur esprit critique par rapport aux nouveaux médias!

Conclusion

Une série de recommandations (voir encadré page précédente) ont émaillé les exposés, passionnants, de nos deux orateurs invités. Exposés enrichis par la qualité des échanges qui ont suivi et où S. Tisseron et M. de Duve ont eu l’occasion de préciser leur pensée.
Enfin, c’est Jean Blairon (10) qui a eu pour lourde tâche de synthétiser les échanges de la journée et d’y apporter un éclairage complémentaire. Tâche dont il s’est acquitté avec brio, notamment en redéfinissant le concept de «nouvelle culture» et en insistant sur la nécessité de la mise en place «d’un programme d’action collectif dans l’espace local» dont trois champs au moins pourraient être les instigateurs, à savoir le champ culturel (éducation aux médias), le champ de la santé (la réduction des risques) et le champ de l’aide à la jeunesse (prévention des violences structurelles).Raffaelle Bracci , coordinateur du CVPS, et Anicée Tillieux , chargée de projet du CVPS
Adresse des auteurs: Centre verviétois de promotion de la santé, rue de la Station 9, 4800 Verviers. Tél.: 087 35 15 03. Fax: 087 35 44 25. Courriel: cvps.verviers@skynet.be. Internet: https://www.cvps-verviers.net

Les recommandations

Du point de vue du champ de l’enseignement

Donner des repères théoriques

  • sur les usages (par exemple, tous les usages actuels de la photographie);
  • sur les conditions de production des divers médias (jeux vidéo);
  • sur les spécificités de chaque média.

Donner des repères pratiques

  • la différence entre espace intime et espace public;
  • le droit à l’image: «Demande-moi mon avis!» et «Qu’est ce que tu vas faire de la photo?»;
  • «Rien n’est vrai, rien n’est faux, tout est fabriqué»: la question du point de vue.

Favoriser les usages encadrés des outils utilisés par les jeunes: consoles de jeu, lecteurs MP3, téléphones portables

  • pour re-motiver tous les élèves;
  • pour renouveler l’approche des élèves en difficulté (personnalisation des apprentissages);
  • pour développer des compétences avancées: l’esprit d’initiative et la capacité de coopérer;
  • pour préparer les futurs citoyens aux conséquences sociales du virtuel.

Valoriser les productions
Machinima (filmés à l’intérieur d’un jeu vidéo ou d’un univers virtuel) et Pocket films (tournés au téléphone mobile).

Du point de vue des collectivités publiques

Confier des responsabilités et des budgets aux jeunes pour l’organisation de ces rencontres;
Créer des espaces polyvalents (permettant la coexistence et la rencontre, dans un même lieu, d’usagers de générations et d’intérêts différents); éphémères et susceptibles d’être détournés (par exemple des friches provisoires transformées en terrains d’aventure); à la fois réels et virtuels (sous la forme d’espaces ouverts aux échanges sur un site virtuel);
Privilégier des dispositifs qui donnent une grande place au corps, à la parole et à l’empathie – comme la mise en place d’activités de jeux de rôle dès les classes maternelles.

(1) Serge Tisseron est psychiatre, psychanalyste et directeur de recherche à l’Université de Paris X-Nanterre.
(2) Martin de Duve est infirmier, licencié et maître en santé publique et directeur d’Univers santé.
(3) Un avatar est un personnage représentant un utilisateur sur Internet et dans les jeux vidéo.
(4) S. Tisseron, L’intimité surexposée . Éd. Ramsay, août 2001, réédition Hachette, 2003
(5) Petites séquences filmées tirées généralement de jeux vidéo (souvent des jeux de tirs en vues subjectives).
(6) Films créés à partir de caméras de poche (ex. caméra de GSM).
(7) Facebook par exemple.
(8) Martin de Duve propose une grille d’analyse simple à base de questions destinées à orienter l’observation critique.
(9) De nombreux outils existent déjà: «Les jeunes savent pourquoi», «L’outil Pictogramme»… Ils ont été réalisés par des professionnels de l’éducation aux médias et sont disponibles au CVPS ou dans tout autre CLPS. L’outil «Les publicitaires savent pourquoi» sur l’industrie de l’alcool est téléchargeable sur le site https://www.jeunesetalcool.be
(10) Jean Blairon est docteur en philosophie et lettres, formateur d’adultes et directeur de l’asbl RTA (Réalisation Téléformation Animation)

La Maison du Hainaut, quand le social, la santé et la culture font cause commune

Le 30 Déc 20

Publié dans la catégorie :

Située en bord de Sambre, la Maison du Hainaut – qui a vu le jour en 2001 – se veut une vitrine active et une plate-forme citoyenne de la province du Hainaut. Tout au long de l’année, chacun peut y trouver brochures et publications sur la province et ses activités, trouver un soutien pour être aiguillé dans les méandres de l’Administration provinciale et découvrir une série d’événements et activités hainuyères.
De plus, l’équipe de la Maison du Hainaut propose à la population de nombreux autres services directs comme une assistance sociale, des conseils en matière de logement, des séances de prévention et de sensibilisation dédiées à la santé, des ateliers d’éducation permanente, des activités en faveur des 50 ans et plus, et bien d’autres choses encore.
Concrètement, c’est LE lieu qui fait écho à la devise des services provinciaux: « La Province du Hainaut , proche de vous !» Cette proximité passe par 3 axes: la Maison du Hainaut est à la fois une maison sociale, une maison de santé et une maison culturelle.
Cela tombe plutôt bien pour nous puisque comme vous le savez la promotion de la santé représente un processus qui comprend non seulement des actions visant à renforcer les aptitudes et les capacités des individus, mais également des mesures visant à changer la situation sociale, environnementale et économique des personnes, de façon à réduire leurs effets négatifs sur la santé. La Maison du Hainaut s’attache à proposer des actions allant dans ce sens. Découvrons-les ensemble…

Une maison sociale

A la Maison du Hainaut, différents services sont proposés et mis à disposition pour le bien-être des citoyens hainuyers, en toute confidentialité. Ainsi, elle propose:

  • une assistance sociale: accueil et écoute, mais aussi guidance des personnes en difficulté vers les services sociaux adéquats, en fonction du type de situation problématique;
  • des informations sur les aides provinciales et un accompagnement en matière de logement: la Maison du Hainaut est le relais du Service provincial du logement pour la région de Charleroi;
  • des séances de groupes de parole: afin de favoriser une certaine intégration sociale, ainsi que le soutien collectif, différents groupes de parole sont organisés autour de différents thèmes, comme par exemple la maladie, les dépendances, le deuil, la maltraitance, la solitude, les relations parents/ados… Les participants peuvent exposer leurs problèmes, en débattre, échanger des expériences personnelles et tenter de les résoudre ensemble;
  • une aide à l’intégration pour les personnes en situation précaire qui vivent en Hainaut. Ce service s’appuie sur un accompagnement juridique, médical et social, sur un soutien administratif, sur l’orientation scolaire, la mise à disposition d’un écrivain public, des modules de découverte de la Belgique ou d’aide à l’autonomie des femmes… Cette lutte contre l’exclusion sociale passe par de nombreux partenariats, entre autres avec le Centre d’intégration régional de Charleroi, le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme, le Service d’Aide aux victimes, l’Aide à la jeunesse, le Centre d’accueil pour femmes «Le Foyer», le CHU de Charleroi…
  • une série d’actions d’éducation permanente et de formation continue comme par exemple des ateliers pratiques et collectifs de langue wallonne ou encore des initiations à l’informatique et à Internet;
  • un soutien à l’intégration de la personne handicapée (1): la Maison du Hainaut est le lieu de référence pour renseigner les citoyens et les professionnels sur les structures existantes, ou pour guider les parents d’une étape à l’autre, de la naissance de leur enfant à l’âge adulte, en fonction du type de handicap, des besoins exprimés ou identifiés, de la proximité géographique, du budget;
  • une information riche sur l’Union européenne, ses compétences et les actions concrètes sur la vie quotidienne. Dans ce cadre, la Maison du Hainaut organise régulièrement ses «Mardis de la Citoyenneté», séances interactives entre les intervenants et le grand public autour d’un sujet d’actualité.

A travers toutes ces actions, la Maison du Hainaut veut créer de nouvelles formes de solidarité citoyenne et de nouvelles ambitions pour lutter contre l’individualisme, le repli sur soi et la solitude.

Une maison de santé

La santé est une préoccupation majeure pour chacun, c’est pourquoi la Maison du Hainaut propose tout au long de l’année des séances d’informations, des animations collectives, des débats et des interventions de spécialistes à propos de différentes thématiques touchant à la santé.
Elle collabore aussi fréquemment avec l’Observatoire de la Santé du Hainaut et est devenue le relais d’associations actives sur le territoire hainuyer.
Ainsi, la Maison du Hainaut propose:

  • des informations et animations consacrées à l’épilepsie; en tant que relais de la Ligue francophone belge contre l’épilepsie pour cette région, la Maison du Hainaut permet à chacun de se documenter, de poser toute question relative à la maladie ou à la manière de la vivre. Il est également possible d’y assister à une séance de prévention au niveau des premiers secours, de réserver une animation de sensibilisation à l’épilepsie…
  • des activités et animations pour les personnes sourdes et malentendantes. Après une collaboration de plusieurs années avec l’asbl «Mes mains racontent» (aujourd’hui dissoute), la Maison du Hainaut travaille désormais avec l’Association «Le cri de mes mains», qui interprète intégralement plusieurs activités en langue des signes, dont par exemple les «Conférences santé» animées par des spécialistes.
  • les informations de l’association «Sensibilisation au Don d’Organe (SDO)», dont elle assure le relais. Cette collaboration permet une organisation plus aisée d’animations et de séances d’informations sur le don d’organe dans la région de Charleroi.

A partir d’un certain âge, l’attention doit redoubler pour prévenir des problèmes qui sont encore trop souvent d’actualité chez nous (obésité, pertes de mémoire, douleurs articulaires…). C’est dans cette optique de prévention de la santé pour les seniors que la Maison du Hainaut a créé un département appelé Couleurs santé . Ses maîtres-mots sont: «Manger sainement, préserver l’activité physique et exercer l’activité cognitive».
Ainsi, des ateliers «nutrition» sont proposés aux personnes âgées et animés par une diététicienne de l’Observatoire de la Santé en Hainaut. Des repas sains, équilibrés et savoureux sont élaborés puis consommés dans la bonne humeur!
Côté mouvement, différentes activités adaptées aux envies de chacun sont proposées: gymnastique douce (étirements, équilibre, souplesse), yoga (étirements et maintien de postures), aquagym, ateliers Equilibre (réservés aux plus de 60 ans qui ont déjà été victimes d’une chute), taïchi et marche à pieds (différentes marches sont organisées tout au long de l’année et parfois couplées à des visites de musées).
Afin de maintenir un bon niveau de vivacité intellectuelle, Couleurs santé propose également des groupes de théâtre (exercices d’improvisation, prise de confiance en soi, rythme, émotion), des groupes de parole, des activités «Troc-temps» (groupe d’entraide et de solidarité constitué de personnes désireuses ou demandeuses d’échanges de services), des activités «contes et légendes» (animés par un conteur qui propose des lectures et des méthodes pour l’élaboration de contes), des atelier jeux de société, des initiations au djembé (pour l’entretien du rythme et de la mémoire) et une «Starac-senior» (animée par un professeur de chant, le groupe travaille sur la voix, les fréquences, les tonalités, les sons, le contrôle respiratoire).
A épingler : Couleurs santé organise ponctuellement des « ateliers esthétique » ( relooking ), des concours d’orthographe

Une maison culturelle

Le Hainaut regorge de richesses tant patrimoniales que culturelles. La Maison du Hainaut entend les promouvoir, les faire connaître et, surtout, les faire apprécier. Pour cela, elle propose de nombreuses initiatives, noue une série de partenariats et soutient les projets artistiques de talents avec la Direction générale des Affaires culturelles du Hainaut.
Parmi les activités culturelles, citons rapidement:

  • ART’N’ô, une série d’expositions mensuelles d’arts plastiques organisées dans des conditions professionnelles (vernissage, promotion…) pour ceux qui souhaitent faire connaître leur talent au public;
  • l’organisation d’un club de lecture mensuel, au cours duquel un animateur qualifié propose la lecture collective d’extraits d’un ouvrage, suivie d’un débat autour du livre;
  • le partenariat avec «Festimages.be», un festival de courts-métrages 100% belges, organisé par les étudiants en communication de la Haute Ecole Provinciale Condorcet;
  • la mise en valeur du patrimoine hainuyer grâce, notamment, au site web [L]https://maison.hainaut.be;
  • le soutien et l’organisation d’autres projets culturels ponctuels, comme par exemple une exposition de l’Association littéraire wallonne de Charleroi (ALWaC), différentes expositions consacrées à la bande dessinée…

Pour en savoir plus, n’hésitez pas à prendre contact avec la Maison du Hainaut. Son site Internet est un excellent moyen de découvrir ses activités. Actualisé presque quotidiennement, il présente un agenda complet des activités proposées et des nouveautés. Il permet également de recevoir les invitations thématiques aux activités et offre la possibilité de recevoir par courriel ou de télécharger un agenda mensuel présentant brièvement les activités et actualités.
La Maison du Hainaut est ouverte et accessible à tous du lundi au jeudi de 9h à 12h et de 13h à 16h30 et le vendredi jusqu’à 16h. Pendant les périodes d’exposition, la Maison ouvre les lundis et jeudis jusqu’à 19h30. Pendant l’été (du 1er juillet au 31 août), elle est ouverte du lundi au jeudi de 9h à 12h, puis de 13h à 16h et le vendredi jusqu’à 15h.Maison du Hainaut – Quai de Brabant 20, 6000 Charleroi – Tél.: 071 64 10 64 – Fax: 071 64 10 49. Courriel: maison.hainaut@hainaut.be. Site Internet: https://maison.hainaut.be . (1) A épingler: la Maison du Hainaut collabore à l’événement «Ensemble avec les personnes extraordinaires», journées de sensibilisation au handicap et de rencontre avec les personnes handicapées. Pour en savoir plus, consultez le site : www.personnesextraordinaires.be.

