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Démarches communautaires : capitaliser sur l’expérience des personnes-relais 

Le 30 Juin 26

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Comment valoriser le vécu et l’expérience des participants à une démarche communautaire sans les instrumentaliser ? C’est une préoccupation partagée qui sous-tend la participation de personnes-relais aux formations dispensées par service support SESU santé communautaire porté par les Pissenlits. Retours d’expériences.

En ce lundi 4 mai pluvieux, sept personnes-relais rejoignent leur groupe de travail mensuel qui se tient dans le foyer des Pissenlits – à Cureghem au premier étage d’un bâtiment partagé avec la maison médicale du triangle. Depuis 2025, les personnes-relais animent une des quatre journées de formation à la démarche communautaire dispensée par le SESU. Elles ont déjà rencontré une cinquantaine de professionnel.les du secteur de la promotion de la santé.
Le relais en promotion de la santé concerne toute personne professionnelle ou non, association ou particulier qui relaie des pratiques de promotion de la santé. « Ici on travaille sur une expertise du vécu de la démarche communautaire, précise Frédérique Déjou coordinatrice institutionnelle et responsable du Service Support des Pissenlits. Les personnes relais ont acquis une vision, des repères méthodologiques, ça va au-delà d’être le relais d’un outil co-construit, au-delà de l’expertise du vécu ou de la pair-aidance, car elles jouent un rôle central de pont et d’accompagnement de proximité, et participent aussi au plaidoyer et à la formation des professionnels ».

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Une réunion du GT personnes-relais dans le foyer des Pissenlits à Cureghem – Crédit photo : Les Pissenlits Asbl

Du vécu à l’expertise : des trajectoires d’engagement

Autour de la table, les conversations vont bon train. Une équipe de capitalisation de Santé Publique France devrait bientôt faire une fiche CAPS sur l’expérience des personnes-relais aux Pissenlits. La troupe est enthousiaste. « Etre personne-relais, ça nous rend important » sourit Zaulikha qui vient depuis 10 ans. Elle se souvient que son engagement s’est renforcé progressivement. D’abord, elle a découvert les Pissenlits, participé à une activité, puis au fur et à mesure, relayé des informations, des choses vécues à Pissenlits dans différents contextes : sa famille, son entourage, avant de s’impliquer davantage.

Loubna s’est « invitée » pour devenir personne-relais. Elle avait participé au Journal Intime d’un groupe de femmes, une expérience fondatrice pour elle et fréquente les Pissenlits depuis 18 ans maintenant. Mais c’est par l’infirmière de sa maison médicale avec laquelle elle organise un groupe de marche qu’elle a entendu parler de la formation dispensée par le service support. « J’ai tout de suite voulu rejoindre les formateurs. C’est une façon de rendre aux Pissenlits ce qu’ils m’ont donné. Et puis, on se sent légitimes, c’est une fierté de former les professionnels,  » dit la quinquagénaire rayonnante.

« Pour devenir une personne-relais : il faut une certaine volonté, une certaine régularité confirme Jean Méli. Cela demande du temps et de l’implication. Mais on apprend beaucoup ». Ce médecin de santé publique pensionné participe aux activités de sensibilisation, de prévention et de formation des Pissenlits depuis 12 ans en particulier sur le sujet du diabète. « Nous agissons comme malades-experts, pour que les inégalités sociales de santé diminuent. Notre philosophie repose sur le partage des pouvoirs. Car une fois que chacun qu’il soit professionnel ou patient, prend conscience qu’il est partie prenante d’un système, il doit être capable d’entendre qu’il faut de partir des demandes des bénéficiaires ».

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Lors de la formation à la démarche communautaire, Bryce Vanstadt de l’asbl Nos Oignons participe à l’atelier animé par Jean Méli
Crédit photo : Les Pissenlits Asbl

« Ce n’est pas facile pour les professionnels »

Et la réciproque est vraie également ! Au cours de la formation aux démarches communautaires les professionnel.les ont demandé si les Pissenlits pouvait créer des jeux et des simulations pratico-pratiques sur les démarches communautaires afin qu’ils puissent les transmettre à leurs équipes.

L’idée de créer des outils fait des émules. Et Fatima, la plus ancienne de tou.te.s, car elle fréquente les Pissenlits depuis 27 ans, propose même de se rendre dans les structures au moins une fois pour rencontrer les équipes. « Ça permettrait de repartager les savoirs, s’exercer à transmettre, faire des petits travaux de groupe, qu’on puisse avoir un échange tous ensemble, signe-t-elle rapidement en langue des signes. Ce n’est pas facile pour les professionnels, fait-elle remarquer. La capitalisation, c’est graduel, c’est comme la croissance ou la digestion quand on a bien mangé », dit-elle en se frottant le ventre après avoir signé sa blague, provoquant les rires de l’assemblée.
Noémie Hubin, responsable de projet dans l’asbl, résume dans un flipchart le rôle de personne relais. Par souci de facilitation visuelle, elle a utilisé l’image du pissenlit : la graine en rose, l’aigrette en vert, forment ensemble un fleuron de pissenlit. Un bonhomme tient dans sa main droite des graines de ressources (expérience professionnelle, mode de vie, réseau personnel, savoirs expérientiels, savoirs théoriques, mode de vie), et dans sa main gauche l’aigrette des conditions (traduction, mise en confiance, gratuité des activités, non-jugement, mixité, liberté de parole, co-construction, repères de la démarche communautaire). Elle les mêle et essaime vers sa famille, ses amis, des associations, des professionnels, le corps médical, le grand public, au pays pour les personnes qui ont un parcours de migration.

