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Antibiotiques: l’inquiétude. La surconsommation risque de rendre ces médicaments inefficaces

Le 30 Déc 20

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“Les antibiotiques: à utiliser moins souvent et mieux”, tel est le slogan d’une campagne qui a été lancée le 27 novembre dernier par les ministres Frank Vandenbroucke , des Affaires sociales, et Magda Aelvoet , de la Santé publique.
Ce slogan constitue le fil conducteur d’une série d’initiatives soulignant chacune que nous utilisons trop souvent les antibiotiques, même lorsqu’ils sont inutiles, et qu’ils risquent de devenir inefficaces dans un proche avenir.
A cause de la surconsommation, de plus en plus de bactéries développent en effet des mécanismes de défense contre les antibiotiques: elles deviennent “résistantes”. Cette résistance est stimulée surtout par l’emploi d’antibiotiques dans des situations où leur effet sur l’évolution de la maladie est inexistant ou à peine démontrable.
Tant que l’administration d’antibiotiques se poursuivra sans restriction, cette résistance s’accroîtra toujours plus vite, et à ce rythme, l’ère des antibiotiques sera définitivement révolue dans un avenir proche. Avec pour conséquence que les malades mourront à nouveau d’infections telles que les pneumonies, méningites, septicémies, fièvres typhoïdes.
Par ailleurs, de très nombreuses méthodes de traitement modernes, pour lesquels les antibiotiques sont indispensables, seront compromises (entre autres les interventions de chirurgie cardiaque, les implantations de prothèses de la hanche, les transplantations d’organes, le traitement intensif de la leucémie et des tumeurs solides).

Santé publique et gros sous

Le Ministre des Affaires sociales insiste sur le fait que cette campagne est d’abord motivée par le souci de protéger la santé des consommateurs de soins de santé. Il n’en a pas moins souligné que les antibiotiques pèsent lourd dans le budget médicaments de l’INAMI, quelque 10 milliards par an.
Selon Frank Vandenbroucke, si la campagne a les effets escomptés en termes de consommation, cela dégagera des moyens permettant de mieux rembourser les nouvelles molécules véritablement innovantes.

La grande majorité des infections virales et bactériennes (comme les bronchites, angines, diarrhées, otites moyennes) guérissent spontanément après quelques jours. La personne qui est atteinte d’une de ces infections et qui prend des antibiotiques peut avoir à tort l’impression de guérir grâce à ces antibiotiques “miraculeux”, alors qu’il s’agit en fait d’un processus de guérison naturel. Le médecin ne prescrira éventuellement des antibiotiques que pour certains patients à risques ou lorsque la maladie ne guérit pas spontanément.
Les antibiotiques peuvent aussi contrecarrer l’évolution d’une infection bactérienne grave: ils ne guérissent pas mais empêchent la prolifération des bactéries et donnent ainsi au corps le temps d’organiser sa défense et de supprimer ces bactéries. Les antibiotiques ne contribuent donc pas à accélérer la guérison, sauf dans des cas exceptionnels, mais ils donnent plus de temps au corps attaqué par des infections graves pour organiser une résistance naturelle.

La campagne

La campagne s’adresse aussi bien à la population générale qu’aux médecins et aux pharmaciens. En ce qui concerne le grand public, un spot de sensibilisation est passé sur toutes les chaînes de télévision et de radio francophones grâce au soutien de la Communauté française. Ce spot renvoie à un dépliant, imprimé à 400.000 exemplaires, et à une brochure, imprimée à 600.000 exemplaires. Ces imprimés sont gratuits et diffusés entre autres par les mutualités.
A l’occasion de cette action, un site internet a également été conçu à l’intention du grand public; il peut être consulté à l’adresse https://www.antibiotiques.org.
Les médecins et pharmaciens participent aussi activement à la diffusion du message à l’intention de leurs patients. Outre les imprimés et une lettre les invitant à collaborer à la campagne les médecins et pharmaciens ont reçu aussi des textes scientifiques sur la résistance aux antibiotiques et sur leur utilisation adéquate. A leur intention, un site internet a été ouvert, qui peut être consulté via le site https://www.health.fgov.be.
La campagne a été mise au point par un groupe de travail de la “Commission de coordination de la politique antibiotique” (1), créée il y a deux ans par l’Administration des soins de santé du Ministère de la Santé publique, des Affaires sociales et de l’Environnement. Cette campagne est issue des recommandations de la Conférence européenne “The Microbial Threat” qui a eu lieu à Copenhague en septembre 1998.

Une enquête

Pour préparer cette campagne de sensibilisation, une enquête a été menée par le bureau d’études INRA-Medical à la demande de la Commission de coordination de la politique antibiotique. Cette enquête portait sur les connaissances, les attentes et les attitudes de la population par rapport aux antibiotiques, aux maladies infectieuses, à l’utilisation d’antibiotiques, au problème de l’antibiorésistance et sur d’éventuelles mesures visant à maîtriser ce phénomène. Il s’agissait d’effectuer une ‘mesure-zéro’ afin de cibler avec un maximum de précision la campagne d’information et de trouver des indicateurs qui permettront de mesurer l’effet de la campagne et d’en suivre l’évolution dans le temps.
L’enquête a été menée selon la méthode du ‘face-à-face’ auprès d’un échantillon représentatif de 1014 personnes âgées d’au moins 15 ans au mois de juillet 2000. Elle comprenait, d’une part, une série de questions ouvertes à réponse libre et, d’autre part, des questions concrètes auxquelles il pouvait être répondu par oui ou par non. Certaines questions ont également donné lieu à une évaluation de la motivation de la réponse. Les questions ont été rédigées par les membres du Groupe de travail ‘Sensibilisation’ de la Commission sur base des résultats obtenus à la suite d’un mini-sondage préliminaire réalisé par l’asbl Question Santé / vzw Omtrent Gezondheid.

Résultats

Il ressort des résultats que la majorité de la population interrogée associe les antibiotiques avec des maladies infectieuses et qu’une petite minorité seulement leur attribue un effet erroné (fébrifuge, analgésique) ou n’a pas la moindre idée sur leur utilisation.
A une très grande majorité, les personnes interrogées estiment que les antibiotiques sont une découverte majeure pour la médecine, mais 70% pensent également que l’on utilise trop souvent des antibiotiques en Belgique. Un pourcentage égal se rend compte que de plus en plus de bactéries développent une résistance aux antibiotiques, mais pense néanmoins que la science continuera de mettre au point de nouvelles molécules. Cet optimisme est sensiblement plus élevé dans le Sud du pays (87%) que dans le Nord (59%). 1/3 seulement de la population pense que la majorité des infections guérissent spontanément sans recourir à des antibiotiques, mais la plupart savent que les antibiotiques ont aussi des effets secondaires.
La plupart des Belges s’attendent à ce que l’on prescrive des antibiotiques en cas de méningite, mais un nombre presque aussi important a les mêmes attentes en cas de bronchite. Les opinions sont partagées à égalité en cas de grippe. Pour un mal de gorge ou une fièvre, 1/3 des personnes interrogées persistent à penser que les antibiotiques sont nécessaires, mais pour un rhume ou une diarrhée, ce chiffre se réduit à 1/6.
De nos jours, une petite minorité seulement demandera spontanément une prescription d’antibiotiques à son médecin et seulement 5% consultera un autre médecin en cas de refus. Une grande majorité estime par ailleurs que seul le médecin est compétent en ce qui concerne le choix du traitement adéquat.
Devant la question de savoir si l’on est disposé, en concertation avec son médecin, à recourir moins souvent aux antibiotiques afin de préserver l’efficacité de ceux-ci, une petite minorité a exprimé ses réticences, mais 28% est sans opinion. Lors de l’évaluation de la motivation, la moitié répond que ‘ils utilisent de toute façon déjà peu d’antibiotiques’; d’autres estiment que ‘en ces matières seul le médecin décide’ et quelques-uns pensent avoir besoin d’ antibiotiques ‘parce qu’ils ne peuvent pas s’absenter longtemps de leur travail’ ou ‘parce qu’ils trouvent que des antibiotiques sont nécessaires pour toute infection.’
Il semble que l’opinion belge soit très ‘sensibilisable au moyen d’une campagne d’information ciblée qui pourrait corriger quelques opinions erronées concernant les maladies infectieuses et l’utilité d’un traitement par antibiotiques. Par ailleurs, la campagne doit également s’adresser au corps médical, lequel jouit d’une large confiance de la part des patients. Dès lors, un but important de la campagne est de stimuler le dialogue entre médecin et patient à ce sujet.

L’exemple du pneumocoque

Les infections des voies respiratoires (supérieures et inférieures) constituent la première cause de consultation pour maladie infectieuse en médecine générale.
Il faut souligner que l’antibiothérapie est bien souvent, dans ce contexte des voies respiratoires, un anxiolytique pour le médecin (et éventuellement pour le patient), car dans un tiers à la moitié des cas au moins, il s’agit d’infections purement virales sur lesquelles l’antibiothérapie n’aura aucune prise.
Lorsque l’infection est bactérienne, le pneumocoque (pneumoniae) est une des trois bactéries les plus fréquemment rencontrées, et est celle qui provoque le plus d’infections compliquées au niveau otites/sinusites, ou le plus d’infections invasives avec pneumonies et éventuellement passage de microbes dans le sang (septicémie) dans le cas des infections des voies respiratoires inférieures. Chaque année, plus ou moins 1500 personnes décèdent en Belgique suite à une infection pneumococcique.
Dans ce contexte, lorsque l’infection justifie une antibiothérapie, le médecin s’attache à utiliser un antibiotique qui soit certainement actif sur ce microbe.
Actuellement l’évolution de sa résistance vis-à-vis des antibiotiques les plus couramment employés dans les infections des voies respiratoires pose problème en Belgique comme dans de nombreux autres pays.
Dans notre pays, on constate depuis le début des années 90, une augmentation continue de la résistance du pneumocoque aux antibiotiques des groupe pénicillines, macrolides ou tétracyclines.
Si, en 1993, seuls 2.3% de ces germes étaient résistants à la pénicilline, 12.6% aux tétracyclines, et 21.5% aux macrolides, on atteint en 1999 les chiffres respectifs de 16.6%, 30 % et 35%.
Plusieurs études, notamment en France et en Espagne, ont montré la corrélation qui existe entre l’emploi des antibiotiques et l’isolat de pneumocoques résistants.
En Hollande, par contre, dont la politique antibiotique est beaucoup plus restrictive que la nôtre, et cela sans répercussion négative sur la qualité des soins, seuls 3% des pneumocoques sont résistants à la pénicilline.

(1) Pour de plus amples informations sur cette commission et ses activités: Commission de coordination de la politique antibiotique, Dr Bauraind, Cité administrative de l’Etat, Vésale 534, 1010 Bruxelles. Tél.: 02-210 47 99. Fax: 02-210 44 93. Mél: isabelle.bauraind@health.fgov.be.D’après le dossier de presse de la campagne, en collaboration avec le Dr Isabelle Bauraind .

De nouveaux vaccins pour un nouveau millénaire

Le 30 Déc 20

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Pour assurer une meilleure couverture vaccinale et le confort des patients, la Communauté française choisit de nouveaux vaccins en privilégiant la qualité.

Le Ministère fédéral des Affaires sociales et de la Santé publique a récemment communiqué le calendrier vaccinal recommandé par le Conseil supérieur d’hygiène. Le schéma concernant les nourrissons, enfants et préadolescents vise 8 maladies: la poliomyélite, la diphtérie, le tétanos, la coqueluche, la rougeole, la rubéole, les oreillons (RRO pour les trois précédentes), la méningite (cette due à l’haemophilius influenzae de type B) et l’hépatite B.
Pour rappel, la seule vaccination légalement obligatoire en Belgique est celle de la polio. Son coût est à charge de l’Autorité fédérale.
Le vaccin, en temps que médicament, ressort bien évidemment de la compétence de cette même Autorité. La Communauté française, par contre, est responsable de la politique de vaccination et de sa promotion. Dans ce cadre, elle met également gratuitement une série de vaccins à disposition des médecins (privés et scolaires) et de l’ONE.
Pour l’année 2001, la Ministre de l’Aide à la Jeunesse et de la Santé, Nicole Maréchal , a choisi, sur base d’un appel d’offre et d’un cahier de charge précis, les vaccins qui seront pris en charge par la communauté française. Il s’agit des produits suivants:

  • le vaccin IPV: IMOVAX , de la firme Aventis Pasteur Mérieux. Ce nouveau vaccin contre la polio est une forme injectable, non vivante, qui est plus efficace que la précédente et ne présente plus de danger de contracter la maladie par la vaccination, ni les risques de paralysie qui l’accompagnent.
  • le vaccin DTPa-IPV : TETRAVAC de la firme Aventis Pasteur Mérieux. Ce vaccin est une combinaison du vaccin précédent avec une nouvelle combinaison contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche (anciennement le DITEPER). Outre les avantages de l’IPV, il a l’avantage d’avoir une nouvelle forme acellulaire pour la coqueluche, ce qui évite les effets secondaires de la forme utilisée précédemment.
  • le vaccin RRO: PRIORIX , de la firme SmithKline Beecham. Cette combinaison contre la rubéole, la rougeole et les oreillons présente l’avantage d’être quasiment indolore pour les nourrissons et les enfants et donc d’être mieux acceptée.
  • le vaccin Td pro adulto , de la firme SmithKline Beecham.Ce vaccin contre le tétanos est une forme pour adulte surtout destinée au rappel de la vaccination et est gratuit pour les adolescents de moins de 18 ans.

Dans les choix qu’elle a opérés, Nicole Maréchal a été guidée par le souci d’assurer une couverture vaccinale optimale, ce qui impliquait de retenir les vaccins présentant les meilleurs critères de qualité: efficacité maximale, limitation de risque d’effets secondaires,… et un plus grand confort pour les nourrissons, les enfants et les adolescents.
Ces avantages devraient permettre d’augmenter sensiblement la couverture vaccinale, entre autre, de la polio et de la rougeole, et de rencontrer ainsi les objectifs du programme d’éradication de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui vise à supprimer, à l’horizon 2005, la polio dans le monde et la rougeole en Europe.
Ce choix implique bien entendu un coût supplémentaire. Un effort particulier a été réalisé par la Communauté française pour dégager le budget nécessaire de 76,26 millions de francs (1.900.000 €).
(d’après un communiqué de presse )

Ecoles en santé

Le 30 Déc 20

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A la fin de l’an dernier, le Service Education pour la santé de la Croix-Rouge organisait quatre journées de formation ‘Fenêtres ouvertes sur l’école en santé’. Le but de ces rencontres était de ‘répandre la bonne parole’ en faisant connaître les acquis générés par la mise en place du Réseau européen des écoles en santé dans notre Communauté Wallonie-Bruxelles.
Après plusieurs années de réflexion théorique, d’échanges internationaux, d’expériences concrètes sur le terrain, de construction de programmes adaptés aux besoins des communautés scolaires partenaires du projet, le temps est effectivement venu de permettre aujourd’hui à un maximum de personnes de profiter des résultats engrangés.
Cela peut se faire au moyen classique de rapports écrits, et la Croix-Rouge, qui n’en a jamais été chiche, en propose une série d’excellents sur la question.
Cela s’est fait aussi à l’occasion d’un séminaire au cours duquel une cinquantaine de participants motivés par la promotion de la santé à l’école ont pu suivre les cheminements de ce projet remarquable, et aussi, grâce à l’animation digne d’éloges d’ Emmanuelle Caspers et André Lufin , se mettre en situation dans de nombreux exercices, et bénéficier enfin des récits très convaincants de représentants de quelques écoles du réseau.
Utile et agréable donc.
Mais, me direz-vous, quid de l’information pour tous ceux qui n’ont pas eu la chance de fréquenter le salon d’honneur de la Croix-Rouge ou la ‘colonne mobile’ de la chaussée de Vleurgat (celle-là vaut vraiment le détour, même si les guides touristiques n’en parlent pas!)?
Pas de panique: Emmanuelle et André nous préparent un petit ‘meilleur de’ à paraître très prochainement dans Education Santé !

Croix-Rouge, Service Education pour la santé, Place Brugmann 29, 1050 Bruxelles. Tél.: 02-349 55 18. Mél: andre.lufin@redcross-fr.be.

D-CLIC: un nouveau service est né

Le 30 Déc 20

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La plate-forme des soins palliatifs et le Service des actions de promotion de la santé mentale de la Province de Luxembourg ont eu le plaisir d’accueillir en novembre Gilles Deslauriers , psycho-éducateur au Québec (formation universitaire). Il travaille spécifiquement dans des centres d’aide aux endeuillés et plus particulièrement autour du thème L’enfant et l’adolescent face à la mort d’un proche. Différentes manifestations destinées tantôt aux personnes endeuillées, tantôt aux professionnels susceptibles de rencontrer ces situations dans leur travail se sont organisées comme suit:

  • une première formation de trois jours, au cours de laquelle 21 personnes de la province de Luxembourg ont pu acquérir des connaissances afin d’animer à leur tour des groupes de personnes endeuillées;
  • un deuxième module de deux jours destiné aux personnes impliquées dans les soins palliatifs, pour travailler leurs propres deuils, afin de pouvoir accomplir leurs missions dans une plus grande sérénité;
  • une journée destinée aux familles endeuillées: douze familles composées de parents et d’enfants ont pu, avec l’aide de Gilles Deslauriers et de co-animateurs, exprimer et partager ensemble un deuil difficile par le biais du dessin, du jeu et du récit. Cette journée a été remplie d’émotions, d’humour, de mouvements et d’expressions.
  • une conférence grand public à Libramont ayant pour thème Le deuil, pertes, changements et transitions .
  • enfin, une journée de conférence-débat, dont la matinée était destinée aux adolescents avec pour thème la mort violente d’un proche (suicide, accident). Il semble que ce sujet soit important et nous sommes persuadés qu’il faut le travailler, comme en témoigne la participation de pas moins de 500 adolescents et professeurs. L’après-midi, le même thème était proposé aux professionnels du domaine psycho-médico-social et enseignant confrontés à cette problématique.

