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motorcycle and cars on street

Pollution de l’air : informer, sensibiliser, agir

Le 5 Mai 25

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La pollution atmosphérique a un impact majeur sur la santé des Belges. Pourtant des solutions efficaces existent. Reste à convaincre l’opinion publique et sensibiliser les décideurs politiques afin de favoriser une adoption plus large des mesures.

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Ingrid Pelgrims est chercheuse chez Sciensano au sein du service « Évaluation des risques et de l’impact sur la santé » qui évalue l’effet des expositions environnementales sur la santé humaine. Sciensano adopte une approche « One Health », qui favorise une vision intégrée de la santé humaine, animale et environnementale.

La pollution de l’air constitue de loin le plus grand risque environnemental pour la santé en Belgique. A ce titre, la Belgique est un bien mauvais élève en Europe. Elle se place au quatrième rang des pays de l’UE-14 le plus exposé aux particules fines et en cinquième position pour le dioxyde d’azote (NO2)[1]. La quasi-totalité de la population belge vit dans un environnement où les niveaux de pollution sont supérieurs à la valeur recommandée par l’OMS[2] pour les PM2.5  et plus de 85 % de la population belge est exposée à des niveaux dépassant cette valeur seuil pour le N02. Bruxelles et Anvers figurent même parmi les dix premières villes européennes où le dioxyde d’azote est le plus meurtrier[3].

air pollution 2018 sciensano

Cinq sources de pollution de l’air identifiées

Plus de la moitié des émissions de polluants en Belgique est issue des secteurs du transport et du chauffage résidentiel[4]. En ville, le trafic routier reste la principale source de pollution. Dans le secteur résidentiel, l’utilisation de la biomasse (bois) pour le chauffage domestique est une source majeure d’émissions, tandis que dans le secteur des transports, principalement le trafic routier, en particulier les véhicules passagers équipés de moteurs diesel (e.g. EURO 4), constitue une source significative d’émissions de NO2.

A ces deux sources s’ajoutent :

  • la production d’énergie, principalement à travers la combustion de charbon, de gaz naturel ou de pétrole dans les centrales thermiques pour produire électricité et chaleur ;
  • les processus industriels, qui nécessitent des températures très élevées ;
  • l’agriculture, qui génère des poussières lors des travaux agricoles.  Les déjections animales et l’utilisation d’engrais dans les champs produisent également de l’ammoniac. Ce dernier, lorsqu’il se combine avec d’autres gaz dans l’air, forme des particules fines.

Les effets méconnus de la pollution de l’air sur la santé

Les particules fines présentes dans l’air peuvent pénétrer profondément dans les voies respiratoires et atteindre les alvéoles pulmonaires. De là, elles peuvent entrer dans la circulation sanguine et affecter de nombreux organes du corps humain. Celles-ci sont même capables de franchir les barrières hématoencéphalique, qui protège le cerveau[5] et placentaire, qui protège le fœtus[6]. Elles provoquent des réactions inflammatoires au niveau des organes, entraînant une multitude de problèmes de santé à court et à long terme, allant de difficultés respiratoires passagères à des maladies chroniques, telles que l’asthme, les infarctus du myocarde, les accidents vasculaires cérébraux (AVC), et même les cancers. La pollution de l’air est en effet reconnue depuis 2013 comme un cancérogène avéré par le CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer), en particulier en ce qui concerne le cancer du poumon.

Moins connus mais tout aussi préoccupants, les effets de la pollution de l’air influent sur la démence, la dépression, les troubles neurologiques et le diabète. Et ce n’est pas tout : de récentes études ont montré qu’elle augmente le risque de contracter des maladies respiratoires infectieuses, comme le COVID-19 et la grippe[7] [8]. La pollution de l’air est également un tueur silencieux, puisqu’elle est responsable chaque année en Belgique de plus de 5.000 décès prématurés[9].

Les enfants sont particulièrement vulnérables aux effets néfastes de la pollution de l’air car leur système respiratoire, immunitaire et cérébral est en plein développement. Ils ont ainsi plus de risque de développer des allergies, de l’asthme, de l’eczéma, mais aussi des troubles cognitifs et neurodéveloppementaux tels que les troubles du déficit de l’attention (TDA) et les troubles du spectre autistique[10].

