Tout le monde n’est malheureusement pas en bonne santé et certains ont davantage besoin d’avoir recours aux soins de santé que d’autres. Dans notre système belge, basé sur la solidarité, on tente de réduire autant que possible ces inégalités. Mais si l’on considère les personnes qui ont les mêmes besoins de soins de santé, peut-on dire qu’elles y ont toutes accès avec la même facilité ? En d’autres termes, l’accès à nos soins de santé est-il équitable ? Le Centre fédéral d’Expertise des Soins de santé (KCE) a examiné cette question en faisant appel à une méthode novatrice.
Il en ressort que, pour les ménages en situation de précarité financière, l’accès aux soins n’est pas équitable, en particulier l’accès aux spécialistes et aux dentistes, et ce au point que certains d’entre eux reportent ces soins ou n’y ont pas du tout recours. La principale raison est l’importance du montant que le patient doit payer de sa poche, ou doit payer d’avance. Pour 4 % des ménages, les dépenses de soins représentent même plus de 40 % des dépenses totales. Des mesures de protection existent, telles que les interventions majorées (BIM). Elles permettent effectivement d’atténuer ces injustices, mais il serait encore possible d’améliorer la protection en matière de tickets modérateurs ou de suppléments, dont les montants vont croissant.
Il est bien connu que les populations les plus vulnérables présentent en moyenne davantage de problèmes de santé, et ont donc des besoins plus importants en matière de soins. Le système belge d’assurance maladie obligatoire est basé sur la solidarité et vise à atténuer autant que possible les inégalités en matière de santé. C’est ainsi que les citoyens en bonne santé contribuent aux soins des personnes en moins bonne santé. Mais une autre question est de savoir si l’accès à notre système est équitable. En d’autres termes, nos soins de santé sont-ils accessibles de manière égale pour les personnes qui présentent les mêmes besoins de soins ? Ou bien le statut socio-économique entraîne-t-il des différences à cet égard ? Et si oui, ces différences ont-elles évolué au fil des ans ?
Pour répondre à cette question, le KCE a fait appel à une méthode qui permet de tenir compte des besoins de soins dans l’évaluation du recours aux soins. Cette méthode, et les résultats qui en découlent, constituent la principale différence avec les précédentes recherches sur l’équité dans les soins en Belgique. Les données utilisées datent d’avant la crise du COVID.
Les problèmes financiers vont de pair avec le manque d’équité
La prise en compte des différences en termes de besoins de soins a permis aux chercheurs du KCE de constater que les personnes en situation de précarité financière (p. ex. les personnes au chômage, isolées ou à risque de pauvreté) ont moins de chances de consulter un spécialiste et qu’elles ont également nettement moins recours aux soins dentaires que la moyenne (tandis que les catégories qui ont les revenus les plus élevés y ont davantage recours que la moyenne). Les catégories financièrement vulnérables font même moins souvent appel au médecin généraliste (sauf les bénéficiaires de l’intervention majorée – BIM). En revanche, ces personnes se rendent davantage aux urgences, où il ne faut pas payer immédiatement. En ce qui concerne la fréquentation de l’hôpital (ou de l’hôpital de jour) et la consommation de médicaments, les chiffres sont conformes aux besoins et la situation semble donc assez équitable.
De plus en plus de personnes reportent des soins
Un indicateur direct d’accès équitable aux soins est la proportion de personnes qui reportent ou n’ont pas recours à certains soins pour des raisons financières. Cette proportion a fortement augmenté ces dernières années : pour les soins médicaux (surtout spécialisés), elle est passée de 0,5 % de la population adulte en 2008 à 2,3 % en 2016. Pour les soins dentaires, elle est passée de 1,6 % (2008) à 3,7 % (2016). Cette situation est plus grave chez nous que dans nos pays voisins. Il est à noter que les ménages qui ont des revenus plus élevés doivent parfois aussi reporter des soins dentaires.
Une grande majorité des personnes qui reportent des soins ne disposent pas de réserves leur permettant de faire face à des dépenses imprévues ; or ce sont précisément ces personnes qui ont des besoins de soins élevés. Elles doivent parfois faire un choix entre besoins de base (nourriture, logement, hygiène, services d’utilité publique) et soins de santé. En 2016, 36 à 54 % de ces personnes ne pouvaient pas se permettre un repas chaud tous les deux jours. Près de la moitié bénéficient d’un revenu d’intégration ou d’une allocation d’invalidité.
Le patient belge paie beaucoup de sa poche
Une des principales raisons pour lesquelles les gens reportent les soins ou y renoncent est qu’ils doivent en payer une partie eux-mêmes (tickets modérateurs et suppléments), et/ou qu’ils doivent d’abord avancer l’argent, puis attendre le remboursement. Pour les ménages dont les ressources financières sont limitées, ces contributions personnelles peuvent constituer une charge financière conséquente. En Belgique, elles représentent environ 19 % des dépenses totales de soins de santé, un chiffre qui place la Belgique bien au-dessus de ses pays voisins.
Les chercheurs du KCE ont également constaté qu’en 2018, environ 4 % des ménages ont dû faire face à des contributions personnelles dites « catastrophiques ». On entend par-là des dépenses en soins qui représentent plus de 40 % des dépenses totales du ménage (après déduction des dépenses pour les besoins de base). Les ménages à faibles revenus sont davantage susceptibles de devoir faire face à ce type de dépenses catastrophiques ; la plupart du temps, elles concernent des médicaments, des soins ambulatoires et des services paramédicaux.
Étendre et automatiser les mesures de protection liées au ticket modérateur
Les personnes qui reportent des soins pour des raisons financières sont souvent déjà couvertes par une ou plusieurs mesures de protection, telles que l’intervention majorée, le maximum à facturer ou le statut de personne atteinte d’une affection chronique. Il apparaît toutefois que ces mesures ne garantissent pas suffisamment l’accessibilité financière des soins.
Les personnes qui bénéficient d’une intervention majorée paient des tickets modérateurs moins élevés et le médecin généraliste est tenu de leur appliquer le régime du tiers payant, c’est-à-dire que le médecin est rémunéré directement par l’assurance maladie, et que le patient ne paye que le ticket modérateur (plutôt que de devoir avancer la totalité des honoraires). Le KCE a constaté que cela permet d’améliorer l’accès aux soins de médecine générale pour ces personnes. Toutefois, ce régime de tiers payant obligatoire ne s’applique pas chez le spécialiste ou chez le dentiste. Étendre cet arrangement à ces professionnels serait donc une bonne chose.
Autre constat préoccupant : une part importante des personnes vivant dans la pauvreté ne bénéficient pas de cette intervention majorée. Ce droit devrait donc, dans la mesure du possible, être accordé automatiquement.
Le maximum à facturer est une autre mesure de protection des ménages financièrement vulnérables contre les tickets modérateurs élevés : si ces frais (mais pas les suppléments) dépassent un certain plafond annuel, l’assurance maladie rembourse intégralement les tickets modérateurs supplémentaires. Le KCE préconise de prévoir un plafond supplémentaire, plus bas, pour les catégories de revenus les plus faibles.
Mieux protéger aussi contre les suppléments, de plus en plus nombreux
L’augmentation au fil du temps des dépenses imputées au patient est essentiellement causée par l’augmentation des suppléments ; les tickets modérateurs n’y interviennent que dans une mesure limitée. Or les mesures de protection actuelles (citées ci-dessus) visent principalement à limiter les tickets modérateurs et offrent peu de protection contre les suppléments. Ce déséquilibre devrait être résolu.
Une approche plus large est nécessaire, ainsi qu’un test d’impact sur la pauvreté
Améliorer l’équité dans l’accès aux soins de santé n’est pas seulement une question de politique de soins de santé. D’autres facteurs sont également déterminants, comme le niveau de revenus et la sécurité d’emploi, ou les conditions de vie et de travail. C’est donc une approche intersectorielle plus large qui doit être mise en place, où les politiques sociales, d’emploi, d’éducation, de logement et de lutte contre la pauvreté se renforcent mutuellement. Un « test d’impact sur la pauvreté » pour évaluer l’impact des nouvelles propositions politiques pourrait être une aide précieuse pour aider les décideurs à prendre des décisions en connaissance de cause.
Le sondage mené par Test Achats démontre que les problèmes de disponibilité de médicaments sont de plus en plus fréquents. Plus d’un ménage sur quatre (28,5 %) y a été confronté au cours des deux dernières années. L’impact sur le patient est loin d’être négligeable : près d’un répondant sur deux confronté à une pénurie déclare avoir eu plus de symptômes ou de problèmes suite à la pénurie, et celle-ci a entrainé des coûts additionnels pour près d’un tiers des répondants. Test Achats demande aux pouvoirs publics de prendre cette problématique à bras le corps. L’organisation de consommateurs a mis ce point à l’agenda de sa rencontre prochaine avec le Ministre de la Santé.
Plus d’un ménage sur 4 concerné
28,5 % des ménages ont été confrontés à une pénurie de médicaments au cours des deux dernières années (les empêchant d’obtenir leur médicament dans les 24h), 16 % l’ont même vécu à plusieurs reprises. Cela ressort du sondage réalisé par Test Achats en novembre dernier auprès de plus de 2.100 Belges. Il semblerait que les problèmes de disponibilité des médicaments soient de plus en plus fréquents : lors d’un précédent sondage réalisé en 2015, 21 % des ménages y avaient été confrontés au cours des cinq dernières années.
Impact non négligeable sur la santé du patient…
Bien qu’une alternative existe heureusement dans la plupart des cas, la pénurie ne va pas sans causer de désagréments aux patients. Près d’un répondant sur deux (46 %) confronté à une pénurie déclare avoir eu plus de symptômes ou de problèmes suite à celle-ci. Parmi eux, l’angoisse et le stress de ne pas trouver le médicament a été le plus souvent cité (47 %). Les symptômes se sont aggravés chez près d’un tiers de ces répondants (31 %), près d’un sur cinq a dû interrompre son travail (17 %) et ce même nombre déclare avoir subi des effets secondaires suite à la prise du nouveau médicament. 5 % déclarent même avoir dû être hospitalisés suite à la pénurie de leur médicament !
… et sur son portefeuille
La pénurie a entraîné des coûts additionnels chez près d’un tiers des répondants (32 %). Certains ont dû payer une consultation supplémentaire chez leur médecin (7 %), pour d’autres le médicament alternatif était plus cher ou non remboursé (14 %). En moyenne, le surcoût lié au nouveau médicament revient à 26 euros par patient.
Ces constats sont partagés par la Mutualité chrétienne, dont la Vice-Présidente Elisabeth Degryse, qui a pris connaissance du sondage de Test Achats, déclare que « la Mutualité chrétienne reçoit de plus en plus de plaintes de membres relatives à cette pénurie. Les patients impactés se plaignent des surcoûts, mais aussi de conséquences graves sur leur santé. Ne pas disposer de son traitement ou être contraint d’opter pour un traitement différent engendre toujours un stress considérable pour les patients ».
Enjeux financiers en cause
Ce qui frappe dans l’analyse menée par Test Achats, c’est que les pénuries semblent toucher en priorité les médicaments génériques et les médicaments plus anciens. Dans la très longue liste des pénuries de l’AFMPS que Test Achats a analysée fin novembre, l’organisation n’a relevé quasi aucun nouveau produit vendu à un prix très élevé. Par ailleurs, la volonté des firmes pharmaceutiques de réduire leurs coûts au maximum en transférant une partie du processus de production dans un pays où les coûts sont moins élevés, comme en Asie, en concentrant de plus en plus leur production et leur stock sur un nombre réduit de sites, en limitant drastiquement leurs stocks, etc. a pour conséquence que le moindre problème quelque part risque alors d’avoir un lourd impact ailleurs dans la chaîne.
Il est temps d’agir !
Bien que Test Achats salue certaines avancées en la matière, telle que la mise en ligne par l’AFMPS du site pharmastatut.be (qui recense les médicaments en pénurie, en mentionne la durée, la cause, et l’existence ou non de médicaments alternatifs), il reste encore beaucoup de travail à accomplir. « Il est impératif d’avoir une vision claire des stocks de médicaments afin de pouvoir identifier ceux étant à risque de pénurie, et de prendre les mesures nécessaires, telles que l’interdiction des exportations » déclare Julie Frère, porte-parole de Test Achats qui ajoute que « ce n’est ni aux patients ni à la société, mais bien aux firmes pharmaceutiques de supporter les conséquences financières des pénuries ». La Vice-Présidente de la Mutualité chrétienne, Elisabeth Degryse, abonde dans le même sens en affirmant que « la santé est un bien commun de valeur inestimable. La crise sanitaire actuelle l’illustre douloureusement depuis des mois. Il est, dès lors, inconcevable que la recherche du profit illimité de ces firmes se réalise en toute impunité et au détriment de la santé de nos concitoyens et à charge de la société ».
Les sodas sont des boissons, souvent gazeuses, qui contiennent des sucres ajoutés (« sodas sucrés ») ou des édulcorants intenses, comme l’aspartame ou la stevia (« sodas light »). Les sodas sucrés font partie de la famille des boissons sucrées au même titre que les boissons à saveur de fruits (nectars), les boissons pour sportifs et énergisantes, les eaux aromatisées, les boissons sucrées à base de thé, café ou lait. A savoir que les jus de fruits 100% sont aussi considérés comme des boissons sucrées, même s’ils ne contiennent pas de sucres ajoutés.
Les adolescents et les jeunes adultes sont parmi les plus grands consommateurs de boissons sucrées dans le monde entier [1][2]. Une consommation élevée de sucres, en particulier de boissons sucrées, augmente le risque de développer des caries dentaires [3] ainsi qu’une prise de poids excessive [4].
Pour cette raison, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande un apport en sucres inférieur à 50g par jour pour un adolescent [5]. Soulignons qu’une bouteille de soda de 50cl apporte à elle seule environ 50g de sucres.
Quant aux sodas light, ils ne sont pas considérés comme des alternatives plus favorables à la santé [6] et le remplacement de boissons sucrées par des boissons édulcorées n’est pas conseillé chez les enfants en bonne santé [7]. L’eau reste la boisson à privilégier en toutes circonstances.
« Health Behaviour in School-aged Children »
Sous l’égide de l’OMS, l’enquête HBSC est réalisée depuis 1986 en Europe et en Amérique du Nord. Tous les 4 ans, des adolescents âgés de 11, 13 et 15 ans sont interrogés sur leurs comportements et leur bien-être au moyen d’un questionnaire anonyme distribué en classe. Entre 2002 et 2018, la fréquence de consommation en « Coca® ou autres sodas sucrés » a été évaluée auprès d’environ 530.000 adolescents dans 21 pays européens. D’autre part, plus de 70.000 adolescents ont rapporté leur consommation de « Coca light/zero® ou autres sodas light » dans cinq pays ayant inclus cette question depuis 2006.
Pour chaque pays et chaque année d’enquête, les adolescents ont été classés en trois catégories selon le niveau d’aisance matérielle de leur foyer : bas, intermédiaire et élevé. Ce classement était basé sur un score composite évaluant la possession de biens familiaux, tels que voiture(s), chambre à soi, ordinateur(s) et tablette(s), salle(s) de bains, lave-vaisselle, et vacances.
Jeunes belges francophones : de grands consommateurs de sodas sucrés
L’étude internationale HBSC a permis de montrer que le nombre de consommateurs journaliers de sodas sucrés a progressivement diminué en Europe du Nord, de l’Ouest et du Sud entre 2002 et 2018, y compris en Belgique francophone. Mais, en comparaison avec les 20 autres pays étudiés, la Belgique francophone :
est le pays qui compte, en 2018, la plus grande proportion de consommateurs quotidiens de sodas sucrés de toute l’Europe : 29%, contre 24% en Flandre, 23% en France et au Luxembourg, 17% aux Pays-Bas et 14% en Allemagne ;
et est parmi les pays qui ont vu leur pourcentage de consommateurs quotidiens de sodas le moins diminuer entre 2002 et 2018 (Figure 1). En Belgique francophone, le pourcentage est passé de 38% de consommateurs journaliers en 2002 à 29% en 2018 (soit 23% de réduction). Les réductions étaient aussi relativement faibles en Flandre, en France et au Luxembourg, alors qu’elles étaient supérieures à −70% en Irlande, en Norvège et en Angleterre.
Figure 1. Carte de l’Europe montrant les baisses relatives de la proportion de consommateurs journaliers de sodas sucrés entre 2002* et 2018 (les fortes baisses sont en vert plus foncé)
Par ailleurs, la Belgique francophone fait partie des huit pays sur 21 dans lesquels un accroissement des inégalités sociales, relatif à la consommation de sodas sucrés, a été observé entre 2002 et 2018. En effet, la proportion d’adolescents consommant quotidiennement des sodas sucrés a diminué de façon plus importante chez ceux issus des familles les plus aisées matériellement, par rapport à ceux des familles les moins aisées (Figure 2). Une augmentation de l’influence du milieu social sur la consommation de sodas sucrés a aussi été observée en Flandre et aux Pays-Bas, mais pas au Luxembourg, ni en Allemagne. La France est le seul pays qui a vu ses inégalités sociales se réduire au cours du temps.
Figure 2. Proportions de consommateurs quotidiens de sodas sucrés en Belgique francophone au cours du temps et selon un score composite d’aisance matérielle familiale
Sodas light : des constats similaires
Chez les adolescents scolarisés en Belgique francophone, tout comme chez ceux de Flandre, la consommation quotidienne de sodas light a diminué au cours du temps. En 2006, 22% des adolescents belges francophones rapportaient consommer au moins un soda light chaque jour, alors qu’ils n’étaient plus que 17% en 2018. A noter qu’en tout temps, la Belgique francophone comprenait la proportion la plus élevée de consommateurs journaliers de sodas light parmi les cinq pays européens qui ont recueilli des informations à ce sujet (Flandre, Irlande, Islande et Pays de Galles). L’étude HBSC a aussi montré que la consommation de sodas light en Belgique francophone avait surtout diminué chez les adolescents les plus aisés matériellement, de sorte qu’en 2018, 12% des adolescents issus de familles les plus aisées consommaient des sodas light tous les jours tandis qu’ils étaient quasiment le double (21%) dans les familles les moins aisées.
Que faut-il retenir ?
Ces résultats mettent en exergue trois éléments notables pour la Belgique francophone :
La baisse de la consommation des sodas sucrés et light chez les jeunes. Toutefois, il reste possible que les sodas soient en partie remplacés par d’autres sortes de boissons sucrées comme les boissons énergisantes [8] ou les boissons à saveur de fruits.
Une consommation régulière de sodas sucrés et light chez les adolescents belges qui reste trop élevée compte tenu des risques sanitaires associés à de tels apports en sucres. Ce, alors que les exemples de pays anglo-saxons et nordiques montrent qu’il est possible de réduire fortement la consommation de sodas sucrés chez les adolescents.
Un accroissement des inégalités sociales au regard de ces consommations.
Ce constat souligne l’importance de développer ou renforcer des programmes et politiques de santé publique visant les jeunes et prenant en compte les facteurs socio-économiques. Soulignons que la combinaison de programmes d’éducation nutritionnelle avec des politiques alimentaires en milieu scolaire (p.ex. disponibilité réduite des boissons sucrées et accès facilité à l’eau) s’est avérée efficace à réduire la surconsommation de boissons sucrées [9] [10]
Ces résultats sont en cours de publication dans une revue à comité de lecture : Chatelan A, Lebacq T, Rouche M, Kelly C, Fismen AS, Kalman M, Dzielska A, Castetbon K. Time trends in the consumption of sugar- and artificially-sweetened beverages among adolescents across 21 European countries between 2002 and 2018. Vous trouverez divers résultats de l’étude internationale HBSC en suivant ce lien : https://www.hbsc.org/. Si vous souhaitez plus d’informations sur les résultats de l’étude HBSC en Belgique francophone, des brochures détaillées sont disponibles sur le site web du SIPES : https://sipes.ulb.ac.be/
[1] Singh GM, Micha R, Khatibzadeh S, et al. Global, regional, and national consumption of sugar-sweetened beverages, fruit juices, and milk : a systematic assessment of beverage intake in 187 countries. PLoS One. 2015 ;10(8):e0124845
[2] Azais-Braesco V, Sluik D, Maillot M et al. A review of total & added sugar intakes and dietary sources in Europe. Nutr J. 2017 ;16(1):6.
[3] Moynihan PJ, Kelly SA. Effect on caries of restricting sugars intake : systematic review to inform WHO guidelines. J Dent Res. 2014 ;93(1):8-18.
[4] Malik VS, Pan A, Willett WC, Hu FB. Sugar-sweetened beverages and weight gain in children and adults : a systematic review and meta-analysis. Am J Clin Nutr. 2013 ;98 (4):1084-102.
[5] World Health Organization (WHO). Guideline : Sugars intake for adults and children. Genève : WHO ; 2015.
[6] Toews I, Lohner S, Kullenberg de Gaudry D, et al. Association between intake of non-sugar sweeteners and health outcomes : systematic review and meta-analyses of randomised and non-randomised controlled trials and observational studies. BMJ. 2019 ;364:k4718.
[7] Baker-Smith CM, de Ferranti SD, Cochran WJ, et al. The Use of Nonnutritive Sweeteners in Children. Pediatrics. 2019 ;144(5).
[8] Moreau N, Lebacq T, Dujeu M, et al. Comportements, bien-être et santé des élèves. Enquête HBSC 2014 en 5e-6e primaire et dans le secondaire en fédération Wallonie-Bruxelles. Bruxelles : Service d’Information, Promotion, Éducation Santé ; 2017.
[9] von Philipsborn P, Stratil JM, Burns J, et al. Environmental interventions to reduce the consumption of sugar-sweetened beverages and their effects on health. Cochrane Database Syst Rev. 2019 ;6:CD012292.
[10] Avery A, Bostock L, McCullough F. A systematic review investigating interventions that can help reduce consumption of sugar-sweetened beverages in children leading to changes in body fatness. J Hum Nutr Diet. 2015 ;28 Suppl 1:52-64.
