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Santé des jeunes en âge scolaire (10) L’adolescent, entre expérience et prise de risque

Le 30 Déc 20

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Le Professeur Jean-Pierre Bourguignon, Chef du service de pédiatrie ambulatoire au CHU du Sart-Tilman à Liège (ULg), est l’un des spécialistes de l’adolescence dans notre pays. Très attentif à l’étude PROMES sur le bien-être et la santé des jeunes, il a commenté pour nous toutes les informations et témoignages que nous vous avons exposés au fil des mois et nous propose ‘sa’ conclusion.
Avant de donner ses impressions sur la série d’articles publiés dans le cadre de l’enquête PROMES, le Prof. Bourguignon tient à mettre les choses au point: « Le biais de ce type d’enquête est qu’il met l’accent sur ce qui pose problème , donnant une vision sans doute trop négative de l’adolescent . On focalise sur le pourcentage de déviants’ , avec le risque de stigmatiser certaines attitudes . On pourrait retourner les résultats en prenant en considération ceux qui sont dans le bon’ …»
Ceci dit, il souligne que les enquêtes et études sont aussi là pour mettre le doigt sur certains risques et peuvent, comme ce fut le cas de celle-ci, donner des pistes d’intervention. Elles sont inutiles si elles se bornent à rester dans le constat. « Par ailleurs, il faut toujours se souvenir que la spécificité de l’adolescent est le changement: psychologique, physique, etc. D’où la difficulté de les traduire, dans une enquête qui examine des comportements figés… »
Pour commencer, il souligne la place toute particulière qu’occupe l’adolescent dans notre société: « La triangulation dans les rapports qui se produisent entre lui , ses parents et la société est essentielle . En effet , les parents restent ses premiers interlocuteurs et bien qu’il cherche à opérer un mouvement centrifuge par rapport à sa famille , le jeune lui reste quand même encore très attaché . Il tient donc un double discours , dans une recherche à la fois d’individualisation / prise de risque et de réconfort / sécurité . Malgré des relations en tension avec l’adolescent , l’attitude des parents est vécue comme sécurisante : l’adolescent se sent entouré , protégé . En opposition avec celle de la société qui , elle , ne le protège pas : les rapports avec les autres peuvent parfois être fortement teintés d’agressivité .
Et dans tous les sujets qui ont été abordés dans l’enquête, l’adolescent se retrouve en perpétuel mouvement entre les trois pôles: son individualité, ses parents et la société. Ces mouvements s’accompagnent de comportements propres à cette période de notre vie, soit exploratoires – donc positifs – à risque – donc négatifs. Les parents devraient garder en mémoire que ces comportements exploratoires ne sont pas un danger en soi: ils doivent alors trouver les pistes pour ouvrir la discussion, ne pas avoir peur de parler des risques, même si l’adolescent les ‘remballe’. Il vaut mieux cela que ne rien dire: l’adolescent pourrait alors penser qu’il n’est pas intéressant aux yeux de ses parents, il ne se sentira pas encadré et en sera désemparé.»
Jean-Pierre Bourguignon insiste aussi sur le questionnement que vit l’adolescent tant dans la société qu’au sein de sa famille: « L’adolescent vit une période durant laquelle il se pose une foule de questions sur différents aspects de sa vie ; c’est pourquoi il est souvent celui qui va nous interpeller en tant qu’adultes . Dans la société , les adolescents sont comme des sentinelles , dont le comportement nous alerte sur le ( dys ) fonctionnement de la société ».
Cette mise au point faite, il nous donne donc sa vision des résultats de cette enquête PROMES, à la lumière de son expérience, basée sur la relation individuelle qu’il entretient avec parents et adolescents.

Perception de la santé

En matière de santé, le Prof. Bourguignon souhaite rappeler que puberté et adolescence sont deux processus qu’il ne faut pas confondre, la seconde étant un processus global. Il note néanmoins qu’alors que la puberté a tendance à être de plus en plus précoce, l’adolescence, pour sa part, tend à s’allonger, elle dure plus longtemps.
C’est l’effet «Tanguy»… En tout cas dans nos pays, car en Afrique, par exemple, avec les conditions de vie et alimentaires plus difficiles, les filles sont réglées plus tard et mariées très tôt, ne connaissant quasi pas de période d’adolescence… puisque passant directement de la puberté à la vie adulte.
D’après son expérience, le Prof. Bourguignon considère que psychique et somatique sont intimement liés chez les adolescents. Car l’adolescence est une période de remaniements en profondeur au niveau psychique, couplés à des modifications physiques importantes. Le processus prend une allure différente dans les deux sexes. « Chez les adolescentes , la puberté est très manifeste , voire violente’ sur le plan externe , avec les seins , les règles , la pilosité et donc les filles en ont une perception assez forte . Chez les garçons , la puberté comporte des changements initiaux moins visibles et plus flous dans le temps . Ils ne savent souvent pas précisément quand la puberté s’est produite . Ces constatations physiques peuvent être mises en contraste avec le comportement à l’adolescence : les garçons vont plus s’extérioriser par des comportements à risque , tant dans leur sexualité que dans d’autres domaines Par contre , les filles vont avoir tendance à davantage intérioriser ces changements flagrants , avec un plus grand risque de déprime et de troubles psychosomatiques .» Une analyse qui va dans le sens des résultats de l’enquête Promes.
Mais certaines plaintes ou certains comportements méritent que l’on s’y attarde. « Lorsque l’adolescent se plaint de douleurs , et qu’on lui répond que c’est dans la tête’ , on passe à côté du fait qu’il a besoin d’être pris au sérieux dans ce qu’il vit , ses incertitudes , ses peurs . De même les taux d’absentéisme scolaire doivent être pris au sérieux : ils sont interpellants ! L’adolescent qui ne va pas bien va émettre diverses plaintes somatiques , sera absent et risque le décrochage scolaire . La plainte n’est pas un leurre . C’est un signal à prendre en considération
Quant à la manière de s’alimenter, elle pose la question du cadre. Il faut donner de l’espace à l’adolescent tout en fixant un cadre, des limites… Par ailleurs, l’alimentation pose aussi le problème de l’image que l’adolescent a de lui: « Il doit s’approprier son corps et , dans ce sens , le poids est un élément important . Par ailleurs , s’il existe bien un problème d’obésité chez les jeunes , il y en a aussi beaucoup qui sont insatisfaits de leur corps , sans correspondance nécessaire avec le BMI L’image qu’ils ont d’eux n’est donc pas nécessairement fidèle à la réalité
Un cadre ne devrait-il pas être mis en place par la famille et la société lorsque l’on aborde le manque d’exercice physique chez les jeunes: « Mais je me demande pourquoi la société demande toujours aux jeunes d’être plus actifs , alors que la population des adultes l’est si peu ? Ils ont aussi un problème de motivation : je suis interpellé par le manque de demande de leur part . On peut leur offrir beaucoup de possibilités , de structures , de sports , mais s’il n’y a pas un élément mobilisateur , comme la participation des copains et on sait que le phénomène de groupe est très fort chez eux ! – il n’y aura personne dans les clubs et les salles …»
Et de confirmer le rôle des activités scolaires: « Il faut bien faire la différence entre ce qui relève d’une démarche éducative , comme le sport à l’école , et ce qui relève des choix individuels dans son cadre de vie propre …»

Goût du risque

Les conduites à risque sont, on l’a vu, un élément récurrent dans la vie d’un adolescent. Un passage quasi obligé pour eux. « L’adolescent vit avec un sentiment d’invulnérabilité : il considère qu’il échappera à l’accident , aux conséquences dommageables .» Une croyance qui est valable aussi bien pour la consommation de tabac que pour la sexualité non protégée, la drogue ou la conduite automobile.
Une prévention devrait être possible pour limiter les risques. Mais par qui peut être transmis le message? « Il y a deux types de messages à transmettre : le premier est celui sur le contenu , l’information , qui peut être diffusé par les enseignants , les médecins , etc . Mais à côté de cela , les modèles de rôle sont essentiels : une transmission des compétences et des aptitudes qui sont au delà des connaissances et qui relèvent notamment des parents , premiers modèles des jeunes . Autre source de compétences , l’école : je suis tout à fait d’accord sur le fait que l’école joue un rôle essentiel en matière de prévention , car elle peut mettre à profit le travail en groupe
Lorsqu’il aborde la sexualité des adolescents, Jean-Pierre Bourguignon est presque inquiet: « D’abord je suis interpellé par les images de la sexualité qui sont présentées dans les clips vidéo ou les films . Je suis aussi très frappé par leurs connaissances sophistiquées de techniques sexuelles , ce qui peut être expliqué par un accès facilité à la pornographie , en regard de leur méconnaissance de choses simples comme l’anatomie . Enfin , je constate un aspect « consommation » très présent , à l’image de ce que l’on observe dans la société en général …»
Mais ces expériences peuvent se terminer mal, sans accès à des informations à visée préventive: « Je regrette que le chapitre consacré à la sexualité ait été si peu approfondi par rapport à la réalité . Par exemple , je ne vois rien sur des données quant aux interruptions volontaires de grossesse . Or , il s’agit de la première cause d’hospitalisation des filles de 15 19 ans lorsque l’IVG est rapportée !
En Suisse, environ 6% des filles ont eu une grossesse avant 19 ans; aux USA, elles sont environ 7% et 1.6% des femmes qui pratiquent une IVG ont moins de 19 ans, un chiffre probablement influencé vers le bas par la pression des groupes anti-avortement. En 1997, des chiffres faisaient état chez nous de 2.6% d’IVG chez les 15-19 ans, mais vu l’existence de différentes filières, ce chiffre est certainement sous-estimé et ne devrait pas être très éloigné des chiffres suisses et américains. 1.2% des naissances étaient le fait de filles de moins de 19 ans chez nous. Autrement dit, sur une classe, on peut considérer que 1 à 2 filles risquent de tomber enceintes, à l’ère de la pilule ou du préservatif… Le plus souvent, elles sont surprises lors du premier rapport sexuel, elles ne sont pas préparées…»
Une autre remarque qu’il tient à apporter concerne les tentatives de suicide ou les suicides: « Les statistiques de tentatives de suicide sont considérablement plus basses que les idées suicidaires telles qu’exprimées par les adolescents . De plus , il y a une série de tentatives de suicides que je qualifierais d’a minima , parce que les médicaments pris n’ont pas causé d’effets nocifs et n’ont engendré aucune hospitalisation . Et puis il y a ces tentatives de suicide ou suicides qui sont enregistrés comme accidents de la route , alors que l’adolescent s’est lancé contre l’arbre …»

Une évolution encourageante

La tendance qui peut être retirée est que, globalement, les comportements de santé sont en progression… « En effet , on constate que les messages de santé sont de plus en plus clairs : on replace un cadre , comme interdire de fumer à l’école ou offrir une alimentation plus saine à l’école , ce qui ne manque pas d’interpeller le jeune

L’enquête PROMES HBSC dans Education Santé

Depuis près de deux ans maintenant, nous vous avons présenté dans nos colonnes un résumé de ce travail très intéressant, et mis en évidence quelques chiffres significatifs commentés par des témoins privilégiés en Communauté française.
Pour rappel, voici la liste des textes et leur date de parution:

La santé et le bien-être des jeunes d’âge scolaire. Quoi de neuf depuis 1994? Présentation par l’Equipe SIPES ULB-PROMES et Commentaires de la Ministre Nicole Maréchal , n° 189, avril 2004
1. Bien-être et perception de la santé , Carine Maillard, n° 195, novembre 2004 (Philippe Béague).
2. Alimentation: il faut restructurer , Carine Maillard, n° 196, décembre 2004 (Jacqueline Absolonne).
3. Le tabac en légère perte de vitesse , Carine Maillard, n° 197, janvier 2005 (Luk Joossens).
4. Sécurité routière, une situation qui reste inquiétante , Carine Maillard, n° 200, avril 2005 (Anne-Valérie De Barba).
5. Bouger, d’accord, mais il faut les structures! , Carine Maillard, n° 201, mai 2005 (Véronique Tellier, Michel Demarteau).
6. L’alcool ne doit pas devenir un problème , Carine Maillard, n° 202, juin 2005 (Florence Vanderstichelen et Martin de Duve).
7. Drogues: l’éducation, clé de voûte de la prévention , Carine Maillard, n° 203, août 2005 (Philippe Bastin).
8. Violence à l’école, un faux débat? , Carine Maillard, n° 205, octobre 2005 (Michel Born).
9. Difficile de rationaliser l’amour , Carine Maillard, n° 206, novembre 2005 (Marlène Alvarez).
10. L’adolescent entre expérience et prise de risque , Carine Maillard, n° 210, mars 2006 (Jean-Pierre Bourguignon).
La brochure de synthèse est encore disponible en très petites quantités dans les centres locaux de promotion santé du Brabant wallon, Hainaut occidental, Charleroi-Thuin, Liège et Huy-Waremme. Elle est aussi téléchargeable au format PDF sur le site https://www.ulb.ac.be/esp/promes/
Sachez enfin que l’enquête sera renouvelée cette année, et que les résultats seront diffusés dans le courant 2007.