Une préoccupation permanente

Conscients du besoin de créer des espaces d’information, de sensibilisation, voire de formation à ce sujet, il nous paraît essentiel ici, de faire part d’un nouveau projet D-CLIC (Cellule luxembourgeoise d’intervention de crise) créé à l’initiative de Daniel Ledent , Député permanent, responsable du Département de la santé mentale.
Ce projet à trois objectifs principaux:

  • la création d’une Commission suicide en vue de faire de la prévention dans les écoles secondaires;
  • le travail du deuil: mise en place de groupes d’entraide dans différentes régions de la province, pour les parents qui vivent un deuil difficile, et création d’ateliers pour enfants endeuillés;
  • la mise en place d’un groupe d’intervention de crise en vue de prévenir les PTSD (état de stress post-traumatique) chez les policiers, gendarmes, pompiers, infirmiers et bénévoles intervenants de première ligne lors des catastrophes.

Un comité d’accompagnement présidé par Monsieur le Gouverneur Bernard Caprasse permettra à l’équipe d’affiner ses objectifs de travail, de même qu’il établira des synergies entre tous les partenaires concernés dans la province.
Contacts: Florence Ringlet , psychologue de D-CLIC, rue du Cassal, 6900 Marche. Tél / fax: 084-32 21 69. Mél: florence.ringlet@belgique.com
Jacqueline Danhaive , Service des actions de promotion de santé mentale. Tél: 061-23 28 57. Fax : 061-23 28 59. Mél: jd@asblux.org

Education Santé sur le net

Le 30 Déc 20

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Education Santé sur le net

www.mc.be, www.pipsa.org, www.arsc.be : trois sites présentant chaque mois le sommaire d’Education Santé.

La Santé au coeur des jeunes en Hainaut: de l’analyse à l’action.

Le 30 Déc 20

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Brochure-bilan intermédiaire d’un programme de promotion de la santé des jeunes

La Province de Hainaut disposait de bien peu de données consacrées aux risques de maladies cardio-vasculaires encourus par les jeunes. C’est pourquoi l’Observatoire de la santé du Hainaut, dans le cadre du Réseau santé du cœur en francophonie, a lancé en 1997 une vaste enquête épidémiologique auprès de 4000 élèves hennuyers de 9 à 17 ans. Les données ainsi collectées sont venues confirmer les hypothèses: les modes de vie qui ont des conséquences dommageables pour la santé (alimentation déséquilibrée, sédentarité, tabagisme…) sont souvent adoptés dès le plus jeune âge. De plus, les enfants des groupes sociaux moins favorisés présentent des facteurs de risque plus importants que les autres, ce qui obère leur santé actuelle et future.
Ce constat ayant été dressé, il fallait dépasser les chiffres pour aboutir à des actions et tenter d’améliorer le pronostic de ces jeunes. Dès lors l’enquête La santé au cœur des jeunes s’est transformée en un programme dont l’objectif principal est d’améliorer et de susciter les interventions en promotion de la santé dans le Hainaut, à la fois sur le plan qualitatif et quantitatif.
Hypothèse de travail: dans un domaine qui touche au cœur des gens (la santé des enfants et des futurs adultes), le progrès durable viendra de la mobilisation de tous les acteurs concernés. Un appel a donc été lancé à tous les acteurs potentiels de la santé des jeunes (responsables locaux, régionaux et communautaires, institutions ressources, communauté éducative, monde du travail, monde associatif, secteur de la santé, famille, médias, etc.) issus des horizons les plus divers, ils peuvent intervenir sur les trois dimensions qui déterminent la santé: caractéristiques individuelles (valeurs, connaissances, aptitudes…), milieux de vie (famille, école, travail, amis…) et environnement global (organisation sociale et politique, économie, législations, normes, médias, etc…).
Le programme s’est donc donné pour cadre de référence le modèle socio-écologique d’intervention en promotion de la santé, lequel envisage tous les facteurs déterminant une situation – la santé des jeunes dans ce cas précis – pour faire agir tous les acteurs.
En mai 1999, le forum La santé au cœur des jeunes a permis de rassembler à Mons quelque 200 représentants de ces secteurs variés. Réunis en ateliers pour partager les résultats de l’enquête et réfléchir ensemble à l’impact sur la santé des jeunes d’une série de thématiques (la participation effective des jeunes à la promotion de la santé; le rôle des adultes; le cadre et les conditions de vie; les médias), ils ont élaboré des propositions de changements et d’actions à mettre en place.
Les recommandations émises à cette occasion ont été synthétisées, et des axes directeurs se sont dessinés pour structurer la suite du travail. On en retiendra les grandes lignes:

  • il s’agit de développer une promotion de la santé orientée vers le bien-être et la qualité de vie des jeunes;
  • de développer des actions permettant aux jeunes et aux adultes d’exprimer et d’affirmer leurs valeurs, particulièrement en rapport avec la santé;
  • de gérer les informations sur les services, les outils et les événements;
  • d’intégrer la promotion de la santé à l’école, et dans les maisons de jeunes, les mouvements de jeunesse et les plaines de jeux;
  • de renforcer la réflexion critique sur la façon de traiter la santé dans les médias;
  • et de coordonner les acteurs de la promotion de la santé.

Pour donner à ce programme une traduction très concrète dans la vie des jeunes, le comité qui le pilote (et qui veille à la convergence des potentiels d’intervention) a opté pour un fonctionnement sur le mode participatif . Des groupes de réflexion intersectoriels et multidisciplinaires se sont réunis régulièrement à partir de septembre 1999. Ils ont peu à peu évolué vers des collectifs de travail qui mettent en place les premières actions.Pratiquement , un large partenariat a abouti aux projets suivants:

  • les services de santé scolaires assureront la poursuite de la collecte de données sur la santé des jeunes;
  • le besoin de clarification des valeurs qui s’est exprimé de toute part débouche sur la mise en place d’une formation des éducateurs à la clarification des valeurs;
  • un concours de projets d’amélioration de la vie en milieu scolaire a été lancé dans toutes les écoles des arrondissements de Mons et de Soignies;
  • le Hainaut occidental, qui souhaite que les actions ne se cantonnent pas au milieu scolaire, a organisé en janvier une table ronde sur le thème du bien-être des jeunes dans le Hainaut occidental;
  • une plate-forme d’échange sur la promotion de la santé dans l’enseignement spécialisé est en train de voir le jour;
  • une enquête va être menée sur le malaise des enseignants, un problème souligné de manière récurrente par divers groupes de travail.
  • des modules de formation sont en préparation pour les animateurs de plaines de jeux et de centres de plein air sur les thèmes de l’alimentation, l’aménagement des lieux de vie, la gestion de la violence entre autres;
  • enfin, un répertoire des formations en promotion de la santé des jeunes va aussi voir le jour.

On le constate, les participants à ce programme n’ont pas perdu de vue que ces changements de normes et ces nouveaux modes de fonctionnement doivent s’inscrire dans la durée. Ni qu’il faut viser la réduction des inégalités sociales face à la santé.
La brochure ‘La santé au cœur des jeunes en Hainaut’ permet de suivre cette dynamique de près. Elle a été imprimée à 2000 exemplaires et envoyée à tous les participants au Forum La santé au cœur des jeunes , ainsi qu’aux membres des groupes de travail, aux décideurs politiques, aux écoles, au monde associatif, aux hôpitaux, aux mutuelles, aux centres IMS et PMS, aux médias…Pour compléments d’information: Michel Demarteau (065-87 96 40), Luc Berghmans (065-87 96 01). Pour les documents: Cellule communication (065-87 96 04).

Les jeunes et la sécurité routière. Pour des jeunes citoyens responsables au volant

Le 30 Déc 20

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Le 12 octobre dernier, pour sa première conférence-débat, Drive Mut avait convié autour de la table une série d’acteurs de terrains concernés par la problématique de la sécurité des jeunes sur la route. Des intervenants dont les préoccupations en matière de prévention rejoignent largement les siennes.
Se poser la question de savoir comment il convient d’assurer la sécurité des jeunes lorsqu’ils deviennent des usagers de la route, c’est postuler que l’insertion de cette catégorie d’âge dans la circulation ne se fait pas toujours sans difficultés.Pour étayer ce constat maintes fois évoqué et pour tenter de renverser la vapeur, Drive Mut a réalisé un sondage auprès de jeunes inscrits à ses cours théoriques.
Martin Wauthy , responsable du projet Drive Mut , commente les résultats: ‘La première incertitude lorsqu’on s’adresse à des futurs conducteurs pour les sensibiliser à la sécurité routière, c’est de savoir s’ils se sentent concernés par le problème. Notre étude montre qu’un jeune sur deux a perdu un proche dans un accident de la route. Face aux 1500 victimes annuelles de la route, 2/3 des répondants traduisent une perception fort fataliste, 14% d’entre eux considèrent cette situation comme inévitable.
Face au danger que représente la conduite dans certaines circonstances, les réactions des jeunes sont contrastées: 51 % refusent par exemple de monter dans une voiture dont le conducteur est ivre, contre 22 % qui se laissent reconduire en espérant éviter l’accident. Les autres adoptent une attitude plus active .
Question vitesse, 63 % des jeunes interrogés ont peur lorsque le conducteur dépasse les limitations. Mais leur attitude face à une telle situation n’est une fois encore pas uniforme: si 57 % éprouvent de la peur et l’expriment, 8 % n’oseront pas avouer leurs craintes. En revanche, pratiquement un jeune sur cinq déclare éprouver du plaisir lorsque le conducteur roule vite. Enfin, 15 % s’imaginent que le risque se situe plutôt au niveau de l’infraction et de l’amende éventuelle en cas de contrôle, sans se soucier de leur propre sécurité
Enfin, notre étude révèle également qu’un jeune sur deux a déjà conduit sur la voie publique, sans permis, sans même avoir réussit l’examen théorique’.
Cette enquête montre en tout cas clairement que pour une partie non négligeable de jeunes, le problème se situe au niveau de la prise de conscience des dangers.

Chiffres à l’appui

Au-delà de la perception des problèmes de sécurité routière par les jeunes eux-mêmes, les chiffres présentés par P&V; assurances, partenaire de Drive Mut , sont frappants. Basées sur le taux de fréquence des accidents pour lesquels la responsabilité du conducteur est civilement engagée, les statistiques internes de P&V; montrent qu’en moyenne, un Belge de plus de 26 ans commet un accident en tort tous les 12 ans, soit une fréquence de 8 %.
Dany Demaret , responsable de la branche auto, souligne que: ‘Pour des conducteurs dont l’âge varie entre 18 et 26 ans, cette proportion doit être multipliée par deux. Si l’on affine encore les statistiques, cette fréquence d’accidents en tort monte à 22 % pour les nouveaux contrats d’assurance (qui concernent le plus souvent des jeunes débutants), avec une progression de cette fréquence jusqu’à 40 % pour les jeunes de 18 ans . Cette fréquence diminue au fil des années et tend à se stabiliser lorsque les jeunes ont franchi le cap des 25 ans’ . Des chiffres qui posent très clairement la question de la préparation des jeunes conducteurs.
Jacqueline Prigogine , sociologue au Département de communication à l’Institut belge de sécurité routière (IBSR) corrobore les constats de P&V;, tout en y apportant une note d’optimisme. ‘ Les jeunes représentent 25 % des conducteurs tués ou blessés gravement, alors que ce groupe d’âge ne représente que 11 % de la population. Il y a donc clairement une sur-représentation des jeunes parmi les accidentés de la route. Au fil des années, cependant, on note une tendance très positive à la baisse, tant pour l’ensemble des conducteurs que pour les 18-24 ans, avec une diminution encore plus marquée pour cette catégorie. Ce qui est encourageant.’ La représentante de l’IBSR constate que cette sur-représentation des jeunes est très nette pendant les week-ends, qu’il s’agisse des conducteurs, surtout masculins, mais aussi des passagers des véhicules.
Enfin, les facteurs à l’origine des accidents résident principalement dans l’inexpérience du conducteur, le manque d’habitude d’être accompagné lors de la conduite. L’effet de groupe joue un rôle important, ainsi que d’autres facteurs comme l’alcool. Le type d’accident est également symptomatique: en effet, les accidents de la route n’impliquant qu’un seul véhicule, tels que les sorties de route, sont majoritaires.

Des expériences de prévention

Dans un tel contexte, les participants au débat, tous engagés dans la recherche d’une sécurité accrue pour les jeunes usagers de la route, saluent l’initiative de Drive Mut à l’égard des futurs conducteurs. Non seulement parce qu’elle offre une possibilité d’encadrement de la formation pratique en filière libre, pour un prix démocratique.
Mais également parce que, dans le cadre de la préparation à l’examen théorique, Drive Mut propose un module de sensibilisation et de prévention routière, qui offre une approche globale et sociale de la conduite. Cette approche porte sur divers aspects: environnemental (impact de la pollution émise par la voiture, dangers pour la santé, solutions techniques), médical (accidents de la route) et financier (impact du coût global d’une voiture sur un budget).
Si cette sensibilisation est importante avant même que les jeunes n’aient claqué leurs portières et tourné la clef de contact, elle ne demeure pas moins nécessaire après l’obtention du permis. La formation continuée est une piste intéressante que l’association Driving Know How met en œuvre depuis 7 ans. Pour Daniel Herregods , responsable du programme de formation, ‘ il est clair que bien des choses restent à faire, même après des années de conduite. Avant de mettre au point notre module de stage nous avons réalisé des tests: par exemple, nous avons été sidérés de voir que sept conducteurs sur dix disposant d’un système ABS ne maîtrisent pas cette technique de freinage ou encore qu’une personne sur 20 ne dispose pas de l’acuité visuelle légale de 5/10.
Notre stage se veut donc un complément d’apprentissage, d’évaluation et de formation. Une évaluation complète est d’ailleurs réalisée sur la voie publique et en circuit. Nos stages qui ont déjà touché 45.000 personnes en Belgique (le plus jeune des participants avait 17 ans, le plus âgé, 98!) permettent aux conducteurs de prendre conscience que la conduite demande une réelle maîtrise. Notre objectif est de rendre ces conducteurs plus matures. Pour cela nous utilisons notamment un système qui les filme en gros plan en situation de difficulté, de manière à leur faire prendre conscience que 95 % des accidents sont dus à des erreurs humaines que, la plupart du temps, on a commises soi-même. Ces dysfonctionnements à des moments inopportuns, il faut en être conscient. Enfin, lors de nos stages qui sont sanctionnés par un examen, ce qui est primordial, c’est qu’on apprend à conduire et non pas à réussir un examen. C’est fondamental’.

Les morts et les autres victimes

Le docteur Heilporn , qui a dirigé pendant de longues années le Centre de traumatologie et de réadaptation de l’hôpital Brugman, met l’accent sur les nombreux traumatisés de la route, présentant un handicap définitif. ‘ Quand on aborde la question des accidents de la route, on parle généralement du nombre de morts que ces sinistres provoquent chaque année. Mais, et on n’en parle pas suffisamment, il y a aussi un nombre important de blessés, handicapés à vie. Le nombre de paraplégiques et de tétraplégiques est important chez les accidentés de la route car, le plus souvent, les lésions se situent à la tête ou à la colonne vertébrale. On observe néanmoins une certaine évolution: les lésions sont certainement moins fréquentes aujourd’hui, même si elles sont parfois plus graves étant donné leur localisation. Il faut savoir qu’en Belgique, il y a par an entre 120 et 150 personnes blessées à la moelle épinière. Pour ce qui concerne les traumatisés crâniens, en extrapolant les chiffres du centre pour lequel j’ai travaillé, on peut évaluer à 10.000, le nombre de personnes qui, chaque année, sont atteintes par de tels handicaps à vie en raison d’accidents de la route. C’est sans doute un aspect qu’il ne faut pas oublier en matière de prévention’.
Cette réalité-là, celle des personnes mutilées à vie suite à un accident de la route, le docteur Heilporn préconise qu’elle soit davantage mise en exergue, comme c’est par exemple le cas dans le cadre des peines alternatives où des jeunes conducteurs ayant commis des infractions au volant sont amenés à aider des accidentés de la route. ‘Il s’agit là d’une expérience et d’un contact très éducatifs qui, sans culpabiliser l’auteur d’infraction, lui permet de mieux comprendre la portée de ses actes. Le contact avec ces personnes handicapées permet de réaliser les difficultés auxquelles elles sont confrontées au quotidien’.