Agir sur la qualité de l’environnement avec les habitants

Le 30 Déc 20

Publié dans la catégorie :

D’une Journée «Bien-Air» à une opération «Nettoyage de Printemps» à Dampremy

La traditionnelle Marche du Terril – organisée conjointement par l’Espace Citoyen, le Comité d’initiative local et la Plate-forme «Santé communautaire» regroupant des acteurs spécialisés locaux, régionaux et provinciaux – a pris une autre dimension au printemps 2008. Dans le cadre du très réussi festival «Mai’Tallurgie» qui a regroupé de nombreuses activités artistiques, culturelles et sociales tout au long du joli mois de mai, une journée «Bien Air» a mobilisé les habitants de Dampremy sur la protection de leur environnement régulièrement mis à mal par la pollution industrielle. En 2005 et 2006, la pollution de l’air, essentiellement provoquée par les entreprises sidérurgiques installées notamment sur le territoire des anciennes communes de Dampremy et de la Porte Ouest de Charleroi, a été considérable. Les seuils admissibles en matière de microparticules ont été régulièrement – 164 jours en 2006 – et largement dépassés. Par ailleurs, une étude récente sur la qualité des légumes dans les potagers de Charleroi a relevé la présence de trois polluants (le cadmium, le plomb et le benzo(a)pyrène) représentant un danger potentiel pour la santé des habitants.
En 2006, des comités de riverains se sont constitués pour interpeller les autorités politiques. À la suite des constats posés et de l’action revendicative des habitants, trois comités invités à agir en concertation ont été mis en place à Charleroi: un comité technoscientifique, un groupe de travail sur la santé et l’environnement, un comité de suivi des actions par les riverains.
Par ailleurs, convaincu de la nécessité d’une amélioration rapide de la situation, le Ministère de l’Environnement n’a pas hésité à imposer la mise en application de nouvelles normes de respect de l’environnement par les industriels. Vu sa situation d’interface particulière avec les habitants des quartiers concernés, une mission d’information et de «courroie de transmission» a été confiée au CPAS de Charleroi.
Dans un tel contexte, l’idée d’organiser une journée d’information et de sensibilisation s’est rapidement concrétisée avec l’objectif de faire connaître l’ampleur du travail de mobilisation des riverains, l’importance des investissements consentis par les entreprises et l’action concertée menée par la Plate-forme «Santé communautaire». Traditionnellement, le Comité d’initiative de Dampremy constitué de citoyens du quartier et l’Espace Citoyen organisent ensemble une journée «Nature» au pied d’un terril de la commune. Dès lors, la possibilité de faire coïncider les deux événements au cours d’une même journée s’est rapidement imposée à tous.

Une journée de conscientisation bien pensée…

Pour préparer cette manifestation avec le plus grand soin et lui donner toute sa pertinence, la Plate-forme a pris la décision d’y travailler avec la population pour l’aider à comprendre les liens entre la qualité de l’air et la santé mais aussi pour l’amener à réfléchir sur les comportements individuels et collectifs en liaison avec la protection de l’environnement et la promotion de la santé.
Lors de la journée «Bien-Air» programmée en mai 2008, il a été convenu d’aborder les thématiques suivantes avec les habitants: les allergies chez l’enfant, l’alimentation, le potager, les aliments du terroir et l’eau du robinet, l’activité physique, le bien-être et le souffle, les pollutions de l’air (intérieure, industrielle, par le tabagisme, le chauffage et le transport). Des animations ludiques ont également été prévues pour montrer aux enfants ce qu’est l’air.
Autour des stands d’information et des lieux de convivialité aménagés pour la circonstance, une balade à pied ou à vélo était proposée au public. Organisée sous forme de rallye – avec un questionnaire à compléter – reliant les stands les uns aux autres, la marche proposait aux promeneurs un parcours très diversifié et animé par des professionnels mais aussi par des habitants motivés et sensibles à l’amélioration de l’environnement dans lequel ils vivent. Pour récompenser les participants, une foule de petits cadeaux étaient offerts par les organisateurs comme des livres de cuisine (Observatoire de la Santé du Hainaut) et sur l’environnement (Comité d’Initiative de Dampremy) ainsi que des chèque-lire aux enfants.

…et des animations diversifiées

Une guide-nature était chargée d’animer la découverte du Terril de la Blanchisserie. Un stand offrait une dégustation de plats préparés à base d’herbes sauvages, un autre une information sur le compostage et le tri des poubelles, un autre encore – sous l’œil attentif d’un médecin généraliste et de kinésithérapeutes – donnait l’occasion au visiteurs de mesurer leur souffle et donc de prendre conscience de leur capacité respiratoire. Une pédiatre allergologue évoquait la question des allergies des enfants en jeune âge et des aménagements à réaliser dans la chambre des bébés en cas de détection d’allergie.
Au «Côté Jardin», le restaurant de quartier rassemblait les participants autour d’une dégustation de fruits et de légumes de saison mais aussi d’eau du robinet. Une animation – imaginée et supervisée par un groupe d’habitants de la Maison des Parents – était centrée sur la manière de laver et d’éplucher les fruits et légumes avant consommation. «Tutti Frutti», la compagnie de théâtre de l’Espace Citoyen, réalisait des saynètes au départ de l’observation minutieuse des gestes posés par les personnes présentes aux diverses activités.

Une journée bien fréquentée et évaluée positivement par tous ses acteurs

La journée «Bien-Air» visait l’implication, la plus active possible, des habitants du quartier. Pour s’approcher d’un tel objectif, de nombreux partenaires associatifs et institutionnels ont travaillé à la préparation, à la réalisation mais aussi à l’évaluation de la journée. Il n’est pas inutile de prendre le temps de les citer pour montrer leur grande diversité et donc toute la richesse de leur action concertée: la Maison Médicale «La Glaise», l’Office de la Naissance et de l’Enfance, les Coordinations des Soins à Domicile du CPAS et de la Ville de Charleroi, l’Observatoire de la Santé du Hainaut, le Centre local de promotion de la santé de Charleroi-Thuin, la Fédération des Mutualités Socialistes, Carolo Prévention Santé, les Femmes Prévoyantes Socialistes, le Service Prévention de l’Intercommunale des Immondices, le Centre de Santé Mentale, Greenpeace, Espace Environnement, le Service d’Écologie Urbaine de la Ville de Charleroi, les trois Espaces Citoyens de Dampremy, de Charleroi Porte Ouest et de Marchienne Docherie, l’Adeps, le Groupe de Recherche et d’Action des Cyclistes Quotidiens, le groupe théâtral «Tutti Frutti», les habitants du Comité de Suivi des Riverains et de la Maison des Parents, le Comité d’Initiative de Dampremy, le Guichet Énergie de la Région Wallonne, le T.E.C. et bien sûr la collaboration précieuse des journalistes de la presse écrite, des radios et des chaînes télévisées avant, pendant et après la manifestation.
Sans qu’une évaluation quantitative systématique ait été réalisée, on peut dire que plus d’une centaine de personnes, visiblement intéressées et enthousiastes, ont parcouru les stands et participé aux multiples activités réalisées sur chacun des sites ouverts tout au long de la journée «Bien-Air».
Avec l’accompagnement du Centre local de promotion de la santé, des habitants ont, sur base d’un guide d’entretien, réalisé un «micro-trottoir» pour collecter les impressions et les commentaires des personnes présentes sur le déroulement de la journée, sur les canaux de communication à privilégier, sur les motivations à participer à ce type d’initiative, sur l’acquisition de nouvelles connaissances à cette occasion et l’intention des personnes à vouloir mettre en pratique certains conseils reçus. Le dépouillement des questionnaires a clairement montré la satisfaction des personnes interrogées qui ont qualifié la journée d’agréable, d’intéressante et d’enrichissante et qui ont souligné la diversité des sujets présentés, l’importance de la rencontre, des contacts humains et l’ambiance conviviale.
L’évaluation qualitative a également été réalisée avec les membres de la Plate-forme «Santé Communautaire» mais aussi avec les partenaires ponctuels et extérieurs. Tous les partenaires impliqués ont apprécié l’intérêt du public qui s’était présenté à leur stand et/ou avait participé aux animations proposées. Très motivés, certains d’entre eux se sont déclarés prêts à s’investir dans de nouvelles initiatives similaires.
Et, comme l’explique Valérie Vankelekom , l’une des animatrices de l’Espace Citoyen de Dampremy: « La plus grande satisfaction qui s’est finalement dégagée de cette journée et de son évaluation , c’est l’émergence d’un nouveau projet porté par les habitants . Ceux ci s’étaient chargés de tondre les pelouses et d’entretenir les sites avant le déroulement de la journée « Bien Air ». Déplorant le manque de propreté dans la commune , la présence de dépôts clandestins et le manque de civisme , ils ont été relayés par le Comité d’Initiative local particulièrement actif dans le quartier . C’est donc au départ de celui ci que des contacts ont été pris avec la Ville de Charleroi et qu’avec divers partenaires dont ceux de la Plate forme Santé Communautaire s’est développée une opération « Nettoyage de Printemps » en mai 2009 . Cette action s’est déroulée en trois temps : une pré campagne d’information auprès de toute la population , le nettoyage dans la commune et l’embellissement des sites de dépôts clandestins , et enfin une grande fête de clôture programmée dans le cadre de la traditionnelle « Journée Terril ». En parallèle , un questionnaire centré sur l’importante question des maladies cardio vasculaires a été soumis aux participants ».
Une journée «Bien-Air» prolongée par une opération «Nettoyage de Printemps» dans un quartier multiculturel et populaire, marqué par l’industrialisation lourde et l’importante pollution qu’elle provoque, voilà bien deux actions modestes, sans effets spectaculaires mais qui témoignent pourtant de l’efficacité réelle d’une politique de promotion de la santé et de la qualité de vie associant avec authenticité et enthousiasme des professionnels et des habitants. Renforcer les dynamiques locales par des actions concertées s’inscrivant dans la durée pour améliorer le bien-être et le cadre de vie commun, c’est aussi une exigence démocratique, un véritable pari sur les vertus de la participation citoyenne.Claude Bonte , Chargé de projets, Centre local de promotion de la santé de Charleroi-Thuin

Le Réseau d’intervenants en matière d’assuétudes (RéZéa) à Verviers

Le 30 Déc 20

Publié dans la catégorie :

A l’origine, des partenaires et la volonté d’une démarche commune

Courant octobre 2003, le Fonds des Affections RESpiratoires (FARES), le Centre Verviétois de Promotion de la Santé (CVPS) et divers partenaires des secteurs de la prévention et de l’aide à la jeunesse se sont rencontrés afin de développer une démarche participative commune de prévention des assuétudes. De ces échanges, il ressort des liens étroits entre institutions et une meilleure appropriation du champ d’action des uns et des autres.
A plusieurs reprises, des acteurs scolaires (PMS, PSE et directions d’écoles) furent conviés afin de faire le lien avec leur réalité de terrain et de répondre à leurs demandes. Les partenaires visaient ainsi à mieux se faire connaître et à favoriser les échanges entre le monde scolaire et le monde associatif, dont les services d’Aide en Milieu Ouvert (AMO), souvent interpellées en urgence lors de décrochages scolaires.
Des complémentarités se marquent et des collaborations s’engagent lors d’accompagnements des demandes en respect des limitations géographiques et/ou missions des uns et des autres. Il en résulte la co-construction de référentiels: un protocole d’analyse des demandes et une méthodologie d’accompagnement des demandes sur base des ressources disponibles.

Du partenariat à la formalisation d’un réseau

Dès 2007, l’accent a été mis sur la formalisation en réseau des partenariats engagés afin de répondre à un souhait d’identité commune et de valorisation de l’investissement consenti par chacun. Le réseau verviétois des intervenants en matière d’assuétudes s’est donc structuré au travers d’une convention de partenariat. Cette convention définit les modalités de fonctionnement du réseau, les objectifs poursuivis, la méthodologie concertée, des critères d’adhésion en termes de déontologie, de responsabilité, d’engagement et un processus d’évaluation.
Par ailleurs, les partenaires ont veillé à une articulation du réseau avec les missions du Point d’Appui Assuétudes (PAA) du CVPS créé en septembre 2007. Le PAA est un référent tant pour le réseau verviétois que pour ses bénéficiaires et sert d’interface entre les réseaux présents dans l’entité et les dynamiques engagées par ceux-ci.

Un réseau pour quoi faire?

Le «Réseau verviétois d’intervenants en matière d’assuétudes», le RéZéa, s’inscrit dans une approche globale de promotion de la santé. C’est un maillage des relations entre individus. Chaque membre contribue à le constituer. Le réseau propose une action collective et concertée d’offre de services, apportée par des professionnels, visant à épauler tout intervenant désireux d’aborder la question de la prévention des assuétudes (y compris le tabac) en divers lieux de vie des jeunes.
La philosophie de travail du réseau est basée sur des échanges et des collaborations visant à:

  • proposer des interventions et une méthodologie concertées dans le cadre des assuétudes;
  • renforcer la cohérence et la pertinence des actions menées, à la demande, en matière de prévention en milieu scolaire et extra-scolaire;
  • proposer un panel d’intervenants réunis autour du Centre verviétois de promotion de la santé.