Des formations qui changent les pratiques

Les premiers retours recueillis par le biais des formulaires d’évaluation soulignent des « échanges très concrets, très parlants, qui permettent de mieux comprendre les démarches communautaires ».

« La formation aux Pissenlits était passionnante. On sent que c’est solide, constate Fanny Campion, la coordinatrice de Cuisines de Quartier qu’Education Santé a pu contacter par téléphone. Ça nous a permis de voir que les personnes relais était actrices, c’est vraiment leur projet. C’était même un peu frustrant, parce qu’il y avait trois tables, trois sujets différents et j’avais plein de questions à leur poser sur leur rôle ! »

Pour sa structure « la démarche communautaire est cruciale. Là j’ai la méthode, leur formation est éprouvée, ça a planté plein de petites graines ». Fanny a décidé d’organiser un world café et d’inviter deux ou trois ambassadeurs pour la prochaine formation qu’elle dispensera. Elle transmettra aussi ce qu’elle a retenu des 4 jours de formation à son équipe dans le cadre des rendez-vous trimestriels de l’asbl, qui se déploie actuellement en Wallonie.
Les autres participants retiennent aussi qu’il faut « prendre en compte les réalités », que « les groupes ne vont pas tous vers l’autonomie ». Les animatrices des Pissenlits ont d’ailleurs insisté sur « l’importance de l’accueil », dans leur cas particulier : celui des personnes sourdes et sur l’importance de créer les outils le plus inclusifs possibles. « Ça nous parle car le public des cuisines de quartier est aussi très diversifié, certains se déplacent en fauteuil roulant, d’autres ne maîtrisent pas l’écrit » précise Fanny Campion.

Légitimité de parole et de participation

Les autres participants sont aussi conscients de l’importance de l’essaimage au sein de leurs structures même si l’organisation du travail est parfois un frein à la formation aux démarches communautaires. Certains ont demandé « à avoir des quizz, des outils d’animation pour partager les démarches communautaires avec leur équipe ».

« La rencontre avec les personnes-relais était particulièrement précieuse  », dit Bryce Vandystadt de l’asbl Nos Oignons qui développe des projets d’agriculture sociale et de soins à travers des journées collectives de maraîchage – malheureusement, l’asbl est contrainte d’entrer en dormance à la mi-octobre en raison de la perte de la plupart de ses financements.

Leur implication et leur fierté étaient palpables. « Ce sont des personnes à qui on confère un statut particulier. Ces personnes étaient usagères et maintenant elles ont des missions. C’est intéressant de constater la légitimité de leur parole et de leur participation. Ce qui m’a marqué c’est leur enthousiasme et leur satisfaction à rendre service à l’institution qui les a accompagné – comme un juste retour des choses. Et la fierté de partager le travail accompli auprès des professionnels de la promotion de la santé » ajoute-il.

Des espace-temps suspendus

Chez Nos Oignons, les volontaires sont défrayés, mais ils n’ont pas des statuts différenciés même si leur degré d’implication est plus important. « Après la formation, j’ai debriefé avec l’équipe de Nos Oignons, mais on a décidé de ne pas hiérarchiserLa formation nous a tout de même confirmé qu’on était sur la bonne voie. On soigne l’accueil, on est attentifs à ce que les personnes arrivent aux champs dans les meilleures conditions. On propose un espace-temps suspendu, hors de chez soi, et hors les murs où la personne n’est pas objet de soins, mais elle est actrice de sa santé ».

Aux Pissenlits, la matinée de debrief touche à sa fin et chacun repart à ses occupations. « Le groupe de personne-relais HUC+ [1] sont à nos côtés pour former les pros de santé. Le temps est un garde-fou quand on veut privilégier la participation citoyenne, précise Noémie Hubin. Deux logiques complémentaires sont à l’œuvre : la logique de projet – les HUC+ participent parce que le projet est issu de leur demande et parce que ce sont eux qui prennent les décisions– et la logique des compétences : le processus même fait santé ».

Pour aller plus loin :
lespissenlits.be
cuisinesdequartier.be
nosoignons.org
La collectivité au secours de la santé, interview de Marie-Pascale Minet permanente politique à la Fédération des maisons médicales parue dans En Marche en mars dernier. Pour elle, prendre soin de soi, c’est d’abord prendre conscience de « ce qui fait santé ». Notre bien-être ne relève pas seulement de notre responsabilité, c’est une affaire collective.

[1] Dans le jargon de la santé communautaire, HUC+ désigne les habitants, usagers, citoyens, etc

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Vers un nouveau cadre pour promouvoir la santé au travail

Le 31 Août 26

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Le RESO, centre d’expertise en promotion de la santé (UCLouvain), publie les premiers résultats de son enquête collaborative sur la promotion de la santé au travail en Région wallonne. Pour coconstruire un cadre opérationnel entre le secteur de la promotion de la santé et le monde de l’entreprise en Wallonie, il faut lever de nombreux freins.

