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Travail soigné : au cœur des tensions et des solidarités du soin

Le 30 Sep 25

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Soigner avec son histoire de vie tout en faisant collectif. Le premier film documentaire de Dorothée Bouillon, Travail soigné plonge dans l’intimité d’une maison médicale de Liège et révèle les dilemmes, les tensions et les solidarités qui traversent le quotidien des soignant·es.

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La maison médicale des Houlpays de Liège fête ses 20 ans d’activité en autogestion. Dorothée Bouillon, qui travaille comme chargée de projets en éducation permanente à la Fédération des maisons médicales, en filme le quotidien avec délicatesse et précision.

La première scène capte aussitôt l’attention. Lors d’une réunion d’équipe, une médecin souhaite parler d’une situation délicate. Elle se sent en difficulté parce que depuis peu des nonnes du monastère voisin viennent en consultation. Elle suppose que son inconfort est lié à son éducation laïque et à son histoire de famille socialiste et ouvrière avant d’ajouter qu’elle a du mal à faire abstraction de la position de l’Eglise sur l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG), qu’elle pratique par ailleurs.

La situation fait réagir le groupe. La salariée qui assure l’accueil éprouve un sentiment similaire. « J’ai du mal à me concentrer quand je les vois en habit de culte dans la salle d’attente ». En revanche, une autre explique que ça ne l’interroge pas plus qu’un autre habit confessionnel. L’infirmier rétorque sur le ton de l’humour : « N’est-ce pas le signe de l’aboutissement de l’accès aux soins pour tous ? Des sœurs catholiques viennent dans une maison médicale alors que nous avons un drapeau LGBTQIA+ sur la façade pour consulter une médecin qui pratique des IVG l’après-midi ? ». Ce qui déclenche quelques rires et détend d’emblée l’atmosphère.

« On soigne avec nos histoires de vie », précise Lisette Mbaya, la psychologue qui anime cette séance hebdomadaire d’intervision des Houlpays. Elle rappelle quelques règles de fonctionnement. Il est important que chacun puisse faire part de ses doutes et réfléchisse sur les biais et les présupposés qu’il porte plus ou moins consciemment en lui. Toutes les nonnes ne sont d’ailleurs peut-être pas « anti-IVG », ajoute-t-elle.

Lors des débats de bords de scènes, cette scène inaugurale suscite des réactions contrastées. « Certains spectateurs sont choqués, explique la réalisatrice, lors d’un échange téléphonique. Ils croient que les soignants sont un peu hors du monde et ne sont pas affectés par des biais culturels ou racistes. D’autres sont agréablement surpris que cela prenne le contre-pied de nos propres représentations. Ce qui m’intéressait, c’était de montrer qu’il y avait suffisamment de confiance dans l’équipe pour évoquer ces difficultés. La médecin ne refuse pas de soigner les bonnes sœurs. Elle parle de son inconfort et la séquence montre la réponse collective à une interrogation individuelle ».

Une immersion de deux ans

Tourné entre 2022 et 2024, le documentaire suit la manière dont le collectif s’organise et reprécise ses engagements au jour le jour. Une séquence montre ainsi comment chaque secteur (médical, social, accueil…) évalue sa charge de travail via une « météo » hebdomadaire (vert, orange, rouge).

travail soigne capture d ecran (1)

Au moment du tournage, le secteur social est dans le rouge. L’équipe travaille même le week-end. L’une des assistantes sociales évoque l’accompagnement d’une jeune fille de 16 ans qui l’a fort ébranlé. Celle-ci est battue par ses parents, mais ne souhaite pas porter plainte contre eux. Une médecin des Houlpays a tout de même pu faire le constat formel des coups et blessures, et la travailleuse sociale a accompagné la jeune fille au Service de l’aide à la jeunesse (SAJ) pour une médiation avec son père. Le juge a finalement pris une décision de placement chez des proches, mais aucun membre de la famille n’a accepté d’accueillir la jeune fille. Celle-ci a donc été hospitalisée en pédiatrie.

La salariée regrette qu’il n’y ait pas de solution pérenne alors que les services sociaux sont au courant des violences de très longue date. Une collègue médecin cherche à la rassurer en décrivant la portée symbolique de son acte : « tu t’es positionnée, c’est déjà énorme ». C’est probablement la première fois qu’un adulte croit cette enfant et tente de la protéger, commente l’équipe de manière unanime. Faute de mieux, l’assistante sociale a même réussi à organiser une rencontre avec deux autres jeunes filles de 18 et 22 ans qui ont vécu des situations de violences intrafamiliales similaires. Cette rencontre entre pairs, « c’est un truc d’empouvoirement important » commente un jeune médecin.

Des soins au-delà du médical

Le film permet aussi d’évoquer les actions de promotion de la santé : balades nature, potager, tricot… qui permettent d’accueillir régulièrement des patients atteints de maladies chroniques ou en convalescence. Ces activités illustrent une approche holistique du soin, où la santé se construit dans le lien social. Un large cercle de salariés est d’ailleurs formé aux fondamentaux de la promotion de la santé : aussi bien pour celles qui s’occupent de l’accueil, que pour la personne qui réalise l’entretien des locaux.

Le parti pris du film a été de se centrer sur la dynamique collective entre soignant.es, ce qui soulève parfois des questions sur la place du patient après la projection. « Les patient.es, bien qu’ils soient absents à l’image, sont au cœur du travail en maison médicale, précise Adrien Maes de la FMM. Les patient.es sont invités à participer à des activités de santé communautaire, qui ciblent ce qui influence la santé des habitants d’un quartier : logement, alimentation, conditions sociales. ». Dans certaines maisons médicales, des patient.es participent même à la gestion de leur maison médicale dans le cadre de comités de patient.es ou de l’assemblée générale.

Assumer une vision politique et sociale

Enfin, Travail soigné ne se contente pas de documenter l’activité : il en explore les ressorts politiques. Le film se clôt en plein hiver 2024 sur une manifestation à Bruxelles contre la précarisation croissante. Les soignant·es dénoncent les effets de la flexibilisation du travail, notamment dans la grande distribution qui fragilise les salarié·es… et les pousse vers les maisons médicales.

Une soignante résume avec force : « Les autres institutions ont leurs petits critères d’adhésion. Nous, on ne refuse personne, on est en première ligne ».

Envie de voir le film ?

La liste des projections est disponible sur ce lien via la Fédération des maisons médicales et le Centre Vidéo de Bruxelles (CVB). Des projections peuvent être organisées sur demande.

Lien vers la bande annonce

L’idée de tourner ce film est née au cours d’un atelier d’écriture organisé par le Centre Vidéo de Bruxelles (CVB). Vous retrouverez sur la plateforme NosFuturs.net deux éditions consacrées au travail. La troisième évoque « La mort vivante« , à savoir nos (non-)liens aux mort.es dans nos sociétés occidentales et les nouveaux rituels qui semblent s’imposer. Au travers de films, d’expériences web et d’écoutes sonores, cette nouvelle programmation invite à tisser des liens avec nos mort·es.

african american student in corridor of medical university

« Les mains des femmes »

Le 20 Déc 21

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Il y a 30 ans, une première loi qui dépénalise partiellement l’avortement voit le jour en Belgique. Une avancée majeure pour les droits des femmes et pourtant, trois décennies plus tard, l’interruption volontaire de grossesse (IVG) fait toujours face à de nombreux défis. Entre autres : l’intérêt en berne des étudiant.e.s en médecine pour cet acte médical.

african american student in corridor of medical university

À la demande de la Fédération Laïque des Centres de Planning Familial (FLCPF), la réalisatrice Coline Grando a tourné sa caméra vers dix médecins généralistes et gynécologues, afin de recueillir leur parole sur ce qui les motive, leur façon d’aborder l’IVG, leurs peurs… Le résultat : 27 minutes tout en douceur et en bienveillance, mais aussi chargées d’émotions et de convictions, à l’image de ces professionnel.le.s de santé engagé.e.s. Intimiste, le documentaire se centre sur les grandes questions qui animent la pratique de l’avortement au travers de plans face-caméra, imbriqués les uns dans les autres pour former un tout d’une grande force. La FLCPF entend utiliser cet outil pour sensibiliser le corps médical, à commencer par les étudiant.e.s en médecine, à cette thématique. L’asbl a organisé une projection du film suivie de discussions (virtuelles) avec certains intervenants ainsi que la réalisatrice. Education Santé l’a vu pour vous1!

L’avortement, hier et aujourd’hui

Les médecins et gynécologues ayant débuté leurs pratiques il y a plusieurs décennies se souviennent de Willy Peers, de la loi qui a dépénalisé partiellement l’avortement -certain.e.s ont commencé à travailler quand c’était encore interdit-, d’un avenir prometteur et de l’espoir d’en finir définitivement avec les horribles avortements clandestins dont ils ont parfois été les témoins. S’ils reconnaissent que ces avancées ont permis de libérer un peu la parole autour de l’IVG, ils en regrettent l’effet pervers : une diminution des centres de planning dans lesquels on réalise cet acte. “Puisque c’était autorisé, cela se ferait désormais partout ”, pensait-on. Ce ne fut pas le cas. Actuellement, nous connaissons une pénurie de médecins qui pratiquent l’avortement.

Willy Peers est un médecin belge, figure de lutte pour la légalisation de l’avortement en Belgique dès les années 50. Il pratiquera des IVG illégales à l’hôpital de Namur, ce qui lui vaudra un procès, connu encore aujourd’hui sous le nom de “L’affaire Peers”. S’ensuivra une énorme mobilisation ainsi que plusieurs manifestations pour la libération du Dr. Peers, qui seront considérées comme le déclencheur de la création d’un mouvement plus important en faveur de la dépénalisation de l’avortement.

Pour la FLCPF, « Il reste nécessaire de sensibiliser les médecins et les étudiant-e-s du secteur psycho-médico-social à cet acte de santé publique, ainsi que d’améliorer la prévention et l’information relatives à la contraception et à l’IVG. »

La bienveillance comme dénominateur commun

« Je pense que c’est la moins mauvaise solution. Mais la demande n’est jamais légère. », témoigne l’une des personnes interviewées dans le film. Le vécu des femmes derrière l’acte médical est au centre des préoccupations de ces médecins. Ils rappellent leur rôle de conseil (et la notion de consentement éclairé), de soutien, mais aussi l’importance d’être capable d’éviter le jugement. Une gynécologue témoigne : « La petite nana qui vient pour sa 3ème IVG, il faut être capable de l’accueillir sans la juger ou le lui faire sentir ». Un autre insiste :

« C’est un devoir pour moi de le faire. Je ne peux pas me dire que dans mon métier je ne ferai que des choses heureuses. Cela fait partie de notre devoir.»

Souvent l’accompagnement va de la puberté à la ménopause révolue, en passant par une grossesse, ou plusieurs, ou pas du tout, un avortement ou non. Le médecin suit sa patiente à travers toutes les étapes de sa vie de femme. Certains estimant d’ailleurs que leur présence lors d’une IVG est plus importante que lors d’un accouchement.

L’image de l’IVG

Un médecin nous apprend qu’aujourd’hui, pratiquer un avortement est parfois vu comme une punition par les étudiant.e.s en médecine. L’acte serait-il considéré comme moins noble qu’un accouchement ? Un intervenant raconte aussi que l’image globale des centres de planning familial et médicaux qui pratiquent l’IVG est souvent biaisée. « On a tendance à croire que l’avortement est dramatique alors qu’en réalité c’est un soulagement après la prise en charge !» Un acte important, qui met en évidence le poids de la présence de la soignante ou du soignant auprès de son ou sa patient.e. Pour être libre de faire ce qu’elles désirent de leur corps, les femmes ont besoin de leur assistance. Une intervenante mettra des mots sur cette idée : « En fait, on doit faire ce que les femmes voudraient pouvoir faire seules et qu’elles ne peuvent pas. Le faire pour elles. Ma collègue disait « Je suis les mains des femmes ».»

La réalisatrice Coline Grando nous avait déjà habitué à ses films engagés et épurés, tout en plans rapprochés, avec « La place de l’homme » et « Un truc de meuf », sortis en 2017. Pour « Les mains des femmes », si elle reste dans le plan fixe, face caméra, elle place cette fois ses intervenant.e.s dans des lieux publics. L’objectif étant de maintenir une parole fluide et conviviale, en sortant de la froideur des cabinets médicaux, mais aussi de casser le tabou lié au privé, de parler de l’avortement en public.

Si vous souhaitez organiser une projection du film “Les mains des femmes”, prenez contact avec Céline Tixier-Thomas, chargée de mission IVG & Contraception à la FLCPF via l’adresse : cthomas@planningfamilial.net

[1] Cet article présente donc des informations qui proviennent à la fois du film “Les mains des femmes” et des discussions des médecins, à la suite de la projection.

empty theater chairs

Images confinées

Le 24 Mar 21

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Contre vents pandémiques et marées sanitaires, les 13èmes Rencontres Images Mentales coordonnées par Psymages auront tenu bon en février 2021 ! Pas de projections en salle, bien sûr, il a fallu se contenter de regarder des films sur son ordi, seul dans son coin. Mais votre chroniqueur préféré (hum) est fidèle au poste.

empty theater chairs
Empty theater with red chairs. Rear view.

Who’s afraid of Alice Miller ? (Daniel Howald, 2020, Suisse, 1h40)1 commence par l’extrait d’un enregistrement de la voix d’Alice Miller condamnant sans équivoque les parents qui maltraitent et violentent leurs enfants. C’est une éminente psychologue et psychanalyste, qui a publié plusieurs ouvrages faisant autorité. De la Pologne où elle naît en 1923 à la France où elle meurt en 2010, elle passe par la Suisse où elle émigre après la deuxième guerre mondiale. La journaliste qui est la seule à avoir pu – non sans peine – l’interviewer en France parle de « cette femme puissante qui contrôlait tout et qui voulait décider de tout. C’était une vraie terreur. »

L’homme à qui elle parle est Martin, le fils d’Alice. Il vit à Zurich où il est psychothérapeute. On entend des extraits de lettres accusatrices, impitoyables et effarantes qu’il a reçues de sa mère. Martin retrouve le dernier témoin de son histoire familiale en la personne d’Irenka, cousine d’Alice qui a émigré aux USA, où elle aussi travaille comme psychothérapeute.

L’image de la femme irréprochable, icône de la protection et du respect des enfants, va continuer à se fissurer au long de l’enquête – et quête – douloureuse de Martin. On apprend que son père le battait sans que sa mère tente d’intervenir. On comprend que celle-ci a rationnalisé son propre vécu et ses émotions (elle-même a été victime de violences), qu’elle a reporté sur son fils ses propres comportements et cherché à le culpabiliser en se servant des concepts de son métier.

Martin, grand et gros ours qui se déplace avec difficulté, noue avec Irenka (diminutif d’Irène, prénom qui signifie Paix…), petite femme bienveillante, une alliance et une amitié touchantes dans la recherche de la vérité. Un séjour en Pologne va l’aider à retrouver l’histoire de sa famille et de sa communauté – juives – avant et pendant l’invasion nazie. Et il va découvrir la souffrance qui se cache derrière la cuirasse agressive et la fausse image étincelante que sa mère a construites. 

Le hasard fait que, la veille du jour où j’ai visionné ce film, j’avais regardé sur www.arte.tv Vienne avant la nuit, de Robert Bober, qui a résonné pour moi, après coup, comme un écho. L’auteur arpente Vienne sur les traces de son arrière-grand-père juif, en une quête identitaire doublée d’un portrait de cette ville cosmopolite avant le nazisme. Allez donc faire un tour sur le site d’Arte, accessible sans abonnement.

Monsieur Deligny, vagabond efficace (Richard Copans, 2019, France, 1h36)2 débute par une séquence muette pauvrement éclairée. Chacun a son rôle, comme dans une pièce bien répétée, mais pas un mot n’est échangé. A un moment, quand même, un des « personnages » regarde la caméra. Il faut attendre 8 minutes avant d’entendre une voix. Ce n’est pas un parti-pris de froideur, c’est que Fernand Deligny (1913-1996) travaille dans les Cévennes avec des enfants ou des adultes autistes, mutiques.

Instituteur de formation, il se retrouve en 1938 éducateur à l’asile public d’Armentières et constate le désintérêt des pouvoirs publics pour les malades mentaux. Il en tirera une durable méfiance vis-à-vis de l’institution, en particulier asilaire, un pari sur l’activité physique ou artistique et tout simplement quotidienne (mettre la table, ranger, donner un coup de main) et l’espace au grand air (la campagne, la montagne) : « un territoire où les autres sont à l’abri de la parole ». Autre citation, prise au vol : « une vie possible hors du langage ».

Et cependant, pas d’angélisme, car c’est un travail 24h/24 : « il fallait tenir, de jour et de nuit, malgré l’invivable ». Oui, un travail de militant.3

Deligny a misé sur l’image dès le lendemain de la guerre : en 1947-48, il entreprend un film dont les jeunes hébergés à La Grande Cordée sont acteurs, scénaristes et réalisateurs. Dix ans plus tard, il publie chez Gallimard un premier roman, Adrien Lomme, dont le personnage principal n’est pas sans lien avec l’Antoine Doinel des Quatre cents coups de Truffaut (1959). Les deux auteurs entretiendront d’ailleurs une correspondance et une collaboration, notamment à propos du scénario de L’Enfant sauvage (1970). De son côté, Deligny coréalisera Le Moindre Geste (1971) et Ce gamin, là (1976).

Avec la diffusion de ce documentaire, Psymages manifeste à nouveau son souci de faire le lien avec le passé de la psychiatrie – pas si lointain historiquement ni intellectuellement, même s’il peut paraître ancien en ce début de 21ème siècle oublieux.

Le Monde normal (Hélène Risser, 2020, France, 52’) donne un éclairage complémentaire. Hélène, fille de deux psys débutants formés au début des années 60, a vécu avec ses parents dans le nord-est de la France, à l’hôpital psychiatrique de Hoerdt. On la confie à Erica, une patiente de 17 ans qui est sa nounou, attentive et extrêmement dévouée (lors d’une chute dans l’escalier, elle protège le bébé contre elle). Que faisait-elle donc là, Erica ? Tout simplement, beaucoup de patients n’étaient pas réclamés par leur famille même s’ils étaient stabilisés. Et comme ils n’avaient aucun revenu, ils restaient sur place. La petite fille grandit en contact avec les patients.

Dans la continuité du film précédent, des questionnements surgissent. Bien sûr, le contexte était très différent. Mais ce fut une époque de créativité et d’innovation – et aussi de prise de risques, pas forcément conscients, mais pas non plus toujours aussi fous qu’ils peuvent nous paraître maintenant. Et cela demandait un investissement personnel et familial énorme, auquel peu d’entre nous consentiraient sans doute.

Néanmoins, aujourd’hui, ne commence-t-on pas à remettre en question un système inverse que l’on pourrait résumer ainsi : professionnalisation-programmation-évaluation-subvention ? Voire retour à l’enfermement-surveillance.

« A certains moments, on se demande si ce qu’on fait, c’est vraiment du soin ou seulement de la surveillance. »

Un infirmier (Le Monde normal)

De la fin du film, il ressort que la psychiatrie pourrait s’ouvrir en renonçant à éviter de prendre le moindre risque. Car, lorsque l’institution le permet, les soignants redécouvrent que la liberté est bénéfique non seulement pour les patients mais aussi pour eux-mêmes.

Qu’est-ce que je fais là ? (Paule Muxel et Bertrand de Solliers, 2020, Belgique, 1h34) met en avant le point de vue des soignants de l’Unité de crise et d’urgences psychiatriques du CHU St-Luc (Bruxelles). La caméra se centre sur les chambres 158 et 159 ; les patients sont enfermés à clé et même la lumière est actionnée de l’extérieur. L’interrogatoire préalable est très médico-technique, on ne sent pas beaucoup d’empathie à ce stade. La froideur du monde hospitalier, qui ne vous surprendra pas si vous l’avez déjà fréquenté même dans un autre service, règne, y compris dans les volumes et les couleurs.