La méthodologie mise en œuvre s’articule en 5 étapes:

  • analyse approfondie de la demande, des besoins et représentations du public bénéficiaire (diagnostic);
  • démarche concertée incluant les ressources internes et externes;
  • travail participatif dans une perspective de qualité de vie et de bien-être de chacun;
  • cadre d’intervention concerté;
  • évaluation.

Ceci s’opérationnalise via des temps de concertation, des groupes de travail spécifiques (dynamiques locales) et un suivi des accompagnements réalisés.

Une première évaluation

Une évaluation a été engagée par le FARES en partenariat avec le Service d’Information Promotion Education Santé (SIPES). Des interviews ont été réalisées auprès des différents membres du RéZéa.
Le réseau est jugé pertinent . Il répond à des attentes au niveau de l’entité de Verviers. Jusque-là, il n’y avait pas de logique de réseau en matière de tabagisme et d’assuétudes sur Verviers, l’AVAT (1) étant le seul acteur local spécialisé dans le domaine des assuétudes. RéZéa permet « de concrétiser une mission de coordination », « de prendre connaissance des partenaires et de ce qu’ils mettent en place , de croiser des expériences et d’assurer une cohérence dans les actions menées en matière de prévention en milieu scolaire et extra scolaire , de crédibiliser une démarche de prévention auprès du public et de rendre davantage visible une institution
RéZéa est « tourné vers l’action ». Les partenaires viennent de secteurs différents: de la prévention, de l’aide en milieu ouvert, du milieu scolaire (PMS, PSE, éducateurs). Par ailleurs, RéZéa a encore le souci de s’élargir en termes de compétences/missions et de zones d’action géographiques d’autant que depuis sa création, le Point d’Appui Assuétudes reçoit de plus en plus de demandes.
RéZéa a permis de casser la frontière entre le milieu scolaire et le milieu associatif extrascolaire . La construction commune d’une charte a permis de définir clairement les rôles de chacun et d’identifier les enjeux de pouvoir. Il convient cependant de toujours rester vigilant à ce que l’information circule. Les membres participent activement au réseau. La présence d’une majorité d’entre eux à l’entretien d’évaluation et leur souhait de réaliser cet entretien en groupe démontre leur mobilisation et leur volonté de travailler de façon concertée.
La présence du FARES est jugée pertinente au sein du réseau . Celle-ci permet d’avoir un regard extérieur sur la réalité locale. « Créer un réseau est une démarche longue , la présence du FARES a permis d’avancer dans cette voie , dans le sens où son support rassure et fédère .» « La position de tiers du FARES en tant que structure ressource est importante pour le réseau ; elle permet de trianguler les échanges , de ne pas tourner en rond entre acteurs verviétois .» On relève également « l’importance pour des professionnels de deuxième ligne de travailler un minimum sur le terrain afin d’éviter de devenir trop théorique , trop éloigné de la réalité des jeunes et des acteurs de terrain
En conclusion, plusieurs indicateurs reflètent la plus-value du RéZéa:

  • la pluridisciplinarité des membres (professionnels de première et deuxième ligne, du milieu scolaire, de la prévention, de l’aide en milieu ouvert, etc.) ce qui enrichit les échanges ;
  • l’augmentation des pratiques collectives / concertées en prévention des assuétudes;
  • le partage de référentiels ;
  • la crédibilité / visibilité . Etre membre du réseau donne du sens aux démarches entreprises, notamment auprès des écoles. Les compétences sont davantage reconnues et les actions valorisées.

Relevons, enfin, la capacité des membres du réseau à analyser les dysfonctionnements et les difficultés rencontrées et à les surmonter au travers des échanges.

Des perspectives

Les membres du RéZéa (2) envisagent la poursuite du travail d’ouverture du réseau, de la démarche d’échanges de compétences ainsi que l’affinement des offres de services (fiches d’identification des partenaires). Ceci se traduit par:

  • la mobilisation des professionnels de santé et de l’éducation tant du préventif que du curatif lors d’une journée d’échanges le 29 octobre 2009 sur la «relation que les jeunes de 12 à 20 ans entretiennent avec les écrans» et de promotion du réseau . L’objectif principal était de dégager des pistes d’actions pour agir, communiquer et prévenir les comportements problématiques. Elle fut également l’occasion pour les professionnels de terrain d’exprimer leurs points de vue et difficultés et de présenter des démarches et projets;
  • des formations à l’entretien motivationnel, à l’outil «Kottabos», à l’outil «Mille facettes» et des ateliers-rencontres sur «Shalimar», «En rang d’oignons», etc.
  • des temps de concertation permettant la co-construction de dynamiques à ancrage local selon les besoins et de référentiels complémentaires pour l’accompagnement des demandes (état des lieux, grille d’évaluation…).

Toute information complémentaire peut être obtenue sur simple demande auprès du CVPS et de son PAA. Vous pouvez également consulter le site du FARES ( https://www.fares.be ) pour y télécharger la convention de partenariat et les coordonnées des membres de RéZéa.Caroline Rasson , FARES, partenaire et au nom du RéZéa
Adresse: RéZéa (Réseau Echanges Assuétudes), Coordination CVPS, rue de la Station 9, 4800 Verviers. Tél.: 087 35 15 03. Internet: https://www.cvps.be (1) Aide verviétoise aux alcooliques et toxicomanes
(2) Le CVPS et son Point d’Appui Assuétudes, les AMO «CAP Verviers» et «CAP Sud», l’AVAT, l’EJP (Espace Jeunesse de Pepinster), le JEPS (Jeunesse – Enfance – Prévention – Sport) anciennement dénommé «Espace jeunesse de Theux», le Service de Prévention de Verviers, le MDDG (Ministère de la Communauté Germanophone), le CPMS de la Communauté française, les PMS Libres, le PSE Provincial et le FARES.

La Plate-forme intersectorielle du sud de l’Entre-Sambre-et-Meuse. Une initiative au service de la qualité de vie

Le 30 Déc 20

Publié dans la catégorie :

Préambule

Dans le cadre de sa mission «Initier au niveau de son ressort territorial des dynamiques qui encouragent le développement de partenariats, l’intersectorialité et la participation communautaire», le Centre local de promotion de la santé (CLPS) de Charleroi-Thuin est à l’initiative d’un dispositif intersectoriel sur le territoire de la botte du Hainaut. Cette démarche bénéficie du soutien méthodologique de l’Unité de développement territorial et local de l’ULB et de sa définition du développement local (1) qui rejoint en de nombreux points les stratégies de promotion de la santé.
Par intersectorialité, les acteurs de cette recherche-action entendent le fait de susciter des liens entre les secteurs public, privé et associatif, sans oublier les habitants, dont les centres d’intérêt s’inscrivent dans une pluralité thématique: économique, sociale, culturelle et environnementale. Cette approche globale, intégrée et transversale présuppose que le souci du bien-être collectif et individuel fait partie intégrante de tous les secteurs de la vie sociale et peut faire l’objet de points de rencontre plurielle.
C’est souligner aussi que personne ne peut s’affirmer dédouané de cette recherche d’attention autour de la santé.

Le processus partenarial du projet

Pour initier le processus partenarial et confronter les acteurs en présence à l’intersectorialité, les étapes suivantes ont été franchies:

  • identifier les besoins locaux (identification des points forts et des points faibles du territoire, identification des ressources locales), au départ des rencontres avec des acteurs de ce territoire: Fondation Rurale de Wallonie (antenne de l’Entre-Sambre-et-Meuse), AMO Oxyjeune, Fondation Chimay Wartoise, Hainaut Développement (antenne de Chimay), Centre culturel Sudhaina de Chimay;
  • partager ces informations avec les acteurs locaux via l’organisation d’une matinée de rencontres intitulée « Quel lien entre la qualité de vie et le développement économique , social , culturel et environnemental ?» (2).

Lors de cette rencontre, les acteurs locaux présents ont fait les constats suivants:

  • la qualité de vie des personnes est influencée par de multiples déterminants propres à plusieurs secteurs: économique , social , culturel et environnemental ;
  • l’efficacité des projets locaux voulant intervenir pour améliorer la qualité de vie est conditionnée par une collaboration plus efficiente entre les acteurs issus de ces différents secteurs, une démarche encore peu courante en général et en particulier sur ce territoire;
  • les acteurs locaux développent régulièrement, mais ponctuellement des projets dans le cadre d’une démarche partenariale (beaucoup de collaborations et existence de réseaux entre les acteurs du monde socio-culturel). Par contre l’articulation ou la synergie entre les différents secteurs semble moins recherchée ou activée, on ne peut pas parler de stratégie concertée.

Faisant suite à cet événement, et sur base de ces constats, plusieurs associations locales ont souhaité poursuivre la réflexion en se donnant pour objectif de mettre en place une plate-forme intersectorielle.
En premier lieu, la définition du projet a été affinée pour vérifier qu’il n’y avait pas de redondance ou de chevauchements avec des démarches existantes (telles que les coordinations sociales locales…). Différents éléments ont ainsi été reconnus spécifiques à la démarche proposée.
La couverture territoriale: le territoire concerné est plus étendu que celui des coordinations locales puisqu’il reprend les cinq communes de la botte du Hainaut et Couvin, Viroinval et Doische (le territoire pertinent a en effet été élargi à la demande de certains acteurs développant des collaborations avec ces communes du sud de la Province de Namur).
La multisectorialité: la volonté est ici de décloisonner la réflexion pour sensibiliser et mobiliser l’ensemble des acteurs dont les activités ont un impact sur la qualité de vie des citoyens. Cette démarche vise à sortir de la cohabitation de secteurs pour rechercher des connexions qui susciteront une réelle intersectorialité.

Mise en place de la plate-forme

Les membres de la plate-forme ont travaillé sur la construction de la nature du partenariat et sur l’élaboration de son mode de fonctionnement.
À cette fin, une charte d’engagement (3) reprenant notamment les éléments suivants, a été élaborée collégialement.

Définition de la plate-forme

Cette plate-forme est définie comme un lieu privilégié de rencontres et d’échanges pour les institutions et organismes issus de différents secteurs et thématiques (économique, culturel, social et environnemental) qui désirent travailler sur le développement local durable et sur l’amélioration de la santé et du bien-être de la population du sud de l’Entre-Sambre-et-Meuse. Il s’agit d’une démarche de progrès social qui intègre les besoins individuels.
Les membres de cette plate-forme se reconnaissent mutuellement des compétences et une capacité d’influence dont l’atout majeur se caractérise par leur diversité et pluralité. La plate-forme fait apparaître les complémentarités entre ses membres, elle favorise la communication et leur aptitude à agir ensemble de manière coordonnée. Elle devient ainsi un outil pouvant générer réflexions et actions pour le développement et la revitalisation du territoire couvert.

Objectifs

Les objectifs de la plate-forme intersectorielle sont:

  • d’identifier des acteurs locaux issus de différents secteurs et thématiques;
  • de donner une plus grande visibilité et accessibilité à l’information et aux ressources existantes;
  • de fédérer des acteurs locaux dont les actions ont un impact sur la santé et sur la qualité de vie des citoyens de leur territoire;
  • de développer un effet «caisse de résonance» pour les activités organisées par les différents secteurs: visibilité et reconnaissance à plus grande échelle, meilleure diffusion de l’information, association positive à une démarche symbolisant le dynamisme, la collaboration et la mobilisation d’une région;
  • de réaliser des économies d’échelle par la mutualisation des ressources et des compétences.

Les moyens que la plate-forme va développer pour atteindre ces objectifs sont:

  • la mise en commun des ressources, des connaissances et de l’expertise de chaque secteur, afin de construire une vision globale des problématiques qui les intéressent;
  • la mise en place de projets ou d’interventions basés sur cette vision globale et intégrée;
  • la connexion entre réseaux, via l’appartenance des membres de la plate-forme à différents réseaux existants, c’est-à-dire la mise en œuvre concrète de l’intersectorialité;
  • la mise à disposition des capacités et des moyens permettant d’agir sur des problèmes complexes qui ne peuvent être résolus par un seul secteur ou acteur;
  • le développement, par le maillage des institutions, d’une capacité de veille qui soit une force de réaction et de mobilisation rapide permettant, par exemple, de réagir à des situations «urgentes», de se placer au mieux sur différents appels à projets…

Moyens à mettre en œuvre

Ensuite, pour atteindre les objectifs fixés, les membres de la plate-forme ont choisi d’adopter les trois démarches suivantes.

Construction d’un site web

La création du site est le prétexte à la cohésion partenariale, elle canalise l’échange d’informations propres à chaque acteur: son mode de fonctionnement, sa zone d’influence, sa culture interne, son financement, etc. Elle permet également la constitution d’un capital social entre les acteurs auquel chacun pourra faire appel dans sa pratique professionnelle.
Cette tâche conjointe tisse surtout des liens de confiance qui seront un levier efficace dans la vie de la plate-forme.
Ce site web, outil au service de l’échange, du partenariat et de l’émergence de projets, permettra:

  • de relayer les activités de la plate-forme (présentation des missions des organismes la composant, présentation de besoins partagés pouvant déboucher sur l’organisation d’actions communes et intersectorielles) et d’ainsi élargir les partenariats au fur et à mesure de la mise en place d’actions spécifiques;
  • la mise à disposition d’un répertoire d’organismes issus de différents secteurs et qui portent une attention particulière à la qualité de vie des personnes (ce répertoire en ligne a l’avantage de pouvoir être mis à jour régulièrement par l’ajout et/ou la correction des données et de ne pas présenter de coût d’impression papier);
  • la création d’un espace d’émergence de projets et de collaborations (via un «forum»).