En 2018, la onzième édition de l’enquête « Comportements, bien-être et santé des élèves » a été menée auprès des élèves scolarisés de la 5e primaire à la 7e secondaire en Belgique francophone. Cette enquête est le versant francophone belge de l’étude internationale « Health Behaviour in School-aged Children » (HBSC), menée tous les quatre ans dans près de 50 pays ou régions, sous le patronage du Bureau Régional de l’Organisation Mondiale de la Santé pour l’Europe. Elle a pour objectif de décrire les comportements de santé, l’état de santé et le bien-être des adolescents, ainsi que l’évolution de ces indicateurs au cours du temps.
En 2018, 4 118 élèves scolarisés en 5e et 6e primaires et 10 289 élèves scolarisés dans l’enseignement secondaire ont participé à cette enquête en Belgique francophone. Cet article présente un extrait des résultats de l’enquête ainsi que l’évolution de certains indicateurs au cours du temps. Les résultats complets sont diffusés dans différentes brochures thématiques, disponibles sur le site web du Service d’Information, Promotion, Éducation Santé (SIPES).
Le bien-être à l’école des adolescents
En 2018, en Belgique francophone, 37% des élèves de fin de primaire et 24% des élèves du secondaire ont déclaré aimer beaucoup l’école. Par ailleurs, les élèves de 5e-6e primaire étaient plus nombreux à percevoir un soutien élevé de la part de leurs camarades de classe que ceux du secondaire. Cette proportion est en diminution depuis 2002 chez les élèves de 5e-6e primaire tandis que dans le secondaire, elle est caractérisée par plusieurs fluctuations mais tend à diminuer globalement (Figure 1).
En outre, quatre élèves du secondaire sur dix ont déclaré être assez ou beaucoup stressés par leur travail scolaire, une proportion plus élevée qu’en 5e-6e primaire (28%). L’analyse des évolutions montre que les proportions d’élèves stressés par leur travail scolaire ont augmenté entre 2010 et 2018, cette augmentation étant de plus grande ampleur dans le secondaire qu’en fin de primaire (Figure 2).
Parmi les formes de mal-être à l’école, le harcèlement est la plus courante chez les adolescents. En 2018, le harcèlement scolaire et le cyber-harcèlement étaient plus répandus en fin de primaire que dans le secondaire : un élève de 5e-6e primaire sur dix a déclaré être victime de harcèlement à l’école et 2% de cyber-harcèlement, tandis que respectivement 5% et 1,5% des élèves du secondaire étaient victimes de harcèlement scolaire et de cyber-harcèlement.
Une situation contrastée en fonction du genre et de l’orientation scolaire
Globalement, les filles mentionnaient plus fréquemment aimer l’école que les garçons mais étaient plus souvent stressées par leur travail scolaire. Les garçons ont, quant à eux, déclaré plus souvent que les filles être auteurs de harcèlement scolaire, de cyber-harcèlement, et être fréquemment impliqués dans des bagarres.
Dans le 2e-3e degré du secondaire, des différences ont été observées selon l’orientation scolaire. Ainsi, les élèves de l’enseignement professionnel étaient proportionnellement plus nombreux que ceux de l’enseignement général et technique de transition, à déclarer être auteurs de cyber-harcèlement, à avoir une satisfaction élevée vis-à-vis de l’école, et une perception positive de leurs relations avec les élèves de leur classe et avec leurs professeurs. À l’inverse, les élèves de l’enseignement général et technique de transition étaient davantage stressés par leur travail scolaire.
Comment ont évolué les comportements de santé des adolescents ?
Suivre l’évolution dans le temps des indicateurs de santé permet d’identifier des domaines pour lesquels les actions de promotion de la santé ont pu porter leurs fruits (parmi d’autres changements qui déterminent la santé des enfants), mais aussi ceux pour lesquels des marges d’amélioration demeurent.
En 2018, seul un cinquième des élèves de 5e-6e primaire (21,6%) et un dixième des élèves du secondaire (12,4%) pratiquaient au moins une heure par jour d’activité physique d’intensité modérée à soutenue comme le recommande l’Organisation Mondiale de la Santé (cf. encadré). Une tendance à la diminution est observée depuis 2006, celle-ci étant, néanmoins, de plus faible ampleur chez les élèves de fin de primaire (Figure 3).
Qu’est-ce qu’une activité physique d’intensité modérée à soutenue ?
L’activité physique peut être catégorisée selon son degré d’intensité, c’est-à-dire selon le niveau d’effort nécessaire à sa pratique. L’activité physique d’intensité modérée à soutenue comprend :
L’activité physique d’intensité modérée, quidemande un effort moyen et accélère sensiblement la fréquence cardiaque comme, par exemple, marcher d’un pas vif, danser, réaliser des petits travaux à la maison, participer à des jeux actifs…
Et l’activité d’intensité soutenue, qui, elle,demande un effort important et accélère de façon notable la fréquence cardiaque. C’est le cas lorsque nous courons, faisons du vélo, nageons, pratiquons un sport ou participons à des compétitions.
En revanche, une augmentation de la proportion d’élèves de 5e-6e primaire et du secondaire passant au moins deux heures par jour en semaine devant la télévision est observée depuis 2010, et pourrait refléter l’utilisation répandue de « télévisions connectées » et de plateformes telles que Netflix® ou Youtube® (Figure 4).
Dans le secondaire,une tendance positive est observée en ce qui concerne le tabagisme : la proportion d’élèves de secondaire déclarant fumer du tabac quotidiennement a, en effet, été divisée par trois entre 2002 et 2018 (Figure 5).
Perspectives
En 2018, l’enquête HBSC a permis d’obtenir des informations clés sur les comportements de santé, la santé et le bien-être des adolescents scolarisés en Belgique francophone. Ces données permettent notamment d’informer et d’orienter les actions et politiques visant à promouvoir la santé des adolescents. Le prochain volet d’enquête HBSC en Belgique francophone sera mené en 2021-2022.
Pour plus d’information
Les résultats complets sur les évolutions des indicateurs sont disponibles sur le site web du SIPES dans la brochure : Lebacq T., Dujeu M., Desnouck V., Holmberg E., Moreau N., Pedroni C., Castetbon K. Évolutions au cours des années d’enquête. Comportements, santé et bien-être des élèves en 2018 – Enquête HBSC en Belgique francophone. Service d’Information, Promotion, Education Sante (SIPES), Ecole de Sante Publique, Université libre de Bruxelles. 2020. 56 pages.
La méthodologie et les résultats saillants de l’enquête HBSC en 2018 sont également présentés, de façon succincte, sous forme de capsules vidéos, disponibles sur la page YouTube du SIPES.
#Génération2020 est une enquête de grande ampleur sur les usages numériques des enfants et des ados en Fédération Wallonie-Bruxelles. Elle a sondé l’utilisation des applications et différents écrans par les jeunes (de 6 à 12 ans et de 12 à 18 ans), mais aussi leur rapport à l’information et la gestion de leurs interactions en ligne. Réalisée entre octobre 2019 et janvier 2020 (elle n’intègre donc pas les changements de comportements qui ont pu avoir lieu pendant la période de confinement qui a suivi) , #Génération2020 est le fruit d’une collaboration entre Media Animation et le Conseil Supérieur de l’Education au Média (CSEM) dans le cadre du projet européen BBICO3.
crédit: Adobe
Cette enquête est l’équivalent francophone de « Apestaartjaren », réalisée en Flandre depuis 2008 qui sonde les jeunes néerlandophones. Grâce à cette enquête qui mêle entretiens qualitatifs et quantitatifs, différentes données concernant la consommation des outils numériques par les jeunes ont pu être mises en évidences. Dans cet article, nous nous intéresserons plus spécifiquement aux résultats qui affectent la vie relationnelle, affective et sexuelle (VRAS) des jeunes, mais aussi ce qui touche au cyberharcèlement, à la santé mentale et au stress.
Bases des usages
L’enquête commence par mettre en évidence la différence de traitement faite par les parents par rapport aux enfants en primaire et ceux en secondaire.
Pour les enfants à l’école primaire, le smartphone est présent chez 80% des élèves à partir de la 5ème ou 6ème primaire mais le temps passé sur l’écran reste majoritairement contrôlé par les parents. Cependant, peu d’entre eux savent exactement ce que leur enfant fait en ligne. Il ressort néanmoins que l’utilisation principale qui en est faite est de l’ordre du divertissement (top 3 : jouer, regarder des vidéos, écouter de la musique).
Chez les adolescents, les écrans sont principalement utilisés pour avoir accès aux réseaux sociaux. Il apparaît que les parents interviennent très peu dans la régulation de leurs activités en ligne. Un peu plus de 70% d’entre eux n’est pas limité par un ou des parents dans sa durée d’utilisation du smartphone. 80% d’entre eux ne discutent jamais avec leur.s parent.s de ce qu’ils font en ligne. Pour les élèves de secondaire, les plateformes les plus populaires sont : YouTube, Instagram, Snapchat, WhatsApp et Messenger et dans une certaine mesure Facebook et TikTok. Un ado sur deux reconnait d’ailleurs passer « trop » de temps sur son smartphone.
Stress numérique
#Génération2020 a sondé les jeunes sur la question du stress potentiellement généré par la surutilisation des outils numériques, et recueilli leurs opinions et ressentis sur les utilisations communément considérées comme problématiques. « La privation d’accès aux écrans provoque-t-elle une impression de manque(1) ? Plus de la moitié (55 %) des élèves déclare qu’ils ou elles ressentiront un certain manque (35 % ≪ oui, un peu ≫, et 20 % ≪ oui, certainement ≫) s’ils ou elles ne peuvent utiliser leur tablette pendant une journée. Mais les enfants s’estiment-ils·elles eux-mêmes trop attachés à leur tablette ? 61 % répondent par l’affirmative (28 % « parfois » et 33 % « souvent »). Le constat est le même en ce qui concerne le smartphone : 66 % des répondant·es disposant d’un smartphone ressentiront un manque (27 % « oui, certainement » et 39 % « oui, un peu ») s’ils·elles n’y ont pas accès pendant une journée. Ils sont 56 % à estimer l’utiliser avec excès (36 % « parfois » et 20 % « souvent »). » (Wiard, 2020 p.45). Mais surutilisation et stress ont des liens plus complexes qu’il n’y paraît car les enquêteurs mettent en évidence que si les jeunes disent surutiliser les outils numériques, en pratique et en creusant les discussions, ce « trop » est surtout admis comme une forme de désirabilité vis-à-vis de l’adulte.
L’enquête met en évidence que, globalement, les jeunes ont tendance à veiller à la protection de leur vie privée en ligne. Le contrôle est réalisé a priori et consiste d’abord à ne pas accepter n’importe qui en ami.es sur les réseaux sociaux. Près de 80% des jeunes se diront d’accord ou tout à fait d’accord avec cette affirmation, quand 64% diront aussi se servir de la gestion des paramètres de confidentialité. En ce qui concerne le contrôle a posteriori : 56% reconnaissent avoir déjà supprimé une identification d’eux-mêmes sur une photo publiée sur un réseau social.
Vie Relationnelle Affective et Sexuelle 2.0
Un biais qu’il faut prendre en considération lorsqu’il est question d’interroger les adolescents sur leur vie sexuelle en ligne réside dans le fait même qu’un adulte conduise l’entretien. Yves Collard, responsable des entretiens qualitatifs, explique que « les adolescents parlent surtout des autres adolescents et ont du mal, c’est normal à en parler pour eux-mêmes».³
Genre
Lors des entretiens, lorsqu’il est question de contrôle de la sexualité, la question de genre s’impose d’elle-même. Yves Collard souligne que « le contrôle de l’image de la sexualité repose essentiellement sur les filles ». « Régulièrement dans les entretiens il était question du contrôle de la sexualité des filles. […] Pour les ados, exposer son corps, c’est en quelques sortes indiquer son niveau de moralité. ». Pour les filles, il s’agit aussi de se rendre désirable tout en indiquant aussi sa « respectabilité », « et donc c’est une zone extrêmement compliquée à négocier pour les adolescentes », explique toujours Yves Collard, et ce en dépit de l’aide et des normes du groupe (extrêmement drastiques dans certains cas). Certains chiffres mettent très fort en évidence ces différences entre les genres. Notamment dans le cadre de la réponse à la question « Quelqu’un t’a-t-il forcé.e ou mis la pression pour que tu envoies une photo coquine ? ». 93% des filles répondent par l’affirmative, contre seulement 7% des garçons. Ces derniers seront par contre plus nombreux à faire des photos sur lesquelles ils sont clairement identifiables.
Sexto et photos coquines
S’il est certain que les jeunes du secondaire exploitent les outils numériques à leur disposition pour explorer et nourrir leur vie sexuelle, affective et relationnelle, #Génération2020 s’est demandé comment ils le faisaient plus précisément. Il ressort sans vraiment de surprise que les applications et réseaux sociaux sont souvent utilisés par le ou la jeune pour dialoguer avec son ou sa partenaire. Mais qu’en est-il des fameux sexto et photos coquines ?
« Au cours des deux derniers mois, seuls 15 % des jeunes interrogés expriment avoir pris une photo coquine d’eux-mêmes avec l’intention de l’exploiter dans un sexto. Cela ne signifie pas que les jeunes l’ont effectivement envoyée » (Wiard, 2020 p.54). Seules 76 % d’entre elles seront finalement envoyées. Cependant, ces chiffres sont à prendre avec un certain recul car il s’agit d’un sujet qui semble difficile à aborder pour les jeunes. Les enquêteurs.trices précisent qu’ils observent « surtout une pudeur des jeunes à s’exprimer sur ce sujet, comme en témoigne le faible taux de participation à la question relative à cette pratique ». Le fait de pouvoir mettre une interface numérique entre soi et son, sa ou ses partenaires, peut fournir à certains jeunes une alternative pratique pour « tenter progressivement l’aventure des rencontres amoureuses, mais aussi parfois, pour explorer, voire construire, sa sexualité » (Wiard, 2020 p.54).
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la plupart des adolescent·es considèrent que la question de photos coquines est quelque chose de préoccupant et non une norme. Néanmoins, ils estiment que cette dérive a peu de poids en comparaison des enrichissements affectifs que les interfaces leur procurent.
Comme l’illustre le graphique ci-dessus, la moitié des photos coquines est prise en sous-vêtements, en exposant donc une nudité partielle, avec une différence marquée entre les genres. Quand les garçons se disent susceptibles de poser nus, les filles répondent de façon moins tranchée.
« Ça dépend un peu de l’expérience de chacun. Depuis qu’il y a les réseaux, tout le monde le fait. C’est devenu une habitude […] moi j’ai déjà reçu […] si la personne me plaît, voilà je suis content. Mais si c’est une personne que je ne connais pas, je serais choqué. Si c’est une personne que t’aimes beaucoup, pourquoi pas. Mais envoyer des choses de moi, je ne l’ai jamais fait […] mais, pour moi, c’est pas un problème. Y’a pas que les jeunes qui le font ! Des parents aussi le font ! Je dirais que c’est un truc naturel, des envies de l’homme et de la femme. » (S6)
Verbatim issu du livret #Génération 2020, les jeunes et les pratiques numériques (Wiard, 2020 p.54)
Si les informations qui ressortent de cette enquête apportent un éclairage très intéressant sur les pratiques numériques des jeunes dans les domaines de l’EVRAS et de la santé mentale liée aux problèmes de cyberharcèlement et de stress numérique, elles doivent être prises avec recul. En effet, les auteurs et autrices rappellent à de nombreuses reprises les biais auxquels ils et elles ont fait face. Il appartient à ceux qui travaillent sur le terrain, avec et pour les jeunes (que ce soit dans le cadre de la création d’outils qui leurs sont destinés, ou d’animations) de se saisir de ces données et de les confronter à leur réalité de terrain.
(1) Cette impression de manque n’a pas de valeur diagnostique sur une quelconque addiction, il s’agit uniquement du ressenti des repondant・es.
(2) Les questions sur ce thème ont été posées de façon aléatoire en secondaire (environ 1/3 des élèves y ont répondu) et en primaire (avec pour les primaires une diffusion de ces questions à partir de la 3ème primaire).
Plusieurs facteurs, tels que le goût, l’emballage, la publicité, la facilité de consommation ou le mode de vie, ont un impact sur les choix alimentaires des Belges. Le prix des aliments est également un facteur important, surtout pour les familles disposant d’un budget limité. L’alimentation industrielle étant meilleure marché, cela entraîne certaines conséquences sur la santé des consommateurs. C’est ce qui ressort d’une étude de Sciensano, qui pour la première fois, évalue le prix des régimes alimentaires comportant plus ou moins d’aliments ultra-transformés.
Consommation de régimes alimentaires ultra-transformés en Belgique
Ces dernières années, on suggère de plus en plus souvent que la transformation des aliments, en particulier du type, de l’intensité ainsi que le but de cette transformation, peuvent avoir un impact sur la santé. Une précédente étude de Sciensano montre que le Belge moyen tire environ un tiers de son énergie journalière de produits alimentaires ultra-transformés. Une consommation élevée de cette alimentation ultra-transformée engendre un régime alimentaire moins sain en raison d’une ingestion plus importante de sel et de graisses saturées et d’une consommation plus faible de fruits et légumes.On note, en outre, les tendances remarquables suivantes :
la consommation de produits alimentaires ultra-transformés est plus élevée chez les enfants
aucune différence n’a été trouvée dans la consommation de produits ultra-transformés entre les personnes ayant un niveau de formation différent
les personnes dites plus éduquées tirent, outre la consommation de denrées alimentaires ultra-transformées, davantage d’énergie d’une alimentation peu ou pas transformée, en comparaison avec les personnes dites moins éduquées.
La raison en est, en grande partie, le prix à payer pour une alimentation saine.
Les régimes alimentaires comportant plus de produits ultra-transformés sont meilleurs marché
Il existe une différence de prix significative entre les différents régimes alimentaires dans notre pays : moins le régime alimentaire comporte de produits ultra-transformés, plus les consommateurs doivent débourser pour leur alimentation quotidienne. De plus, les aliments ultra-transformés sont clairement moins chers (€0,55/100 kcal) que les aliments peu ou pas transformés (€1,29/100 kcal). Les familles bénéficiant d’un faible revenu choisiront donc une alimentation conforme à leur budget. L’alimentation ultra-transformée sera préférée à des produits sains peu transformés.
Qu’entend-on par produits alimentaires ultra-transformés?
Les produits alimentaires ultra-transformés se trouvent hors de la pyramide alimentaire et sont donc mauvais pour la santé, ce qui signifie que leur consommation doit être limitée autant que possible. Les produits ultra-transformés contiennent généralement beaucoup de sucres ajoutés, de sel et de graisses saturées ainsi que de nombreux arômes, colorants et autres additifs. Ils sont transformés pour être facilement consommés, attractifs et accessibles pour le consommateur et, par la même occasion, rentables pour l’industrie alimentaire.
Comment s’attaquer à ce problème?
Compte tenu des résultats de cette étude, il est conseillé, comme c’est le cas dans certains autres pays (Royaume-Uni, Hongrie, etc.), de rendre les produits ultra-transformés moins intéressants financièrement. De plus, les produits peu ou pas transformés devraient, à leur tour, être rendus plus intéressants sur le plan financier. Cela permettra de stimuler des habitudes alimentaires saines, principalement pour les familles avec moins de moyens financiers.Sciensano invite les autorités belges à suivre les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé pour la création d’un environnement alimentaire sain, entre autres :
introduire des mesures fiscales visant à décourager les mauvais choix alimentaires et à stimuler les bons
limiter la publicité sur les produits malsains destinée aux enfants par le biais d’une réglementation
stimuler une alimentation saine à l’école.
La précédente enquête nationale de consommation alimentaire a également montré que la moitié à trois quarts des Belges sont favorables à l’introduction de telles mesures. Divers facteurs influencent nos choix en matière alimentaire, mais devoir choisir entre une alimentation saine et son portefeuille ne devrait pas en faire partie.
Cet article explorera d’abord les éléments liés à la santé de ces deux publics peu connus. Ensuite, il abordera la santé du public-cible d’Alias sous l’angle de la pandémie. Depuis le début de la crise sanitaire de 2020, l’asbl maintient son offre auprès des TDS de manière plus large et observe les conséquences de la pandémie et des mesures prises par le gouvernement pour l’endiguer sur leur vie et leur santé. Neuf mois après les premières mesures, les conséquences sont nombreuses.
Crédit : Burt
Lexique
Le Bareback désigne les rapports sexuels sans préservatif.
Cisgenre (cis) qualifie une personne dont l’identité de genre (par extension l’expression de genre) est plutôt en adéquation avec le rôle social attendu et assigné à la naissance.
Le chemsex consiste à prendre des produits psychoactifs ou drogues qu’elles soient légales (ex : alcool, médicaments, viagra) ou non (ex : cocaïne, crystal meth/Tina, speed/amphéta- mines, GBL/GHB, héroïne) dans un but sexuel.
Escort (escorting) désigne l’activité de prostitution/travail du sexe où les individus trouvent des client.e.s en ligne. L’escorting peut également faire référence à l’activité de prostitu- tion/travail du sexe où il y a, en plus d’un rapport sexuel, un accompagnement social.
HSH est l’acronyme de Hommes qui ont des rapports Sexuels avec des Hommes.
LGBTQIA+ est l’acronyme de Lesbienne – Gay – Bisexuel.le – Transgenre* – Queer – Intersexe – Asexuel.le – et tous les autres.
Non-binaire qualifie les identités de genres ne se référant pas ou défiant les normes de genre binaires (femme/homme).
PMS est l’acronyme de Psycho-Médico-Social.
TPE est l’acronyme de Traitement Post-Exposition (au VIH).
Les personnes transgenres* (trans) ont une identité de genre différente de celle qu’on leur a assignée à la naissance. Cette identité peut être homme ou femme, ou bien sortir de la binarité socialement imposée. Le terme trans est écrit avec un astérisque afin de marquer l’inclusivité de toutes les identités et expressions de genres.
PrEP est l’acronyme de Prophylaxie Pré-Exposition (du VIH).
TDS est l’acronyme de Travailleur.euse du Sexe.