Mais on va percevoir le paradoxe constant entre l’univers technocratique de l’hôpital et le souci des soignants – qui se sentent parfois impuissants – de préserver le contact humain, la parole, l’expression de la souffrance : par exemple, ce long échange entre un patient et deux soignants, ou la complémentarité qui se manifeste entre deux psys.

J’ai noté mot pour mot ces paroles d’un patient, qui élargissent encore la perspective : «  Je ne suis pas guéri, mais je suis soignable. (…) Ça fait rire, ça fait sourire, ça fait pleurer. Ça fait des chansons, ça fait des prières. »

Quand j’ai entendu ça et vu le regard du bonhomme, je me suis dit « je la tiens, ma chute ». Mais non, ce n’est pas une chute, c’est un envol.

[1] Allusion au titre de la pièce d’Edward Albee, Who’s afraid of Virginia Woolf ? (adaptée au cinéma par Mike Nichols en 1966, avec Liz Taylor et Richard Burton).

[2] Allusion au titre d’un ouvrage de Deligny, Les Vagabonds efficaces (Ed. Maspero).

[3] A ce propos, il faudrait qu’on se penche sur le rôle de militants ou sympathisants communistes (Deligny en était), clairement humanistes, dans des conquêtes qui nous semblent aujourd’hui fondamentales : pensons, en Belgique, à la lutte pour la liberté des femmes dans le champ de la sexualité (contraception, IVG), avec des gens comme Willy Peers ou Jo Boute. 

Silences et tabous

Le 30 Déc 20

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Chaque année, l’asbl Psymages, avec maints partenaires publics et associatifs, nous propose les Rencontres Images Mentales au Centre culturel Paul Delvaux. Pour cette douzième édition, huit dates étaient prévues entre le 6 et le 14 février 2020 : des films bien sûr, mais aussi des spectacles, des expos, une conférence… de quoi picorer. Mon choix a cependant été guidé par une sorte de fil rouge dont je n’ai pris conscience que progressivement.

Silences et tabous

Commençons par deux films français de 60′, tous deux sortis en 2018, qui ont surtout en commun le regard, d’un frère dans le premier film, d’un petit-fils dans le second, sur un parent décédé ayant souffert de maladie mentale, et ce à travers des archives. Mais là s’arrête la ressemblance.

Dans J’aurais dû me taire, Christophe Bargues choisit – avec beaucoup de difficulté puisqu’il lui aura fallu des années pour y mettre la dernière main – de puiser dans les traces laissées par son frère Jean-François : des vidéos, des œuvres picturales, des centaines de cassettes audio. Jean-François s’auto-diagnostique paranoïaque et, sans être psychiatre, on ne peut que lui donner raison (sic) en écoutant ses propos. Il paraît évident que la mort de son père, durant son adolescence, a joué un rôle déclencheur. Mais, sinon qu’il est le premier né, cela « n’explique » rien. Il finira par être hospitalisé alors même que sa mère, psychanalyste, renâcle à cette idée et craint qu’il ne lui pardonne pas – ce qui se vérifiera.

Le malaise que j’ai ressenti en voyant ce film tient beaucoup, je crois, au parti-pris du réalisateur de disparaître derrière les sources sonores et visuelles, au choix de certaines photos et vidéos, aux images inutilement nombreuses du pavillon aujourd’hui désaffecté de l’hôpital psychiatrique où séjourna Jean-François, et enfin au montage plutôt erratique. Tout cela était-il pour Christophe une façon de confier la parole à son frère ? Ou le signe d’une impuissance à en rendre compte ? Ou encore, tout simplement, dire « voilà, c’est là » ?

Dans Au dos de nos images, Romain Baudéan se positionne d’emblée comme auteur ; il a décidé de faire un film sur sa grand-mère, surnommée Badé, diagnostiquée maniaco-dépressive et qui a fini par se suicider en se défenestrant. Un tabou pèse là-dessus et l’un des fils de Badé, dépositaire du journal de sa mère, refuse de le communiquer à Romain. Il finira par céder, et son neveu partira à la recherche de ce qu’il y a au dos des images.

Ce journal révèle le parcours désespérant et désespéré d’une femme à qui son mari a refusé de l’aimer, physiquement comme sentimentalement (je cite : « éjaculation précoce suivie de ronflements précoces »). Les images joyeuses ou gaies, issues des films 8 mm tournés par le grand-père, sont sans cesse en décalage par rapport aux extraits du texte de Badé, lus par une voix de femme : « nous faisions semblant d’être une famille unie, mais c’était du cinéma » (re-sic).

Romain va rencontrer ses oncles et tante, émus par ce qu’ils lisent sur ces dizaines de pages. En signature, il conclut qu’il n’a pas fait ce film pour sa grand-mère, ni pour lui, pour sa femme, son enfant. Mais « j’ai fait ce film » …

Badé a aussi, via les médicaments surdosés et les électrochocs, été victime de la psychiatrie d’alors. Ce qui nous amène à La Faim des fous (Franck Seuret, 2018, France, 53′), nouvelle recherche rétrospective mais qui dépasse le cas personnel d’Isabelle Gautier, soucieuse d’exhumer un secret de famille : la mort de sa grand-mère pendant la seconde guerre mondiale dans un asile d’aliénés. Hélène Guerrier est loin d’avoir été la seule puisque l’on estime à 45.000 personnes le nombre de malades mentaux morts pendant l’Occupation, complètement dénutris et surtout abandonnésNote bas de page (il semble que les vieillards des hospices n’aient pas été mieux traités). Bien entendu, toute la population française était rationnée au profit des troupes et de la population allemandes, cependant le recours au marché « libre » (et a fortiori au marché noir) était inaccessible à des personnes enfermées.

Il est vrai que l’eugénisme, hostile aux « inutiles » et aux « malfaisants », qui a fleuri dès les années 1930, avait préparé le terrain. Vrai aussi que la notion même de maladie mentale était extrêmement élastique, permettant par exemple d’enfermer un enfant ne correspondant pas à la norme morale ou aux ambitions familiales : après, on oublie son existence ; on a honte.

Lors du bref débat qui s’en est suivi, Pierre Smet (psychanalyste, Le Sas) soulignera qu’il faut prendre garde que ce recul historique ne débouche pas sur « c’est fini, c’est loin de nous maintenant ». Lors de précédentes éditions des Rencontres Images Mentales, d’autres films ont bien montré qu’il n’en était rien, même si ce n’est pas à la même échelle. Et les exclus d’aujourd’hui ne sont pas uniquement les malades mentaux. Les sans-abri qui meurent chaque année dans la rue en témoignent, sans parler des sans-papiers et des « migrants »…

Dans la foulée, on a pu voir Les Heures heureuses (Martine Deyres, 2019, France, 77′) qui relate cette exception que fut Saint-Alban-sur-Limagnole (Lozère) dès les années 1930, sous l’impulsion de médecins comme Paul Balvet, Francesc Tosquelles (rescapé de la guerre civile espagnole), Lucien Bonnafé ou Jean Oury. Non seulement personne n’y mourut de faim, grâce à une profonde implantation dans cette région agricole, mais on y développa ce qui deviendrait plus tard la psychiatrie institutionnelle : soigner le malade en soignant l’institution (et vice-versa), faire collaborer – c’est-à-dire travailler ensemble – le soignant et le soigné.

Saint-Alban fut aussi un refuge pour des Juifs persécutés et un foyer de résistance active. Il y avait là des nonnes en cornette, des gens de droite et des gauchistes (Tosquelles avait été affilié au POUMNote bas de page). Parmi des inconnus, Tristan Tzara, Paul Eluard et sa compagne Nusch y trouvèrent asile. Après le film précédent, on croit rêver : c’est donc possible ? Ces images témoignant d’une telle liberté, d’une telle créativité : danses, sketchs, chants, ateliers en tous genres…

Oui mais. D’abord ce fut une exception. Ensuite, remarque ironiquement Pierre Smet, c’est étrange comme les films sur le passé n’évoquent jamais les oppositions, les conflits violents, les exclusions (ayant travaillé longtemps dans l’associatif santé-social, j’ai tendance à appuyer cette mise en garde : attention aux trop belles histoires). Enfin, comme tout le secteur public en France, Saint-Alban – rebaptisé Centre hospitalier François Tosquelles – est en danger.

Et en Belgique ? Eh bien, le représentant du Ministre de l’Action sociale et de la Santé à la COCOF s’était fait excuser… Philippe Hennaux, directeur médical de L’Equipe, pointera quant à lui deux dangers : l’obsession scientiste et la normativité administrative (ce sont mes mots, pas les siens).

A priori, Le Souffle du canon (Nicolas Mingasson, 2019, France, 54′) n’a guère de point commun avec ce qui précède : les personnes filmées sont des soldats, militaires de carrière, engagés au Mali ou en Afghanistan. Victimes de stress post-traumatique (SPT), ils sont certes soignés sur le plan médicamenteux et bénéficient d’un stage de six jours, pendant lequel l’Armée française va mettre le paquet pour leur faire retrouver le droit chemin. Mais ensuite… peu ou pas de suivi pour eux, et rien pour les familles. Ce sont de vrais professionnels et des gens convaincus du bien-fondé de leur mission, mais justement n’ont-ils pas failli à cette mission, ont-ils protégé et secouru leurs camarades comme ils l’auraient dû, ont-ils été à la hauteur des valeurs qui les portent ?

On leur parle de « blessure » à propos de ce qu’ils ont subi, on biologise leur mal (à juste titre, semble-t-il : une rupture au niveau neurologique) mais honte et culpabilité les habitent. Les hommes parlent des effets désastreux sur leur vie sexuelle – et il faut saluer la confiance que le réalisateur et son acolyte Jérôme Colin sont parvenus à instaurer avec eux. Il faut féliciter aussi la Grande Muette qui leur a permis de filmer librement.

Stéphane, sergent, qui a été pris en charge parce qu’il ne pouvait s’empêcher de pleurer, ressasse la mort d’un subordonné obéissant à un ordre supérieur qu’il lui avait transmis alors qu’il le trouvait injustifié. Il envisage de se tirer une balle dans la tête si sa femme le quitte. Lara, infirmière, ne se pardonne pas de n’avoir pu sauver un homme mortellement blessé et se désole de devoir quitter la carrière militaire. Elle a fait plusieurs tentatives de suicide. On n’oublie pas ces deux-là.

Pour conclure, quelques remarques proprement « cinéma ». Les armées ont toujours sous-estimé, voire camouflé, les dégâts psychologiques dus à la guerre, sans doute pour maintenir le moral des troupes et de l’arrière, et parce que les images viriles (« on n’est pas des mauviettes, on tient bon ») étaient heurtées de plein fouet par ces séquelles. Sur ce plan comme sur d’autres, l’institution militaire a été secondée par l’industrie cinématographique. Sauf méconnaissance de ma partNote bas de page, le premier documentaire consacré au sujet fut Let there be light (John Huston, 1946), etc. censuré jusqu’en 1980, soit après la fin de la guerre du Vietnam, alors que ç’avait été une commande du gouvernement des Etats-Unis ! La plupart des films de guerre sont des fictions. Mais regardez celui-ci et vous verrez d’un autre oeil même les oeuvres de fiction qui n’obéissent pas à l’héroïsation militariste, tels The Story of G.I. Joe (William Wellman, 1945) ou La 317e section (Pierre Schoendorffer, 1965).

Pour plus de détails, voir les travaux d’Isabelle von Bueltzingsloewen (par exemple https://books.openedition.org/pur/20080?lang=fr)

Parti Ouvrier d’Unification Marxiste, anti-stalinien. George Orwell en était proche.

Je crois me rappeler qu’Olivier Lecomte, lors d’une séance de sa « Toile filante » au PointCulture ULB, a montré un extrait d’un film portant sur les désastres psychiques subis par les combattants de la première guerre mondiale. Mais j’imagine qu’il n’avait guère été diffusé, à l’époque, en dehors des « milieux autorisés ».

« Hors Normes » : coup de projecteur sur l’accompagnement des jeunes autistes

Le 30 Déc 20

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« Hors Normes » : coup de projecteur sur l’accompagnement des jeunes autistes

Depuis le mois d’octobre dernier, difficile d’être passé à côté : le film « Hors Normes » fait parler de lui. Ce long-métrage français est le fruit d’une collaboration entre Eric Toledano et Olivier Nakache, dont le duo est déjà reconnu pour des films tels que « Intouchables » (2011) ou « Le sens de la fête » (2017). Cette fois, ils ont choisi de braquer la caméra sur des jeunes atteints d’autisme lourd, et les personnes qui s’occupent d’eux au quotidien. Education Santé vous livre ses impressions sur le film.

Le pitch

L’histoire, c’est celle de Bruno (interprété par Vincent Cassel) et de Malik (campé par Reda Kateb) mais aussi et surtout celle de Joseph, Valentin, Dylan … et de tous ceux qui, dans l’ombre des systèmes de soins, vivent réellement dans ce monde à part qu’est celui des enfants, adolescents et jeunes adultes autistes. Bruno et Malik ont tous deux créé leur association respective, au sein de laquelle ils forment des jeunes issus des quartiers difficiles de Paris et de sa périphérie, pour encadrer d’autres jeunes (enfants à jeunes adultes) atteints d’autisme dont les cas sont qualifiés “d’hyper complexes”. Les protagonistes se débattent avec un système qui les évalue et les contrôle mais ne les soutient pas. On comprend alors rapidement que le titre « Hors Normes » ne désigne pas uniquement les jeunes porteurs d’un trouble du spectre autistique, mais s’applique aussi à l’ensemble des personnalités mises en avant dans le long-métrage.

L’avis d’Education Santé

Inspiré d’histoires vraies, et notamment de celle de l’association « Le silence des justes » créée par le français Stéphane Benhamou, le film prend parfois des allures documentaires mais reste malgré tout une œuvre de fiction, et c’est là toute la force du duo de réalisateurs. Le pari était de parler des cas d’autisme lourd à très lourd (personnifié, entre autres, par le personnage du jeune Valentin qui devra plusieurs fois être entravé pour sa propre sécurité), une réalité douloureuse dont beaucoup de gens se détournent, tout en s’adressant à un public large et en livrant un film attrayant.

Pourtant, « Hors Normes » n’invite pas le spectateur à larmoyer sur son siège de cinéma pendant 117 minutes. Au contraire, nous l’avons trouvé enthousiasmant, drôle et touchant. Et cela tient en grosse partie au casting, et à la sincérité et la spontanéité avec laquelle les rôles sont interprétés.

Pour Education Santé, il s’agit donc d’un film qui peut permettre au grand public de découvrir une réalité dont il n’avait pas conscience, et avec elle toutes les difficultés qu’elle soulève.

Pour conclure, revenons sur la première scène du film qui offre un exemple parlant. En plein centre-ville, une fillette court avec violence, bousculant tout ce qui se trouve sur son passage (personnes adultes comprises). Elle semble en pleine crise. Après quelques minutes, les encadrants, 2 hommes adultes dont Malik, parviennent à lui sauter dessus sur un trottoir et à la plaquer au sol. Elle se débat en hurlant, et tout en la contenant, la première chose que Malik dit à son équipe est « Gérez les gens ! ». Une jolie façon de mettre en avant l’incompréhension que peut avoir un public non averti face à ce genre de situations hors normes, et donc aussi l’importance de parler de ce sujet.

Deux acteurs du terrain belge nous donnent leur opinion

La situation dénoncée dans le film, soit la précarité dans laquelle des associations non-agréées se débattent pour apporter une vie décente aux jeunes, présente une réalité française. Cependant, le contexte belge n’est pas diamétralement opposé, comme en témoignent certaines associations belges, telle que l’asbl Coupole1, ou l’asbl Soucoupe2. Elles se reconnaissent dans le schéma dépeint par « Hors Normes ».

Les asbl Bellerive et Mistral, qui s’occupent toutes deux d’adultes autistes, nous ont donné “à chaud” leur avis sur le film, éclairant ainsi plus finement la réalité dans notre pays.

« Une ouverture d’horizon sur le monde de l’autisme et ses réalités de terrain » 

Bérengère Delhauwe, directrice de l’asbl Bellerive qui offre un service résidentiel pour personnes adultes autistes.

« J’ai justement organisé un teambuilding avec mon équipe, et nous sommes allés voir le film !

J’ai trouvé le film très humaniste et réaliste. En effet, en France, il n’y a pas beaucoup de services qui accueillent les personnes autistes. Ce type de population est très souvent mélangée avec d’autres handicaps et, pourtant, ces personnes ont des besoins très spécifiques. Dans le film, nous voyons des cas lourds d’autisme qui demandent beaucoup d’interventions individuelles, c’est réaliste.

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Ces jeunes se retrouvent dans des hôpitaux psychiatriques et, quand il est dit dans le film que « personne n’en veut ! » c’est aussi une réalité mais qu’il faut nuancer. Par exemple, un service comme le nôtre doit toujours faire un choix sur la candidature. C’est nécessaire notamment parce que l’infrastructure n’est pas toujours adaptée et que le travail « un pour un » (aussi appelé « en individuel ») est difficile à mettre en place d’un point de vue économique.  De plus, pour les résidents qui sont déjà dans un foyer et qui y ont trouvé un équilibre de vie, il est compliqué d’accueillir une personne qui présente des comportements violents….

Mais quand bien même, en Belgique, nous n’avons pas assez d’infrastructures, plus d’enveloppe pour accueillir nos Belges, et plus de subsides. Difficile de fonctionner ! Pourtant, concrètement, c’est un besoin réel de créer des services spécifiques. Mais pas n’importe comment, il faut donner les moyens de le faire.

Quant à la détresse des parents représentée dans le film, elle est bien réelle. Chaque service a une liste d’attente et chaque semaine nous recevons des appels. Depuis quelques années, il est vrai que l’on parle beaucoup de l’autisme, mais cela reste encore un monde particulier à appréhender, dont la pédagogie est totalement différente de ce qu’on connaît traditionnellement…

Dans le film, on voit aussi que les responsables passent au-dessus des contrôles. Je pense que ce qu’ils entreprennent est honorable mais qu’il faut rester dans la légalité. Je me souviens d’ailleurs d’un reportage sur les institutions fantômes, services non agréés, non contrôlés : il y avait beaucoup de négligences, maltraitances… De l’autre côté, les contrôleurs font leur métier. Mais ce qui est horripilant, c’est que ce ne sont pas des personnes de terrain, ils ne comprennent pas la réalité du quotidien. Ils s’attardent en général sur les normes et pas sur la personne.

En conclusion, je dirais que Hors Normes est un très chouette film, touchant, où chaque professionnel du secteur peut, selon moi, se retrouver dans sa fonction. Il permet une ouverture d’horizon sur le monde de l’autisme et ses réalités de terrain (infrastructures, normes, encadrement, etc.). »

« Enfin, on parle des nôtres »

Brigitte Courtois, responsable pédagogique à l’asbl Mistral, centre pour autistes adultes à Liège

« Pour une fois, on parle de nos résidents !

Je trouve qu’on entend de de plus en plus souvent parler de l’autisme, et c’est très bien je n’en disconviens pas, mais il est surtout question des « autistes de haut niveau ». C’est-à-dire ceux dont les compétences font qu’ils peuvent s’intégrer, à un moment donné, d’une manière plus ou moins adaptée, dans la société. Mais nous par exemple, nous accueillons des personnes qui sont écartées depuis plusieurs années, avec de gros troubles du comportement. En résumé, on a plus de « Valentin » que de « Joseph » !

Même si la situation est celle de la France et pas celle de la Belgique, ça interpelle quand même et ça démystifie un petit peu. Je suis allée voir le film avec des amis, qui ne sont pas du secteur, et leur réaction a été très différente de la mienne. Quand on parle de l’autisme à quelqu’un qui est en dehors du secteur, bien souvent, ce qu’il imagine c’est un enfant qui a des problèmes de socialisation, qui est dans sa bulle. Or, des troubles du comportement comme ça, ce n’est, d’abord, pas toujours lié à l’autisme, et ensuite, pas la seule réalité de l’autisme. Je travaille dans le secteur depuis maintenant 40 ans et j’accueille encore souvent des jeunes ou des étudiants qui n’imaginent pas le côté de l’autisme qui est montré dans le film. C’est une question de représentation.