L’équipe du RESO s’est penchée sur la promotion de la santé en milieu professionnel en Région wallonne dans le cadre d’une recherche exploratoire et collaborative, soutenue par l’AVIQ et menée sur toute l’année 2025. Réalisée en collaboration avec Sandrine Ruppol du CESI (Service externe de prévention et de protection au travail) et Anaïs Peters – conseillère en prévention chez Effisens, elle vise à mieux comprendre l’articulation entre les compétences régionales et fédérales en matière de santé et de promotion de la santé au travail. Elle cherche aussi à étudier et définir un cadre opérationnel pour des stratégies d’actions optimales en promotion de la santé et prévention en milieu du travail.

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Dans une première phase du projet, l’équipe de recherche a mis en œuvre une démarche qualitative exploratoire reposant sur une série d’entretiens semi-dirigés et deux ateliers participatifs- pour un total de 20 entretiens : 9 auprès d’acteurs et actrices du secteur de la promotion de la santé, 8 auprès d’acteurs et actrices de la prévention en milieu de travail, et 3 auprès de personnes ressources. 

Des zones grises liées à la complexité institutionnelle

Premier constat : si le cadre international sur la promotion de la santé au travail est stable (lire plus bas), la santé et la promotion de la santé au travail en Belgique francophone s’inscrivent dans un contexte institutionnel complexe, marqué par une multiplicité d’acteurs et d’actrices et le partage des compétences entre le niveau fédéral et les entités fédérées, issu des multiples réformes de l’État. 

Les compétences en matière de santé au travail sont fédérales, tandis que la promotion de la santé est une compétence régionale. Cette répartition a des contours complexes, émaillés de chevauchements, d’exceptions et de restrictions. Et cette complexité institutionnelle et législative belge influence directement la manière dont les différents acteurs et actrices concerné.es par cette thématique l’investissent ou pourraient l’investir. 

Au niveau fédéral, la santé est régie par le Code du bien-être au travail (SPF Emploi, Travail et Concertation Sociale). Le Code du bien-être développe, encadre et règlemente la politique de bien-être dans les entreprises en fonction du nombre de travailleurs et travailleuses, du secteur de l’entreprise, des risques auxquels les personnes employées sont exposées, etc… A ce niveau, c’est donc l’axe prévention des risques qui est mobilisé pour réduire les risques et l’impact du travail sur la santé des travailleurs et des travailleuses. 

Tandis qu’au niveau régional, la promotion de la santé est une compétence qui s’inscrit dans un cadre législatif émanant de plusieurs entités fédérées :

  • le décret du 14 mars 2019 relatif à la promotion de la santé dans l’enseignement supérieur hors universités de la Fédération-Wallonie-Bruxelles ;   
  • le décret du 20 décembre 2001 relatif à la promotion de la santé à l’école de la Fédération Wallonie Bruxelles ;   
  • le décret du 18 février 2016 relatif à la promotion de la santé de la COCOF ;   
  • le décret du 3 février 2020 relatif à la promotion de la santé et la prévention de la Région wallonne ; 
  • le plan wallon de promotion de la santé et de prévention. 

Cette complexité apparaît difficile à appréhender et génère des zones grises dans la mise en œuvre des politiques tant au niveau de l’entreprise que des acteurs.

La prévention : mètre-étalon des actions en entreprise

Les propos recueillis lors de nos entretiens mettent en évidence que la prévention constitue la porte d’entrée quasi exclusive des démarches en entreprise. La promotion de la santé, telle qu’elle est définie par la Charte d’Ottawa (OMS, 1986) et dans le Plan de promotion de la santé de la Région wallonne (AVIQ, 2022) y  reste méconnue, peu mobilisée et difficilement intégrée dans les pratiques professionnelles. Sur le terrain, la distinction entre prévention et promotion de la santé est souvent perçue comme floue, voire inexistante. Certains acteurs et actrices les utilisent de manière interchangeable, d’autres n’utilisent pas le terme de promotion de la santé puisque la prévention est au cœur du dispositif de santé en milieu professionnel.  

Prévention et promotion sont pourtant conciliables ! En 2023, le projet REFORM P² montrait même que la prévention et la promotion de la santé doivent être envisagées comme des démarches complémentaires. Linda Cambon et ses collègues (2018), cités par Malengreaux et al., (2023) proposent d’envisager la prévention des maladies et la promotion de la santé comme deux concepts dont les stratégies d’intervention peuvent se recouper. Les auteurs considèrent qu’il existe une certaine porosité entre ces concepts, tout en reconnaissant qu’il est nécessaire d’inscrire la prévention dans une vision de promotion de la santé, en s’appuyant sur les principes, les valeurs et les stratégies qu’elle propose. En d’autres termes, la promotion de la santé apparaît comme un cadre pertinent pour réorienter les pratiques de prévention vers des finalités d’équité, de justice sociale et de renforcement du pouvoir d’agir des individus et des collectivités.