La prostitution étudiante : conséquences du stigma sur l’accès et la qualité des soins de santé
Portrait de l’échantillon et de sa pratique du travail du sexe
Iels s’identifient comme escorts, sugarbabies, camgirls/boys. Parfois depuis plusieurs années, parfois depuis moins de 6 mois. Les applications mobiles et les réseaux sociaux sont un moyen de rencontre en plein essor, puisque 97,4% des étudiants HSH et trans* interrogés fréquentent des sites d’escorting, 52,6% des applications et 26,3% les réseaux sociaux. Cela explique l’absence de ce public sur les lieux de travail habituels de l’association (rue, permanence d’accueil dans nos locaux), et les difficultés que nous avions à nous faire connaître auprès d’elles et eux. L’échantillon de répondant·es se compose à 23,9% de personnes trans* ou non-binaire et 89,5% n’est pas hétérosexuel. Parmi les 39 répondant·es retenu·es pour analyser les résultats de l’enquête, iels ont en majorité (65,8%) entre 19 et 24 ans et répondent à 44,4% voir des client·es une à plusieurs fois par semaine, à 36,1% une fois par mois. On observe donc dans notre échantillon une activité fréquente et régulière.
Pratiqué dans 83% des cas pour faire face aux dépenses quotidiennes et dans 58% pour payer le minerval, le principal aspect positif du travail du sexe concerne la rapidité des revenus (88.2%) et la souplesse des horaires (76,5%). En effet, celleux-ci peuvent choisir leurs jours de travail et les horaires, ce qui est important quand cette activité est combinée avec des études ou un stage en journée. Cela signifie aussi qu’il est plus facile d’arrêter pendant leurs examens ou lorsqu’iels en ont moins besoin.Parmi les aspects négatifs rapportés par les étudiant·es, le secret vient en premier lieu (64,7%). Ensuite, 58,8% d’entre elles et eux mentionnent les client.e.s désagréables et 52,9% expliquent que les gains imprévisibles, le manque de client·es et les jugements négatifs de la part des proches et de la société ont un impact sur leur situation. Enfin, cette activité pousse près de la moitié d’entre elles et eux dans l’isolement, ce qui, au même titre que le secret, impacte la qualité de leur suivi médical et parfois leur accès aux soins de santé.
Coming out, stigmate et secret
Certains aspects négatifs sont liés entre eux : 23,9% de l’échantillon est trans* ou non-binaire, et 89,5% n’est pas hétérosexuel. Cela signifie qu’une grande majorité des répondant·es est concernée par un coming out d’identité de genre ou d’orientation sexuelle. Certain·es étudiant·es TDS de l’échantillon rapportent donc des situations de double stigmatisation liées au cumul de plusieurs identités stigmatisées par la société : le travail du sexe avec l’homosexualité et/ou la transidentité. 63,9% d’entre elles et eux ont parlé au moins une fois de leur activité de prostitution / travail du sexe à un·e proche. Iels sont donc 36,1% à n’en avoir parlé à personne.
Les situations qui exposent les étudiant·es à la découverte de leurs activités et au jugement sont nombreuses et les poussent, pour garder le secret sur leur activité, leur orientation sexuelle, ou leur identité de genre, à séparer leur vie d’étudiant·e et leur activité. Pour cela, iels se créent une double-vie avec un pseudo, une autre histoire, un autre numéro de téléphone ou une autre adresse e-mail. Cette attention spécifique à garder secret tout un pan de leur vie est souvent fatigante à gérer au quotidien.
L’accès aux soins de santé, entre secret et méconnaissance des structures spécialisé
Une écrasante majorité des répondant.es déclare avoir accès à des soins médicaux (94,3%). Les médecins traitants (81,3%) et l’hôpital (50%) ressortent en premier lieu, et 81,1% des répondant.e.s disposent d’une mutuelle. Iels sont 10,8% à n’avoir accès à aucun remboursement médical. A titre de comparaison, parmi le public connaissant déjà Alias et ayant fréquenté la permanence médicale en 2018, 6 personnes sur 10 n’avaient pas de médecin généraliste et seulement 3 personnes sur 73 avaient un médecin au courant de leur activité.
« Fellation et rarement sodomie sans capote », « Fellation, pénétration anale », « Non-utilisation du préservatif », « Rapports non protégés rares, mais parfois », « Bareback » sont autant de pratiques à risques exercées par les les répondant·es et rapportées avec leurs propres mots. Plusieurs hypothèses peuvent être avancées pour expliquer ces situations : le coût des préservatifs et du lubrifiant, la méconnaissance des risques encourus lors de rapports non protégés ou encore la pression par les client·es de ne pas utiliser de préservatif contre un prix plus élevé – c’est en effet ce que rapportent plusieurs étudiant·es lors des entretiens. Le besoin de soins de santé est donc bien réel pour les étudiant·es HsH et trans* qui pratiquent le travail du sexe.
A cet égard, la majorité des répondant·es se fait dépister régulièrement : 37,8% tous les 6 mois, 27% tous les 3 mois et 21,6% une fois par an. 10,6% n’y vont jamais. Fait interpellant, seul·es 16,2% des étudiant·es parlent à leur médecin de leur activité de travail du sexe. C’est pourtant une variable primordiale dans la prise en charge des patient·es. Seul·es 7 étudiant·es affirment se rendre dans des centres de planning familial ou dans des permanences d’association. La moitié (51,4%) connaît une ou plusieurs associations qui travaillent avec des travailleur.euse.s du sexe/prostitué.e.s. Cependant, 48,6% affirment n’en connaître aucune, pas même Alias et 56,8% des répondant·es déclarent n’avoir jamais fait appel aux services PMS proposés par des associations. En effet, si iels ne connaissent pas les associations, comme précédemment établi, iels ont moins de chance d’y avoir fait appel. Les freins identifiés par les étudiant·es dans l’accès aux services proposés par les associations sont la crainte du jugement (52,2%) et la volonté de préserver leur anonymat (43,5%). Ensuite la méconnaissance des associations existantes (26,1%) et le fait qu’iels ne ressentent pas le besoin d’utiliser les services existants (26,1%).
Répondre aux besoins et contourner les craintes
Ces craintes de jugement et la volonté de préserver l’anonymat se ressentent dans toutes les sphères des répondant·es, que ce soit sur les campus ou dans leur famille. Les associations PMS peuvent donc mettre en avant le non-jugement et la confidentialité dans la présentation de leurs services, ces garanties présentant de réels avantages pour les bénéficiaires. Les étudiant·es expliquent que les services dont ils ont besoin et que les associations pourraient leur apporter sont les suivants :
Dépistage gratuit et anonyme (67,6%)
Distribution gratuite de préservatifs (64,7%)
Consultation psychologique (52,9%)
Aide sociale (50%)
Informations légales (50%)
Consultation médicale (50%), prise de la PrEP (41,2%) et informations sur la santé sexuelle (41,2%)
Contact avec d’autres étudiant.e.s travailleur.euse.s du sexe (44,1%)
Chemsex : pendant et après la session, des besoins de santé spécifiques et protéiformes
Chemsex, party and play, slam, les terminologies sont nombreuses pour désigner ce phénomène en augmentation dont les contours (termes, fréquences, substances) évoluent constamment. L’enquête sur le chemsex, amorcée en 2019, avait pour but d’améliorer la connaissance de l’équipe d’Alias concernant les réalités et enjeux de cette pratique parmi les travailleurs et travailleuses du sexe, afin de mieux les conseiller et les orienter. En particulier, nous avons cherché à en savoir plus sur la prise de produits avec des clients pour pouvoir donner des informations adaptées à cette réalité; et alimenter la partie consacrée au TDS du site internet www.chemsex.be piloté par l’asbl Ex Aequo et l’Observatoire du sida et des sexualités (Université Saint-Louis Bruxelles).
Présentation de l’échantillon et de leur pratique du chemsex
Entre janvier et septembre 2019, à travers des permanences internet entièrement dédiées à diffuser le questionnaire sur des sites ou applications de rencontre entre travailleurs du sexe et clients, nous avons réussi à contacter proactivement 118 personnes qui visibilisent la pratique du chemsex sur leurs profils. 52 personnes ont répondu au questionnaire, ces réponses fournissent donc des indications intéressantes mais ne peuvent pas être considérées comme représentatives de l’ensemble des travailleurs du sexe pratiquant le chemsex à Bruxelles. L’âge des répondant·es varie entre 18 et 60 ans avec une moyenne d’âge de 34 ans et une plus grande proportion des 24-43 ans.
En ce qui concerne la régularité de la pratique du chemsex pour les travailleurs et travailleuses du sexe ayant répondu à l’enquête, 48% des répondant·es déclarent le pratiquer une fois par semaine, 24% une fois par mois en moyenne, 16% de 1 à 11 fois par an, 10% une fois par an ou plus rarement et 2% tous les jours.
Une définition large entre choix et contrainte
« Le chemsex c’est prendre des produits psychoactifs ou drogues qu’elles soient légales (ex : alcool, médicaments, viagra) ou non (ex : héroïne, Crystal Meth/Tina, speed/amphétamines, cocaïne, GBL/GHB) dans un but sexuel. »
Cette définition extensive du chemsex inclut donc les produits psychoactifs légaux et illégaux, circulant de longue date ou apparus plus récemment. Elle devait notamment permettre de comparer l’usage des différents produits chez les travailleur·ses du sexe chemsexeur·ses.
Les réponses au questionnaire indiquent qu’un quart des personnes (26,5%) pratiquerait le chemsex uniquement à la demande du client, un petit tiers par envie (30,6%), et une petite moitié parce que leur souhait de pratiquer le chemsex rejoint celui des clients (42,9%). Il est à noter que cette pratique peut impliquer une addiction aux produits, celle-ci pouvant se renforcer par l’habitude de consommer dans des contextes donnés (ce que l’on appelle l’effet de contexte ou d’environnement) et la notion de choix concernant la pratique du chemsex dans le travail du sexe est floue et à relativiser. Dès lors, les réponses reçues à cette question sont à repenser à la lumière d’une lecture plus complexe impliquant travail, addiction au produit, contexte, consentement et choix.
Les produits consommés et leurs effets
Les travailleur·ses du sexe ayant répondu à l’enquête ont déclaré consommer, par ordre décroissant d’utilisation :
Des drogues légales, faciles d’accès et non réprimées comme l’alcool (56,9%) et le poppers, facilement accessible dans le commerce et qui est utilisé entre autres pour dilater l’anus et favoriser l’excitation (56,9 %).
La cocaïne (56,9%), illégale elle, est le plus souvent sniffée mais aussi parfois injectée, fumée ou utilisée en plug anal.
D’autres produits, dont la « démocratisation » s’est opérée en même temps que celle du terme chemsex, apparaissent ensuite dans les réponses. Il s’agit du GHB et du GBL (47,1%). Utilisé d’abord comme anesthésiant, le GHB a été popularisé dans les années 1980 chez les culturistes notamment pour ses effets sur la croissance et le développement de la masse musculaire. Il a longtemps été connu du grand public comme la « drogue du viol » car il a un effet euphorisant, désinhibant, relaxant et qu’il peut facilement causer des pertes de mémoire ou des « trous noirs », notamment en interaction avec l’alcool ou en surdose, ce qui arrive aisément. Les doses sont comptées au millilitre près car la dose récréative et la dose toxique sont très proches.
Ensuite arrivent le cannabis (45,1%), le plus souvent fumé, et l’ecstasy (45,1%) dont le principe actif est souvent la MDMA même si c’est de moins en moins le cas, et qui est principalement ingérée sous forme de pilules, en parachute dans une feuille à rouler et est parfois sniffée. D’autres produits illégaux se situent dans les mêmes niveaux de déclaration, comme les amphétamines (43,2%), dont fait partie le speed aussi appelé « S », consommées sous forme de poudre le plus souvent sniffées.
Arrive alors un produit psychoactif très utilisé ces dernières années dans des contextes de chemsex : le crystal meth (41,2%), souvent appelé « T » ou Tina, qui se présente sous forme de cristaux, de poudre, de gélules ou de comprimés consommés le plus souvent par inhalation dans une pipe en verre ou par injection. Quand on parle de slam dans les milieux gays, c’est-à-dire de consommation de produits par voie intraveineuse dans un contexte de chemsex, c’est la plupart du temps du crystal meth/Tina qui est injecté.
La MDMA (27,5%) est ensuite signalée. Elle circule sous forme de cristaux ou de poudre. La kétamine (23,5%), qui est utilisée comme anesthésique et antidouleur dans la sphère médicale, se retrouve sous forme de poudre (sniffée) ou de liquide (ingéré ou injecté). Viennent ensuite la méphédrone (19,6%) aussi appelée 4MMC qui fait partie des nouveaux produits de synthèse (NPS), souvent sniffée sous forme de poudre.
Les médicaments autres que les stimulants sexuels (15,7%) sont cités sans détailler à quelle classe ils appartiennent. Il s’agit, par exemple, de benzodiazépines ou d’autres médicaments qui ont des effets psychoactifs. Une partie des chemsexeurs utilise ces types de médicaments pour faciliter la « descente ». Des entretiens qualitatifs ou la tenue d’un focus groupe pourraient nous aider à préciser ceci.
Apparaissent en fin de liste des produits hallucinogènes, comme certains champignons (13,7%) ou le LSD (11,8%). Enfin la méthadone (11,8%) et l’héroïne (9,8%) sont citées. Ces deux derniers produits sont plutôt déclarés par des personnes plus âgées ou des personnes ayant déclaré ne plus faire de chemsex actuellement dans le cadre du travail du sexe.
De quelles informations les travailleur·ses du sexe ont besoin dans le cadre du chemsex ?
Le besoin principal identifié est l’accès à une information fiable et sans jugement sur les substances consommées, leurs effets, leur toxicité, les combinaisons à éviter, afin de réduire les risques pendant la prise (gestion des effets, interactions, demandes du client) mais aussi après (baisse de la libido, descentes/craving, perte de connaissance et de mémoire et bad trips). Il ressort également un besoin d’aide pour retrouver du plaisir dans sa vie sexuelle sans nécessairement devoir prendre des produits ; et de conseils vis-à-vis des différents moyens de pouvoir contrôler les produits, les tester pour connaître leur composition, se former pour s’injecter et/ou injecter en évitant le maximum de risques. Enfin, un besoin d’informations sur les risques encourus par les personnes fournissant les produits dans les plans chems.
On peut retrouver les réponses et conseils d’Alias à ces demandes d’informations des travailleurs du sexe chemsexeurs sur le site www.chemsex.be, où cette enquête a servi en grande partie à rédiger la rubrique « travail du sexe ».
L’accès aux soins de santé des travailleur·ses du sexe encore plus menacé par la crise sanitaire
Pour lutter contre la propagation de la Covid-19, le travail du sexe a été interdit dans toute la Belgique du 13 mars au 8 juin 2020 et l’est à nouveau depuis le 26 octobre dernier. La plupart des travailleur·ses du sexe qui sollicitent les associations de première ligne telles qu’Alias se trouvent déjà dans une situation de précarité plus ou moins extrême en temps normal. Logement, alimentation et accès aux soins de santé relèvent souvent de la gageure, en l’absence de solutions institutionnelles adaptées. La situation sanitaire a non seulement éliminé l’alternative souvent vitale du travail du sexe, mais elle a aussi saturé le réseau psycho-médico-social bruxellois qui a dû, comme tout le monde, faire face dans l’urgence. La gestion de cette situation amplifie depuis mars les fragilités, pourtant déjà importantes, d’une grande partie des personnes qui exercent la prostitution. Nous dressons ici un inventaire des conséquences principales de ces mesures sur la santé physique et mentale des personnes que nous suivons depuis mars.
Le statut administratif : une entrave dans l’accès aux soins
Manque d’opportunité dans le pays de résidence, obtention de l’asile dans un autre pays européen alors que leur réseau social se trouve en Belgique, nécessité de voyager en Europe pour étendre leur clientèle… Autant de situations qui poussent certain·es TDS à vivre, pour un temps long ou court, sur le territoire belge avec un titre de séjour plus ou moins précaire. Pour ces personnes, l’accès aux soins en Belgique est souvent compliqué, et beaucoup font régulièrement l’aller-retour entre la Belgique et le pays de résidence afin de se faire soigner.
Interruption de traitement
Le confinement obligatoire du printemps 2020 et la fermeture des frontières ont maintenu certain·es travailleur·ses mobiles sur le territoire belge, sans adresse officielle et sans accès à des traitements parfois aussi vitaux que les antirétroviraux pour les personnes vivant avec le VIH. Pendant la période du confinement, nous avons suivi 156 personnes, dont 41 nouvelles (+175% par rapport aux nouvelles personnes de la même période en 2019) qui n’avaient, pour moitié, pas d’accès effectif aux droits médicaux en Belgique. Des demandes d’aide médicale urgente ont été introduites, mais une partie de ces personnes n’avait toujours pas accès aux traitements plusieurs mois après. Traitements que certains CPAS mettent parfois du temps à accepter de prendre en charge, en raison de leur coût.
Du jour au lendemain, des personnes vivant avec le VIH se sont retrouvées sans traitement. Parmi elles, certaines qui n’étaient plus contaminantes grâce à une charge virale indétectable le sont donc peut-être devenues. L’équipe a parfois dû trouver des solutions de secours in extremis afin de permettre à quelques escorts de poursuivre leurs traitements antirétroviraux. Elle a notamment eu recours au service de dépannage organisé par le CETIM, qui a mis gratuitement à disposition des fins de boîtes d’antirétroviraux. Certain·es TDS ont également pu compter sur la solidarité d’autres personnes séropositives. Au risque médical que représente une interruption de traitement s’ajoute l’angoisse générée par l’incertitude qui entoure le moment de sa reprise pour la personne qui en est privée.
L’impact sur la santé mentale
Les personnes suivies par l’asbl n’ont pas échappé au stress et à l’anxiété qui ont touché l’ensemble de la population au moment de l’annonce de la situation sanitaire et des mesures prises pour l’endiguer. Dans leur cas, néanmoins, l’isolement, la raréfaction des liens sociaux et l’accroissement de la précarité sont venus s’ajouter à de nombreux facteurs préexistants tels que l’instabilité économique et professionnelle, la stigmatisation, les discriminations ; accroissant d’autant les problèmes de santé mentale chez des personnes déjà sous pression à ce niveau. Décompensations, angoisses, dépressions, idées suicidaires sont autant de phénomènes dont l’équipe a été témoin durant et depuis le confinement. Les lignes d’urgence psychologique ont été un recours salvateur, mais elles ne sont pas toujours accessibles pour les personnes qui parlent peu ou pas les langues nationales, ni adaptées au sujet tabou et mal connu du travail du sexe.
Objectiver les conséquences avec une enquête
La crise du Covid-19 et les confinements successifs bouleversent en profondeur les conditions et les possibilités d’exercice du travail du sexe/de la prostitution. Les associations de terrain constatent depuis mars les conséquences tant sanitaires que matérielles pour les travailleur·ses du sexe/prostitué·es – en terme de revenus, de santé, d’accès aux soins et aux services. Pour mieux les documenter, une enquête statistique est lancée. Elle sera déployée par les associations de première ligne qui s’engagent auprès des TDS : Alias, Espace P. et Utsopi. L’objectif premier est de réaliser un portrait statistique de l’état d’accès aux droits et aux protections sociales des personnes qui exercent la prostitution, puisque le confinement permet une mise en lumière inédite de dysfonctionnements parfois anciens à cet égard. Nous voulons également que les chiffres recueillis permettent de tirer des enseignements utiles à la décision publique/politique en matière de santé publique et de protection sociale, en pleine seconde vague de la pandémie. Enfin, cette enquête doit permettre aux personnes concernées de fournir des informations importantes dans ce contexte, de partager leur expertise et de prendre la parole concernant leur vécu de la situation. Enfin, l’enquête est un moyen de les défrayer pour le recueil de ces informations, alors que l’accès aux droits reste cahoteux pour la plupart d’entre elles.
Alias, dix ans d’expertise auprès des travailleurs du sexe HSH et trans*
L’asbl Alias a pour objectif l’accompagnement psycho-médico-social de qualité destiné spécifiquement aux travailleurs du sexe/prostitués masculins cis et personnes trans* dans la Région de Bruxelles-Capitale. Elle vise prioritairement la promotion de la santé, en ce compris les aspects de prévention et de réduction des risques, l’accès aux soins de santé et aux droits sociaux pour le public. Pour cela, elle travaille en collaboration avec un très large réseau de partenaires de différents secteurs.Pour établir le contact et assurer une proximité avec son public, l’offre de service hebdomadaire comprend notamment du travail de rue, des activités communautaires, une permanence d’accueil, des permanences internet, des permanences médicales décentralisées de dépistage VIH/IST et des guidances individuelles.
Références bibliographiques et ressources
Ressources sur le chemsex en Belgique
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Alias, 2020, Enquête exploratoire sur le chemsex dans le contexte de la prostitution/du travail du sexe HSH & Trans* à Bruxelles Capitale et au-delà.
Alias, 2020, Enquête exploratoire sur les étudiant.e.s HSH et trans* actifs dans la prostitution/le travail du sexe à Bruxelles-Capitale et au-delà.
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“La prostitution est une réalité en Belgique mais son statut juridique demeure très particulier, voire paradoxal. Ni punissable ni interdit, son exercice fait toutefois l’objet de réglementations non coordonnées dans diverses branches du droit. Tant le droit fiscal que le droit de la sécurité sociale considèrent cette activité comme une activité professionnelle susceptible de donner lieu au paiement d’impôts et de cotisations sociales, sans néanmoins que les droits corrélatifs soient accordés aux personnes qui l’exercent.
Du reste, si l’activité de prostitution en tant que telle n’est pas interdite, celui qui la pratique risque de se retrouver confronté à la nullité de la convention de travail, du fait d’une contrariété potentielle à l’ordre public et aux bonnes mœurs. L’activité est donc plus tolérée qu’autorisée, ce qui suscite de nombreuses interrogations et une grande insécurité juridique pour les travailleurs du sexe in Gilson, Steve ; et. al. Aspects juridiques de la prostitution, droit pénal, droit administratif, droit social et droit fiscal. Anthémis (2017) (ISBN:978-2-8072-0231-3) 212 pp. pages
Par exemple, une personne a avancé une de ses boîtes déjà acheté car elle avait une réserve pour plusieurs mois.