Aujourd’hui, les enfants autistes sont pris en charge jeunes et ont donc plus de chances de s’en sortir sans élaborer de troubles importants du comportement. Mais les adultes que nous avons ici, ils ont fait des séjours parfois très longs dans les hôpitaux psychiatriques et ce sont des personnes avec de gros troubles du comportement qui sont refoulées d’à peu près toutes les structures parce que trop compliquées à gérer. La majorité de nos résidents ont fait des séjours plus ou moins longs en psychiatrie, de par leurs comportements. Donc évidemment, quand ils arrivent ici ça n’est pas toujours simple… Je pense notamment à un jeune que nous avons été chercher, il n’y a pas si longtemps, en psychiatrie. Il était en cellule d’isolement et lié sur son lit. Il est clair que quand on l’a amené chez nous et qu’on l’a mis dans un groupe de 7/8 résidents (à l’époque, actuellement nous sommes 15), ça a été compliqué. Il passait d’un meuble à l’autre sans mettre un pied au sol, il sautait de la table au buffet, et à l’appui de fenêtre parce qu’il était complètement déchaîné. Maintenant on a réussi à refaire une éducation. Il est allé en balade, et même à la foire avec une éducatrice en individuel la semaine dernière… un gros progrès ! On leur rend une vie décente et c’est ce qu’on voit dans le film, et ça c’est totalement vrai.

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Un autre point très justement abordé dans le film, et qui m’a marquée, est celui de la surveillance de tous les instants ! Quand on voit Valentin sur le périphérique à Paris … c’est très réaliste. Il est clair que chez nous quand on arrive, on peut être un peu frustré de voir que les portes n’ont pas de clinche et qu’on les entend claquer derrière soi, mais c’est par souci de sécurité justement. La plupart des résidents n’ont pas la notion de danger. Tout à coup, ils vont marcher tout droit et s’en aller. On a eu une fois, il y a longtemps, un jeune homme qui a réussi à prendre la poudre d’escampette. Heureusement, quand on va se promener avec les jeunes, on fait toujours le même trajet, le même tour du pâté de maisons, et dans le même sens. Parce que, comme Valentin – et on le voit bien dans le film – s’ils ont l’opportunité de partir, il y a 90% de chances qu’ils prennent le trajet qu’ils connaissent. Donc là, effectivement, nous avions retrouvé le jeune homme sur le trajet qu’il faisait régulièrement.

A part ça, certaines situations, parfois un peu dramatiques dans le film m’ont faite sourire en tant que professionnelle parce que ça m’a rappelé des bons souvenirs ! On a vécu exactement les mêmes choses. Par contre, mes amis extérieurs au secteur ont été perturbés par certaines scènes. Le retour de Valentin en psychiatrie, par exemple. C’est-à-dire qu’on le prend pour le sortir progressivement, et quand on le ramène et puis qu’on le plaque au sol dans le couloir en psychiatrie, ça interpelle. Tous sont un peu choqués qu’on le mette au sol pour le maintenir. Pourtant chez nous c’est presque du quotidien, et ce n’est pas de la maltraitance, c’est simplement le fait de contenir la personne pour qu’elle arrive à se calmer. En psychiatrie, j’ai déjà vu ça … mais avec une seringue dans l’autre main. Donc je ne trouvais pas ça tellement larmoyant par rapport à ce qu’on vit au quotidien en tant que professionnels/elles. Tandis que les gens avec qui je suis allée voir le film en ont été fortement touchés.

Enfin, même si chez nous il n’y a pas beaucoup de structures qui accueillent des cas d’autismes aussi profond, on est quand même contents d’avoir des institutions, contrairement aux cas qu’on voit dans le film, à Paris, où ils doivent se débrouiller dans de tous petits appartements. C’est déjà rassurant. »

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La santé tout court, KESAKO ?

Le 30 Déc 20

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La santé tout Court est un outil original qui permet d’aborder la santé par le biais de l’image et des émotions.La Santé tout court est une pochette comprenant une compilation (DVD) de 11 courts-métrages d’animation sur la santé accompagnée d’un livret pédagogique. Editée par le Service éducatif (Santé) de PointCulture avec le soutien de l’AVIQ, cet outil est destiné aux enseignants ainsi qu’aux professionnels de la santé, aux animateurs et aux éducateurs. La pochette est gratuite sur demande dans tous les PointCulture.

La santé tout court, KESAKO ?

Un « Health Focus » au Festival Anima 2019

Le 4 mars dernier, en guise d’avant-goût, le public d’Anima, festival international du film d’animation à Bruxelles, a pu découvrir les 5 films suivants :

  • Une tête disparaît, Franck Dion, CA & FR, 2016, 9’
  • Le labyrinthe, Mathieu Labaye, BE, 2013, 09’20’’
  • Simbiosis Carnal, Rocio Alavrez, BE, 2017, 10’08’’
  • Pépé, le Morse, Lucrèce Andreae, FR, 2017, 14’54’’
  • Hybrids, Florian Brauch, Matthieu Pujol, Kim Tailhades, Yohan Thireau, Romain Thirion, FR, 2017, 06’22’’

Après la projection, autour d’un lunch, les discussions allaient bon train : « Simbiosis Carnal, je voie très bien comment l’utiliser pour l’EVRAS. En plus d’être très beau graphiquement, il offre des angles d’approche variés : historique, multiculturel, féminin-masculin, etc… »« Touchant et juste, Une tête disparaît traite les deux points de vue, celui de la personne atteinte de la maladie d’Alzheimer et de l’aidant proche »« J’ai bien ri en regardant « Pépé, le morse » ! Pourtant, ça parle de la mort, du deuil. Le langage est « cash » mais il montre bien la difficulté de montrer/accepter ses émotions suite à la disparition d’un proche. »

Le court-métrage d’animation, un outil pour la santé ?

Comme le fait remarquer M. Avénia, responsable « fictions » chez PointCulture : « Souvent lorsque l’on parle de cinéma d’animation, la confusion est faite avec les dessins animés bien connus des moins jeunes (ou des plus anciens). Mais le cinéma d’animation ne se limite pas à « animer des dessins »[i]. Depuis de nombreuses années d’ailleurs les créateurs valorisent de plus en plus, différentes techniques d’animation qui, en plus d’affirmer leur style, apportent aux films variété et singularité. »[1]Grâce sa courte durée (max. 15’), le court-métrage convient parfaitement pour introduire un sujet plus complexe. Et il le fait avec subtilité et poésie tant le champ des possibles est presque infini. Il peut servir comme déclencheurs de discussions, de prise de conscience ou d’expérimentations.

Le livret pédagogique

Celui-ci propose des pistes d’activités et d’exploitation avec un public partir de l’âge de treize ans. Il s’adresse tant à des enseignants qu’à des professionnels de la santé, des animateurs et des éducateurs. Il peut convenir également pour un groupe d’adultes (alphabétisation, réinsertion socioprofessionnelle, sel help, etc.) qui souhaiteraient réfléchir sur ses thématiques.Chaque film a une fiche qui se compose de façon identique : une fiche technique ; les mots-clés ; le public cible ; un résumé ; des infos sur le.la réalisateur.trice ; une analyse du film ; des pistes d’animations et des ressources utiles.Le livret propose également deux articles sur les techniques d’animations utilisées et sur la littératie en santé.

Pour toutes infos : Christel Depierreux, Chargée de projets Santéchristel.depierreux@pointculture.be – 02 737 19 29 www.pointculture.be


[1] Extrait de l’article repris dans le livret : « A la découverte des techniques d’animation »


« Sex Education », the cup of tea de l’EVRAS

Le 30 Déc 20

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« Sex Education », the cup of tea de l’EVRAS

On ne présente plus la plateforme de streaming mondialement connue : Netflix ! Vous la connaissiez pour son abondance de titres de films et de séries, pour les week-end de binge-watching (et la notification « Are you still watching ? ») mais aussi, peut-être même surtout, pour les séries originales Netflix. C’est dans cette catégorie que nous avons vu arriver début de l’année la série « Sex Education », 8 épisodes de 50 minutes a priori pour les teenagers. « A priori », parce que nous avons ici une pépite qui nous propose presque 8 séances d’EVRASNote bas de page en ligne, à mettre dans les mains des ados comme des adultes, des pros du secteur comme des novices, ou de ceux qui ont simplement envie de voir qu’en 2019 on peut s’assoir un peu plus encore sur les clichés de notre société.

Plantons le décor. Nous sommes quelque part en Grande-Bretagne (accent british, thé, conduite à gauche), l’histoire se déroule majoritairement dans un lycée aux allures de campus américain, en témoignent les casiers dans les couloirs et les blousons à l’effigie du club sportif. L’espace-temps est clairement actuel, les personnages ont des smartphones et des laptops mais aussi totalement oldschool dans le style vestimentaire et les vieilles voitures qui vous rappelleront votre enfance (du moins pour nos lecteurs de plus de 25 ans…).

Dans cette série, on suit plusieurs personnages plus drôles et attachants les uns que les autres mais on y suit surtout Otis, un ado introverti que la sexualité met mal à l’aise (à tel point que la masturbation lui est impossible). Il est le fils unique d’une sexologue totalement décomplexée dont la maison est une ode à la sexualité, où phallus en bois et représentations du kamasutra se font la part belle dans la déco.

On y rencontre aussi Maeve, l’ado aux cheveux roses décolorés, intelligente et sarcastique, issue d’une famille déchirée entre le rejet de son père, la toxicomanie de sa mère et l’errance de son frère. La vie l’a fait grandir plus tôt que prévu, elle vit seule dans une caravane, trainant les casseroles du passé et une réputation peu glorieuse. Pourtant, entre Otis et Maeve, ça matche ! Loin des clichés de la belle et la bête que l’amour réunit, c’est ici le business qui les unit.

Otis a un don pour aider les gens à comprendre leurs relations et leur sexualité, Maeve a besoin d’argent et gère les rendez-vous des clients (leurs compagnons de classe) : c’est le début des consultations de sexologie au lycée !

Une série qui parle de sexe, oui, et alors ?

Oui, Sex Education est une série avec des adolescents qui parlent de sexe mais c’est surtout une série qui en parle bien ! On pourrait même dire que le fil rouge du succès netflixien s’inscrit dans le mouvement anglo-saxon sex-positive qui encourage la sexualité dans tous ses aspects, la sexualité consentie et surtout le dialogue. Ce dernier point prend encore plus de sens quand on se souvient que l’intrigue tourne autour des consultations de sexologie données par un gamin de 16 ans.

Si vous portez vos lunettes de spectateurs lambda en regardant Sex Education, vous passerez un bon moment, observerez toutefois quelques clichés (après tout c’est une fiction) et vous vous délecterez de l’humour britannique. Si vous vous parez de vos lunettes de professionnels, vous y verrez un grand nombre de sujets liés à l’EVRAS fort bien amenés et traités. Il serait impossible d’en parler sans « spoiler » le contenu pour les futurs fans de la série, alors en voici en quelques-uns.

  • L’homosexualité : elle y est féminine et masculine. Le mec le plus cool du lycée est ouvertement gay, deux filles ne parviennent pas à trouver du plaisir ensemble, un autre encore connait les joies et les difficultés de se travestir. On parle ici d’homosexualité dans le quotidien, dans le futur, et on s’éloigne de la situation devenue cliché « Papa, maman, je suis gay, je fais mon coming-out ! ».
  • La masturbation : on montre enfin un ado qui n’arrive tout simplement pas à se masturber parce que ça le dégoute. Terminé l’image de l’ado masculin obsédé par son slip. On montre surtout des adolescentes qui se masturbent pour trouver, comprendre et majorer leur plaisir. A fortiori, on parle réellement et explicitement du plaisir féminin.

« Je ne sais pas ce que je veux, personne ne m’a jamais demandé ça avant » (Un personnage à propos de son plaisir)

  • L’IVGNote bas de page : oubliez le laïus de l’échec de contraception, l’introspection sur son éventuel désir de parentalité, la perspective du regret et la mélancolie comme acolyte. Non, Sex Education nous montre l’IVG telle qu’elle peut être (parce que chaque femme le vivra à sa manière) : une décision, une intervention accompagnée, des émotions qu’elles soient tristes ou joyeuses. Et c’est tout. On ne parle de l’IVG que dans un seul épisode, comme pour rappeler qu’il s’agit bien d’un choix posé à l’instant T dans une vie et non la transformation d’une femme dont l’IVG resterait dans un phylactère au-dessus de sa tête pendant des décennies.
  • Le sexting et le chantage : se séduire, s’allumer, s’exciter et parfois montrer les parties de son corps les plus intimes par message ou par Snapchat. Sex Education c’est le portrait d’une génération qui a grandi avec les sites porno à portée de clic, la possibilité de se dévoiler sous couvert de photos temporaires et le risque que d’autres les utilisent de façon malveillante. La série nous propose une autre lecture et les plus connaisseurs reconnaitront cette réplique : « It’s my vagina ! ».

Une série résolument féministe et progressiste?

Eh bien oui ! La série offre une place particulière aux rôles féminins, d’ailleurs souvent des personnages forts. Une mère sexologue qui assume sa sexualité, un couple lesbien (une maman caucasienne et une maman noire, ça aussi, c’est rare au cinéma), une adolescente qui se masturbe dans un contexte de libération de la parole autour du plaisir féminin, une autre qui rêve d’avoir un rapport sexuel mais qui souffre de vaginisme, une autre encore qui exprime librement vouloir des relations sexuelles saines sans construire un couple… Sex Education rafraichit les mémoires ou éclaire les lanternes sur le fait que le plaisir féminin se découvre, s’apprend, se partage, se respecte mais surtout qu’il n’y a qu’une propriétaire : la femme.

Sex Education, du militantisme 2.0 ? Vous vous forgerez peut-être une opinion dans 8 x 50 minutes d’épisodes. Ce qui est par contre certain, c’est que cette série peut (devrait ?) être mise en toutes les mains…

Sex Education réalisé par Laurie Nunn – Janvier 2019

Disponible sur la plateforme Netflix

Education à la Vie Relationnelle Affective et Sexuelle.

Interruption Volontaire de Grossesse.

« Entre deux sexes »

Le 30 Déc 20

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« Entre deux sexes »

Afin que l’ordre des choses soit respecté, que le monde reste rose ou bleu, fille ou garçon, la médecine intervient à l’aide de traitements hormonaux et chirurgicaux sur de nombreux enfants nés intersexes. Vincent Guillot et Ins A Kromminga décident de sortir du silence qui les a trop longtemps accompagnés et tentent de briser un des derniers grands tabous de notre société.

De R. Abadia, 67’, France, 20171er prix de la Compétition « Soulever des Montagnes » – Festival ImagéSanté 2018

Projeté à l’occasion du festival ImagéSanté en avril 2018, le documentaire de Régine Abadia donne la parole à Vincent Guillot et Ins A Kromminga, intersexes et figures du militantisme en faveur de la reconnaissance et du droit des personnes intersexuées. Education Santé a eu l’occasion d’assister à la projection et au débat qui s’est tenu ensuite, en présence de la réalisatrice et de Kris Günther[1].

46 nuances de sexes

Le documentaire porte sur la cause des intersexes. Qui sont-ils au juste ? « Les intersexes sont des individus nés avec des caractéristiques sexuelles (telles que les chromosomes, les organes génitaux, ou bien encore la structure hormonale) ne correspondant pas entièrement aux catégories mâle ou femelle, ou appartenant aux deux en même temps. (…) Le terme « intersexe » représente la palette des variations des caractéristiques sexuelles, variations naturelles au sein de l’espèce humaine[2]. »

Biologiquement parlant, on parle de 46 variations de sexes différentes (avec encore de multiples sous-catégories), même s’il n’en existe que deux reconnues administrativement. Tout un éventail de variation des caractéristiques sexuelles qui concerne entre 0.05 et 1.7% de la population, d’après l’ONU, soit autant de personnes nées intersexuées que de roux.

Lorsque l’on naît avec une variation, qu’on ne rentre pas très exactement dans la catégorie mâle/femelle, on échoit dans la catégorie « Désordre (ou Anomalie) du Développement Sexuel » des classifications médicales… et c’est cette non-conformité aux standards médicaux et sociaux qui est à la racine du « problème ».

« C’est pour son bien », vraiment ?

Tout le monde naît avec des œstrogènes et de la testostérone. Au départ, il n’y a pas de problème. Mais la société en crée un, l’ « anormalité » (entendu, ne pas rentrer dans la norme mâle/femelle) dérange…

« Les docteurs conseillent fréquemment aux parents des interventions médicales, chirurgicales ou autres, sur ces nouveau-nés et enfants, afin que leurs corps soient conformes (ou semblent l’être) aux caractéristiques mâles ou femelles.

Dans la grande majorité des cas, ces interventions ne sont médicalement pas nécessaires et peuvent avoir des répercutions terriblement néfastes sur ces personnes tout au long de leurs vies[3]. ». Le documentaire de Régine Abadia témoigne de ces répercutions, notamment de la pathologisation déjà au moment de la vie fœtale ou dès la naissance, des chirurgies dites correctives dès la naissance ou dans l’enfance, des traitements lourds tout au long de l’adolescence, etc. au détriment du consentement libre et éclairé des personnes concernées. Tabou, secrets, absence d’explications sur ce qui se passe et ce qu’on va faire à ton corps, mal-être, difficultés à se définir, suis-je un monstre ?…

On démarre le visionnage en entendant tous ces terribles témoignages : traumatismes psychologiques, mauvaise estime de soi, risques accrus d’échec scolaire, de précarisation, discriminations…Interpellant, d’autant plus qu’il ne s’agit pas d’un problème « de santé », mais d’un problème de société ! L’argument « c’est pour son bien » avancé (jadis ?) par le corps médical n’est désormais plus recevable. Notons que, parmi d’autres instances, l’ONU a remis un avis sur ces pratiques qu’elle assimile à de la torture[4].

L’évolution des pratiques et des conceptions du corps médical

Au centre des revendications[5], il y a « la fin (des) pratiques mutilantes et ‘normalisatrices’ des chirurgies génitales, des traitements psychologiques et des autres traitements médicaux. » En effet, la violation du consentement libre et éclairé de la personne et le droit à son auto-détermination sont ainsi mis en cause.

Cela débute notamment par une « dépathologisation » des variations des caractéristiques sexuelles, toujours inscrites dans la classification des maladies de l’OMS. Les protocoles et les manuels médicaux doivent évoluer. Les médecins présents dans la salle acquiescent. Kris Günther ajoute « on n’attaque pas tous les médecins, mais « La » médecine dominante à laquelle ils sont formés et qui choisit de « normaliser ».

Heureusement, une prise de conscience sur le fait que les interventions chirurgicales devraient être retardées jusqu’à ce que l’enfant puisse décider par lui-même semble s’opérer, constate-t-il prudemment… mais aborder cette question et sensibiliser sur le sujet n’est absolument pas systématique lors du cursus actuel.

En termes de sensibilisation, on apprend d’ailleurs que le documentaire est davantage passé en fac de médecine à la demande d’étudiants que de professeurs. Dans les discussions avec la salle, on en vient alors à se demander : « est-ce la société qui fait les médecins et les psychiatres, ou à l’inverse, ceux-ci façonnent-ils notre société ? ».

Faire entendre la voix des intersexes

Au travers des voix de Vincent Guillot et Ins A Kromminga, nous suivons le combat et les revendications de personnes intersexuées… Et au-delà, le documentaire nous questionne sur la « normalité », cette construction sociale et culturelle « qu’on se crée pour se rassurer » (dixit Kris Günther). C’est seulement depuis les années ’90 qu’un peu partout dans le monde, le voile se lève doucement sur la cause des intersexes. Lors des échanges avec la salle, la réalisatrice nous explique d’ailleurs qu’elle a constaté que « où que ce soit dans le monde, on rencontre des personnes de cultures différentes qui partagent toutes des expériences similaires, les mêmes traumatismes, les mêmes déboires avec le monde médical et les mêmes revendications ».