Une recherche de financement est actuellement en cours pour obtenir les fonds nécessaires à la réalisation de cet outil.
Cette tâche commune fortifie le partenariat local car il concrétise un enjeu et un défi partagés.

Organisation d’échange d’information et de présentation de projets

Lors de chaque réunion des membres de la plate-forme, une présentation d’un partenaire est mise à l’ordre du jour. Cette démarche a pour objet d’aboutir à une identification de besoins partagés pouvant ensuite déboucher sur l’organisation d’actions communes et intersectorielles.
Concrètement, un membre de la plate-forme présente ses activités en détail lors de chaque réunion, et chaque présentation est l’occasion d’identifier les éléments en lien avec le rôle que la plate-forme intersectorielle peut assumer:

  • identifier ce qui existe et ce qui manque au niveau des structures locales . Sur base de cette démarche, enrichir le répertoire local prévu sur le site web et/ou stimuler la création de nouveaux services (exemple: mise en avant du manque d’espaces de discussion dans les écoles, ce qui a mené à un projet de «salle d’écoute»);
  • échanger sur des expériences existantes . Sur base de cette démarche, mieux faire connaître les initiatives locales, créer des liens entre les dispositifs existants et enrichir le répertoire local prévu sur le site web (exemples: organisation à Momignies d’une exposition «Tom et Babette» sur le thème de l’alimentation, projet école des consommateurs à Beaumont, asbl Échanges à Vergnies, restaurant social de Beaumont, réalisation d’un DVD sur le racket, organisation d’une «matinée santé» à l’école Technique de la Communauté française de Rance…);
  • mettre en place des collaborations . Les échanges peuvent amener certains membres de la plate-forme à mettre en place ou à approfondir des démarches communes (exemples: liens possibles entre les projets du PPP de Beaumont, Froidchapelle et Sivry-Rance et le projet de mise en place d’une Maison Communautaire à Sivry-Rance via le développement d’un axe intergénérationnel, identification de partenariats possibles entre le Cluster Botha et les PPP (4) dans le cadre du travail des groupes «socialisation», questionnement sur les pistes éventuelles de collaboration avec les acteurs du secteur économique en ce qui concerne l’aide à la création d’entreprises et pour la mise à l’emploi de bénéficiaires du revenu d’intégration sociale…);
  • augmenter la connaissance des services . Avoir une meilleure connaissance de leurs modes de fonctionnement, contraintes, limites, compétences… afin d’optimaliser les relations entre les structures locales (exemple: nouvelles collaborations entre le Centre de Guidance, le Centre PMS de la Communauté française de Couvin et le CPAS de Beaumont);
  • identifier des problématiques locales : faire émerger des problématiques pouvant ensuite déboucher sur l’organisation d’actions communes et intersectorielles (exemples: alimentation, assuétudes, alphabétisation, marketing/publicité, crédit, gestion budget, parentalité, éducation, mobilité, sécurité routière, emploi, identification du décalage entre les attentes de certaines entreprises – recherche de personnel qualifié et opérationnel – et le profil du public du Cluster Botha , méconnaissance de l’AWIPH et de ses services par certaines personnes fragilisées qui ne maîtrisent pas les démarches et les droits qu’elles pourraient faire valoir…).

À ce jour, les présentations suivantes ont eu lieu: Centre de Guidance de Chimay, Plan de prévention et de proximité (PPP) de Beaumont, Froidchapelle et Sivry-Rance, Cluster Botha , Académie de Musique de Sivry-Rance. Les prochaines présentations prévues sont: Hainaut Développement, Antenne du sud Hainaut, Aide et soins à domicile Hainaut Oriental, Centre de Santé des Fagnes.
Lors de ces présentations, il a aussi été fait référence à des enquêtes: dans le cadre de la guidance sociale énergétique, enquête en collaboration avec l’asbl Pro-énergie qui a abouti à la réalisation d’actions d’informations, d’animations dans les écoles; enquête de satisfaction menée par l’ASD auprès de 6500 personnes, faisant état de besoins exprimés par une certaine partie de la population; analyse des problématiques liées à la jeunesse réalisée par le Groupe Thiérache…
L’accumulation de ce type d’informations va permettre à terme d’obtenir les éléments nécessaires à la réalisation d’un «diagnostic» du territoire, sur lequel il sera possible de baser l’élaboration de projets intersectoriels. Il sera alors intéressant de pouvoir diffuser le résultat de ces enquêtes (identification de besoins non couverts, de problématiques prioritaires…), notamment via le futur site web.
C’est aussi l’embryon d’une veille stratégique locale prompte à réagir à toutes opportunités favorables à la finalité commune des partenaires: l’amélioration du bien-être collectif et par voie de conséquence la santé collective et individuelle.

Organisation d’événement

Ce fut, le 30 septembre 2008, l’organisation d’une rencontre «Présentation d’un panorama socio-démographique du Sud de l’Entre-Sambre-et-Meuse» (5).
À destination des acteurs locaux (élus, professionnels…) travaillant dans les secteurs de l’environnement, du social, de la culture et de l’économie, cette matinée a été construite sur base de la présentation d’outils statistiques et d’une analyse socio-démographique du territoire du Sud de l’Entre-Sambre-et-Meuse (plus précisément des communes de Beaumont, Chimay, Couvin, Doische, Froidchapelle, Momignies, Sivry-Rance et Viroinval).
Elle s’est articulée autour de deux interventions:
– présentation par l’Unité de Démographie de l’UCL d’un panorama socio-démographique du territoire et d’outils de recherche de données statistiques (à l’échelle de la commune et, dans un avenir proche, à l’échelle du quartier). Cette démarche a permis de bénéficier d’une analyse du territoire (points forts et faibles) sur laquelle construire des actions concrètes et développer les partenariats de la plate-forme;
– présentation de la plate-forme: objectifs, philosophie de travail, mode de fonctionnement et perspectives.
Les objectifs de cette rencontre étaient de proposer aux participants la découverte de nouveaux outils d’analyse, l’identification de points forts et faibles du territoire, la participation à l’identification des actions prioritaires à mener pour le développement du territoire, la découverte d’un dispositif local issu d’un partenariat intersectoriel, et le développement de nouveaux partenariats.

Soutien méthodologique de l’Unité de développement territorial et local (ULB)

À différentes étapes du projet, les membres de la plate-forme ont pu bénéficier du soutien méthodologique de l’Unité de développement territorial et Local (ULB).
Ce soutien s’est traduit par une enquête auprès des membres de la plate-forme dont les résultats ont été présentés en mai 2007 (questionnement sur la pertinence du territoire, sur la composition et l’objet de la plate-forme, ainsi que sur sa méthode de travail), ainsi que par la présentation d’un regard extérieur, en mai 2008, construit sur base de la lecture des PV de réunions.
Ce mode d’accompagnement-miroir permet aussi au cercle partenarial de conserver une ouverture vers l’extérieur et de maintenir un questionnement dynamique et réflexif: «sommes-nous toujours en lien avec les besoins du territoire et cohérents?»
Concrètement, cette lecture a permis de faire émerger des constats et de renvoyer des questions sur l’évolution du travail de la plate-forme; il s’agissait aussi de réinterroger le processus: qui continue à participer? Quels sont les enjeux visibles ou non dits des partenaires?

Constats

Dans nos discussions, la thématique essentielle qui est actuellement abordée est celle du «social». Les acteurs du monde culturel qui étaient fort présents au début de nos rencontres, ne sont plus là. Il serait intéressant de savoir pourquoi et de voir comment il est possible de les réassocier.
Les partenaires présents sont issus du secteur public (CPAS, PMS Communauté française, Cluster Botha, PPP) et du secteur associatif lui-même parfois issu du secteur public. Il manque donc des représentants du secteur privé-marchand.
Le territoire fixé reste pertinent, mais les partenaires demeurent enfermés dans les contraintes territoriales imposées par leurs pouvoirs subsidiants (ils ne cherchent pas à couvrir l’ensemble du territoire choisi). L’enjeu est ici de pouvoir démontrer la pertinence de celui-ci (via des dispositifs et/ou des partenariats intercommunaux).
Les interventions professionnelles des partenaires peuvent être individuelles ou collectives (notamment en lien avec les activités culturelles).
Un atout appréciable est la présence de partenaires ayant l’habitude de travailler en ‘supracommunalité’.

Questions

Ces constats invitent à :

  • repenser le partenariat local au niveau de l’approche intersectorielle. Comment aller (re)chercher les secteurs peu présents (privé-marchand)? Pour faire quoi?
  • repenser l’approche inter-thématiques. Comment aller (re)chercher les acteurs du monde culturel, environnemental et économique?
  • questionner le cadre de vie et le lien avec l’environnement, pour déboucher notamment sur des actions concrètes (l’environnement est partagé par tous et est considéré comme une haute valeur ajoutée de la région);
  • établir des alliances «multi niveaux», notamment pour démontrer la pertinence du territoire;
  • détecter les besoins partagés, ce qui pourrait déboucher sur de nouveaux partenariats;
  • mettre en place une (des) action(s) concrète(s) qui auront pour effet de souder le partenariat actuel; de rendre visible l’existence de la plate-forme; de déboucher sur de nouveaux partenariats, sur l’identification de besoins partagés et/ou répondre à ceux-ci;
  • questionner la nature des bénéficiaires des actions des institutions présentes au sein de la plate-forme. De quoi ont-ils besoin en dehors des actions spécifiques de chaque institution? D’où viennent-ils (est-ce qu’il y a des quartiers ou des villages qui devraient faire l’objet d’une attention prioritaire)?
  • réfléchir aux besoins du territoire, en termes de services, de formations;
  • mettre en place un type de veille stratégique permettrait de saisir les opportunités pour répondre aux besoins latents ou exprimés.

Perspective d’actions

Sur base de ces constats et questions, et dans la continuité des actions déjà réalisées, l’organisation des événements suivants est mise en chantier:

  • septembre/octobre 2009: matinée de rencontre sur la question de la mobilité. Cette rencontre sera l’occasion de faire le point sur la problématique (portrait des questions de mobilité), de découvrir des initiatives apportant des solutions à cette problématique (taxi social, transports en commun, initiative de coordination de co-voiturage…), de proposer une analyse «sociologique» des habitudes culturelles liées à la question de la mobilité;
  • septembre/octobre 2010: organisation d’un événement de type «assises du développement», avec présentation via stands ou exposés des dynamiques supracommunales existantes comme par exemple: coordinations sociales, action botte, Hainaut Développement, plate-forme Inform’elles, plate-forme intersectorielle, forum social, GECO (Groupement des entreprises et des acteurs économiques du sud Entre-Sambre-et-Meuse), GAL de la botte du Hainaut (groupe d’action locale soutenu dans la cadre du programme européen de développement rural Leader+); avec aussi des exposés plus théoriques sur la pertinence du travail en intersectorialité; avec enfin l’organisation de tables rondes thématiques suivies d’une analyse transversale (identification des besoins partagés, des forces et faiblesses du territoire et des actions à mener).

Éléments d’analyse et de recommandations

Cette expérience de mise en place d’une plate-forme intersectorielle met en lumière les éléments à prendre en compte dans ce type d’initiative.
La gestion du temps: il est fondamental de s’adapter aux contraintes temporelles des partenaires (par exemple via l’organisation de réunions à intervalles raisonnables – environ toutes les 6 à 8 semaines – mais en proposant des sous-groupes de travail pour faire avancer le projet); en parallèle, il est nécessaire de prendre le temps de se connaître, de créer des liens et des affinités entre partenaires; susciter une temporalité partagée, celle du processus partenarial; éviter les réunions chronophages (rentabiliser le temps).
La gestion des résultats: il faut veiller à arriver assez vite à des réalisations concrètes basées sur l’identification de besoins communs. Le but est d’éviter le sentiment de participer à des réunions stériles, de solidariser les partenaires et de générer du concret, de l’action et de la visibilité (exemples d’actions menées par la plate-forme: définir collégialement une charte d’engagement et un cahier des charges pour la réalisation du site web, co-écrire une demande de subvention, co-organiser des événements au service des objectifs de la plate-forme).
La définition du cadre de travail: il est important de définir de manière claire la finalité du groupe, ses objectifs et son mode de fonctionnement (mais c’est une démarche qui prend du temps également) et éventuellement sa durée de vie.
La définition du territoire: pour être cohérent, il faut veiller à définir un territoire pertinent c’est-à-dire une zone d’action et d’influence partagée par l’ensemble des partenaires et reconnue par ceux-ci.
La gestion des dangers de ce type de partenariat: gérer les logiques contradictoires issues du caractère intersectoriel de la plate-forme (exemple: la notion de rentabilité pourra varier si on la place du point de vue économique ou du point de vue du progrès social).
La mise en avant des atouts du partenariat: travailler dans une logique gagnant-gagnant (la plate-forme doit apporter une plus value pour chacun dans le cadre de son activité première), à partir de l’identification d’enjeux communs qui ne souffrent de concurrence entre les acteurs pressentis à devenir partenaires. Ces enjeux partagés serviront toutefois également les défis singuliers de chaque partenaire pour respecter cette logique gagnant-gagnant.
Dominique-Paule Decoster , chargée de cours et directrice de l’Unité de développement territorial et local à l’Université Libre de Bruxelles, et Philippe Mouyart , Directeur du Centre local de promotion de la santé de Charleroi-Thuin(1) Le développement local est défini comme «le processus d’innovation territoriale inscrit dans la durabilité. Ce processus s’enracine dans un territoire pertinent, il y fédère et organise en réseau les acteurs économiques, sociaux, environnementaux et culturels pétris d’une culture commune de projet et dont la finalité est le bien-être collectif et la centralité: l’être humain» (D.-P. Decoster)
(2) Voir Éducation Santé n°220 de février 2007, pages 14 à 15: https://www.educationsante.be/es/article.php?id=871
(3) À ce jour, cette charte a été signée par les institutions suivantes: Fondation Rurale de Wallonie (antenne Entre-Sambre-et-Meuse), Centre de Guidance de Chimay, Aide et Soins à Domicile Hainaut Oriental, Centre PMS de la Communauté française (Couvin), Aide à Domicile en Milieu Rural, Centre local de promotion de la santé de Charleroi-Thuin.
(4) Les Plans de prévention et de proximité sont développés au départ d’appels à projets portés par les communes et financés par la Région wallonne. Depuis 2009, ils sont devenus Plans de cohésion sociale ( https://cohesionsociale.wallonie.be/spip/rubrique.php3?id_rubrique=173 ). Le Cluster Botha est un projet porté par les CPAS de Beaumont, Sivry-Rance et Froidchapelle dont l’objet est de proposer une aide et un accompagnement dans le processus de recherche d’emploi pour des personnes bénéficiaires du revenu d’intégration ou demandeurs d’emploi. Pour plus d’infos: https://www.jobdeclic.be/index.php?option=com_myjspace&task;=view_page&id;=83<emid;=59 .
(5) Le document de synthèse de cette rencontre est accessible en ligne à l’adresse suivante: https://www.clpsct.org/files/rapport_30_09_08.pdf