Un cadre réglementaire

En ce qui concerne l’encadrement réglementaire de cet apprentissage de la conduite, il reste encore bien des choses à faire. Si l’on prend le niveau européen, sur environ 200 millions de permis délivrés dans les 15 pays de l’Union, il existe pas moins de 80 modèles.
Pour René Plank , juriste à la Commission européenne (DG7-Transports), ‘des priorités générales ont été relevées par l’Union européenne en matière de sécurité routière et il existe aujourd’hui une directive relative aux critères médicaux et aux épreuves de conduite pour l’obtention du permis qui entrera en vigueur en 2003. Pour ce qui est de la formation en vue d’obtenir le permis, des études sont actuellement en cours afin d’analyser les différents systèmes existant dans les pays européens, comme le système de permis en deux phases (avec une formation pratique après l’obtention du permis: Finlande, Luxembourg, Suède), le permis à titre d’essai et les mesures de réhabilitation pour les personnes ayant commis des infractions (Autriche, Allemagne) ou encore les mesures restrictives isolées à l’égard des jeunes(vitesse maximale réduite, restriction d’alcool: Espagne, France.’)
Et pour la Belgique, quels sont les projets visant à améliorer les compétences des jeunes conducteurs? Là aussi, le travail est loin d’être achevé. Un plan fédéral de sécurité routière a été rédigé au sein du cabinet de la Ministre des transports et de la mobilité, Isabelle Durant. Pour Mme Salmain , représentant la Ministre, ‘ comme son nom l’indique, le plan consiste à renforcer la sécurité sur nos routes, avec l’engagement de réduire le nombre de blessés et de morts. Pour ce faire, la Ministre veut renforcer le sentiment de citoyenneté, notamment en permettant un partage de cet espace public entre les différents usagers de la route. Pour ce qui est du permis, il s’agit d’améliorer la formation en instaurant par exemple le permis à étapes (avec une période d’essai et une procédure de formation continuée). Concernant les auto-écoles, une révision des critères d’agrément est actuellement en préparation.’
Pour la Région wallonne, M. Leens , représentant le Ministre Daras compétent pour le dossier mobilité, a insisté sur la notion de mobilité durable qui passe par une utilisation des moyens de transport adéquats pour la personne et pour l’environnement. ‘ La ré-appropriation de la route par des usagers tels que les cyclistes, montre que là où une telle place est laissée à d’autres acteurs que la voiture, le nombre d’accidents diminue. L’utilisation d’autres modes de déplacement, notamment chez les plus jeunes, a également une incidence sur la prise de conscience des dangers de la route: les dangers encourus, mais également que l’on peut causer par ses déplacement’. Les deux représentants des autorités ont également mis l’accent sur la nécessité de sensibilisation à la sécurité routière et ce, dès l’école primaire.

Des messages à destination des jeunes

Si la sécurité routière implique la mise en place d’une série de leviers, il est important que, le plus rapidement possible, les jeunes prennent conscience des responsabilités engagées lorsqu’ils se retrouvent au volant d’un véhicule. Si la voiture est synonyme de liberté, celle-ci va de pair avec des obligations. C’est cette prise de conscience selon laquelle la conduite est un acte social que Vanessa Dos Santos , attachée à l’Institut Emile Vandervelde, a tenu à souligner.
L’association ‘Responsible Young Drivers’ met également en avant cette responsabilité des jeunes. Mais, pour Nathalie Crépin , directrice des RYD, il faut amener les jeunes à prendre conscience de cette nécessité, de manière intelligente. ‘ En utilisant des clichés contre-productifs tels que le trio jeunes/alcool/vitesse ou en stigmatisant les jeunes comme étant agressifs au volant, on n’arrive à rien. D’ailleurs un sondage européen a montré que ce dernier cliché n’est pas ressenti comme tel par les jeunes. Ce n’est certainement pas en les culpabilisant que l’on modifiera leurs comportements. Les accidents de la route sont dus chez cette classe d’âge à trois causes spécifiques: l’inexpérience, l’inconscience et le conformisme. C’est là-dessus qu’il faut jouer. En proposant un autre modèle que celle du héros à la James Dean qui se tue sur la route et en le remplaçant par celui du jeune conducteur courtois et conscient de ses responsabilités’. Outre les actions très médiatiques des RYD, notamment la nuit du réveillon, l’association propose également des modules de sensibilisation à destination des écoles, basés notamment sur des témoignages.
L’originalité de la démarche: le fait que le thème de la sécurité soit abordé par les jeunes et pour les jeunes.
Autre vecteur de prévention: l’IBSR et ses fameuses campagnes ‘Bob’. Pour Jacqueline Prigogine, ‘ Nos campagnes de sensibilisation sont évidemment ciblées en partie vers les jeunes conducteurs avec des campagnes axées sur la ceinture de sécurité, la vitesse et l’alcool. La campagne ‘Bob’ fait également partie de la panoplie et fonctionne très bien car elle s’adresse à tous, jeunes et plus âgés. Elle concerne tout le monde, hommes et femmes. Elle permet de s’identifier à quelqu’un de sympa, grâce à qui l’on peut faire la fête, qui n’est pas toujours le même puisqu’il s’agit d’un tour de rôle et non pas au pauvre naïf qui s’est une fois de plus fait avoir pour assumer la corvée. Je pense d’ailleurs que cette identification est d’autant plus forte aujourd’hui que les campagnes qui, au départ, étaient inspirées par la fiction (l’image d’un extraterrestre, ensuite celle du western), ont évolué vers plus de réalisme.’
Ces multiples réflexions montrent une réelle prise de conscience des enjeux liés à la problématique de la sécurité des jeunes sur les routes. Même s’il reste encore bien du chemin à parcourir pour améliorer celle-ci. Les formations que Drive Mut a mises sur pied contribuent clairement à cette amélioration.
Des jeunes qui se prennent en charge
Experts, associations de terrain, assureur étaient réunis autour de la table, mais également des jeunes ayant suivi la formation Drive Mut . Avec un regard aiguisé et plein de bon sens, ils nous donnent également leurs impressions.
Pour Eve Destrebecq , ‘ il est certain qu’il faut continuer à conscientiser les jeunes, surtout les garçons qui veulent avoir leur permis rapidement pour sortir le week-end, qui sont également attirés par la vitesse. Il faut bien penser les systèmes mis en place parce que souvent ils sont contournés: par exemple, lorsqu’un jeune est encore sous licence avant l’obtention de son permis, il ne peut pas rouler entre 22h et 6h du matin. Résultat: je connais des jeunes qui sortent avant dix heures et qui restent en boîte jusqu’à 6h du matin de manière à pouvoir reprendre leur véhicule. Ils s’endorment à moitié, mais ils sont en règle. On a également parlé de la nécessité de promouvoir d’autres types de moyens de transport, mais quand on habite comme moi dans un petit village où il y a plus de vaches que d’habitants, où il y a un bus par jour et une gare à dix kilomètres, la voiture est indispensable’. Cette indépendance que donne la voiture, Cédric Cambier la relève également: ‘Tant que les transports en commun seront lents, bondés, bref beaucoup moins attrayants que la voiture, le changement des mentalités ne sera pas évident’.
Enfin, Aurore Vermeulen a suivi la formation de Drive Mut pour faciliter sa recherche d’un emploi: ‘En tant qu’aide familiale à domicile, je dois me déplacer constamment et une voiture est indispensable. La formation de Drive Mut a l’avantage d’être accessible, financièrement parlant. En suivant ces modules, j’ai acquis des compétences, même si, en tant que mère de famille, je dois avouer que j’ai peur quand je suis sur la route. Au moins, aujourd’hui, je suis consciente des dangers et je sais mieux comment réagir’. Drive Mut asbl, rue Saint-Jean 32, 1000 Bruxelles. Tél.: 02-515 06 15. Fax: 02-512 27 62. Mél: martin.wauthy@mutsoc.be. Site: https://www.mutsoc.be/drivemut . Renseignements sur les cours au 070-22 23 24.

Des chiffres, des lettres et des banalités

Le 30 Déc 20

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On vous a déjà présenté dans ces colonnes la remarquable Enquête de santé par interview réalisée par l’Institut scientifique de santé publique (ISSP) en 1997 (1).
A la veille de reproduire cet outil en 2001 (2), les responsables du projet ont invité les chercheurs ayant exploité une partie des données récoltées à partager leurs constatations et réflexions lors d’une journée d’études au Palais des congrès de Bruxelles le 23 novembre dernier.
Tout en appréciant le souci des intervenants de communiquer le fruit de leurs recherches, nous ne pouvions cacher un certain amusement en entendant répéter à longueur d’exposés le même diagnostic à propos des inégalités sociales de santé, sans que cela ne dépasse jamais le stade d’une prise de conscience élémentaire.
Plus grave, lorsque certains conférenciers s’aventuraient à parler de promotion de la santé plutôt que de santé publique, c’est en faisant preuve d’une méconnaissance remarquable des concepts et réalisation en la matière (3).

Deux exemples

Cette recommandation ‘Il serait utile de développer des programmes de promotion de la santé qui tiennent compte de l’environnement psycho-social, et pas seulement des conduites individuelles.’ On croit rêver, près de 15 ans après la charte d’Ottawa.
Ou encore ce jugement sans appel concernant la santé des migrants: rien ne se fait pour promouvoir la santé des populations allochtones. Qu’en pense l’équipe de Cultures et Santé?
Encore plus fort, cette découverte d’un (très) jeune chercheur selon qui les gens qui ont de faibles revenus ont plus de difficultés à payer leurs dépenses de santé que ceux qui gagnent bien leur vie. Cela fait penser à cette déclaration historique de George Bush Jr, ‘De plus en plus de nos importations proviennent de l’étranger’…
Un dernier conseil aux organisateurs: la fois prochaine, de grâce, suggérez aux intervenants de s’exprimer dans leur langue maternelle, et pas dans un anglais massacré avec autant d’enthousiasme par Flamands et francophones!
(1) Voir l’article ‘La santé des Belges’, Education Santé, n° 129, juillet-août 1998
(2) Les questions couvriront des thèmes supplémentaires, quatre provinces (Anvers, Limbourg, Hainaut et Luxembourg) bénéficieront d’un échantillon renforcé, et une attention particulière sera accordée aux personnes âgées vivant en institutions.
(3) Plaidons en partie coupables: les budgets dérisoires que les Communautés de notre pays consacrent à cette matière n’excusent pas l’insuffisance du plaidoyer en faveur de cette approche globale et citoyenne de la santé. Nostra culpa!

Diffusion de qualité

A l’occasion de cette journée d’études, l’ISSP a présenté l’ouvrage de synthèse Enquête de santé 1997 . Ce volume très intéressant complète avantageusement les rapports techniques sortis en 1998.
Les résultats sont présentés en 5 chapitres:
– habitudes et modes de vie;
– problèmes de santé;
– prévention et promotion de la santé;
– consommation des soins;
– santé et société.
Le chapitre relatif à la promotion de la santé souffre un peu d’une approche très médicale. Il s’intéresse uniquement au statut vaccinal des adultes, à la tension artérielle et au cholestérol sanguin, au dépistage du cancer et à la prévention du sida.
Malgré ses limites, cet ouvrage révèle une foule d’informations passionnantes sur la santé de notre population, et n’a pas à rougir de la comparaison avec d’autres outils du même genre comme le Baromètre santé du CFES.
BIETLOT M., DEMAREST S., TAFFOREAU J., VAN OYEN H., Enquête de santé 1997, la santé en Belgique, ses communautés, ses régions, CROSP, en collaboration avec l’Institut national de statistique et le Centre universitaire du Limbourg, 2000, 244 pages. Disponible au Service d’épidémiologie de l’ISSP, rue J. Wytsman 14, 1050 Bruxelles. Tél.: 02-642 57 26. Mél: mathieu.bietlot@iph.fgov.be .

Le suicide

Le 30 Déc 20

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La santé mentale (1), une priorité

«La santé mentale, j’en parle!», voici le slogan de 2001, décrétée «Année de la santé mentale» dans notre pays. Cette initiative est impulsée conjointement par cinq associations sous le patronage de la Fondation nationale Reine Fabiola pour la Santé mentale: les Ligues bruxelloise, wallonne et flamande pour la santé mentale ainsi que la Fondation Julie Renson. Cette année sera ponctuée de nombreux événements et de manifestations publiques.
Education Santé y apportera une attention particulière dans ses colonnes, en se faisant l’écho des expériences de promotion de la santé mentale.

Un problème majeur

Si l’on reprend les causes de mortalité en Belgique, le suicide se trouve, hélas, dans le peloton de tête.
Parmi les jeunes de 15 à 24 ans, il est la deuxième cause de mortalité (20% des décès chez les garçons, 12% chez les filles) après les accidents de la circulation. Pour les jeunes adultes de 25 à 44 ans, la situation est plus préoccupante encore puisqu’il s’agit de la première cause de mortalité pour les hommes (21% des décès) et de la troisième cause pour les femmes (13%) (2).

Des approches différentes

Pour aborder la problématique de la promotion de la santé face au suicide, différentes actions sont menées en Communauté française et à l’étranger. Nous avons fait le choix, dans ce numéro, de vous en proposer trois ayant chacune une approche particulière: le Centre de prévention du suicide, tout d’abord, propose une écoute téléphonique 24h/24 et, depuis peu, des groupes de parole pour les proches de personnes suicidées; la Commission provinciale «suicide» de Liège (une province très touchée par le phénomène suicidaire) développe une stratégie de prévention du suicide depuis plusieurs années; enfin, Michel Toussignant, rapportant une expérience québécoise, souligne l’importance du soutien social et de la résilience communautaire face au suicide.
(1) Rappelons également que la sané mentale fait partie des six problèmes de santé prioritaires définis dans le programme quinquennal de promotion de la santé de la Communauté française.
(2) In « Statistiques de décès en Communauté française 1992-1994 », Direction générale de la santé de la Communauté française – Service d’épidémiologie de l’Institut scientifique de la santé publique, 1999, 213 p.

Le centre de prévention du suicide

Le 30 Déc 20

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Depuis 30 ans déjà, le Centre de prévention du suicide offre une écoute téléphonique aux personnes suicidaires et à leurs proches (n°vert 0800-32 123). Nous avons rencontré Béatrix Lekeux, psychothérapeute, pour nous parler de l’apport spécifique d’une telle structure.
ES : Pouvez-vous nous donner quelques chiffres concernant le Centre?
Beatrix Lekeux : Le suicide est la première cause de décès chez les hommes de 25 à 45 ans et la deuxième cause chez les adolescents de 15 à 25 ans. C’est dire que la prévention du suicide et le soutien de l’entourage sont importants. Le Centre de prévention du suicide offre une écoute téléphonique 24h/24 et nous comptons plus de 17.000 appels par an. Ces appels émanent des personnes suicidaires elles-mêmes mais aussi de leur entourage: famille, amis, enseignants…
ES : Comment fonctionne cette écoute?
BL : L’écoute téléphonique est faite uniquement par des bénévoles. Chaque année, à deux reprises, nous lançons dans les médias un appel aux bénévoles. Etre bénévole dans notre centre est le résultat d’un processus exigeant. Au départ, il ne faut pas de formation particulière mais nous demandons aux candidats de franchir différentes étapes: une réunion d’information, suivie d’un questionnaire à remplir et d’un entretien individuel en est la première phase. Sur 100 personnes qui répondent au départ, seulement une quinzaine entament la formation proprement dite: travaux de groupe et entretiens individuels hebdomadaires, co-écoute téléphonique et ce pendant 3 mois. L’investissement demandé est donc important tant au niveau du temps consacré qu’au niveau personnel. La formation amène en effet chacun à une remise en question personnelle: motivation, attitudes,…
Finalement, seule la moitié des participants à la formation deviennent effectivement écoutants.
ES : Ce processus de sélection et de formation est assez lourd, pourquoi ne pas travailler avec des professionnels?
BL : Il y a en partie un choix économique mais c’est loin d’être notre seule motivation. Nous voulons clairement offrir une écoute non-professionnelle. L’écoutant n’est pas là pour dire ce que l’appelant doit faire, il n’y a pas de recettes. Il ne s’agit pas non plus d’entretiens psychothérapeutiques. Mais d’un contact humain de personne à personne, d’une rencontre avec celui qui est en souffrance. Nous sommes là pour offrir une écoute humaine, chaleureuse («Qu’est-ce qui se passe pour vous?»), pour entendre leur réalité, leur souffrance. Une autre particularité de notre contact, c’est qu’il est ponctuel et anonyme. Nous n’offrons pas de suivi thérapeutique mais nous donnons si nécessaire des adresses de centres de santé mentale.
Parmi les personnes qui appellent, certaines ont déjà été voir des psychothérapeutes («Oh oui, je suis déjà allé chez un psy, mais il ne dit rien»). C’est vrai qu’une démarche psychothérapeutique nécessite un travail d’élaboration qui n’est pas toujours facile. Téléphoner anonymement est une démarche différente, plus accessible, même si cela reste un obstacle pour certains car il faut déjà pouvoir soutenir une conversation.
ES : 30 ans d’expérience dans ce domaine, cela vous donne un regard averti sur le phénomène suicidaire.
BL : Oui, évidemment! Au départ, la personne suicidaire est quelqu’un qui est mal dans sa peau, quelqu’un de fragile. Mais c’est toujours une conjonction de facteurs qui amène la personne à penser au suicide: des conflits au travail, une rupture amoureuse, des problèmes familiaux,… La personne suicidaire se sent mal dans une société qui évolue et dans laquelle elle ne trouve pas ou plus sa place.
ES : Est-ce que cette «expertise» ne vous conduit pas à penser à d’autres actions, d’autres interventions pour prévenir le suicide?
BL : Nous avons des projets en effet dont un a pu se concrétiser grâce au soutien financier de Cera Holding: il s’agit de la création de groupes de parole pour les personnes touchées par le suicide d’un proche. Nous sommes en effet régulièrement contactés par des proches endeuillés et, jusqu’il y a peu, il n’existait rien pour eux. Les proches n’ont pas nécessairement besoin d’une thérapie mais ils cherchent à parler, à rencontrer d’autres personnes qui ont vécu la même chose. Depuis décembre 2000, un premier groupe de parole a vu le jour à Bruxelles et d’ici l’automne 2001, notre objectif est de créer un groupe de parole dans chaque province.
ES : Vous parlez de groupe de parole et non d’entraide, pourquoi?
BL : A la différence des groupes d’entraide, le groupe de parole que nous proposons est encadré par un professionnel de l’écoute formé à l’accompagnement du deuil. Les personnes ont besoin d’un lieu de parole qui fait tomber les tabous, qui n’oblige pas à se justifier, pour partager avec d’autres ce vécu. Le professionnel est là pour accompagner les personnes dans leur processus de deuil, favoriser la parole, garantir le cadre (confidentialité, respect).
Avant de participer au groupe de parole, il y a un entretien individuel pour évaluer si le groupe de parole est une réponse adaptée pour la personne endeuillée, s’il ne vaut pas mieux lui conseiller une psychothérapie. Concrètement, nous proposons des rencontres bimensuelles sur une période de 6 mois dans un groupe fermé (c’est-à-dire qu’il n’y a pas d’entrée en cours de groupe).
ES : Quels sont vos liens avec les structures de santé mentale?
BL : Nous sommes membre de la Ligue d’hygiène mentale et nous participons à certaines réunions de concertation. Mais nous avons une place un peu particulière: nous n’avons pas de médecin dans l’équipe, nous travaillons avec des bénévoles. Tout cela nous met un peu en difficulté en termes de reconnaissance quant à la spécificité et à la qualité de notre travail.
ES : La santé mentale est une des priorités du programme quinquennal de promotion de la santé en Communauté française. Avez-vous des projets en promotion de la santé?
BL : Nous avions rentré un projet. Nous voulions proposer des actions dans les écoles car déjà à l’école, il est possible d’aider les enfants à développer leur confiance en eux, à apprendre à dépasser des situations de conflit, de stress et ainsi à résoudre des problèmes personnels sans imaginer l’irréparable. Mais notre projet n’a pas été accepté et nous nous sentons maintenant un peu démunis vis-à-vis de ce secteur malgré l’aide ponctuelle que nous avions reçue d’un Centre local de promotion de la santé.
Nous avons aussi d’autres projets que nous ne pouvons développer actuellement faute de moyens: accompagner les proches de personnes suicidaires, accompagner à l’hôpital les personnes qui ont fait une tentative de suicide: en effet, tous les services d’urgence ne proposent pas une rencontre avec un psychiatre et une fois traitée médicalement, la personne suicidaire est simplement renvoyée chez elle…
Ce ne sont certainement pas les projets qui manquent!