Le documentaire donne la parole uniquement à des intersexes, on n’entend pas le point de vue de médecins, de parents d’enfants intersexués par exemple. Régine Abadia explique que faire (« enfin » souligne-t-elle) entendre la voix des intersexes était une volonté forte de sa part au cours de la réalisation. Au-delà du respect du droit à l’intégrité physique, « pouvoir vivre nos différences » est le grand propos du film.

Briser le tabou et ouvrir le sujet

N’ayant, à titre personnel, jamais entendu parler de la cause des intersexes avant de me rendre à la projection du documentaire et après avoir sondé mon entourage, force m’a été de constater que les cours d’éducation sexuelle ne mentionnent pratiquement jamais leur existence. Ou suis-je d’une génération dépassée sur le sujet ? Je l’espère. Dans le même sens, les professeurs de médecine présents au cours de la projection reconnaissent qu’il s’agit « d’une ligne dans un manuel de médecine ».

Pourtant, au-delà des aspects en lien avec la « santé » et le modèle bio-médical, il est bien question de créer et d’élargir le débat sur les questions que cela soulève afin de l’enraciner au niveau sociétal : le droit à l’intégrité physique, au libre arbitre, au consentement, mais aussi la question de la normalité et – pour faire lien avec le thème de ce numéro – l’assignation forcée d’un genre (binaire).

Pour en savoir plus

  • OII Europe – Organisation Intersex International Europe : www.oiieurope.org (site en anglais)
  • ILGA Europe et OII Europe, « Défendre les droits humains des intersexués – Comment être un allié efficace ? Un guide pour les ONG et les décideurs politiques » : https://oiieurope.org/toolkit-allies-french/

[1] Co-fondateur, porte-parole et représentant de l’OII en Belgique

[2] ILGA Europe et OII Europe, « Défendre les droits humains des intersexués – Comment être un allié efficace ? Un guide pour les ONG et les décideurs politiques » : https://oiieurope.org/toolkit-allies-french/

[3] Idem (2)

[5] Les revendications du mouvement international des droits intersexe sont reprises dans la déclaration de Malte (2013) : https://oiieurope.org/public-statement-by-the-third-international-intersex-forum/

Images Mentales souffle ses 10 bougies

Le 30 Déc 20

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Images Mentales souffle ses 10 bougies

A l’occasion de la 10ème Edition des Rencontres Images Mentales, les organisateurs ont souhaité « aller interroger le passé », comme l’explique Martine Lombaers (coordinatrice) en introduction, et amener le public à porter un regard politique sur les films historiques « pour appréhender l’avenir au regard d’un présent ultra-médiatique ». Ainsi, Images Mentales démarre cette année avec deux journées de rétrospectives. Nous avons réuni trois plumes pour partager avec vous les documentaires visionnés au cours de ces journées.

Une rétrospective faite de (r)évolutions

Manon Gobeaux et Juliette Vanderveken« Saint-Alban – une révolution psychiatrique », de S. Cantalapiedra (60’, France, 2016), ouvre la première journée de projections des Rencontres. Il n’en fallait pas moins pour démarrer cette nouvelle édition et donner le ton. « On pourrait qualifier le film sur Saint-Alban de « passéiste », et pourtant… il soulève nombre de questions à réactualiser ! » (Pierre Smet, psychanalyste intervenant lors du débat).Saint-Alban, c’est un petit village perdu en Lozère où se trouve un hôpital psychiatrique, ou plutôt un asile carcéral aux méthodes archaïques au moment de l’arrivée du jeune docteur Paul Balvet. Saint-Alban, c’est surtout le théâtre d’une rencontre, celle de quatre jeunes médecins (Paul Balvet, François Tosquelles, Lucien Bonnafé et André Chaurand). Ensemble, ils vont révolutionner la prise en charge des patients de l’hôpital et bien au-delà, le monde de la psychiatrie.Toute leur histoire à Saint-Alban montre un processus d’humanisation de l’hôpital et, par-dessus tout, une volonté de rompre avec les coutumes de l’asile, d’ouvrir les portes et de briser les murs. Ce qui compte avant toute chose pour ces soignants, c’est la relation au patient et la (re)mise en activité de ce dernier. Ils appliquent des méthodes nouvelles dans la prise en charge des personnes malades, dans le rôle et l’implication de l’équipe soignante, ils s’essayent à une gestion horizontale et non plus verticale… et, par tous les moyens, ils tentent de « briser les murs » de l’asile. L’idée défendue par H. Simon « il faut soigner l’hôpital avant de soigner les gens » est reprise, c’est la naissance de la psychiatrie institutionnelle.ImageOn ne saurait faire abstraction du contexte historique dans lequel s’enracinent ces rencontres, à savoir la seconde guerre mondiale et l’occupation nazie, tant la résistance y joue un rôle central. La résistance est en effet un ingrédient indissociable et indispensable à la révolution menée (aux révolutions, dirons-nous plutôt). A Saint-Alban, chacun des protagonistes apporte avec lui son bagage de résistant ou de révolutionnaire, d’anarchiste, de communiste, de marxiste ou autre. « Tous les proscrits se retrouvent et se réunissent à Saint-Alban » dira l’excentrique Tosquelles, arraché au camps de concentration de Septfonds par Balvet. L’hôpital devient une plaque tournante de la résistance en y cachant des juifs, des maquisards, des armes, en imprimant des tracts… De cette rencontre stimulante entre la folie, le marxisme, le surréalisme, la résistance… naîtra la Société du Gévaudant où les réflexions sur l’aliénation sociale, l’aliénation individuelle, etc. foisonnent et se mélangent.Nous pouvons établir de nombreux parallèles entre cette histoire de révolution(s) et le témoignage de Micheline Roelandt, qui nous raconte son expérience à l’hôpital Brugmann, son approche du soin, la création de L’Autre Lieu… dans la projection qui suit. Mémoire de psys : « Agir pour une psychiatrie démocratique – un entretien avec Micheline Roelandt», entretien réalisé par Ph. Hennaux (Psymages) (52’, Belgique, 2008).En 1970, cette jeune psychiatre débarque à l’hôpital Brugmann. C’était une époque où les grandes évidences étaient remises en question et où tout paraissait possible, expliquera-t-elle. Dès son arrivée, elle constate : « plus que des troubles mentaux, le patient souffre de troubles institutionnels ». L’approche est paternaliste, la pharmacologie omniprésente… L’institutionnalisation est un facteur aggravant de la maladie mentale. Sans jamais nier celle-ci, elle observe toutefois des comportements « aberrants » de certains patients induits par leur hospitalisation, qui disparaissent quand la personne se trouve immergée dans un contexte extérieur. Qu’est-ce que l’institutionnalisation ? « La question de l’identification par autrui » explique-t-elle. Ici aussi, il est dès lors question de « briser les murs », d’ouvrir les portes, d’amener le monde extérieur au sein du pavillon de l’hôpital et inversement. Ouvrir les soins à l’ambulatoire, diminuer les temps d’hospitalisation… sont autant d’idées brassées au cours de l’entretien. Par la suite, Micheline Roelandt a fondé l’asbl L’Autre ‘lieu’ dans l’idée de diminuer le facteur d’institutionnalisation, mais surtout afin de faire place à la société civile dans la relation soignant-patient.

« Le lien entre la résistance et ce qui fait soin, c’est cela qu’il est nécessaire de garder vivant à l’intérieur de nous » (Mounia Ahammad, infirmière intervenante lors du débat)

Dans ce témoignage, il est question ici aussi de s’essayer à un mode de gestion et de prise en charge différent, sans hiérarchie au sein de l’équipe et où chacun, quelle que soit sa fonction, est responsable de la prise en charge de patients, les tâches de nursing sont partagées, etc.Ces expériences, tout comme les avancées spectaculaires pour l’époque à Saint-Alban, ont malheureusement pris fin à un certain moment et pour diverses raisons. Dans les deux cas, on cite l’arrivée de la psychiatrie managériale et des indicateurs quantifiables, la gestion des lieux par des « managers » et non plus par l’équipe soignante, et la place de plus en plus importante laissée à la pharmacologie. Pourtant, « on n’a pas vu un malade agité en 50 ans à Saint-Alban ! » martèle François Tosquelles. « L’horreur de l’incarcération peut prendre plusieurs formes, parfois plus douces avec les médicaments… et donc plus difficiles à saisir et à faire changer » (Mounia Ahammad, lors du débat). Mais la relation au patient est plus couteuse… Cela suggère aussi que la maladie mentale se traite comme toute autre maladie. Un pas en avant, un pas en arrière… Et une lecture politique en guise d’éclairage.

(R)évolutions pour les jeunes « délinquants », l’expérience du foyer de Vitry

Alain CherbonnierMémoire de sauvageonsNote bas de page, de S. Gilman et T. de Lestrade (52′, France, 2002), raconte l’histoire du CFDJ de Vitry, un foyer d’accueil pour jeunes délinquants. Pas n’importe quel foyer d’accueil : il naît en 1950, au moment où une nouvelle loi d’aide à la jeunesse parie sur l’éducation plutôt que sur la répression. Et pas n’importe quelle équipe non plus : le directeur est Jo Finder, un type hors du commun, appuyé par le célèbre psychiatre Stanislas Tomkiewicz, familièrement appelé « Tom ».Il y a les techniques d’expression : le dessin, le film, le slam avant la lettre, le sociodrame… Il y a la psychothérapie individuelle. Il y a un régime de semi-liberté tel que certains jeunes délinquants sont déconcertés et soupçonnent une arnaque. Il y a l’attitude de Jo, qui aime les prendre à contre-pied (« Tu piquais des bagnoles ? On va t’apprendre à voler sans te faire prendre ! ») mais est disponible pour eux à tout moment. Un ancien du foyer, Michaël Serejnikoff, à son entrée, se demandait à qui il avait affaire – et ses suppositions n’étaient guère flatteuses. Avec le recul, il parle d’un « apostolat ».Mais surtout il y a le temps. Il faut le temps : ce leitmotiv revient sans cesse dans le film. Pour paraphraser Ferré, on pourrait dire « avec le temps, va, tout s’en va »… Mais ce n’est pas magique, il ne faut pas croire, au vu des résultats remarquables obtenus en termes de réinsertion sociale, que c’est facile : ces petits gars-là sont des durs à cuire, il y en a un qui se livre à un saccage en règle, brisant 38 fenêtres !La punition ? Jo « leur fait la gueule ». Quand c’est le seul adulte qui vous porte attention et respect, qui s’intéresse à vous et non à ce que vous avez fait, ça porte. Michaël, sourire et regard doucement ironiques, après avoir haussé les épaules, baissera la garde et admettra : « Ben oui, ça fait quelque chose. » Il est devenu intermittent du spectacle, il n’a pas gardé le contact avec Jo : « Pas besoin. On ne l’oublie pas. ». D’autres anciens du foyer ont trouvé leur place dans la société. Sur 400 jeunes accueillis (souvent pendant trois ans ou plus), seuls 7 ou 8 auront finalement été exclus, quand l’équipe n’en pouvait plus.Si vous trouvez que c’est idyllique, rassurez-vous, le CFDJ a été victime de son succès : recevant de plus en plus de jeunes très violents, l’institution vivra un tel déséquilibre qu’elle devra fermer ses portes en 1983.Au cours du débat qui suit la projection, une question surgit rapidement : cela serait-il encore possible aujourd’hui ? Il est vrai que, dans les années 50, après les désastres de la décennie précédenteNote bas de page, la société était optimiste, on croyait aux valeurs issues de la résistance (cf. Stéphane Hessel). Aujourd’hui, avec la banalisation des drogues, le chômage de masse, les restrictions budgétaires tous azimuts, le retour du scientisme psychiatrique, le contexte est franchement gris. Cependant, relève Christine Vander Borght, il existe ici et maintenant des équipes qui travaillent dans le même esprit. N’empêche : au-delà du professionnalisme, ce travail exige un engagement, un courage, une générosité qui représentent autant de défis.

Le traitement médiatique de la santé mentale dans les ‘60

Manon Gobeaux et Juliette VandervekenLors de la seconde journée, on change d’angle d’attaque pour la rétrospective. Chacun des films est un morceau d’un puzzle qui donne un certain aperçu de la vision, notamment médicale, de la folie et des maladies mentales.Avec « Les maladies mentales – Point de la médecine » de P. Danblon (archives RTBF, 78’, Belgique, 1964), il est question de revenir sur le traitement journalistique des maladies mentales en Belgique en visionnant un reportage de la RTBF datant de 1964. Comment montrait-on la psychiatrie à l’époque ?Un constat : les journalistes prenaient davantage le temps, à l’époque, dans la construction des émissions pour comprendre un sujet et le traiter. A la différence de l’actualité chaude, on prend le temps d’enquêter sur le sujet. D’ailleurs, en tant que spectateur, on l’expérimente aussi : la parole est lente, posée, le langage châtié, la succession d’image semble au ralenti en comparaison au traitement actuel des images et des sujets.Notons que l’émission n’a pas fait l’unanimité au sein du comité lors du choix des films car il a soulevé la question de la manière dont le festival Images Mentales souhaite montrer la psychiatrie. Et cela amène aussi la question lors du débat qui a suivi la projection : avec ce qu’on filme aujourd’hui, comment nous verra-t-on dans 50 ans ? C’est l’occasion de s’interroger.

Au-delà des murs de l’asile

Manon Gobeaux et Juliette VandervekenAvec « Derrière les murs de l’asile » de S. Nay (archive RTBF, 47’, Belgique, 1973) et « Le psychiatre, son asile et son fou » de P. Manuel et J.Péché (archive RTBF, 66’, Belgique, 1971), on nous propose ensuite de sauter à la décennie suivante et de garder le focus sur la Belgique. A partir des années ’70, un virage s’amorce : les questions liées aux maladies mentales, à l’enfermement et à la folie deviennent une problématique davantage traitée dans les faits de société. Les mouvements de l’antipsychiatrie, de mai 68… sont passés par là. Le regard devient plus social et sociétal.Les deux reportages sont très contrastés… mais la thématique de l’exclusion les réunit incontestablement. Ce sont les murs de l’asile qui séparent. Au dehors on trouve les gens « normaux » et dedans les aliénés.« Derrière les murs de l’asile » est consacré à l’institution « Les Marronniers » à Tournai, connue du monde psychiatrique belge. Il relate le travail d’une commission d’enquête publique organisée par l’association d’aide aux malades mentaux. « Une fois ou deux par semaine il m’arrive de rêver. Je vois des tabliers blancs, des fils barbelés, des murs sinistres, des barreaux aux fenêtres, enfin, je me revois enfermé. Disons que ça prend des proportions de cauchemars… c’est ce qu’il me reste de mon séjour à Tournai. » C’est sur ces mots que débute le film. Les mots d’un homme qui a fait partie des 1 200 à 1 300 malades que comptait l’institut, uniquement des hommes. C’est à l’époque, le plus grand institut d’état de Belgique, qui accueille dès lors les personnes dont on ne veut pas ailleurs : une section de défense sociale qui accueillait 450 internés reconnus irresponsables pour des délits qu’ils avaient commis. Les autres patients, ce sont les colloqués, ceux qui sont internés sur une mesure administrative, ou des personnes avec un handicap mental qui arrivent là, faute d’autre chose.Manque de moyens, manque de personnel, manque de place, manque de… Manque de beaucoup de choses ! C’est ce que clament les anciens patients et les médecins dont l’un, psychiatre aux Marronniers, répond aux journalistes : « Est-ce que vous avez l’impression dans les conditions actuelles que vous soignez les malades ? Quelques fois… très rarement. ». Ce médecin a pour lui tout seul une centaine de patients. Le désarroi s’exprime aussi chez les médecins en dehors des institutions psychiatriques. Que faire, que proposer comme solution à un patient qui a besoin de soins psychiatriques urgents, ponctuels et parfois pour une courte durée ? Dans la très grande majorité des cas, les médecins n’avaient que deux solutions : le retour à domicile ou l’hospitalisation. On colloque alors les patients en espérant « qu’ils ne s’incrustent pas », comme on dit à l’époque. Plus souvent gardés que soignés, les conditions de vie et de travail de l’institut rendent le chemin vers la guérison presque improbable. On assiste à « des hospitalisations à vie » comme nous, spectateurs, le qualifions parce qu’aucune famille n’a « réclamé » son fils, son frère, son père. Une situation illustrée par le discours d’un vieux monsieur qui devant la caméra déclare être entré aux Maronniers 53 ans plus tôt… Il avait 18 ans.Pourtant, des patients qui sortent de l’asile, il y en a. Ils sont difficiles à trouver mais ils existent. Ce sont des gens qui cachent leur passé en asile car rien n’est moins vendeur pour trouver un travail qu’une expérience de patient en institut psychiatrique… Comme le souligne la voix off du reporter « Le fou c’est toujours l’autre. Celui qui est anormal alors que moi bien sûr je suis normal et je le resterai ».Le second reportage « Le psychiatre, son asile et son fou » trouve son cadre dans un institut psychiatrique pour femmes à Louvain « avec comme guides trois psychiatres qui y travaillent mais n’ont pas toujours de certitude ou de réponse définitives à donner », dixit le « pitch » de la SONUMANote bas de page. Le contraste avec le fonctionnement des Marronniers est surprenant. Les soignants sont proches des patientes, de leur environnement. Ici aussi, on rêve d’un fonctionnement « horizontal »… « utopique, car on sait qui garde les clés » soulignera un intervenant dans la salle.

Aujourd’hui… et demain ?

Alain CherbonnierDans une valse à trois temps, Images Mentales nous a emmenés hier (voir ci-dessus), puis aujourd’hui… et demain ? Retour sur deux moyens métrages et un spectacle vivant.

Aujourd’hui

ImageExplication du titre du film de Raymond Depardon, « 12 Jours » (87′, France, 2017) : en septembre 2013, une nouvelle loi stipule que les personnes hospitalisées en psychiatrie sans leur consentement devront être présentées à un juge des libertés dans les douze jours qui suivent.La salle d’audience se trouve dans l’hôpital ; les audiences sont très courtes. Le patient est assisté d’un avocat. Parmi les avocats que nous verrons, un seul tentera de relativiser le diagnostic, laissant entendre que la souffrance au travail de sa cliente est peut-être interprétée trop médicalement.Les juges diffèrent par l’âge et le sexe, mais surtout par l’attitude. La première regarde à peine le justiciable, elle est plongée dans le dossier ; le deuxième juge, plus âgé, invite courtoisement son « client » à s’asseoir. Une autre juge, plus jeune, entend un patient lui dire qu’il « entend des voix de la chaise électrique » ; perplexe, elle essaie de comprendre. Un autre juge encore reçoit la question « je voudrais savoir pourquoi les gens sont malades » et en reste bouche bée.En gros, le magistrat vérifie que la procédure est correcte et se range à l’avis des médecins. L’élément déterminant est d’éviter la récidive, la rechute. Tant mieux si le patient est d’accord avec la décision. Tant pis s’il ne l’est pas ; il a un délai pour faire appel.Malgré quelques passages involontairement humoristiques (« je n’ai pas la même vision de l’agitation que le milieu médical » bougonne un patient ; « pourquoi vous parlez du collègeNote bas de page, on n’est plus à l’école ! » proteste un autre), c’est un film assez glaçant. Il est vrai que les actes qui ont motivé l’hospitalisation forcée de ces personnes sont parfois graves (tentative de meurtre, tentative de suicide et même parricide), leurs pathologies, lourdes (polytoxicomanie, délire). Mais on a le coeur serré quand cet homme dit : « Je suis fou, je suis malade mental. Je suis un sous-doué. » Ou quand cette femme au visage inexpressif a recours à une batterie d’arguments préparés afin de recouvrer la garde de sa fille.Au bout du compte, l’impression qui subsiste est que la loi de 2013, sans doute bien intentionnée, se révèle à l’usage presque cosmétique. Image trompeuse ? Peut-être le long défilé de justiciables, à la longue fastidieux, y est-il pour quelque chose. Dans « La permanence » (97′, France, 2016), Alice Diop met en scène la Permanence d’Accès aux Soins de Santé de l’hôpital Avicenne, à Bobigny. La PASS s’adresse aux primo-arrivants ; c’est la seule de ce type dans tout le département de la Seine-Saint-Denis. C’est dire que la salle d’attente ne désemplit pas.ImageDans le cabinet, deux médecins, l’un assis face au patient, l’autre sur le côté, formant ainsi triangle. On voit le relatif dénuement du service (« il n’y a plus d’ordonnances, ils ont dû épuiser les crédits »). On voit l’imbrication des aspects purement médicaux avec les aspects psycho-sociaux : solitude, absence de travail et de revenu, comment avoir un toit, faire de multiples démarches sans certitude de l’avenir. Le médecin dit à Mamadou que l’administration va lui écrire… six mois plus tard. Alors qu’il n’a pas de domicile ! Le médecin bricole comme il peut, mélangeant français, anglais et espagnol. Parfois un camarade du patient sert d’interprète amateur, il n’y a pas de traducteur.