Le Prof. Bourguignon, enfin, envisage une enquête plus globale, plus systémique qui interrogerait également les proches. Ainsi, on aurait une image des adolescents tels qu’ils se vivent, mais aussi tels qu’ils sont perçus par les parents, les enseignants, etc. Des informations qui pourraient, selon lui, être particulièrement intéressantes à examiner…
En guise de conclusion, il insiste sur la nécessité, pour les adultes, de garder confiance en ces jeunes, et de respecter à la fois leur désir d’indépendance, leur quête d’expériences, tout en les encadrant le mieux possible.
« La meilleure approche de ces jeunes est celle qui suscite nos interactions , délaisse nos illusions et approfondit notre expérience positive de celui que chaque jeune est au fond de lui même Il est vrai que tout parent a des projets pour ses enfants ; mais il faut parfois admettre que le jeune peut choisir une autre voie que celle que nous avions envie de le voir suivre ou que celle nous lui avions tracée », conclut-il. « Les adultes doivent être des compagnons de route des adolescents , leur rôle est de leur ouvrir des portes , leur montrer des directions . C’est un travail subtil , si l’on veut rester respectueux de la personne et de son identité . Ainsi les solutions pourront idéalement être mises en oeuvre dans la vie de tous les jours , par l’adolescent , dans sa relation avec ses pairs , en discutant avec les parents et avec les professeurs …» Et les ‘excès’ pourront être limités à ce qu’ils sont au départ: des expériences qui aident les jeunes à devenir des adultes responsables.
Carine Maillard

Comment va la santé des Belges

Le 30 Déc 20

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Le dernier bilan de santé des Belges n’apparaît pas catastrophique si l’on prend en considération les chiffres globaux. 77% des personnes interrogées estiment en effet que leur état de santé est satisfaisant. Cette troisième Enquête de Santé par interview réalisée dans le courant de l’année 2004 témoigne d’une grande stabilité dans le temps. Nous en relevons quelques traits importants pour conduire une politique de santé publique (1).
Par rapport aux enquêtes précédentes (1997 et 2001), on ne constate donc, dans chacune des régions du pays, ni amélioration, ni aggravation de l’état général de santé des Belges. Cela dit, il reste que 23% des personnes interrogées se plaignent de leur état de santé, ce pourcentage étant plus élevé chez les femmes que chez les hommes, dans toutes les tranches d’âge, à partir de 45 ans. Il monte à 47% chez les personnes âgées de 75 ans ou plus. Et les groupes de population fragilisés au point de vue socio-économique se plaignent aussi beaucoup de leur état de santé!

Affections et maladies chroniques

En 2004, un quart de la population déclare souffrir d’au moins une maladie chronique, de longue durée ou d’un handicap, un taux qui augmente avec l’âge puisqu’il est de 20% en dessous de 45 ans et de 53% à partir de 75 ans. Dans la population générale, les allergies sont citées en premier lieu. Par ailleurs, 8% de patients souffrent de co-morbidité (présence de plusieurs maladies chez la même personne), celle-ci augmentant avec l’âge (plus de 31% à partir de 75 ans).
Si l’enquête indique une certaine stabilité du nombre de personnes disant souffrir de maladies chroniques, la prévalence de certaines maladies, surtout celles fortement liées à l’âge, est en train d’augmenter. C’est le cas pour le diabète, l’hypertension artérielle, l’ostéoporose, la cataracte et le glaucome. Cette augmentation s’explique en grande partie par l’augmentation du nombre de personnes âgées depuis 1997. Mais l’augmentation du diabète et de l’hypertension artérielle ne peuvent pas s’expliquer par le seul fait du vieillissement.

Santé mentale

La santé mentale en Belgique, comme en Europe, connaît une situation inquiétante puisque 24% des Belges affirment ressentir un mal-être psychologique: 13% de la population pourrait manifester une affection mentale assez sérieuse, 8% connaît des troubles dépressifs, 8% se plaint de symptômes somatiques, 6% manifeste des symptômes anxieux et 20% signale des troubles du sommeil. Par ailleurs, 6% des individus rapportent avoir souffert d’une dépression sérieuse dans l’année qui a précédé l’enquête.
Un indice important est celui de la consommation de médicaments. Dans la population âgée de 15 ans ou plus, 15% des personnes indiquent avoir consommé des médicaments psychotropes dans les deux semaines précédant l’enquête, 9% ont pris des somnifères, 7% des tranquillisants, 6% des antidépresseurs, certaines personnes combinant la prise de plusieurs de ces médicaments.

Au centre des soins, le médecin généraliste

L’enquête confirme le rôle central du généraliste. 95% de la population déclare avoir un médecin généraliste attitré et 79% de la population a consulté au moins une fois un médecin généraliste au cours des 12 derniers mois précédant l’enquête, les femmes consultant plus souvent un médecin généraliste que les hommes. Par ailleurs, 70% des enfants et des adolescents ont eu au moins un contact avec le médecin généraliste dans la dernière année. Une grande partie de la population est donc suivie par le médecin généraliste dont on sait par ailleurs la place qu’il occupe pour les personnes âgées.
Par contre, on se rend moins souvent chez le médecin spécialiste: 50% de la population déclare avoir consulté un médecin spécialiste au cours des 12 derniers mois et 55% des nouveaux contacts avec un médecin spécialiste se font sur l’initiative du patient lui-même. 35% de ces contacts se font suite à une référence de la part du médecin généraliste et 9% sur l’initiative d’un tiers (un autre médecin spécialiste, un service de prévention…).
Pour les visites d’urgence, 12% de la population déclare avoir été, au cours des 12 derniers mois, au moins une fois dans un service d’urgences (pour 38%, la dernière visite remonte à plus d’un an).
L’enquête constate que, de façon générale, l’hygiène dentaire, comme les soins dentaires sont insuffisants… et qu’il est nécessaire de renforcer la sensibilisation des jeunes en âge scolaire (et de leurs parents) sur l’importance des contrôles réguliers chez le dentiste. Le dépistage organisé dans le cadre de la médecine scolaire n’est en effet pas suffisant.
Par ailleurs, l’accessibilité financière des soins de santé dentaire fait problème pour les personnes fragilisées du point de vue socioéconomique en comparaison avec les autres types de soins.
Relevons encore deux données intéressantes:
• La consommation de médicaments prescrits serait de l’ordre de 25% plus élevée que dans des pays comme les Pays-Bas, le Danemark, l’Espagne et la Bulgarie.
• 12% de la population déclare avoir eu recours à un prestataire de thérapie alternative au cours des 12 derniers mois précédant l’enquête. Le prestataire de ces thérapies était médecin pour 6% de la population. Il n’était pas médecin pour 5% de la population et, pour le reste, le statut du prestataire n’était pas connu (1%).
Christian Van Rompaey
Article paru dans En Marche n° 1336, 02/02/2006
(1) 12.945 personnes, représentatives de la société belge, ont été interrogées à domicile.
L’enquête se base sur ce que les gens ont bien voulu déclarer. Il s’agit d’une perception subjective de la santé qui a l’avantage d’inclure différentes dimensions (la santé physique, sociale, émotionnelle). Plus d’informations: Enquête de Santé par Interview – Belgique 2004. Institut Scientifique de la Santé Publique. Section d’Epidémiologie, rue Juliette Wystmans 14 – 1050 Bruxelles. Internet: https://www.iph.fgov.be/epidemio/epifr/index4.htm

Mieux vaut être en bonne santé…

Les dépenses en matière de soins de santé constituent un poste important dans le budget des ménages: 29% d’entre eux estiment que leurs dépenses pour les soins de santé sont (très) difficiles à supporter sur le plan financier tandis que 10 % des ménages déclarent avoir dû reporter certains soins en raison de problèmes financiers.
Il y a à ce sujet de grosses différences régionales: 5% des ménages ont été confrontés à ce genre de situation en Région flamande, mais ce pourcentage atteint 16% en Région wallonne et 18% en Région bruxelloise.
Les dépenses mensuelles en soins de santé sont passées de 95 euros en 1997 à 115 euros en 2004 (honoraires de médecin généraliste et/ou spécialiste, médicaments, hospitalisations, etc. sans prendre en compte d’éventuels remboursements). Mais, la part que ce montant représente dans le budget du ménage est restée stable à plus ou moins 6%. Il n’y a pas de différence majeure entre les régions concernant les dépenses moyennes en soins de santé.
Bien évidemment ce pourcentage varie avec l’âge. Un ménage ‘jeune’ dépense 2% de son budget en soins de santé. Ce montant s’accroît progressivement, jusqu’à 13%, dans les ménages dont la personne de référence a 75 ans ou plus, cela tant en termes absolus qu’en termes relatifs. Par ailleurs, la part des dépenses pour les soins de santé par rapport au budget global est proportionnellement plus élevée au sein des ménages à bas revenu ou chez les personnes ayant un faible niveau d’éducation.

Santé et styles de vie

Certains comportements nuisent à la santé, surtout lorsqu’ils constituent de véritables habitudes de vie, comme la consommation – excessive ou chronique – de tabac, d’alcool ou de drogues, une alimentation déséquilibrée, un manque d’activités physiques et d’autres comportements à risque comme des relations sexuelles non protégées, etc. Ce constat n’est guère original, et l’Enquête de santé nous indique que les Belges peuvent faire mieux! Soulignons quelques tendances.
• Une grande partie de la population ne pratique pas suffisamment d’activités physiques, tout particulièrement les femmes, les jeunes (15-24 ans) et les plus âgés.
• 20% de la population ne prend pas ses repas de manière régulière, souvent le petit déjeuner. La population ne consomme pas assez de légumes, de fruits, de poissons, de pain gris, surtout les jeunes et les personnes ayant un faible niveau de scolarisation.
• 68% de la population déclare n’avoir pas tenté de diminuer sa consommation de matières grasses au cours des deux dernières années; 79% déclare n’avoir pas essayé d’augmenter sa consommation de fibres. Sur ce plan, les hommes font en général moins d’efforts que les femmes.
• Les Belges sont, en moyenne, un peu trop gros: 44% de la population adulte présente un excès de poids dont 13% souffre d’obésité. Le pourcentage est plus important en Région wallonne (48%) qu’en Flandre (43%) et à Bruxelles (39%).
• 84% de la population déclare avoir consommé une boisson alcoolisée au moins une fois au cours des 12 derniers mois; 63% de la population consomme de l’alcool chaque semaine.
• La proportion de fumeurs parmi les jeunes de 15 à 24 ans est de 26%, ce qui reste élevé mais constitue une amélioration par rapport aux résultats de l’enquête de 2001 (31%). Mais cette évolution n’est pas significative, le tabagisme régulier étant initié à un âge significativement plus jeune, soit en moyenne 7 mois plus tôt en 2004 qu’en 2001.
• 13% de la population de 15 à 64 ans a consommé au moins une fois un produit dérivé du cannabis (haschisch ou marijuana), l’usage du cannabis concernant principalement les individus les plus jeunes (25% des 25 à 34 ans).
• Seulement 38% des personnes interrogées estiment à sa juste valeur la gravité du sida. Le point positif est que l’on observe une légère progression des connaissances sur les modes de contamination et sur la gravité de la maladie depuis la première enquête de 1997. On relève toutefois un déficit de connaissance chez les plus jeunes (15 – 24 ans).

Tableau 1 – Etat de santé (perception subjective)

1997 2001 2004
Santé moyenne ou mauvaise 22% 24% 23%
Problèmes de santé mentale 17% 13% 13%
Maladies chroniques 28% 29% 27%
Limitations fonctionnelles 17% 21% 20%

Source: Enquête de santé, Belgique, 1997, 2001, 2004

Tableau 2 – Activités physiques (chez les 15 ans ou plus)

1997 2001 2004
Pas d’activités physiques de loisir 33% 34% 25%
Au moins 30′ par jour 38% 34%
Activités de loisir ou professionnelles avec effet bénéfique 44% 43%

Source: Enquête de santé, Belgique, 1997, 2001, 2004

Tableau 3 – Dépistage cancer du sein (femmes de 15 ans ou plus)

Ont eu une mammographie au cours des deux dernières années

1997 2001 2004
Ont pratiqué un auto-examen les derniers mois 53% 56% 51%
Ont bénéficié d’un examen clinique les derniers mois 38% 39% 40%
Ont eu une mammographie au cours des deux dernières années 26% 31% 36%
Dépistage cancer du sein (50 à 69 ans) (1)
49% 59% 71%

(1) Cela ne veut toutefois pas dire que toutes ces femmes se sont inscrites dans le programme ‘mammotest’ officiel…
Source: Enquête de santé, Belgique, 1997, 2001, 2004

Santé des jeunes d’âge scolaire (9) Difficile de rationnaliser l’amour…

Le 30 Déc 20

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Alors que l’âge de la première expérience amoureuse et sexuelle avance, les tendances montrent que la connaissance des moyens de se préserver des conséquences de ces relations sexuelles, comme les infections sexuellement transmissibles (IST, dont le sida) ou les grossesses non désirées pourrait être meilleure. Une tendance qui est confirmée par l’enquête ULB-PROMES, tout particulièrement pour ce qui concerne le sida. Marlène Alvarez, du SIPS, le centre de planning familial de l’Université de Liège, nous en donne son analyse.
« Prévention et jeunes , cela ne va pas ensemble parce qu’ils vivent en groupe , sont dans le champ des émotions et aiment le risque », explique d’emblée Marlène Alvarez . Une phrase qui, on s’en doute, est tempérée par la suite, mais qui démontre bien la complexité de la tâche qui attend les personnes impliquées dans la prévention auprès d’un public jeune. « Chaque jour ou presque , nous nous demandons comment concilier un message de prévention et de risque avec le désir , l’amour , la sensualité …»