Pour obtenir des renseignements complémentaires, vous pouvez vous adresser au Centre de prévention du suicide, place du Châtelain 46 à 1050 Bruxelles, tél.: 02-640 51 56.

La prévention du suicide et la Province de Liège

Le 30 Déc 20

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Parmi les provinces belges, celle de Liège occupe une des premières – et peu enviables – places avec un nombre de 293 décès annuels par suicide soit 29 suicides par 100.000 habitants (statistiques de 1996). Plus de 30% des personnes décédées par suicide avaient déjà tenté de se suicider au cours de leur vie. Parmi elles, plus de 10% avaient déjà fait une tentative de suicide dans les 12 mois précédents.Dès la fin 1992, le Conseil provincial a mis en place une Commission provinciale suicide ayant pour objectifs de conseiller la Province de Liège et sa Députation permanente afin de démystifier le suicide, de diffuser une information, de mener des actions de prévention et d’apporter une aide aux personnes ayant fait une tentative de suicide ainsi qu’à leur entourage.
Depuis lors, plusieurs actions ont été menées.

  • Un dépliant «Prévenir le suicide. Et si on en parlait» a été édité et diffusé auprès des hôpitaux, des services médico-sociaux, des médecins généralistes,… afin de toucher le public concerné dans des lieux adéquats. Il a présente brièvement l’ampleur de la problématique, explique que le suicide révèle une détresse et qu’il faut être attentif à certains signaux d’alarme. Ce dépliant renseigne également un numéro de téléphone pour les personnes suicidaires (celui de la Maison du social de la Province de Liège).
  • Des journées d’études autour du thème du suicide ont été organisées à plusieurs reprises comme celle sur le suicide chez l’adolescent.
  • Un centre spécifique, destiné à l’accueil et à l’orientation de jeunes patients suicidaires a été créé; il s’agit du Centre Patrick Dewaere à Lierneux.
  • Des formations ont été mises en place pour les travailleurs psycho-médico-sociaux, les infirmiers, les médecins généralistes mais également les directions et le personnel d’encadrement des établissements scolaires. Le but était de les aider à mieux connaître les déterminants de l’acte suicidaire, à établir une meilleure relation thérapeutique avec le patient et sa famille et à mieux orienter la personne vers une prise en charge adéquate.
  • Une équipe de première intervention est également opérationnelle; elle a pour mission d’intervenir gratuitement sur demande des directeurs d’établissements scolaires en cas de suicide ou de tentative de suicide d’un élève ou d’un de ses proches mettant en difficulté la classe et/ou l’équipe pédagogique.
  • Une semaine provinciale annuelle de prévention du suicide a été organisée. Cette année, elle avait comme particularités, la distribution de 10.000 boîtes de Fepalcon ® (voir encadré) et la présentation d’une exposition «Les maux n’auront pas le dernier mot».

Comme vous pouvez le constater, les actions et interventions ont été nombreuses ces dernières années. A la lecture du dossier et suite aux contacts pris, je reste cependant sur ma faim quant à l’impact et aux effets obtenus auprès de la population. Les promoteurs font état de réactions très positives, d’appels nombreux. Même si on peut comprendre qu’il est difficile d’évaluer ces actions en termes de diminution du nombre de décès par suicide et de tentatives de suicide en Province de Liège – les facteurs influençant le suicide étant multiples et difficilement contrôlables par des actions de prévention uniquement – il me paraît indispensable d’évaluer l’impact des actions menées: le nombre d’appels, le nombre d’interventions sont des informations de base mais elles sont à compléter par une approche qualitative: comment a été reçue la boîte de Fepalcon ® suivant les publics touchés, est-ce adéquat de renseigner un numéro non spécifique pour des personnes suicidaires,… Nul doute que ces questions soient prochainement abordées par les promoteurs!

Pour toute information complémentaire concernant ces actions, vous pouvez vous adresser à la Maison du social de la Province de Liège, tél. : 04-232 31 48.

Fepalcon®

C’est quoi le Fepalcon®?

Un antistress, pas de la morale.
C’est donner un break à ta déprime pour éviter le hara-kiri.

Quand l’utiliser ?

  • Lorsque ton désespoir a besoin d’une mi-temps
  • Quand ton mal de vivre reste incompris
  • Quand l’angoisse habite ton cœur
  • Lorsque le rêve n’est plus dans tes nuits, ni dans tes jours

Quelles sont les mesures à prendre lors de l’utilisation du Fepalcon®?

  • Ne te voile pas la face, tes problèmes, il faut en parler
  • Le silence mène à la catastrophe

A qui peux-tu t’adresser?

  • A qui t’as envie: tes amis, tes proches, tes parents, tes profs, ton médecin.
  • T’as personne à qui parler, pour une orientation, unité d’informations et de documentation sur le suicide: Maison du social de la Province de Liège 04-232 31 48.

Que contient le Fepalcon®?

2 caraques « noir extrême » et 1 caraque « lait pleine saveur » du chocolatier Galler.
(extrait de la notice d’utilisation)

L’idée est ingénieuse: une copie presque conforme d’une boîte de médicament antidépresseur, mais donnant un message de prévention. Cette idée vient de Suisse (une collaboration entre deux pays très «chocolat»donc!) et plus particulièrement de Children Action-Genève; elle y était cependant quelque peu différente puisque les boîtes de Fepalcon ® étaient vendues au profit d’associations luttant contre le suicide.
Chez nos amis liégeois, les 10.000 exemplaires étaient distribués gratuitement dans le cadre de la semaine annuelle de prévention du suicide – version 2000. L’idée est sympa, et se veut une sorte de clin d’œil pour ceux qui pensent au suicide. Le chocolatier Galler, qui fournit le chocolat, veut par cette action donner un peu de bonheur. Cela fait penser à la maman qui donne un bonbon, une douceur sucrée à son rejeton pour éteindre ses frustrations. Mais une douceur, est-ce toujours adéquat ?

Support social et suicide

Le 30 Déc 20

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Dans le cadre du colloque «Santé mentale, santé sociale», organisé en octobre 2000 par la Commission de coopération et de développement de l’Association des services de psychiatrie et de santé mentale (CODAPSY), le Service de santé mentale «Le Méridien» avait invité Michel Toussignant (1)(Québec) à présenter une recherche en matière d’approche communautaire pour contrer le suicide.

Il était une fois Causapscal…

Il s’agit de l’histoire d’une petite localité du Nord-Est du Québec comptant quelque 2000 habitants. Cette communauté était confrontée à une sorte de phénomène de suicide par contagion: 6 suicides sur une période de 14 mois suivis de 10 tentatives de suicide graves. C’était une tragédie pour la communauté!
Mais pourquoi cette communauté-là? Vue de l’extérieur, cette petite ville paraissait un lieu idyllique: un endroit tranquille près d’une rivière où on pêche le saumon. Vue par les habitants, par contre, cette ville était un trou: elle souffrait de stagnation économique, les leaders de la communauté avaient migré, les jeunes partaient étudier ailleurs et ne revenaient pas, il n’y avait plus beaucoup d’activités non plus.
Le climat social se détériorait: il y avait une sorte de sentiment de jalousie entre les habitants qui n’acceptaient pas que l’un des leurs relève la tête. On n’osait plus non plus demander «Comment ça va?» de peur de recevoir des confidences pénibles, personne ne voulait plus entendre les difficultés ni la vulnérabilité de l’autre. La communauté était caractérisée par une sorte d’étanchéité sur les difficultés vécues par les individus. Mais rien n’était dit de cette difficulté.
A un moment donné, la population a commencé à se solidariser autour du problème. Des citoyens se sont unis à des intervenants communautaires pour contrer le suicide. Ensemble, ils ont proposé des actions collectives: ils ont organisé des Olympiades, auxquelles 10.000 personnes ont participé dans une ambiance très conviviale; ils ont distribué des rubans « V » pour symboliser la vie contre la mort, ils ont amené des bouquets de fleurs pour faire un V, ils ont aménagé des jardins communautaires, la Maison des jeunes a réalisé une pièce de théâtre,… Toutes ces actions collectives ont permis de recréer du lien social, de refaire circuler la parole, de redonner du sens.
La dynamique est venue de la communauté elle-même. Tous les gens ont participé à l’action collective, ce n’est pas resté un problème entre les seules mains des experts. La communauté a perçu ainsi qu’elle pouvait avoir une maîtrise sur son évolution, son destin.

Soutien social et résilience communautaire

Qu’est-ce que la communauté met en œuvre pour aider les individus à passer à travers les épreuves? Comment se structure-t-elle pour soutenir ses membres? Comment est-elle elle-même résiliente et renforce-t-elle la résilience de chacun?

Résilience?

Le mot de résilience est emprunté à la physique, il désigne la capacité de résistance d’un matériau à la pression et aux chocs. Transposé dans le domaine psychologique, il exprime la capacité de l’être humain à résister et à s’adapter à des situations difficiles. En latin, le verbe resilire ajoute une notion de ressaut, de revenir en sautant, de capacité de rebondir après avoir subi le recul du coup.
La théorie de la résilience veut favoriser une action sociale qui veillerait à développer davantage les facteurs de protection et non plus seulement les facteurs de risque. En ce qui concerne le sujet résilient, on cite le plus souvent l’estime de soi, la sociabilité, le don d’éveiller la sympathie, un certain sens de l’humour, le développement d’un projet de vie,… En ce qui concerne l’entourage, on (re)découvre l’importance de la famille ou plus précisément, la présence d’un ou de plusieurs adultes qui éveillent la conscience de l’enfant et lui font confiance. Plus largement, on évoque encore l’importance du soutien social. Autrement dit, la résilience cherche à mobiliser toutes les ressources (matérielles mais aussi philosophiques, morales,…) des personnes, de leur entourage, des réseaux sociaux, sanitaires, éducatifs afin de dégager pour les personnes concernées un nouveau chemin de vie.
(d’après un article de Christian Van Rompaey (En Marche n°12224, 4.01.2001))

Telles étaient les questions auxquelles cette communauté (mais aussi nos sociétés industrialisées) était confrontée: une communauté où la valeur de l’autonomie était prônée à l’excès, où on devait se débrouiller tout seul.
Un des suicidés, un jeune de 16 ans, s’était donné la mort dans la cour de l’école: il avait laissé une lettre disant «Oui, j’ai besoin de votre aide, de votre attention mais si je profite de votre aide, je suis un échec» et la seule issue pour lui a été de se suicider. Au départ, il a été considéré comme un héros local, tout le monde était venu à l’enterrement; en faire un héros, c’était une façon pour la population d’abdiquer la culpabilité, la responsabilité sociale.
Mais il a fallu changer les normes, changer l’idée qu’il faut se débrouiller tout seul dans la vie. La communauté s’est alors mobilisée pour structurer et aider les individus à surmonter les difficultés. C’est ce que les actions collectives ont permis de signifier aux membres de cette communauté, ce qui a permis de renouer le dialogue entre eux, de redonner une valeur positive aux échanges et au support que chacun peut apporter et recevoir. C’est ce processus de résilience communautaire qui a eu pour effet d’enrayer le phénomène suicidaire de la communauté.

Texte rédigé avec l’aide de Nathalie Thomas et Benoît Van Tichelen (Centre de santé mentale «Le Méridien») à partir de l’intervention de Michel Toussignant (1) Michel Toussignant est professeur de psychologie à l’Université du Québec à Montréal. Après des recherches anthropologiques au Mexique et en Equateur, il poursuit ses travaux entre autres sur les comportements suicidaires chez les jeunes et sur les adolescents migrants.

Prévention et médecine générale

Le 30 Déc 20

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La prévention et les dodécagroupes (1)? Quel rapport nous direz-vous? Eh bien, depuis peu, l’Institut de médecine préventive de la Société scientifique de médecine générale (SSMG), a lancé un projet pilote, visant à favoriser l’intégration de pratiques préventives dans l’activité des médecins généralistes. Les objectifs plus précis de ce projet sont repris dans l’encadré ci-dessous.

Les objectifs du projet «Prévention – dodécagroupes»

Dans un délai de deux ans:

  • augmenter le nombre d’activités (en termes de formation et de publications) liées à la promotion de la santé au sein-même de la SSMG;
  • arriver à ce qu’une quinzaine de groupes de médecins généralistes mènent à bien une démarche de prévention dans un domaine considéré comme pertinent scientifiquement, et en définissant eux-mêmes (avec un accompagnement méthodologique) objectifs, stratégies et indicateurs;
  • augmenter le nombre de médecins de terrain soutenant la participation des patients à la prise en charge globale de leur santé tout en évitant une dérive vers un «terrorisme préventif».

L’enjeu de la prévention en médecine générale

Le médecin généraliste voit ses missions régulièrement redéfinies et précisées. A l’heure du Dossier médical global (DMG) – et de son pendant informatisé le DMI -, à l’heure d’une politique de ‘revalorisation’ de la première ligne, à l’heure où le concept de promotion de la santé commence à être connu des professionnels de santé, il est clair que le médecin généraliste ne peut plus faire l’impasse sur certains aspects non curatifs de sa pratique. Dans le domaine de la promotion de la santé, cela ne signifie pas tout réinventer. Les omnipraticiens posent tous, dans une mesure variable, des actes de médecine préventive (ils vaccinent, prescrivent des dépistages, participent à des campagnes de prévention telles la lutte contre le tabagisme, la prévention de l’ostéoporose, etc.).

Les atouts du médecin de famille

Le médecin généraliste occupe une place de choix pour être acteur de promotion de la santé. A côté des grandes structures verticales et de la médecine spécialisée qui visent un public (ONE, médecine du travail, gériatrie) ou un problème particulier (gynécologie, rhumatologie, etc.), la médecine générale a plusieurs atouts.

L’accessibilité

Répartis sur l’ensemble du territoire de la Belgique, les omnipraticiens sont géographiquement accessibles. De plus, ils se déplacent jusqu’au domicile des patients. Selon L’enquête de santé de 1997, 93% des Belges ont un médecin traitant et 75% le consultent au moins une fois sur l’année.

La globalité

Au cours d’une même consultation, le médecin peut par exemple passer d’un traitement pour maux de gorge aux difficultés que le salarié rencontre lorsqu’il a eu une incapacité de travail.
Globalité veut aussi dire diversité des points abordés lors de la relation patient-médecin. En France, il a d’ailleurs été démontré que dans 45% des séances (consultations et visites à domicile) de médecine générale, ce sont plusieurs problèmes qui sont exposés au praticien (le nombre moyen de problèmes abordés est de 2,8).