« Ça me fait bizarre de donner des antidépresseurs dans une situation comme ça. C’est vraiment l’expression de notre impuissance. »

Quelques rapides portraits. Le Sri-Lankais qui soupire en racontant son histoire (il souffre de multiples fractures suite à un tabassage par les militaires) : « My life is very bad. » Le regard de cet homme !… Un Indien qui attend de savoir s’il sera régularisé : « Je dis au temps de passer mais il n’écoute pas »… Mamadou est réjoui : il a enfin obtenu le statut de réfugié. Mais il n’a toujours ni logement ni travail. Un patient, pour remercier le médecin, apporte à celui-ci, dans un emballage cadeau… une petite tour Eiffel : « Dès que je trouve un job, j’en apporte une plus grande ! »… Une Sud-Africaine est venue en Europe en catastrophe, avec un seul de ses enfants. Quand on ouvre son dossier médical, elle revit ce qui s’est passé, éclate en sanglots, pousse des gémissements, une autre dame vient lui toucher les épaules. Le médecin, à sa consoeur : « C’est vraiment une vie de merde qu’elle a eue. »Dans le débat qui suivra, Pascale De Ridder soulignera la violence du système, à laquelle les soignants eux-mêmes sont confrontés : « Depuis 2011, ça n’a fait qu’empirer. Le système se durcit de plus en plus. Notre société est en train de constituer quelque chose de délétère. »

Demain ?

Sur un mode plus drôlatique, Psychomaton 3000 fait écho à cette réflexion. C’est une pièce conçue et jouée par sept étudiants en psychiatrie de Lille – ce qui donne quelque confiance en la future génération de psychiatres. En quelques mots : on est en 2084 (tiens tiens, ça ne nous rappellerait pas quelque chose?) ; avec les conflits sociaux en tous genres, la faillite de la Sécu, etc., les troubles mentaux des gens sont en hausse et, désormais, pris en charge par un dispositif entièrement automatisé, oeuvre des laboratoires Benzo… Quand un psychiatre intervient, c’est sans voir le patient, qui est soumis à un questionnaire-type incroyablement simpliste et brutal – mais que l’on apprendra ensuite inspiré d’un authentique questionnaire !Quatre personnes défilent dans le Psychomaton et, au début, on rit beaucoup même si l’humour est noir. Ça se gâte quand un père surgit avec sa fille suicidaire ; il parle mais la machine ne l’écoute pas, il est éperdu, il reçoit l’ordre de « communiquer ». L’échec attendu de cette « communication » père-fille débouchera sur une hospitalisation presque forcée de cette dernière.Le quatrième patient est un habitué, il est amoureux de « la petite voix », celle de la machine, et résiste aux injonctions qu’on lui impose : il ne veut pas être soigné, il veut aller prendre un verre avec la femme de « la petite voix » ! Cela se terminera très mal pour lui, car le Psychomaton n’accepte pas que l’on refuse la norme.La pièce est évidemment une satire, mais toute caricature part de la réalité, une réalité contemporaine faite de toujours plus de rendement, d’efficience, de standardisation, d’automatisation. Ici, le contact humain, le lien, la parole sont complètement absents. Notons toutefois qu’il n’est pas besoin de technologie sophistiquée pour se heurter à la froideur institutionnelle, à la distance bureaucratique.

Rencontre avec Martine Lombaers, coordinatrice de Psymages

ES : Cette année, c’était la 10è Edition des Rencontres Images Mentales…Très souvent, les gens parlent de « festival » en évoquant « Images Mentales ». Or, ce sont des « Rencontres ». Ici, nous ne décernons pas de palmarès ou de prix, ce n’est pas dans notre optique. Notre souhait est de permettre à un public (de professionnels du secteur de la santé mentale, des étudiants, le grand public…) de se rencontrer et d’échanger à partir de films traitant de la santé mentale, de la folie, etc.ES : comment est née l’asbl Psymages, organisatrice de ces « Rencontres » ?ImageA l’origine, c’est lié à ma pratique en tant qu’animatrice vidéo au sein de l’asbl L’Equipe depuis bientôt 30 ans. Le médecin directeur de l’époque m’avait envoyée faire un tour au festival « Ciné Vidéo Psy » à Lorquin, en France. Depuis quelques années, l’hôpital psychiatrique organisait ce festival accueillant tout ce qui se produisait à l’époque. En l’espace de quelques jours, une centaine de films étaient projetés simultanément dans plusieurs salles. J’ai ouvert de grands yeux tant je n’en revenais pas, je ne me doutais absolument pas qu’il existait tant de productions. C’était un énorme melting-pot, allant des productions institutionnelles, aux fictions traitant de la folie, en passant par les films d’ateliers, c’est-à-dire réalisés au sein des institutions.Ensuite, un autre évènement est arrivé en ’95 : les 100 ans du cinéma…et de la psychanalyse ! En France, la couverture de cet anniversaire commun a été importante. Tout un travail de recherche sur l’histoire de la folie, de la psychiatrie, etc. au cinéma, au travers de toutes productions audiovisuelles, a été réalisé. On m’a interpellé pour savoir s’il y avait un travail équivalent en Belgique. J’ai cherché…et je n’ai rien trouvé. Dans les années ’90, un service de santé mentale à Namur enregistrait de temps en temps sur des cassettes VHS des émissions ou de films qui passaient à la télévision et qui traitaient de la santé mentale. Bref, on pouvait dire qu’officiellement, il n’y avait rien ou presque. L’idée de créer une asbl qui s’occupe de cinéma et de psychiatrie a fait son chemin chez moi, et chez d’autres personnes intéressées par le projet. Plusieurs associations du secteur se sont regroupées autour de cette idée : l’asbl L’Equipe, la Ligue Bruxelloise Francophone de la Santé Mentale, la Ligue Wallonne de la Santé Mentale, la Fondation Julie Renson, la Médiathèque (devenue PointCulture). C’est ainsi que l’asbl Psymages est née en 1998 !La première mission de l’asbl a été d’identifier ce qui existait comme productions audiovisuelles liées au champs de la santé mentale. On a commencé à construire une base de données, consultable sur notre siteNote bas de page et toujours alimentée à ce jour. Elle comporte plus d’un millier de titres !ES : Vous aviez donc matière à exploiter…Oui, nous nous sommes très vite rendus compte qu’on avait une mine d’or entre les main! Déjà en ’98, nous avions organisé une séance de projections intitulée « Images des uns, regards des autres ». Nous voulions sortir du cadre des images « à sensation » qu’on retrouve dans les journaux télévisés et qui alimentent toutes sortes de préjugés habituels sur la folie, les psychopathes, etc.Le titre « Images des uns, regards des autres » a été choisi car il y avait déjà la volonté d’une part, de projeter des films d’ateliers, et d’autre part de croiser les regards des cinéastes avec une lecture psy. Ça permet d’interroger le désir du cinéaste, ce qu’il a voulu mettre en lumière, le choix du sujet, le rapport filmeur-filmé, etc.D’autres opportunités se sont présentées ensuite. Et, en 2005, ce fut la première édition d’ « Images Mentales ». On a pioché dans la réserve pour la programmation, mais elle se composait surtout à ce moment-là de films français diffusés dans le cadre du festival de Lorquin.ES : « Images Mentales » est aussi une collaboration avec La Vénerie, centre culturel de Watermael-Boitsfort. Progressivement est venue l’idée de s’associer à un centre culturel pour s’ancrer davantage dans une démarche de collaboration et s’ouvrir au public francophone bruxellois et d’ailleurs. Dès le départ de notre collaboration avec La Vénerie, ils se sont inscrits comme partenaires du projet avec un soutien actif.De plus, l’Espace Delvaux (où se déroulent les projections) répondait également à d’autres impératifs qu’on s’était fixés : bénéficier d’une salle de projection professionnelle, avec un système de sonorisation de qualité, des places assises « comme au cinéma », etc. C’est primordial pour nous d’offrir un cadre idéal pour mettre en valeur le document audiovisuel : pour le rendu des films, et notamment la mise en valeur des films d’ateliers, pour le confort des spectateurs, pour le respect des auteurs, etc.ES : Quel public retrouve-t-on ? Il est de plus en plus large. Ce ne sont pas que des personnes du secteur de la santé mentale, mais aussi des personnes attachées à l’espace culturel… Ce qu’on propose n’est pas uniquement pour un public d’avertis, c’est beaucoup plus ‘grand public’ que l’on pense.Et les « Rencontres » sont aussi un moment particulier où il est intéressant de venir avec les patients. C’est l’occasion d’une sortie, on se retrouve autour de la thématique de la santé mentale mais hors du cadre de l’institution. Ça crée aussi un pont avec la société civile.ES : Comment les films sont-ils sélectionnés ? Comment choisissez-vous les thématiques ? On démarre chaque nouvelle édition avec une page blanche. Chaque membre du comitéNote bas de page apporte ce qu’il trouve, on prend le temps d’aller chercher dans différents lieux comme le festival Imagésanté par exemple, je reçois tout au long de l’année des films de cinéastes, de maisons de production… On visionne, on met de côté… mais nous n’avons pas de grille formatée avec un objectif précis. Une année, nous avons essayé de nous pencher sur la thématique de la souffrance au travail… et on s’est très vite rendus compte qu’on s’enfermait, qu’on voulait absolument faire rentrer les films dans notre cadre. On a décidé de tout reprendre à zéro. On finit toujours par trouver une trame, un fil rouge aux projets présentés, un lien ou une thématique qui se dégage.ES : Dans la programmation, on retrouve chaque année une journée consacrée aux films d’ateliers.C’est la tradition, le vendredi est la journée dédiée aux usagers, moment où ils peuvent montrer leur travail et échanger autour de celui-ci. Le fait de pouvoir le présenter à un public, sur grand écran, c’est une reconnaissance importante pour eux. Les institutions ont besoin de ce moment. Ca alimente aussi le travail des autres ateliers.Quand on a démarré à l’époque, on avait dû faire venir des films d’ateliers français, il n’y avait que trois ateliers en Belgique. Mais d’année en année, le public des institutions venait voir les films d’ateliers et sortaient de la projection avec l’idée de proposer eux aussi un film l’année suivante. Ce ne sont pas moins de 14 institutions belges aujourd’hui qui viennent proposer des films d’atelier, nous sommes ravis de cette évolution.< Mise en exergue > Le fait d’être un moteur pour la création, ça donne tout son sens aussi à ces « Rencontres ». Chaque édition devient un moteur pour la création et la production d’autres films d’ateliers, de spectacles, etc. <Fin de mise en exergue>ES : Pour cette édition spéciale des 10 ans, qu’aviez-vous prévu ? Et quelles sont les nouveautés que vous souhaitez perpétuer pour les prochaines éditions ?A l’occasion de cette 10ème édition, nous avons voulu prendre plus de temps (5 journées et 5 soirées). Très vite est apparue l’idée de faire une incursion dans le passé en sortant des archives qu’on ne voit pas ou peu. C’est l’occasion de mesurer le chemin parcouru, de s’interroger sur les pratiques d’hier et voir comment les questions de santé mentale étaient traités à l’époque.Cette année, nous avons aussi ouvert le champs des intervenants avec des sociologues, anthropologues, des philosophes, des usagers (avec le groupe « Interface » notamment), un chroniqueur… Les lectures différentes étaient très riches.Enfin, on a inclus dans la programmation des spectacles vivants. C’était magnifique ! Pour la clôture, notamment, il y a eu le spectacle « Anosognosies » de la Compagnie « l’Appétit des Indigestes », avec une standing ovation de 270 personnes. La particularité de cette troupe est d’associer des usagers, des comédiens professionnels, des soignants, des infirmiers et toute personne qui souhaite s’associer au spectacle. Le fond de leur travail porte sur la perception de la maladie mentale, du malade mental, de la perception de la folie dans la société…On verra ce que les prochaines éditions nous réservent, rien n’est encore décidé. Les portes sont ouvertes.


Pour mémoire, le terme « sauvageons » fut popularisé en 1999 par Jean-Pierre Chevènement, à l’époque Ministre de l’Intérieur, pour qualifier les jeunes délinquants.

Entre 1940 et 1944, des milliers de malades mentaux – dont Camille Claudel – meurent dans les hôpitaux psychiatriques, oubliés et sous-alimentés.

Site des archives audiovisuelles de la RTBF

Il s’agit en fait du collège de trois psychiatres qui établit le diagnostic. Mais la confusion en dit long sur la distance entre l’univers médico-judiciaire et le commun des mortels.

une équipe très informelle en fait, formée de gens de tous horizons : des personnes détachées des institutions de santé mentale, de Point Culture, mais aussi des personnes qui viennent à titre privé car elles sont intéressées, qu’elles soient usager ou non. C’est un noyau d’une dizaine de personnes.

Festival Imagésanté : au croisement de la santé, de la science et du cinéma

Le 30 Déc 20

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Le festival Imagésanté basé au cœur de la cité ardente a réuni, pour son édition 2018, 25 documentaires en provenance de différents coins du monde. Durant 5 jours, au travers des films mais aussi de débats, cet évènement nous invite à réfléchir à la santé et au bien-être. Répartis en trois catégories (« compétition internationale », « soulever des montagnes » et « nouveaux horizons »), le jury a parlé pour révéler le palmarès :- Still tomorrow de Jian FAN- Carré 35 d’Eric CARAVACA (primé deux fois)- Entre deux sexes de Régine ABADIA- Congo Paradiso de Benjamin GEMINEL et Tristan THILEducation Santé était présent et vous parle de deux projections.

Pour en savoir plus sur Imagésanté, rendez-vous sur le site du festival : https://www.imagesante.be/fr

Jackson

M. Crow, 92’, Etats-Unis, 2016« L’avortement reste légal aux États-Unis, mais les efforts anti-avortement ont réussi à le rendre pratiquement inaccessible dans certains endroits et, dans le sud profond, souvent impensable. Autrefois, le Mississippi avait quatorze cliniques d’avortement. Maintenant il en demeure plus qu’une. Depuis le passage de Roe V. Wade il y a plus de quatre décennies, le mouvement auto-marqué ‘pro-vie’ a remporté d’importantes batailles culturelles, politiques et juridiques. Maintenant, le stigmate de l’avortement est majeur au Mississippi et les femmes en situation de précarité, et souvent de couleur, sont particulièrement vulnérables.Jackson est marqué par les différentes strates sociales, raciales et religieuses du Sud profond et explore la nature nuancée de l’avortement dans la ceinture biblique d’Amérique. »ImageA mi-chemin entre le reportage et le film, Jackson nous emmène en plein cœur du Mississipi pour suivre le quotidien de trois femmes : Shannon Brewer, Barbara Beaver et April Jackson.Shannon est la directrice de la Jackson Women’s Health Organization, « la maison rose » comme elle est surnommée, en référence à la couleur de ses murs. C’est le dernier bastion du droit d’accès à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) pour les femmes de l’Etat. A l’intérieur de cette clinique à la « pink touch » on trouve une équipe médicale qui se démène pour ne pas plier sous les menaces de leur détracteurs et la pression de fermeture. Les menaces sont telles que la clinique est entourée de grilles devant lesquelles on trouve chaque jour des partisans du mouvement « Pro-vie » équipés de pancartes, chapelets, bibles, chants religieux ou encore discours criés comme celui d’un homme qui scandait « Mummy, mummy, please don’t kill me mummy »Note bas de page.Tout proche de la clinique, on trouve le Center for Pregnancy Choices dirigé par Barbara qui est une figure emblématique du mouvement anti-avortement au Mississipi. Ce lieu a pour objectif de guider les femmes enceintes, et particulièrement celles dont la grossesse n’était pas prévue. On leur explique les différentes options qui s’offrent à elles : mener une grossesse à terme, l’adoption ou l’avortement. Ça, c’est la description officielle. Tout au long du film, on entend un discours orienté anti-avortement et pro-religieux, on observe des regards culpabilisateurs sur les femmes ayant déjà interrompu une grossesse.

« Je ne pense pas qu’on puisse retirer toute l’éducation sexuelle aux gens et leur retirer l’option de l’avortement »

C’est dans ce centre qu’April, mère célibataire enceinte de son 4ème enfant, se rend en début de grossesse. Elle vit chez sa maman, peine à joindre les deux bouts et trouve refuge et conseils au centre. Enfin des ‘conseils’… presque une doctrine. Barbara n’hésite pas à diaboliser la contraception et à glorifier l’abstinence pour vivre « sainement ». A coup de chiffres internes à l’institution, « le préservatif, même bien utilisé, n’est efficace qu’à 80%… » déclare-t-elle. On est stupéfait d’observer l’ingérence de ce centre dans la vie des femmes.Bien que le contexte américain ne soit pas comparable au nôtre, les intervenantsNote bas de page présents après la projection soulignent tout de même deux points communs : la honte et la culpabilité. L’obédience chrétienne est bien moins forte dans notre pays laïcisé mais il y a encore trop peu d’espace pour que les femmes concernées puissent dire ouvertement que l’avortement était un choix clair, et parfois un choix facile, que c’est un droit et qu’elles l’utilisent. Rappelons également que l’IVG est toujours inscrite au code pénal, ce qui alimente le sentiment de honte dans la société. Cela rend aussi ce droit fragile, notamment au regard du contexte ambiant dans certains pays voisins où les prémisses d’un retour en arrière se montrent dangereusement. « Est-ce qu’à trop vouloir faire avancer nos choix et nos mentalités, on ne se met pas nous-même en danger ? » questionne une des intervenantes.Qui dit conception, dit aussi contraception. « Jackson » nous donne l’opportunité de réfléchir sous un autre angle notre approche de l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle. Chez nous, le politique prend la question au sérieux, et heureusement car l’éducation est la clé. Un membre de la clinique de l’avortement dans le film dit « je ne pense pas qu’on puisse retirer toute l’éducation sexuelle aux gens et leurs retirer l’option de l’avortement » ! Cette phrase parle d’elle-même mais elle nous rappelle aussi qu’une éducation ne sera jamais totalement optimale, que les échecs de contraception existeront toujours et que (par chance), l’humain est encore parfois un être déraisonné. Doit-on pour autant laisser les femmes dans la difficulté ?Défendre l’avortement, ce n’est pas dire « il faut faire une IVG », c’est défendre le droit des femmes à pouvoir choisir. C’est en cela que Jackson vous questionnera… « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. » (Simone de Beauvoir).

Pour plus d’information sur le film : https://www.jacksonthefilm.com

Médecines et sac à dos

R. Rappe et S. Diserens, 50’, France, 2016Image« Olivier, Elise et Marine sont fraîchement diplômés en médecine. Avant de franchir le pas vers la vie professionnelle, ils décident de prendre du recul sur les apprentissages de leurs six dernières années. Ils partent alors dans un voyage initiatique autour de la Méditerranée, là où de grandes civilisations ont développé la médecine que l’on connaît aujourd’hui.A travers leur réflexion, leur vie quotidienne et des anecdotes de voyage, ce road-movie est l’occasion de se questionner sur nos pratiques médicales, l’image de la santé et la conception du bien-être. »Dès le départ, Elise, Marine et Olivier déclarent être en accord avec la définition de la santé de l’OMS (« un état de complet bien-être physique, mental et social »). Pourtant, ils sentent qu’ils ont été formatés par leurs études et ils ont eu « peur que leur apprentissage inhibe leur réflexion ». C’est là le point de départ de leur réflexion, qui prend la forme d’un voyage initiatique.