Principal centre médical de référence pour le VIH/SIDA en Belgique
chiffres issus de notre outil de récolte de données KORAL
Le travail du sexe est interdit suite à l’arrêté ministériel du 13 mars portant sur les mesures d’urgence pour éviter la propagation du coronavirus Covid19.
Le craving désigne le besoin irrépressible et très fort de consommer, accentué si la prise se fait par injection ou plug anal, par exemple avec la Tina.
Le plug anal (ou plug) est aussi appelé injection anale désigne la consommation de produits par voie anale (mais sans aiguille)
Les inégalités numériques renforcent les inégalités sociales
Alors que les Belges sont largement connectés à internet, d’importantes disparités persistent au sein de la population, fortement liées aux niveaux de revenus et de diplôme. Près d’un ménage sur trois avec des faibles revenus ne dispose pas de connexion internet. 40% de la population belge ont de faibles compétences numériques. Un chiffre qui monte à 75% chez les personnes avec des faibles revenus et un niveau de diplôme peu élevé. Elles sont respectivement 55% et 67% à ne pas effectuer de démarches administratives en ligne. Tels sont les principaux constats du baromètre de l’inclusion numérique réalisé à l’initiative de la Fondation Roi Baudouin.
Si la numérisation croissante de la société offre de nombreuses opportunités, elle présente aussi un risque important de mise à l’écart des personnes éloignées du numérique : une réalité on ne peut plus actuelle, comme l’a révélé la crise du COVID-19. Afin d’objectiver le phénomène, la Fondation Roi Baudouin publie le premier baromètre de l’inclusion numérique, réalisé à sa demande par des chercheuses de l’UCLouvain et de la VUB. Ce baromètre dresse un aperçu des inégalités numériques en Belgique, sur la base de nouvelles analyses de données issues de l’enquête sur l’utilisation des TIC par les ménages et les individus Eurostat – Statbel 2019. Il s’inscrit dans le plan d’action de la Fondation visant à lutter contre l’exclusion numérique.
Trois formes d’inégalités numériques
La fracture numérique couvre trois dimensions, auxquelles sont associées des inégalités marquées. Les personnes avec des faibles revenus (moins de 1.200 euros) et un niveau de diplôme peu élevé (au maximum un diplôme de l’enseignement secondaire inférieur) sont particulièrement à risque. Une situation qui les fragilise dans un monde toujours plus numérisé et qui renforce les inégalités sociales préexistantes.
Inégalités d’accès aux technologies numériques. En comparaison avec les pays limitrophes, la Belgique est le pays le plus inégalitaire quant à l’accès à internet. 29% des ménages avec des faibles revenus (moins de 1.200 euros) ne disposent pas de connexion internet à domicile, contre 1% des ménages avec des hauts revenus (plus de 3.000 euros). Cet écart de 28 % est supérieur à ceux observés en Allemagne (15%), en France (21%), au Luxembourg (7%) ou aux Pays-Bas (4%).
Inégalités relatives aux compétences numériques. 40% des Belges sont à risque d’exclusion numérique : 32% ont de faibles compétences numériques et 8% sont des non-utilisateurs d’internet. Plus les revenus sont faibles et le niveau de diplôme peu élevé, moins on dispose de compétences numériques : 75% de ces personnes sont à risque d’exclusion numérique. Les compétences numériques ont, en outre, la particularité de devoir sans cesse être actualisées, ce qui représente un défi supplémentaire.
Inégalités liées à l’utilisation des services essentiels. 85% des Belges utilisent internet tous les jours et notamment les services en ligne (e-banking, e-commerce…). Toutefois, 57% des internautes peu diplômés et 56% de ceux ayant de faibles revenus n’ont jamais effectué de démarches administratives en ligne, alors qu’ils étaient censés le faire.
Pas uniquement les publics « à risque »
Les Belges avec des faibles revenus et un niveau de diplôme peu élevé ne sont pas les seuls à n’accéder que partiellement aux opportunités offertes par internet. D’autres publics sont également concernés : les personnes âgées, mais aussi les jeunes (en particulier ceux issus de milieux fragilisés), les personnes en difficulté avec l’écrit, les personnes vivant seules, les femmes et mêmes les personnes avec de plus hauts revenus. Autant de publics qui, à un moment ou à un autre, peuvent rencontrer des difficultés pour accéder à des services en ligne (banque, emploi, éducation, santé, administration…).
Différences entre Régions
Au sein même de notre pays, les inégalités numériques sont importantes entre Régions. En Wallonie, le taux de couverture haut débit est inférieur à 50% dans certaines zones des provinces du Luxembourg, du Hainaut, de Namur ou de Liège. Il existe encore en Région wallonne des zones blanches, non-équipées en fibre optique. La Flandre se démarque par une utilisation plus intensive des services en ligne (e-banking, e-commerce, e-achats…) en comparaison avec la Wallonie et la Région de Bruxelles-Capitale. Le recours aux démarches administratives en ligne semble quant à lui stagner dans les trois Régions.
Action de la Fondation Roi Baudouin
Le baromètre de l’inclusion numérique vient compléter la palette d’actions menées par la Fondation Roi Baudouin sur le thème de l’inclusion numérique depuis 2018 : sensibilisation avec le court métrage ‘Je viens d’une autre planète’, soutiens financiers aux associations qui travaillent sur la fracture numérique dans le cadre d’appels à projets, mise à disposition de www.123digit.be, une plateforme qui soutient les acteurs sociaux (associations de lutte contre la pauvreté, acteurs de l’insertion socio-professionnelle, CPAS…) dans l’accompagnement de leurs publics en difficulté avec le numérique.
La diminution se poursuit pour les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes
En 2019, 923 nouveaux diagnostics de VIH ont été réalisés en Belgique. Ce qui correspond à 2,5 nouveaux diagnostics par jour. Ces chiffres sont présentés dans le rapport annuel sur la situation épidémiologique du VIH publié par Sciensano, l’Institut belge de la santé. Après une diminution de 28 % du nombre de nouveaux diagnostics entre 2012 et 2018, un plateau semble avoir été atteint en 2019, avec une légère augmentation de 4 % par rapport à 2018. Toutefois, la tendance à la baisse des années précédentes se poursuit pour les hommes belges ayant des relations sexuelles avec des hommes. L’épidémie de VIH en Belgique est également de plus en plus diversifiée en termes de profils des populations touchées.
Les diagnostics de VIH auprès de 2 populations clés
Depuis le début de l’épidémie de VIH en Belgique, 2 populations clés ont été particulièrement touchées :
les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), de nationalité belge
les hommes et femmes hétérosexuels d’Afrique subsaharienne.
Entre 2012 et 2018, une diminution du nombre de nouveaux diagnostics de VIH a été observée dans ces deux populations clés. En 2019, 24 % des nouveaux cas de VIH ont été diagnostiqués chez des HSH belges et 24 % chez des hétérosexuels d’Afrique subsaharienne.« Étant donné la tendance à la baisse auprès de ces populations principales, on observe que les infections auprès des populations d’autres nationalités, tant chez les HSH que chez les hétérosexuels, deviennent relativement plus importantes. L’épidémie de VIH en Belgique se caractérise donc par une plus grande diversité », explique Dominique Van Beckhoven, chercheuse chez Sciensano.
Les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes
En 2019, le nombre de nouveaux diagnostics de VIH chez les HSH a peu changé par rapport à 2018. La tendance à la baisse se poursuit, en particulier chez les HSH belges. Depuis le pic de 2013, le nombre de diagnostics de VIH chez les HSH de nationalité belge a diminué de 49 %. En 2019, 51 % des HSH diagnostiqués étaient belges.Le nombre de nouveaux diagnostics de VIH chez des HSH d’une autre nationalité européenne reste stable. Ces dernières années, cependant, on a constaté une légère augmentation du nombre de diagnostics chez les HSH provenant de pays non européens. En 2019, 12 % des HSH diagnostiqués avaient une nationalité latino-américaine et 8 % une nationalité asiatique.
Les hommes et les femmes hétérosexuels
La baisse du nombre de diagnostics de VIH chez les hétérosexuels observée depuis 2012 a cessé. Une légère augmentation a été observée entre 2018 et 2019. Cela reflète l’évolution des diagnostics chez les hétérosexuels d’Afrique subsaharienne : une diminution de 47 % chez les femmes et de 60 % chez les hommes jusqu’en 2018, suivie d’un plateau. En 2019, ils représentaient 48 % des nouveaux diagnostics parmi les hétérosexuels.Le nombre de diagnostics chez les hétérosexuels de nationalité belge ou d’autres nationalités européennes est resté stable ces dernières années. En 2019, ils représentaient respectivement 30 % et 13 % des nouveaux diagnostics chez les hétérosexuels.
Les patients VIH en suivi médical
La prise en charge optimale des personnes vivant avec le VIH nécessite un continuum de services tout au long des stades successifs de dépistage, de diagnostic, d’entrée et rétention en soins, de mise sous traitement antirétroviral et de suppression de la réplication virale. Les patients ayant une charge virale supprimée ont une évolution plus favorable et leur probabilité de transmission par voie sexuelle est négligeable, ce qui permet la prévention de nouvelles infections.En 2018, on estime à 18 335 le nombre de personnes vivant avec le VIH en Belgique. Parmi elles, 91 % étaient diagnostiquées, 92 % recevaient un traitement antirétroviral et 94 % avaient une charge virale indétectable. La Belgique a ainsi atteint les objectifs mondiaux de l’ONUSIDA 90-90-90(link is external) et est en bonne voie pour atteindre les objectifs 95-95-95 pour 2030.
Réponse préventive
Aujourd’hui, la Plateforme Prévention Sida tient à rappeler que la lutte contre les nouvelles contaminations au VIH s’organise autour de la prévention combinée, adaptée selon la population clé. Celle-ci inclut :
l’utilisation du préservatif
le recours à la PrEP (Prophylaxie pré-exposition), qui consiste à prendre un médicament anti-VIH avant et après un rapport sexuel à risque.
le dépistage précoce du VIH après une prise de risque
la mise en place immédiate d’un traitement en cas de diagnostic positif, afin que le virus ne puisse plus être transmis
L’équation « Indétectable = Intransmissible » ou « I = I » : une personne séropositive ayant une charge virale indétectable grâce à son traitement ne transmet plus le VIH, est centrale pour le travail préventif. Elle est essentielle pour les personnes vivant avec le VIH, car elle :
accroît leur qualité de vie (relation de couple, absence de stress de contaminer son.sa partenaire)
participe à lutter contre l’exclusion et le rejet qui persistent à leur égard.
C’est l’objet de la campagne « L’exclusion reste une réalité » lancée par la Plateforme Prévention(link is external) ce 1er décembre.Pour Thierry Martin, directeur de la Plateforme Prévention Sida,
“le dépistage tardif reste encore trop élevé. Il existe malheureusement encore des freins au dépistage ainsi que de nombreuses opportunités manquées chez certain.es professionnel.les de la santé contribuant à un dépistage tardif du VIH. Il est donc important que les médecins généralistes et autres professionnel.es de la santé abordent la santé sexuelle avec tous les patient.es, même avec ceux et celles qui, à première vue, ne semblent pas à risques.”
Les autres stratégies de dépistage (dépistage rapide, démédicalisé, diffusion d’autotests notamment) doivent elles aussi être renforcées, notamment auprès des publics prioritaires.C’est pourquoi, la Plateforme Prévention Sida participe à la semaine européenne du dépistage du VIH et invite chacun.e à profiter de ce 1er décembre pour faire le point sur sa santé sexuelle et trouver une adresse de dépistage du VIH proche de chez soi sur www.preventionsida.org
“Les chiffres relativement rassurants de ces dernières années en termes de diagnostics de VIH ne doivent pas nous éloigner des efforts de sensibilisation qui restent à fournir. Il importe de continuer à faire de la prévention vers le plus grand nombre, avec une attention toute particulière pour les publics les plus exposés. A ce titre, sensibiliser à l’utilisation du préservatif dès l’adolescence reste un enjeu majeur »
explique Barbara Trachte, Ministre-Présidente de la COCOF en charge de la Promotion de la SantéFrank Vandenbroucke, ministre de la Santé Publique ajoute :
“Nous sommes sur la bonne voie afin de stopper complètement la propagation du VIH, grâce au suivi médical de haute qualité des personnes vivant avec le VIH, aux avancées scientifiques et à l’implication de diverses organisations, mais le travail n’est pas terminé. Les chiffres nous montrent qu’il est toujours possible de s’améliorer. Il est important que nous poursuivions nos efforts en termes de prévention, surtout auprès des groupes que nous ne touchons actuellement pas encore de manière optimale. Les campagnes de la Plateforme Prévention Sida apportent une contribution importante à cet effet, que nous saluons.”
Les professionnels exerçant en Promotion de la Santé à l’Ecole (PSE) utilisent des outils pour questionner la santé avec les enfants et les jeunes. C’est un fait. Quels outils utilisent-ils ? Comment se les procurent-ils ? Quelle sont leurs difficultés éventuelles ?C’est pour répondre à ces questions que PIPSa a profité de la journée annuelle de formation des PSE organisée par l’ONE pour leur soumettre un questionnaire relatif à leurs pratiques et besoins. 83 réponses ont été collectées parmi les 347 personnes présentes.Constat massif : tous les agents PSE interrogés utilisent des outils !
Supports
Les supports privilégiés restent le papier (affiches, dessins, photos), les jeux de cartes/de table ainsi que les vidéos. Le recours à du matériel 3D ou à un Powerpoint est nettement moins fréquent. Quant aux serious game, pratiquement aucun répondant ne les utilise.
Acquisition
L’acquisition du matériel se pratique via achat, prêt, téléchargement et… « bricolage maison ».
En plus de l’utilisation d’outils, 4 travailleur.euse.s sur 5 utilisent aussi des techniques d’animation : débats, brainstorming et travail de groupe principalement. Mais d’autres techniques émergent : mindmapping, co-construction, nappe tournante… Il.elle.s sont intéressées à s’en approprier de nouvelles pour autant qu’elles soient adaptées au travail en médecine scolaire (temps court, lieux exigus, techniques utilisables en salle d’attente).
Quels sont les freins qui limitent l’utilisation des outils dans la pratique professionnelle ?
Le temps est le premier élément cité (temps de s’approprier le matériel, temps d’aller le chercher/rapporter) suivi par la méconnaissance de l’offre existante et l’inaccessibilité du matériel.
* Correction orthographique du titre de l’image : Freins principaux à l’utilisation de l’outil
Quels sont les leviers qui faciliteraient l’utilisation des outils dans la pratique professionnelle ?
54 personnes ont répondu à la question et émis plusieurs suggestions.
Le premier levier formulé massivement est celui du temps (corollairement à la question précédente) : les acteurs soulèvent l’obligation de s’octroyer du temps pour : rechercher des outils (pendant les heures de travail), pour les utiliser et s’y familiariser, les connaître, se les approprier.D’autre leviers sont aussi identifiés :
Meilleure information et connaissance des outils :
en présentant les (nouveaux) outils (ex. par les CLPS) : le retour d’expérience, les propositions d’utilisation peuvent donner des idées. Présentation des outils par thématique, animation ou formation, ateliers découverte à de ‘bons’ moments afin de tester et s’approprier le matériel.
en présentant les outils dans les centres : disposer d’un descriptif et d’une liste de l’existant serait un plus.
en favorisant les tutos de démonstration via newsletter et site internet et formation pour utilisation de certains outils
en poursuivant la visibilité de PIPSa lors de colloques PSE. Cela donne l’occasion de voir, manipuler directement les outils.
Meilleure accessibilité au matériel :
en le livrant directement au centre : la possibilité que les outils ‘prêtés’ soient ‘livrés’ directement au Centre PSE (ou au CPMS), et qu’il y ait un système permettant une ‘location’ plus longue. Le fait de devoir aller chercher et rapporter les outils fait perdre beaucoup de temps ;
en disposant d’une malle à outils dans le Centre : le prêt n’est pas pratique car le temps d’emprunt est limité ;
en disposant d’un budget « outils » ou en favorisant le matériel/prêt gratuit : le centre ne dispose pas de ligne budgétaire pour les outils. Les acquisitions se font parfois sur fonds personnels, alors que les associations qui les prêtent sont subventionnées. Des dons pour le matériel de base (EVRAS, hygiène) seraient bienvenus;
en facilitant les démarches administratives pour les obtenir: les lourdeurs administratives découragent ou empêchent l’acquisition des outils, voire le prêt (caution). Une centrale de commande d’outils serait bienvenue, surtout pour les outils venant de l’étranger ;
en disposant de plus de lieux de prêt : longues distances parfois pour aller chercher le matériel. Envisager des partenariats avec des bibliothèques ;
Révision de l’encadrement et des missions :
Réinvestir la promotion de la santé et s’en donner les moyens : en personnel (plus de personnel au sein des équipes et plus de travail en équipe), en compétences spécifiques (engagement de personnel d’animation), en temps (plus de présence dans les écoles, à consacrer aux animations, et à découvrir/utiliser le matériel en équipe).
Connaissance de PIPSa et de l’e-journal PSE
4 travailleurs sur 5 interrogés connaissent PIPSa. Parmi ceux-ci : 2 l’utilisent, 1 travailleur sur 5 est abonné à la newsletter, 1 travailleur sur 3 connaît les avis de PIPSa et parmi eux, 1/3 utilise l’avis pour choisir son matériel pédagogique.La rubrique « outils » dans l’e-journal PSE est connue par 1 travailleur sur 2. Parmi ceux-ci, 1/3 a déjà cliqué au moins une fois sur une référence d’outil proposée.
Une enquête, des résultats…et après ?
Cette enquête visait à identifier les réalités et les besoins des PSE en termes d’outils en vue d’offrir un meilleur soutien aux utilisateur.trice.s en PSE et de favoriser l’accès à un matériel utile, disponible et utilisable en santé scolaire.Cette enquête ouvre plusieurs pistes de travail pour PIPSa :
Diffuser les résultats de la recherche auprès des PSE et de leurs instances.
Intégrer l’offre « outils » proposée par PIPSa dans les structures existantes des PSE (newsletter PSE, séminaires, etc.), « aller vers » les PSE. Informer spécifiquement sur les outils téléchargeables ou gratuits.
Organiser des présentations d’outils pour être plus visible, se faire davantage connaitre, et tout particulièrement au sein des PMS, via l’enseignement de la FWB.
Faciliter l’accès aux outils/démarches pédagogiques innovantes dans l’EjPSE.
Renforcer le partenariat avec les CLPS et autres centres de documentation pour garantir le prêt des outils référencés, surtout les outils « coup de cœur ».
Vous travaillez en santé scolaire ?
Vous souhaitez aborder des thématiques particulières ? Vous travaillez avec des publics spécifiques ? Vous souhaiteriez être orienté.e dans le choix d’outils intéressants ? N’hésitez pas à nous le faire savoir ! info@pipsa.be
www.pipsa.be – Pédagogie Interactive en Promotion de la Santé – un programme de promotion de la santé soutenu par les Régions bruxelloise et wallonne et piloté par le service Promotion de la santé de Solidaris. Un répertoire de plus de 450 outils pédagogiques évalués pour parler de la santé.
5 septembre 2019 – Liège – Palais des Expositions
L’E-journal PSE (EjPSE) est une revue électronique consacrée aux missions, défis, enjeux de la santé scolaire en FWB. Elle est réalisée par Question Santé et PIPSa y contribue en proposant une sélection d’outils adaptés à l’utilisation en contexte de santé scolaire.
En cette période de crise du coronavirus, la communication se déroule principalement par voie numérique. Pourtant, une part importante de la population n’a pas encore de connexion internet, quel que soit l’appareil utilisé. Au total, 22% des personnes seules vivant en Belgique déclarent ne pas avoir internet à la maison, selon les chiffres de Statbel, l’office belge de statistique. Il s’agit principalement de personnes plus âgées: chez les personnes âgées de 65 à 74 ans, la proportion atteint même 31%. De même, 2% des enfants scolarisés n’ont pas d’accès à internet et se trouvent donc dans l’impossibilité de suivre les cours en ligne.
Les revenus et la situation familiale jouent un rôle majeur
Les personnes seules déclarent deux fois plus souvent que la moyenne qu’elles n’ont pas de connexion internet à la maison. Au niveau régional, le pourcentage élevé observé en Wallonie est particulièrement frappant: 27% des personnes seules n’y ont pas de connexion internet à la maison. En Flandre et à Bruxelles, la proportion est de 19%.
Pourcentage de ménages sans connexion internet
Belgique
Total
10%
Sans enfants, 1 adulte
22%
Flandre
Total
8%
Sans enfants, 1 adulte
19%
Wallonie
Total
13%
Sans enfants, 1 adulte
27%
Bruxelles
Total
11%
Sans enfants, 1 adulte
19%
Un ménage sur cinq (20%) a un revenu mensuel net inférieur à 1.500 €. 27% d’entre eux déclarent ne pas avoir de connexion internet à la maison. Le pourcentage est de 31% en Wallonie. C’est cinq fois plus que les ménages dont les revenus sont supérieurs à 1.500 €.
Pourcentage de ménages sans connexion internet
Belgique
Total
10%
Revenus <1.500 €
27%
Revenus >=1.500 €
5%
Flandre
Total
8%
Revenus <1.500 €
26%
Revenus >=1.500 €
5%
Wallonie
Total
13%
Revenus <1.500 €
31%
Revenus >=1.500 €
7%
Bruxelles
Total
11%
Revenus <1.500 €
21%
Revenus >=1.500 €
6%
L’âge, le niveau d’instruction et la situation socio-économique sont également des facteurs déterminants
L’âge joue bien entendu un rôle. 31 % des personnes âgées (classe d’âge des 65-74 ans) ne vont pas sur internet.