La continuité

Les patients sont fidèles. Une enquête du Généraliste en 1992 avait tenté d’approfondir cette question, soulignant que les raisons évoquées par les patients pour expliquer un changement de médecin traitant étaient principalement peu évitables: un déménagement du patient ou l’arrêt d’activité du médecin. Venaient ensuite l’âge du médecin, son manque de disponibilité, une erreur de diagnostic (3%) puis le fait de donner trop de médicaments. En règle générale, le patient exprime donc une forte confiance en son médecin traitant.

La personnalisation des soins

Le médecin généraliste est un médecin de proximité. Il connaît l’environnement familial, social, physique, etc. de ses patients. De plus, il les suit dans le temps, parfois de la naissance à la maturité. Il peut donc tenir compte des particularités de chacun dans leur démarche de santé. Dans la pratique médicale, le savoir est valorisé par la faculté, le savoir-faire par la clinique et le savoir-être par le malade. A cette condition, le médecin soigne non plus l’organe malade, mais l’homme souffrant, sachant que celui-ci est immergé dans une culture qui lui est propre (représentations, valeurs, etc.), une condition sociale (mode de vie, etc.) et relationnelle (couple, famille, etc.).

Les attentes des patients

Vis-à-vis de la médecine préventive, les patients sont, contrairement à la perception de nombreux médecins, demandeurs (implicites) de propositions préventives et apprécient les initiatives de leur médecin dans ce domaine.

Les difficultés de la prévention

Etre acteur de promotion de la santé et prendre en charge de manière globale et systématique la santé de ses patients, cela n’est pas simple. Les exemples sont nombreux en la matière. Ainsi, en 1992-94, une étude auprès de médecins généralistes de la Communauté française sur leurs pratiques préventives quant à trois thèmes montrait que:

  • près de 40% des médecins disaient proposer un dépistage systématique du cancer du sein et près de la moitié (46%) le faisaient de manière occasionnelle;
  • concernant la vaccination des enfants, 46% disaient être systématiques alors que 38% avouaient en avoir une pratique occasionnelle;
  • dans le domaine de l’arrêt du tabagisme, la pratique préventive était encore plus rare puisque 78% n’en faisaient pas, moins de 1 généraliste sur 5 le faisait occasionnellement et 5% seulement de manière systématique.

Lorsqu’on interroge les médecins, les arguments cités pour expliquer la non systématisation de certaines pratiques préventives sont nombreux:

  • les problèmes de communication avec les patients («le motif de la consultation ne se prête pas à de la prévention», «les patients ne font pas de demande», etc.). Et pourtant, on sait que la demande des patients est réelle: selon une étude de Europep Task Force, en Belgique, 59% des patients wallons seulement considèrent que l’offre des médecins généralistes en matière de prévention est excellente;
  • le fait que d’autres intervenants prennent en charge certains actes préventifs (médecine du travail, ONE, etc.), ce qui atténue le sentiment de responsabilité du médecin généraliste face à ces activités;
  • le manque de consensus, de stratégies claires et pratiques, d’outils;
  • le manque de temps et la lourdeur des actes administratifs liés à ce type d’activité, ou l’absence d’honoraires permettant de valoriser le temps consacré à la prévention;
  • le manque de formation à la prévention, le cursus universitaire étant tourné vers le curatif, habituant à ce que chaque acte posé ait un effet visible.

Or, il est démontré que les mesures préventives sont d’autant plus performantes que le médecin est lui-même convaincu par ce qu’il propose et qu’il se montre capable de motiver son patient. Autrement dit, pour que l’omnipraticien puisse inciter son patient à participer à la prise en charge de sa santé, il faut d’abord qu’il soit lui-même soutenu dans cette démarche.

Les précurseurs

En 1998, deux dodécagroupes et un GLEM (2) s’étaient portés volontaires pour être des groupes-pilotes dans notre démarche. Ils ont été rejoints en 1999 par cinq autres dodécagroupes. Chacun des groupes définissait par consensus en son sein un thème de prévention et une méthode de travail.
Ces précurseurs ont essuyé les plâtres et de nombreux enseignements peuvent être tirés de cette première phase: le choix du thème notamment était une des premières embûches sérieuses (voir encadré).
Relevons quelques-uns de ces enseignements:

  • dans le choix du projet par le groupe, mieux vaut ne pas être trop ambitieux et commencer par un thème simple et faisable;
  • il faut garder à l’esprit une double préoccupation: à la fois lancer une dynamique de groupe et faire en sorte que chaque médecin pris séparément trouve quelque chose d’intéressant au projet et l’applique dans sa pratique;
  • il est important de constituer une cellule de 2 à 3 médecins responsables du projet pour chaque dodécagroupe;
  • il importe d’affronter d’emblée un obstacle, la méconnaissance qu’ont de nombreux médecins quant aux réelles attentes de leurs patients en matière de prévention et de gestion globale de la santé;
  • il faut tenir compte de l’hétérogénéité de chaque groupe: il en résulte des difficultés de consensus pour le choix du thème, des objectifs et des stratégies de chaque projet. De ce fait, un encadrement scientifique et méthodologique est nécessaire.

Les actes préventifs de base

D’un point de vue général, les accompagnateurs du projet soulignent ‘qu’avant de se lancer dans un projet, une revue de la littérature scientifique s’impose afin de situer l’acte préventif choisi: combien de personnes sont concernées par le problème? Allons-nous en dépister suffisamment pour que cela soit intéressant? Risque-t-il d’y avoir beaucoup de faux positifs? Et de faux négatifs? Une fois le dépistage effectué, que pouvons-nous proposer au patient? Sa santé (y compris sa santé mentale face à un nouveau diagnostic) sera-t-elle améliorée? […] N’oublions pas qu’au bout du compte, une question reste essentielle: est-ce que ce projet sera utile à mon patient?’
Pour rappel, dix actes préventifs de base sont confirmés comme utiles et pertinents par les experts belges: mesurer le poids et la taille, mesurer la tension artérielle et la cholestérolémie, conseiller aux personnes âgées un examen de l’ouïe et de la vue, examiner la peau et l’hygiène dentaire, réaliser les vaccinations, le frottis de col de l’utérus, les mammographies de dépistage du cancer du sein. On peut y ajouter la prévention des signes de la ménopause. Ces actes sont retenus parce qu’ils répondent aux critères d’inclusion dits ‘simultanés et nécessaires de Frames’. Ceux-ci sont:

  • la maladie dépistée doit être fréquente, c’est-à-dire que son incidence et/ou sa prévalence doivent être suffisamment élevées pour justifier le dépistage en tenant compte des coûts (matériels et humains, en ce compris l’impact anxiogène des faux positifs et la réassurance injustifiée des faux négatifs);
  • elle doit être grave, c’est-à-dire avoir un effet significatif sur la quantité de vie (mortalité) et sa qualité (morbidité);
  • elle doit être clairement distincte de la normalité. Son cours doit être connu et son stade pré-symptomatique bien défini par rapport au stade clinique;
  • le traitement au stade pré-symptomatique doit réduire la mortalité et la morbidité de façon plus marquée que le traitement après l’apparition des symptômes;
  • la maladie doit être traitable et contrôlable en tant que phénomène de masse;
  • toutes les facilités de diagnostic et de traitement des sujets positifs au test de dépistage doivent être disponibles;
  • le programme de dépistage ne sera mis en place qu’après avoir examiné les autres priorités sanitaires dont la réalisation entraînerait un coût identique à celui de ce programme.

Entretemps, huit autres animateurs de dodécagroupe/GLEM se sont inscrits de manière à participer en 2000-2001 à la même démarche. Une première réunion leur fut proposée. Les échanges entre les médecins présents furent nombreux. De la discussion, relevons les points suivants:
En matière de prévention, il y aurait un problème de recommandations . Les messages changent en fonction des auteurs (spécialistes, firmes pharmaceutiques, etc.) et au cours du temps. On ne sait plus à qui se référer. A tel point que certains groupes se sentent obligés de réinventer la roue alors qu’il y a peut-être sur le sujet un consensus méconnu (voir à ce propos l’encadré sur les actes préventifs de base).
Il faut savoir parler de prévention à ses patients. Faut-il aborder le sujet de la mammographie, par exemple, avec une patiente venant pour une angine? Pour certains, cela paraît difficile, pour d’autres pas du tout. Il faut aussi pouvoir contacter l’ensemble des patients concernés par une même problématique. Ce n’est pas simple. C’est pourquoi, plutôt que faire un peu de tout, il vaut sans doute mieux commencer par travailler sur un thème de prévention et essayer de mener celui-ci à bien.
Une campagne médiatique peut parfois aider le médecin généraliste dans sa démarche de prévention. Mais ce n’est pas l’essentiel. Par contre, ce qu’il faut absolument, c’est que le médecin soit lui-même convaincu de l’efficacité de l’acte préventif qu’il pose. Dès que le médecin y croit, cela marche!
La prévention n’a pas de résultats palpables comme en a le curatif. De plus, en matière de dépistage, le patient n’est pas nécessairement reconnaissant lorsqu’on lui trouve un problème de santé qu’il ignorait. Ce n’est donc pas valorisant pour le médecin.
Les médecins font de la prévention, mais de manière très différente les uns des autres. Ils sont très individualistes . Pour travailler ensemble dans ce domaine, il est nécessaire de créer une ambiance de confiance dans le groupe, de façon à ce que chacun puisse s’exprimer sans crainte.Un appel est lancé aux membres et responsables de dodécagroupes intéressés, pour qu’ils s’associent à la démarche. L’Institut de médecine préventive proposera un soutien effectif à ces groupes (voir encadré). Pour en savoir plus, vous pouvez vous adresser au Dr Pascale Jonckheer, SSMG, rue de Suisse 8, 1060 Bruxelles.

Ce programme est subventionné par la Communauté française. (1) Le Dodécagroupe est un groupe fermé d’environ 12 médecins se réunissant en moyenne dix fois par an, autour de leur animateur, pour aborder un sujet médical selon une optique essentiellement pratique. Les médecins de famille y sont co-gestionnaires de leur formation. La garantie de la qualité scientifique est assurée par la présence d’un expert. Le programme des sujets de réunions est établi à l’avance. Les thèmes sont proposés par les participants en fonction de leurs besoins.
(2)Pour groupe local d’évaluation de la pratique médicale. L’accord national médico-mutuelliste prévoit que le médecin qui souhaite être accrédité prête son concours à des initiatives d’évaluation de la qualité organisées par les pairs.
L’accréditation est un label de qualité attribué aux médecins qui répondent à certaines exigences. Le GLEM est un groupe monodisciplinaire, local ou locorégional, de 8 à 25 médecins.

Les axes de collaboration proposés par l’Institut de médecine préventive

Rencontrer les membres des dodécagroupes volontaires pour définir avec eux la logique du projet
Les membres du dodécagroupe assurent eux-mêmes la mise en place d’un projet local. La mise sur pied d’une cellule de 2 ou 3 membres désignés comme responsables du projet est souhaitée. L’expérience de 1999 nous montre en effet que la dynamique du groupe se voit renforcée lorsque quelques personnes se soutiennent.Préparer les animateurs volontaires à la démarche de projet, notamment sur le plan méthodologique (comment définir un objectif, etc.):

  • en proposant une formation de base aux animateurs volontaires;
  • en proposant un accompagnement méthodologique des animateurs volontaires par un permanent de la SSMG;
  • en proposant des outils que les animateurs pourraient finaliser entre eux en fonction de leurs besoins (résumé des enquêtes sur les difficultés des médecins généralistes en matière de médecine préventive, présentation d’un échéancier “ papier ” et d’échéanciers informatisés, grille d’items préventifs en médecine générale, présentation d’actions concrètes réalisées en médecine générale, présentation du Guide canadien de médecine préventive…) ;
  • avec l’aide de personnes-ressources extérieures, ayant une maîtrise de la gestion de projet et de la dynamique de groupe.

Travailler les difficultés que les médecins généralistes rencontrent quand ils veulent pratiquer régulièrement et utilement des actes de médecine préventive :

  • identifier ces difficultés et en discuter pour les dépasser;
  • insister sur les attentes des patients et motiver les médecins en soulignant la valorisation de leur image face à leurs patients et le bénéfice en termes de santé publique; travailler avec eux le dialogue et la participation des patients.

Assurer que chaque projet s’inscrive dans un consensus scientifique
En effet, notre phase-pilote nous a appris que le consensus de certains groupes s’établissait sur des thèmes non reconnus comme prioritaires.
Une proposition de 5 ou 6 thèmes de prévention devrait limiter le choix en fonction de critères scientifiques d’efficacité et de faisabilité.
Chaque dodécagroupe consacre une soirée à définir ses objectifs, un thème (par exemple la vaccination, la mammographie, etc.), ses stratégies, ses méthodes, etc. en sachant qu’atteindre un consensus n’est pas toujours possible.Proposer un contrat d’engagement réciproque ‘dodécagroupe – SSMG’
Pour sa part, la SSMG assure la mise à disposition des moyens et chaque dodécagroupe s’engage à assurer le suivi du projet choisi pendant un minimum de 2 ans. Cela implique de consacrer régulièrement une partie du temps de travail du dodécagroupe à l’évolution du projet et aussi de réaliser une évaluation trimestrielle de ce dernier.Organiser les échanges d’expériences entre dodécagroupes participants

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Au Bempt, la sollicitude pour combattre la solitude 

Le 30 Juin 26

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Narcotrafic, santé mentale, histoires familiales : au sein du groupe d’entraide du Bempt, aucun sujet n’est tabou. Le travail communautaire se déploie dans une maison de quartier qui favorise l’émancipation et le pouvoir d’agir des femmes. 

En ce mercredi 13 mai, une douce odeur de café imprègne la salle commune de la fermette du Bempt, une maison de quartier de Forest. Julie Simon, animatrice socio-culturelle du Cerapss, Déborah Benarrosch et Maria Baoli (de l’asbl Cinédit – Smala Cinéma) s’apprêtent à accueillir les participantes du groupe d’entraide. « Grâce à vous, je me suis ré-ouverte au monde ! » a dit l’une d’elle à Virginie Milis, elle aussi animatrice socio-culturelle, qui a construit le projet en 2023 et vient de passer la main en avril dernier. En trois ans, cette initiative vise à créer une « communauté d’entraide » dans un quartier où de nombreux habitant.e.s se trouvent dans une situation socio-économique fragile. 

Claire, une jeune retraitée, arrive la première à la séance du jour, suivie de Jeannette, puis d’Asma, Marie-Claude et Sabah. Même si deux d’entre elles sont nouvelles, la discussion s’enclenche et tourne spontanément autour de leur état de santé, de leur souhait de faire des connaissances et de créer du lien. Un premier tour de table permet à chacune de se présenter. Certaines évoquent d’emblée leur solitude : « je n’ai pas tellement d’amies », « je vis seule » et leur envie de s’occuper avec d’autres : « Tu vas quel jour à la piscine ? » ; « je suis nouvelle à Forest, j’aimerais rencontrer d’autres personnes ». 

Charlène arrive avec un grand sourire. Elle marche difficilement et est accueillie à bras ouverts. « Charlène, c’est une battante, elle ne rate pas une seule rencontre » disent les participantes d’une seule voix. Depuis son AVC (responsable de son hémiplégie), elle doit réapprendre à parler et à marcher. Quand elle s’inscrit à une activité, elle y va et ne se pose pas plus de question que ça. Sasha arrive un peu en retard avec son fils porteur d’autisme. Mais à peine passé le pas de la porte, elle fait volte-face et repart aussitôt, sans un mot. « Je pense qu’elle a pris peur quand elle a vu tous ces nouveaux visages autour de la table, elle était très attachée à Virginie, et son départ a pu être difficile à vivre pour les participantes » explique Julie. 

Construire un espace d’émancipation sociale 

Pour favoriser l’émancipation sociale, le projet s’est élaboré autour de la construction d’une dynamique de solidarité au sein du quartier, par l’application des principes propres à la méthodologie du travail communautaire et au travail sur les compétences psychosociales (CPS). De ce fait, les objectifs spécifiques portent sur trois axes :  

1) le développement des CPS par le renforcement des pouvoirs d’agir individuel et collectif et tisser des liens de solidarité ;  

2) la participation de tous les acteurs et actrices du quartier ; 

3) le développement d’une prise de conscience individuelle, collective, sociale, politique et émancipatrice quant aux problématiques rencontrées. Au total, 47 moments de rencontres ont eu lieu en 2025, tels que des ateliers hebdomadaires artistiques et sportifs, des sorties culturelles et des événements de quartier. 

Au fil des rencontres, le groupe est peu à peu devenu un espace de reconnaissance mutuelle dans lequel les participantes se sentent en confiance. Les rencontres et les activités partagées ont favorisé le renforcement de l’empowerment individuel, conçu comme « la façon dont l’individu accroît ses habiletés, favorisant l’estime de soi, la confiance en soi, l’initiative et le contrôle » (Eisen, 1994, cité par Hofmann, 2006). Depuis le début du projet, les participantes sont de plus en plus impliquées. C’est ainsi que lors du lancement de l’année 2025-26, une des participantes a proposé au groupe de se doter d’un fil rouge. La thématique de la santé mentale a emporté l’adhésion des participantes qui faisaient le constat que la question est taboue dans certaines cultures. « Certains pensent qu’aller chez le psy c’est pour les fous, alors que ça peut faire tellement de bien ! » s’exclame une participante. 