Une oreille de moins en moins attentive

Les premières campagnes contre le sida ont porté leurs fruits: la «génération capote» a bien intégré la prévention et le battage médiatique a joué son rôle. Mais depuis quelques années, les jeunes d’aujourd’hui, trop jeunes à cette époque pour se sentir concernés, ont baissé la garde: les IST sont en recrudescence et le sida en fait partie. « Aujourd’hui , les discours généraux ne suffisent plus . Il faut atteindre les jeunes dans leur personnalité . Au début , quand nous parlions de préservatifs , les jeunes riaient . Puis il y a eu le sida et ils ne riaient plus , ils l’ont utilisé . Aujourd’hui , il est considéré comme un élément qui implique la méfiance alors que la relation est faite de confiance . Il arrive souvent qu’au moment d’avoir des relations , ils en aient sur eux mais n’osent pas l’utiliser . Il faut donc les aider à l’introduire dans leur pratique sexuelle et amoureuse , pour qu’ils ne s’en passent pas
Alors faut-il intégrer les préservatifs dans l’environnement des jeunes, comme n’importe quel objet banal? « Placer des distributeurs de préservatifs partout peut gêner ceux qui n’ont pas encore de vie sexuelle ou qui ne veulent pas l’intégrer , par exemple comme dans certaines cultures . En distribuer gratuitement n’est pas non plus une solution : cela ne responsabilise pas suffisamment les jeunes qui , s’ils n’en ont plus , ne voudront pas nécessairement payer pour en obtenir
L’étude ULB-PROMES démontre par ailleurs que le niveau de connaissance sur les modes de transmission du sida est moindre chez les jeunes qui suivent un enseignement professionnel ou technique. Faut-il dès lors prévoir des campagnes plus spécifiques pour ce public? « Je ne suis pas certaine . D’après notre expérience , ces jeunes se montrent moins intéressés , plus résistants à une information sur le sida . Très vite , il est difficile de continuer à discuter sur le sujet . Pourtant , ces jeunes commencent une vie sexuelle plus tôt , ont plus souvent des partenaires multiples Ils se sentent valorisés par leur vie sexuelle , la valorisation par le statut social étant minime . C’est comme un rituel de passage pour devenir un homme : ils ne sont pas attachés à la fille , mais sont plus intéressés par l’image de leur virilité qu’ils vont pouvoir montrer . Ils considèrent trop souvent que le préservatif est synonyme de perte de virilité . Alors échafauder une campagne spécifique ne peut que les stigmatiser . Il faut selon moi être à leur écoute sans jugement , leur donner l’occasion d’avoir des lieux d’échange et de reconnaissance

La pilule: difficile à avaler…

Autre phénomène: les grossesses non désirées ou leur crainte a fait augmenter la prescription des pilules du lendemain. La prise de pilule contraceptive est en baisse chez certaines filles, excepté celles de l’enseignement professionnel: « Ces filles ont compris que la pilule pouvait les aider dans un projet de vie en évitant une grossesse non désirée qui va le contrecarrer . Elles ont un projet d’étude , de vie professionnelle nettement plus clair et veulent accueillir l’enfant dans les meilleures conditions possible » explique Marlène Alvarez. Un cheminement qui n’est pas fait par toutes les filles pour qui prise de pilule équivaut à une relation stable et durable, un engagement dont elles n’ont pas nécessairement envie dans l’immédiat et qu’elles rejettent temporairement.
Notons que le degré de connaissance sur la pilule est très lié à ce que disent les mères. Et des raisonnements comme «Puisque ma mère est tombée enceinte alors qu’elle prenait la pilule, je ne la prendrai pas» ou «Ma mère m’a dit qu’elle n’a pas pu avoir d’autres enfants parce qu’elle a pris la pilule trop longtemps» ne sont pas rares…
« Quant au prix des contraceptifs oraux , il est nettement trop élevé et n’aide pas les jeunes filles à adopter ce mode de contraception ( 1 ). En plus , il faut le coupler au préservatif pour se protéger non pas uniquement contre une grossesse non désirée , mais contre les IST . Il y a dans notre politique de santé des situations illogiques : l’interruption volontaire de grossesse est remboursée par la sécurité sociale alors que les pilules contraceptives ou du lendemain coûtent très cher . Cette politique doit être mieux concertée , sur un plan plus global . Car les jeunes sont très sensibles aux contradictions d’un système ; s’ils s’y arrêtent , ils risquent d’abandonner la prévention », poursuit Marlène Alvarez. Par ailleurs, les pilules contraceptives requièrent la consultation et la prescription par un médecin, ce qui peut freiner certains jeunes qui craignent que leurs parents n’en soient informés…
Que ce soit pour la prévention des IST ou des grossesses non désirées, Marlène Alvarez prône une complémentarité des canaux d’information: « Les campagnes purement informatives vers le public le plus large possible ont montré leurs limites . On sait que les jeunes ont d’autres sources d’informations : les copains , internet , à côté des brochures ou des séances d’information organisées par les écoles . Il faut que ces moyens , qui peuvent être efficaces et remplir leur rôle , intègrent les valeurs des jeunes et soient utilisés à côté des contacts directs , des rencontres personnelles pour parler de situations particulières . Les uns ne vont pas sans les autres
Et elle se dit épatée à certains moments par la capacité qu’ils ont à réfléchir et s’interroge sur la place que notre société laisse aux questionnements des jeunes.

Etre parent, mais pas trop!

Par ailleurs, il est important d’encourager les parents à ne pas avoir peur d’informer leurs enfants sur la sexualité sans pour autant s’immiscer dans la vie privée de leur progéniture: « La relation entre parents et ados n’est pas facile , les premiers considérant que leur enfant ne les verra jamais comme de bons parents et vice versa . Et même lorsqu’il y a un dialogue entre les deux parties , il y a une grande attente des uns envers les autres qui ne peut que mener à la frustration .
Et lorsque les parents sont trop écoutants et négociants , ils n’acceptent pas toujours que leur enfant ne leur dise pas tout . Or , la conservation d’un jardin secret est essentielle dans la relation parent enfant . Quant aux parents qui ne s’occupent pas de cet aspect de la vie de leur enfant , par exemple parce qu’ils sont pris dans un rythme de vie trop rempli , ils ne savent plus comment aborder la question Bref , très souvent les parents démissionnent , mais pas volontairement . Car il est très difficile d’accepter d’être là sans l’être trop , de se mêler de la vie de leur enfant mais seulement quand il le demande et de le laisser fixer les limites , d’encourager l’enfant à parler sans lui donner l’impression de vouloir savoir », conclut Marlène Alvarez.
Carine Maillard
Référence: D. Piette, F. Parent, Y. Coppieters, D. Favresse, C. Bazelmans, L. Kohn, P. de Smet, La santé et le bien-être des jeunes d’âge scolaire. Quoi de neuf depuis 1994?, ULB PROMES, décembre 2003. Le document est accessible sur le site https://www.ulb.ac.be/esp/promes .
(1) Notons quand même que depuis le 1er mai 2004, sur une initiative du Ministre fédéral de la Santé Rudy Demotte, les jeunes filles et jeunes femmes de moins de 21 ans paient 3 euros en moins par mois pour leur contraception (cf. C. De Bock, ‘Un meilleur accès à la contraception pour les jeunes’ , in Education Santé n° 192, août 2004. Cette mesure est toujours d’application (ndlr).

Santé des jeunes d’âge scolaire (8) Violence à l’école, un faux débat?

Le 30 Déc 20

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Comme l’a démontré l’Enquête de l’Unité PROMES sur la santé des jeunes, les actes de violence à l’école ne connaissent pas une explosion. Cependant, même s’ils restent stables et ne sont pas généralisés, comme la presse en quête de sensationnel semble vouloir le prétendre, ces actes ont des conséquences sur la motivation des élèves et aussi des professeurs. Le Pr Michel Born, du Service de psychologie de la délinquance et du développement psychosocial de la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de l’Université de Liège, insiste sur la nécessité de cohésion à l’intérieur de l’école pour lutter contre cette violence insidieuse.
Les chiffres de l’enquête PROMES sont évocateurs: les actes de provocation diminuent progressivement, tout en restant le fait essentiellement des garçons entre eux. Une diminution relativisée par Michel Born, qui a collaboré à une enquête inter-universitaire sur la violence à l’école demandée par le Ministre de l’Enseignement secondaire, alors Pierre Hazette , en octobre 2003 (1): « Notre enquête porte sur près de 3000 élèves de 12 à 18 ans et plus , et 655 éducateurs , dans le général , le technique de transition , le technique de qualification , le professionnel et le CEFA . Les violences verbales sont les plus subies : deux tiers des élèves ont été victimes de moqueries , un tiers de rumeurs . Les violences les plus graves sont moins fréquentes , comme les menaces avec un objet ou une arme ( 3 , 5 %) ou le racket ( 2 , 9 %). Dans la grande majorité des cas , les auteurs sont des élèves de l’école même .» On en retient donc la place particulière des violences verbales qui tiennent le haut du pavé dans le hit-parade des atteintes à l’égard des condisciples.

Violences envers les «profs»

Et pas uniquement envers les autres élèves: les enseignants et éducateurs sont aussi des victimes mais dans des proportions nettement moindres. L’étude inter-universitaire montre que la quasi totalité des violences subies par les enseignants sont le fait d’élèves, excepté les rumeurs qui sont surtout le fait de collègues: « Les atteintes contre les biens sont liées à la manière dont le leadership est assuré dans l’école : s’il n’est pas adéquat , le risque d’être victime d’atteintes contre les biens est légèrement augmenté . Pour ce qui concerne les violences verbales , ce sont les hommes et les enseignants plus jeunes qui les subissent le plus . L’inadéquation du leadership ainsi que la mauvaise relation avec les collègues augmentent également un peu le risque d’atteintes verbales envers les enseignants
Comme on peut s’y attendre, la violence est plus perçue lorsque les enseignants sont confrontés à de l’indiscipline durant les heures de cours: « Les enseignants vivent ces indisciplines comme une certaine forme de violence à leur encontre . Autre facteur qui fait que les enseignants se sentent évoluer dans la violence , c’est l’absentéisme des élèves et des membres de l’équipe éducative , le manque de leadership adéquat et bien sûr les atteintes verbales », explique Michel Born.
Ce sentiment d’insécurité et de violence pousse trop souvent les enseignants à bout: dépression, anxiété, somatisation peuvent découler des indisciplines vécues durant les heures de cours, de la mauvaise qualité des liens avec les autres enseignants et du sentiment d’insécurité. Et le cercle vicieux se referme: « Les enseignants les plus déprimés , manifestant davantage d’anxiété et de somatisations , sont ceux qui ont de moins bonnes relations avec leurs collègues , qui sont confrontés à plus d’indiscipline dans leur classe , mais aussi qui se sentent moins en sécurité dans l’établissement . Enfin , l’absentéisme des élèves et la violence perçue dans l’école sont également associés à la somatisation ».
Et le risque de désengagement guette.

Faire participer les jeunes

«Les différences qui ont été constatées entre les écoles les plus touchées par la violence et les autres, c’est la proportion filles/garçons: plus il y a de filles, moins ces atteintes sont fréquentes. Nous avons également constaté que les pratiques d’enseignement de type inégalitaire favorisent les atteintes physiques; par contre, si ces pratiques sont basées sur l’autonomie et le développement des élèves, la fréquence de ces atteintes diminue. Ce type de conclusions doit concourir à la réflexion sur la lutte contre les violences à l’école.»
Une évolution de notre société que salue d’ailleurs Michel Born: « La violence a toujours existé dans les lieux où les jeunes apprenaient . Jusqu’au début du XXe siècle , l’autorité n’était pas discutable et la répression était musclée . Aujourd’hui , il y a une contre puissance des élèves . Les valeurs de la société ont changé , les rapports à l’autorité ayant subi de profondes modifications : les jeunes ont vu leurs droits reconnus et le rapport est plus basé sur des contrats . Mais les modes de communication ont de ce fait changé , contrepartie de la démocratie . Il n’en reste pas moins que les actes de violence physique sont rares et atypiques parce qu’ils sont le plus souvent liés à d’autres facteurs comme le manque de soutien des enseignants par le système , le manque de gestion de l’ensemble des problèmes de l’école , le manque de discussion et un leadership qui n’est pas adapté à la réalité de l’école . Par exemple , dans une école difficile , avec des jeunes exclus , la méthode autoritaire a peu de chances de fonctionner . Il faut plus de discussion , une équipe de direction où il y a de la communication , et où les règles sont constituées dans la négociation , le dialogue avec les enseignants , les élèves , les parents , etc
Cette analyse tient Michel Born à cœur, lui qui prône la participation active des jeunes dans l’école: « Il ne faut pas nécessairement interdire les gros mots , mais restaurer des comités d’élèves , la participation des jeunes de l’école au règlement , aux réunions , instaurer des élections . Je crois en un système préventif de réelle co gestion et de participation des élèves , laissant la place au droit de réponse et d’argumentation entre eux , surtout
Suite à ce rapport, des initiatives ont été prises, comme les équipes mobiles d’intervention scolaire, comprenant des éducateurs de l’Aide à la jeunesse et des enseignants et qui «remplacent» les fameuses écoles des caïds qui ont tant fait parler d’elles. Ces équipes se mettent en place depuis un an.