Pourcentage d’individus qui ne vont pas fréquemment sur internet
Belgique
Total
10%
16-24 ans
2%
25-34 ans
3%
35-44 ans
4%
45-54 ans
6%
55-64 ans
16%
65-74 ans
31%
Flandre
Total
8%
16-24 ans
0%
25-34 ans
4%
35-44 ans
4%
45-54 ans
4%
55-64 ans
13%
65-74 ans
27%
Wallonie
Total
12%
16-24 ans
5%
25-34 ans
2%
35-44 ans
2%
45-54 ans
8%
55-64 ans
21%
65-74 ans
38%
Bruxelles
Total
11%
16-24 ans
4%
25-34 ans
5%
35-44 ans
9%
45-54 ans
13%
55-64 ans
18%
65-74 ans
24%
Les personnes à niveau d’instruction faible sont aussi bien moins actives sur la toile. Plus de 20% d’entre elles utilisent peu, voire jamais, internet. Ce chiffre est de 20% en Flandre et de 26% en Wallonie.
Pourcentage d’individus qui n’ont pas utilisé internet au cours des 3 derniers mois
Belgique
Total
10%
Niveau d’instruction faible
22%
Niveau d’instruction moyen
8%
Niveau d’instruction élevé
1%
Flandre
Total
8%
Niveau d’instruction faible
20%
Niveau d’instruction moyen
7%
Niveau d’instruction élevé
1%
Wallonie
Total
12%
Niveau d’instruction faible
26%
Niveau d’instruction moyen
9%
Niveau d’instruction élevé
2%
Bruxelles
Total
11%
Niveau d’instruction faible
22%
Niveau d’instruction moyen
10%
Niveau d’instruction élevé
2%
Enfin, la situation socio-économique d’une personne a aussi une influence sur ses habitudes de navigation. Les chômeurs et les inactifs sont moins souvent présents sur internet.
Pourcentage d’individus qui n’ont pas utilisé internet au cours des 3 derniers mois
Belgique
Total
10%
Occupé
4%
Chômeur
9%
Étudiant
3%
Inactif
24%
Flandre
Total
8%
Occupé
3%
Chômeur
10%
Étudiant
0%
Inactif
22%
Wallonie
Total
12%
Occupé
4%
Chômeur
5%
Étudiant
6%
Inactif
27%
Bruxelles
Total
11%
Occupé
5%
Chômeur
16%
Étudiant
6%
Inactif
23%
Tous les enfants scolarisés n’ont pas accès à internet
Il n’est pas possible pour tous les élèves de suivre des cours en ligne en période de crise du coronavirus, en tout cas pas à la maison. 2% d’entre eux ne disposent pas d’accès à internet à la maison. A Bruxelles, ce pourcentage grimpe à 6%.
Pourcentage d’enfants en âge scolaire qui n’ont pas internet à la maison
Le volontariat est largement répandu dans notre pays. D’après la Fondation Roi Baudouin, près de 1,2 million de Belges font du volontariat au sein d’organisations. Et c’est loin d’être une activité marginale : un volontaire preste « en moyenne près de 190 heures au cours de l’année écoulée, soit près de 4 heures par semaine. ». La vie associative couvre un large éventail de domaines d’activité : sport, culture, jeunesse, santé et bien-être, féminisme, environnement, vie de quartier… Il y en a pour tous les goûts.
Y a-t-il un lien entre engagement volontaire dans la vie associative et la santé tant subjective qu’objective ? C’est la question de recherche à l’origine d’une étude à grande échelle, menée par la Mutualité chrétienne, ses mouvements partenaires et la Faculté de psychologie de l’UCLouvain.
Notions clés et méthode de départ
Pour ce qui est du volontariat, nous suivons la définition de Borgonovi (2008) : il s’agit d’une « activité dans laquelle l’individu donne de son temps à des groupes et organisations, sans compensation financière en retour. » Et par participation à la vie associative, on entend la participation à une activité sociale organisée au sein d’une structure (club, organisation, mouvement). Il s’agit, par exemple, d’une randonnée organisée par un club de marche, mais pas d’une balade avec quelques amis. Cette participation à la vie associative peut être passive ou active. Il est question de participation passive si l’on participe ou bénéficie simplement des activités organisées (ex. : aller marcher avec un club de randonnée). En cas de participation active, la personne organise les activités (ex. : elle organise la randonnée ou l’effectue en tant que volontaire).
Afin de permettre une comparaison entre répondants ayant un niveau variable d’engagement social, une participation suffisamment forte des volontaires était importante (ce sont des répondants avec un engagement social élevé). C’est pourquoi l’étude a été menée en collaboration étroite avec les mouvements francophones et néerlandophones partenaires de la MC : Altéo et Samana (mouvements de personnes malades, valides et handicapées), Énéo, énéoSport et Okra (mouvements des aînés), Ocarina – anciennement Jeunesse & Santé – et Kazou (organisations de jeunesse) ainsi qu’Intersoc (service vacances de la MC). 2.033 volontaires engagés dans ces associations ont répondu à un questionnaire en ligne et donné leur accord pour coupler leurs réponses à l’analyse de leurs données de santé sur les années 2017 et 2018. 4.988 membres MC ont complété le panel selon les mêmes modalités.
Parmi les 7.021 participants à l’étude, il y a une majorité de femmes (55%) L’âge moyen est de 57 ans, mais la distribution des âges est très étendue, des jeunes (18 ans, du fait de la présence des organisations de jeunesse comme Kazou et Ocarina) aux plus âgés (jusqu’à 90 ans). On dispose également d’une diversité sociale : toutes les catégories sociales et niveaux de formation sont représentés.
Les participants à la recherche ont été répartis en quatre groupes : (1) les volontaires actifs dans un ou plusieurs mouvements partenaires de la MC (2.053), (2) les membres MC actifs dans une association ou organisation (2.028), (3) les membres MC qui prennent part à la vie associative de manière passive (1.108) et (4) les membres MC qui n’y participent pas du tout (1.852).
Dans les résultats présentés ci-après, les effets de quatre variables ont été pris en compte : l’âge, le genre, le fait de bénéficier de l’intervention majorée (BIM) et le fait de vivre seul. Concrètement, au niveau des indicateurs présentés, les différences observées entre les quatre groupes de répondants ne sont pas dues à des effets provenant de ces quatre variables de contrôle (âge, genre, BIM, fait de vivre seul). Par exemple, s’il y a davantage de contacts avec les médecins dans tel groupe de répondants, on ne pourra pas dire que c’est dû au fait qu’ils seraient plus âgés que les autres répondants. Les effets de ces quatre variables de contrôle ayant été neutralisés, les différences mises en lumière reflètent davantage l’influence de la participation à la vie associative sur l’indicateur en cause.
Processus psychosociaux
Est-ce que la participation à la vie associative a une influence significative sur le bien-être ? Le questionnaire comportait de nombreuses questions permettant de mesurer divers processus psychosociaux participant au bien-être (sentiment de fusion avec la société, d’intégration sociale, de solitude, soutien social perçu, épanouissement, estime de soi, sentiment de sens, individualisme / collectivisme, souci empathique / prise de perspective). Les résultats sont sans appel : les liens sont significatifs pour toutes les variables psychosociales mesurées et auto-rapportées par les participants.
Par exemple, le ‘sentiment de fusion avec la société’ a été mesuré à l’aide des schémas ci-après. Le score se déduit du schéma sélectionné par le répondant : de A (score 1) = ‘Je me sens à côté de la société’ à E (score 5) = ‘Je me sens en fusion avec la société’. Pour les quatre groupes de répondants, le score moyen est donné à la Figure 1.
Parmi les schémas au-dessous, lequel correspond le mieux à la manière dont vous vous situez par rapport à la société ?Qu’observe-t-on ? Les personnes qui ne participent pas à la vie associative obtiennent un score significativement plus faible que les personnes qui y participent. Le score du ‘sentiment de fusion avec la société’ augmente avec la participation : les participants actifs ont un score significativement plus élevé que les participants passifs. Les personnes qui participent à la vie associative ont donc le sentiment d’être davantage un élément de la société. Et plus la participation est active, plus ce sentiment se renforce.
Autre exemple : le ‘sentiment de solitude’. Ici, le score est calculé (Likert à 5 points) sur la base de réponses aux questions suivantes : ‘Je sens que je manque de compagnie’, ‘Je me sens abandonné’, ’Je me sens isolé des autres’. Les réponses vont de : ‘pas du tout d’accord’ (score 1) à ‘tout à fait d’accord’ (score 5). Donc, plus le score est élevé, plus on se sent seul. Pour les quatre groupes de répondants, le score moyen est donné à la Figure 2. On observe que plus l’engagement dans la vie sociale structurée est actif, moins on se sent seul. La simple participation permet déjà de se sentir moins seul que la non-participation. Si l’on s’engage activement dans un rôle de volontaire, ce sentiment de solitude est encore plus faible.
Figure 1 : Sentiment de fusion avec la société
Figure 2 : Sentiment de solitude
Santé subjective
Au-delà des processus psychosociaux, le questionnaire a permis de mettre en lumière la manière dont les répondants évaluent leur état de santé. Sur base de quelques questions, un score factoriel a été calculé, qui reflète ce niveau de santé ‘subjective’ (car auto-rapportée). L’interprétation de ce score est la suivante. Le score 0 représente le degré moyen de la santé perçue pour l’ensemble des répondants. Un score positif dénote alors une meilleure santé perçue que la moyenne des répondants. Un score négatif signifie que le répondant estime être en moins bonne santé que la moyenne.
Aussi bien les participants actifs que les participants passifs se sentent dans un état de santé moyen (score proche de 0). Le groupe des « volontaires » se sent clairement en meilleure santé (score positif de 0,21), en revanche les non-participants rapportent une moins bonne santé perçue (score négatif de -0,27). Comme on peut le voir à la Figure 3, ne pas participer à la vie sociale organisée influence négativement la manière dont on évalue sa propre santé. Par rapport à ce dernier groupe, le fait de participer (passivement ou activement) améliore déjà la perception de son état de santé.
Figure 3 : Santé perçue
Santé objective
Lorsqu’on se sent en meilleure santé, on recourt moins souvent aux soins de santé. Nous avons des résultats qui vont dans ce sens. En effet, les personnes qui ne participent pas du tout à la vie associative – et se sentent en moins bonne santé – entrent davantage en contact (9 à 10% de plus) avec les médecins que celles qui ont une participation active ou passive. Il en va de même pour le volume des hospitalisations de jour (40% de plus).
L’engagement volontaire a également des effets significatifs en ce qui concerne les médicaments remboursés. La très grande majorité de nos répondants recourent à l’un ou l’autre médicament. Mais on constate que la proportion de non-consommateurs a tendance à diminuer – cela signifie que la proportion de consommateurs de médicaments augmente – au fur et à mesure que la participation à la vie sociale diminue. De plus, les personnes qui ne participent pas à la vie associative présentent, en volume, une consommation de médicaments significativement plus élevée (de l’ordre de 17%) que les trois groupes qui y participent. Ces tendances générales s’observent également pour certaines classes thérapeutiques de médicaments, comme la classe thérapeutique N, soit celle des médicaments agissant sur le système nerveux (antiépileptiques, antidépresseurs, antipsychotiques…). La consommation de médicaments de la classe N est donnée à la Figure 4.
Figure 4 : Volume de médicaments de la classe N
Conclusion
La présente étude se veut exploratoire. Ses premiers résultats viennent confirmer bien des intuitions et témoignages – voir ci-dessous – relatifs aux bienfaits du volontariat. Donner son temps aux autres fait du bien ! S’engager dans le volontariat donne du sens, crée des liens sociaux, apporte du bien-être et participe au sentiment d’être en bonne santé. Même si l’on ne peut affirmer avec certitude qu’il y a un lien de cause à effet, la corrélation entre volontariat et santé ressort clairement des résultats. Ceux-ci entrent en cohérence avec un courant scientifique qui montre combien la participation à la vie sociale va de pair avec le bien-être.
D’où l’importance d’encourager et de valoriser le volontariat. La nouvelle loi fédérale qui encadre le volontariat apporte des éclaircissements sur certains points (cadeaux, défraiements…). Mais des freins à l’engagement volontaire subsistent, en particulier pour les prépensionnés et les chômeurs. Pointons aussi le risque de marchandisation d’activités effectuées aujourd’hui de manière gratuite et volontaire. On peut s’inquiéter de voir des plateformes collaboratives proposer de telles activités contre rémunération.
En guise de conclusion, on pourrait dire ceci : autant il faut éviter que le volontariat soit rendu obligatoire ou instrumentalisé, autant il est nécessaire de le promouvoir et de le valoriser. Le volontariat n’est pas seulement une source d’enrichissement pour la vie en société, il l’est aussi pour la santé et le bien-être de ceux qui s’y engagent. Investir dans le volontariat, c’est aussi investir dans la santé.
Jean, volontaire à Altéo
‘Je m’investis pour rompre l’isolement des personnes en invalidité et leur offrir un univers accueillant’.
L’invalidité et l’isolement, Jean, 73 ans, les a vécus. ‘Je travaillais comme ingénieur pour une grande multinationale lorsqu’on m’a proposé un poste envié de tous. J’avais 51 ans et j’ai accepté cette nouvelle fonction… mais, en fait, elle ne servait à rien ! Un an et demi plus tard, je suis tombé en ‘bore out’ (épuisement professionnel lié à un manque de travail ou à l’ennui suscité par les tâches qui sont confiées), puis en dépression profonde’, confie Jean.C’est à la suite d’un voyage proposé aux personnes en invalidité par Altéo que Jean s’est initié au volontariat. ‘Lors de ce séjour, j’ai fait la connaissance de personnes rencontrant les mêmes difficultés que moi. Un an plus tard, des vacanciers ont créé un comité d’invalides. Ils m’ont proposé de les rejoindre. C’est alors que j’ai expérimenté le bénévolat pour la première fois, explique Jean qui voit à sa maladie, un côté positif : J’ai découvert un monde où règnent le respect, la solidarité et la convivialité. Notre comité tente de briser l’isolement des personnes en invalidité. On organise des conférences, des excursions, des balades, des diners… Assez vite, j’ai retiré du plaisir de cet engagement et j’ai pris conscience que je servais à quelque chose. J’ai longtemps été suivi par mon médecin, par un psychothérapeute et je prenais des médicaments mais tout cela est désormais derrière moi. Ce qui m’a aidé, c’est la chaleur humaine qui, selon moi, est indissociable de la guérison physique et morale.Aujourd’hui, Jean s’active toujours au sein du comité dont il est devenu le secrétaire. Il s’implique aussi à d’autres niveaux dans le mouvement auquel il consacre deux à trois jours par semaine. ‘Cela me permet de rester en forme’, lance-t-il.
Louis, actif à Ocarina
‘J’ai envie de transmettre tout ce que l’on m’a transmis. Surtout, cette bienveillance !’
Louis, 20 ans, consacre cinq à six soirées par mois comme volontaire au sein d’Ocarina, organisation de jeunesse. ‘Après avoir co-animé des stages pour enfants dans mon village, j’ai voulu me former pour pouvoir encadrer seul un groupe. J’ai opté pour la formation d’animateur organisée par Ocarina’.Être animateur lui a tout de suite plu : ‘J’ai découvert les ‘obligations positives’. Rien ne nous oblige à nous investir mais dès qu’on fait ce choix, on l’assume à fond et on honore ses engagements avec plaisir. J’aime voir qu’on est tous rassemblés autour d’une même cause’. Louis apprécie tant son volontariat qu’il a décidé de découvrir les coulisses de l’animation et d’intégrer le comité Ocarina de sa région. ‘Le volontariat nous force à bouger, à découvrir nos limites aussi. Mais il m’a surtout permis de développer des relations, de gagner en confiance en moi, en prenant la parole en public, par exemple. Et j’ai découvert le sentiment de bienveillance que je compte bien transmettre à mon tour’.
Marée M, Hustinx L, Xhauflair V, De Keyser L & Verhaeghe L. 2015. Le volontariat en Belgique : Chiffres-clés. Bruxelles. Rapport de la Fondation Roi Baudouin
Borgonovi F. 2008. Doing well by doing good. The relationship between formal volunteering and self-reported health and happiness. Social Science & Medicine, 66(11):2321-34.
Estimé en DDD – Defined Daily Doses. C’est la dose d’entretien moyenne présumée par jour pour un médicament utilisé dans son indication principale chez l’adulte.
Quelle santé pour les personnes LGBTQI+ ? C’était l’objet d’une conférence qu’organisait, le 6 décembre 2019 à Bruxelles, la Fédération Laïque de Centres de Planning Familial (FLCPF). L’orientation sexuelle, l’identité de genre, la variété des pratiques sexuelles et des relations affectives impliquent différents besoins en termes de santé. Malgré les progrès sociaux enregistrés ces dernières décennies, les études en sciences sociales et en santé publique indiquent un état de santé moins bon chez les LGBTQI+ que dans la population hétérosexuelle cisgenre. L’organisation de cette après-midi, à destination des professionnel.le.s de Centres de Planning Familial (CPF) et d’autres acteurs associatifs, résultait d’un examen de la littérature scientifique, d’une réflexion, de constats et d’une volonté d’améliorer la prise en charge des personnes LGBTQI+ en CPF. Cette analyse relate l’état de nos questionnements et une contextualisation historique et politique de la santé et des droits sexuels des LGBTQI+.
Quelques définitions
LGBTQI+ : Lesbiennes, Gays, Bisexuel.le.s, Transgenres, Queers, Intersexes et « + » indiquant la multitudes d’identités sexuelles, romantiques, de genres (Ex : Pansexuels, Polyamoureux, Asexuels).Cisgenre : (>< transgenre) dont le sexe assigné à la naissance correspond au genre de l’individu.Intersectionnalité : concept sociologique qui étudie les interactions entre les formes de domination/discrimination (racisme, sexisme, homophobie).Hétéro & Cis-normativité : croyances et pratiques faisant apparaître comme évident le caractère binaire des genres (hommes-femmes) et des caractéristiques sexuelles (mâle-femelle), et présentant l’hétérosexualité comme étant la seule sexualité acceptable dans notre société.
« Les personnes LGBTQI+ ont un état de santé souvent inférieur à la population générale »
Quels sont les besoins en matière de santé des personnes LGBTQI+ ? Le rapport « Health4LGBTI » (Commission européenne, 2017), fait état des causes structurelles des inégalités sociales de santé des LGBTQI+ dans l’Union Européenne tant concernant leur état de santé que les freins à l’accès aux soins. Cela a pour conséquence des opportunités manquées en matière d’IST (dont le VIH et le HPV), de surpoids, de dépression, d’anxiété, d’idée/tentative de suicide, ainsi qu‘une dépendance à l’alcool, tabac et autres psychotropes. Ainsi, 60% des personnes intersexes ont fait une tentative de suicide contre 3% pour la population hétérosexuelle cisgenre. Cet état de santé peut s’aggraver au regard d’une analyse intersectionnelle, comprenant des facteurs tels que l’âge, le lieu de résidence, le statut légal, la culture d’origine, etc. Ce document se clôture par des recommandations adressées à la recherche, aux autorités, mais également à la formation et à la pratique de terrain (www.observatoire-sidasexualites.be/health-4-lgbti).
De son côté, la FLCPF a également posé plusieurs constats.
La population générale a une représentation genrée et hétéronormée de la planification familiale « pour les femmes hétérosexuelles et cisgenres en âge reproductif ». Rien que le nom de « planning familial » induit en erreur.
Les personnes LGBTQI+ n’identifient pas forcément le planning comme étant une ressource pour leur santé.
Les professionnel.le.s de santé pourraient ressentir de l’inconfort pour aborder les modes de vie et les pratiques des LGBTQI+ ou minimiseraient l’impact de l’orientation sexuelle sur leur santé.
L’analyse d’une recherche exploratoire (FLCPF, non-publiée, 2019) auprès de 5 CPF est venue confirmer et compléter nos hypothèses en interrogeant les attitudes professionnelles, les compétences et les ressources, et la dimension spatiale.
Relevons 3 éléments parlants :D’abord, tou.te.s se positionnent en faveur d’un meilleur accès aux soins des personnes LGBTQI+, mais beaucoup admettent ne pas comprendre pourquoi il serait nécessaire de les prendre en charge « différemment » si l’objectif est de réduire les inégalités.
Ensuite, les professionnel.le.s expriment un manque de ressources et de documentation sur la santé des LGBTQI+, ainsi qu’un manque de connaissances sur leurs spécificités de santé.
Enfin, dans la plupart des salles d’attente, la quasi-totalité de la documentation/affiches représente des personnes cisgenres, et/ou en couple hétérosexuel. Néanmoins, les CPF réfléchissent aux signes qui rendraient l’espace plus accueillant tout en demeurant généraliste. De plus, disposer d’un espace d’accueil confidentiel (par rapport à la salle d’attente) favoriserait l’échange d’informations.
Ce processus nous a conduit à créer le projet « Plan LGBTQI+ » aux objectifs multiples : augmenter les connaissances et les compétences des CPF à l’accueil et à la prise en charge des LGBTQI+, créer un environnement favorable à l’accueil et à la prise en charge, et en réseau. Plan LGBTQI+ est réalisé en partenariat avec l’Observatoire du Sida & des Sexualités, le CPF « Plan F » et des associations communautaires (Genres Pluriels, Ex-Aequo, O’Yes et Tels Quels). Cette collaboration a mené à la réalisation d’une brochure à destination des professionnel.le.s sur l’accueil et l’accompagnement des personnes LGBTQI+, d’une plaquette à destination des LGBTQI+ sur l’offre de services des plannings familiaux et d’une formation de 3 jours pour les professionnel.le.s (ces outils et informations sont accessibles sur le site du planning familial www.planningfamilial.net ).