« Dans ce film, on parle pas de la santé et de la médecine mais plutôt des santés et des médecines. »

En traversant tous ces pays qui encerclent la Méditerranée, on brosse avec eux un éventail de découvertes et de réflexions, sans entrer en profondeur au cœur de toutes les questions soulevées. Que ce soit sur les ressources thérapeutiques de la nature, sur l’importance d’aligner son corps et son esprit, ou encore sur une conciliation entre la croyance et la science. « Il faut intégrer une part de croyance dans la science si je veux concilier le corps et l’esprit », entend-t-on en guise de réflexion.Les trois étudiants partent également à la rencontre de tradithérapeutes. A la question « que vous reste-t-il de ce voyage dans votre pratique, trois ans plus tard ? », Marine et Elise répondent en cœur : « du respect et de la tolérance par rapport aux médecines alternatives. Mais aussi le fait qu’il n’existe pas de vérité absolue. En tant que praticiens, nous nous devons d’écouter le patient et ce en quoi il croit, d’où il vient et ce qu’il envisage pour restaurer sa santé ».

« Un voyage ne se termine jamais. D’abord, il vous change, ensuite il reste profondément ancré en vous. »

Un grand intérêt du film, selon Gaëtan Absil , est le lien entre le voyage et le développement de la compétence culturelle que l’on voit émerger auprès des protagonistes. Celle-ci dépasse la sensibilisation aux autres cultures ainsi que sa propre sensibilité culturelle. Dans un contexte de soin, il s’agit de la capacité à interagir avec les autres, issus d’autres cultures, en adoptant des attitudes et une approche qui valorise la diversité et permet de s’y adapter. Acquérir une compétence culturelle permet alors de mieux comprendre l’autre dans sa relation avec son corps, sa croyance, sa culture… « et permet aussi de relativiser le savoir de la médecine ! », ajoute-t-il. D’ailleurs, il met cette compétence face au phénomène d’acculturation que les anthropologues ont souvent pointé du doigt lors des études de médecine. « On a tout intérêt aujourd’hui à penser le soin et la santé dans les réseaux thérapeutiques, c’est-à-dire les réseaux qui ‘font santé’ pour une personne. »Enfin, un mot sur la forme. Il ne s’agit pas là d’un film argumentaire, qui tente de vous rallier à la cause des médecines dites alternatives. Ce road-movie nous embarque au fil de réflexions, de temps de pause et de magnifiques paysages. Le voyage devient lui-même un personnage à part entière (la voix-off : « moi, ce voyage… »). On y fait aussi l’éloge de la lenteur, du lâcher-prise. Vous étiez tendus en vous installant dans votre siège de cinéma ? Avec le bruit des cigales et le clapotis de l’eau, vous voilà détendu, les orteils en éventails, à réfléchir sur votre conception de la santé et de la médecine, ou plutôt ‘de ce qui fait soin’.

Pour plus d’information sur le film : https://fr-fr.facebook.com/medecinesetsacados/ et https://vimeo.com/ondemand/medecinesetsacados


« Maman, maman, ne me tue pas s’il-te-plaît »

Claudine MOUVET, psychologue au Centre Louise Michel, Nathalie CARLIER, médecin au Centre Louise Michel et Damien LINDER, psychologue et animateur au Collectif Contraception de Liège.

Images mentales fait le neuf

Le 30 Déc 20

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Du 15 au 17 février dernier, s’est déroulée la neuvième édition de ce festival du film sur les liens entre les arts et la santé mentale, la folie, la psychiatrie. Cette année, je fais « courts », puisque ce sont ceux qu’on a très peu de chances de voir ailleurs. Mais les voir tous est difficile et je n’ai trouvé personne pour me remplacer le vendredi matin. S’il y a dans le lectorat d’Éducation Santé un/e volontaire pour me seconder lors de la 10e édition en 2018, merci de contacter la rédaction, qui fera suivre. (Je suis sérieux, hein! )

Avec Jackson, je sautér pala fenétre (Belgique, 2015, 7’27), on est au Centre Sésame. ‘Jackson’ Ramanadovic dessine et peint au feutre, au couteau, au rouleau. C’est lui qui a choisi le dessin-titre du film. Une voix off – la sienne – commente les images, sans rapport direct avec ce que l’on voit à l’écran… sauf avec une gueule genre crocodile, hérissée de dents pointues. Les cadrages sont joyeusement insolites. Réalisant un travail au cours de sa formation à l’École de Recherche Graphique (Ixelles), Lou Colpé filme Jackson en action ; ils se sont mutuellement choisis.

Espace de travail artistique, de Gérard Preszow (Belgique, 2015, 38′), nous montre, sans intro ni commentaires, ce qui se passe et comment ça se passe dans un atelier d’arts plastiques : peinture sur toile, écriture, terre glaise, dessin, travail du tissu… On voit l’évolution des œuvres, l’interaction entre les artistes et les animateurs (eux-mêmes artistes, invités par le Créahm de Bruxelles): l’accompagnement est très personnalisé.« C’est plus une installation qu’un film, c’est destiné à tourner en boucle dans le cadre d’une expo » dira le réalisateur. Qui poursuit en évoquant Jean Dubuffet, l’art brut, le mythe de la création spontanée et, plus largement, le mythe occidental de l’artiste solitaire. On voit aujourd’hui, ajoute-t-il, que le travail en atelier donne des œuvres extrêmement variées, parfois très fortes et personnelles, mais qui n’auraient sans doute pas vu le jour sans un accompagnement rigoureux ; on commence à considérer que le travail en atelier est de la création artistique.

Interpellé, Jean Florence, psychanalyste, pose deux questions. D’abord, qu’est-ce qu’un regard et que crée-t-il ? Évoquant les regards croisés des plasticiens et des vidéastes, il souligne à l’intention de ceux-ci qu’en leur présence et devant la caméra « quelque chose qui n’existerait pas » se produit. Seconde question : qu’est-ce qu’accompagner ? Ce n’est pas seulement du conseil ou de l’assistance techniques. Car l’artiste sait ce que c’est, rater, être dans le vide, mécontent de ce que l’on fait ; il peut donc accepter que quelque chose se passe sur le plan relationnel avec son ‘élève’. Cela m’a rappelé une expérience personnelle déjà ancienne : j’ai moi-même bénéficié, dans un autre domaine qu’artistique, de cette qualité d’accompagnement. Dont j’ai pu faire à mon tour bénéficier d’autres personnes en apprentissage, en recherche, en projet. Ce que j’appelle, au-delà des savoir-faire méthodologiques et pédagogiques, être présent pour la personne que l’on accompagne.

Frédéric Rolland, artiste et psychiatre, lève un lièvre de taille avec une autre question, volontairement provocatrice : à quoi ça sert tout ça ? Ces ateliers sont-ils rentables ? Non seulement psychosocialement, mais économiquement, puisqu’aujourd’hui les maîtres-mots sont productivité, efficience, évaluabilité. Peut-on aller trouver les politiques avec ce type d’argument pour les convaincre de soutenir financièrement de tels ateliers ? Plus précisément, voyant que les films d’ateliers se multiplientNote bas de page, devraient-ils s’intégrer au marché de la production artistique? Pour le dire crûment, faut-il les vendre ?

Flashback. Il y a quelques années, comme certains des courts métrages que je voyais au festival me plaisaient vraiment, j’ai demandé s’il serait possible d’en acquérir une copie. Je voulais juste les montrer à des amis amateurs de cinéma. Les raisons pour lesquelles je n’ai pu obtenir la moindre copie semblent être les suivantes : ces films n’étaient pas conçus pour une diffusion autre que restreinte, il pouvait y avoir des problèmes juridiques (droit à l’image, pour les mineurs en particulier) et, finalement, les associations productrices n’avaient pas les moyens – et n’étaient pas forcément désireuses – d’organiser une diffusion plus large. Les termes dans lesquels la question a été posée ce mercredi sont évidemment tout différents. Ils sont proprement politiques (ouh, le vilain mot).

L’envie de faire : mieux que le savoir-faire

Il n’avait pas 19 ans lorsque Fabian Nagy rejoint ensuite par Jules de Guillebon, s’est lancé dans le projet qui deviendra La Corde sensible (France, 2016, 29’51). Il n’avait pas été formé dans une école de cinéma (d’où, à l’image, des défauts dont il est très conscient) mais avait très envie de faire un film sur la souffrance psychique, sans doute motivé par un état dépressif qu’il avait déjà connu auparavant, et aussi par le désir de réaliser une œuvre ayant une portée sociale. La possibilité d’un service civique de six mois a joué le rôle de déclencheur. Le déni de la maladie mentale tient à la peur : mise en danger de l’image de soi («je ne suis pas fou !») mais aussi peur de faire peur, peur de la stigmatisation, des mots-étiquettes… comme ‘schizophrénie paranoïde hallucinatoire’ !

Le film donne la parole à des personnes vivant des problèmes de santé mentale très divers, de l’anorexie aux troubles bipolaires, de la dépression aux idées suicidaires. Parmi elles, un élu municipal s’est bien gardé de faire état de ses problèmes : « Tout groupe social génère une stigmatisation » dit-il ; celui qui sort de la norme – explicite ou non – doit rentrer dans le rang ou être exclu. L’effet sinon le but du film est double : sensibiliser à la maladie mentale en l’incarnant dans des gens comme vous et moi et encourager la personne en difficulté à chercher de l’aide auprès des amis, de la famille, des associations (via le Net, notamment) et, bien sûr, des professionnels et services de soin. Il évoque aussi une piste du côté de la création artistique, en l’occurrence la BD. Ce film lui-même n’a-t-il pas eu un aspect thérapeutique pour son réalisateur ?Note bas de page

Traitant des neurosciences, Le Système miroir, d’Eva Zornio (Suisse, 2015, 17′), m’a laissé de marbre, alors que plus d’un autre spectateur le plébiscitait, quelqu’un le trouvant même poétique. Moi je l’ai trouvé trop abstrait, profanes non admis, froid (images de synthèse, voix off neutraliste, visages rares et inexpressifs). Peut-être suis-je passé à côté du propos.

Ensuite on a pu voir – malheureusement à la queue leu leu, sans avoir le temps de respirer – non moins de sept films sélectionnés pour le Prix Arts Convergences de Paris en 2016. J’en retiens trois pour leur qualité poétique (ben oui). Demain il fera jour (Manon Di Chiappari, 5’17): noir et blanc, visages peints, mouvement, danse, images de tristesse, de mort, et pourtant ces voix off: «Laisse-moi vivre, tu ne vois pas que je suis heureuse», «Je me sens belle», «J’ai toujours espoir en ce qu’est la vie, malgré tout»…Sans issue (Nihat Hasan, 5’38) est un film d’animation d’une belle simplicité, dont les couleurs séduisantes contrastent avec le destin d’un personnage vieillissant, qui ne trouvera refuge que dans l’isolement complet. Plus spartiate dans la forme mais très touchant, Carpe diem (Fanny de Rauglaudre, 3’22) fait entendre le monologue sur fond d’images noir et blanc d’une femme qui se passe de la crème sur le visage.

Les films d’ateliers : ouais !

Une spécialité sinon une exclusivité du festival, j’y viendrais rien que pour ça. Plusieurs premiers films – et réussites – au palmarès du vendredi après-midi. Le Centre Alba a été créé à La Louvière il y a deux ans, avec un objectif de réinsertion socio-professionnelle. Dans Les Expériences du Dr Brain (9’38), une sorte de ‘mad scientist’ – les portes de son bureau sont capitonnées – s’est juré de trouver une affectation à chacun de ses patients : le dormeur chronique deviendra testeur de fauteuils, le psychopathe, vendeur de matériel informatique périmé, la paranoïaque, garde du corps d’un rappeur célèbre, et l’obsessionnelle compulsive, nettoyeuse de choc dans un grand hôtel ! Un ergothérapeute est à la base du projet (« Même si j’y connais rien, j’essaie ») mais des usagers ont joué, participé à l’image et au montage.

Conclusion de l’un d’entre eux : « À refaire et refaire encore. Ça donne pas mal de confiance en soi ».L’asbl Revers, née à Liège il y a trois ans, propose un dispositif d’insertion par la culture pour personnes atteintes de troubles psychologiques et psychiatriques. Le Petit Chaperon rouge (5’34) est un film d’animation chatoyant et poétique (encore !) qui recourt aussi au texte. Il y aurait un atelier d’écriture là-dessous que ça ne m’étonnerait pas, mais comme l’asbl n’a pas pu être représentée, on restera sur sa faim quant au ‘making of’.

Poésie plus mélancolique avec Photosensible (12’45), du WOPS, sis à Woluwé. Au début, l’envie de travailler sur les objets que l’on n’arrive pas à jeter, en l’occurrence un album de photos anciennes, noir et blanc ou sépia – des portraits. Qu’est-ce que ça fait de fouiller là-dedans ? Que retient-on de l’image des autres ? Au départ de ces questions, et via des techniques telles que les ombres chinoises, les marionnettes, le théâtre d’ombres (des corps se mouvant derrière un voile), s’insinuent le temps qui passe, la chute, la mort : «On prend conscience de la gravité de cette thématique au fur et à mesure du film» dira quelqu’un.

Avec La Guerre des bouts d’sons (2’37), L’Ancrage, initiative louviéroise d’habitations protégées, nous offre un clip musical très enlevé, sur le thème ‘comment recycler les bruits ambiants exaspérants’. C’est drôle mais, sans l’avoir voulu, c’est aussi une métaphore du travail réalisé dans/par l’association : comment faire avec l’insupportable ? Le service Trait d’Union prend en charge des personnes dépendantes de produits illicites à la clinique psychiatrique Bonsecours de Péruwelz. La Boulette (3’47) est un film hilarant, plein d’auto-dérision : Sandy, atteint du ‘syndrome de la boulette’, pique tout ce qui est sphérique : boulettes de viande, boules de pétanque ou de billard… La médication massive n’y fait rien (le psychiatre joue son propre rôle dans le film !), alors on essaie de désintoxiquer Sandy en lui offrant un Rubik’s Cube – ce qui le guérit puisqu’il se met à piquer tout ce qui est cubique ! L’humour sous toutes ses formes est souvent présent dans les films d’ateliers. Ajoutons l’improvisation (pas de scénario pré-établi, les idées fusent, qu’il faut ensuite structurer), le lien avec d’autres ateliers créatifs, et surtout beaucoup de plaisir : « Que nous on se marre à le faire, et le public se marre aussi » dira simplement un usager du Centre Alba.

Encore deux courts pour la route ?

Ce sont aussi des premiers films. Dans L’Abri (Belgique, 2016, 28′), Olivier Praet cherche une proximité avec son frère Martin encapuchonné, qu’il filme souvent en gros plan ; en marchant, ils reviennent sur une fugue de Martin, qui cherchait à se construire un abri dans les bois. Il dit qu’il voulait « être ailleurs, à un autre endroit, comme le nomadisme ». Aux questions d’Olivier, il répond souvent «je ne sais pas».

Après la projection, quelqu’un dans la salle demandera pourquoi Martin a accepté d’être filmé, et Olivier répondra à son tour « je ne sais pas » …Le titre est magnifiquement choisi, non seulement en raison de l’épisode qui est au centre du film, mais aussi de la capuche omniprésente, et de la porte dans l’appartement dinantais que Martin a quitté : fallait-il la laisser ouverte, la fermer, l’enlever ? Qu’est-ce qui nous abrite, tous autant que nous sommes ? En 2017, Martin, diagnostiqué schizophrène, refuse toujours d’être suivi médicalement ; il vit chez sa mère mais dispose d’un espace à lui.

La schizophrénie est aussi sous-jacente mais encore moins apparente dans Appétit du vide (Belgique, 2016, 24’16). Deborah Ruffato, pour son travail de fin d’études à l’Institut des Arts de Diffusion, voulait se situer dans le portrait. Elle filme au quotidien ‘Miss Vertigo’ : Aline, qu’elle a rencontrée via l’Autre lieu. Où on lui a dit « Ici on ne parle pas de diagnostic », ça a dû lui convenir, et le portrait est beau. Aline est tellement branchée cuisine qu’elle fera un joli lapsus : « La guérison n’existe plat » …Mais j’ai gardé une autre citation pour la fin : « Ce qui permet de transformer la survie en vie ». J’espère qu’on cherche tous et toutes.

Comme l’an dernier, 14 de ces films étaient au programme… contre 3 ou 4 quelques années auparavant, rappelle Martine Lombaers, coordinatrice de Psymages asbl.

On peut le voir sur YouTube.

Séropositif? Et alors? Réactions sur le vif en caméra cachée

Le 30 Déc 20

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Séropositif? Et alors? Réactions sur le vif en caméra cachée

Les personnes séropositives peuvent aujourd’hui susciter un sentiment de solidarité spontanée lorsqu’elles sont victimes d’un comportement de rejet. Une caméra cachée en témoigne. Mais… accepter un/une partenaire vivant avec le VIH, cela reste beaucoup moins évident. Et vous comment réagiriez-vous?

Caméra cachée: le scénario

Ils se sont connus sur internet et c’est leur première rencontre, dans un bar. Il l’attend en buvant un verre ; elle arrive, souriante mais essoufflée. Elle a couru, elle a soif et demande si elle peut boire dans son verre, ce qu’il accepte. Très vite, il lui révèle ensuite sa séropositivité. Elle se fige, s’énerve, lui reproche de l’avoir laissé boire dans son verre alors qu’il est porteur du VIH. Le ton monte, le serveur s’en mêle, invoque le risque de contamination des couverts, refuse de le servir, lui clame de sortir du bar…

Comment réagissent les autres personnes présentes dans l’établissement?

C’est-ce que révèle la ‘caméra cachée’ de la Plate-forme Prévention Sida, réalisée en partenariat avec l’association belge Would You React? et diffusée sur internet. Would You React s’est donné pour mission de promouvoir les valeurs d’entraide et d’action citoyenne, notamment en réalisant et diffusant le plus largement possible des vidéos filmées en caméra cachée, qui montrent les réactions des gens face à des situations négatives du quotidien. Les vidéos intègrent les commentaires et analyses de spécialistes.

Précisons d’emblée que la situation montrée ici est donc bien, au départ, une fiction: le garçon et la fille qui se sont donné rendez-vous, ainsi que le serveur de l’établissement sont interprétés par trois acteurs professionnels, dans le but de susciter des réactions.

Objectif atteint: plusieurs autres personnes ont réagi spontanément sans savoir qu’elles étaient filmées.

La caméra cachée est accessible sur le site de la Plate-forme Prévention Sida: www.preventionsida.org.

Des réactions de solidarité à l’égard du client séropositif

Bonne nouvelle: la caméra cachée réalisée par Would You React et la Plate-forme Prévention Sida nous montre des réactions d’empathie et de solidarité avec le client séropositif. Et nous ne pouvons que nous en réjouir. La séropositivité susciterait donc, aujourd’hui, moins de rejet et d’exclusion dans la vie quotidienne, comme ici, dans un bar.

La discrimination n’a pas complètement disparu pour autant, mais, peu à peu, les mentalités évoluent. De plus en plus de gens le savent: le VIH ne se transmet pas dans les gestes de la vie quotidienne et les personnes séropositives ne sont pas des ‘virus ambulants’: boire un verre, partager un repas, travailler, jouer, faire du sport, etc. avec une personne séropositive ne comporte et n’a jamais comporté aucun risque de transmission.

Vivre avec une personne séropositive, vous le feriez?

Dans les domaines du quotidien, c’est sans doute plus facile de montrer sa tolérance vis-à-vis des personnes vivant avec le VIH que dans le secteur de la vie affective et sexuelle. En effet, combien des personnes accepteraient d’avoir une personne vivant avec le VIH comme partenaire?

Toutefois, même ceux qui se veulent tolérants par rapport à la séropositivité peuvent avoir des réactions d’exclusion par crainte d’une infection. Dans la caméra cachée, la jeune femme a une réaction très négative en apprenant la séropositivité du garçon rencontré sur internet. Cela fait partie du scénario, mais vous, comment auriez-vous réagi? Seriez-vous prêt (prête) à envisager une relation avec une personne séropositive?