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Des activités de prévention peuvent ainsi s’inscrire dans une perspective de promotion de la santé, à condition de « s’intéresser aux ressources des personnes et des populations, pas seulement à leurs facteurs de risques, d’adopter une approche qui favorise la participation, et de prendre en compte la multiplicité des déterminants de la santé, dans le cadre des activités de soins et de prévention » (Aujoulat & Sandrin, 2019, citées par Malengreaux S., et al, 2023).

Des liens diffus et des angles morts

Les résultats de notre recherche de terrain mettent par ailleurs en évidence que le manque d’interconnaissance entre les acteurs et actrices de la santé au travail, de la promotion de la santé et du monde du travail constitue un frein majeur à la co-construction de démarches intégrées.

La diversité des intervenants et intervenantes, bien qu’elle représente une richesse en termes d’expertise et de ressources, s’inscrit aussi dans un paysage institutionnel complexe, susceptible d’alimenter des logiques de concurrence et de tension entre parties prenantes.

Enfin, toutes les entreprises ne disposent pas du même accès aux services et dispositifs de santé et d’accompagnement. De ce fait, l’accès à la promotion de la santé et à la prévention est inégal. Ainsi, les petites et moyennes entreprises (PME) peuvent se trouver désavantagées par rapport aux grandes organisations, principalement en raison de contraintes financières, humaines et temporelles, ce qui limite leur capacité à investir durablement dans des actions de promotion de la santé au travail. Ce constat issu de nos entretiens de terrain est confirmé par la littérature. Comme le soulignent Virtanen M., et al, (2025) si des progrès indéniables sont documentés en matière de promotion de la santé au travail, des réalités plus spécifiques comme celles des petites et moyennes entreprises, demeurent actuellement un angle mort dans la littérature, car elles sont moins représentées dans les études.   

Expérimenter un processus collectif

Au regard de ces constats, la deuxième phase de cette recherche va s’attacher à explorer les conditions d’un rapprochement plus effectif entre prévention et promotion de la santé, afin de développer un cadre opérationnel pour soutenir le déploiement de stratégies d’interventions efficientes en matière de santé et de promotion de la santé en milieu professionnel. En 2027, cette recherche-action se poursuivra dans deux entreprises wallonnes en collaboration avec deux CLPS partenaires pour observer, documenter, analyser et expérimenter un processus collectif permettant d’intégrer durablement la promotion de la santé dans les pratiques internes des entreprises.

Pour aller plus loin :

Pour en savoir plus sur l’ensemble de la démarche méthodologique et des activités déployées dans le cadre de la première phase de cette recherche, le rapport détaillé est disponible ici.   

Publication à venir : RESO publiera sous peu un « Lu pour vous » sur deux articles scientifiques récents : l’un examine les conditions d’efficacité des interventions (Virtanen et al., 2025), l’autre s’intéresse aux stratégies susceptibles d’améliorer l’implémentation des interventions de promotion de la santé en milieu professionnel (Wolfenden et al., 2018).

Un cadre international et des impulsions européennes

L’Organisation  mondiale de la santé (OMS) propose un cadre de promotion de la santé au travail fondé sur l’approche  « healthy settings », qui désigne les approches de promotion de la santé axées sur les milieux de vie, qui s’enracinent dans la stratégie de l’OMS « La santé pour tous » de 1980 et, plus spécifiquement encore, dans la Charte d’Ottawa. Celle-ci affirme que « la santé est créée et vécue par les personnes dans le cadre de leur vie quotidienne, là où elles apprennent, travaillent, jouent et aiment » (OMS, 1986).

Avant même la création de l’approche par les milieux de vie – dont le milieu du travail -dans les années 90, l’OMS posait d’ailleurs déjà le cadre de la promotion de la santé au travail, en la définissant comme « l’ensemble des actions visant à améliorer la santé et le bien-être des travailleurs, au-delà de la simple prévention des risques professionnels » (OMS, 1986). 

Elle repose également sur une logique de co-construction : les démarches gagnent en pertinence lorsqu’elles émergent des communautés concernées, dans une dynamique ascendante (bottom-up), attentive aux réalités locales. Cette approche promeut un équilibre entre pilotage institutionnel et implication active des parties prenantes et bénéficiaires, afin de conjuguer cohérence stratégique et ancrage contextuel (Dooris M., 2006).

En termes d’efficacité, l’approche par les milieux de vie présente plusieurs atouts liés à ces caractéristiques. Elle fournit un cadre global d’intervention et favorise l’appropriation des enjeux de santé par les acteurs et actrices concernés. Elle permet également d’examiner les liens entre les personnes, leurs environnements et leurs comportements, ainsi que les interactions entre différents groupes au sein d’un même milieu. Enfin, au sein d’une entreprise par exemple, elle aide à articuler plusieurs enjeux de santé de manière intégrée et encourage une vision à la fois interne et externe de l’organisation, notamment en soutenant la responsabilité sociale des entreprises et la prise en compte de leurs impacts sur la santé, la durabilité et les inégalités à différentes échelles (Dooris M., 2006).