L’exposition à la pollution de l’air durant l’enfance est par ailleurs associée à un risque accru de maladies respiratoires, cardiovasculaires et cutanées tout au long de leur vie. Enfin, l’exposition à la pollution de l’air durant la grossesse constitue une période particulièrement critique durant laquelle une exposition élevée aux particules fines augmente le risque de fausses couches, de faible poids à la naissance, ainsi que des troubles du développement neurocomportemental chez les nouveau-nés et les enfants en âge préscolaire[11].

Réduire les émissions provenant du trafic routier, un impératif catégorique

Les stratégies de réduction et de contrôle du trafic routier, telles que les zones basse émission, les rues piétonnes, les rues scolaires, les infrastructures adaptées aux cyclistes et aux piétons, sont parmi les plus efficaces pour réduire l’utilisation de la voiture et les émissions polluantes dans les villes[12]. De récentes études épidémiologiques menées en Belgique par Sciensano démontrent que les interventions de réduction de la pollution de l’air peuvent réduire de façon significative la prévalence des accidents cérébro-vasculaires au sein de la population belge, ainsi que de l’asthme pédiatrique chez les enfants[13] [14].

Les Zones à faible émission (ZFE ou LEZ en anglais) représentent le principal levier en Europe pour lutter contre la pollution de l’air liée au trafic et améliorer la santé publique. A Bruxelles et Anvers entre 2018 et 2022, l’implémentation de la ZFE a permis une nette amélioration de la qualité de l’air, avec une baisse de plus 30 % de la concentration de NO2 selon une étude publiée en 2024[15]. Elle constate d’ailleurs que les quartiers les plus défavorisés de Bruxelles ont connu la plus grande amélioration relative de la qualité de l’air.

Plusieurs grandes villes, telles qu’Anvers, Gand et Bruxelles, ont mis en place des « rues scolaires » où l’accès aux véhicules motorisés est restreint, généralement pendant les heures d’arrivée et de départ des élèves. Ces initiatives sont particulièrement importantes pour protéger la santé des enfants, qui passent une grande partie de leur journée à l’extérieur, notamment dans la cour de récréation. En Wallonie, l’existence des rues scolaires reste encore très limitée. A Bruxelles, près d’une école sur cinq reste largement surexposée à la pollution de l’air[16]. En Flandre, une étude pilote a démontré le potentiel des rues scolaires pour réduire l’exposition au NO2 et au carbone noir aux abords des écoles. Cette étude a révélé une diminution de 14 % de l’inflammation des voies respiratoires et une augmentation de 10 % de l’élasticité des voies respiratoires chez les élèves[17].

Les quartiers apaisés sont des zones où un plan de circulation limite le trafic motorisé de transit par des mesures comme la réduction de la vitesse et la création de davantage d’espace pour la mobilité active. Ces initiatives offrent de nombreux bénéfices : elles améliorent la qualité de l’air, encouragent la marche et le vélo, augmentent la sécurité routière, réduisent le bruit ambiant et améliorent la qualité de vie des habitants. De plus, elles permettent de libérer de l’espace public et crée des opportunités pour accroître les espaces verts en ville, avec de nombreux effets bénéfiques sur la santé. En Flandre, Gand est un exemple de ville mettant en œuvre des quartiers apaisés, notamment dans le centre-ville historique, où la circulation des voitures est interdite, ce qui a permis une diminution de 18 % de la concentration en NO2[18].

A Bruxelles, les politiques de réduction du trafic local, telles que les journées sans voiture, pourraient réduire jusqu’à 30 % l’incidence de l’asthme pédiatrique dans les zones à fort trafic[19]. Et la suppression des véhicules à moteur thermique en région Bruxelles-capitale, initialement prévue pour 2030, pourrait aussi permettre d’éviter jusqu’à 15 % des décès prématurés dus à la pollution de l’air[20].

La végétalisation des espaces urbains

Par leur effet « barrière » et filtrant, les végétaux, et en particulier les arbres, peuvent réduire la contribution des émissions locales aux concentrations de polluants de 15 à 20 %[21]. La création d’espaces verts dans un contexte urbain constitue donc une solution complémentaire intéressante pour réduire l’exposition des citadins à la pollution de l’air. Si elle est bien réfléchie, la végétation permet en effet de dévier l’air pollué vers des couches d’air plus élevées où il se dilue. L’effet est d’autant plus important que la barrière végétale est située à proximité immédiate de la source de pollution. Bien que cet effet soit moindre, la végétation peut aussi avoir un effet filtrant, quand les polluants sont interceptés par les feuilles et les branches, que ce soit par dépôt ou absorption. La présence de végétation dans les espaces urbains offre de nombreux avantages : amélioration de la biodiversité, lutte contre les îlots de chaleur, diminution du bruit et impact bénéfique sur la santé et le bien-être des citadins[22].