Note d’espoir

Pour terminer sur une note positive qui mérite d’être soulignée, l’étude à laquelle Michel Born a collaboré mesurait également les comportements «prosociaux», c’est-à-dire ceux qui vont dans le sens de l’entraide et de la bonne cohabitation (expliquer le cours à ceux qui ne l’ont pas compris, aider les autres dans leur travail, essayer que personne ne soit exclu, prêter ses affaires aux autres, parler à ceux qui sont seuls, essayer de ne pas blesser quelqu’un par ce que l’on dit ou fait, essayer que chacun ait sa place en classe…).
Ces comportements positifs sont pratiqués par plus de 80% des élèves, ce qui mérite aussi d’être souligné, histoire de voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide!
Carine Maillard
Référence: D. Piette, F. Parent, Y. Coppieters, D. Favresse, C. Bazelmans, L. Kohn, P. de Smet, La santé et le bien-être des jeunes d’âge scolaire. Quoi de neuf depuis 1994?, ULB PROMES, décembre 2003. Le document est accessible sur le site https://www.ulb.ac.be/esp/promes .
(1) Lecocq C. et al. Violence à l’école: enquête de victimisation dans l’enseignement secondaire de la Communauté française de Belgique, UCL-ULg, octobre 2003 (à télécharger sur https://www.ulg.ac.be/psydel/texte/rap03.htm ).

Santé des jeunes d’âge scolaire (7) Drogues: l’éducation, clef de voûte de la prévention

Le 30 Déc 20

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La consommation de drogues, essentiellement le cannabis, par des jeunes inquiète et suscite bien des débats, parfois houleux. L’enquête PROMES-ULB sur la santé et le bien-être des jeunes le montre: la consommation régulière de cannabis augmente et les jeunes sont aussi nombreux à être attirés. Bref, on assiste à une banalisation du cannabis, dont la consommation augmente très fortement avec l’âge.
Les jeunes de 17 ans sont 10 fois plus tentés d’essayer que ceux de 13 ans, et 7 fois plus consommateurs réguliers. Ici aussi, comme généralement dans les conduites à risque, les garçons franchissent plus souvent le pas. Enfin, la différence entre le type d’enseignement est aussi clairement marquée pour les consommateurs réguliers (au moins une fois par semaine): 67% de plus dans le technique que dans le général, et 72% de plus dans le professionnel.
Les chiffres de cette enquête montrent surtout le boom entre 1994 et 1998, et la continuité entre 98 et 2002: les jeunes sont plus de 2 fois plus nombreux à fumer régulièrement du cannabis qu’il y a 10 ans… En fin de secondaire, un garçon sur 10 est fumeur quotidien! Heureusement, les jeunes sont un peu moins tentés de prendre leur premier joint aujourd’hui qu’en 1998.
Des constatations qui ne valent pas pour l’ecstasy, qui tente moins les jeunes (de 6% qui ont tenté l’expérience en 1998, on est repassés à 4% en 2002) et « seulement » 1% de consommateurs hebdomadaires.

Pas d’actions musclées

Philippe Bastin , Directeur d’Infor-Drogues, veut voir plus loin que des chiffres et s’inquiète davantage de leur utilisation. « Il est vrai que ce type d’études permet de voir l’évolution des comportements . Par ailleurs , en termes de prévention , ils permettent de connaître les populations sur lesquelles il faut centrer les actions , comme les jeunes de l’enseignement professionnel et technique . Mais j’ai des appréhensions sur les réponses que ces chiffres , présentés comme inquiétants , peuvent entraîner . Très souvent , elles sont pensées en termes de jugement , de sanction , avec des résultats visibles mais pas nécessairement efficaces . Elles donnent ainsi un message politique à un public qui est déjà dépassé , paralysé , impuissant et qui sera rassuré par des mesures policières , sécuritaires , souvent démagogiques et catastrophiques comme des descentes dans les écoles Ces méthodes sont utilisées depuis 30 ans et n’ont jamais rien résolu
Contrairement à ces actions musclées, Philippe Bastin préconise la méthode qui revient de manière récurrente en matière de prévention, certes moins percutante: l’éducation. « Il ne faut pas se contenter d’informer , de produire des affiches , d’imaginer des projets pour mobiliser les jeunes ou les professeurs . Il faut travailler la prévention sur le long terme , à chaque âge des jeunes , les éduquer à ce rapport à la vie qui peut passer par des substances . Il faut intégrer cette réalité que sont les drogues dans la problématique de la consommation au sens large : télévision , alimentation , jeux vidéo et informatiques , mode et les aider à se poser des questions simples comme ‘pourquoi est ce que je consomme ? ‘ Il faut apprendre aux jeunes à être acteurs , en leur apprenant à analyser de manière critique les médias , les habitudes de consommation , etc . Tout en les aidant à développer l’estime d’eux mêmes , leur confiance en eux et les aider à gérer les épreuves . Un message qui n’est pas facile , parce qu’il implique une remise en question tant du milieu scolaire que des parents . On préfère tous des remèdes miracles », poursuit-il.
Lutter contre le « tout, tout de suite » et apprendre à vivre avec des manques, voilà une première piste qui pourrait donner des armes aux jeunes pour ne pas tomber dans des excès.

Du débat citoyen

Philippe Bastin prône l’implication des jeunes dans des débats constructifs autour de sujets de la vie de tous les jours. Et pour ce faire, l’école constitue un excellent terrain d’action, car elle inclut moins l’aspect passionnel (que peuvent apporter les parents, trop impliqués émotionnellement dans leur relation avec leurs enfants) et parce qu’elle fait communiquer de nombreux jeunes qui vivent les mêmes réalités.
«Il faut aider l’école à prendre ses responsabilités, aider les responsables pédagogiques pour que les jeunes puissent débattre de ce type de sujets dans un contexte d’ouverture. Sujets qui, dans l’école, sont souvent sulfureux: les professeurs ne savent pas jusqu’où ils peuvent aller, ce qu’ils peuvent dire. Pourtant la discussion ne sera efficace que si elle est adaptée à l’âge, sans tabous, avec des adultes. Chaque jeune pourrait s’y exprimer et, sur base des discussions, réfléchir en aparté à sa propre situation, ses propres motivations. Est-ce qu’il fume du cannabis parce que son père le lui interdit? parce qu’il veut faire comme les autres? pour se sentir plus sûr de lui?»
Mais cette éducation basique n’appartient-elle pas finalement aux parents? Ne sont-ils pas démissionnaires? « Les parents ne savent plus quoi dire . Ils ont de plus en plus de choses à gérer et la famille est de plus en plus soumise aux pressions de tous ordres : l’avenir des enfants , leur épanouissement , les soucis du travail , le stress de la performance exigée dans tous les domaines , le bien être matériel , les soucis financiers , etc . Il n’est pas facile de s’adresser aux parents et d’organiser des programmes de conscientisation à leur attention . Par contre , il est plus facile d’intégrer ces programmes dans l’école , puisque les jeunes la fréquentent . En plus , une partie de la mission d’enseignant est d’éduquer , même si certains sont réticents à cette idée
Philippe Bastin plaide donc pour une école ouverte aux questionnements des jeunes et pour qu’elle laisse une place au dialogue, en instaurant dans les grilles horaires un cours récurrent pour traiter des questions de société, dont la drogue.

Réduction des risques

Le discours qui peut avoir un impact sur les jeunes est celui qui les implique dans leur vie quotidienne: « Dire que boire de l’alcool , fumer ou prendre de la drogue n’est pas bon pour la santé , ça ne leur parle pas . Par contre , si vous les amenez à réfléchir sur les conséquences directes de cette prise de substances , vous avez plus de chances de les intéresser : relations sexuelles non protégées lorsque l’on est sous influence , avec le risque de contracter le virus du sida ou de subir une grossesse non désirée , par exemple ; le viol et les relations non désirées ; le handicap après un accident de voiture ; la diminution des performances scolaires ou sportives Cela va plus les intéresser car ces questions touchent à leur quotidien et qu’ils peuvent en mesurer immédiatement l’impact . Cette méthode est particulièrement à recommander pour les jeunes de l’enseignement professionnel et technique , qui vivent pour un certain nombre dans un milieu plus dur dont il faut tenir compte parce qu’il les expose davantage aux risques . Parallèlement à un travail axé sur l’éducation et la promotion de la santé , il faut aussi développer un travail plus axé sur la réduction des risques , adapté aux jeunes que l’on a en face de soi », conclut-il.
Ce dialogue constructif nécessite bien entendu une formation spécifique des éducateurs, donc des moyens. Ainsi qu’une adaptation des grilles horaires, pour un travail qui pourrait éventuellement payer dans plusieurs années.
Carine Maillard
Référence: D. Piette, F. Parent, Y. Coppieters, D. Favresse, C. Bazelmans, L. Kohn, P. de Smet, La santé et le bien-être des jeunes d’âge scolaire. Quoi de neuf depuis 1994?, ULB PROMES, décembre 2003. Le document est accessible sur le site https://www.ulb.ac.be/esp/promes .

Santé des jeunes d’âge scolaire (6) L’alcool ne doit pas devenir un problème!

Le 30 Déc 20

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On le sait, la consommation excessive d’alcool mène à des drames, tout particulièrement chez les jeunes, certainement plus inconscients lorsqu’il s’agit de reprendre la voiture, et moins conscients de leur état réel après quelques verres. L’enquête de l’Unité PROMES sur la santé des jeunes a mis en évidence une augmentation de la consommation excessive. Mais, précisent les responsables d’Univers Santé, asbl liée à l’UCL qui se charge de la prévention chez les jeunes, cette enquête a été réalisée avant l’avènement des alcoopops, qui pourraient encore accentuer le problème!
Les grands enseignements de l’enquête sur la santé des jeunes sont d’ordres très différents. Tout d’abord, il est intéressant de noter que parallèlement à une diminution de la consommation occasionnelle et une stagnation de la consommation régulière, les épisodes d’ivresse, pour leur part, enregistrent une augmentation. Or, tient à préciser Florence Vanderstichelen , directrice d’Univers Santé, « chaque ivresse est problématique , vu le risque d’accident de la route , de relations sexuelles à risque voulues ou non , mais aussi de violence
Aussi, l’association vise-t-elle à travailler à la «dénormalisation» de cette consommation excessive. « Il n’est pas opportun de prôner la prohibition , l’interdiction totale , mais nous voulons insister sur le fait qu’il y a une consommation modérée , socialement admise , qui est sans risque , à l’encontre du message de plus en plus communiqué vers les jeunes par les producteurs », renchérit Martin de Duve , chargé de mission à Univers Santé. Le bien boire, d’accord, la soûlerie, non…

Stratégies marketing efficaces

Si ces deux spécialistes considèrent que l’arsenal juridique est suffisant, bien que flou, force est de constater que les producteurs profitent de ce flou pour mettre en place des stratégies de marketing qui frisent l’illégalité. « Tout d’abord , une nouvelle donne vient s’ajouter aux alcools , celle des alcoopops , ces produits plus sucrés , entre la limonade et l’alcool , qui visent à rajeunir et féminiser la clientèle . Il n’est pas encore possible de savoir quelles vont en être les conséquences sur la santé publique : cette tentative d’initier les plus jeunes à l’alcool leur fait il courir davantage de risque de devenir alcoolo dépendants ? Puisqu’il est prouvé scientifiquement que plus l’alcool est régulièrement consommé à un jeune âge , plus ce risque d’alcoolo dépendance est augmenté à l’âge adulte Ce qui est interpellant , c’est que ces boissons sont parfois vendues dans les rayons des limonades et qu’ainsi , certains jeunes qui les consomment ignorent qu’elles contiennent de l’alcool . Une confusion flagrante est donc entretenue . Par ailleurs , le produit , par sa présentation , son goût ou son prix , est attirant et banalise la consommation d’alcool .
Une autre technique de marketing est le sponsoring d’événements culturels , sportifs et autres fréquentés ou organisés par des jeunes . Certains producteurs vont jusqu’à organiser des soirées où la boisson alcoolisée qui sponsorise l’événement est vendue à un prix dérisoire , moins d’un euro . C’est inciter ces jeunes à se saoûler ! Et puis il y a les campagnes plus insidieuses , comme celle qui consiste à affirmer qu’une consommation modérée d’alcool est bonne pour la santé . Basée sur certaines études scientifiques , elle n’en est pas moins une désinformation puisqu’il n’est pas précisé qu’il s’agit d’une consommation régulière à petites doses , et que le moindre excès annule ces éventuels bénéfices » s’insurge Martin de Duve.

Initiation en famille: dépassée?