Le déploiement d’un plaidoyer européen

Dans le cadre de l’approche par les milieux de vie, la création d’un Réseau européen de promotion de la santé au travail (European Network for Workplace Health Promotion, ENWHP) en 1996 contribue à préciser les contours et les leviers d’action dans ce champ. Ainsi, la promotion de la santé au travail se caractérise par « les efforts combinés des employeurs, des travailleurs et de la société pour améliorer la santé et le bien-être des personnes au travail. Ceci peut être obtenu par une combinaison de l’amélioration de l’organisation et de l’environnement de travail, la promotion de la participation active et de l’encouragement du développement personnel … » (European Network for Workplace Health Promotion).

Plus concrètement, ce réseau européen développe des activités de plaidoyer qui soulignent l’importance du lieu de travail comme milieu pertinent pour le déploiement d’activités de promotion de la santé, mettant en évidence plusieurs arguments :
– Le lieu de travail est un moyen d’atteindre un grand nombre d’individus. En effet, les lieux de travail rassemblent un grand nombre de personnes aux profils variés dont des groupes moins favorisés en matière de santé et d’accès aux soins. 
– L’intérêt est double à la fois des personnes employées et de l’employeur.euse de se soucier et de promouvoir la santé au travail.
– La santé des travailleurs et des travailleuses reste un facteur déterminant qui exerce une influence importante sur la santé de l’entreprise (European Network for Workplace Health Promotion). 

Bibliographie 

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Suicide : un certificat universitaire, prélude à une communauté de pratique

Le 31 Août 26

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Ecole, maison de repos, institution psychiatrique ou entreprise, les organisations sont souvent démunies en cas de suicide. Pour y remédier, l’UCLouvain met en place dès 2027 un Certificat Universitaire en prévention du suicide dans les communautés et les organisations, pour préfigurer une communauté de pratique.

Le suicide demeure un défi majeur de santé publique en Belgique. En 2022, il représentait 1,5 % de l’ensemble des décès et 25,7 % de ceux des jeunes âgés de 15 à 24 ans. Les décès par suicide surviennent ainsi, en moyenne, à un âge relativement jeune (53 ans chez les hommes et 56 ans chez les femmes). En conséquence, le suicide constitue la troisième cause d’années de vie perdues chez les hommes et la neuvième chez les femmes (De Pauw et al., 2025).

Malgré une diminution progressive de la mortalité par suicide observée au cours des dernières décennies, notre pays reste parmi ceux qui affichent les taux les plus élevés en Europe occidentale avec 14 décès pour 100.000 habitants en 2022, juste derrière la Hongrie, la Slovénie et la Lituanie (Organisation for Economic & Development, 2026). En outre, la baisse de la mortalité par suicide a été moins marquée en Belgique que dans les autres pays de l’Europe occidentale (voir la figure ci-dessous). Selon les analyses faites par un consortium international, le suicide a diminué de 22% en Belgique entre 1990 et 2021 contre 41% dans le reste de l’Europe occidentale (Weaver et al., 2025).

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Evolution du taux brut de mortalité par suicide (pour 100,000) au sein de quelques pays de l’OCDE entre 1970 et 2022 (hommes et femmes), avec lissage.

Le nouveau certificat élargit la conception de la prévention du suicide en agissant sur les environnements dans lesquels les personnes vivent, travaillent et grandissent, et en renforçant les capacités des organisations à détecter et à accompagner la souffrance. Sa création de repose sur trois constats.

Les limites d’une prévention centrée sur les personnes à haut risque

Environ 60% des suicides surviennent chez des personnes qui n’ont pas eu de tentatives antérieures connues des services (Hawton & van Heeringen, 2009; Owens et al., 2002). La situation est similaire pour les contacts avec les professionnel.les de la santé mentale : moins d’un tiers des personnes décédées par suicide ont eu un contact avec un.e professionnel.le de la santé mentale au cours de l’année précédente (Stene-Larsen & Reneflot, 2019).

Dès lors, une prévention ciblée sur les personnes connues à haut risque (pour des tentatives antérieures) ou sur les usager.ères de la santé mentale n’a que des effets modestes sur la mortalité globale. Or pendant longtemps, la prévention du suicide a été principalement pensée sous l’angle clinique et individuel. Les efforts se sont concentrés sur l’identification des personnes à risque, la prise en charge psychiatrique et psychologique, la gestion des crises suicidaires et le suivi après une tentative de suicide. Ces approches restent indispensables, d’autant qu’elles ont permis des avancées importantes dans la compréhension et la prise en charge de la souffrance suicidaire. Toutefois, d’un point de vue de santé publique, elles ne suffisent pas. Il est nécessaire d’élargir le dénominateur.

Prévenir plutôt que de prédire

Même en présence de plusieurs facteurs de risque, il reste très difficile de déterminer quelles personnes passeront à l’acte, ce qui limite fortement l’efficacité des instruments de prédiction. S’il n’est pas possible de prédire le risque suicidaire, il est possible de le prévenir. Le programme du certificat s’enracine autour d’un tronc commun consacré aux concepts fondamentaux, aux modèles explicatifs, à l’épidémiologie, aux stratégies fondées sur les preuves et aux approches organisationnelles. Trois approches de prévention, basées sur les enseignements de la littérature scientifique (Moutier et al., 2021) vont former la colonne vertébrale du certificat :

  • universelle : elle couvre l’ensemble de la population ;
  • sélective : elle vise les groupes à risque présentant un risque suicidaire plus élevé que la population en général ;
  • ciblée : elle vise les personnes présentant un haut risque de suicide, par exemple à la suite de tentatives antérieures (Wasserman, 2021).