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Crédits: Cerapss

Le jeu du crayon pour esquisser les besoins du groupe 

Pour favoriser l’empowerment collectif, qui « renvoie à un état où la communauté est capable d’agir en fonction de ses propres choix et où elle favorise le développement du pouvoir d’agir de ses membres » (Cultures & Santé, 2014), un travail autour de la dynamique de groupe a été initié à partir d’outils comme le « jeu du crayon ». Placées autour d’une table, les participantes ont tenu chacune un crayon, pour pouvoir, avec adresse et observation, réaliser un dessin commun (MADO Luxembourg, 2023). 

Dès le départ, les participantes ont également été invitées à s’impliquer dans le choix et la planification collective des activités. L’organisation et la participation aux événements, le partage de son vécu, et notamment des situations douloureuses, a fortifié le sentiment de compréhension mutuelle et de sollicitude : « Si l’une manque de glisser, l’autre la relève » déclare une participante. Tandis qu’une autre évoque la notion de « sororité », pour qualifier ce renforcement des liens de solidarité. 

Pour faire connaître le projet et favoriser la participation des habitant.e.s, l’équipe du Cerapss est allée à leur rencontre et a proposé des rendez-vous réguliers. Le groupe est aujourd’hui constitué exclusivement de femmes d’âges et de nationalités différentes. Cette non-mixité, aujourd’hui assumée, a pu aider certaines femmes à franchir le pas pour rejoindre le groupe. La présence lors des activités reste néanmoins aléatoire et peu prévisible, le nombre moyen de participantes étant de ce fait assez limité, d’autant que l’état de santé général des participantes et leurs réalités familiales entravent leur régularité ainsi que leur capacité à s’adapter aux contraintes horaires. 

La participation sociale, un objectif difficile à atteindre 

Le sociologue Pierre Périer rappelle dans son ouvrage Des parents invisibles. L’école face à la précarité familiale (2019) que l’expérience de la précarité est dominée par un sentiment d’insécurité sociale et temporelle. Le manque de protections et de ressources économiques et statutaires (chômage, emploi intérimaire…) défait le rapport au temps et opacifie les investissements dans l’avenir. L’affaiblissement des liens sociaux – une autre dimension de la précarité – accentue le repli sur la sphère domestique et l’isolement social des familles. Le support social est un facteur de protection contre la maladie, il renforce le sentiment de sécurité et aide à la gestion du stress (Observatoire de la Santé et du Social de Bruxelles, 2019). Au Bempt, les problèmes de santé et plus généralement les difficultés socio-économiques des participantes entravent leur possibilité de participer aux activités communautaires. 

Pour y remédier, l’intervenant.e social.e peut adapter l’objectif et le contenu des rencontres proposées. Selon Reza Kazemzadeh, psychologue, psychothérapeute familial et directeur du centre Exil,  l’objectif des réunions peut porter sur un contenu (cours de langue, cours de cuisine…), mais il peut aussi et avant tout être basé sur le relationnel et la création d’un lien. Dans le cas du groupe du Bempt, les réunions sont prétextes à l’échange informel et la rencontre, et permettent donc à toute personne de s’y sentir invitée, même lorsque son contexte de vie est chaotique et déstructuré. Ce type de rencontre, qui ne cible pas un possible “défaut” d’intégration ne risque pas de les stigmatiser, et peut être un levier pour briser la spirale de l’isolement social et de l’enfermement domestique (Périer, 2019).  

Fort de ces principes, les activités étaient axées au départ sur l’échange et le partage, et ont ensuite progressivement été organisées selon les besoins et demandes des participant.e.s. Elles représentent aujourd’hui un espace qui introduit « un tiers entre les institutions et le monde extérieur » (Périer, 2019, p.69), et permet aux participantes de se ré-ouvrir progressivement aux autres et au monde : « Ici on peut parler librement, sans jugement » ; « Depuis que je fréquente le groupe, j’ose faire des choses que je n’osais pas faire avant. Ici ou en dehors d’ici ». 

S’engager autour d’une problématique commune 

Ce climat de confiance a permis d’accompagner une prise de conscience individuelle, collective, sociale, politique et émancipatrice sur la problématique du narcotrafic. Le travail autour de cette préoccupation commune s’est fait au fil de 6 rencontres pour faire émerger leurs représentations autour des addictions, de la drogue et de mettre des mots sur les émotions. Elles ont permis de faire émerger des besoins : comprendre les bases du système judiciaire et le fonctionnement d’un procès, observer une audience en correctionnelle, et enfin découvrir les dispositifs existants pour accompagner les mineurs condamnés (dont le système des peines alternatives). 

Concernant la problématique de la santé mentale choisie en début d’année scolaire 2025-26, elle sert toujours de fil rouge durant les rencontres menées en partenariat avec l’asbl Cinédit, et ce sans être abordée frontalement. Comme le dit Déborah, animatrice de cette asbl, les ateliers créatifs proposés (photos, dessins, reportages…) visent la création et l’expérimentation collective. Selon elle, « il est actuellement rare de proposer des ateliers qui n’ont pas un objectif productif ou informatif ». Or, ce type d’atelier permet de s’exprimer autrement que par des mots et des discours. Ce sont des médias puissants et intéressants à expérimenter, surtout lorsque l’on souhaite aborder des thématiques sensibles telles que la santé mentale.  

S’exprimer à travers la photographie 

Quand Maria demande ce que les participantes souhaitent découvrir via la photographie, Marie-Claude réplique « On ne sait rien nous, mais on veut tout savoir ». Elle leur propose donc de partir sur l’art du portrait, en feuilletant des magazines posés sur la table. Petit à petit, chacune observe et fait semblant de prendre l’autre en photo pour s’approprier les différents cadrages et les effets de la luminosité. Chacune se complimente, et petit à petit, des demandes émergent : plusieurs montrent des photos personnelles à Maria et Deborah, et souhaitent apprendre à les retoucher. Charlène parle de la photo de son père, qui date d’avant sa naissance et qu’elle garde précieusement : la prochaine fois, Maria leur propose de les photographier avec une photo qui leur tient à cœur. Chacune repart avec des idées et de belles perspectives de découvertes et d’expression de soi, qui donnent envie d’une seule chose : revenir… 

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Crédits: Cerapss

Nous revoilà donc à la fermette du Bempt le 20 mai, et aussi le 27, pour à nouveau avoir la chance de partager un moment privilégié avec les participantes, qui dévoilent peu à peu leurs parcours de vie avec force et courage. Sacha a cette fois-ci franchi le pas de la porte et participe avec joie aux discussions et au projet. Les photos, personnelles ou apportées par Maria, servent de support à la discussion et font émerger les vécus et les émotions de chacune. « Moi aussi je pleure chez moi quand je suis seule, mais la vie est belle, ma chérie » dit Marie-Claude à une femme qui vient de parler d’un épisode douloureux de son enfance.  

Une participante prend dans ses mains une reproduction d’un tableau d’Auguste Renoir, qui représente une femme de profil. Elle aime ses couleurs pastel et le sentiment d’assurance du personnage. Elle évoque alors sa vie d’avant, qui l’avait isolée de tous : « j’habitais dans une caverne au milieu de la ville ». Victime de violence conjugale, elle a failli y laisser la peau : « ce n’est pas seulement au niveau physique et mental qu’il m’a touché, c’est jusque dans mon âme ». Malgré cela, « il n’a pas réussi à me détruire » dit-elle en nous regardant avec douceur et émotion. Elle exprime ensuite un de ses rêves : « j’aimerais être styliste, mais je n’ai pas l’argent, alors je couds mes vêtements à la main ». Maria lui propose de la photographier dans la même posture que celle de la peinture. Un peu plus tard, nous pouvons la contempler dehors en train de poser devant l’objectif : telle cette femme sur la peinture de Renoir, elle se tient la tête haute, avec un regard doux et assuré, comme pour redire « tu ne m’as pas détruite » ; « je suis en vie ». 

Revenir, c’est le souhait pour toutes ces femmes, mais pour combien de temps ? Alors que le lancement d’un groupe communautaire demande beaucoup d’investissement, de motivation, d’énergie et de temps, d’autant plus lorsque la population vit dans un contexte socio-économique défavorisé, sa pérennité n’est pas du tout assurée actuellement. Les rencontres ne pourront malheureusement se prolonger que jusqu’au mois de décembre 2026, faute de moyens financiers. Après le départ de Virginie, c’est tout un espace de confiance et d’émancipation qui risque de disparaître. Ces incertitudes créent un sentiment de crainte et de découragement dans le groupe. Si la stabilité des équipes était assurée, une vision à long terme dans les projets menés serait possible et permettrait au groupe de poursuivre ses réunions et son engagement pour plus de sororité, de justice et de dignité.

D’autres pratiques prometteuses contre le non-recours 

Dans la veine des activités menées à la fermette, Brusano publie un document de 17 pages reprenant les enseignements du Forum des pratiques prometteuses sur les dispositifs de lutte contre le non-recours aux services – qui a eu lieu en janvier 2026. Extraits choisis. 

Le rapport attire l’attention sur l’importance du soutien aux professionnel·les qui font face à plusieurs défis majeurs, où la question des limites professionnelles se pose régulièrement. Cette réalité complexifie les interventions et interroge les cadres d’action habituels. 

Certaines pratiques professionnelles issues du champ de la promotion de la santé sont particulièrement favorables à l’accompagnement des publics. Le principe du “faire avec” plutôt que “faire à la place de”, le travail à partir des ressources des personnes, la combinaison de l’accompagnement individuel et collectif, les ateliers thématiques et la création d’activités “prétextes” pour créer du lien, le travail en binôme. Ces pratiques ambitieuses et se déroulant sur le temps long, visent à favoriser l’autonomie des bénéficiaires, l’entraide entre pairs, la création de communautés informelles, et lutter contre l’isolement social. Elles permettent également de respecter la dignité et le rythme des personnes accompagnées. 

Elles nécessitent de soutenir les professionnels avec : 
• un aménagement du temps de travail pour les professionnel·les très exposé·es à la violence, la dureté des situations ; 
• la validation et le soutien de l’institution afin que les professionnel·les s’autorisent à prendre du temps pour eux·elles via des supervisions/communautés de pratiques/intervisions/réunions d’équipe sans avoir l’impression de prendre du temps aux bénéficiaires ; 
• la valorisation de la part de l’institution au temps donné par le·a travailleur·euse à faire réseau (pour mieux connaître et se faire connaître) et mutualiser les compétences ; 
• des intervisions ou supervisions avec un·e acteur·rice extérieur·e ou des espaces de parole au sein ou en dehors de l’institution (ex : Communautés de Pratiques) ; 
• la clarification du rôle des professionnel·les au sein de leur structure : jusqu’où accompagner, quand et comment orienter ? 
• un meilleur encadrement et des investissements institutionnels envers les personnes bénévoles. 

Références 

– Cultures & Santé. (2014). L’empowerment. Mise à jour en mai 2014. 
– Équipe G.1.2. Rapport d’activité de la Communauté d’entraide du Bempt – Année 2025. Forest, 2026 
– Hofmann, E. (2006). Comment évaluer l’empowerment des femmes défavorisées ? Éléments de réflexion à partir de projets de développement dans des pays du Sud Association Tombana. 
– MADO Luxembourg. (2023). Boîte à outils. Gouvernement du Grand-Duché de Luxembourg. 
– Observatoire de la Santé et du Social de Bruxelles. (2019). Tous égaux face à la santé à Bruxelles ? Données récentes et cartographie sur les inégalités sociales de santé. 
– Périer, P. (2019). Des parents invisibles. L’école face à la précarité familiale. Presses Universitaires de France. 

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Démarches communautaires : capitaliser sur l’expérience des personnes-relais 

Le 30 Juin 26

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Comment valoriser le vécu et l’expérience des participants à une démarche communautaire sans les instrumentaliser ? C’est une préoccupation partagée qui sous-tend la participation de personnes-relais aux formations dispensées par service support SESU santé communautaire porté par les Pissenlits. Retours d’expériences.

En ce lundi 4 mai pluvieux, sept personnes-relais rejoignent leur groupe de travail mensuel qui se tient dans le foyer des Pissenlits – à Cureghem au premier étage d’un bâtiment partagé avec la maison médicale du triangle. Depuis 2025, les personnes-relais animent une des quatre journées de formation à la démarche communautaire dispensée par le SESU. Elles ont déjà rencontré une cinquantaine de professionnel.les du secteur de la promotion de la santé.
Le relais en promotion de la santé concerne toute personne professionnelle ou non, association ou particulier qui relaie des pratiques de promotion de la santé. « Ici on travaille sur une expertise du vécu de la démarche communautaire, précise Frédérique Déjou coordinatrice institutionnelle et responsable du Service Support des Pissenlits. Les personnes relais ont acquis une vision, des repères méthodologiques, ça va au-delà d’être le relais d’un outil co-construit, au-delà de l’expertise du vécu ou de la pair-aidance, car elles jouent un rôle central de pont et d’accompagnement de proximité, et participent aussi au plaidoyer et à la formation des professionnels ».

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Une réunion du GT personnes-relais dans le foyer des Pissenlits à Cureghem – Crédit photo : Les Pissenlits Asbl

Du vécu à l’expertise : des trajectoires d’engagement

Autour de la table, les conversations vont bon train. Une équipe de capitalisation de Santé Publique France devrait bientôt faire une fiche CAPS sur l’expérience des personnes-relais aux Pissenlits. La troupe est enthousiaste. « Etre personne-relais, ça nous rend important » sourit Zaulikha qui vient depuis 10 ans. Elle se souvient que son engagement s’est renforcé progressivement. D’abord, elle a découvert les Pissenlits, participé à une activité, puis au fur et à mesure, relayé des informations, des choses vécues à Pissenlits dans différents contextes : sa famille, son entourage, avant de s’impliquer davantage.

Loubna s’est « invitée » pour devenir personne-relais. Elle avait participé au Journal Intime d’un groupe de femmes, une expérience fondatrice pour elle et fréquente les Pissenlits depuis 18 ans maintenant. Mais c’est par l’infirmière de sa maison médicale avec laquelle elle organise un groupe de marche qu’elle a entendu parler de la formation dispensée par le service support. « J’ai tout de suite voulu rejoindre les formateurs. C’est une façon de rendre aux Pissenlits ce qu’ils m’ont donné. Et puis, on se sent légitimes, c’est une fierté de former les professionnels,  » dit la quinquagénaire rayonnante.

« Pour devenir une personne-relais : il faut une certaine volonté, une certaine régularité confirme Jean Méli. Cela demande du temps et de l’implication. Mais on apprend beaucoup ». Ce médecin de santé publique pensionné participe aux activités de sensibilisation, de prévention et de formation des Pissenlits depuis 12 ans en particulier sur le sujet du diabète. « Nous agissons comme malades-experts, pour que les inégalités sociales de santé diminuent. Notre philosophie repose sur le partage des pouvoirs. Car une fois que chacun qu’il soit professionnel ou patient, prend conscience qu’il est partie prenante d’un système, il doit être capable d’entendre qu’il faut de partir des demandes des bénéficiaires ».

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Lors de la formation à la démarche communautaire, Bryce Vanstadt de l’asbl Nos Oignons participe à l’atelier animé par Jean Méli
Crédit photo : Les Pissenlits Asbl

« Ce n’est pas facile pour les professionnels »

Et la réciproque est vraie également ! Au cours de la formation aux démarches communautaires les professionnel.les ont demandé si les Pissenlits pouvait créer des jeux et des simulations pratico-pratiques sur les démarches communautaires afin qu’ils puissent les transmettre à leurs équipes.

L’idée de créer des outils fait des émules. Et Fatima, la plus ancienne de tou.te.s, car elle fréquente les Pissenlits depuis 27 ans, propose même de se rendre dans les structures au moins une fois pour rencontrer les équipes. « Ça permettrait de repartager les savoirs, s’exercer à transmettre, faire des petits travaux de groupe, qu’on puisse avoir un échange tous ensemble, signe-t-elle rapidement en langue des signes. Ce n’est pas facile pour les professionnels, fait-elle remarquer. La capitalisation, c’est graduel, c’est comme la croissance ou la digestion quand on a bien mangé », dit-elle en se frottant le ventre après avoir signé sa blague, provoquant les rires de l’assemblée.
Noémie Hubin, responsable de projet dans l’asbl, résume dans un flipchart le rôle de personne relais. Par souci de facilitation visuelle, elle a utilisé l’image du pissenlit : la graine en rose, l’aigrette en vert, forment ensemble un fleuron de pissenlit. Un bonhomme tient dans sa main droite des graines de ressources (expérience professionnelle, mode de vie, réseau personnel, savoirs expérientiels, savoirs théoriques, mode de vie), et dans sa main gauche l’aigrette des conditions (traduction, mise en confiance, gratuité des activités, non-jugement, mixité, liberté de parole, co-construction, repères de la démarche communautaire). Elle les mêle et essaime vers sa famille, ses amis, des associations, des professionnels, le corps médical, le grand public, au pays pour les personnes qui ont un parcours de migration.

Des formations qui changent les pratiques

Les premiers retours recueillis par le biais des formulaires d’évaluation soulignent des « échanges très concrets, très parlants, qui permettent de mieux comprendre les démarches communautaires ».