Les responsables d’Univers Santé, on l’a compris, prônent une consommation réfléchie d’alcool. Et ils se félicitent de constater que l’enquête montre que la motivation des jeunes pour y goûter est essentiellement positive: « Ils y voient le côté social , festif . Peu disent consommer de l’alcool pour combattre un malaise ou le stress . Cela doit nous influencer pour nos stratégies de prévention », explique Florence Vanderstichelen.
Mais ce qui inquiète Martin de Duve, ce sont les circonstances de la découverte de l’alcool de nos jours. Il y a une dizaine d’années encore, le premier contact avec l’alcool avait lieu généralement en famille: « Les jeunes étaient autorisés à goûter à l’alcool au cours d’une fête , dans des circonstances familiales le plus souvent . Cet apprentissage était plus cadré . Mais aujourd’hui , cette banalisation et cette normalisation de la consommation d’alcool mènent à un apprentissage beaucoup plus anarchique , sans repères . Ce qui est inquiétant vu que les consommateurs sont de plus en plus jeunes …»
Et même quand la consommation devient problématique, c’est-à-dire lorsque le jeune cherche l’ivresse, qu’il consomme pour des raisons négatives, sans repères – notamment lorsqu’il consomme de l’alcool à tout moment de la journée –, qu’il boit seul, excessivement et s’isole, il ne se ressent pas en problème avec l’alcool, même lorsqu’il est pré-alcoolique.
On le comprendra, le travail, d’après ces deux spécialistes, doit reposer sur l’éducation et l’information, afin de cesser d’entendre qu’il est normal d’avoir la gueule de bois, ou de boire excessivement parce que cela fait partie de la vie estudiantine…
Heureusement, comme ils le soulignent, une volonté politique de se pencher sur cette problématique existe, tant au niveau fédéral que communautaire, même si la prévention de la consommation excessive d’alcool chez les jeunes reste un parent pauvre des subsides…
Pour sa part, Univers Santé a initié la création d’un réseau pour penser une politique cohérente en la matière. « Nous allons observer le comportement des jeunes , mais aussi les techniques de marketing utilisées par les producteurs , éduquer les jeunes , interpeller les politiques sur les actions possibles , rassembler et évaluer les outils de sensibilisation et d’information existants , les faire connaître et éventuellement en créer de nouveaux . Ce réseau est constitué d’associations de tous horizons , actives en santé , en assuétudes , dans la famille , et bien sûr dans le milieu jeune ( 1 ). Chacune peut apporter son expertise et son expérience pour donner une cohérence à nos actions . Et déjà un consensus s’est dégagé : ne pas diaboliser la consommation d’alcool chez les jeunes , mais ne pas non plus la banaliser , éduquer , travailler à la promotion d’une consommation responsable et diminuer les risques liés à une consommation problématique », explique Florence Vanderstichelen.
Ce réseau est encore tout frais et travaille sur fonds propres, mais ce dynamisme et cette motivation pourraient se voir encouragés par des subsides pour mener à bien ce travail de titan contre un lobby très puissant…
Pour plus d’informations concernant le Réseau «Les jeunes et l’alcool»: jeunes-alcool@univers-sante.ucl.ac.be
Carine Maillard
Référence: D. Piette, F. Parent, Y. Coppieters, D. Favresse, C. Bazelmans, L. Kohn, P. de Smet, La santé et le bien-être des jeunes d’âge scolaire. Quoi de neuf depuis 1994?, ULB PROMES, décembre 2003. Le document est accessible sur le site https://www.ulb.ac.be/esp/promes .
(1) La Fédération des Centres de Jeunes en Milieu Populaire, la Fédération des Etudiant(e)s francophones, Infor-Drogues, Jeunesse et Santé pour le Conseil de la Jeunesse catholique, la Ligue des Familles, la Mutualité Socialiste, Prospective Jeunesse, le Groupe RAPID et Univers Santé.

Santé des jeunes d’âge scolaire (4) Sécurité routière, une situation qui reste inquiétante

Le 30 Déc 20

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Pour la première fois, l’Organisation mondiale de la santé consacrait le 7 avril de l’année dernière sa journée internationale de la santé à la sécurité routière. Un thème qui touche tout particulièrement la Belgique qui figure encore en tête des pays européens les plus touchés par les accidents routiers. Et les jeunes sont particulièrement concernés, comme le confirme l’enquête de l’IBSR qui a axé une campagne de prévention vers les jeunes qui conduisent des scooters, sans oublier bien sûr ses campagnes récurrentes vers les conducteurs du samedi soir.
L’enquête de l’OMS sur la santé et le bien-être des jeunes d’âge scolaire a réservé une place particulière aux accidents, violences et traumatismes. Ceci regroupe à la fois les accidents de la route, les actes de violences physiques volontaires ou les tentatives de suicide. Nous examinerons tout particulièrement, à la lumière d’autres données récoltées par l’IBSR (Institut belge de sécurité routière), le volet des accidents de la route. On s’aperçoit que les accidents de vélo, de scooter, mobylette ou moto, de voiture représentent une part non négligeable de l’ensemble des accidents dont les jeunes sont victimes, même s’ils sont nettement moins nombreux que les accidents de sport: ainsi, respectivement 7% de filles et 12% des garçons ayant eu une blessure pratiquaient le vélo, 3% des filles et 8% des garçons roulaient en scooter/mobylette/moto, 3 et 2 % roulaient en voiture. Rappelons à ce propos que cette enquête a interrogé une majorité de jeunes de moins de 18 ans, âge du permis de conduire.
Dans l’introduction de ce chapitre, les auteurs précisent que ces chiffres sont certainement sous-estimés, puisque les victimes qui ont subi un handicap lourd suite à l’accident ne se retrouvent plus dans l’enseignement ordinaire où était sélectionné le panel de jeunes ayant répondu à l’enquête, et que les jeunes décédés ne sont plus là pour en parler… Par ailleurs on notera que le lieu de l’accident est la rue (ou un parking) pour 11% des filles et 17% des garçons, ce qui ne signifie pas nécessairement qu’il s’agit d’accidents de circulation. Peut-être un phénomène aussi important que les accidents de la route mériteraient d’être mieux distingué des autres causes de «blessures» dans la prochaine enquête…

Attention aux deux-roues!

Anne-Valérie De Barba , de la Cellule éducation routière de l’IBSR, dresse quant à elle le bilan suivant: « En 2002 , on a noté une diminution du nombre d’accidents mortels sur les routes de 11 % par rapport à 2001 . C’est un premier résultat des Etats généraux de sécurité routière dont l’objectif est de les faire diminuer de moitié d’ici 2010 . Néanmoins , les accidents de la route constituent la première cause de mortalité chez les jeunes de 15 à 25 ans , avec 327 morts . Sur 10 passagers décédés ou blessés gravement , 4 ont entre 15 et 29 ans
Mais une autre catégorie d’usagers de la route retient l’attention des spécialistes: les 15-18 ans. « Puisqu’ils sont trop jeunes pour conduire une voiture , ils sont moins étudiés . Notre principale source d’inquiétude réside dans les deux roues motorisées : en 2000 , 8000 d’entre eux ont eu un accident , un chiffre en constante évolution depuis 1995 . 48 % des accidentés sur cyclomoteurs ont entre 16 et 20 ans . Le nombre de tués qui circulaient sur un deux roues a augmenté de 8 % entre 2001 et 2002 en passant de 61 à 68 décès , de nouveaux surtout des jeunes de 16 à 20 ans . Ces motocyclistes et cyclomotoristes sont délaissés des statistiques , ce qui complique la mise en place de stratégies d’éducation et de prévention
Et au vu de l’enquête menée par l’IBSR et la Mutualité socialiste en mai/juin 2004, le travail ne manque pas. Portant sur des jeunes de 15 à 25 ans, cette étude montre que la gravité des chiffres des morts sur la route est largement sous-estimée par la plupart d’entre eux: près d’1 jeune sur 2 ne sait pas que les accidents de la route constituent la première cause de mortalité de sa classe d’âge… « En voiture , 15 % de ces jeunes ne mettent jamais ou presque la ceinture de sécurité à l’avant , et ils sont près d’1 sur 2 pour le port de la ceinture à l’arrière . Ce sont surtout les plus jeunes ( les 15 17 ans ) et les garçons qui sont les plus négligents . Ces chiffres montrent par ailleurs que l’exemple des parents est essentiel , les chiffres étant comparables chez les jeunes et chez les adultes parents

Inconsciente jeunesse?

Cette enquête fait aussi apparaître que bon nombre de jeunes se retrouvent en voiture lorsque le conducteur a consommé de l’alcool: près de 17% affirment être régulièrement dans la situation, essentiellement des garçons. Pire, lorsqu’ils doivent monter en voiture dans ces circonstances, deux tiers d’entre eux considèrent que le conducteur est en état de conduire, et près de 1 sur 10 est tout de même monté en voiture alors qu’il estimait que le conducteur n’était pas en état de conduire… Certains ont proposé de conduire (16%), sans que l’on sache si le conducteur s’est laissé convaincre… Mais aucun garçon et très peu de filles ont refusé de monter en voiture.
Dans le volet consacré au cyclomoteur, véritable pierre noire dans la sécurité routière en Belgique, un quart des répondants sont des conducteurs occasionnels et 7% des conducteurs réguliers. Seulement la moitié d’entre eux portent toujours un casque, et près d’un tiers jamais ou presque jamais.
« Les conducteurs réguliers portent plus souvent le casque : seulement 8 % d’entre eux ne le portent jamais , contre 31 % des conducteurs occasionnels . En effet , dans 44 % des cas , les jeunes qui ne portent pas de casque ne le font pas parce qu’ils n’en ont tout simplement pas ! 14 % parce qu’ils effectuent un trajet court , 10 % pour des raisons esthétiques , 8 % parce qu’ils ont trop chaud et 2 % parce qu’ils n’en ont pas envie . Ces chiffres en disent long sur le manque de conscience du danger . D’autant que le port du casque est obligatoire depuis deux ans , que ce soit pour les cyclomoteurs de catégorie A ou B , tant pour le conducteur que pour le passager
Le travail d’éducation et de sensibilisation se met en place pour faire chuter des chiffres trop élevés. « Nous voulons insister sur le rôle du passager pour influencer positivement la conduite , que ce soit en voiture ou sur un deux roues . Si la présence d’un passager fait réduire la vitesse du conducteur adulte , volontairement ou non , ce n’est pas toujours le cas chez les jeunes . Certains jeunes passagers vont même jusqu’à inciter le conducteur à prendre plus de risques , une influence négative qui augmente en fonction du nombre de passagers ! Le travail est donc à réaliser sur tous les usagers , qu’ils soient conducteurs ou passagers .
De même , nous n’accentuons plus les campagnes de sensibilisation sur le risque d’accident mortel , qui peut être une tentation pour les jeunes à la recherche de sensations , la mort étant attirante ; nous axons davantage notre message sur le risque de handicap permanent . Enfin , nous voulons augmenter les formations à la conduite de cyclomoteurs , puisque une minorité des usagers ont suivi une formation adéquate » conclut Anne-Valérie De Barba.
Carine Maillard
Référence: D. Piette, F. Parent, Y. Coppieters, D. Favresse, C. Bazelmans, L. Kohn, P. de Smet, La santé et le bien-être des jeunes d’âge scolaire. Quoi de neuf depuis 1994?, ULB PROMES, décembre 2003. Le document est accessible sur le site https://www.ulb.ac.be/esp/promes .
De nombreuses informations sur le sujet sont consultables sur le site https://www.ibsr.be .

Santé des jeunes en âge scolaire (5) Bouger d’accord, mais il faut les structures!

Le 30 Déc 20

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L’Enquête sur la santé des jeunes a brièvement dressé un tableau des activités physiques pratiquées par les jeunes d’âge scolaire en Communauté française. Un bilan que veulent compléter et préciser les responsables de l’Observatoire de la Santé du Hainaut (1). Une province dont la population figure en queue de peloton de la fréquence de la pratique de l’activité physique et sportive en Belgique…
A en croire les chiffres repris dans l’enquête sur la santé des jeunes, on constate que 49,3% des jeunes de 13 à 17 ans affirment avoir des activités sportives en dehors des cours de sport ou de gymnastique au moins trois fois par semaine. Des chiffres qui pourraient surprendre, alors que l’on fustige de plus en plus les jeunes, accusés de ne pas assez bouger… «Ces chiffres ne m’étonnent pourtant pas, si l’on prend comme repère la pratique durant 20 minutes d’une activité quelle qu’elle soit, de la pratique d’un sport en club à une partie de football au jardin…» , explique le Dr Véronique Tellier , responsable du secteur Information sanitaire à l’Observatoire de la santé du Hainaut. Une différence qui se marque entre les filles et les garçons, les premières n’étant que 36,5% contre 63% de garçons…
Par ailleurs, ces chiffres mettent aussi en lumière une grande différence socio-économique, avec des élèves du professionnel près de trois fois moins actifs que ceux du général, avec un fossé encore davantage creusé entre filles et garçons…
Mais le Dr Tellier veut mettre l’accent sur un autre facteur important qu’est la structure familiale: «On constate que ce sont les enfants venant de familles où les deux parents travaillent qui pratiquent le plus de sport, suivis par les enfants issus de familles monoparentales, où la difficulté est surtout d’ordre financier pour payer les inscriptions et abonnements; quant à ceux des familles recomposées, ils figurent en bas de classement, éprouvant surtout des problèmes pratiques, l’enfant devant se partager entre deux milieux de vie et ne pouvant dès lors que trop rarement suivre régulièrement son sport…» , poursuit-elle.
Et comme elle le résume dans une étude menée en 2003, «On a d’autant moins de chances de pratiquer du sport en dehors de l’école qu’on est plus âgé, qu’on est une fille, qu’il n’y a pas de revenu du travail dans la famille, que la famille est monoparentale ou recomposée, que le père est d’origine étrangère (surtout de l’Union européenne) et qu’on est dans une filière d’enseignement technique ou professionnelle.»