Améliorer la prévention hors du système de soins

Le troisième constat est que de nombreux déterminants du suicide se situent en dehors du système de soins : conditions de travail, isolement social, environnement scolaire, organisation des parcours de soins, accès aux moyens létaux, exposition aux contenus numériques ou encore modalités de sortie d’hospitalisation. Ces leviers requièrent une approche interdisciplinaire puisant ses ressources dans différentes disciplines : la psychiatrie, la psychologie, la santé publique, les sciences sociales, le droit, les sciences de l’environnement et de l’infrastructure.

Ce certificat aborde une palette d’interventions efficaces qui s’est élargie au cours de la dernière décennie. La prévention du suicide ne se limite plus aux lignes d’aide téléphoniques (Zalsman, 2016). Il est nécessaire d’inclure une meilleure préparation de la sortie d’hospitalisation psychiatrique, qui est un passage à haut risque de suicide, comme l’a montré le projet VigilanS en France (OECD, 2025).

Elle nécessite des interventions sur les infrastructures publiques (par exemple la protection de l’infrastructure ferroviaire), sur la régulation de l’accès aux moyens de suicide, sur l’accompagnement des proches, collègues, ami.es touché.es par un suicide (postvention).

En parallèle du tronc commun, le certificat déploie ensuite des modules thématiques consacrés aux contextes spécifiques :

  • les services de santé mentale ou d’assuétudes (résidentiels et ambulatoires),
  • les milieux fermés,
  • les Maisons de Repos et de Soins,
  • le milieu scolaire.

Une approche organisationnelle et d’évaluation de programme

Pour le participant, le délivrable principal est l’élaboration d’un plan de prévention du suicide pour son contexte professionnel. L’enjeu n’est donc pas seulement de former des professionnel.les. Il s’agit également de mieux comprendre comment développer durablement des capacités de prévention au sein de sa propre organisation : reconnaître le problème, le quantifier, identifier les points faibles, identifier et choisir les solutions, les mettre en œuvre et les évaluer.

Le modèle « Zero Suicide » est un autre exemple d’approche globale du suicide, développé en Grande-Bretagne et moins connu en Europe continentale. Il vise à transformer l’ensemble de l’organisation des services de santé afin que la prévention du suicide devienne une responsabilité collective portée par les institutions elles-mêmes (Mokkenstorm et al., 2018). Ces expériences contribuent à déplacer le regard : la prévention du suicide devient une question de gouvernance, d’organisation, de coordination et de développement communautaire ; une question qui sera abordée ainsi tout au long des différents modules qui plaident pour une politique publique de prévention du suicide.

La formation s’adresse à des participants provenant de différents secteurs : soins de santé et de santé mentale, enseignement, action sociale, administration publique, entreprises et secteur associatif. Elle permettra le partage d’expériences, la circulation des connaissances et le développement de collaborations interdisciplinaires.

S’inspirer des pratiques à l’étranger

Depuis une vingtaine d’années, plusieurs pays ont développé des approches globales de la prévention du suicide. L’Australie, le Canada, le Royaume-Uni et la Finlande ont mis en œuvre des stratégies nationales fondées sur des interventions coordonnées à plusieurs niveaux : actions de sensibilisation, amélioration des parcours de soins, restriction de l’accès aux moyens de suicide, formation des professionnelles, développement de réseaux locaux et implication des communautés.

La recherche suggère que ces stratégies globales sont efficaces pour réduire la mortalité par suicide (Lewitzka et al., 2019). A l’inverse, la Belgique est sans doute l’un des rares pays de l’UE sans plan interfédéral de prévention du suicide. Il est étonnant que l’état fédéral belge et ses entités fédérées aient réussi à se coordonner pour élaborer des politiques interfédérales (dans le domaine de la santé mentale ou de la prévention du tabagisme, par exemple), mais qu’ils ne parviennent pas à le faire dans le domaine du suicide. Au-delà de la formation elle-même, l’un des objectifs plus ambitieux consiste à créer progressivement une communauté de pratique francophone en prévention du suicide susceptible de renforcer le plaidoyer dans ce domaine.

Ce certificat universitaire « prévention du suicide dans les communautés et les organisations » organisé par l’UCLouvain en 2027, deviendra interuniversitaire avec l’Université de Mons en 2028.

Plus d’infos sur le site uclouvain.be – dans le catalogue des formations 2026-2027.