« La formation aux Pissenlits était passionnante. On sent que c’est solide, constate Fanny Campion, la coordinatrice de Cuisines de Quartier qu’Education Santé a pu contacter par téléphone. Ça nous a permis de voir que les personnes relais était actrices, c’est vraiment leur projet. C’était même un peu frustrant, parce qu’il y avait trois tables, trois sujets différents et j’avais plein de questions à leur poser sur leur rôle ! »

Pour sa structure « la démarche communautaire est cruciale. Là j’ai la méthode, leur formation est éprouvée, ça a planté plein de petites graines ». Fanny a décidé d’organiser un world café et d’inviter deux ou trois ambassadeurs pour la prochaine formation qu’elle dispensera. Elle transmettra aussi ce qu’elle a retenu des 4 jours de formation à son équipe dans le cadre des rendez-vous trimestriels de l’asbl, qui se déploie actuellement en Wallonie.
Les autres participants retiennent aussi qu’il faut « prendre en compte les réalités », que « les groupes ne vont pas tous vers l’autonomie ». Les animatrices des Pissenlits ont d’ailleurs insisté sur « l’importance de l’accueil », dans leur cas particulier : celui des personnes sourdes et sur l’importance de créer les outils le plus inclusifs possibles. « Ça nous parle car le public des cuisines de quartier est aussi très diversifié, certains se déplacent en fauteuil roulant, d’autres ne maîtrisent pas l’écrit » précise Fanny Campion.

Légitimité de parole et de participation

Les autres participants sont aussi conscients de l’importance de l’essaimage au sein de leurs structures même si l’organisation du travail est parfois un frein à la formation aux démarches communautaires. Certains ont demandé « à avoir des quizz, des outils d’animation pour partager les démarches communautaires avec leur équipe ».

« La rencontre avec les personnes-relais était particulièrement précieuse  », dit Bryce Vandystadt de l’asbl Nos Oignons qui développe des projets d’agriculture sociale et de soins à travers des journées collectives de maraîchage – malheureusement, l’asbl est contrainte d’entrer en dormance à la mi-octobre en raison de la perte de la plupart de ses financements.

Leur implication et leur fierté étaient palpables. « Ce sont des personnes à qui on confère un statut particulier. Ces personnes étaient usagères et maintenant elles ont des missions. C’est intéressant de constater la légitimité de leur parole et de leur participation. Ce qui m’a marqué c’est leur enthousiasme et leur satisfaction à rendre service à l’institution qui les a accompagné – comme un juste retour des choses. Et la fierté de partager le travail accompli auprès des professionnels de la promotion de la santé » ajoute-il.

Des espace-temps suspendus

Chez Nos Oignons, les volontaires sont défrayés, mais ils n’ont pas des statuts différenciés même si leur degré d’implication est plus important. « Après la formation, j’ai debriefé avec l’équipe de Nos Oignons, mais on a décidé de ne pas hiérarchiser. La formation nous a tout de même confirmé qu’on était sur la bonne voie. On soigne l’accueil, on est attentifs à ce que les personnes arrivent aux champs dans les meilleures conditions. On propose un espace-temps suspendu, hors de chez soi, et hors les murs où la personne n’est pas objet de soins, mais elle est actrice de sa santé ».

Aux Pissenlits, la matinée de debrief touche à sa fin et chacun repart à ses occupations. « Le groupe de personne-relais HUC+ [1] sont à nos côtés pour former les pros de santé. Le temps est un garde-fou quand on veut privilégier la participation citoyenne, précise Noémie Hubin. Deux logiques complémentaires sont à l’œuvre : la logique de projet – les HUC+ participent parce que le projet est issu de leur demande et parce que ce sont eux qui prennent les décisions– et la logique des compétences : le processus même fait santé ».

Pour aller plus loin :
– lespissenlits.be
– cuisinesdequartier.be
– nosoignons.org
– La collectivité au secours de la santé, interview de Marie-Pascale Minet permanente politique à la Fédération des maisons médicales parue dans En Marche en mars dernier. Pour elle, prendre soin de soi, c’est d’abord prendre conscience de « ce qui fait santé ». Notre bien-être ne relève pas seulement de notre responsabilité, c’est une affaire collective.

[1] Dans le jargon de la santé communautaire, HUC+ désigne les habitants, usagers, citoyens, etc

nurses repositioning patient in hospital bed for pressure ulcer prevention and safe nursing care

Vers un nouveau cadre pour promouvoir la santé au travail

Le 31 Août 26

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Le RESO, centre d’expertise en promotion de la santé (UCLouvain), publie les premiers résultats de son enquête collaborative sur la promotion de la santé au travail en Région wallonne. Pour coconstruire un cadre opérationnel entre le secteur de la promotion de la santé et le monde de l’entreprise en Wallonie, il faut lever de nombreux freins.

L’équipe du RESO s’est penchée sur la promotion de la santé en milieu professionnel en Région wallonne dans le cadre d’une recherche exploratoire et collaborative, soutenue par l’AVIQ et menée sur toute l’année 2025. Réalisée en collaboration avec Sandrine Ruppol du CESI (Service externe de prévention et de protection au travail) et Anaïs Peters – conseillère en prévention chez Effisens, elle vise à mieux comprendre l’articulation entre les compétences régionales et fédérales en matière de santé et de promotion de la santé au travail. Elle cherche aussi à étudier et définir un cadre opérationnel pour des stratégies d’actions optimales en promotion de la santé et prévention en milieu du travail.

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Dans une première phase du projet, l’équipe de recherche a mis en œuvre une démarche qualitative exploratoire reposant sur une série d’entretiens semi-dirigés et deux ateliers participatifs- pour un total de 20 entretiens : 9 auprès d’acteurs et actrices du secteur de la promotion de la santé, 8 auprès d’acteurs et actrices de la prévention en milieu de travail, et 3 auprès de personnes ressources. 

Des zones grises liées à la complexité institutionnelle

Premier constat : si le cadre international sur la promotion de la santé au travail est stable (lire plus bas), la santé et la promotion de la santé au travail en Belgique francophone s’inscrivent dans un contexte institutionnel complexe, marqué par une multiplicité d’acteurs et d’actrices et le partage des compétences entre le niveau fédéral et les entités fédérées, issu des multiples réformes de l’État. 

Les compétences en matière de santé au travail sont fédérales, tandis que la promotion de la santé est une compétence régionale. Cette répartition a des contours complexes, émaillés de chevauchements, d’exceptions et de restrictions. Et cette complexité institutionnelle et législative belge influence directement la manière dont les différents acteurs et actrices concerné.es par cette thématique l’investissent ou pourraient l’investir. 

Au niveau fédéral, la santé est régie par le Code du bien-être au travail (SPF Emploi, Travail et Concertation Sociale). Le Code du bien-être développe, encadre et règlemente la politique de bien-être dans les entreprises en fonction du nombre de travailleurs et travailleuses, du secteur de l’entreprise, des risques auxquels les personnes employées sont exposées, etc… A ce niveau, c’est donc l’axe prévention des risques qui est mobilisé pour réduire les risques et l’impact du travail sur la santé des travailleurs et des travailleuses. 

Tandis qu’au niveau régional, la promotion de la santé est une compétence qui s’inscrit dans un cadre législatif émanant de plusieurs entités fédérées :

  • le décret du 14 mars 2019 relatif à la promotion de la santé dans l’enseignement supérieur hors universités de la Fédération-Wallonie-Bruxelles ;   
  • le décret du 20 décembre 2001 relatif à la promotion de la santé à l’école de la Fédération Wallonie Bruxelles ;   
  • le décret du 18 février 2016 relatif à la promotion de la santé de la COCOF ;   
  • le décret du 3 février 2020 relatif à la promotion de la santé et la prévention de la Région wallonne ; 
  • le plan wallon de promotion de la santé et de prévention. 

Cette complexité apparaît difficile à appréhender et génère des zones grises dans la mise en œuvre des politiques tant au niveau de l’entreprise que des acteurs.

La prévention : mètre-étalon des actions en entreprise

Les propos recueillis lors de nos entretiens mettent en évidence que la prévention constitue la porte d’entrée quasi exclusive des démarches en entreprise. La promotion de la santé, telle qu’elle est définie par la Charte d’Ottawa (OMS, 1986) et dans le Plan de promotion de la santé de la Région wallonne (AVIQ, 2022) y  reste méconnue, peu mobilisée et difficilement intégrée dans les pratiques professionnelles. Sur le terrain, la distinction entre prévention et promotion de la santé est souvent perçue comme floue, voire inexistante. Certains acteurs et actrices les utilisent de manière interchangeable, d’autres n’utilisent pas le terme de promotion de la santé puisque la prévention est au cœur du dispositif de santé en milieu professionnel.  

Prévention et promotion sont pourtant conciliables ! En 2023, le projet REFORM P² montrait même que la prévention et la promotion de la santé doivent être envisagées comme des démarches complémentaires. Linda Cambon et ses collègues (2018), cités par Malengreaux et al., (2023) proposent d’envisager la prévention des maladies et la promotion de la santé comme deux concepts dont les stratégies d’intervention peuvent se recouper. Les auteurs considèrent qu’il existe une certaine porosité entre ces concepts, tout en reconnaissant qu’il est nécessaire d’inscrire la prévention dans une vision de promotion de la santé, en s’appuyant sur les principes, les valeurs et les stratégies qu’elle propose. En d’autres termes, la promotion de la santé apparaît comme un cadre pertinent pour réorienter les pratiques de prévention vers des finalités d’équité, de justice sociale et de renforcement du pouvoir d’agir des individus et des collectivités.

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Des activités de prévention peuvent ainsi s’inscrire dans une perspective de promotion de la santé, à condition de « s’intéresser aux ressources des personnes et des populations, pas seulement à leurs facteurs de risques, d’adopter une approche qui favorise la participation, et de prendre en compte la multiplicité des déterminants de la santé, dans le cadre des activités de soins et de prévention » (Aujoulat & Sandrin, 2019, citées par Malengreaux S., et al, 2023).

Des liens diffus et des angles morts

Les résultats de notre recherche de terrain mettent par ailleurs en évidence que le manque d’interconnaissance entre les acteurs et actrices de la santé au travail, de la promotion de la santé et du monde du travail constitue un frein majeur à la co-construction de démarches intégrées.

La diversité des intervenants et intervenantes, bien qu’elle représente une richesse en termes d’expertise et de ressources, s’inscrit aussi dans un paysage institutionnel complexe, susceptible d’alimenter des logiques de concurrence et de tension entre parties prenantes.

Enfin, toutes les entreprises ne disposent pas du même accès aux services et dispositifs de santé et d’accompagnement. De ce fait, l’accès à la promotion de la santé et à la prévention est inégal. Ainsi, les petites et moyennes entreprises (PME) peuvent se trouver désavantagées par rapport aux grandes organisations, principalement en raison de contraintes financières, humaines et temporelles, ce qui limite leur capacité à investir durablement dans des actions de promotion de la santé au travail. Ce constat issu de nos entretiens de terrain est confirmé par la littérature. Comme le soulignent Virtanen M., et al, (2025) si des progrès indéniables sont documentés en matière de promotion de la santé au travail, des réalités plus spécifiques comme celles des petites et moyennes entreprises, demeurent actuellement un angle mort dans la littérature, car elles sont moins représentées dans les études.   

Expérimenter un processus collectif

Au regard de ces constats, la deuxième phase de cette recherche va s’attacher à explorer les conditions d’un rapprochement plus effectif entre prévention et promotion de la santé, afin de développer un cadre opérationnel pour soutenir le déploiement de stratégies d’interventions efficientes en matière de santé et de promotion de la santé en milieu professionnel. En 2027, cette recherche-action se poursuivra dans deux entreprises wallonnes en collaboration avec deux CLPS partenaires pour observer, documenter, analyser et expérimenter un processus collectif permettant d’intégrer durablement la promotion de la santé dans les pratiques internes des entreprises.

Pour aller plus loin :

Pour en savoir plus sur l’ensemble de la démarche méthodologique et des activités déployées dans le cadre de la première phase de cette recherche, le rapport détaillé est disponible ici.   

Publication à venir : RESO publiera sous peu un « Lu pour vous » sur deux articles scientifiques récents : l’un examine les conditions d’efficacité des interventions (Virtanen et al., 2025), l’autre s’intéresse aux stratégies susceptibles d’améliorer l’implémentation des interventions de promotion de la santé en milieu professionnel (Wolfenden et al., 2018).

Un cadre international et des impulsions européennes

L’Organisation  mondiale de la santé (OMS) propose un cadre de promotion de la santé au travail fondé sur l’approche  « healthy settings », qui désigne les approches de promotion de la santé axées sur les milieux de vie, qui s’enracinent dans la stratégie de l’OMS « La santé pour tous » de 1980 et, plus spécifiquement encore, dans la Charte d’Ottawa. Celle-ci affirme que « la santé est créée et vécue par les personnes dans le cadre de leur vie quotidienne, là où elles apprennent, travaillent, jouent et aiment » (OMS, 1986).

Avant même la création de l’approche par les milieux de vie – dont le milieu du travail -dans les années 90, l’OMS posait d’ailleurs déjà le cadre de la promotion de la santé au travail, en la définissant comme « l’ensemble des actions visant à améliorer la santé et le bien-être des travailleurs, au-delà de la simple prévention des risques professionnels » (OMS, 1986). 

Elle repose également sur une logique de co-construction : les démarches gagnent en pertinence lorsqu’elles émergent des communautés concernées, dans une dynamique ascendante (bottom-up), attentive aux réalités locales. Cette approche promeut un équilibre entre pilotage institutionnel et implication active des parties prenantes et bénéficiaires, afin de conjuguer cohérence stratégique et ancrage contextuel (Dooris M., 2006).

En termes d’efficacité, l’approche par les milieux de vie présente plusieurs atouts liés à ces caractéristiques. Elle fournit un cadre global d’intervention et favorise l’appropriation des enjeux de santé par les acteurs et actrices concernés. Elle permet également d’examiner les liens entre les personnes, leurs environnements et leurs comportements, ainsi que les interactions entre différents groupes au sein d’un même milieu. Enfin, au sein d’une entreprise par exemple, elle aide à articuler plusieurs enjeux de santé de manière intégrée et encourage une vision à la fois interne et externe de l’organisation, notamment en soutenant la responsabilité sociale des entreprises et la prise en compte de leurs impacts sur la santé, la durabilité et les inégalités à différentes échelles (Dooris M., 2006).

Le déploiement d’un plaidoyer européen

Dans le cadre de l’approche par les milieux de vie, la création d’un Réseau européen de promotion de la santé au travail (European Network for Workplace Health Promotion, ENWHP) en 1996 contribue à préciser les contours et les leviers d’action dans ce champ. Ainsi, la promotion de la santé au travail se caractérise par « les efforts combinés des employeurs, des travailleurs et de la société pour améliorer la santé et le bien-être des personnes au travail. Ceci peut être obtenu par une combinaison de l’amélioration de l’organisation et de l’environnement de travail, la promotion de la participation active et de l’encouragement du développement personnel … » (European Network for Workplace Health Promotion).

Plus concrètement, ce réseau européen développe des activités de plaidoyer qui soulignent l’importance du lieu de travail comme milieu pertinent pour le déploiement d’activités de promotion de la santé, mettant en évidence plusieurs arguments :
– Le lieu de travail est un moyen d’atteindre un grand nombre d’individus. En effet, les lieux de travail rassemblent un grand nombre de personnes aux profils variés dont des groupes moins favorisés en matière de santé et d’accès aux soins. 
– L’intérêt est double à la fois des personnes employées et de l’employeur.euse de se soucier et de promouvoir la santé au travail.
– La santé des travailleurs et des travailleuses reste un facteur déterminant qui exerce une influence importante sur la santé de l’entreprise (European Network for Workplace Health Promotion). 

Bibliographie 

black man talking about videogames addiction during support meeting

Suicide : un certificat universitaire, prélude à une communauté de pratique

Le 31 Août 26

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Ecole, maison de repos, institution psychiatrique ou entreprise, les organisations sont souvent démunies en cas de suicide. Pour y remédier, l’UCLouvain met en place dès 2027 un Certificat Universitaire en prévention du suicide dans les communautés et les organisations, pour préfigurer une communauté de pratique.

Le suicide demeure un défi majeur de santé publique en Belgique. En 2022, il représentait 1,5 % de l’ensemble des décès et 25,7 % de ceux des jeunes âgés de 15 à 24 ans. Les décès par suicide surviennent ainsi, en moyenne, à un âge relativement jeune (53 ans chez les hommes et 56 ans chez les femmes). En conséquence, le suicide constitue la troisième cause d’années de vie perdues chez les hommes et la neuvième chez les femmes (De Pauw et al., 2025).

Malgré une diminution progressive de la mortalité par suicide observée au cours des dernières décennies, notre pays reste parmi ceux qui affichent les taux les plus élevés en Europe occidentale avec 14 décès pour 100.000 habitants en 2022, juste derrière la Hongrie, la Slovénie et la Lituanie (Organisation for Economic & Development, 2026). En outre, la baisse de la mortalité par suicide a été moins marquée en Belgique que dans les autres pays de l’Europe occidentale (voir la figure ci-dessous). Selon les analyses faites par un consortium international, le suicide a diminué de 22% en Belgique entre 1990 et 2021 contre 41% dans le reste de l’Europe occidentale (Weaver et al., 2025).

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Evolution du taux brut de mortalité par suicide (pour 100,000) au sein de quelques pays de l’OCDE entre 1970 et 2022 (hommes et femmes), avec lissage.