Ecoles et communes sport admis

Il est vrai que la pratique d’un sport en club ou en salle coûte souvent cher et que faute de moyens pour payer l’abonnement, les parents abandonnent. Alors, faut-il vraiment s’inscrire dans un club pour pouvoir pratiquer un sport? Les jeunes ne devraient-ils pas fréquenter davantage les infrastructures scolaires ou publiques, communales notamment?
«Tout d’abord, on constate que la part informelle du sport diminue, à savoir les sports pratiqués sur des terrains publics, dans les écoles, etc. Une tendance qui est confirmée par le manque croissant de structures dans les parcs ou les écoles» , regrette-t-elle. En quoi elle est rejointe par Michel Demarteau , responsable du secteur Prévention et promotion de la santé de l’Observatoire, qui observe aussi l’évolution de notre société qui se sédentarise et qui a du mal à mettre en place des solutions qui sont complexes et qui touchent à la mobilité, à l’accessibilité, à la sécurité…: «Cette réflexion sur la possibilité de pratiquer un sport informel doit être menée tant dans les administrations communales qu’au sein même des écoles . On constate que dans les cours de récréation , il y a peu de modules de psychomotricité par peur que les enfants ne se blessent , les enfants ne jouent plus au ballon pour ne pas casser des vitres , il n’y a même quasiment plus d’espaces verts parce qu’ils risquent de se salir , et parfois on leur interdit de courir parce qu’ils risquent de tomber Et pratiquer un sport hors de l’école , comme en rue , ça devient très difficile : la sécurité n’est plus assurée , tant sur les routes par exemple pour les cyclistes , qu’en termes de ‘mauvaises’ rencontres .
Enfin , pour les jeunes qui veulent se rendre dans un cadre plus sécurisé , donc dans un club par exemple , ils doivent avoir un moyen de transport . Nous avons dans la périphérie de Mons de belles structures , mais elles sont trop peu accessibles en transports en commun et s’y rendre à vélo relève d’une mission impossible ! Trop souvent , l’accès à ces structures en transports en commun est trop difficile , notamment le soir et le week end donc quand les enfants ou les jeunes ont le temps avec des bus trop rares . Ils dépendent alors de la voiture des parents qui ne sont pas nécessairement disponibles , par exemple le mercredi après midi.»
Une constatation faite dans le Hainaut, terrain d’action de l’Observatoire, mais qui est transposable dans bien d’autres provinces…
Aussi, parfois le privé réagit. Ainsi, à Bruxelles, par exemple, un ramassage scolaire est organisé par un club de sport dans les écoles de la commune. Une idée très séduisante et particulièrement intelligente… qui devrait être relayée par les administrations communales.
« Dans le Hainaut , des initiatives sont menées un peu partout pour améliorer les conditions de pratique sportive , mais aucune coordination n’existe . Les uns ignorent ce que les autres organisent », regrette Michel Demarteau. C’est pourquoi l’Observatoire mène, avec différentes communes de la province, une réflexion sur les moyens d’améliorer la mobilité, les contacts avec et entre les associations culturelles et sportives ou l’accueil extra-scolaire. « Le Hainaut compte de grands clubs au niveau professionnel , tant en football qu’en basket ball ou en tennis de table , par exemple . Or , il fait trop peu pour le sport de loisir , le sport pour tous

Campagnes: d’accord, mais à cibler

Pierre Bizel , responsable du secteur Education santé à l’Observatoire, regrette pour sa part que la sensibilisation à la pratique d’activités physiques soit un thème relativement peu prisé, notamment par les écoles dans le cadre de la promotion de la santé. « Aussi , lorsque nous animons des séances d’information sur l’alimentation , nous couplons ce sujet à celui de l’activité physique . Heureusement nous avons des actions qui fonctionnent très bien , comme un projet pilote dans les écoles pour promouvoir l’activité physique et qui consiste à organiser une journée d’initiation au sport santé sur le site de l’Observatoire , avec un suivi durant toute l’année .
L’objectif est de faire essayer un sport aux enfants , dans l’espoir qu’ils le poursuivent le reste de l’année . Environ 1000 écoliers y participent dans la région de Mons Borinage . Pour le reste du Hainaut , la demande est encore trop faible : la sédentarité n’est pas partout intégrée comme un déterminant de santé publique
A côté de cela, l’Observatoire mène des campagnes générales d’information comme la campagne ‘Bouger pour votre santé. 30 minutes par jour suffisent’ qui a été très bien accueillie et relayée, en particulier par les médecins généralistes. Mais elles ont leurs limites: elles s’adressent à un moment donné à un public très varié, qui a ses motivations propres. C’est pourquoi le travail concret, quotidien avec les acteurs de terrain est essentiel. Pour, l’espère-t-on, en arriver au même niveau de prise de conscience que celui aujourd’hui atteint pour promouvoir l’alimentation saine…
Carine Maillard
Référence: D. Piette, F. Parent, Y. Coppieters, D. Favresse, C. Bazelmans, L. Kohn, P. de Smet, La santé et le bien-être des jeunes d’âge scolaire. Quoi de neuf depuis 1994?, ULB PROMES, décembre 2003. Le document est accessible sur le site https://www.ulb.ac.be/esp/promes .
(1) Depuis deux ans, l’Observatoire a mis sur pied un groupe de travail interne chargé d’étudier les habitudes des Hennuyers en termes d’activité physique, à côté d’autres groupes chargés du tabagisme et de l’alimentation.

La troisième enquête de santé: encore un peu de patience!

Le 30 Déc 20

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Une grande enquête sur la santé des Belges, la troisième du nom après celles des 1997 et 2001 est en cours pour le moment. Il s’agit d’un projet de grande ampleur, qui mobilise environ 300 enquêteurs qui auront interviewé près de 13.000 personnes au sein de 6.000 ménages pendant un an (61% des personnes sollicitées ont collaboré à l’enquête, qui se fait évidemment sur une base volontaire).
Cette initiative de l’Institut scientifique de santé publique est financée par l’ensemble des autorités publiques compétentes en matière de santé dans notre pays.
Pour rappel, cette enquête s’intéresse à la perception que les gens ont de leur santé, aux conséquences des problèmes de santé sur leur vie quotidienne, à leur consommation de soins et de médicaments, à leurs habitudes de vie ayant un impact sur leur santé, etc.
Après le travail de terrain, la saisie des données représente une tâche considérable, dont la DG de la Statistique et de l’Information économique (ex-Institut national de statistiques) se charge pendant une bonne partie du premier semestre 2005. Cela se passe avec un nouveau logiciel, HISIS, qui doit faire ses maladies de jeunesse. On peut se faire une idée du travail que cela représente quand on sait que pas moins de 1.600 variables entrent en ligne de compte…
A noter aussi, l’enquête 2004 a porté sur un échantillon plus important des provinces de Limbourg et Luxembourg. Un plus grand nombre de personnes âgées que nécessaire (3000 au lieu de 1800) ont également été interrogées. Cela permettra de disposer d’informations plus fines sur la santé subjective de ce public spécifique, qui représente un enjeu majeur pour l’organisation et le financement futurs des soins de santé en Belgique.
Une grande enquête nationale de consommation alimentaire a également été menée en 2004 auprès d’un échantillon de 3200 ménages, dont les résultats devraient être connus d’ici la fin de l’année.
Pour en savoir plus: https://www.iph.fgov.be/epidemio/epifr/index.htm .

Carnet de bord de la santé 2004

Le 30 Déc 20

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L’Observatoire de la santé du Hainaut publie son Carnet de bord de la santé pour l’année 2004.
Ce document est organisé en deux parties. La première a trait à la santé des jeunes: il s’agit des résultats obtenus lors des dernières enquêtes réalisées auprès de jeunes en Hainaut, qui concernaient d’une part la consommation de tabac, d’alcool et de substances illicites, et d’autre part les représentations du bien-être auprès des jeunes des différentes tranches d’âge concernées.

Quelques informations extraites du Carnet de bord

La représentation du bien-être chez les 9-18 ans
Le bien-être dans chacun des lieux de vie est étroitement lié au bien-être dans l’ensemble des lieux de vie et ce, d’autant plus que l’enfant est jeune. Entre 9 et 16 ans, l’impact sur la perception du bien-être des loisirs augmente proportionnellement à la diminution de celui de l’école. Ainsi, si l’école semble un lieu idéal pour la promotion de la santé chez les jeunes enfants, les loisirs semblent un cadre intéressant à investir en promotion de la santé chez les plus grands.
Le tabagisme
La proportion de jeunes fumeurs augmente, et ce principalement chez les filles de 16 ans. Cette proportion varie selon la filière d’enseignement et le milieu familial (parents qui fument, familles recomposées).
Plus de deux jeunes sur trois sont soumis au tabagisme passif à la maison. Un quart des jeunes dont les deux parents sont fumeurs consomment déjà régulièrement du tabac à 13 ans.
Pas moins de 4 fumeurs sur 10 souhaitent arrêter de fumer. Seul un jeune sur 2 est convaincu d’y arriver ou du moins se projette dans l’avenir comme non-fumeur.
L’alcool
Les jeunes sont peu informés des dangers de l’alcool. 3/4 des jeunes consommateurs occasionnels pensent qu’il faut en boire chaque jour pour que cela devienne dangereux. Cette proportion monte à 4/5 chez les consommateurs réguliers (qui boivent de l’alcool chaque semaine).

La seconde partie du Carnet de bord se compose de trois évaluations de projets:
– l’évaluation des activités du Cercle sportif pour coronariens du Centre (La Louvière);
– l’évaluation d’une campagne multimédia réalisée en 2002 sur les thèmes ‘Alimentation, saveurs et santé’ et ‘Fruits et légumes, la santé au naturel!’ (1), campagne qui reposait sur des spots radiodiffusés et télédiffusés ainsi que sur des brochures envoyées à la demande des particuliers et des associations;
– les premiers résultats hennuyers du programme national de dépistage du cancer du sein.
L’information est présentée de la manière la plus opérationnelle possible à l’intention des professionnels, associations et responsables locaux. Elle est également disponible sur le site de l’Observatoire: https://observatoiresante.hainaut.be .
Renseignements: Observatoire de la santé du Hainaut, rue Saint-Antoine 1, 7021 Havré. Tél.: 065 87 96 00. Courriel: observatoire.sante@hainaut.be
D’après le communiqué de presse de l’Observatoire de la santé du Hainaut
(1) Voir à ce propos l’article de JANZYK V., HUSDENS A., BERGHMANS L., ‘Evaluation d’une campagne médiatique et de mobilisation des relais sur le thème de l’alimentation’ , n°186 janvier 2004.

Tableau de bord de la santé à Bruxelles

Le 30 Déc 20

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L’Observatoire de la santé et du social de Bruxelles-Capitale publie le 2e Tableau de bord de la santé: son objectif est d’offrir une vision globale de la santé de la population bruxelloise intégrée au contexte démographique, social, environnemental et multiculturel de la région.
Il s’adresse à tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, participent à l’organisation des services de santé et la promotion de la santé à Bruxelles, qu’ils soient responsables politiques, professionnels de santé ou acteurs dans les nombreux domaines qui déterminent la santé de la population.
Dans un premier temps, le Tableau de bord situe le contexte démographique et socio-économique de la région.
Il détaille ensuite des données relatives aux problèmes de santé: santé perçue, maladies chroniques, infections, santé mentale, accidents. Il fournit un profil des naissances, de la mortalité foeto-infantile, des interventions obstétricales ou de la mortalité maternelle.
Le chapitre relatif aux styles de vie détaille les habitudes alimentaires, l’activité physique, la consommation de tabac, d’alcool ou d’autres drogues.
Un important chapitre est également consacré à l’environnement, via la qualité de l’habitat et la qualité de l’air.
Enfin, des données particulières au multiculturalisme de la Région de Bruxelles-Capitale clôturent le document.
Le ‘Tableau de bord de la santé 2004’ peut être téléchargé sur le site https://www.observatbru.be. Il est également disponible auprès de l’Observatoire de la santé et du social, avenue Louise 183, 1050 Bruxelles. Tél.: 02 552 01 89. Courriel: naouassard@ccc.irisnet.be

Santé des jeunes d’âge scolaire. (2) Alimentation: il faut structurer!

Le 30 Déc 20

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A chaque enquête menée sur l’alimentation, et en particulier celle des jeunes, le constat est toujours plus désolant: comme nous, une majorité d’entre eux mange mal! L’Enquête sur la santé des jeunes, qui a l’avantage de montrer les évolutions dans le temps, prouve que rien ne s’améliore globalement, bien au contraire. Pour analyser ces données, nous avons fait appel à Jacqueline Absolonne , diététicienne-nutritionniste de renom.
L’enquête démontre, pour résumer, que la consommation de fruits surtout et de légumes dans une moindre mesure, est insuffisante. Plus d’un jeune sur deux mange moins d’un fruit tous les deux jours… On constate aussi que pour environ 60% des jeunes, la consommation de sodas et de sucreries est quotidienne, et pour 1 jeune sur 10, frites et hamburgers sont au menu chaque jour!
Et 1 fille sur 4 et 1 garçon sur 5 ne prennent pas de petit déjeuner. Au vu de ces derniers chiffres, Jacqueline Absolonne fulmine: « Encore faut il savoir ce qu’ils entendent par petit déjeuner , car beaucoup de jeunes reçoivent un croissant ou un pain au chocolat , voire des céréales enrichies au sucre et au miel . Trop de parents considèrent que préparer une tartine prend trop de temps . Du coup , comme les enfants ont reçu des aliments vite digérés quand ils ont reçu quelque chose ils ont faim à 10h et se ruent sur les distributeurs de biscuits et gaufres à l’école . Les parents doivent insister pour leur faire manger un petit déjeuner équilibré et en quantité suffisante , avec du pain et un jus de fruit , et ne pas céder ni à la volonté de l’enfant , ni à la facilité

A midi, frites pour tout le monde!