« Dépathologisons les corps et les vies des personnes LGBTQI+ »
Lors de la conférence, Myriam MONHEIM, psychologue, psychothérapeute systémicienne et spécialisée dans la prise en charge des publics LGBTQI+ au Plan F, nous a partagé sa chronologie subjective des évènements marquants au croisement des questions d’orientation sexuelle/transidentitaires et du secteur planning. Les CPF sont nés des mouvements sociaux de la fin des années 60 dans un contexte de libéralisation de la sexualité, des droits des femmes et du droit à disposer de son corps. Dès la fin des années 70, certains CPF prennent part à l’émergence des questions sur l’orientation sexuelle, et plus tard, au combat contre l’épidémie de sida touchant de plein fouet, entre autres, les gays. Ces différents mouvements ont conduit à de nombreuses avancées sociales et législatives durant ces 40 dernières années, d’abord pour les femmes (Loi sur l’IVG de 1990), ensuite pour les gays et lesbiennes (Loi sur le mariage homosexuel de 2003, sur l’adoption en 2006), et finalement pour les personnes trans* (Loi « transexualité » de 2007) et des personnes inter* (Proposition de résolution 2019 pour les droits fondamentaux des personnes intersexes).
Pourtant, depuis quelques années, nous observons une tension généralisée de la société. Les discours se polarisent. Certains acquis semblent vouloir être remis en question par certains. Au niveau européen et mondial, certains gouvernements réactionnaires restreignent les droits sexuels et reproductifs. L’Histoire nous enseigne que dans ces périodes de tensions sociétales, les premiers dont les droits sont remis en question sont ceux des étrangers, des femmes, des LGBTQI+, des personnes porteuses de handicap En 2018, UNIA a enregistré une hausse des plaintes des personnes LGBTQI+ (+48,8% par rapport à 2017) pour violences verbales et physiques (UNIA, 2019).
La Belgique est toutefois l’un des pays les « mieux lotis » en termes de droits des minorités sexuelles et de genre et les gouvernements francophones font de la défense des droits des femmes et des LGBTQI+ des priorités pour la législature 2019-2024. En effet, les différentes déclarations mettent en évidence la nécessité d’améliorer l’organisation des soins de santé et leur accessibilité aux personnes LGBTQI+, afin de lutter contre les inégalités sociales et les discriminations (FLCPF, non publié, 2019).
« Être ouvert à tous sans distinction, c’est louable ! Cependant, c’est faire fi des réalités vécues par les personnes LGBTQI+ »
Lors de son exposé, Sandrine DETANDT, docteure en psychologie, professeure à l’ULB et chercheuse à l’Observatoire du Sida et des Sexualités, est revenue sur un état des lieux de la santé des LGBTQI+. Les normes culturelles et sociales ont construit et perpétuent le modèle hétérosexuel et la binarité des corps et des genres (hétéro/cis-normativité). Ces normes contribuent à un état de santé moins bon chez les personnes LGBTQI+ dus aux comportements hétéro/cis-sexistes, aux violences, aux facteurs de stress, aux discriminations institutionnelles et à la stigmatisation vécues par ces personnes.
Le concept de syndémie, présenté par Maxence OUAFIK, médecin, assistant en médecine générale, doctorant en sciences médicales à l’ULg, envisage les disparités de santé des LGBTQI+ comme un processus biosocial et non uniquement biomédical. Dans cette approche, plusieurs problèmes de santé concomitants ne sont plus pris séparément ou additionnés, mais envisagés comme le résultat d’interactions entre eux, en tenant compte du stress minoritaire et du contexte social de la personne LGBTQI+. L’objectif étant d’apporter une réponse thérapeutique holistique et transdisciplinaire (à retrouver dans la revue Santé conjuguée n°86, mars 2019).
Vers un universalisme proportionné
À l’arrivée, la conférence et ses différents exposés nous ont permis de mieux comprendre l’état de santé, les freins aux soins de santé des LGBTQI+, et l’importance d’une prise en charge globale transdisciplinaire en tenant compte de l’aspect biosocial de l’ensemble des problèmes de santé. La contextualisation historique de la planification familiale au regard des avancées sociales et législatives des personnes LGBTQI+, quant à elle, nous aide à mieux comprendre d’où nous venons et vers quoi nous devrions tendre. L’un des enjeux majeurs est de mieux appréhender la notion d’universalisme proportionné, concept-clef en sciences sociales et en promotion de la santé, qui encourage à combiner une approche universaliste et des approches ciblées afin d’apporter une réponse à l’ensemble de la population et, dans le même temps, une réponse spécifique aux publics plus vulnérables. Cela aura pour effet de diminuer les écarts entre les publics et les inégalités sociales de santé, tout en répondant aux besoins des populations (L. VIÉVARD, 2016). Les personnes LGBTQI+ sont des individus « comme les autres », cependant, il est important de répondre à leurs besoins sans omettre leurs spécificités sociales et de santé. La reconnaissance des droits est un signal de normalisation et un instrument dans la lutte contre le stress minoritaire. Nous avons donc toutes les cartes en main pour construire une réponse structurelle et de qualité dans l’accueil et la prise en charge des personnes LGBTQI+.
Pour aller plus loin, les références à la base de l’article
COMMISSION EUROPEENNE (2017). HEALTH 4 LGBTI : Reducing health inequalities experienced by LGBTI people: « State-of-the-art study focusing on the health inequalities faced by LGBTI people; State-of-the-Art Synthesis Report », Bruxelles, 250p.FLCPF, A. PIESSENS (2019). Synthèse des déclarations de politiques régionale (Wallonie, Bruxelles-Capitale, COCOF) et communautaire (FWB) : Secteur du planning familial et des droits et de la santé sexuelle et reproductive (Législature 2019-2024) (non publiée), Bruxelles, 11p.FLCPF, J. MINDERS (2019). Orientation sexuelle & Identité de genre en Centres de Planning Familial : « Recherche exploratoire – Note analytique » (non publiée), Bruxelles, 4p.L. VIEVARD (juin 2016). L’universalisme proportionné : un principe récent pour des politiques publiques plus justes, Prospective Lyon, 2p.M. MONHEIM (décembre 2019). Chronologie subjective d’évènements marquants au croisement des questions d’orientation sexuelle et transidentitaires et du secteur du planning et de la FLCPF en particulier – Support de présentation « Conférence Plan LGBTQI+ », Bruxelles, 6 décembre 2019, 26d.M. OUAFIK (décembre 2019). La Santé des personnes LGBTQI+ : Approche syndémique des disparités de santé dans la communauté LGBTQI+ – Support de présentation « Conférence Plan LGBTQI+ », Bruxelles, 6 décembre 2019, 51d.M. OUAFIK (mars 2019). Dossier « LGBTQI+, des patient.e.s aux besoins spécifiques » : La syndémie, un concept neuf. Santé conjuguée, n°86, p. 25-26.S. DETANDT (décembre 2019). Rapport « Health4LGBTI » Les inégalités de santé et l’état de santé des personnes LGBTQI+ – Support de présentation « Conférence Plan LGBTQI+ », Bruxelles, 6 décembre 2019, 16d.UNIA (2019). Rapport 2018 : Renouer avec les droits humains, Bruxelles, 88p.
Stress minoritaire : Ensemble des stress subis par les individus d’un groupe minoritaire stigmatisé ayant un impact négatif sur leur santé. (Ex : auto-stigmatisation, anticipation d’évènements négatifs, dissimulation de l’orientation sexuelle).
Syndémie : Contraction de « synergie » et du suffixe « -démie ». Concept qui vise à prendre en compte les différentes pathologies, le contexte social et les facteurs de stress minoritaire comme étant interconnectés et aggravant l’état de santé.
Hétéro & Cis-sexisme : Présupposer que toute personne est hétérosexuelle ou cisgenre (Effets : rejet, anxiété sociale, sentiment de honte et de culpabilité, frein à l’accès aux soins).
IST : Infections sexuellement transmissibles (VIH : Virus de l’immunodéficience humaine – HPV : Papillomavirus humain).
CPF : Lieu d’accueil et de prise en charge médico-psycho-socio-juridique, spécialisé en santé sexuelle et reproductive.
FLCPF : Association fédérant 42 CPF (Bruxelles/Wallonie), dont 22 pratiquent l’IVG. Elle promeut les droits sexuels et reproductifs comme faisant partie intégrante des droits humains afin de renforcer la liberté, l’égalité et la dignité de la population.
Depuis cinq ans, Solidaris ausculte la population au travers de son Baromètre Confiance et Bien-être. La mutualité prend le pouls de la société belge francophone afin de mesurer de manière globale l’état de bien-être et de confiance de la population. Le constat principal est alarmant et confirme une lente mais inexorable dégradation des conditions de vie ainsi qu’une nette baisse de confiance des Belges quant à leur avenir. Voici les cinq enseignements principaux.
Ce sont plus de 1.000 personnes formant un échantillon représentatif de la population belge francophone, qui ont participé à cette enquête, via téléphone ou par Internet au cours du mois de septembre 2019. Ils ont répondu à un questionnaire de près de 200 questions sur leurs perceptions, leur vision, leurs espoirs, leurs craintes… en respectant volontairement la part de subjectivité et d’interprétation propre à chacun. Car considérer l’individu en fonction de ce qu’il pense et pas seulement de ce qu’il déclare faire, constitue la meilleure façon de mener une enquête compréhensive.
Premier enseignement
Avec 53,6 points, l’indice global de bien-être est en recul constant sur cinq ans. Au total, l’indice a perdu 3,1 points en cinq années !
Pour Jean-Pascal Labille, Secrétaire général de Solidaris une telle baisse est très lourde d’enseignements. « Elle traduit ce constat effrayant et largement partagé par la population, nous vivons dans une société qui va moins bien qu’hier. Aujourd’hui, pour beaucoup de citoyens, les mécanismes de solidarités n’agissent plus. Ils ne croient donc plus en un avenir serein. Notre rôle, en tant que mutuelle, est donc de prendre le pouls de la population, de les écouter, de les comprendre afin de pouvoir leur apporter des réponses suffisantes et améliorer la confiance et le bien-être des Belges là où nous en avons le pouvoir. »
Deuxième enseignement
Les indices de « confiance » dans la capacité qu’ont les institutions de notre pays à réagir pour améliorer les choses, sont au plus bas. Et en 2019, le constat est clair :
Les individus ou les groupes d’individus qui ont le pouvoir de faire évoluer la société sont clairement perçus comme ne faisant rien pour faire évoluer celle-ci dans le bon sens ;
Le monde économique (entreprises, assurances …) et celui de la finance (banques…) ne dépassent pas les 20% de confiance ;
Que dire du monde politique (gouvernements, partis) avec un indice confiance qui continue à diminuer chaque année pour être désormais en dessous des 10% ! De plus, seulement 26% des Belges estiment que la démocratie fonctionne vraiment bien.
A contrario, les Belges se tournent toujours plus vers leurs proches (famille, amis) ou leur généraliste qui atteignent des taux encore plus hauts de confiance (plus de 75%).
Derniers remparts institutionnels, la Sécurité sociale et les mutualités bénéficient quant à elles de la confiance de plus de 60% des Belges francophones. Un score qui conforte Solidaris dans le combat qu’elle mène pour réduire les inégalités et améliorer le bien-être de tous.
Troisième enseignement
Ce baromètre met à nouveau en lumière des inégalités aussi cruelles que persistantes. Ces inégalités deviennent d’ailleurs de plus en plus acceptées et intégrées.
Plus des deux tiers des Belges jugent les inégalités comme insupportables (- 8 pts pts en 5 ans).
C’est pour les travailleurs que la diminution du caractère insupportable est la plus marquée, un peu plus les hommes. Sur la perception des inégalités hommes/femmes, on observe une augmentation de ceux qui les perçoivent et cette progression est uniquement imputable aux hommes. Ils passent de 50,9% à 63,7%.
L’indice bien-être pour les hommes en 2019 est de 55,9 alors que pour les femmes en 2019, ce même indice est de 51,5 pts soit près de 5 points d’écart. À noter qu’entre 2018 et 2019, si l’indice bien-être a diminué de plus d’1 pts pour les hommes, il est resté stable pour les femmes. Va-t-on réduire les inégalités hommes-femmes en nivelant par le bas ?
Soulignons aussi la position de plus en plus délicate des familles monoparentales et celle dramatique des individus (400.000) en situation d’incapacité et/ou invalidité avec respectivement un indice bien-être de 48% et 34,3% !
Quatrième enseignement
Sur ces cinq dernières années, on constate une forte dégradation des ressources financières traduite par la diminution constante de la capacité des Belges francophones d’épargner. Ils étaient, en 2015, 18,5% à exprimer le fait de ne plus parvenir à boucler leur budget sans être à découvert ou de craindre de basculer dans la précarité… ils sont 25,4% à le déclarer aujourd’hui (+ 7 pts).
Cinquième enseignement
Un auto-diagnostic de la santé physique qui chute considérablement. En cinq ans, on constate une baisse de -8 points d’individus qui se déclarent en bonne ou très bonne santé (passant de 64,4% en 2015 à 56,1% en 2019).
Pour Solidaris, les inégalités sont une profonde atteinte au bien-être des gens. Pour ceux qui les vivent mais aussi pour ceux qui les craignent. Symptomatiques d’une société qui va mal, les écarts entre les hommes et les femmes demeurent important.
Pour cette 5e édition du Baromètre « Confiance & Bien-être », Solidaris a, à nouveau, travaillé en collaboration avec la mutuelle française MGEN.
Et les résultats sont tout aussi alarmant. L’indice bien-être des Belges francophones est bien inférieur à celui de nos voisins. Avec un indice composite Confiance & Bien-être de 57,5 points, les Français sont à près de 4 points au-dessus de notre moyenne (à 53,6 points). A noter que l’indice français de Confiance & Bien-être est aussi en baisse depuis 2017, passant de 60,2 pts à 57,5 en 2019.
Depuis plusieurs décennies, l’épidémie de surpoids et d’obésité s’amplifie dans les pays industrialisés. Cette épidémie est associée à de nombreuses comorbidités, pour certaines responsables d’une mortalité prématurée. La sédentarité et l’inactivité physique sont identifiées comme étant les principaux facteurs de risque en association avec une alimentation parfois peu équilibrée. Pour enrayer cette pandémie, l’OMS a émis des recommandations précises en matière de pratique de l’activité physique pour chaque tranche d’âge. La littérature scientifique souligne que ces recommandations sont loin d’être rencontrées par la majorité de la population et que de grandes variations existent selon les classes sociales.
Autrement dit, l’activité physique est socialement distribuée : la probabilité que les personnes plus favorisées (niveau d’éducation, revenus et statut professionnel plus élevés) soient plus régulièrement physiquement actives est évidente. A cette distribution sociale, s’ajoutent des inégalités dans la participation à l’activité physique selon d’autres caractéristiques de stratification sociale comme le genre (avec des femmes généralement moins actives que des hommes), l’âge ou l’incapacité.
Cet article a pour objectif de préciser les contours de cette complexité.
Activité physique ; inactivité physique et sédentarité.
L’OMS définit l’activité physique comme tout mouvement corporel produit par la contraction des muscles squelettiques générant une dépense énergétique supérieure à la dépense au repos (lors d’activités professionnelles, de déplacement, domestiques ou de loisirs). Elle est caractérisée par sa durée, sa fréquence et son intensité.
L’inactivité physique se définit quant à elle par la non-atteinte des recommandations de l’OMS en termes d’activité physique. Elle serait à ce titre la première cause de mortalité évitable.
La sédentarité est considérée comme le quatrième facteur de risque de décès dans le monde (6%). On estime par ailleurs qu’elle est la cause principale de 21 à 25% des cancers du sein ou du colon, de 27% des cas de diabète et d’environ 30% des cas de cardiopathie ischémique.
Il importe de préciser que sédentarité et inactivité physique ne sont pas synonymes. Si la sédentarité est la cause principale de l’inactivité physique, elle se définit par la durée pendant laquelle le corps ne dépense pas (beaucoup) plus d’énergie qu’en situation de repos (position assise ou allongée). Une personne peut donc être sédentaire au travail (travail devant écran par exemple) et avoir une activité physique intense ou modérée par ailleurs (jogging, salle de remise en forme, sport…)L’Organisation Mondiale de la Santé préconise une durée et une fréquence d’une heure par jour d’activité physique intense à modérée pour les enfants et les adolescents et 30 minutes par jour cinq fois par semaine d’intensité modérée chez les adultes. L’OMS précise également que la régularité (fréquence et durée) est plus importante que l’intensité pour un bénéfice santé.
Chez l’adulte, pratiquer une activité physique régulière et adaptée :
réduit le risque d’hypertension, de cardiopathies coronariennes, d’accident vasculaire cérébral, de diabète, de cancer du sein et du colon, de dépression et de chute;
améliore l’état des os et la santé fonctionnelle;
est un déterminant clé de la dépense énergétique et est donc fondamental pour l’équilibre énergétique et le contrôle du poids.
La distribution sociale de l’activité physique
Les études relatives à la pratique de l’activité physique montrent une répartition très différente dans la fréquence, la durée et l’intensité en fonction de l’âge et du statut socioéconomique.
Une publication récente de l’OMS[i] présente, pour la Belgique, une répartition par classe d’âge de la prévalence de la pratique de l’activité physique considérée comme suffisante au regard des recommandations. Seuls, 6 % des enfants de 6 à 9 ans, 23 % des enfants de 10 à 12 ans, 17 % des adolescents de 13 à 17 ans, 39 % des adultes de 18 à 64 ans et 30 % des seniors de 65 à 74 ans rencontrent ces recommandations.
Il existe de fortes variations dans la pratique de l’activité physique selon les classes sociales. Bauman et al.[ii] (2012) revendiquent la nécessité d’une meilleure compréhension des facteurs et des déterminants, en particulier pour les populations défavorisées et à faible revenu, pour réduire l’effet des futures épidémies d’inactivité et contribuer à une prévention efficace des maladies non transmissibles.
Les études épidémiologiques soulignent le lien entre les habitudes de vie et la mortalité prématurée ou l’incidence de maladies cardiovasculaires. Parmi ces habitudes de vie, figurent le tabagisme, l’alimentation, la consommation d’alcool, l’inactivité physique, la durée et la qualité du sommeil ainsi que le temps passé devant un écran. Récemment, des chercheurs[iii] (Foster et al. 2018 ; Virtanen et al, 2018 ; Pool, 2019 ; Chan et al., 2019) ont mis en évidence que l’exposition à ces risques présentait des impacts différents en fonction de l’indice de déprivation sociale. Ainsi, l’exposition à un même facteur de risque ou à plusieurs facteurs de risques aura des conséquences différentes selon le positionnement de la personne sur le gradient social. Cela signifie que les personnes qui bénéficient d’un statut social moins favorisé doivent faire face à des conséquences proportionnellement plus importantes et plus nocives sur la santé. Les groupes défavorisés seraient donc plus vulnérables aux effets néfastes associés à certains modes de vie considérés comme dommageables pour la santé en dehors de leur prévalence plus élevée dans ce public.
Un statut socioéconomique plus défavorable est associé à un indice de masse corporelle plus élevé et à un risque plus élevé d’obésité chez les enfants et les adultes, avec une proportion plus importante chez les filles et les femmes comparativement aux garçons et aux hommes (Howe et al[iv]., 2019). Ces auteurs ajoutent qu’un indice de masse corporelle plus élevé est associé à une stigmatisation, à la discrimination, à une plus faible estime de soi et à une santé physique et mentale moins bonne. Autant de facteurs qui constituent des barrières supplémentaires à la pratique de l’activité physique.
Dans leur étude longitudinale portant sur plus de 2 000 adultes néerlandais, Coenders et al.[v] ont montré que les enfants issus de milieux socio-économiques défavorisés ont moins de chances de pratiquer un sport tout au long de leur vie. Une des raisons explicatives est la probabilité d’une continuité du faible statut socioéconomique tout au long de la vie et reproduit de génération en génération.
De plus, comme le précisent Elhakeem et al[vi]. (2015), le fait que la pratique de l’activité physique chez l’adulte présente également un gradient socioéconomique, les enfants issus de milieux moins favorisés sont susceptibles d’avoir des parents moins physiquement actifs qui peuvent à leur tour influencer défavorablement la participation de leurs propres enfants. Ces résultats sont confirmés par l’étude de Juneau et al[vii]. (2015) qui démontrent l’association entre la position socioéconomique au début de la vie et l’activité physique à l’âge adulte.
Dans son étude relative à l’identification des obstacles que rencontrent les personnes défavorisées dans la pratique de l’activité physique, Cleland et al.[viii] (2014) précisent que ce public rencontre en plus des difficultés dans le développement de son sentiment d’auto-efficacité, dans l’acquisition d’attitudes, de compétences et d’accessibilité aux infrastructures.
Ces différents constats convergent vers la nécessité de développer des politiques sociales pour réduire la pauvreté parallèlement à des interventions de santé publique qui se concentrent davantage sur les facteurs liés aux habitudes de vie dans un contexte de déprivation sociale.
Des recommandations aux stratégies différenciées
Dans ses recommandations relatives à l’activité physique, l’Organisation Mondiale de la Santé préconise des niveaux, des durées et des intensités différentes en fonction du critère d’âge. Ces conseils ne précisent cependant pas les stratégies les plus appropriées pour permettre aux personnes concernées d’atteindre ces seuils. Or, divers facteurs de motivation et d’autres déterminants comme le genre, le statut socioéconomique, la situation familiale vont agir tantôt comme barrières, tantôt comme facilitateurs dans la pratique de l’activité physique.
Auprès des enfants et des jeunes
Si les enfants ont une tendance quasi automatique à être en mouvement lorsqu’ils sont en bas âge, leurs motivations évoluent au cours du temps. Comme le précise l’étude de Tannehil et al.[ix] (2015), « si nous voulons encourager les jeunes à opter pour des modes de vie actifs et leur en offrir les opportunités, il est important de tenir compte de ce qui affecte négativement ou positivement leur participation et ce dans différents contextes » (p 443). Pour ces auteurs, les jeunes gardent généralement une attitude positive à l’égard de l’activité physique en vieillissant, bien que la pratique de celle-ci diminue avec l’âge. C’est plutôt la concurrence avec d’autres activités qui viendrait entraver le maintien d’une activité physique tant dans sa régularité que dans son intensité.
Selon Kemp et al.[x] (2020), la participation moyenne aux activités physiques non organisées a diminué de 87 min / jour entre 11 ans et 13 ans en Australie ces dix dernières années.