La dynamique de promotion de la santé mise en place à Liège

Le 30 Déc 20

Publié dans la catégorie :

La 2e Journée liégeoise de promotion de la santé représente un moment symbolique pour l’équipe du CLPS puisque nous y avons fêté notre 10e anniversaire.
L’idée d’organiser un événement qui nous rassemble autour du thème de la promotion de la santé et des inégalités sociales de santé vient d’une réflexion qui a émergé tout naturellement de ces 10 années de fonctionnement. Vous ne me contredirez pas, ce thème est d’actualité!

Les missions du CLPS

Cette 2e journée concrétise une étape d’un processus à long terme et s’inscrit dans la droite ligne de nos missions.
Le CLPS est une asbl agréée et subsidiée par la Communauté française. Organisme pluraliste, le CLPS a été constitué le 1er octobre 1998 sur base d’un large partenariat: la Province et la Ville de Liège, différentes communes, mutuelles, CPAS, associations thématiques… Il est composé d’une équipe pluridisciplinaire de 9 personnes (6,8 équivalents temps plein). Il intervient sur l’arrondissement de Liège. Celui-ci comprend 24 communes et compte environ 600.000 habitants.
Au total, 10 centres locaux de promotion de la santé couvrent l’ensemble du territoire de la Communauté française, celui de Liège est un des trois actifs sur le territoire provincial, à côté de ceux de Verviers et de Huy-Waremme.
La démarche de promotion de la santé, définie par l’OMS dans la Charte d’Ottawa est le cadre de référence du CLPS. Vu sous cet angle, la prévention, ce n’est pas seulement se prémunir contre, se préserver de…, c’est agir positivement sur un certain nombre de facteurs déterminant la santé et susceptibles d’améliorer la qualité de vie des individus et des collectivités.
La promotion de la santé tient compte de l’environnement global de la personne et du groupe: environnement social, culturel, familial, professionnel et physique. Elle se développe dans une logique participative et de proximité dépassant les ressources du seul secteur médical.
Les missions du CLPS sont fixées par le décret du 14 juillet 1997 portant organisation de la promotion de la santé en Communauté française. Il est chargé d’accompagner et de coordonner les actions de promotion de la santé menées par les professionnels qui sont soucieux d’améliorer le bien-être et la qualité de vie de leur public.
Il s’agit donc d’un organisme de 2e ligne. Il a une mission de relais dans le secteur de la promotion de la santé: il transmet les besoins et les attentes des professionnels vers les décideurs et il diffuse la politique de promotion de la santé vers le terrain. Il suscite également des dynamiques locales qui encouragent le développement de partenariats et favorisent la concertation entre les acteurs de terrain.

Un rôle de médiation

Un anniversaire, c’est aussi l’heure des bilans; «il est en effet souvent utile et parfois nécessaire de s’arrêter un moment au bord de la route et de mesurer le chemin parcouru». On pourrait dire que progressivement, le CLPS a pris et occupe une place qu’on qualifierait de «médiateur» sur le territoire liégeois et dans le paysage associatif. Il est plus spécifiquement devenu un centre de ressources pour les professionnels et pour les décideurs ainsi qu’un pôle de développement local de dynamiques de promotion de la santé. Il s’appuie sur un réseau de partenaires au sein duquel chacun a un rôle à jouer.
La mobilisation et l’investissement de ses partenaires dans ses projets et dans le cadre de cette journée, ont été suscités par un travail de fond préalable. Le défi a été de se positionner par rapport aux nombreux réseaux existants, de se faire accepter, de gagner la confiance des institutions présentes sur le terrain.
Le CLPS a d’abord dû se faire connaître pour ensuite se faire reconnaître.
Ceci implique notamment une attitude particulière de l’équipe qui relève de l’écoute et du respect.
Cette étape n’est pas négligeable. Il faut accepter qu’elle prenne du temps et qu’elle soit toujours à reconstruire.
Les stratégies développées par le CLPS sont nombreuses et variées, elles sont le reflet de la diversité des besoins des professionnels: l’accompagnement sur le terrain d’une équipe qui veut développer un petit projet a tout autant de pertinence que l’organisation d’événements rassembleurs de grande envergure.
Sur l’invitation à la journée de ce 7 octobre, vous avez pu lire qu’un de nos objectifs est de réfléchir à des pistes d’action pour les professionnels mais aussi de rédiger des recommandations qui seront adressées aux politiques.

Un processus participatif de longue haleine

Comment en est-on arrivé là? C’est ce que je voudrais vous montrer à présent par un bref regard en arrière.
Le 18 octobre 2002, le CLPS et ses partenaires organisaient la «Première Journée liégeoise de promotion de la santé». Cet événement était déjà une étape d’une dynamique envisagée sur le long terme. Il a réuni plus de 400 professionnels, issus de secteurs divers. Le but était de récolter la parole des acteurs de terrain afin de construire un cadre de référence commun, destiné à élaborer des axes de développement de la promotion de la santé sur l’arrondissement de Liège.
Cette journée a permis de réaliser un état des lieux de ce que souhaitaient les acteurs de terrain, que je résumerais en 4 points.

Améliorer la communication interne et externe au secteur

Il a été souligné qu’une politique active de communication devait être adoptée sur les plans interne et externe, dans le but d’améliorer la circulation de l’information parmi les promoteurs de santé (qui fait quoi, comment, avec quel outil…).
Mais il s’agissait aussi de construire des représentations communes sur lesquelles se fonderait ensuite une action concertée.

Créer des espaces de rencontre, d’apprentissage et de réflexion

De très nombreux professionnels ont exprimé le souhait de voir se développer des espaces d’échange et de ressourcement où ils pourraient prendre de la distance par rapport à leur travail quotidien et ce notamment par rapport à une mise à mal de leurs pratiques en étant confrontés à une accentuation de la pauvreté à Liège.

Favoriser des représentations communes des concepts et des stratégies de promotion de la santé

La multiplication et l’extension des concepts en promotion de la santé représentent pour beaucoup une source importante de malaise, dans la mesure où leur imprécision paralyse les initiatives ou s’oppose à l’harmonisation des pratiques.
Parmi les nombreuses questions exprimées, deux thèmes centraux se sont dégagés:

  • comment pourrait-on rendre la participation des citoyens plus effective?
  • comment intégrer les préoccupations de promotion de la santé dans les politiques de santé?
  • Ou, dit autrement, comment les professionnels de terrain pourraient-ils faire entendre leur voix et adresser aux politiques un message clair, réaliste et cohérent?

Organiser une nouvelle opération intersectorielle

Il a été mis en évidence que la production des groupes de travail et les échanges stimulés par le CLPS pourraient être valorisés et partagés lors de manifestations de plus grande envergure réunissant les différents secteurs concernés.

27 recommandations

Afin de répondre à ces attentes, le CLPS et ses partenaires ont entre autres, mis en place des ateliers intitulés «Temps de réflexion» et «Participation», en complémentarité avec les Ateliers Santé Précarité du Relais Santé.
Trente-sept intervenants de la région liégeoise, issus des CPAS, mutualités, université, associations de terrain, maisons médicales, services de soins, Centres PMS, plannings familiaux… se sont investis de 2004 à 2007 au sein de ces ateliers. La richesse des groupes a résidé dans la diversité des expériences présentées, la qualité des échanges, la volonté de prendre le temps de réfléchir à nos pratiques. Deux documents ont été rédigés suite à ces travaux. Ils sont téléchargeables sur le site https://www.clps.be .
Les participants aux ateliers et les professionnels que nous rencontrons dans le cadre de l’exercice de nos missions ont souhaité à présent partager le fruit de leur travail avec leurs pairs mais aussi avec les politiques qui ont un rôle important à jouer pour promouvoir la santé et la qualité de vie des populations précarisées.
C’est pourquoi, le CLPS, en partenariat avec l’Ecole de Santé publique de l’ULg, a organisé cette Deuxième Journée. Vous l’avez compris, celle-ci n’était pas un but en soi mais une nouvelle étape d’un processus qui vise à développer une dynamique liégeoise mobilisant les acteurs de terrain et les politiques autour d’un projet collectif de promotion de la santé.
Pour préparer cette journée, le CLPS a constitué un Comité de pilotage intersectoriel chargé de coordonner sa mise en œuvre et son évaluation.
Celui-ci a souhaité, au préalable, mettre en place trois groupes de travail, qui sur base des constats des ateliers, ont formulé 27 propositions de recommandations à l’attention du monde politique, des professionnels et des formateurs des futurs professionnels.
Elles ont servi de base aux travaux des ateliers du 7 octobre dernier et sont développées dans les Actes de la journée, avec comme fil rouge, comme référence unique et principale encore et surtout l’humain.

Perspectives pour le processus

La réflexion menée à travers cette dynamique aboutit aujourd’hui aux prémices d’un réseau qui porte sur la promotion de la santé et les inégalités sociales de santé.
Le but est de construire ensemble une vision plus complète et plus partagée des liens entre la santé des populations précarisées et les réalités sociales de la région liégeoise.
Pour favoriser une approche globale et intégrée, les professionnels impliqués dans le processus souhaitent la mise en place d’un lieu dynamique où se rassemblent les travailleurs de terrain qui sont aux côtés des populations précarisées (les éducateurs de rue, les services sociaux, les antennes des CPAS, les différents services publics, les maisons médicales, les services PSE, les écoles…) mais aussi les représentants de réseaux, les professionnels de seconde ligne et les responsables institutionnels.
Les enjeux de la dynamique sont de 3 ordres:

  • soutenir le lien entre professionnels et populations précarisées;
  • adapter le mieux possible le travail des professionnels aux besoins et attentes des populations précarisées;
  • faire prendre en compte ces réalités et l’impact de toute nouvelle mesure sur celles-ci aux institutions et aux représentants politiques.

La démarche se veut participative parce que les réalités sociales ne sont pas faites que d’éléments objectifs, quantifiables, observables de l’extérieur, mais aussi d’éléments culturels (valeurs, modes de vie, croyances, représentations, peurs, bonheurs…) que les acteurs de terrain sont les seuls à connaître parce qu’ils possèdent des «savoirs d’expériences». Les réponses ne pourront être adéquates que si elles sont construites et légitimées par tous les acteurs concernés. Le processus sera basé sur l’échange de savoirs et de pratiques.
À ce travail, qui consiste donc à élaborer une connaissance partagée des liens entre la santé des populations précarisées et les réalités sociales de l’arrondissement de Liège, sur base des observations et de l’expérience des acteurs de terrain, il faut ajouter l’envie de tenir compte des données quantitatives complémentaires.Chantal Leva , Directrice du Centre liégeois de promotion de la santé
Ce texte est adapté des Actes de la Deuxième journée liégeoise de promotion de la santé qui s’est tenue dans la (très belle) Salle académique de l’Université de Liège le 7 octobre 2008. Ces actes sont disponibles au CLPS, Bd de la Constitution 19, 4020 Liège. Tél.: 04 349 51 44. Fax: 04 349 51 30. Courriel: promotion.sante@clps.be. Internet: https://www.clps.be

Promotion de la santé et précarité sociale. Deuxième journée liégeoise de promotion de la santé

Le 30 Déc 20

Publié dans la catégorie :

Bref rappel

La promotion de la santé définie par l’OMS dans la Charte d’Ottawa est la référence du Centre liégeois de promotion de la santé (CLPS). Vue sous cet angle, la prévention consiste à agir positivement sur un certain nombre de facteurs déterminant la santé et susceptibles d’améliorer la qualité de vie des individus et des collectivités. La promotion de la santé tient compte de l’environnement global de la personne et du groupe: environnement social, culturel, familial, professionnel et physique. Elle se développe dans une logique participative et de proximité dépassant les ressources d’un seul secteur.
A l’occasion de la Première journée liégeoise de promotion de la santé, en 2002, le CLPS a réalisé un état des lieux de ce que souhaitaient les acteurs de terrain pour développer la promotion de la santé à Liège. Trois éléments forts en ressortent.
Besoin de rencontre, d’apprentissage, de réflexion
De nombreux acteurs de terrain ont exprimé le souhait de voir se développer des espaces d’échange et de ressourcement où ils auraient le temps de réfléchir à leur pratique et de prendre de la distance par rapport au travail quotidien.
Besoin de définir les concepts et les stratégies de promotion de la santé
La multiplication et l’extension des concepts en relation avec la promotion de la santé représentent pour beaucoup une source importante de questionnement, dans la mesure où leur imprécision paralyse les initiatives ou s’oppose à l’harmonisation des pratiques.
Malaise des intervenants confrontés à une accentuation de la pauvreté à Liège et à une mise à mal de leurs pratiques
En vue de répondre à ces attentes, le CLPS, ses partenaires et l’asbl Repères (1) ont notamment mis en place, en complémentarité avec les ateliers santé précarité du relais santé, des ateliers « Temps de réflexion » (2004-2005) sur le thème de la promotion de la santé et de la précarité sociale et un autre (2006-2007) sur le thème de la participation, avec comme fil rouge l’implication active des populations précarisées dans les projets qui leur sont destinés.