Grâce aux progrès des traitements médicaux, il est plus que jamais possible de partager la vie d’une personne séropositive sans risque d’infection. C’est-à-dire, pour être clair, de vivre en couple et d’avoir des relations sexuelles, de fonder une famille.

Les traitements actuels empêchent la transmission du virus, sont plus efficaces, mieux supportés et permettent d’avoir une vie épanouissante

Ces traitements réduisent la charge virale (la quantité de virus présente dans le sang et les sécrétions sexuelles). Plus la charge est faible, moins la personne est contaminante. Une personne séropositive qui a un suivi médical régulier et prend correctement son traitement peut arriver à avoir une charge virale indétectable. La personne dont la charge virale est indétectable reste séropositive, mais le risque de transmission du virus a disparu.

A cet égard, un médecin britanniqueNote bas de page vient encore tout récemment de confirmer l’absence de risque de transmission lorsque la charge virale est indétectable depuis au moins six mois: «si vous prenez le traitement VIH comme prescrit, et que vous avez une charge virale indétectable depuis plus de six mois, vous ne pouvez pas passer le VIH à votre partenaire, avec ou sans préservatif.»

Par ailleurs, l’espérance de vie d’une personne séropositive sous traitement rejoint celle d’une personne séronégative! Enfin, quel que soit le statut sérologique de son/sa partenaire, on peut, grâce aux traitements, avoir des enfants séronégatifs.

Une caméra cachée en lien avec la campagne

«Partager sa vie avec une personne séropositive, c’est possible.»

La Plate-forme Prévention Sida a réalisé en 2015 une campagne qui invite à porter un autre regard sur les personnes vivant avec le VIH tout en informant sur les progrès des traitements capables aujourd’hui d’empêcher la transmission du VIH au/à la partenaire d’une personne séropositiveNote bas de page.

Cette campagne, reprise en 2016 souligne qu’en vivant avec une personne séropositive, on prend surtout le risque d’être amoureux, d’avoir de merveilleux enfants, de vieillir ensemble, ou encore tout simplement, de prendre son pied ! En d’autres mots, rejeter une personne parce qu’elle vit avec le VIH, c’est se priver d’une belle rencontre ! Ce qui rejoint bien la situation présentée dans la caméra cachée.

La campagne est déclinée en spots TV et radio, ainsi qu’en affiches et cartes postales qui ont notamment été distribuées lors de la journée du 1er décembre 2016.

La discrimination: les faits

La première enquête menée en Belgique francophone sur les conditions de vie des personnes séropositives le confirmeNote bas de page: même si de façon générale, les résultats sont encourageants, les discriminations à l’égard des personnes séropositives restent néanmoins une réalité. Et ce dans les différentes sphères de la vie quotidienne: soins de santé, vie affective, vie professionnelle, vie scolaire…

Dans le domaine médical, par exemple, l’enquête révèle que 13,1 % des répondants ont déjà connu des refus de soins du fait de leur séropositivité et que 21,4 % ont ressenti de la gêne de la part du personnel médical pour la même raison.

Par ailleurs, si 76,9 % des répondants ont déclaré ne pas avoir connu de situation de discrimination dans leur vie sociale et professionnelle, la moitié d’entre eux (49,8 %) ont renoncé à quelque chose de peur d’être discriminés.

Enfin, dans le domaine de la vie affective et sexuelle, 24,5 % des personnes séropositives ont connu une rupture de relation à cause de leur séropositivité.

Le Docteur Michael Brady, directeur médical de l’association britannique Terence Higgins Trust, et chef de clinique au service de santé sexuelle du Kings College Hospital.

Voir l’article ‘Partager sa vie avec une personne séropositive, c’est possible’, par la Plate-forme Prévention Sida, Éducation Santé no 318, janvier 2016.

Enquête sur les conditions de vie des personnes vivant avec le VIH en Belgique francophone (Wallonie et Bruxelles) 2010-2012.

Évaluation de la campagne ‘Partager sa vie avec une personne séropositive, c’est possible’

Le 30 Déc 20

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Évaluation de la campagne ‘Partager sa vie avec une personne séropositive, c’est possible’

Au cours de l’hiver 2015-2016, la Plate-forme prévention sida a lancé une campagne pour plus de solidarité et de lutte contre les discriminations envers les personnes séropositives, qu’Éducation Santé a mise en évidence dans son numéro de janvier.

Aujourd’hui, elle nous propose une analyse et une synthèse de l’évaluation de cette grande campagne.

Objectifs et méthodologie

Objectifs d’évaluation

L’évaluation réalisée vise deux objectifs principaux:

  • évaluer les outils produits dans le cadre de cette campagne, et en particulier la satisfaction des bénéficiaires à leur égard (compréhension, lisibilité et acceptabilité des messages). La visibilité globale de la campagne a également été évaluée;
  • analyser et partager les enseignements de cette évaluation avec l’ensemble du secteur afin d’améliorer les processus de création et les productions des campagnes à venir.

Méthodologie

Cette évaluation concerne les outils créés pour la campagne et d’autre part le thème de celle-ci, qui diffère des campagnes habituellement produites par la Plate-forme (à savoir la prévention et la sensibilisation au VIH-sida et autres IST).

Pour ce faire, un post-test de la campagne a été effectué, par la diffusion d’un questionnaire à destination du grand public via le site internet et via un envoi à toutes les personnes ayant commandé un ruban rouge lors de la dernière campagne. Ce questionnaire comprenait principalement des questions fermées et aussi quelques questions ouvertes. Les autres éléments d’évaluation ont pu être récoltés grâce aux données transmises par les régies publicitaires (IP-RMB) et par le biais d’une revue de presse relevant les articles traitant du projet.

La campagne en bref

Les objectifs:

  • amener le public à mieux accepter la séropositivité et en donner une image plus positive;
  • informer le public sur les notions de prévention combinée et de charge virale indétectable;
  • expliquer que l’on peut avoir une vie affective et sexuelle avec une personne séropositive qui suit un traitement, qui le prend correctement et régulièrement, avec un risque quasi nul de contamination;
  • amener le public à intégrer sans crainte les personnes vivant avec le VIH dans la vie de tous les jours;
  • donner de l’information sur la prévention combinée aux personnes vivant avec le VIH tout en leur adressant un message de soutien et de solidarité.

Le public cible:

  • grand public
  • jeunes et adultes
  • personnes séropositives et séronégatives.

Le message:

En vivant avec une personne séropositive, on prend surtout le risque d’être amoureux, d’avoir de merveilleux enfants, de vieillir ensemble, ou encore, tout simplement, de prendre son pied. En d’autres mots, rejeter une personne parce qu’elle vit avec le VIH, c’est se priver d’une belle rencontre!

Les outils:

  • 7 affiches
  • 7 cartes postales déclinaison des affiches diffusées via le réseau Boomerang
  • 1 spot radio
  • 1 spot vidéo
  • 1 dépliant avec deux visuels.

Ces différents supports ont une double vocation: d’une part, la communication d’un message fort à travers les visuels et les slogans; d’autre part, le renvoi vers le site internet pour avoir plus d’informations sur le sujet.

Évaluation quantitative de la diffusion et de la visibilité

  • Spots TV et radio: en concertation avec l’asbl Question Santé, un plan média a été proposé à la Commission ‘campagnes radiodiffusées’ du Conseil supérieur de promotion de la santé ainsi qu’à la ministre compétente. Il prévoyait quatre vagues de passage des spots TV et des spots radio, aux heures de grande écoute, de novembre 2015 à mai 2016.
  • Échos dans les médias: la campagne a été lancée à l’occasion de la Journée Mondiale de Lutte contre le sida 2015, ce qui lui a permis de bénéficier d’un large écho dans les médias. Au-delà des passages accordés traditionnellement par les radios et télévisions, une dizaine de diffusions supplémentaires du spot a été offerte à la Plate-forme prévention sida sur les chaînes du groupe RTL (RTL-TVI, Club RTL et Plug RTL). Des rubans rouges ont également été mis à disposition de tous les journalistes du groupe afin de permettre à chacun d’affirmer son soutien de façon visible. Les messages ont par ailleurs été fortement véhiculés sur les ondes, via le plan média mais aussi grâce aux capsules audio contenant un message de prévention, enregistrées par les animateurs de Radio Contact. Des articles rédactionnels et les visuels de la campagne ont aussi été largement diffusés sur internet et via les réseaux sociaux. Une nette augmentation du nombre de personnes suivant la page de la Plate-Forme a d’ailleurs pu être observée pendant cette période. Enfin, des espaces publicitaires gratuits dans la presse ont été négociés pour la diffusion des visuels et d’articles de fond.
  • Distribution du matériel dans le secteur sida: chacune des 7 versions de l’affiche a été offerte en 500 exemplaires aux associations du secteur sida.
  • Réseau publicitaire: 195.000 exemplaires des cartes postales ont été diffusés dans le réseau Boomerang via les bars, cafés, restaurants et cinémas de Bruxelles et de Wallonie. Ces cartes rappelaient les messages de la campagne et invitaient le public à surfer sur le site de la Plate-forme afin d’en savoir plus. Les messages de la campagne ont aussi été diffusés dans le réseau des métros bruxellois (290 affiches) et le réseau des bus en région wallonne (330 affiches).

Évaluation qualitative auprès du grand public

Le questionnaire d’évaluation a été envoyé par mail à 1742 adresses de personnes ayant commandé un ou plusieurs ruban(s) rouge(s) suite à la diffusion de la dernière campagne. Il a également été mis en ligne sur le site internet de la Plate-forme prévention sida du 6 avril au 10 mai 2016. Enfin, un Sidaflash (lettre d’information électronique hebdomadaire) incitant les destinataires à répondre au questionnaire a été envoyé à 1809 personnes. Le sondage a été clôturé le 10 mai 2016 après avoir recueillis 290 réponses au total.

Profil des répondants

Caractéristiques:

  • 59% de femmes et 41 % d’hommes ont répondu au sondage;
  • sur l’ensemble des répondants, 91% ont déclaré être séronégatifs; 5% séropositifs et 3% ont répondu ne pas connaître leur statut sérologique;
  • 58% ont entre 25 et 45 ans; 22% ont plus de 45 ans et 19,5% ont moins de 25 ans;
  • 83,5% des répondants sont des personnes privées et 16,5% sont des professionnels du secteur de la santé.

Visibilité de la campagne

  • 67,5 % des répondants au questionnaire en ligne (n=288) affirment avoir vu et/ou entendu la campagne en général;
  • Le spot TV est l’outil le plus vu par le grand public. Cela peut facilement s’expliquer par le fait que celui-ci a été diffusé via des canaux à grande audience;
  • Ce sont ensuite les 7 affiches et le spot radio qui ont été les plus vus/entendus avec des taux de plus de 65% (n=179);
  • Les dépliants et les cartes postales sont les outils qui ont été les moins vus.

Appréciation générale

  • 94% des répondants (n=232) affirment que la campagne leur plaît «beaucoup» ou «plutôt oui», alors que 6% seulement affirment qu’elle ne leur plaît «plutôt pas», ou «pas du tout».
  • Pour les spots TV et radio, respectivement 90 et 87% des répondants (n=172) affirment que les spots leur plaisent «beaucoup» ou «plutôt oui».

La campagne semble donc globalement avoir rencontré du succès auprès de ceux qui l’ont remarquée.

Appréciation de la forme et du ton

83% des répondants (n= 230) déclarent que le graphisme et les visuels leur plaisent «plutôt» ou «beaucoup».

Rétention, compréhension et acceptation du slogan

  • On constate une bonne reconnaissance du slogan de la campagne: 73% des personnes (n= 180) ayant déclaré avoir vu la campagne ont pu identifier son slogan parmi 4 propositions;
  • Il y a également une très bonne acceptation du message: 95% des répondants (n=232) affirment être «beaucoup» ou «plutôt» en accord avec le message véhiculé. Toutefois, si les répondants se sentent majoritairement en accord avec celui-ci, ils émettent une crainte particulière: celle que ce type de campagne banalise la transmission du VIH et favorise la baisse de l’utilisation de mesures préventives;
  • Au niveau de la compréhension du message, 98% des répondants (n=213) affirment «plutôt» ou «tout à fait» comprendre le slogan de la campagne. Le message est qualifié de «très clair» par un grand nombre de répondants.

Impact

  • Plus de la moitié des répondants (60%, n=232) estiment que la campagne leur a «beaucoup» ou «plutôt» apporté des informations nouvelles, contre 40% estimant qu’elle leur en a «plutôt pas» ou «pas du tout» apporté;
  • Près de 65% des répondants (n=231) se sentent concernés par le message véhiculé par la campagne;
  • 44% des répondants (n=199) disent n’avoir rien fait de particulier après avoir vu un ou plusieurs outil(s) de la campagne; 36% ont parlé de la campagne autour d’eux; 25% ont visité le site de la Plate-forme prévention sida; 18% ont recherché des informations supplémentaires.

Ces chiffres permettent de mettre en évidence le fait que la campagne a eu un impact sur plus d’une personne sur deux l’ayant vue.

Connaissance et compréhension des messages

Afin de tester leurs connaissances et leur compréhension du message, les répondants ont été invités à répondre par «vrai» ou «faux» (ou «je ne sais pas») à plusieurs affirmations.

Les réponses nous apprennent que si les répondants affirment bien comprendre la campagne et estiment, pour la plupart, que le message est clair, la méconnaissance et la confusion persistent quant à la notion de la charge virale indétectable. Le traitement semble être perçu, pour beaucoup de personnes, principalement dans ses fonctions curatives et non dans ses aspects préventifs.

Le prix de la vie

Le 30 Déc 20

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Le prix de la vie

Médecins du Monde (MdM) Belgique a lancé récemment une campagne pour dénoncer le prix révoltant des médicaments et alerter sur le risque qu’il fait porter sur notre système de santé. Test-Achats et le Collège Intermutualiste National (CIN-NIC) se sont joints à ce combat.

Patricia n’a pas accès au traitement de 43.434 euros qui la guérirait de l’hépatite C car elle n’est ‘pas assez gravement malade’. Ludovic atteint de cancer a payé plus de 50.000 euros en médicament. Pour pouvoir se soigner, il a failli perdre sa maison. Anne-Sophie attend sa greffe de rein depuis 13 ans. Combien de temps aura-t-elle accès au médicament de 400.000 euros par an nécessaire à sa survie? En Belgique, les exemples de patients n’ayant pas accès à des traitements qui pourraient les guérir se multiplient.

La mise sur le marché du Sofosbuvir, le premier des antiviraux à action directe efficace contre l’hépatite virale C, a agi comme un révélateur des dysfonctionnements en matière de production et de fixation du prix des médicaments. Le traitement de 12 semaines est en effet vendu 43.434 euros par patient. Il ne coûte que 100 euros à produire, selon une étude scientifique de 2015. Les traitements contre le cancer sont aussi devenus un marché particulièrement juteux pour les firmes pharmaceutiques. Le Glivec, un traitement contre la leucémie, est aujourd’hui vendu 45 000 euros par an et par patient pour un coût de production estimé à seulement 200 euros. Le Keytruda, un traitement contre le mélanome, est annoncé à un prix de 100 000 euros par an et par patient. Généralement, les autorités qui fixent le prix d’un médicament acceptent de s’aligner sur les exigences des firmes pharmaceutiques. Les firmes pharmaceutiques cherchent à optimiser leur profit et évaluent la propension des États à payer les médicaments.

«Notre sécurité sociale et donc notre santé sont en danger» affirme Xavier de Béthune, Directeur médical de Médecins du Monde Belgique. «Ces prix exorbitants ne sont plus tenables. La mainmise de l’industrie pharmaceutique sur le système des brevets doit cesser. Les autorités laissent les laboratoires dicter leurs prix et abandonnent leur mission, celle de protéger la santé des populations.»

De nombreuses voix s’élèvent en Belgique pour dénoncer cette situation, dont celle de Test-Achats. L’organisation de défense des consommateurs avait lancé une campagne fin juin appuyée par une pétition en collaboration avec la Ligue des Usagers SS et le Collège Intermutualiste National (CIN-NIC) pour dénoncer notamment l’absence totale de transparence sur les coûts de recherche et développement de l’industrie pharmaceutique.
La campagne se décline en sept visuels prenant pour angle la rentabilité des maladies. Le public est invité à se rendre sur le site www.leprixdelavie.be afin de signer une pétition, adressée à la Ministre de la Santé Maggie De Block pour faire baisser le prix des médicaments.

Avec cette campagne, Médecins du Monde et Test-Achats s’associent en faveur de l’accès aux traitements pour tous et demandent:

  • que l’État protège l’intérêt des Belges, préserve notre système de santé solidaire et intervienne pour faire baisser le prix des médicaments;
  • la transparence des coûts de recherche et développement, de production et de marketing;
  • un modèle alternatif au brevet pour financer l’innovation thérapeutique.

‘Manger malin c’est dans la poche’

Le 30 Déc 20

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‘Manger malin c’est dans la poche’

Les villes et communes belges misent sur une alimentation équilibrée, savoureuse et à petit prix

Comment bien manger pour moins d’argent? Voici la question à laquelle l’asbl Viasano essaie de répondre avec sa dernière campagne. Ceux qui font attention à leurs dépenses croient souvent qu’il est impossible de manger équilibré avec un budget réduit.

On constate également une plus forte prévalence du surpoids et de l’obésité chez les personnes fragilisées. Avec des actions concrètes et une campagne de sensibilisation, l’asbl Viasano montre qu’il est possible de mettre un menu équilibré sur la table pour 5€ par jour et par personne.

La campagne ‘Manger malin, c’est dans la poche’ est mise à disposition des villes et communes du réseau Viasano depuis juin 2016.

Un budget en déséquilibre

Le Belge dépense en moyenne 13,1% de son revenu pour l’alimentation (et les boissons non-alcoolisées), soit presque 2.000€ par an. L’alimentation est le deuxième poste dans les dépenses des familles, après le logement.

Le budget alimentaire reflète nos habitudes de consommation: la part du lion est dédiée à la viande, la volaille et la charcuterie (22%), tandis que les fruits et légumes ne comptent que pour 15%. Or, nous consommons trop de viande et pas assez de fruits et légumes.

Bien manger pour 5€ par jour

La campagne Viasano tourne autour de 3 messages forts pour manger malin: bien choisir ses aliments, cuisiner soi-même et s’organiser (faire le menu de la semaine et la liste des courses).

Pour mettre en pratique ces conseils Viasano a réalisé divers outils:

  • des recettes savoureuses et équilibrées autour d’aliments bon marché et de bonne qualité nutritionnelle, tels que le poulet, les légumineuses, les œufs, etc. ;
  • un tableau sur les meilleures sources de protéines d’un point de vue nutrition et prix ;
  • un set de table présentant un menu équilibré et bon marché pour une famille de 4 personnes (2 adultes et 2 enfants) avec sa liste de courses ;
  • une affiche et une brochure qui fourmillent de conseils et d’astuces pratiques.

L’objectif est maintenant que les chefs de projet Viasano dans les villes et communes mettent en pratique ces messages et ces outils, en collaboration avec des acteurs locaux tels que les CPAS, les banques alimentaires, les organisations de seniors, les mouvements de jeunesse, etc.

L’actualité du programme

Le programme Viasano a changé de statut. En décembre 2015, l’asbl Viasano a été créée. Cette structure dont les villes, communes et partenaires deviennent membres, ouvre de nouvelles perspectives au niveau du financement et des collaborations. La Wallonie vient d’apporter son soutien moral au programme et en est devenue partenaire aux côtés de la Région flamande.

Pour plus d’information: www.viasano.be

À propos du programme Viasano

Viasano est un programme de prévention de l’obésité qui aide les familles à changer de manière durable leur style de vie grâce à la mobilisation des acteurs locaux dans les villes et communes. Le programme se base sur des recommandations scientifiques officielles et encourage une alimentation équilibrée et conviviale ainsi qu’une activité physique quotidienne. Chaque année, une campagne sur ces thèmes est proposée aux villes partenaires.