Références
De Pauw, R. et al. (2025). BeBOD estimates of mortality, years of life lost, prevalence, years lived with disability, and disability-adjusted life years for 38 causes, 2013-2022 (v2025-06-26)
Hawton, K., & van Heeringen, K. (2009). Suicide. The Lancet, 373(9672), 1372-1381
Lewitzka, U., Sauer, C., Bauer, M., & Felber, W. (2019). Are national suicide prevention programs effective? A comparison of 4 verum and 4 control countries over 30 years. BMC Psychiatry, 19(1), 158.
Mokkenstorm, J. K. et al. (2018). Is It Rational to Pursue Zero Suicides Among Patients in Health Care? [Article]. Suicide and Life-Threatening Behavior, 48(6), 745-754.
Moutier, C. Y., Pisani, A. R., & Stahl, S. M. (2021). Suicide prevention : Stahl’s handbooks. Cambridge University Press,.
OECD. (2025). Mental Health Promotion and Prevention: Best Practices in Public Health. O. Publishing.
Organisation for Economic, C.-o., & Development. (2026). OECD Health Statistics
Owens, D., Horrocks, J., & House, A. (2002). Fatal and non-fatal repetition of self-harm. Systematic review. Br J Psychiatry, 181, 193-199.
Stene-Larsen, K., & Reneflot, A. (2019). Contact with primary and mental health care prior to suicide: A systematic review of the literature from 2000 to 2017. Scand J Public Health, 47(1), 9-17.
Wasserman, D. (2021). Strategies in suicide prevention. In C. Wasserman, & D. Wasserman (Eds.), Oxford Textbook of Suicidology and Suicide Prevention (pp. 421-426). Oxford University Press.
Weaver, N. D.et al. (2025). Global, regional, and national burden of suicide, 1990-2021: a systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2021 [Article]. The Lancet Public Health, 10(3), e189-e202.

a prisoner's hands, clad in an orange uniform, reach through a barred opening to collect a meager meal served on a metal tray, illustrating life in a correctional facility

Se nourrir en prison : les détenus de Haren se mobilisent

Le 31 Août 26

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Pendant près d’un an, des détenus de la prison de Haren ont réfléchi à la manière d’améliorer leur accès à l’alimentation. Les discussions ont débouché en juillet 2025 sur un document de plaidoyer qui a été remis à la direction, mais les résultats concrets se font attendre.

« En détention, la nourriture c’est le premier facteur qui établit le niveau social. Celui qui a du pouvoir d’achat, il peut cantiner du café ou de quoi cuisiner : de la viande hachée, des oignons et des poivrons », témoigne Faouzi, incarcéré à la prison d’Haren. Celui-ci a pu être contacté par téléphone parce qu’il bénéficie d’un régime de semi-liberté. Entre septembre 2024 et l’été 2025, il a participé au groupe communautaire créé par l’asbl I.Care. (I.Care intervient en détention sur des projets de prévention et de promotion de la santé, y compris de santé mentale, de réduction des risques ou encore d’accompagnement psychosocial.)

Tous les 15 jours, 5 à 9 participants se sont réunis pour proposer des projets d’amélioration concrètes au sein de la prison. « Ils avaient le sentiment que leur pouvoir d’agir sur certains fonctionnements était très bas. C’était une période où il y avait beaucoup de restructurations, notamment à la cantine, en raison d’un changement de fournisseur, le sujet s’est donc rapidement imposé », explique Camille Leddet, éducatrice spécialisée chez I.Care. Pendant 11 mois, les discussions ont donc décortiqué le système de la « cantine » et permis d’aborder plus largement la question du droit à l’alimentation en détention.

a prisoner's hands, clad in an orange uniform, reach through a barred opening to collect a meager meal served on a metal tray, illustrating life in a correctional facility

La cantine, levier d’agentivité et de solidarité

Les détenus qui ont les moyens (économies personnelles, aide financière de leur famille, ou rémunérations liées au travail en détention) achètent des produits sur la base d’un catalogue, validé par l’administration. Ensuite, chaque unité dispose d’une cuisine commune – dont l’utilisation se fait sur inscription. Malgré les restrictions tant des circulations que des créneaux horaires, la cantine est un lieu symbolique où le détenu peut exercer sa liberté de choix et son autonomie pour améliorer l’ordinaire, comme le confirment des travaux menés par la chercheuse belge An-Sofie Vanhouche en 2022.

Dans le cadre de sa thèse à la Vrije Universiteit Brussel sur la question de l’alimentation en prison, elle a constaté que les repas préparés à l’avance peuvent être perçus comme une composante des privations inhérentes à l’incarcération. À l’inverse, un système de cantine, qui permet aux détenus de cuisiner eux-mêmes, leur donne la possibilité de retrouver de l’autonomie, du contrôle, un sens des responsabilités et de renforcer leur estime de soi.

Les détenus qui n’ont pas de latitude financière dépendent de la distribution des repas classiques – qui a lieu deux fois par jour. « La bouffe est pauvre en goût et pauvre en nutriments. C’est triste. On est tous très carencés » témoigne Faouzi. Les plus pauvres ont bien droit à une aide de 15 euros par mois pour cantiner, mais « avec 15 euros, tu n’achètes pas grand-chose : un paquet de tabac c’est déjà 12 euros ou alors si tu prends la télé à 60 centimes par jour, ça revient à 18 euros par mois. La plupart d’entre eux fument pour couper la faim » détaille-t-il. Ces 15 euros ne sont pas issus de financements publics. Ils proviennent d’une caisse d’entraide alimentée par une taxe de 10 à 20% sur les produits que les détenus mieux lotis achètent à la cantine. L’OIP Belgique regrette d’ailleurs que le système des prix et de la répartition de ces taxes soit encore trop obscur.