Les ateliers «Temps de réflexion» animés par Patricia Piron (Repères), Jeanne-Marie Delvaux (Espace Santé) et Elise Malevé (CLPS)

Le projet de ces ateliers était de permettre la rencontre des professionnels afin qu’ils puissent ensemble partager leurs constats, leurs questions, leurs pratiques, préciser leur malaise, repérer de nouvelles pistes de travail, identifier d’éventuelles attentes communes à relayer vers d’autres acteurs mais aussi vers les pouvoirs publics.
Une trentaine d’intervenants de la région liégeoise issus des CPAS, mutualités, université, associations de terrain, maisons médicales, services de soins, PMS, plannings familiaux, observatoires… ont marqué leur intérêt pour cette démarche. Deux groupes ont été mis en place, et une douzaine de rencontres se sont étalées de 2004 à 2005.
Même si les dynamiques développées n’ont pas été les mêmes au sein des deux groupes, des questions sensiblement identiques y ont été abordées. En voici un aperçu:
– précarité, pauvreté: que recouvrent ces termes?
– face à la pauvreté, quel est le rôle du travailleur social ou de l’acteur en promotion de la santé?
– la santé, un état complexe et précaire largement déterminé par le contexte socio-économique;
– l’intervenant entre réalité des usagers et exigence des politiques;
– jusqu’où aller au nom de la santé de l’autre? Avec quelle légitimité?
– face à une certaine immoralité de notre société de consommation, serait-il justifié de mettre en place des modalités susceptibles de protéger les plus faibles d’entre nous?
Les deux groupes ont souhaité laisser une trace du travail accompli en atelier. Ils souhaitent transmettre des pistes de réflexion aux acteurs de terrain qui développent eux aussi des projets de promotion de la santé avec un public précarisé. L’objectif est également de donner à ces professionnels l’envie d’entreprendre une démarche similaire: prendre le temps de la réflexion sur ses pratiques.
Ce recueil comprend des textes rédigés par les animateurs, les synthèses des réflexions menées par les deux groupes et, pour illustrer ces propos, une présentation de deux projets de promotion de la santé menés en région liégeoise auprès de populations précarisées. Ce document de 44 pages peut être commandé au CLPS (voir adresse en fin d’article).

Les ateliers « Participation » animés par Patricia Piron (Repères) et Elise Malevé (CLPS)

Durant les « Temps de réflexion » le concept de « participation » a souvent été présenté comme une condition éthique nécessaire pour réaliser des projets de promotion de la santé avec des publics précarisés. Afin de saisir le sens et la pertinence de ce concept et afin de mieux identifier les contextes et les conditions nécessaires à sa mise en place, un groupe de travail spécifique a été constitué. Il était composé d’une douzaine d’acteurs de terrain qui ont expérimenté la participation dans des projets socioculturels, de promotion de la santé, d’éducation permanente ou encore de groupes d’entraide.
Lors des premières séances, ces professionnels ont répondu aux questions suivantes:

  • qu’entendons-nous exactement les uns et les autres par «participation»?
  • quels sont les réalités et les enjeux que recouvre le concept de participation?
  • quelle est la finalité du projet, en quoi la participation est-elle un «plus» pour un projet?
  • quelle est la pertinence de la participation, notamment avec des publics précarisés?

Les participants ont ensuite été invités à présenter les projets participatifs qu’ils ont menés ou qu’ils mènent actuellement.
Les dernières séances étaient réservées à des temps de conclusion au cours desquels, sur base des exposés antérieurs, la question suivante était posée: quelles sont les principales recommandations que vous voudriez transmettre aux acteurs qui souhaitent initier un projet participatif (conditions préalables, conditions éthiques à respecter, stratégies et méthodologies à privilégier pour favoriser la participation).
Un second cahier qui présente le fruit de ces réflexions a été rédigé. Il présente des balises théoriques et une dizaine de projets concrets en matière de dépendances, handicap, prostitution, PSE… Ce document de 71 pages peut être commandé au CLPS (voir adresse en fin d’article).

Suite du processus

Les participants aux ateliers souhaitent partager le fruit de leur travail avec leurs pairs mais aussi avec les politiques, qui ont un rôle important à jouer pour promouvoir la santé et la qualité de vie des populations précarisées.
C’est pourquoi, le CLPS organise le 7 octobre, avec le soutien de l’Ecole de santé publique de l’ULg, la ‘Deuxième journée liégeoise de promotion de la santé’.
Cette journée de réflexion et d’échange est destinée aux professionnels qui travaillent avec des publics précarisés, aux formateurs des futurs professionnels et aux politiques. Elle portera sur le thème « Promotion de la santé et populations précarisées ».
Elle s’inscrit dans les priorités de la Communauté française en matière de santé. Elle n’est pas un but en soi mais une étape du processus qui vise à développer une dynamique liégeoise mobilisant les acteurs de terrain et les politiques autour d’un projet collectif de promotion de la santé.
Pour préparer cette journée, le CLPS a constitué un Comité de pilotage intersectoriel (2) chargé de coordonner la mise en œuvre et l’évaluation de la journée.
Celui-ci a mis en place trois groupes de travail, qui sur base des constats des ateliers « Temps de Réflexion » et « Participation », formuleront le 7 octobre des pistes de réflexion et d’action ainsi que des recommandations à l’attention du monde politique, des professionnels et des formateurs des futurs professionnels. Ces apports seront travaillés en ateliers lors de la journée.
Pour diffuser auprès des politiques le travail résultant de ce processus, une demi-journée de présentation sera organisée en mars 2009 et une publication sera réalisée.
Voici quelques informations plus détaillées à leur propos.
La participation (implication active des populations précarisées dans les projets qui leur sont destinés): manipulation ou solution miracle?
Le processus participatif contribue-t-il à l’émancipation des personnes, à l’augmentation de leur pouvoir d’agir sur leur vie et celle de leur communauté ou permet-il de faire des personnes défavorisées des gens juste assez heureux pour ne plus déranger la société?
Le processus participatif favorise-t-il la conscience citoyenne et la prise en charge collective et globale de diverses problématiques ou augmente-t-il la responsabilisation individuelle à outrance? Aujourd’hui, chacun est responsable de son capital santé et demain, celui qui n’en aura pas pris soin, sera-t-il coupable et sanctionné?
Plus que les comportements et la culture, c’est le bien-être socio-économique qui détermine la santé d’une population ou d’un groupe social. Ne pas prendre en considération les déterminants socio-économiques et environnementaux dans la réalisation de projets de promotion de la santé peut avoir pour conséquence de culpabiliser les individus en les tenant seuls responsables d’événements qui échappent à leur contrôle.
Ce groupe de travail a été animé par Bruno Vankelegom (Forest Quartiers Santé) et Valérie Coupienne (CLPS).
Travail de terrain et priorités publiques: opposition ou intégration?
Le découpage de la santé en problèmes prioritaires constitue une difficulté pour les acteurs professionnels qui travaillent avec des êtres humains globaux et constatent que ce sont la plupart du temps les mêmes facteurs qui sont à l’origine des différents problèmes de santé.
Comment mieux articuler études et planifications scientifiques d’une problématique de santé avec la réalité qu’elle constitue, tant pour les gens qui la vivent que pour les acteurs professionnels qui les accompagnent?
Les programmes de promotion de la santé et en particulier les programmes de santé communautaire semblent particulièrement appropriés pour réduire les inégalité face à la santé car ils prennent en compte l’ensemble des déterminants sociaux incriminés (approche globale, approche pluridisciplinaire et intersectorielle). Ils prennent également en compte les besoins et préoccupations prioritaires de ces publics et ils tentent autant que possible de permettre à ces personnes d’être les acteurs de ces projets. Ces derniers n’ont cependant de réelle pertinence que s’ils s’inscrivent dans la durée en permettant au public de véritablement se les approprier. Comment rendre compte de cette réalité, comment donner aux décideurs politiques les outils qui leur permettent de défendre ces projets si pertinents sur le terrain mais si peu spectaculaires pour le grand public avide de résultats probants? Quel rôle jouent les médias? Quels sont les enjeux, les pratiques et l’impact de la valorisation des actions locales?
Comment se doter, au niveau local, de grilles de travail qui nous permettraient de récolter tous ces indices qui témoignent qu’une dynamique participative se développe et qu’elle produit, au cours du temps, des effets particulièrement probants? Ces effets peuvent être définis en termes d’émergence de solidarités, de créativité, de regain d’estime de soi au sein de groupes parfois très disqualifiés ou rejetés, d’amélioration progressive de la qualité de vie et, par conséquent, de la santé globale tant physique que mentale.
Ce groupe de travail a été animé par Paul Preud’homme (Repères) et Chantal Leva (CLPS).

De l’urgence à la promotion de la santé

Il est chaque jour plus difficile de se retrouver face à des personnes en situation de précarité et face à certaines injustices sociales qui inspirent consternation, révolte, impuissance, mais pour lesquelles il existe rarement une solution simple. Dès lors, comment se donner les moyens d’analyser de telles situations ainsi que les contextes sociaux, sociétaux, économiques, politiques dans lesquels elles émergent? Comment repérer ce qui aurait « véritablement » du sens pour faire face à ces situations?
Comment se doter d’une « éthique de travail » en tentant à la fois d’être au côté des personnes, à l’écoute de leurs attentes, de respecter leurs ressources propres et leurs compétences tout en cherchant à repérer et « dénoncer » ce qui, dans les situations rencontrées, doit trouver des réponses structurelles: augmenter les moyens financiers de certaines familles qui n’ont pas accès aux ressources leur permettant de satisfaire leurs besoins fondamentaux, améliorer les conditions de logement, garantir un meilleur accès aux structures de soins, augmenter la concertation entre les acteurs sociaux afin d’optimaliser l’aide apportée à ces personnes…?
Ce groupe de travail a été animé par Pascal Kayaert (Repères) et Geoffroy Mélen (CLPS).La suite, le 7 octobre, dans la Salle académique de l’Université de Liège, place du XX août. Pour vous inscrire, vous pouvez consultez le site du CLPS: https://www.clps.be à partir du 2 septembre 2008. Chantal Leva , Sophie Bourlet , Valérie Coupienne , Elise Malevé , Geoffroy Mélen , CLPS, avec l’aide de Christian De Bock
Adresse des auteurs: Centre liégeois de promotion de la santé, Bd de la Constitution 19, 4020 Liège. Tél.: 04 349 51 44. Fax: 04 349 51 30. Courriel: promotion.sante@clps.be Site: https://www.clps.be (1) L’asbl Repères est un organisme de formation soutenu par la Communauté française. Elle offre aux professionnels un temps d’arrêt et de recul, un espace pour réfléchir à leur pratique, la confronter à d’autres et dégager des pistes de travail pour le futur. Site Internet: https://www.reperes.be .
(2) Michèle GUILLAUME, Christiane GOSSET, Isabelle HEYDEN, ULg, Ecole de Santé Publique – Valérie COUPIENNE, Chantal LEVA, Elise MALEVE, CLPS – Christian LEGREVE, IGL – Natacha LANGE, ESPACE Santé de la FMSS/FPS – Françoise DELENS, Service Infor Santé de la Mutualité chrétienne – Sandra GASPAROTTO, Valérie MAUGUIT, CRIPEL – Marcellin KOFFI, Observatoire communal de la pauvreté – Dominique BIETHERES, ALFA et ESPACE P – Brigitte LEKIEN, Relais santé – Yvon HENRY, Relais social – Fatima SHABAN, Florence DUFRANE, asbl Nejma des FPS – Pascale LAMBERT, Service social du CHU.

Charleroi – Thuin. Des médias locaux pour la santé, parlons-en!