Dans les villes et communes Viasano, le bourgmestre et le collège s’engagent à agir sur l’environnement des familles afin de faciliter les choix sains. Un chef de projet est désigné pour mettre en place le programme sur le terrain. Le chef de projet local est accompagné par la coordination nationale. Un comité d’experts indépendant et pluridisciplinaire valide la stratégie du programme et ses outils. Viasano s’appuie pour son fonctionnement sur un partenariat public-privé, défini par une charte.

Pour entrer en contact avec les chercheurs du KCE :Karin Rondia, Communication scientifique KCE
Tél. : +32 (0)2 287 33 48
GSM : +32 (0)475 769 766
Email : press@kce.fgov.be

Un dessin animé pour promouvoir les services des CLPS wallons

Le 30 Déc 20

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Un dessin animé pour promouvoir les services des CLPS wallons

Comment traduire des concepts abstraits en un message clair

Les Centres locaux de promotion de la santé (CLPS) d’abord agréés et subsidiés par la Fédération Wallonie-Bruxelles et depuis peu par les régions, proposent un accompagnement des acteurs locaux dans le développement et la valorisation de leurs projets et actions en promotion de la santé. Mais concrètement, qu’est-ce que cela signifie?

Pour permettre aux professionnels de mieux comprendre leurs missions, l’ensemble des CLPS wallons ont récemment réalisé un court film d’animation avec l’aide de l’asbl Camera-etcMaryline Nicolet, directrice du Centre local de promotion de la santé du Brabant wallon, activement impliquée dans le projet, répond à nos questions.

Éducation Santé: Pouvez-vous brièvement décrire pour nos lecteurs qui ne l’auraient pas encore vu en quoi consiste le dessin animé que vous avez réalisé?

Maryline Nicolet: Cette vidéo d’une durée d’un peu plus de trois minutes, financée par les CLPS, présente leur offre de services en Wallonie. Elle met en lumière l’accompagnement méthodologique, l’organisation de temps de rencontre et de formations, la connaissance du réseau local et la mise à disposition d’un centre de documentation. Cette capsule vidéo est présente sur YouTube et sur les sites web des CLPS. Nous la diffusons aussi via nos lettres d’information électroniques et au sein de nouveaux réseaux locaux.

ES: À qui est-il destiné? Quelle promotion en est faite?

MN: Nous avons fait le constat que de nombreux professionnels sont peu informés de l’offre de service globale des CLPS. Certains d’entre eux nous connaissent via une porte d’entrée spécifique (leur participation à un temps de rencontre, une demande d’accompagnement pour un projet, la recherche d’un outil…) mais ils connaissent souvent mal l’ensemble des services que nous proposons.

D’autres professionnels ne connaissent pas du tout les CLPS, cette capsule leur est aussi adressée. Enfin, depuis le transfert de compétences, les CLPS sont régulièrement amenés à se présenter auprès des instances politiques et des administrations, la capsule vidéo permet une entrée en matière plus concrète. En réalité, nous avons laissé tomber le classique diaporama ‘PowerPoint’ au profit de cette capsule.

ES: Pourquoi un dessin animé, qui n’est pas forcément un format classique pour faire de la promotion de services?

MN: C’est un avis très personnel, mais en promotion de la santé nous ne sommes pas les champions de la communication. Certes nous n’avons pas les mêmes moyens que les multinationales mais nous avons un langage complexe, chargé de nombreuses interprétations. Nous pensons que le dessin animé est un outil de communication actuel, ludique et plus accessible qu’une brochure.

ES: Comment les contenus ont-ils été construits? Pour quel type de méthodologie avez-vous opté?

MN: Un groupe composé de personnes issues de trois CLPS a collaboré avec l’asbl liégeoise Camera-etc. Nous avons eu la chance de travailler avec une très chouette équipe, le directeur, Jean-Luc Slock, pour le travail scénaristique et Simon Médart qui s’est chargé de l’illustration et l’animation.

Nous avons d’abord construit un scénario en choisissant des exemples très concrets de notre travail. Nous souhaitions mettre en lumière l’offre de services mais aussi la variété des professionnels rencontrés, et la diversité des thématiques abordées.

Ensuite, le scénario a été illustré et mis en mouvement par Camera-etc. Des allers et retours réguliers avec l’ensemble des CLPS ont eu lieu pendant les 6 mois de travail. Les choix graphiques ont été soumis à l’appréciation du groupe. Les messages essentiels ou ceux qui n’étaient pas suffisamment explicites via le dessin ont été rendus accessibles par l’utilisation d’une voix-off.

ES: Quelles difficultés avez-vous rencontrées alors?

MN: Pour les CLPS, le plus difficile a été de limiter le nombre de messages à faire passer et pour Camera-etc, de les comprendre et de les illustrer! C’est le travail avec un tiers qui a permis de rendre plus compréhensibles les principaux messages à transmettre.

ES: À Éducation Santé, nous avons beaucoup apprécié ce nouveau support, qui parvient à traduire des concepts abstraits en un message clair avec des moyens relativement simples. Avez-vous déjà eu d’autres retours positifs ou plus critiques?

MN: Nous avons majoritairement des retours positifs. Des professionnels nous ont dit que la capsule décrivait bien la globalité de notre offre de services. D’autres ont avoué avoir enfin compris le travail des CLPS !

Toutefois, certains trouvent que le travail avec le public jeune est davantage mis en évidence dans cette capsule, au détriment des professionnels travaillant avec les adultes ou les seniors. D’autres encore n’apprécient pas le graphisme qu’ils jugent trop ‘enfantin’.

ES: Une expérience à renouveler?

MN: Avec plus de moyens et de temps, on reprend la même équipe et on fait mieux !

Je ne peux pas parler pour tous mes collègues mais l’expérience fut pour moi très enrichissante. Nous avons dû apprendre à communiquer simplement. Nous nous étions fixé un timing, que nous avons tenu, un budget maximum aussi, mais les possibilités de production en matière d’animation sont infinies et étonnantes si on se donne les moyens de vouloir les explorer.

Festival ImagéSanté 2016, le bilan

Le 30 Déc 20

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Festival ImagéSanté 2016, le bilan

Le 19 mars dernier à Liège s’est déroulée au Cercle de Wallonie, sous la forme d’un dîner de gala réunissant près de 300 convives, la soirée de clôture du festival Imagésanté 2016, placée sous le parrainage de l’acteur Christophe Lambert.

Le Grand Prix du festival Imagésanté 2016 a été attribué au film belge ‘La nef des fous’ de Patrick Lemy et Eric D’Agostino (2015), une oeuvre sensible et attachante mettant en lumière le parcours, l’impuissance et le désespoir de personnes jugées irresponsables de leurs actes au moment des faits qui leur sont reprochés et envoyées en annexe psychiatrique derrière les barreaux d’une prison, pour une durée indéterminée. ‘La nef des fous’ nous plonge au cœur de cellules où l’humanité semble avoir été oubliée. En confiance, les détenus se révèlent et livrent leurs espoirs plus ou moins réalistes d’être libérés un jour…

Pour le Prix des Mutualités, c’est ‘Ik ben Alice’ de Sander Burger (2014) qui a été primé. Un film étonnant présentant le robot Alice, mis au point pour répondre aux demandes futures de soins aux personnes âgées, seules et souffrant de démence… Un robot peut-il établir une véritable relation et donc remplacer un être humain? Le résultat de l’expérience est surprenant.

Le film ‘Que reste-t-il?’ de Felipe Sandoval (2015) a quant à lui été primé dans la catégorie Accompagnement de la personne âgée. Il raconte l’histoire de Tina et Claude, jeune couple heureux d’une maison de retraite. Ils vivent leur amour au grand jour mais ils sont une exception dans un environnement où la solitude des corps et des esprits prédomine. Que reste-t-il donc à la fin de nos jours quand on est seul?

Le Prix de la Santé Mentale et de la Province de Liège a été remis à ‘Un bateau ivre’ de Kritell Menez (2015), œuvre d’une grande sensibilité sur un sujet tabou : comment libérer la parole de l’entourage des personnes alcooliques et comment les aider…

Le Prix de la catégorie Bien-être a été remis au film ‘L’effet placebo’ d’Emmanuelle Sapin et Pascal Goblot (2014), qui se proposent de porter, par une enquête rigoureuse, un nouveau regard sur notre pouvoir d’auto-guérison, l’effet placebo étant de plus en plus souvent considéré par la science comme une véritable option thérapeutique.

Le Jury Environnement et Alimentation a choisi de récompenser ‘DamNation’ de Ben Knight et Travis Rummerl (2014), un documentaire qui, avec ses découvertes inattendues, invite à parcourir les rivières et les paysages altérés par les barrages, tout en montrant la métamorphose des valeurs, de la volonté de conquête de la nature à la prise de conscience que l’être  humain en fait partie intégrante.

Les noms de tous les Prix et Coups de Coeur du festival, ainsi que celui de tous les films en compétition sont publiés sur le site du festival, www.imagesante.be.

ImagéSanté 2016, en bref

  • Plus de 100 films en compétition
  • 50 opérations chirurgicales filmées en direct
  • 10 jurys composés de spécialistes internationaux et d’acteurs locaux du monde de la santé
  • 130 ateliers ayant réuni 4200 élèves
  • plus de 2500 personnes aux soirées thématiques
  • 130 000 connexions dans 60 pays sur la Web TV du salon
  • 6 émissions TV
  • 1 jogging de 400 participants
  • plus de 10 000 participants à l’ensemble des activités au cœur du Festival aux Amphis de Médecine du CHU, au ciné Le Sauvenière au coeur de la ville de Liège et sur les divers lieux décentralisés du festival.

Tous les indicateurs sont en croissance, témoignant de la vitalité du festival qui au gré de ses éditions, non seulement maintient son cap mais aussi innove et affirme sa notoriété internationale.

Les principaux films primés sont disponibles sur le site https://www.fr.universcine.be/corner/imagesante ou plus simplement via le site www.imagesante.be, tandis que, comme à son habitude, le festival organisera diverses soirées thématiques pour présenter les principales œuvres primées.

Imagésanté, un festival en pleine forme, qui vous donne d’ores et déjà rendez-vous pour sa prochaine édition, avec encore quelques innovations, du 19 au 24 mars 2018.

Huit… et demi?

Le 30 Déc 20

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Huit... et demi?

Les 24, 25 et 26 février derniers, huitième festival Images mentales au Delvaux, à Watermael-Boitsfort. Nos fidèles lecteurs auront sans doute (en français de Belgique, «sans doute» signifie «peut-être»…) suivi les précédentes chroniques consacrées dans ces pages à ce passionnant festival organisé par des passionnés autour des questions de santé mentale. Cette année, la réforme de la psychiatrie s’est invitée en toile de fond.

Quelques mots sur la programmation. Trois matinées, trois soirées, deux après-midis. Trente films… D’accord, ceux-ci vont de quelques minutes à 1h40. D’accord, la sélection doit être difficile à opérer. Mais les organisateurs pensent-ils au chroniqueur de plus de 50 ans ? Car celui-ci, face à un programme qui enfle au fil des ans, se trouve face à des choix cornéliens. Il y aura donc, dans ce papier, plein de trous (le trou-plein, quoi).

Le mercredi après-midi est consacré à une réflexion sur les pratiques en psychiatrie, leur évolution, l’histoire, la transmission. Cela commence par un documentaire consacré à Jean Vermeylen, fondateur de L’Équipe dans les années 1960. De l’asile à la ville (Martine Lombaers, Psymages, 2014, 35′) est concis, intense sans lourdeur et fait revivre non seulement une personnalité mais une époque pas si lointaine et un idéal que l’on espère toujours vivant.

On enchaîne avec Conversations obliques (Valérie Lebrun, La Bastide, 2015, 75′) consacré à un lieu de vie qui accueille des personnes handicapées sur le site bruxellois de l’UCL. Très intéressant quant au contenu mais décevant quant à la forme: trop long, statique, décousu malgré le regroupement des séquences en chapitres (annoncés avec une certaine drôlerie) et techniquement laborieux à certains moments.

Après la projection, les échanges – au cours desquels il est peut-être assez révélateur que ne soient pas intervenus beaucoup de jeunes – évoquent des questions qui feront écho au-delà du champ de la santé mentale, dans tout le non-marchand.

La structuration du secteur par les pouvoirs publics entraîne moins de souplesse, moins de marge de manoeuvre. Paradoxalement, il est plus difficile d’être créatif aujourd’hui que lorsqu’on tirait le diable par la queue. Que les institutions soient dirigées davantage par une logique financière, administrative, managériale (voire syndicale) n’est plus un risque mais une réalité : on vient d’installer une pointeuse pour le personnel dans un service de santé mentale! «Les pressions sont de plus en plus grandes pour nous réduire à des travailleurs sans désir», dira Jan Weber (La Bastide).

Face aux exigences croissantes et parfois insidieuses (la «démarche d’évaluation qualitative») des pouvoirs subsidiants, quelle place reste-t-il pour la parole, pour la qualité des liens interpersonnels, pour l’éthique de la clinique ? Quelle place pour ce qui n’est pas diagnosticable, évaluable, mesurable ? Pierre Jadot, 28 ans d’expérience comme vidéaste dans le champ de la santé mentale, est à la veille de la retraite : «Mon poste ne sera pas reconduit. Tout ce qui est artistique, tout ce qui n’entre pas dans des critères prédéfinis est négligé.»

Éric Messens (Ligue bruxelloise francophone pour la santé mentale) rappelle que ces institutions qui se sont créées dans les années 1960-70 l’ont fait en marge et en opposition : est-ce encore possible aujourd’hui ? L’image du balancier est évoquée par Florie Villocel, suite à l’entretien qu’elle a eu avec Xavier Renders (La Bastide). Mais dans quel mouvement du balancier sommes-nous aujourd’hui ? Sommes-nous dans le creux de la vague ou, au contraire, ce qui se jouait il y a quarante ans est-il en train de se rejouer d’une autre façon et dans un autre contexte ?

Jeudi la marelle

Cécile Philippin nous avait déjà offert, lors d’un précédent festival, son très beau Les voix de ma soeur (2012, 49′, vous le trouverez chez PointCulture sous la cote TN8861). Elle récidive avec Vivre en ville (France, 2015, 25′), qui montre les mêmes qualités de sensibilité, de délicatesse et d’intelligence.

Cette fois, elle s’attache à l’insertion sociale des personnes en souffrance psychique. Le regard des autres dans l’espace public : en rue, dans le métro… L’incompréhension et le rejet de la famille – qui souffre aussi. Le chez-soi : «c’est comme une deuxième peau, ma chambre» (Yvette); «rester esseulé face à soi-même, entre quatre murs, comme dans une prison… j’ai préféré revenir à l’hôpital» (Gianni). Vivre seul, «c’est pas que ça me fait peur, ça m’angoisse» (Abdel Karim). Le soutien des soignants : «J’ai mis tous les médicaments en tas et j’ai appelé mon docteur. Si vous ne faites pas quelque chose, j’avale tout. Elle est restée deux heures à parler avec moi» (Nicole). Un film qui vibre et fait vibrer.

Gros contraste avec Ilé fait son cinéma (Jean-François Castell, 2014, 53′) qui, lui, a créé un certain malaise. Sylvain, le père d’Ilé Ménard, a déménagé et cessé de travailler – il doit avoir un revenu confortable, mais ce n’est pas abordé dans le film… – pour s’occuper de son fils autiste avec une demi-douzaine de soignants et d’aidants qu’il a choisis. Ilé, enfant aussi insupportable qu’attachant, est passionné de films d’animation depuis sa petite enfance et se rêve réalisateur. Les adultes s’appuient sur ce désir pour le faire bouger sur tous les plans.

Le malaise : Ilé est «un enfant-roi qui peut tout se permettre et n’accepte aucune frustration» (Mathieu Pinède); les adultes semblent former une cour autour de lui, tolérant son agressivité verbale et parfois physique. Un psy dans la salle exprimera son désaccord sur un autre plan : pour lui, ce n’est pas un film qui «explore le sujet de l’autisme» contrairement à ce qui figure dans le programme. L’autisme, il est vrai, est un sujet hautement controversé.

S’ensuit un débat sur le rôle thérapeutique d’une pratique artistique. Jean Florence, auteur de Art et thérapie : liaison dangereuse ? (FUSL, 1997), était sur le plateau. Joute à fleurets mouchetés avec Mathieu Pinède, graffeur et vidéaste marseillais, qui n’a pas sa langue en poche.

Quel est le boulot de l’animateur d’un atelier créatif avec un tel public ? Pour Jean Florence, une expérience réelle est possible pour l’apprenant si l’animateur est exigeant dans l’apprentissage d’une technique artistique et s’il est lui-même passé par l’expérience de ce que coûte cet apprentissage (en termes d’échecs, notamment). Pour Mathieu Pinède, on peut aussi dire : fais ce que tu veux, vas-y, prends un crayon et un carnet de croquis !

Les deux tomberont d’accord sur l’importance d’un cadre posé par l’animateur. Mais, au-delà, on voit bien que la question n’est pas tranchée. Ce qui n’est pas plus mal.

Court toujours, tu m’intéresses

Dans ce festival, une grande place (pas loin de sept heures au total cette année) est toujours accordée aux courts voire très courts métrages.

Ce sont des films que l’on n’a aucune chance de voir ailleurs. J’épingle quelques-uns de ceux que j’ai vus.

Dans Sur ma peau (Arts Convergences, France, 2014, 3′), Ambre G. Klein offre de très belles images en noir et blanc sur fond de musique piano-batterie, sans voix off. Mais ce n’est pas un film muet : les mots sont écrits sur le corps, qui est aussi peint, recouvert d’une sorte d’écorce. Il se fait végétal voire animal: à un moment on croit voir l’oeil d’un oiseau entouré de plumes.

Et maintenant comment on fait ? (Atelier Cinéma Sans Souci, Bruxelles, 22′) est tourné par/avec des patients et des soignants d’un hôpital psychiatrique. Les histoires de plusieurs personnages s’entrecroisent, évoquant la maladie, la maltraitance des enfants, le divorce, la solidarité, l’homosexualité, le statut des étrangers… À la fin, tous ces personnages se retrouvent dans une petite salle pour assister à un spectacle donné par des enfants. On découvre alors que la conclusion est dans le titre : et maintenant, comment on fait avec tout ça ?

«Ça suffit» et «J’en ai marre» sont les phrases le plus souvent prononcées dans Maintenant ça suffit ! (La Petite Maison, Chastre, 12′). Ça commence dans une famille de sorcières et sorciers : Amalinda en a marre d’être différente des autres ados, elle plaque tout et va se heurter successivement à l’univers de l’école, à celui de l’Olympe puis à celui du Moyen Âge, avant de revenir, «pleine d’usage et raison», dans son petit monde bizarre. C’est un peu foutraque mais drôle, et la méthode de travail est intéressante : on est parti des idées de tous les participants puis on s’est demandé comment mettre tout ça ensemble !

Vingt-huit minutes… C’est un court ou un moyen métrage ? Je n’en sais rien. Ce que je sais, c’est que Folie ordinaire (Coup2pouce, Bruxelles) constituerait une excellente base pour une discussion en groupe sur la santé mentale. Le documentaire démarre sur le parcours de deux jeunes adultes – l’un a été victime d’un accident de la route, l’autre a perdu son emploi – qui ont fait un séjour à la Clinique Fond’Roy. Ce ne sont pas des «patients à diagnostic», chacun a vécu quelque chose qui pourrait arriver à n’importe qui. Mais il a fait une tentative de suicide, elle a agressé physiquement quelqu’un et saccagé une bagnole.

Ce film ouvre aussi, en douce, des pistes de réflexion sur les médicaments, la norme et la normalité, la psychiatrie et les psys, l’accueil des personnes en souffrance…

En plus, il me donne une bonne chute. Car il nous rappelle qu’il n’y a pas «les malades mentaux» d’un côté et «les sains d’esprit» de l’autre et que, si on déraille, c’est qu’on est un être humain tout simplement.

Sans aucun doute, ce festival est bon pour la santé mentale: chaque année, il me fait un bien fou !