Le nouveau certificat élargit la conception de la prévention du suicide en agissant sur les environnements dans lesquels les personnes vivent, travaillent et grandissent, et en renforçant les capacités des organisations à détecter et à accompagner la souffrance. Sa création de repose sur trois constats.

Les limites d’une prévention centrée sur les personnes à haut risque

Environ 60% des suicides surviennent chez des personnes qui n’ont pas eu de tentatives antérieures connues des services (Hawton & van Heeringen, 2009; Owens et al., 2002). La situation est similaire pour les contacts avec les professionnel.les de la santé mentale : moins d’un tiers des personnes décédées par suicide ont eu un contact avec un.e professionnel.le de la santé mentale au cours de l’année précédente (Stene-Larsen & Reneflot, 2019).

Dès lors, une prévention ciblée sur les personnes connues à haut risque (pour des tentatives antérieures) ou sur les usager.ères de la santé mentale n’a que des effets modestes sur la mortalité globale. Or pendant longtemps, la prévention du suicide a été principalement pensée sous l’angle clinique et individuel. Les efforts se sont concentrés sur l’identification des personnes à risque, la prise en charge psychiatrique et psychologique, la gestion des crises suicidaires et le suivi après une tentative de suicide. Ces approches restent indispensables, d’autant qu’elles ont permis des avancées importantes dans la compréhension et la prise en charge de la souffrance suicidaire. Toutefois, d’un point de vue de santé publique, elles ne suffisent pas. Il est nécessaire d’élargir le dénominateur.

Prévenir plutôt que de prédire

Même en présence de plusieurs facteurs de risque, il reste très difficile de déterminer quelles personnes passeront à l’acte, ce qui limite fortement l’efficacité des instruments de prédiction. S’il n’est pas possible de prédire le risque suicidaire, il est possible de le prévenir. Le programme du certificat s’enracine autour d’un tronc commun consacré aux concepts fondamentaux, aux modèles explicatifs, à l’épidémiologie, aux stratégies fondées sur les preuves et aux approches organisationnelles. Trois approches de prévention, basées sur les enseignements de la littérature scientifique (Moutier et al., 2021) vont former la colonne vertébrale du certificat :

  • universelle : elle couvre l’ensemble de la population ;
  • sélective : elle vise les groupes à risque présentant un risque suicidaire plus élevé que la population en général ;
  • ciblée : elle vise les personnes présentant un haut risque de suicide, par exemple à la suite de tentatives antérieures (Wasserman, 2021).

Améliorer la prévention hors du système de soins

Le troisième constat est que de nombreux déterminants du suicide se situent en dehors du système de soins : conditions de travail, isolement social, environnement scolaire, organisation des parcours de soins, accès aux moyens létaux, exposition aux contenus numériques ou encore modalités de sortie d’hospitalisation. Ces leviers requièrent une approche interdisciplinaire puisant ses ressources dans différentes disciplines : la psychiatrie, la psychologie, la santé publique, les sciences sociales, le droit, les sciences de l’environnement et de l’infrastructure.

Ce certificat aborde une palette d’interventions efficaces qui s’est élargie au cours de la dernière décennie. La prévention du suicide ne se limite plus aux lignes d’aide téléphoniques (Zalsman, 2016). Il est nécessaire d’inclure une meilleure préparation de la sortie d’hospitalisation psychiatrique, qui est un passage à haut risque de suicide, comme l’a montré le projet VigilanS en France (OECD, 2025).

Elle nécessite des interventions sur les infrastructures publiques (par exemple la protection de l’infrastructure ferroviaire), sur la régulation de l’accès aux moyens de suicide, sur l’accompagnement des proches, collègues, ami.es touché.es par un suicide (postvention).

En parallèle du tronc commun, le certificat déploie ensuite des modules thématiques consacrés aux contextes spécifiques :

  • les services de santé mentale ou d’assuétudes (résidentiels et ambulatoires),
  • les milieux fermés,
  • les Maisons de Repos et de Soins,
  • le milieu scolaire.

Une approche organisationnelle et d’évaluation de programme

Pour le participant, le délivrable principal est l’élaboration d’un plan de prévention du suicide pour son contexte professionnel. L’enjeu n’est donc pas seulement de former des professionnel.les. Il s’agit également de mieux comprendre comment développer durablement des capacités de prévention au sein de sa propre organisation : reconnaître le problème, le quantifier, identifier les points faibles, identifier et choisir les solutions, les mettre en œuvre et les évaluer.

Le modèle « Zero Suicide » est un autre exemple d’approche globale du suicide, développé en Grande-Bretagne et moins connu en Europe continentale. Il vise à transformer l’ensemble de l’organisation des services de santé afin que la prévention du suicide devienne une responsabilité collective portée par les institutions elles-mêmes (Mokkenstorm et al., 2018). Ces expériences contribuent à déplacer le regard : la prévention du suicide devient une question de gouvernance, d’organisation, de coordination et de développement communautaire ; une question qui sera abordée ainsi tout au long des différents modules qui plaident pour une politique publique de prévention du suicide.

La formation s’adresse à des participants provenant de différents secteurs : soins de santé et de santé mentale, enseignement, action sociale, administration publique, entreprises et secteur associatif. Elle permettra le partage d’expériences, la circulation des connaissances et le développement de collaborations interdisciplinaires.

S’inspirer des pratiques à l’étranger

Depuis une vingtaine d’années, plusieurs pays ont développé des approches globales de la prévention du suicide. L’Australie, le Canada, le Royaume-Uni et la Finlande ont mis en œuvre des stratégies nationales fondées sur des interventions coordonnées à plusieurs niveaux : actions de sensibilisation, amélioration des parcours de soins, restriction de l’accès aux moyens de suicide, formation des professionnelles, développement de réseaux locaux et implication des communautés.

La recherche suggère que ces stratégies globales sont efficaces pour réduire la mortalité par suicide (Lewitzka et al., 2019). A l’inverse, la Belgique est sans doute l’un des rares pays de l’UE sans plan interfédéral de prévention du suicide. Il est étonnant que l’état fédéral belge et ses entités fédérées aient réussi à se coordonner pour élaborer des politiques interfédérales (dans le domaine de la santé mentale ou de la prévention du tabagisme, par exemple), mais qu’ils ne parviennent pas à le faire dans le domaine du suicide. Au-delà de la formation elle-même, l’un des objectifs plus ambitieux consiste à créer progressivement une communauté de pratique francophone en prévention du suicide susceptible de renforcer le plaidoyer dans ce domaine.

Ce certificat universitaire « prévention du suicide dans les communautés et les organisations » organisé par l’UCLouvain en 2027, deviendra interuniversitaire avec l’Université de Mons en 2028.

Plus d’infos sur le site uclouvain.be – dans le catalogue des formations 2026-2027.

Références
De Pauw, R. et al. (2025). BeBOD estimates of mortality, years of life lost, prevalence, years lived with disability, and disability-adjusted life years for 38 causes, 2013-2022 (v2025-06-26)
Hawton, K., & van Heeringen, K. (2009). Suicide. The Lancet, 373(9672), 1372-1381
Lewitzka, U., Sauer, C., Bauer, M., & Felber, W. (2019). Are national suicide prevention programs effective? A comparison of 4 verum and 4 control countries over 30 years. BMC Psychiatry, 19(1), 158.
Mokkenstorm, J. K. et al. (2018). Is It Rational to Pursue Zero Suicides Among Patients in Health Care? [Article]. Suicide and Life-Threatening Behavior, 48(6), 745-754.
Moutier, C. Y., Pisani, A. R., & Stahl, S. M. (2021). Suicide prevention : Stahl’s handbooks. Cambridge University Press,.
OECD. (2025). Mental Health Promotion and Prevention: Best Practices in Public Health. O. Publishing.
Organisation for Economic, C.-o., & Development. (2026). OECD Health Statistics
Owens, D., Horrocks, J., & House, A. (2002). Fatal and non-fatal repetition of self-harm. Systematic review. Br J Psychiatry, 181, 193-199.
Stene-Larsen, K., & Reneflot, A. (2019). Contact with primary and mental health care prior to suicide: A systematic review of the literature from 2000 to 2017. Scand J Public Health, 47(1), 9-17.
Wasserman, D. (2021). Strategies in suicide prevention. In C. Wasserman, & D. Wasserman (Eds.), Oxford Textbook of Suicidology and Suicide Prevention (pp. 421-426). Oxford University Press.
Weaver, N. D.et al. (2025). Global, regional, and national burden of suicide, 1990-2021: a systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2021 [Article]. The Lancet Public Health, 10(3), e189-e202.

a prisoner's hands, clad in an orange uniform, reach through a barred opening to collect a meager meal served on a metal tray, illustrating life in a correctional facility

Se nourrir en prison : les détenus de Haren se mobilisent

Le 31 Août 26

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Pendant près d’un an, des détenus de la prison de Haren ont réfléchi à la manière d’améliorer leur accès à l’alimentation. Les discussions ont débouché en juillet 2025 sur un document de plaidoyer qui a été remis à la direction, mais les résultats concrets se font attendre.

« En détention, la nourriture c’est le premier facteur qui établit le niveau social. Celui qui a du pouvoir d’achat, il peut cantiner du café ou de quoi cuisiner : de la viande hachée, des oignons et des poivrons », témoigne Faouzi, incarcéré à la prison d’Haren. Celui-ci a pu être contacté par téléphone parce qu’il bénéficie d’un régime de semi-liberté. Entre septembre 2024 et l’été 2025, il a participé au groupe communautaire créé par l’asbl I.Care. (I.Care intervient en détention sur des projets de prévention et de promotion de la santé, y compris de santé mentale, de réduction des risques ou encore d’accompagnement psychosocial.)

Tous les 15 jours, 5 à 9 participants se sont réunis pour proposer des projets d’amélioration concrètes au sein de la prison. « Ils avaient le sentiment que leur pouvoir d’agir sur certains fonctionnements était très bas. C’était une période où il y avait beaucoup de restructurations, notamment à la cantine, en raison d’un changement de fournisseur, le sujet s’est donc rapidement imposé », explique Camille Leddet, éducatrice spécialisée chez I.Care. Pendant 11 mois, les discussions ont donc décortiqué le système de la « cantine » et permis d’aborder plus largement la question du droit à l’alimentation en détention.

a prisoner's hands, clad in an orange uniform, reach through a barred opening to collect a meager meal served on a metal tray, illustrating life in a correctional facility

La cantine, levier d’agentivité et de solidarité

Les détenus qui ont les moyens (économies personnelles, aide financière de leur famille, ou rémunérations liées au travail en détention) achètent des produits sur la base d’un catalogue, validé par l’administration. Ensuite, chaque unité dispose d’une cuisine commune – dont l’utilisation se fait sur inscription. Malgré les restrictions tant des circulations que des créneaux horaires, la cantine est un lieu symbolique où le détenu peut exercer sa liberté de choix et son autonomie pour améliorer l’ordinaire, comme le confirment des travaux menés par la chercheuse belge An-Sofie Vanhouche en 2022.

Dans le cadre de sa thèse à la Vrije Universiteit Brussel sur la question de l’alimentation en prison, elle a constaté que les repas préparés à l’avance peuvent être perçus comme une composante des privations inhérentes à l’incarcération. À l’inverse, un système de cantine, qui permet aux détenus de cuisiner eux-mêmes, leur donne la possibilité de retrouver de l’autonomie, du contrôle, un sens des responsabilités et de renforcer leur estime de soi.

Les détenus qui n’ont pas de latitude financière dépendent de la distribution des repas classiques – qui a lieu deux fois par jour. « La bouffe est pauvre en goût et pauvre en nutriments. C’est triste. On est tous très carencés » témoigne Faouzi. Les plus pauvres ont bien droit à une aide de 15 euros par mois pour cantiner, mais « avec 15 euros, tu n’achètes pas grand-chose : un paquet de tabac c’est déjà 12 euros ou alors si tu prends la télé à 60 centimes par jour, ça revient à 18 euros par mois. La plupart d’entre eux fument pour couper la faim » détaille-t-il. Ces 15 euros ne sont pas issus de financements publics. Ils proviennent d’une caisse d’entraide alimentée par une taxe de 10 à 20% sur les produits que les détenus mieux lotis achètent à la cantine. L’OIP Belgique regrette d’ailleurs que le système des prix et de la répartition de ces taxes soit encore trop obscur.

Carences, détresse et violences

En octobre dernier, le quotidien Le Soir alertait sur le fait que les détenus ne mangeaient pas à leur faim, car les portions sont calculées non pas sur le nombre effectif de détenus, mais sur la capacité de la prison. Or, Haren est plus grand établissement carcéral de Belgique. Il peut en principe accueillir 1233 détenus (chiffre 2025), devant Lantin (995) et Bruges (819), mais la surpopulation atteint 1400 détenus. Devant le tollé, le gouvernement fédéral a annoncé début janvier un refinancement annuel de 50 millions d’euros, dont une partie doit être affectée à l’alimentation et aux soins de santé – mais sans que les montants aient été précisés.

Cette précarité alimentaire à des impacts sur la santé de celles et ceux qui vivent derrière les barreaux. « La très grande majorité des détenus sont issus de la pauvreté, de la rue, avec parfois un long parcours de migration ou des maladies psychiatriques, explique l’OIP Belgique. Ils ont des besoins nutritionnels très particuliers vu qu’ils sont enfermés 23h sur 24 ».

Or selon les rares études internationales sur la nutrition en détention, les carences en nutriments essentiels (omega 3, vitamines) affectent les fonctions cérébrales, ce qui augmente la détresse psychologique, la dépression et le brouillard mental. La faim et la mauvaise qualité relative des repas accroît l’impulsivité et l’agressivité. A l’inverse, l’amélioration de la nutrition permettrait de réduire le niveau de violence, comme le souligne la psychologue britannique Kimberley Wilson.

Onze mois de réflexion, une liste de doléances

Le groupe de détenus accompagné par I.Care s’est d’abord concentré sur l’amélioration du catalogue :

  • Donner des détails de prix pour savoir à quel point les produits sont taxés.
  • Proposer davantage de produits « blancs », sans marque.
  • Ajouter une photo de chaque produit pour les détenus allophones.
  • Permettre de suggérer et de recommander de nouveaux produits dont les gens ont le plus besoin.
  • Rendre la cantine du ramadan permanente pour respecter les régimes alimentaires de certains détenus. Par ailleurs, cette année, la liste des produits a été divisée par 2, les dattes ont été remplacées par des pruneaux, et la qualité du thé vert s’est dégradée.

Les détenus ont aussi dressé la liste des dysfonctionnements structurels : prix peu transparents ou des variations inexpliquées, incertitude des délais de livraisons. « Parfois on attend trois semaines pour recevoir la viande, les oignons pourrissent dans un coin, ou alors elle n’arrive jamais, puis on est remboursé seulement deux ou trois mois après » décrit Faouzi. Ils demandent d’améliorer les commandes en ligne via la télévision du détenu, ce qui permettrait de réduire les erreurs, la perte, le gaspillage.

haren, flanders, belgium road sign to the the prison of haren, a new penitentiary institution

Les contraintes de l’institution totale

« Comme il y a beaucoup de transferts d’une prison à l’autre, les détenu.es ont des points de comparaison et donc ça renforce le sentiment d’injustice. Ils savent qu’il est possible d’avoir un catalogue adapté aux besoins des détenus », explique Marion Guémas, directrice d’I.Care. Or, à Haren, il est possible d’agrandir le catalogue seulement deux fois par an, en ajoutant 10 produits pour remplacer les produits sous commandés. En juillet 2026, à la date où nous écrivions ces lignes : un produit seulement avait pu être ajouté au catalogue. « Ce serait une erreur de ne regarder que ce résultat, étant donné qu’en matière de pouvoir d’agir, l’implication directe dans le processus d’élaboration et de mise en œuvre d’actions est une étape primordiale de son renforcement » précise Camille Leddet.

Le parti pris d’I.Care est d’identifier « les contraintes de l’institution totale, précise Camille Leddet, avec les freins et les contraintes inhérentes à la prison, où les vies des individus sont principalement gérées sans eux et d’ailleurs contre leur gré, et où une demande n’est jamais assurée d’aboutir ». I.Care rappelle que son rôle est de faciliter l’accès à l’information dans cet environnement contraint, dans différent.es langues et registres – analyse et compréhension, notamment celle qui porte sur l’environnement carcéral, les droits des personnes détenues, l’accès à différents services.

« Il y a une grande dégradation », regrette Faouzi, qui a pourtant la chance d’avoir déjà un pied hors de la prison. De moins en moins d’ateliers, les asbl découragées à cause des annulations de dernière minute… « Maintenant c’est cellule, cellule, cellule, et de la mauvaise bouffe. Tout ça pour une prison qui a coûté un milliard ! » s’exclame-t-il. Dans un autre témoignage écrit transmis par l’OIP Belgique, JF confirme : « Les cuisines sont annulées, le fitness est annulé, les préaux sont annulés, certains n’ont parfois pas à manger… Je me sens devenir bête, l’impression de perdre mon vocabulaire, le jour de la marmotte, encore et encore ».

Repère : Le droit à l’alimentation en détention
La Loi de principes (article 42) indique que « l’alimentation du détenu doit être fournie en quantité suffisante, respecter les normes d’hygiène modernes et, le cas échéant, être adaptée aux exigences de son état de santé ». Les régimes médicaux, les pratiques culturelles ou religieuses doivent aussi être pris en compte dans les repas proposés.

Pour aller plus loin
Le site d’I.Care
Le site de l’OIP Belgique