Le 30 Déc 20

Publié dans la catégorie :

Dans la société d’aujourd’hui, les différents médias sont devenus des sources incontournables et diversifiées d’information pour la population et pour les professionnels, qu’ils travaillent dans le secteur sanitaire ou ailleurs. Malheureusement, les informations diffusées – parfois erronées voire contradictoires – peuvent engendrer une certaine confusion auprès du public… C’est ce constat qui a amené l’équipe du Centre local de promotion de la santé de Charleroi- Thuin, en collaboration avec des acteurs des secteurs culturel et associatif, à réfléchir à l’utilisation judicieuse de plusieurs supports d’information mais aussi à concevoir de nouveaux outils pertinents pour le développement d’une politique cohérente de promotion de la santé. A ce constat général, est venue s’ajouter la volonté pour la même équipe de travailler au renforcement de l’approche intersectorielle de la santé par la concrétisation d’initiatives susceptibles d’aider les multiples acteurs – impliqués dans les associations et institutions sociales, éducatives, culturelles, économiques et environnementales – à mieux prendre conscience du rôle qu’ils ont à jouer dans la mise en place de démarches locales de promotion de la santé.
Sur la base de cette large convergence d’intérêt(s), en coopération étroite avec de nombreux partenaires (1) et avec le soutien attentif de la Ville de Charleroi dans le cadre de la valorisation du label Ville Santé, un vaste programme d’activités a été élaboré, visant à diffuser d’une manière continue des informations scientifiquement valables et accessibles au grand public mais aussi à multiplier les lieux où il est possible de réfléchir sur des questions liées à la santé des personnes.
Plus particulièrement, en multipliant les occasions de collaboration avec des personnes travaillant dans les médias ainsi qu’avec d’autres oeuvrant dans le champ socio-culturel, les partenaires ont voulu mettre, encore et toujours, la santé et le bien-être au cœur des préoccupations de chacun en espérant renforcer progressivement la maîtrise de la population sur les différents facteurs qui déterminent sa santé.

Le catalogue «Education pour la santé» de la Médiathèque, un outil à faire connaître et à exploiter

Edité il y a quelques mois, cet ouvrage mérite d’être mieux connu et utilisé. Il répertorie un grand nombre de documents audiovisuels de qualité classés par thèmes et traitant de nombreuses questions de santé. Destinés aux professionnels de la santé, aux pédagogues et, le plus souvent, au large public des enfants, des adolescents et des adultes, ces documents ne demandent qu’à être exploités, aussi souvent que possible…
En étroite collaboration avec les animateurs de la Médiathèque de Charleroi – dont les collègues souhaitent d’ailleurs multiplier de semblables initiatives dans les différentes implantations de l’institution aux quatre coins de la Wallonie et à Bruxelles – c’est à la concrétisation de cette idée que l’équipe du CLPS a, modestement, voulu contribuer.
D’une part, sur le temps de midi, entre 12 et 14 heures, des rencontres destinées aux professionnels de la santé ont été programmées pendant toute l’année 2008 pour leur permettre de mieux percevoir la diversité des supports audiovisuels disponibles tout en réfléchissant à leur utilisation pertinente dans leurs multiples démarches visant la promotion de la santé.
Quatre documents ont été retenus: une émission télévisée visant à expliquer aux adultes la tentative de suicide chez les jeunes, une autre émission faisant un tour d’horizon des produits «smart» et posant la question de leur nocivité à divers spécialistes, un documentaire traitant de la nutrition, de l’équilibre alimentaire, de l’obésité, du cholestérol et donnant quelques conseils diététiques, et enfin un autre film traitant des stratégies de communication de l’industrie du tabac vers les jeunes.
D’autre part, des rencontres ouvertes à la population ont été programmées des samedis après-midi. Les personnes présentes ont ainsi eu l’occasion de s’exprimer sur des problématiques vécues de près ou de loin et d’échanger leurs interrogations avec des professionnels invités pour leur compétence sur les thèmes abordés. Deux documents leur ont été proposés: un film abordant les difficultés relationnelles entre parents et adolescents, un autre film traitant de la douloureuse question du harcèlement psychologique au travail.

Les ciné-débats, des rendez-vous conviviaux à multiplier

Une collaboration fructueuse s’est progressivement dessinée entre les responsables du Cinéma «Le Parc» de Charleroi et l’équipe du CLPS de Charleroi-Thuin.
Tout au long de l’année, des films traitant de questions de santé ont été et continueront d’y être programmés. Les projections, le jeudi soir, sont suivies d’un débat avec le public qui bénéficie des témoignages, et des analyses d’un panel de personnes ressources: professionnels de la santé, réalisateurs, acteurs et usagers citoyens…
A ce jour, trois projections très intéressantes ont récolté un joli succès: le film «La consultation» réalisé par Hélène de Crécy , une cinéaste française qui, en présentant le face à face entre un médecin généraliste et ses patients, dresse un portrait sensible d’une société fragile, parfois drôle et pleine de contradictions; le long métrage «Des nouvelles d’ici-bas» du réalisateur français François Royet qui nous montre l’impressionnant travail quotidien de Jeannine, infirmière en santé publique qui sans relâche, obstinée, courageuse, tente de sortir la tête de l’eau des «gens de la rue» et s’efforce ainsi de redonner peu à peu une identité à ces laissés-pour-compte de la société; le documentaire «Elle s’appelle Sabine» réalisé par l’actrice française Sandrine Bonnaire qui nous livre, avec beaucoup de pudeur, le portrait sensible de sa sœur Sabine, autiste.

La réalisation et la diffusion de clips santé avec Télésambre, «Les clins d’œil de Flo»

En coopération étroite avec une équipe de Télésambre pour la production, la réalisation et la diffusion, avec aussi la collaboration de l’asbl Educa Santé et l’asbl Carolo Prévention Santé pour l’élaboration des scénarios, une trentaine de clips santé ont été imaginés, conçus et réalisés. Ce sont de courtes séquences mettant en scène une jeune femme d’une vingtaine d’années, qui abordent sur un ton décontracté et original, d’une manière non moralisatrice, différents thèmes de la vie quotidienne.
Pour donner un exemple, un de ces clips traite de l’arrêt du tabac en parlant de ce que cela peut apporter de positif: se sentir mieux, avoir plus d’argent disponible pour les loisirs, se sentir mieux dans sa peau, pouvoir reprendre une activité physique…
La diffusion de cette série sur l’antenne de Télésambre – et vraisemblablement d’autres télévisions régionales de Wallonie et de Bruxelles – sera programmée dans les prochains mois…

Des billets hebdomadaires de vulgarisation dans Belgique n°1 et sur le télétexte de Télésambre

Depuis plusieurs années déjà, des «Infos santé» sont publiées chaque semaine dans le journal «toutes-boîtes» Belgique n° 1 et, en version plus courte, sur le télétexte de Télésambre, la télévision régionale de Charleroi.
Ces «Infos santé», rédigées en collaboration avec l’asbl Educa Santé, touchent un large public. Elles incitent régulièrement les lecteurs à demander des compléments d’information voire à fréquenter le centre de documentation du CLPS.
Le choix des thèmes est lié à l’actualité et aux saisons (par exemple, comment se protéger du soleil, se préparer aux sports d’hiver, se baigner sans risques…), à la prévention des maladies (allergie, diabète…), ou à l’hygiène de vie en général (une alimentation équilibrée, le sommeil…).

L’édition d’un disque de chansons sur des questions de santé

En 2007, la Médiathèque avait publié un CD intitulé «Des vertes et des bien mûres» regroupant une vingtaine de chansons sur le thème de l’environnement, écrites et chantées par des artistes de la Communauté Wallonie-Bruxelles. Le disque était accompagné d’une superbe brochure reprenant le texte original de chaque chanson, une présentation de chacun des artistes, une fiche pédagogique donnant, pour chaque chanson, des pistes d’exploitation variées pour une sensibilisation aux diverses questions liées à l’environnement ainsi qu’un large inventaire de titres de chansons traitant de ces mêmes questions, à travers le répertoire francophone disponible à la Médiathèque.
Un projet semblable est actuellement en cours d’élaboration. Il associe la Médiathèque, l’asbl Educa Santé et le Centre local de promotion de la santé de Charleroi-Thuin. La sélection d’une vingtaine de chansons d’artistes de notre Communauté traitant de questions de santé servira de base à la préparation d’un CD accompagné d’une brochure pédagogique semblable à celle qui avait été réalisée sur l’environnement. Ces deux documents aborderont des questions aussi diverses que l’alcoolisme, la drogue, le tabac, les traumatismes et les accidents, la dépression, le suicide, la contraception, la sexualité, le sida, la violence conjugale, l’anorexie… Leur parution est programmée pour le printemps prochain.Claude Bonte , Chargé de projets au CLPS de Charleroi-Thuin
Pour plus d’information sur ce programme: claude.bonte@clpsct.org (ou téléphone: 071 33 02 29). (1) Cinéma Le Parc, Médiathèque de Charleroi, Télésambre, Belgique n°1, asbl Educa Santé, asbl Carolo Prévention Santé

Et votre commune, mayeur? Toujours en bonne santé?

Le 30 Déc 20

Publié dans la catégorie :

– Oh, mais oui, mon cher! Nous parvenons à équilibrer nos finances depuis plusieurs exercices.
– D’accord, pour le côté finance, mais votre population, est-elle heureuse?
– Bien sûr! Et puis, tout le monde a bien ses petits problèmes, n’est-ce pas?
– Certainement… Et ce serait quoi selon vous ces «petits problèmes»? Pourriez-vous lister ce qui est important pour la population?
– Sans problème.
– Et nous, dans un même temps, nous demandons à la population ce qui lui paraît important pour elle, d’accord? Nous pourrons après coup, confronter nos deux démarches?
– Je suis partant.

Ce petit dialogue imaginaire illustre rapidement les deux parties d’un même projet: d’une part un bourgmestre attentif au bien-être de sa population, mais ne connaissant pas ce qui compose ce bonheur, et d’autre part un intervenant du développement local qui souhaite acquérir des données objectives et scientifiques sur l’état de santé de la population (enquête de santé communautaire) et comprendre comment les professionnels de terrain perçoivent la santé de leurs concitoyens (ce sera l’enquête Delphi).
Mais d’abord un petit éclairage sur la commune en question: Durbuy.
La commune de Durbuy est certainement connue pour son tourisme (premier lieu de destination en Wallonie), sa gastronomie et la qualité de son environnement. Elle est aussi particulière sur un plan géographique et démographique. L’entité figure parmi les plus étendues de Belgique (14e). Regroupant 12 anciennes communes, elle approche les 16.000 hectares. En janvier 2006, elle comptait 10.534 habitants pour 41 villages et hameaux. En 20 ans, la population durbuysienne a augmenté ses effectifs de 25%. Une personne sur quatre est donc venue s’installer par choix. De plus, 85% de ces nouveau-venus viennent de la banlieue liégeoise et carolorégienne, de milieux socio-économiquement défavorisés.

Un Echevinat de la Qualité de la vie

Au lendemain des élections d’octobre 2000, le Collège échevinal a souhaité concrétiser sa volonté d’améliorer la santé des habitants en mettant sur pied un groupe pluraliste de concertation. L’Echevinat de la Qualité de la vie était né. C’est, en effet, au sein de celui-ci qu’est né le souhait de développer plus de proximité envers la population de la commune.
C’est ainsi qu’un groupe de personnes issues des milieux sanitaires et sociaux s’est penché sur le type d’actions à mener afin de répondre à cette problématique. Il est constitué des institutions et groupes suivants: l’O.N.E., le Planning familial Ourthe Amblève, la Maison médicale, l’Athénée royal de Bomal, l’Institut du Sacré-Cœur à Barvaux, le Centre culturel, les centres psycho-médico-sociaux, la Maison de l’Emploi, des représentants politiques CDH, PS, MR et Ecolo, le Plan de Prévention de proximité et l’Agence de développement local.
Actif réellement depuis l’automne 2001, ce groupe de travail s’est attelé à la réalisation de diverses actions:

  • une enquête auprès des professionnels de santé permettant de définir les priorités en terme de thématique santé. C’est sur cette liste que nous nous basons pour choisir les conférences organisées au rythme d’une tous les trimestres;
  • un site Internet consacré à la vie associative locale (voir https://www.durbuy.be );
  • une campagne de sensibilisation aux missions de service public qui s’est soldée par un superbe concours d’affiches auprès des écoles de l’entité;
  • une contribution à plusieurs campagnes de prévention (diabète, sécurité routière, journée des droits de l’enfant, etc.).

Parallèlement à ces démarches, le groupe de travail relevait la difficulté d’établir l’état de santé de la population. Aussi, afin de mieux connaître ses besoins, la nécessité d’établir un diagnostic de santé communautaire s’est fait ressentir.

Projet «Vers des politiques communales de santé»

Il s’agit de se pencher sur les éléments qui constituent le bien-être de chacun. Nous souhaitons donc approcher des problématiques liées à la santé individuelle mais aussi à notre plaisir de vivre à Durbuy. Il est ainsi envisageable de parler (et agir) tant de l’alimentation des enfants que de la sécurité routière, de la place des jeunes dans le débat politique que de la perception du travail de l’administration communale.
Le 17 juin 2000 se tenaient à Namur les premières rencontres «Vers des politiques communales de santé», initiées par la ministre de la santé de la Communauté française de l’époque, Nicole Maréchal .
En 2002, 14 communes ont bénéficié d’une subvention du Ministère de la Santé de la Communauté française afin de développer les conditions de mise en place d’un projet de santé communal. En 2004, 14 nouvelles communes dont Durbuy ont reçu le soutien de la Ministre Catherine Fonck . Une subvention de 48.000€ était obtenue pour deux ans. Ce projet s’intitulait «Diagnostic de santé communautaire en milieu rural: 41 villages et hameaux en Province de Luxembourg».
En novembre 2004, le groupe de travail s’est attaché à élaborer une enquête destinée à la population. Pour ce faire, l’équipe a bénéficié d’une personne travaillant à mi-temps sur ce projet, Michèle Mestrez , infirmière en santé communautaire. Un soutien méthodologique est assuré par l’Ecole de santé publique de l’Université de Liège.

Le point de vue de tous!