Les jeunes issus de milieux défavorisés interrogés par Jonsson et al. [xi] (2017) précisent que leur participation à l’activité physique peut être une opportunité de développer et d’entretenir des relations sociales avec d’autres jeunes du quartier mais également de lutter contre l’ennui. Par contre, ils déplorent souvent que peu de crédit ne soit accordé à leurs paroles et à leurs sentiments partagés (McEvoy et al., [xii], 2016). Les facteurs qui justifient la diminution de la pratique de l’activité physique sont la tentation liée aux écrans (notamment aux jeux vidéo), le manque de temps (qui peut traduire une priorisation différente dans les activités), l’absence de soutien social et la carence de soutien financier de la part de leurs parents.
Par ailleurs, la pratique de l’activité physique des garçons est supérieure à celle des filles, et ce, quel que soit le pays d’appartenance (De Looze et al.[xiii]). Ces auteurs précisent que les variations entre garçons et filles sont d’autant plus importantes que les inégalités sociales de genre existent dans le pays de référence. Ces inégalités sociales de genre se reflètent dans les comportements de santé des adolescents : les jeunes agissent conformément aux attentes sociales normatives qui renforcent à leur tour les différences entre genres.
Un autre facteur explicatif est que l’inégalité sociale de genre au sein d’une société impacte le comportement des jeunes par le biais de restrictions ou d’opportunités différentes selon le fait d’être fille ou garçon. Ainsi, dans les pays où les différences de genre sont plus marquées, les filles ont généralement moins d’opportunités de choix pour façonner leur vie personnelle. Ces résultats suggèrent que les facteurs sociaux liés aux contextes de vie influencent à leur tour les comportements de santé des adolescents en renforçant et augmentant les inégalités sociales de santé.
Les études révèlent également que les filles âgées de 3 à 11 ans déclarent éprouver moins de plaisir que les garçons à être physiquement actives et moins confiantes en leurs capacités sportives en vieillissant. L’exposition des enfants à des normes de genre relativement étroites concernant les activités différenciées des garçons et des filles et un échec à adapter les types de sports proposés peuvent amplifier ce manque de plaisir et de confiance corporelle, et à leur tour façonner les attitudes envers l’activité physique à l’âge adulte. En effet, de nombreuses filles sont découragées par certaines activités physiques à cause des inquiétudes liées aux stéréotypes, en raison de l’insécurité autour de l’image corporelle ou du sentiment de contraintes dictées par l’acceptabilité culturelle.
Il importe de souligner que les intérêts pour le type d’activité physique diffèrent également en fonction du genre. Lawler et al.[xiv] (2017) ont mis en évidence que les activités physiques non structurées, prioritairement appréciées par les garçons, sont des activités d’équipe comme le football ou le basket-ball alors que les activités privilégiées par les filles sont la marche et le jogging pratiqué individuellement ou à deux. Cette différence n’est pas sans conséquence sur le processus de renforcement. Si le succès d’une activité d’équipe dépend de la performance de plusieurs membres de celle-ci, le succès dans une activité individuelle ne dépend que de la performance de la personne. En conséquence, les moins bons résultats peuvent être imputés à l’ensemble de l’équipe dans l’activité collective alors que l’échec (ou l’insatisfaction) dans une activité individuelle ne peut être attribuée à personne d’autre qu’à la personne elle-même. Le soutien social qui favorise le maintien de la motivation dans une activité collective sera d’autant plus fort qu’il est partagé et que chacun est perçu comme nécessaire à l’atteinte de l’objectif que s’est fixé l’équipe.
Comme la participation aux activités collectives est souvent associée à des niveaux plus élevés d’activité physique, ce modèle d’activité devrait être encouragé chez les adolescents. Cependant, l’adoption d’une telle stratégie néglige par la suite les personnes qui n’aiment pas les activités physiques de groupe et de compétition. Une simple approche « taille unique » ne suffit pas pour promouvoir la participation des adolescents et, par conséquent, les interventions doivent être adaptées pour refléter différents sous-groupes d’adolescents.
Auprès des adultes et des seniors
Les inégalités sociales liées à l’activité physique se perpétuent également à l’âge adulte et se différencient en fonction du genre. Comme le soulignent Maldi et al.[xv] (2019), au cours de ces vingt dernières années, les inégalités de revenus ont eu pour corollaire une augmentation de l’inactivité physique particulièrement chez les hommes adultes et les seniors aux revenus les plus faibles.Les résultats obtenus par Spiteri et al.[xvi] (2019) indiquent que les obstacles sont comparables entre les deux groupes d’âge : les facteurs environnementaux et les ressources étant les obstacles les plus fréquemment identifiés.
Concernant les facteurs d’incitation à la pratique, les influences sociales, l’aide à la gestion et le renforcement du changement de comportement étaient les facteurs de motivation les plus identifiés pour les personnes âgées. Pour les adultes d’âge moyen, ces facteurs d’incitation étaient l’élaboration d’objectifs, la croyance dans les bénéfices attendus d’une activité et les influences sociales.
Plus récemment, Tsenkova et al.[xvii] ont confirmé que les désavantages socioéconomiques de l’enfance et de l’âge adulte prédisent indépendamment une baisse de l’activité physique pendant les loisirs à l’âge adulte. Ce constat suggère un lien omniprésent entre le désavantage social et l’activité physique de loisir tout au long de la vie.
Quant aux activités physiques exercées dans le cadre professionnel, les études présentent des résultats contrastés sur le plan de la santé. Certaines d’entre elles soulignent une association positive avec l’obésité, la pression artérielle et la mortalité. D’autres recherches mettent en évidence que l’activité professionnelle peut présenter des risques sur le plan musculo-squelettique par le levage d’objets lourds, la position debout sur de longues périodes, la position corporelle inappropriée (position pliée en avant par exemple) ou encore la difficulté de bénéficier de temps de repos suffisants.
Holtermann et al.[xviii] (2011) soulignent le paradoxe de santé associé à l’activité physique durant les temps de loisirs et lors de l’activité professionnelle. Dans une analyse dite « dose-réponse », l’activité physique professionnelle augmente le risque d’absence de longue durée pour cause de maladie alors que l’activité physique durant les temps de loisirs diminue le même risque.
Ces mêmes auteurs précisent dans une autre étude[xix] (Holtermann et al., 2018) que l’activité professionnelle constitue le cadre principal d’une activité physique pour une fraction considérable de la population adulte. Les travailleurs de nombreuses professions, comme la construction, le nettoyage, la collecte des ordures, les soins aux personnes, l’agriculture, sont physiquement actifs pendant la majeure partie de leurs journées de travail et durant une grande partie de l’année. Malgré cette activité physique au travail, ces travailleurs souvent manuels présentent une relative mauvaise santé en comparaison avec d’autres professions moins actives.
Le comportement sédentaire qui caractérise les professions qualifiées de tertiaire mais également les personnes sans emploi, présente également des conséquences sur le plan de la santé. Une méta-analyse, réalisée par Patterson et al.[xx], identifie un risque accru de mortalité toutes causes confondues, ainsi qu’une augmentation des maladies cardiovasculaires et de l’incidence du diabète de type 2 avec des temps assis plus long (immobilité) ou des temps devant la télévision, indépendamment de la pratique ou non d’une activité physique. Plus important encore, l’analyse de l’association dose-réponse indique que ce risque est le plus élevé pour des volumes de temps assis supérieurs à six heures par jour. C’est pourtant la réalité quotidienne de nombreuses personnes adultes, que ce soit dans la cadre de leur activité professionnelle, du non emploi ou lors de la retraite. Une étude menée en 2013 par Bennie et al.[xxi] précise que la durée moyenne de temps assis par adulte en Europe est de plus de cinq heures par jour.
Gardner et al.[xxii] rappellent que le comportement sédentaire a traditionnellement été assimilé à l’inactivité physique. Bien que le temps consacré à un comportement sédentaire présente une corrélation négative avec le temps consacré à une activité modérée à vigoureuse, cette relation peut s’avérer faible à modérée. Cela démontre l’importance de traiter le comportement sédentaire comme indépendant de l’activité physique lors de la conception d’interventions visant à réduire le temps sédentaire. Ces mêmes auteurs soulignent d’ailleurs que les interventions les plus efficaces et les plus prometteuses sont celles qui ciblent le comportement sédentaire plutôt que l’activité physique. Ainsi, l’auto-surveillance (le contrôle exercé par soi-même sur le temps resté assis), la recherche de solutions individualisées pour réduire ce temps et l’aménagement de l’environnement physique et social sont reconnues comme les stratégies les plus prometteuses.
Pour les personnes plus âgées, l’activité physique régulière présente des avantages pour la santé tant sur le plan du bien-être physique, que psychologique et cognitif.
Les personnes en bonne santé sont proportionnellement plus nombreuses à être susceptibles de participer et d’adhérer à des programmes d’activités à vocation préventives. Cependant, la moitié des personnes âgées de 65 ans et plus connaissent des problèmes de santé ou des incapacités à long terme. Il est donc important non seulement de promouvoir les avantages préventifs de l’activité physique mais également les avantages potentiels d’une pratique régulière pour améliorer la qualité de vie des personnes qui souffrent d’une pathologie physique ou psychique. C’est d’autant plus important que ces problèmes constituent souvent un prétexte ou un obstacle majeur à la pratique de l’activité physique des seniors et plus particulièrement des plus de 80 ans. Le cercle vicieux de l’abandon ou de la diminution de l’activité physique en raison des problèmes de santé doit être évité pour réduire le risque d’une détérioration accrue de leurs incapacités.
Toutes les études soulignent que la proportion de personnes âgées suffisamment actives pour bénéficier de ces avantages de santé diminue avec l’âge. Promouvoir l’activité physique dans une population vieillissante nécessite de savoir ce qui motive les personnes âgées à être actives ainsi que leurs préférences, afin d’optimiser l’attrait et l’engagement potentiels. Van Uffelen et al.[xxiii] ont étudié les facteurs de motivation et les préférences contextuelles pour l’activité physique chez les adultes de 60 à 67 ans, ainsi que les différences entre les sexes. Les trois principaux facteurs de motivation communs aux hommes et aux femmes sont la prévention des problèmes de santé, l’accroissement du sentiment de bien-être et la gestion du poids corporel. Les femmes identifient avec une fréquence plus élevée d’autres sources de motivation comme le fait de partager et d’occuper son temps avec d’autres personnes et par ailleurs, de se faire de nouvelles amies. Les différences étaient plus significatives dans l’association de plusieurs de ces facteurs. Ainsi, après ajustement sur base de l’âge, du niveau d’éducation, du revenu, des conditions de vie, de l’indice de masse corporelle, du niveau de l’activité physique, les femmes précisent, à la différence des hommes, prioritairement le souci de leur apparence, le temps consacré aux autres et la perte de poids.
Concernant le type d’activités, les femmes, de manière plus fréquente que les hommes, recherchent des activités à proximité de leur domicile, des activités dépourvues d’un caractère de compétition, moins vigoureuses et plutôt en intérieur. Elles privilégient également, à la différence des hommes, des activités en compagnie de personnes du même sexe, des activités encadrées et des activités avec des personnes du même âge. Les hommes quant à eux vont privilégier des activités qui peuvent plus facilement se faire en étant seul, même s’ils ne négligent pas le fait de les partager avec d’autres.
L’écart dans la pratique de l’activité physique entre les hommes et les femmes reste important et commence très tôt.
En conclusion
Les inégalités sociales associées à la pratique de l’activité physique se perpétuent dans le temps et se reproduisent de génération en génération. Si les recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé présentent un caractère universel en fonction des catégories d’âge, il importe de prendre conscience que la réalité de la pratique de l’activité physique est loin d’être homogène au sein de chacune d’elles. D’importantes variations existent en fonction du genre et du statut social. De plus, les motivations et les intérêts pour la pratique d’une activité physique diffèrent également sur base de ces critères. Ce n’est qu’en intégrant ces différences dans les stratégies à mettre en place que la promotion de l’activité physique atteindra une meilleure efficacité.
Bibliographie
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[ii] Bauman, A. E., Reis, R. S., Sallis, J. F., Wells, J. C., Loos, F. J. F., & Martin, B. W. (2012). Correlates of physical activity: Why are some people physically active and others not? Lancet, 380, 258-271. doi:10.1016/S0140-6736(12)60735-1
[iii] FOSTER, Hamish ME, CELIS-MORALES, Carlos A., NICHOLL, Barbara I., et al. The effect of socioeconomic deprivation on the association between an extended measurement of unhealthy lifestyle factors and health outcomes: a prospective analysis of the UK Biobank cohort. The Lancet Public Health, 2018, vol. 3, no 12, p. e576-e585.VIRTANEN, Marianna et KIVIMÄKI, Mika. Is an unhealthy lifestyle more harmful for poor people?. The Lancet Public Health, 2018, vol. 3, no 12, p. e558-e559.POOL, Ursula. Socioeconomic inequalities in lifestyle-related health outcomes. The Lancet Public Health, 2019, vol. 4, no 2, p. e85.CHAN, Mei Sum, VAN DEN HOUT, Ardo, PUJADES-RODRIGUEZ, Mar, et al. Socio-economic inequalities in life expectancy of older adults with and without multimorbidity: a record linkage study of 1.1 million people in England. International journal of epidemiology, 2019, vol. 48, no 4, p. 1340-1351.
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[xi] JONSSON, Linus, LARSSON, Christel, BERG, Christina, et al. What undermines healthy habits with regard to physical activity and food? Voices of adolescents in a disadvantaged community. International journal of qualitative studies on health and well-being, 2017, vol. 12, no sup2, p. 1333901.
[xii] MCEVOY, Eileen, MACPHAIL, Ann, et ENRIGHT, Eimear. Physical activity experiences of young people in an area of disadvantage:‘there’s nothing there for big kids, like us’. Sport, Education and Society, 2016, vol. 21, no 8, p. 1161-1175.
[xiii] DE LOOZE, Margaretha, ELGAR, Frank J., CURRIE, Candace, et al. Gender inequality and sex differences in physical fighting, physical activity, and injury among adolescents across 36 countries. Journal of Adolescent Health, 2019, vol. 64, no 5, p. 657-663.
[xiv] LAWLER, Margaret, HEARY, Caroline, et NIXON, Elizabeth. Variations in adolescents’ motivational characteristics across gender and physical activity patterns: a latent class analysis approach. BMC public health, 2017, vol. 17, no 1, p. 661.
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[xviii] HOLTERMANN, Andreas, HANSEN, J. V., BURR, H., et al. The health paradox of occupational and leisure-time physical activity. Br J Sports Med, 2012, vol. 46, no 4, p. 291-295.
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[xx] PATTERSON, Richard, MCNAMARA, Eoin, TAINIO, Marko, et al. Sedentary behaviour and risk of all-cause, cardiovascular and cancer mortality, and incident type 2 diabetes: a systematic review and dose response meta-analysis. 2018.
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[xxii] GARDNER, Benjamin, SMITH, Lee, LORENCATTO, Fabiana, et al. How to reduce sitting time? A review of behaviour change strategies used in sedentary behaviour reduction interventions among adults. Health psychology review, 2016, vol. 10, no 1, p. 89-112.
[xxiii] VAN UFFELEN, Jannique GZ, KHAN, Asaduzzaman, et BURTON, Nicola W. Gender differences in physical activity motivators and context preferences: a population-based study in people in their sixties. BMC public health, 2017, vol. 17, no 1, p. 624.
Les premières tendances mondiales concernant le manque d’activité physique chez les adolescents ont été publiées et montrent qu’il est urgent d’agir pour renforcer les niveaux d’activité physique chez les filles et les garçons âgés de 11 à 17 ans. L’étude, parue dans la revue The Lancet Child & Adolescent Health et établie par des chercheurs de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), révèle qu’au niveau mondial, plus de 80 % des adolescents scolarisés – 85 % des filles et 78 % des garçons – ne respectent pas la recommandation actuelle, qui est de faire au moins une heure d’activité physique par jour.
L’étude – qui se fonde sur des données provenant de 1,6 million d’élèves âgés de 11 à 17 ans – révèle que dans l’ensemble des 146 pays examinés au cours de la période 2001‑2016, les filles étaient moins actives que les garçons, avec néanmoins quatre exceptions (Tonga, Samoa, Afghanistan et Zambie).
En 2016, la différence entre la part de garçons et de filles respectant la recommandation était de plus de 10 points de pourcentage dans presque un pays sur trois (43 sur 146 pays, soit 29 %), les écarts les plus importants étant observés aux États-Unis d’Amérique et en Irlande (plus de 15 points de pourcentage). Dans la plupart des pays couverts par l’étude (107 sur 146, soit 73 %), cet écart s’est creusé dans la période 2001-2016.
La santé des jeunes menacée par le manque d’activité physique
Les auteurs expliquent que le manque d’activité physique reste un problème très courant chez les adolescents et qu’il met en danger leur santé actuelle et future. « Il faut prendre des mesures urgentes pour renforcer l’activité physique, en particulier pour inciter les filles à faire de l’exercice et les encourager à continuer lorsqu’elles se sont engagées sur cette voie », explique la Dre Regina Guthold de l’OMS, une des auteurs de l’étude.
Un mode de vie physiquement actif pendant l’adolescence est bon pour la santé : il améliore la forme cardiorespiratoire et musculaire ainsi que l’état des os et la santé cardiométabolique, et a des effets positifs sur le poids. Des données de plus en plus nombreuses tendent aussi à indiquer que l’activité physique améliore le développement cognitif et la socialisation. Les éléments dont nous disposons aujourd’hui laissent penser qu’une grande part de ces effets continuent de se faire ressentir à l’âge adulte.
Pour profiter de ces bienfaits, l’OMS recommande aux adolescents d’avoir une activité physique modérée à intense pendant au moins une heure chaque jour.
Pour estimer combien de personnes âgées de 11 à 17 ans ne respectent pas cette recommandation, les auteurs ont analysé des données recueillies lors d’enquêtes sur les niveaux d’activité physique menées dans les établissements scolaires. Cette évaluation portait sur tous les types d’activité physique, englobant le temps consacré aux jeux actifs et aux activités récréatives et sportives ; aux corvées domestiques actives ; à la marche, au vélo et aux autres types de transport actif ; à l’éducation physique ; et à l’exercice planifié.
Pour améliorer les niveaux d’activité physique chez les adolescents, l’étude recommande :
d’appliquer d’urgence à plus grande échelle les politiques et les programmes ayant une efficacité reconnue pour accroître l’activité physique chez les adolescents ;
d’engager une action multisectorielle afin de donner aux jeunes davantage de possibilités d’être actifs, en agissant dans les domaines de l’éducation, de l’aménagement urbain, de la sécurité routière, etc.
Les plus hauts niveaux de la société, notamment les responsables nationaux, municipaux et locaux, devraient promouvoir l’importance de l’activité physique pour la santé et le bien‑être de tous, notamment les adolescents.
« L’étude souligne que les jeunes ont le droit de jouer et qu’il faut leur donner les moyens de réaliser leur droit à la santé physique et mentale et au bien-être » a déclaré la Dre Fiona Bull, de l’OMS, co-auteure du rapport. « Une volonté politique forte et des mesures résolues sont nécessaires car quatre adolescents sur cinq ne bénéficient pas des avantages sociaux, physiques et mentaux d’une activité physique régulière. Il faut encourager les décideurs politiques et les parties prenantes à agir dès maintenant pour la santé de cette génération et des générations futures. »
Les tendances en matière d’activité physique se sont légèrement améliorées pour les garçons, pas du tout pour les filles
Cette nouvelle étude a estimé pour la première fois les évolutions de la période 2001-2016, en extrapolant à l’ensemble des 146 pays les tendances observées dans 73 pays ayant mené plusieurs enquêtes successives.
À l’échelle mondiale, la prévalence du manque d’activité physique a légèrement baissé chez les garçons entre 2001 et 2016 (passant de 80 % à 78 %), mais il n’y a eu aucun changement chez les filles (pour lesquelles ce chiffre est resté proche de 85 %).
Les pays dans lesquels le pourcentage de garçons insuffisamment actifs a le plus baissé sont le Bangladesh (de 73 % à 63 %), Singapour (de 78 % à 70 %), la Thaïlande (de 78 % à 70 %), le Bénin (de 79 % à 71 %), l’Irlande (de 71 % à 64 %) et les États-Unis (de 71 % à 64 %). Chez les filles, cependant, les changements ont été peu marqués, allant d’une baisse de 2 points de pourcentage à Singapour (de 85 % à 83 %) à une hausse de 1 point de pourcentage en Afghanistan (de 87 % à 88 %).
Les auteurs relèvent que, si ces tendances se poursuivent, la cible mondiale de réduction relative de 15 % du manque d’activité physique – qui permettrait de parvenir à une prévalence mondiale de moins de 70 % d’ici à 2030 – ne sera pas atteinte. Cette cible a été convenue par l’ensemble des pays à l’Assemblée mondiale de la Santé en 2018.
En 2016, les Philippines étaient le pays où la prévalence du manque d’activité physique chez les garçons était la plus élevée (93 %), et la Corée du Sud était celui où celle-ci était la plus élevée chez les filles (97 %) et chez les deux sexes confondus (94 %). Le Bangladesh était le pays où ces chiffres étaient les plus bas chez les garçons, les filles et les deux sexes confondus (63 %, 69 % et 66 %, respectivement).
Les pays où le manque d’activité physique est le moins fréquent sont notamment le Bangladesh, l’Inde et les États-Unis. Les auteurs relèvent qu’au Bangladesh et en Inde (où 63 % et 72 % des garçons étaient insuffisamment actifs en 2016, respectivement), cela pourrait s’expliquer par la place de choix accordée aux sports nationaux comme le cricket. Le taux observé aux États-Unis (64 %) pourrait, quant à lui, tenir à la bonne qualité de l’éducation physique dans les établissements scolaires, à la forte couverture médiatique dont bénéficie le sport et à l’accessibilité des clubs sportifs (de hockey sur glace, de football américain, de basketball ou de baseball par exemple).