Sciensano a récemment publié un rapport complet[23] répertoriant l’ensemble des mesures existantes pour la réduction du trafic routier, et les études scientifiques ayant démontré leur efficacité. Ce rapport a été réalisé dans le cadre du projet BELAIR-POL, financé par le fonds Orcadia, un fonds géré par la Fondation Roi Baudouin et alimenté par la société de gestion Orcadia AM, une société de gestion d’actifs axée sur l’investissement durable. Le rapport est le fruit d’une collaboration avec un large éventail d’acteurs belges impliqués dans la lutte contre la pollution de l’air[24], notamment des représentants des autorités sanitaires et environnementales fédérales et régionales, des mouvements citoyens, des instituts scientifiques, ainsi que des mutualités et organisations environnementales. Parmi ceux-ci, les Chercheurs d’Air ou encore le BRAL cherchent à renforcer la capacité d’agir et impliquer activement les citoyens belges dans le débat. Le 23 mai prochain, les chercheurs d’air organisent une mobilisation pour demander plus de rues scolaires. 

Les SUV, pollueurs massifs
Plus grands, plus puissants, plus lourds et surtout plus polluants, les SUV (Sport Utility Vehicles) ont un impact majeur sur l’environnement et la santé publique. Leur poids élevé et leur taille imposante, combinés à une consommation élevée de carburant en font de véritables « pollueurs ». En raison de leur poids, ces véhicules[C1] [PI2] , génèrent une quantité significative de particules nuisibles, principalement issues de l’usure des pneus sur la route. Si les émissions de particules provenant des échappements ont diminué grâce aux filtres, celles issues de l’usure des pneus et des freins ont, quant à elles, augmenté et représentent aujourd’hui plus de la moitié des particules générées par le trafic routier en Europe[25].
Outre l’émission de particules fines, ils sont par ailleurs responsables d’une hausse significative des gaz à effet de serre. Si les SUV formaient un pays, ils seraient le 5e plus gros émetteur de CO2 au monde. Enfin, Les SUV ne sont pas seulement une menace pour l’environnement, ils sont aussi beaucoup plus dangereux et plus souvent impliqués dans des accidents graves et mortels[26].

Le charme d’un feu de bois, mais à quel prix pour la santé ?
Les cheminées ouvertes produisent une combustion incomplète, ce qui génère une grande quantité de polluants gazeux et particulaires. En Wallonie, le chauffage au bois, tous types d’installations confondues, est ainsi responsable de plus d’un tiers des émissions de particules fines.
En plus de leur très faible rendement énergétique, leur impact sanitaire est considérable. En Europe, la pollution provenant du chauffage à bois est responsable chaque année de 40 000 décès prématurés[27]. Une récente étude, basée sur l’analyse du parcours de santé de 50.000 femmes aux USA, a par ailleurs montré que l’utilisation accrue de poêles à bois ou de feux ouverts augmentait considérablement le risque de développer un cancer du poumon. Ce risque augmenterait ainsi de 68 % pour une population se chauffant au bois minimum 30 jours par an en comparaison avec une population ne se chauffant pas au bois[28]. L’étude suggère par ailleurs que même la combustion occasionnelle de bois à l’intérieur contribue à l’augmentation du risque de cancer du poumon.