La représentation des citoyens

Les premiers concernés par l’évaluation du bien-être dans la commune sont les habitants eux-mêmes. C’est pourquoi la réalisation d’un diagnostic de santé communautaire au moyen d’une enquête sur le bien-être de chacun s’imposait aux yeux du groupe de travail.
Afin d’éviter de tomber dans les travers d’une enquête de grande surface, une demi douzaine d’enquêtes suisses, québécoises, françaises ont été épluchées. Cela a permis de cerner la manière de s’adresser le plus correctement par écrit à une population. Fort de ceci, un premier questionnaire a été rédigé, amendé par les experts du groupe de travail et enfin soumis à des citoyens témoins. Ces personnes, au nombre de dix, sélectionnées en fonction de leur âge, sexe et niveau social ont été mises en situation d’entretien et l’enquêteur a noté les difficultés rencontrées lors de la lecture des questions. C’est après ceci que nous avons pu rédiger la version finale du questionnaire, un document de 30 pages.
Pour l’échantillonnage du public, nous avons tiré au sort, au départ du listing total de la population, une personne sur quatre. Un quart des hommes et des femmes adultes résidant dans chaque ancienne entité a été tiré au sort pour participer activement à cette étude. Cela représente 2115 personnes.
L’enquête a été envoyée par la poste dans le courant du mois d’avril 2005. L’envoi a été nominatif mais les réponses étaient anonymes. En retour, nous avons obtenu 990 enquêtes complétées ce qui représente 46,8%! Les durbuysiens ont donc pris part à la dynamique communautaire et ont saisi l’opportunité de faire entendre leurs voix.
Nous avons encodé les réponses. Elles ont été transmises au Service de Statistique et d’Epidémiologie de l’Ecole de santé publique de l’Université de Liège (Prof. A. Albert). Ce regard externe nous a permis de tirer le meilleur des 642 variables observées.
Le feed-back des résultats a été réalisé par le biais de la publication d’un numéro spécial du journal communal distribué fin avril 2006 qui est également disponible sur Internet.

La représentation des acteurs de terrains

Le groupe de travail pluraliste a choisi également de rencontrer l’avis des acteurs de terrain qui sont confrontés quotidiennement dans leur pratique professionnelle à la qualité de vie des habitants de la commune.
Nous désirions mettre en évidence les perceptions, les représentations des acteurs locaux ainsi qu’élaborer avec eux des pistes d’actions à mener pour améliorer la situation. Sous la supervision de l’Ecole de santé publique de l’ULg, nous avons utilisé la méthode Delphi. Il s’agit de consultations d’experts locaux à l’aide de questionnaires progressifs sur un sujet qui devient de plus en plus précis. Cette méthode favorise la mise en évidence des convergences, des priorités de chacun et permet d’établir des consensus.
Cette étude s’est déroulée de mars 2005 à septembre 2005. Nous avons formé trois groupes de 21 experts à savoir les élus locaux (le conseil communal en entier), le personnel administratif (enseignants, policiers, employés communaux, assistants sociaux) et le personnel lié à la santé (médecins, pharmaciens, kinésithérapeutes, infirmiers et aides familiales). Nous leur demandions de mettre en évidence les principaux facteurs influençant la qualité de vie, les raisons de leurs choix et d’apporter des idées personnelles pour des actions à mener selon les compétences communales. Finalement 31 experts ont échangé leurs idées par le biais de courriers échangés (1).
Le feed-back est rendu aux participants par le biais d’un dernier courrier personnel.– Voici donc deux années de travail mises au profil d’une meilleure compréhension de la population. Vous en êtes satisfait, cher bourgmestre?
– Pleinement, je dois bien avouer que je ne m’attendais pas à ce que la santé soit un domaine aussi large. Comment pensez-vous exploiter ceci?

Les représentations des citoyens et celles des acteurs locaux ont été mises en parallèle pour définir les aspects à améliorer, la proportion de la population touchée par une problématique et d’emblée donner des pistes de travail. Ces informations sont rendues dans un premier temps aux initiateurs, les membres de l’échevinat de la qualité de la vie ainsi qu’aux échevins, conseillers communaux, conseillers du CPAS et au Commissaire de la police locale. Dans un second temps, des démarches individuelles seront envisagées pour donner les résultats à un maximum d’associations et de partenaires locaux.

Les intérêts pour les acteurs de terrain et les politiciens

L’objectif ultime de nos démarches est l’amélioration de la qualité de vie des citoyens. Les enquêtes décrites précédemment nous permettent de prendre connaissance du vécu de l’ensemble de la population, des déterminants de qualité de vie à améliorer suivant les réponses de la population, de la réalité de terrain vécue par les acteurs de première ligne, et des représentations de l’ensemble des acteurs de terrain.
Elles permettent aussi de mettre en évidence la proportion de la population déclarant un mal-être ou le souhait d’une amélioration concernant les déterminants objectivés par les acteurs de terrain, les déterminants de qualité de vie à améliorer prioritairement, et les représentations déformées des acteurs de terrains.
Elles permettent enfin de partager l’information au niveau des acteurs et des mandataires pour :

  • confirmer les représentations d’une majorité de personnes;
  • rappeler les rôles de chacun ainsi que leurs limites;
  • redynamiser la coordination sociale d’une commune;
  • sensibiliser un maximum de personnes dans leur pratique journalière;
  • évaluer des actions en cours;
  • élaborer des programmes à court, à moyen et à long terme en partant des besoins diagnostiqués par les principaux concernés, les citoyens.

– Eh bien c’est très intéressant. Je pourrais même avec ma nouvelle équipe, sur base des résultats des élections communales du 8 octobre dernier, proposer une amélioration progressive de la santé des gens de chez nous.
L’intérêt du transfert de ces résultats à l’agent du Plan Prévention Proximité (PPP) est primordial. Ainsi il pourra initier des réponses en fonction des besoins exprimés et mesurés par la population.
L’adhésion de notre commune au plan Habitat Permanent (HP) trouve également son fondement vu la proportion des résidents permanents, 5% de la population vivant dans les zones de loisirs et logeant dans des infrastructures telles que les caravanes et les chalets.
Au-delà des données récoltées cette année et de la diffusion des résultats, il restera une étape importante. En effet, nous pensons qu’il ne suffit pas de prendre la température de la population ainsi, de manière ponctuelle, mais bien d’observer des tendances au niveau local afin d’attirer l’attention des élus régulièrement sur l’état de santé de la population. A dans 10 ans?
Michèle Mestrez , infirmière en santé communautaire, Xavier Lechien , responsable de l’Agence de développement local – Ville de Durbuy

Les résultats en vrac

Une note de 7/10 est attribuée à la qualité de la vie dans les villages, de par l’ambiance calme et sereine (58,1%) et le fait que «tout le monde connaît tout le monde» (36,6%). Quelques inconvénients existent: absence de magasins et de transports en commun.
Le pourcentage des habitants en possession d’un permis de conduire est de 86,1%. Et paradoxalement, des difficultés de déplacement sont ressenties par 77,7% des répondants. En tête de celles-ci, citons le mauvais état des routes et l’augmentation du flux routier, notamment les week-ends. En matière de priorité à réaliser pour améliorer la mobilité, l’on trouve la sécurisation des piétons (80,2%) et l’accessibilité des lieux publics (77,6%).
L’état de santé est excellent à bon pour 76,9% des habitants, qui se disent heureux à 86%. 52,7% déclarent ne pas faire de sport. Pendant les six mois qui ont précédé l’enquête, la violence morale a été ressentie chez 12,6% des citoyens et la violence physique chez 29 personnes! Le mal-être touche 32,2% des hommes et 41,9% des femmes. 50,7% prennent régulièrement des médicaments.
Les habitants voient d’un bon œil le développement touristique et ce pour les trois quarts d’entre eux, même si 44,5% d’entre eux ne partent pas en vacances. Leurs hobbies favoris sont les promenades (63,9%), le jardinage (57,3%) et la lecture (57,2%).

(1) La méthode Delphi a pour objectif d’aboutir à un consensus sur une question centrale, par le seul biais de courriers interposés.

Le CLPS du Hainaut occidental. Quelques réflexions pour une démocratie participative en promotion de la santé

Le 30 Déc 20

Publié dans la catégorie :

Lors d’une assemblée générale du Centre local de promotion de la santé du Hainaut occidental (CLPS-Ho), des chercheurs, impliqués dans le champ de la promotion de la santé, ont eu l’occasion de prendre plus précisément connaissance et conscience de la dynamique d’action qui était susceptible de se jouer au sein d’un Centre local de promotion de la santé. C’est cette prise de conscience que nous tentons d’expliciter dans la courte analyse qui suit.
Rappelons que, dans le domaine de la promotion de la santé, des interventions peuvent se jouer à différents niveaux:

  • au niveau du comportement, l’éducation pour la santé met en œuvre des méthodes et des techniques susceptibles de modifier les comportements en faveur de la santé, soit par inhibition, soit par activation comportementale;
  • au niveau de l’environnement, une écologie de la santé analyse l’impact des facteurs environnementaux et définit des actions, pour déboucher sur des dispositifs favorables à la santé;
  • au niveau social, les acteurs associatifs et les décideurs politiques doivent articuler leur action pour mettre en œuvre le cadre législatif et l’application de ce cadre afin de définir et réaliser les objectifs sociétaux favorables à la santé, compte tenu d’impératifs économiques.

La promotion de la santé est un paradigme qui tente d’articuler ces trois niveaux. Cependant, nous devons constater que, à chacun de ces trois niveaux, un enjeu important est de définir ce qui est favorable à la santé . Il est essentiel, dans une coordination des niveaux et des acteurs, de déboucher sur des consensus qui mettent en place des dispositifs permettant d’énoncer le cadre et le contenu de ce qu’on entend par favorable à la santé. Seule une démocratie participative, articulant les différents niveaux et capable de donner la parole à tous les acteurs pour déboucher sur un consensus, peut assumer un tel projet.
A notre sens, le CLPS-Ho constitue une courroie de transmission entre les décideurs politiques au niveau de la Communauté française et les acteurs de terrain au niveau local, par l’action qu’il mène en articulation avec le pouvoir provincial. Ce CLPS a le souci de mener des réflexions qui tentent de fonder scientifiquement son action: il s’entoure d’experts, favorise les réflexions des acteurs et développe un véritable travail scientifique pour fonder ses interventions.
De plus, il tente de mettre en place de véritables réseaux d’intervention et de décision, qui dépassent les clivages politiques, idéologiques et religieux. Réflexion scientifique et articulation entre le politique et l’associatif, dans une perspective d’éclairer l’action, sont autant d’éléments que nous avons pu observer dans l’action du CLPS-Ho.
Des productions scientifiques peuvent être épinglées, telle L’utilisation des données de la littérature dans les projets en éducation nutritionnelle : enquête qualitative , signée par C. Lonfils, T. Nguyen et D. Piette, dans la revue française ‘Santé publique’ de juin 2005.
Le directeur du CLPS-Ho a été chercheur en faculté des sciences pendant plusieurs années, le président est directement en articulation avec les travaux du Comité supérieur de promotion de la santé, l’assemblée générale a réuni différents acteurs de terrain qui marquent l’impact du CLPS dans le tissu associatif provincial. L’idée même de collaborer, lors de l’assemblée générale, avec des chercheurs qui développent des projets de promotion de la santé en Communauté française, va dans le sens de cette volonté d’articulation entre la réflexion et l’action.
Le CLPS est également un lieu pivot pour l’activation de réseaux entre différents acteurs de nature et de qualité diversifiées. Ainsi, tout en continuant à développer ses activités qui nous sont familières sur des thèmes de santé tels que la santé à l’école, le dépistage du cancer, la sensibilisation aux vaccinations, la prévention des maladies cardio-vasculaires, les assuétudes, le sida et les MST, etc., le CLPS-Ho intensifie

  • l’aide méthodologique apportée aux acteurs de terrain;
  • la diffusion d’informations socio-sanitaires dans le Hainaut occidental;
  • la valorisation des acquis des conférences locales;
  • la consolidation des réseaux de partenaires locaux (Observatoire de santé, PSE, villes et communes, maisons médicales, représentants d’usagers, partenaires transfrontaliers…);
  • le développement d’une culture partagée en promotion de la santé;
  • et l’équilibrage entre les réalités locales et les grandes orientations définies par la Communauté française.

Il active des partenaires de nature différente et engendre par là des complémentarités essentielles pour la promotion de la santé tels que dans le secteur public: des échevinats, des CPAS, la Province, l’Observatoire de la santé du Hainaut; dans le secteur para-public: l’ONE, la Croix-Rouge, mais aussi dans le non marchand, l’enseignement et le monde associatif dans son ensemble.
Le CLPS-Ho est un lieu d’observation du fonctionnement des niveaux d’intervention en promotion de la santé:

  • le niveau politique, qui décide des orientations;
  • le contexte économique, qui les marque et dont l’acteur CLPS tient compte;
  • la société civile, qui met en œuvre et avec laquelle le CLPS mène ses actions.

Cet acteur privilégié est un lieu d’organisation des politiques de santé aux différents niveaux et il enrichit son action d’une réflexion scientifique approfondie.
Par ailleurs, il crée des réseaux d’intervention en promotion de la santé qui articulent relais sociaux et décideurs politiques. Il peut constituer un modèle d’action, parmi d’autres CLPS, qui permet de mettre en œuvre sur les terrains concrets, les dispositions de promotion de la santé, en Communauté française, compte tenu des besoins et des orientations exprimés par le secteur associatif.Michel Mercier et Michel Grawez , Département de psychologie, Faculté de médecine, Namur; programme Handicap et Santé, subsidié par la Communauté française de Belgique.