Puis vient le déjeuner. Elle est quelque peu rassurée en voyant les chiffres de la consommation des frites qui tend légèrement à baisser, même si ce n’est pas suffisant encore, Apparemment, certains messages passent tout de même…
Si elle insiste sur le fait qu’aucun aliment n’est tabou, mais qu’il faut être capable de le consommer en respectant la pyramide alimentaire, elle s’inquiète des repas proposés dans les cantines scolaires. « Bien manger demande une certaine auto discipline . Les jeunes vont le plus souvent vers les aliments qui leur procurent du plaisir , c’est à dire les plus sucrés et les plus gras . A l’école , ils sont laissés à eux mêmes et peuvent souvent choisir leur repas chaud , entre un repas complet plus ou moins équilibré ou des frites et boulettes sauce tomate , pour schématiser . On devine ce qu’ils préfèrent . Parfois les repas complets sont bons , mais souvent , ils sont composés pour coûter le moins cher possible . Quant aux frites , elles sont omniprésentes parce que les enfants aiment’ . Et quand j’entends que certaines écoles vont jusqu’à abriter un fast food parce que les jeunes sont capables de discernement’ , je me dis que je rêve
De retour à la maison, les goûters ne sont plus suffisamment copieux: « Les jeunes se ruent sur un paquet de chips ou des bonbons , mais plus sur une tartine , même avec du chocolat à tartiner . A cet âge , ils ont besoin d’énergie mais pas n’importe laquelle . Sans compter les jeunes qui mangent des frites et hamburgers en sortant de l’école …» Résultat, comme le montre l’enquête, 15% des jeunes présentent un surpoids, voire une obésité. Heureusement, ce chiffre reste stable chez les filles et diminue chez les garçons. Et 17% suivent un régime, mais sans nécessairement repenser leurs habitudes alimentaires, ce qui équivaut souvent à un échec à moyen ou long terme…
Jacqueline Absolonne ne peut s’empêcher de pointer du doigt notre société et son évolution: « Généralement , les deux parents travaillent , parfois loin de chez eux , avec des horaires contraignants . Certains parents déjeunent au restaurant de l’entreprise et rentrent tard . Alors le soir , le repas est souvent anarchique , et pris à des heures différentes . Le sachant , les jeunes vont grignoter en rentrant de l’école et gâcher ce repas qui peut perdre la place qu’il mérite

Repas sans structure

Le leitmotiv de Jacqueline Absolonne est le regret de voir les quatre repas quotidiens complètement déstructurés: « Nous avons assisté à la rage du brunch’ . C’est une mode absurde qui fait que des enfants doivent attendre pour manger à une heure qui ne correspond à rien . Cela va décaler les autres repas , avec le grignotage qui peut en résulter entre les repas trop longtemps attendus
Elle insiste également sur le rôle des parents, en tant que modèles quant aux types d’aliments consommés: « Si les enfants ne voient pas , dès leur plus jeune âge , leurs parents acheter et manger des fruits , les enfants n’en mangeront pas . Si les parents ne préparent pas des légumes et ne cherchent pas à les varier dans les assiettes , les enfants ne seront pas attirés par les légumes . C’est vrai , les fruits par exemple , coûtent très cher et lorsqu’ils sont éliminés parce que personne ne les mange , on n’est plus tenté d’en racheter . Je ne jette pas la pierre aux parents , mais nous sommes tous embrigadés dans une situation qui ne facilite ni la consommation de fruits et légumes , ni la structure des repas
Aussi vient-il un moment où cette vie doit être repensée, avec des achats de produits frais en semaine, par exemple, ou la préparation de plats ou de soupe le week-end pour en profiter la semaine…
Elle pointe aussi du doigt la méconnaissance des aliments de nos jours: « On ne parle plus en termes de vitamines , d’apports en nutriments . Et les gens connaissent de moins en moins les fruits et légumes de saison ».

Recettes de grand-mère?

L’avenir appartient aux jeunes d’aujourd’hui, et il est essentiel de les maintenir en bonne santé. Cette santé passe par une alimentation équilibrée, riche en nutriments et anti-oxydants par exemple, mais aussi qui ne favorise pas l’obésité dont les conséquences sur la santé sont loin d’être négligeables. « Une minorité d’obèses le sont parce qu’ils mangent trop ; la plupart le sont parce qu’ils mangent mal , trop gras , trop sucré , avec des aliments peu riches en eau qui retardent le sentiment de satiété . Ils demandent une consommation de plus grandes quantités
En tant que spécialiste de la nutrition, et grand-mère qui garde ses petits-enfants et voit la vie trépidante de ses propres enfants, elle conseille de revenir à des valeurs plus anciennes: apprendre à cuisiner et prendre le temps pour le faire, s’intéresser aux produits, à leurs apports, à leurs saisons, si on le peut cultiver son potager, cuisiner avec les enfants pour leur apprendre à apprécier ce moment, manger ce que l’on a préparé en famille à table, et à des heures fixes…
Par ailleurs, elle préconise une éducation vers les parents, et vers les enfants à l’école par des diététiciens. Elle plaide aussi pour l’interdiction d’introduire des jouets dans certaines boîtes d’aliments (céréales sucrées, chips, biscuits gras et autres) ou les fast foods, puisqu’ils n’ont pour but que d’attirer des consommateurs vers des produits qui ne leur sont pas bénéfiques.
Et elle conclut: « Réaliser de telles enquêtes est une bonne démarche , mais elles n’ont de sens que si elles sont suivies de résultats concrets en termes de décisions politiques
Carine Maillard
Référence: D. Piette, F. Parent, Y. Coppieters, D. Favresse, C. Bazelmans, L. Kohn, P. de Smet, La santé et le bien-être des jeunes d’âge scolaire. Quoi de neuf depuis 1994?, ULB PROMES, décembre 2003. Le document est accessible sur le site https://www.ulb.ac.be/esp/promes .

Santé des jeunes d’âge scolaire. (3) Le tabac en légère perte de vitesse

Le 30 Déc 20

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Parmi les relatives bonnes nouvelles données par l’enquête auprès des jeunes en âge scolaire, il en est une qui surprend: la consommation de tabac tend à diminuer, globalement, chez les jeunes depuis 1998. Peu, mais c’est un mouvement que l’on espère voir continuer. Luk Joossens , spécialiste en tabacologie auprès de la Fédération contre le Cancer, nous explique ces tendances.
La place laissée à la consommation de tabac chez les jeunes est relativement maigre dans cette enquête, par rapport à d’autres thèmes. Pourtant, le tabagisme constitue un véritable fléau. Néanmoins, il est devenu un objet de préoccupation des autorités, comme on l’a vu récemment avec le plan de lutte contre le tabagisme du ministre fédéral de la Santé, Rudy Demotte , et les mesures prises pour décourager la consommation de tabac. Par exemple, l’impression sur les paquets de cigarettes d’images des ravages de la cigarette, dont certaines sont particulièrement choquantes (1).
Pour ce qui concerne tout particulièrement les jeunes, les tendances en matière de consommation de tabac nous montrent globalement une diminution entre la fin des années 80 et les années 90, puis une progression vertigineuse tout particulièrement entre les enquêtes menées entre 1992 et 1998. Après cette période, le nombre de jeunes fumeurs a diminué, lentement mais sûrement.
« L’une des explications pourrait être trouvée dans la publicité . Les jeunes y sont particulièrement sensibles et dans les années 90 , il n’y avait aucune restriction drastique de publicité pour la cigarette . Elle était donc omniprésente et constamment associée , notamment dans les concerts et festivals de musique pour les jeunes , à la convivialité . Depuis l’interdiction de publicité en 1998 , on note une diminution . Ce n’est certainement pas un hasard , même si d’autres facteurs peuvent être intervenus », explique Luk Joossens.

En Belgique comme ailleurs

La baisse de consommation n’est pas propre à notre pays: « Cette tendance a été observée dans une grande partie de l’Europe , aussi bien dans le Nord que dans le Sud . Mais notre pays se distingue par le fait que filles et garçons fument tout autant , alors que dans la plupart des pays européens , le nombre de fumeuses a déjà dépassé celui des fumeurs …»
Un autre élément que confirme la dernière grande campagne de l’OMS, lors de la Journée mondiale contre le tabac, est l’inégalité socio-économique entre fumeurs et non-fumeurs: « Ces chiffres démontrent que les jeunes de l’enseignement professionnel et technique fument à peu près deux fois plus que les jeunes de l’enseignement général . Cela montre l’inégalité sociale sur laquelle repose le tabagisme . Les jeunes moins favorisés ont bien souvent des parents fumeurs , et ils s’identifient à eux ; le phénomène de groupe joue aussi davantage chez les moins favorisés qui vont s’identifier à d’autres amis fumeurs , plus nombreux dans cette classe socio économique . On constate aussi que les écoles techniques et professionnelles sont moins souvent non fumeurs’ que les écoles de l’enseignement général . Et puis , il y a un manque d’intérêt pour la sensibilisation aux questions de santé , les jeunes moins favorisés étant davantage sensibles à leur image extérieure , à des gadgets , à l’apparence
Des jeunes influencés par une image qui a prédominé dans la publicité durant des décennies, montrant les fumeurs comme des personnes indépendantes, libres (tout ce qu’elles ne sont pas par rapport à la cigarette!) et heureuses.
L’inégalité sociale est alimentée par le tabagisme: ce sont les populations moins favorisées qui sont les plus touchées par le tabac, mais surtout par ses ravages en termes de santé publique, et de frais de soins de santé qu’elles peuvent plus difficilement assumer…

Un combat difficile

Pour lutter efficacement contre le tabagisme chez les jeunes, il faut développer une série de mesures conjointes qui vont se renforcer les unes les autres. Ceci démontre bien la difficulté de toucher ces jeunes qui sont bien souvent insensibles à un message disant de préserver sa santé. « Ils n’ont pas conscience du danger . Ils vivent dans l’immédiat et la satisfaction instantanée , ils sont influencés par la mode . Le sentiment de danger n’est pas perçu puisqu’ils ne se rendent pas toujours compte que le tabagisme peut être à l’origine d’une maladie mortelle . Et même si le danger est bien connu , il leur semble bien lointain , ne les touchant que quand ils seront vieux ( c’est à dire à 40 ans !).» Et la phrase ‘il faut bien mourir de quelque chose’ est très souvent entendue dans leur bouche.
C’est pourquoi la décision du ministre Demotte de faire imprimer des images sur les ravages du tabac sur la santé risque de ne pas avoir un impact important sur ces jeunes. « Néanmoins cette mesure est bonne , car outre le fait que ces photos peuvent tout de même avoir un effet sur une petite partie des jeunes , elle peut influencer les parents fumeurs à arrêter de fumer . On sait que des parents qui ne fument pas auront moins de risques de voir leurs enfants fumer . Tout comme des parents qui arrêtent de fumer stimulent souvent leurs enfants fumeurs à faire de même .» Même si l’adolescence est un âge où l’on prétend se démarquer de ses parents…
Tentation de l’interdit, rejet et identification aux parents, danger mortel de la cigarette versus insouciance et envie de défi: toutes ces contradictions rendent le travail de prévention et de sensibilisation vers les jeunes très complexe. Les fabricants de cigarettes l’avaient bien compris en lançant le slogan ‘Fumer est un acte adulte et responsable’ qui, au lieu de décourager les jeunes à fumer les incitait au contraire à essayer…
Par ailleurs, Luk Joossens insiste sur la nécessité de travailler simultanément sur différents terrains: « Il faut parallèlement mener des actions permanentes d’information et de sensibilisation , notamment dans les écoles . Une autre mesure très efficace auprès des jeunes est l’augmentation drastique du prix des paquets de cigarettes : la consommation diminue à partir d’une hausse de quelque 45 cents ; en dessous , cela ne fait que remplir les caisses de l’Etat Enfin , il faut élargir l’interdiction de fumer dans les lieux publics et de travail , ou à l’école , mesure qui incite aussi à arrêter de fumer
Certaines de ces mesures ne visent pas spécifiquement les jeunes, car selon Luk Joossens, des actions spécifiques vers les jeunes seules ne mènent pas à grand chose. Raison pour laquelle il insiste davantage sur le rôle de l’entourage immédiat des jeunes que sur celui de l’école, en termes de prévention, contrairement à certaines conclusions de l’enquête. Mais surtout il insiste sur le fait que les actions d’information et de sensibilisation isolées sont inutiles.
Carine Maillard
Référence: D. Piette, F. Parent, Y. Coppieters, D. Favresse, C. Bazelmans, L. Kohn, P. de Smet, La santé et le bien-être des jeunes d’âge scolaire. Quoi de neuf depuis 1994?, ULB PROMES, décembre 2003. Le document est accessible sur le site https://www.ulb.ac.be/esp/promes . (1) Voir M. PETTIAUX, ‘Paquets de cigarettes: bientôt des avertissements sanitaires musclés’ , n°196, décembre 2004.