C’est au Bangladesh et en Inde que le manque d’activité est le moins marqué chez les filles, ce qui s’expliquerait par des facteurs sociétaux, notamment le fait qu’elles assument davantage de corvées domestiques.
Le manque d’activité chez les adolescents est un problème majeur
« Il est préoccupant d’observer que les filles sont généralement moins actives que les garçons » a déclaré Leanne Riley, de l’OMS. « Il faut trouver plus de façons de répondre aux besoins et aux intérêts des filles afin de les inciter à commencer une activité physique et à poursuivre sur cette voie, à l’adolescence puis à l’âge adulte. »Pour développer l’activité physique chez les jeunes, les gouvernements doivent mettre en évidence et combattre les nombreuses causes susceptibles de perpétuer les différences entre les garçons et les filles, notamment les inégalités sociales, économiques, culturelles, technologiques et environnementales.
« Les pays doivent élaborer ou mettre à jour leurs politiques, et consacrer les ressources nécessaires pour augmenter le niveau d’activité physique », a déclaré la Dre Bull. « Ces politiques doivent favoriser le développement de toutes les formes d’activité physique, notamment moyennant l’éducation physique, le jeu actif et les activités récréatives, et mettre en place des environnements sûrs pour que les jeunes puissent marcher et faire du vélo sans surveillance. Une action globale doit être engagée en mobilisant de multiples secteurs et parties prenantes, notamment les établissements scolaires, les familles, les prestataires d’activités sportives et récréatives, les urbanistes et les responsables municipaux et communautaires. »
Notes aux rédacteurs
Cette étude a été financée par l’Organisation mondiale de la Santé. Elle a été menée par des chercheurs de l’OMS, de l’Imperial College London et de l’Université d’Australie occidentale.
Les auteurs relèvent certaines limites, car l’étude se fonde uniquement sur des informations provenant d’adolescents scolarisés, en raison du manque de données sur les adolescents non scolarisés. Les adolescents scolarisés peuvent être différents des autres personnes du même âge, car ils ont plus de chances d’être issus de milieux favorisés qui mettent peut-être l’accent sur les résultats obtenus dans d’autres disciplines scolaires que l’éducation physique et sportive. En outre, si l’étude a globalement couvert 81 % de la population des adolescents scolarisés, cette couverture a varié en fonction du revenu national, allant de 36 % dans les pays à revenu faible à 86 % dans les pays à revenu élevé.
L’étude reposait exclusivement sur des données autodéclarées, qui peuvent être sujettes à des biais. Les données issues de dispositifs portables n’ont pas été utilisées, car elles ne pouvaient être comparées aux données autodéclarées des enquêtes.
L’accès d’une population aux droits fondamentaux estun impératif à sa santé. Mais pour évaluer cet accès, il faut être en mesure de le quantifier. C’est précisément le rôle de l’Indicateur Synthétique d’Accès aux Droits Fondamentaux (ISADF), mis en place par l’Institut Wallon de l’Evaluation, de la Prospective et de la Statistique (IWEPS). Sa création fait suite à une demande du Gouvernement wallon dans le cadre de la réforme du Plan de Cohésion Sociale, concept initié par le Conseil Européen. Isabelle Reginster, géographe et chargée de recherches à l’IWEPS, et Christine Ruyters, sociologue et chargée de recherches à l’IWEPS, sont les responsables de l’ISADF. Elles ont présenté l’indicateur ainsi que certaines cartes réalisées sur base de ses résultats lors d’un séminaire (Sém’ISS) organisé par l’Observatoire de la Santé du Hainaut (OSH).
L’ISADF : d’abord un outil d’aide à la cohésion sociale
Demandé par le gouvernement wallon, la vocation première de l’outil est de servir d’aide à la décision politique. Il poursuit un double objectif :
« Rendre compte de l’accès effectif de la population de chaque commune aux droits fondamentaux et contribuer à l’établissement (facultatif) d’un diagnostic local de cohésion sociale et à l’identification de besoins locaux
Fournir des critères objectifs au subventionnement des 253 communes francophones pour la mise en œuvre du Plan d’actions (2020-2025) »
Deux sources sont à la base de l’indicateur : la Déclaration Universelle des droits de l’homme et la stratégie de cohésion sociale du Conseil de l’Europe.Par cohésion sociale, le Conseil de l’Europe entend « l’ensemble des processus individuels et collectifs qui contribuent à assurer l’accès aux droits fondamentaux et au bien-être économique, social et culturel. Et qui vise à construire ensemble une société solidaire et co-responsable pour le bien-être de tous ».Parmi les aspects chers au Conseil de l’Europe : le terme de « co-responsabilité ». Il s’agit de l’idée que nous avons tous notre part à apporter à l’édifice du bien-être collectif.
Christine Ruyters rappelle que la Cohésion Sociale est « d’abord un concept politique essentiel à la réalisation des 3 valeurs principales de l’Europe à savoir les Droits de l’Homme, la démocratie et l’Etat de droit. Elle est une approche positive qui consiste à promouvoir un processus opérationnel d’amélioration. Opérationnel car on part du cadre de référence, on va se poser des questions par rapport à ça, mais on va aussi identifier les actions et les besoins sur le terrain. L’idée est de concilier ces deux aspects. Les indicateurs doivent permettre de concilier l’idéal d’égalité et d’accès aux droits pour tous avec la situation sur le terrain. »
Pour y arriver, elle pointe la nécessité de se pencher sur 4 aspects/questions clés :
Quel est l’état de l’accès aux droits ?
L’efficacité : dans quelle mesure cet état va se traduire par un accès efficace pour tous ?
Quelle est la situation de ceux qui n’ont pas accès aux droits ?
Quels sont les risques, les menaces ou les opportunités pour que cet accès soit durable ?
A la base de l’indicateur : les droits fondamentaux
L’ISADF part de 13 droits fondamentaux. Pour l’instant, seuls 9 d’entre eux (en gras dans le tableau ci-dessous) ont pu être analysés, mais l’IWEPS a pour objectif de continuer à améliorer l’indicateur afin de couvrir l’ensemble des droits le plus rapidement possible.
Les 13 droits fondamentaux
Droit à un revenu conforme à la dignité humaine
Droit à une alimentation suffisante, adéquate et de qualité
Droit au meilleur état de santé physique et mental susceptible d’être atteint, à l’aide médicale
Droit à la sécurité sociale, à l’assurance santé, à la protection sociale, à l’aide sociale, aux prestations familiales
Droit à l’éducation, à l’enseignement et à la formation continue
Droit à l’information, à l’usage du numérique, des technologies de l’information et de la communication
Droit à un logement décent et adapté, à l’énergie et à l’eau
Droit à un environnement et à un cadre de vie sain et adapté
Droit à la mobilité
Droit au travail, à des conditions de travail justes et favorables, à la formation professionnelle ; droits syndicaux
Droit au respect de la vie privée et familiale ainsi qu’à la conciliation vie familiale et vie professionnelle
Droit à la participation citoyenne et démocratique
Droit à l’épanouissement social et culturel
Pour un droit comme celui de l’accès au « au meilleur état de santé physique et mental susceptible d’être atteint, et à l’aide médicale », il peut y avoir un ou plusieurs indicateurs. Dans ce cas-ci, 7 indicateurs servent à l’évaluation du droit :
Le taux de mortalité standardisé (par sexe et par âge)
Le pourcentage de bénéficiaires en incapacité de travail de longue durée (au moins 120 jours)
Le pourcentage de bénéficiaires possédant le statut de personne atteinte d’une affection
Présentation de certains résultats
En pratique, l’ISADF permet d’élaborer un découpage communal de la Wallonie assorti d’un code couleur indiquant la situation d’accès au droit fondamental. Pour chaque commune, cela va du plus clair (situation la moins favorable) au plus foncé (situation la plus favorable).
Les résultats et cartes interactives sont disponibles sur le site de l’ISADF :
Les chercheuses précisent que le choix des indicateurs repose sur deux dimensions : recherche de sens et pertinence statistique. « La recherche de sens conduit à sélectionner plusieurs dizaines d’indicateurs rassemblés dans un tableau de bord, en mobilisant des variables précises, pertinentes, suffisamment discriminantes, disponibles et accessibles pour l’ensemble des communes. Le choix porte également sur des variables dites d’utilisation ou d’usage plutôt que de ressources (offre de biens et de services) , détaille Isabelle Reginster ».
Le droit à une alimentation suffisante, adéquate et de qualité : toujours pas un acquis.
L’un des constatsposés par les experts ayant analysé les résultats de l’indicateur d’accès au droit à une alimentation suffisante, adéquate et de qualité est interpelant : en Wallonie, il y a encore des problèmes d’accès à l’alimentation. Et surtout à une alimentation de qualité. D’une commune à l’autre, on observe des tendances variées. Par exemple, la commune de Lasnes affiche le score maximal tandis que celle de Flobecq présente l’accès le moins favorable à ce droit.
Cet accès est évalué sur base du pourcentage d’élèves de 6ème primaire en surcharge pondérale (obèses compris). Les chiffres proviennent de l’ONE qui, pour des raisons de confidentialité, n’a cependant pas permis de diffuser les données chiffrées exactes par commune mais uniquement de les transmettre de manière standardisée.
Les soins bucco-dentaires préventifs : typiquement un problème d’accès au droit
D’autres données permettent aussi de s’interroger sur certains aspects fondamentaux de notre système. Notamment celles dont les indicateurs ciblent une population bien précise, tel que le pourcentage de jeunes bénéficiaires (entre 5 et 14 ans) sans soins bucco-dentaires préventifs durant trois années consécutives, sachant que c’est complètement remboursé par la mutuelle. Les experts soulignent qu’il s’agit d’un cas typique de problème d’accès à un droit pour une population cible (ici les enfants).
Pour le score général du « Droit à la santé » qui agrège 7 indicateurs, la distribution par zones géographiques est globalement similaire aux résultats des autres indicateurs. En général, une distribution des valeurs les plus faibles est clairement identifiable à partir de Boussu et le long de l’axe, en passant par Charleroi et Liège. Les accès aux droits fondamentaux y sont donc plus problématiques.
Par rapport à ces résultats, Isabelle Reginster souligne toutefois la difficulté de représenter les communes dans lesquelles on observe de très grands écarts de revenus.
Bien comprendre la méthode de standardisation de l’indicateur
Afin que les résultats soient les plus transparents et comparables possibles, Isabelle Reginster explique la décision d’utiliser une méthode de standardisation minimum-maximum. Une commune sera le « 0 » car elle correspond à l’accès le plus faible, et une autre sera le 1 car elle correspond à la valeur la plus favorable. De cette manière, lesindicateurs peuvent être agrégés pour un indice par droit. En pratique, c’est grâce à cette méthode que les 7 indicateurs de l’accès au droit à la santé peuvent être agrégés afin d’obtenir un seul indice. Bien sûr, lorsqu’il n’y a qu’un seul indicateur, comme c’est le cas pour l’alimentation, on le maintient seul. La chercheuse souligne que, dans ce schéma, « l’indicateur est encore plus important et sa sélection doit être vraiment bien réfléchie ».
Pour Nathalie Reginster, une précision s’impose : « Quand vous voyez un 0, ça ne veut pas dire qu’il n’y a aucun accès au droit , mais que par rapport à l’ensemble des communes, c’est la commune qui a la valeur la plus basse. Quand vous avez, par exemple, un 0,72 ça signifie que vous êtes à 72% de la valeur maximum qui est 1 », détaille-t-elle. Un mode de fonctionnement qui peut paraître cassant aux yeux des communes qui se voient attribuer un zéro. Qu’elles soient rassurée, cela ne signifie donc pas aucun accès, mais juste la valeur la plus basse dans la distribution des communes.
Historique de l’ISADF
L’ISADF tel qu’il est aujourd’hui a déjà évolué et été enrichi par quelques années de mise en pratique. Le décret du 6 novembre 2008 portant sur la reconnaissance, le financement et la mise en œuvre du Plan de Cohésion Sociale dans les villes et communes de Wallonie prévoyait la conception de l’ISADF comme l’un des outils de diagnostic pour l’élaboration de plans d’action.
L’indicateur synthétique au service de tous les acteurs de la promotion de la santé en Wallonie
Au-delà du Plan de cohésion sociale, l’ISADF peut servir d’outil de diagnostic, de veille et de programmation pour différents projets et dispositifs locaux. Il s’agit d’un outil d’analyse endogène, calculé à l’échelle des communes wallonnes, mais aussi temporelle puisqu’il rend compte de l’évolution de la situation au cours du temps. Dès lors, il remplit un rôle d’indicateur des inégalités sociales, du bien-être collectif et du développement durable. Il est à noter qu’il ne couvre cependant que les 253 communes wallonnes et ne tient donc pas compte des communes de la communauté germanophone.
Bilan et perspectives d’avenir
Si le chemin accompli est déjà considérable, il reste néanmoins du pain sur la planche à l’ISADF avant de rendre compte de l’ensemble des droits fondamentaux. D’une part pour aborder les droits qui sont encore laissés pour compte, et d’autre part pour faire évoluer les indicateurs actuels. A titre d’exemple, le droit à une alimentation saine et de qualité ne prend actuellement en compte qu’un seul indicateur et il sera sans doute nécessaire d’en implémenter de nouveaux. Afin d’atteindre ces objectifs, Christine Ruyters rappelle en conclusion de son intervention, la nécessité de mobiliser des moyens facilitant l’accès à la collecte des données. L’IWEPS souhaite mettre en place un processus qui lui permette de disposer d’un maximum de données locales précises. Et si certaines données locales sont aisées à obtenir, comme celles qui ont issues de registres administratifs ou de la sécurité sociale, d’autres sont bien moins faciles à collecter. Lorsqu’il s’agit de données liées, par exemple, au droit à l’épanouissement, cela relève du domaine du subjectif et du très nuancé. Il devient alors nécessaire d’aller chercher directement de la parole des citoyens. Ladiscussion avec les acteurs de terrains locaux qui disposent déjà de certaines données s’avère fondamentale. La difficulté résidera dans le fait que ces données doivent être rendues comparables d’une commune à l’autre.
Christine Ruyters et Isabelle Reginster concluront donc leur intervention par un constat simple : malgré de belles avancées, il reste du chemin à parcourir pour améliorer l’ISADF, mais cette amélioration ne sera possible que si elles peuvent travailler main dans la main avec les acteurs de terrain locaux. Dans un premier temps, développer des partenariats sera donc la prochaine priorité.
Communiqué de presse – Londres (Royaume-Uni), 10 septembre 2019
Selon un nouveau rapport de l’OMS, les écarts peuvent être réduits au cours d’un seul mandat gouvernemental.
Le tout premier Rapport de situation sur l’équité en santé de l’OMS révèle que, dans bon nombre des 53 États membres de la Région européenne de l’OMS, les inégalités de santé restent les mêmes, ou se sont aggravées malgré les efforts déployés par les pouvoirs publics pour y remédier. Le rapport recense cinq principaux facteurs de risque empêchant de nombreux enfants, adolescents, femmes et hommes d’être en bonne santé et de mener une vie sûre dans des conditions décentes.
« Pour la première fois, le Rapport de situation sur l’équité en santé fournit aux gouvernements les données et les outils dont ils ont besoin pour s’attaquer aux inégalités de santé et produire des résultats visibles dans un laps de temps relativement court, même pendant les quatre années de mandat d’un gouvernement national », explique le docteur Zsuzsanna Jakab, directrice régionale de l’OMS pour l’Europe.
L’éventail de politiques décrites dans le rapport stimule à la fois le développement durable et la croissance économique. Selon le rapport, les avantages financiers engrangés par les pays à la suite d’une réduction de 50 % des inégalités représenteraient 0,3 à 4,3 % du produit intérieur brut (PIB).
Quelle est l’ampleur de la fracture sanitaire dans la Région européenne ?
Les principales conclusions sur la situation et les tendances actuelles en matière de santé en Europe mettent en évidence une importante fracture sanitaire.
Alors que l’espérance de vie moyenne dans la Région a augmenté pour atteindre 82,0 ans chez les femmes et 76,2 ans chez les hommes en 2016, d’importantes inégalités de santé sont encore observées entre les groupes sociaux : jusqu’à 7 ans et 15 ans de baisse d’espérance de vie sont constatés respectivement chez les femmes et les hommes des groupes les plus défavorisés.
Près de deux fois plus de femmes et d’hommes dans les 20 % de la population les moins nantis font état de maladies limitant leur liberté d’accomplir leurs activités quotidiennes, comparativement aux 20 % les plus nantis.
Dans 45 des 48 États membres ayant communiqué des données à ce sujet, les femmes ayant effectué le moins d’années d’études signalent des taux plus élevés de santé insuffisante ou satisfaisante que celles ayant effectué le plus d’années d’études. Une situation similaire est observée dans la population masculine de 47 des 48 pays.
Le lieu de vie influe sur la durée et la qualité de vie : les tendances indiquent que dans près de 75 % des pays couverts par l’étude, les écarts d’espérance de vie entre les régions les plus favorisées et les moins favorisées n’ont guère changé depuis plus de dix ans, et ont même empiré dans certains cas.
Dans les zones et quartiers les plus défavorisés, 4 % de bébés supplémentaires décèdent avant l’âge d’un an comparés aux bébés nés dans les zones et quartiers plus nantis.
Les écarts en matière de santé entre les groupes socioéconomiques se creusent avec l’âge : la proportion de filles et de garçons supplémentaires déclarant être en mauvaise santé dans les ménages les moins nantis par rapport aux ménages les plus aisés est de l’ordre de 6 et de 5 %, respectivement. Cet écart atteint 19 et 17 % respectivement chez les femmes et les hommes en âge de travailler, et culmine chez les 65 ans et plus (22 % chez les femmes et 21 % chez les hommes).
La mauvaise santé accumulée des personnes disposant de moins de ressources économiques et sociales aux stades ultérieurs de la vie laisse présager un risque plus élevé de pauvreté et d’exclusion sociale, de perte d’autonomie et de déclin plus rapide de leur santé.
Le Rapport de situation sur l’équité en santé met également en avant les groupes nouveaux et émergents susceptibles de sombrer dans les inégalités de santé. Il s’agit, par exemple, des jeunes qui quittent prématurément l’école, et sont dès lors plus vulnérables aux problèmes de santé mentale et à la pauvreté en raison de l’insécurité du marché du travail et de l’exposition accrue à de fréquentes périodes de chômage.
Les personnes atteintes d’affections limitant leurs activités quotidiennes sont représentées de façon disproportionnée dans les 20 % de la population les moins nantis. Les affections limitant la vie diminuent la capacité des personnes à rester sur le marché du travail, et augmentent leur risque de pauvreté et d’exclusion sociale. Ce déficit massif de potentiel humain a un impact sur la viabilité budgétaire des pays en raison de la baisse des rentrées fiscales, du coût des pensions ainsi que de l’augmentation des dépenses de la sécurité sociale.
Nouvelles données probantes sur les causes de cette fracture sanitaire
Les chercheurs ont ventilé les données afin d’étudier les causes des inégalités de santé dans la Région européenne. Ils ont recensé cinq facteurs essentiels et attribué à chacun d’eux un pourcentage reflétant leur contribution au fardeau global des inégalités.
La sécurité de revenu et la protection sociale (35 %) Environ 35 % des inégalités de santé résultent du fait « de ne pas pouvoir joindre les deux bouts ». Il s’agit notamment de personnes employées à temps plein qui ont régulièrement du mal à se procurer les biens et services de base nécessaires pour mener une vie décente et indépendante en toute dignité – les « travailleurs pauvres ».
Les conditions de vie (29 %) Ce facteur porte sur des problèmes tels que l’inaccessibilité financière ou l’indisponibilité des logements décents, le manque de nourriture ainsi que le manque de combustible pour chauffer les habitations ou faire la cuisine. À ces problèmes s’ajoutent également ceux des quartiers peu sécuritaires et de la violence domestique, des logements surpeuplés, humides et insalubres, et des quartiers pollués. Ce facteur représente 29 % des inégalités de santé.
Le capital social et humain (19 %) Ces facteurs, qui concourent à 19 % des inégalités de santé, font référence au sentiment d’isolement, au faible niveau de confiance en autrui et à l’impression de n’avoir personne à qui demander de l’aide, ainsi qu’au sentiment d’être moins capable d’influencer la politique et de changer les choses pour le mieux. On mentionnera également la violence à l’égard des femmes, le manque de participation à l’éducation et l’absence d’apprentissage permanent.
L’accès aux soins de santé et la qualité des soins (10 %) L’incapacité des systèmes de santé à assurer l’accès universel à des services de qualité ainsi que le niveau élevé des paiements directs à la charge des patients sont responsables de 10 % des inégalités de santé. Les paiements directs pour les soins de santé peuvent contraindre les patients à choisir entre le recours aux services de santé essentiels et la satisfaction d’autres besoins fondamentaux.
Les conditions d’emploi et de travail (7 %) L’incapacité de participer pleinement au marché du travail porte atteinte à la qualité de la vie quotidienne et aux chances de réussite à plus long terme, et représente 7 % des inégalités de santé. La qualité de l’emploi est tout aussi importante, car les emplois précaires ou temporaires et les mauvaises conditions de travail ont un effet tout aussi négatif sur la santé.
Pour la première fois, le Rapport de situation sur l’équité en santé rend compte de l’impact des politiques adoptées au cours de ces 10 à 15 dernières années en vue de contrer ces risques. Il permet de constater que les pays de la Région européenne n’agissent pas assez sur de nombreux facteurs critiques à l’origine des inégalités de santé. Par exemple, alors que 29 % des inégalités de santé sont le résultat de conditions de vie précaires, 53 % des pays de la Région ont désinvesti dans le logement et les services communautaires au cours de ces 15 dernières années.
« Ce rapport explique comment nous pouvons réaliser l’équité en santé et apporter des changements positifs dans la vie de tous les habitants de notre Région. Grâce à cet effort, nous pouvons atteindre les objectifs de développement durable, en particulier l’objectif n° 10 sur la réduction des inégalités – le seul objectif pour lequel aucune amélioration n’est observée dans notre Région », déclare le docteur Jakab.
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