Carences, détresse et violences

En octobre dernier, le quotidien Le Soir alertait sur le fait que les détenus ne mangeaient pas à leur faim, car les portions sont calculées non pas sur le nombre effectif de détenus, mais sur la capacité de la prison. Or, Haren est plus grand établissement carcéral de Belgique. Il peut en principe accueillir 1233 détenus (chiffre 2025), devant Lantin (995) et Bruges (819), mais la surpopulation atteint 1400 détenus. Devant le tollé, le gouvernement fédéral a annoncé début janvier un refinancement annuel de 50 millions d’euros, dont une partie doit être affectée à l’alimentation et aux soins de santé – mais sans que les montants aient été précisés.

Cette précarité alimentaire à des impacts sur la santé de celles et ceux qui vivent derrière les barreaux. « La très grande majorité des détenus sont issus de la pauvreté, de la rue, avec parfois un long parcours de migration ou des maladies psychiatriques, explique l’OIP Belgique. Ils ont des besoins nutritionnels très particuliers vu qu’ils sont enfermés 23h sur 24 ».

Or selon les rares études internationales sur la nutrition en détention, les carences en nutriments essentiels (omega 3, vitamines) affectent les fonctions cérébrales, ce qui augmente la détresse psychologique, la dépression et le brouillard mental. La faim et la mauvaise qualité relative des repas accroît l’impulsivité et l’agressivité. A l’inverse, l’amélioration de la nutrition permettrait de réduire le niveau de violence, comme le souligne la psychologue britannique Kimberley Wilson.

Onze mois de réflexion, une liste de doléances

Le groupe de détenus accompagné par I.Care s’est d’abord concentré sur l’amélioration du catalogue :

  • Donner des détails de prix pour savoir à quel point les produits sont taxés.
  • Proposer davantage de produits « blancs », sans marque.
  • Ajouter une photo de chaque produit pour les détenus allophones.
  • Permettre de suggérer et de recommander de nouveaux produits dont les gens ont le plus besoin.
  • Rendre la cantine du ramadan permanente pour respecter les régimes alimentaires de certains détenus. Par ailleurs, cette année, la liste des produits a été divisée par 2, les dattes ont été remplacées par des pruneaux, et la qualité du thé vert s’est dégradée.

Les détenus ont aussi dressé la liste des dysfonctionnements structurels : prix peu transparents ou des variations inexpliquées, incertitude des délais de livraisons. « Parfois on attend trois semaines pour recevoir la viande, les oignons pourrissent dans un coin, ou alors elle n’arrive jamais, puis on est remboursé seulement deux ou trois mois après » décrit Faouzi. Ils demandent d’améliorer les commandes en ligne via la télévision du détenu, ce qui permettrait de réduire les erreurs, la perte, le gaspillage.

haren, flanders, belgium road sign to the the prison of haren, a new penitentiary institution

Les contraintes de l’institution totale

« Comme il y a beaucoup de transferts d’une prison à l’autre, les détenu.es ont des points de comparaison et donc ça renforce le sentiment d’injustice. Ils savent qu’il est possible d’avoir un catalogue adapté aux besoins des détenus », explique Marion Guémas, directrice d’I.Care. Or, à Haren, il est possible d’agrandir le catalogue seulement deux fois par an, en ajoutant 10 produits pour remplacer les produits sous commandés. En juillet 2026, à la date où nous écrivions ces lignes : un produit seulement avait pu être ajouté au catalogue. « Ce serait une erreur de ne regarder que ce résultat, étant donné qu’en matière de pouvoir d’agir, l’implication directe dans le processus d’élaboration et de mise en œuvre d’actions est une étape primordiale de son renforcement » précise Camille Leddet.

Le parti pris d’I.Care est d’identifier « les contraintes de l’institution totale, précise Camille Leddet, avec les freins et les contraintes inhérentes à la prison, où les vies des individus sont principalement gérées sans eux et d’ailleurs contre leur gré, et où une demande n’est jamais assurée d’aboutir ». I.Care rappelle que son rôle est de faciliter l’accès à l’information dans cet environnement contraint, dans différent.es langues et registres – analyse et compréhension, notamment celle qui porte sur l’environnement carcéral, les droits des personnes détenues, l’accès à différents services.

« Il y a une grande dégradation », regrette Faouzi, qui a pourtant la chance d’avoir déjà un pied hors de la prison. De moins en moins d’ateliers, les asbl découragées à cause des annulations de dernière minute… « Maintenant c’est cellule, cellule, cellule, et de la mauvaise bouffe. Tout ça pour une prison qui a coûté un milliard ! » s’exclame-t-il. Dans un autre témoignage écrit transmis par l’OIP Belgique, JF confirme : « Les cuisines sont annulées, le fitness est annulé, les préaux sont annulés, certains n’ont parfois pas à manger… Je me sens devenir bête, l’impression de perdre mon vocabulaire, le jour de la marmotte, encore et encore ».

Repère : Le droit à l’alimentation en détention
La Loi de principes (article 42) indique que « l’alimentation du détenu doit être fournie en quantité suffisante, respecter les normes d’hygiène modernes et, le cas échéant, être adaptée aux exigences de son état de santé ». Les régimes médicaux, les pratiques culturelles ou religieuses doivent aussi être pris en compte dans les repas proposés.

Pour aller plus loin
Le site d’I.Care
Le site de l’OIP Belgique