Forte augmentation du nombre de fumeurs en 2008

Le 30 Déc 20

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Pour la première fois en six ans, le pourcentage de fumeurs quotidiens accuse une augmentation significative dans notre pays, en passant de 27% en 2007 à 30% en 2008. L’absence de nouvelles initiatives, telles que des augmentations de prix ou l’interdiction totale de fumer dans tous les lieux publics (cafés compris), est une explication plausible.

Le nombre de fumeurs augmente

D’après l’enquête réalisée auprès de 4.037 personnes de plus de 15 ans (effectuée entre le 5 septembre et le 12 novembre 2008 par Ipsos pour la Fondation contre le Cancer et financée par le SPF Santé publique), le nombre de fumeurs enregistre une augmentation significative pour la première fois en six ans: le pourcentage de fumeurs est ainsi passé de 27% en 2007 à 30% en 2008 (voir dans le tableau ci-dessous le détail par sexe et tranches d’âge).

Fumeurs quotidiens selon l’âge et le sexe en 2007 et 2008

15-24 ans 25-44 ans 45-64 ans +65 ans total
Femmes 2007 24% 28% 28% 10% 24%
Femmes 2008 19% 36% 32% 8% 26%
Hommes 2007 27% 37% 35% 15% 31%
Hommes 2008 30% 44% 34% 20% 34%
Total 2007 26% 33% 32% 12% 27%
Total 2008 24% 40% 33% 13% 30%

Cette augmentation du nombre de fumeurs n’est pas vraiment une surprise. En effet, d’après l’expérience de ces 30 dernières années, le nombre de fumeurs augmente si de nouvelles initiatives anti-tabac se font attendre.
En 2008, il n’y a pas eu d’augmentation de taxes sur les articles de tabac et l’interdiction totale de fumer dans les cafés n’a pas encore été appliquée. Rappelons que quatorze pays européens ont pourtant déjà banni le tabac dans l’horeca: l’Irlande, la Norvège, l’Italie, Malte, la Suède, l’Écosse, la Lituanie, l’Islande, l’Estonie, l’Angleterre, la France, la Slovénie, les Pays-Bas et la Finlande.
En 2008, notre pays compte environ 5.860.000 personnes qui n’ont jamais fumé, 2.840.000 fumeurs et 1.630.000 ex-fumeurs. Toujours pour cette même année 2008, le pourcentage de fumeurs quotidiens s’élève à 30%, les fumeurs occasionnels représentent 3%, les anciens fumeurs 19% et les personnes qui n’ont jamais fumé, 48%.

Une plus grande visibilité de la ligne Tabac-Stop est souhaitée

La ligne Tabac-Stop est une ligne téléphonique d’informations et de conseils qui répond aux questions relatives au sevrage tabagique et propose un accompagnement adéquat. L’une des quatorze mises en garde présentes sur les paquets de cigarettes reprend le numéro de la ligne: “ Faites-vous aider pour arrêter de fumer : 0800 111 00 ”.

Méthodologie de l’enquête réalisée par IPSOS

Six enquêtes réalisées par Ipsos utilisant la même méthodologie ont été menées auprès de 2.000 personnes en 2002, 2003 et 2005, et auprès de 4.000 personnes en 2006, 2007 et 2008, à la demande du CRIOC (2002), du VIG (2003) et de la Fondation contre le Cancer (2005, 2006, 2007 et 2008).
La marge d’erreur relative à un échantillon de 4.000 personnes est de 1,3 %. On relève une différence significative entre le pourcentage de fumeurs quotidiens en 2007 et 2008.
4.037 personnes ont été interrogées chez elles lors d’une interview en face à face, entre le 5 septembre et le 12 novembre 2008.
L’échantillon a été stratifié en fonction des provinces et du type d’urbanisation. Le croisement de ces deux variables donne 37 cellules. Dans chacune de ces cellules, un point de départ a été sélectionné au hasard et s’est vu attribuer un certain nombre d’interviews proportionnellement à la population de cette cellule. Le nombre de points de départ est estimé à cent.
Des quotas sont appliqués en ce qui concerne le sexe, l’âge, la profession (actif/inactif) et le niveau d’éducation de la personne interrogée.
La détermination des groupes sociaux s’appuie sur un ratio calculé d’après la profession du principal responsable des revenus du ménage et son niveau de formation. La population est classée en fonction de la valeur résultant de la combinaison de ces deux variables, puis répartie en huit groupes plus ou moins égaux. Le groupe qui correspond aux valeurs les plus élevées (et, par conséquent, au niveau professionnel et/ou de formation le plus élevé) est désigné comme le groupe 1, tandis que le groupe 8 concorde avec les valeurs les plus faibles.
La population totale concernait 8.600.000 personnes de quinze ans et plus vivant en Belgique.

Environ 7% de la totalité des paquets portent donc ce message. Cependant, d’après l’enquête, il s’avère que 47% des fumeurs ne connaissent pas l’existence de la ligne Tabac-Stop. En outre, toujours d’après cette enquête, 70% des personnes interrogées souhaitent que le numéro de la ligne Tabac-Stop figure sur tous les paquets de cigarettes.
D’après un communiqué de presse de la Fondation contre le Cancer (4 décembre 2008)

Santé des jeunes d’âge scolaire (1) Bien-être et perception de la santé

Le 30 Déc 20

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Le premier volet de cette enquête étudie un sentiment subjectif, celui de la perception qu’ont les jeunes de leur santé. Une question qui se prolonge par des comportements, comme la consommation de médicaments, mais aussi par d’autres sentiments intimement liés, comme celui de bonheur. Philippe Beague, président de la Fondation Dolto, a été particulièrement interpellé par les résultats.
L’enquête indique que 7 % des jeunes de 13, 15 ou 17 ans ne se sentent pas en très bonne santé. « La santé , les maux de tête , le stress , l’impression de bonheur sont à rapprocher de la confiance que les jeunes ont en eux . Lorsqu’ils sont sûrs d’eux , ils ont plus de plaisir de vivre et les maux physiques les atteignent moins », explique Philippe Beague.
En épluchant ces résultats, on constate que les filles sont plus nombreuses à ne pas se sentir en bonne santé. Philippe Beague y voit deux explications: « Comme ce sentiment relève plus de la confiance en soi , je pense que les filles l’ont davantage parce qu’elles éprouvent davantage de difficultés à trouver leur place dans une société machiste . Une autre explication peut aussi être trouvée dans la pudeur des garçons à affirmer leur mal être : un homme ne doit pas avoir mal , doit être solide , sinon c’est une mauviette Certains d’entre eux ont donc un peu faussé les résultats …»
Philippe Beague considère aussi que les filles ont moins de difficultés à affirmer ce mal-être, simplement par les grands changements hormonaux qu’elles vivent à la puberté, éventuellement accompagnés de douleurs au ventre au moment des règles, à la tête, etc.

Un regard à changer

Un autre élément qui émerge des chiffres est le plus grand nombre d’adolescents de l’enseignement professionnel ou technique qui se disent en moins bonne santé: « Le regard de la société sur ce type d’études est encore très négatif , ce qui peut expliquer la moindre confiance en eux que ces élèves ont . C’est dramatique , car cela voudrait dire que parce qu’on ne fait pas des études plus intellectuelles’ , on vaudrait moins Ces jeunes perdent une grande partie de leur capital confiance par le regard négatif non seulement de la société , mais aussi de certains parents
Convaincu que les plaintes physiques sont liées à un mal-être psychologique, Philippe Beague explique le nombre de plaintes subjectives, comme les maux de tête, de ventre, de dos, les problèmes à s’endormir, l’insomnie… par ce mal-être. Et comme pour confirmer cette explication, l’étude pointe clairement du doigt un sentiment de déprime croissant chez les jeunes.
Elle montre aussi qu’un tiers des jeunes se sentent fatigués tous les matins, les jours d’école, en plus de 15% qui éprouvent cette fatigue 1 à 3 fois par semaine. Une plainte qui est typique d’un sentiment de pré-dépression connu par une partie des adolescents. Après avoir confirmé le mal-être ressenti par ces jeunes, Philippe Beague se fait plus virulent: « Il faudrait voir le rythme de vie qu’ils mènent : trop de parents ne donnent pas au sommeil l’importance qu’il mérite dans la santé de leurs enfants et les laissent regarder la télévision trop tard , ou retardent l’heure du coucher parce qu’ils n’ont pas eu beaucoup de temps avec eux
Autre originalité de cette enquête, on a demandé aux jeunes s’ils se sentaient heureux. 81% affirment l’être, avec des résultats qui s’améliorent avec les années. On remarque sans surprise que ce sont ceux qui se disent en bonne santé qui se disent aussi généralement heureux. Ce sont les filles, les jeunes un peu plus âgés et les élèves de l’enseignement technique et professionnel qui se sentent le moins heureux. On devine que le lien avec la confiance en soi peut donc à nouveau être fait. Les chiffres de l’enquête le montrent : seulement deux tiers affirment avoir cette confiance, une proportion qui tend à diminuer.

Solution chimique au mal de vivre

Vu les plaintes somatiques exprimées par les jeunes, on ne s’étonnera pas que les médicaments qu’ils prennent sont liés à ces maux, en plus des produits pour maigrir. La moitié des jeunes interrogés ont pris, dans le mois qui précédait l’enquête, un médicament contre les maux de tête, un sur trois un médicament contre les maux de ventre. Les traitements contre l’insomnie, la fatigue, la nervosité viennent plus loin, mais concernent tout de même près d’un jeune sur dix pour chaque mal. A égalité avec les médicaments pour maigrir! « Ces jeunes sont dans la culture de consommation de médicaments . Selon moi , ils imitent les parents et ont recours au médicament magique et cache misère . On l’a vu , ces plaintes relèvent pour majorité du somatique . Il faudrait d’abord revoir leur style de vie , remettre certaines choses en question pour résoudre les problèmes à la base
Philippe Beague plaide pour une prévention dès le plus jeune âge: « Chaque humain a un besoin fondamental de bonne estime de soi . Il faut cesser de comparer les gens , de se comparer aux autres , de mettre des étiquettes sur ceux qui sortiraient d’une norme’ . Chaque être est unique , chacun a sa valeur
Il faudrait changer le regard de la société pour donner à chacun son capital confiance, vital pour la santé mentale… et physique!
Carine Maillard

La santé et le bien-être des jeunes d’âge scolaire

Le 30 Déc 20

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Souvenez-vous: il y a quelques mois était publiée une vaste enquête sur la santé des jeunes en âge scolaire (1). Tous les aspects y sont abordés, des habitudes alimentaires à la violence à l’école, en passant par les assuétudes et bien d’autres sujets encore.
Dire que les jeunes sont notre avenir est plus qu’un cliché, c’est une évidence. Et s’intéresser à leur bien-être et leur santé actuels nous permet de miser sur leur bien-être et leur santé de futurs adultes.
Cette étude ne se contente pas de nous offrir une photographie du rapport qu’ont les jeunes d’aujourd’hui à leur santé. En effet, comme elle est répétée régulièrement depuis 1986, des évolutions sont également perceptibles. Par sept fois, on a pu quantifier le sentiment de bonheur, les habitudes alimentaires, les comportements face aux drogues, à l’alcool, en matière de sécurité ou de violence de près de 60.000 jeunes âgés de 10 à 20 ans en Communauté française. Cela permet de voir les évolutions, de se rendre compte que si certaines dimensions de la santé des jeunes sont stables au cours du temps, d’autres évoluent beaucoup plus rapidement.
Education Santé vous propose de revenir au fil des mois sur les enseignements de cette étude. Et pour chaque thème, un intervenant du terrain, médecin, psychologue ou toute autre personne de référence donnera son point de vue et prolongera la relation de quelques chiffres.
Nous commençons ce mois-ci par un cadre plus global mais aussi plus subjectif: comment les jeunes perçoivent-ils leur santé?, avec un intervenant qui connaît bien la psychologie des jeunes, Philippe Beague, président de la Fondation Dolto à Bruxelles (lire plus loin).
Pour suivre, nous aborderons les autres thèmes de l’enquête: la consommation de fruits et de légumes, la pratique du sport, les conduites à risque chez les jeunes (comme le tabagisme, leur consommation d’alcool, celle de cannabis et d’ecstasy), comment ils mènent leur vie affective et sexuelle, leur perception de l’école, de la violence à l’école et enfin les accidents de la route.
Cette série se clôturera par une conclusion d’un spécialiste des adolescents qui fera le point sur la prévention possible et nous donnera quelques pistes d’actions qui pourraient, selon lui, être efficaces.
De quoi, nous l’espérons, vous donner envie de vous plonger (ou de vous replonger) dans ce remarquable travail.
CDB et CM
D. Piette, F. Parent, Y. Coppieters, D. Favresse, C. Bazelmans, L. Kohn, P. de Smet, La santé et le bien-être des jeunes d’âge scolaire. Quoi de neuf depuis 1994?, ULB PROMES, décembre 2003. Le document est accessible sur le site https://www.ulb.ac.be/esp/promes .
(1) Lire PIETTE D., DE SMET P., FAVRESSE D., et al., ‘La santé et le bien-être des jeunes d’âge scolaire. Quoi de neuf depuis 1994?’ et MARECHAL N., ‘La santé et le bien-être des jeunes d’âge scolaire. Les commentaires de la ministre’ , n° 189, avril 2004