Références
[1] Vers une Belgique en bonne santé. 2024
[2] Les Directives de qualité de l’air de l’OMS fixent des valeurs limites de concentration pour les polluants dans l’air afin de protéger la santé humaine. Pour les PM2.5 par exemple (particules dont le diamètre est inférieur à 0,0025 millimètres), l’OMS recommande une concentration annuelle maximale de 10 µg/m³.
[3] Khomenko S, et al. Premature mortality due to air pollution in European cities: a health impact assessment. The Lancet Planetary Health. 1 mars 2021;5(3):e121‑34
[4] Bruxelles-Environnement.Qualité de l’air extérieur : état des lieux. 2024
[5] Qi Y, et al. Passage of exogeneous fine particles from the lung into the brain in humans and animals. Proceedings of the National Academy of Sciences. 28 June 2022; 119(26):e2117083119
[6] Bové H, et al. Ambient black carbon particles reach the fetal side of human placenta. Nat Commun. 17 sept 2019;10(1):3866
[7] Zorn J, et al. Effects of long-term exposure to outdoor air pollution on COVID-19 incidence: A population-based cohort study accounting for SARS-CoV-2 exposure levels in the Netherlands. Environ Res. 2024 Jul 1;252(Pt 1):118812
[8] Weaver AK, et al. Environmental Factors Influencing COVID-19 Incidence and Severity. Annu Rev Public Health. 5 avr 2022;43:271‑91
[9] European Environment Agency. Harm to human health from air pollution in Europe: burden of disease 2023
[10] European Environment Agency. Air pollution and children’s health, April 2023
[11] Cosemans C, et al. Prenatal particulate matter exposure is linked with neurobehavioural development in early life. Environmental Research. 1 juill 2024;252:118879.
[12] Paula K, et al. A dozen effective interventions to reduce car use in European cities: Lessons learned from a meta-analysis and transition management, Case Studies on Transport Policy. 2022; 10 (3): 1494-1513
[13] Pelgrims I, et al. Assessing the benefits of hypothetical air pollution reduction interventions on stroke in Belgium. European Journal of Public Health. 1 oct 2023;33(Supplement_2):ckad160.031.
[14] Vandeninden B, et al. Impact assessment of local traffic interventions on disease burden: A case study on paediatric asthma incidence in two European cities. Journal of Transport & Health. 1 Feb 2025;40:101953.
[15] Bruyneel L, et al. Positive Impact of the Introduction of Low-Emission Zones in Antwerp and Brussels on Air Quality, Socio-Economic Disparities and Health: A Quasi-Experimental Study. Rochester, NY: Social Science Research Network; 2024
[16] Leemans R, Dornier P. Plus d’une centaine d’écoles fondamentales bruxelloises surexposées au NO2. Les chercheurs d’air; 2024
[17] Den Hondt E. Interventiestudie schoolomgeving: Impact van schoolstraat. VITO; 2020.
[18] IVA Mobiliteitsbedrijf i.s.m. Transport & Mobility Leuven. Evaluatie Circulatieplan Gent. Transport & Mobility Leuven; 2018
[19] Van de Vel K, et al. Phasing out of combustion engine vehicles in the Brussels-Capital Region : impact on health. Bruxelles-Environnement; 2021
[20] Pelgrims I, Pauwels A, De Clercq E. Overview of air quality measures aiming to reduce emissions from road traffic and mitigate health impact in Belgium. Bruxelles: Sciensano; 2024 p. 58.
[21] Lauwaet D, et al. Impact van Nature Based Solutions in het Brussels hoofdstedelijk gewest. Bruxelles-Environnement ; 2020
[22] Aerts R, et al. Residential green space and mental health-related prescription medication sales: An ecological study in Belgium. Environ Res. août 2022;211:113056
[23] Pelgrims I, Pauwels A, De Clercq E. Overview of air quality measures aiming to reduce emissions from road traffic and mitigate health impact in Belgium. Bruxelles: Sciensano; 2024 p. 58.
[24] Membres du comité de suivi du projet BELAIR-POL: Department Zorg, SPF Santé Publique, Sécurité de la Chaine alimentaire et Environnement, Cellule Interrégionale de l’environnement (Celine), Vlaamse Milieumaatschappij (VMM), Les Mutualités Libres, Canopea, Institut Scientifique de Service Public (ISSEP), Bruxelles-environnement, Les chercheurs d’air, BRAL, Federal Planning Bureau, Kom op tegen kanker, Agence wallonne de l’Air et du climat (AWAC)
[25] Martini G. Scientific evidence on vehicle’s emissions 2018 : Preparing for the future European Emission Standards for Light and Heavy Duty Vehicles
[26] Nuyttens N. Impact des caractéristiques des véhicules sur la gravité des lésions des occupants de voiture et de la partie adverse. VIAS ; 2023
[27] Sigsgaard T, et al. Health impacts of anthropogenic biomass burning in the developed world. European Respiratory Journal. 30 nov 2015;46(6):1577‑88
[28] Mehta SS, et al. Indoor wood-burning from stoves and fireplaces and incident lung cancer among Sister Study participants. Environment International. 1 août 2023;178:108128

the man holds the child's hand and walk down the street.

Stress thermique en région Bruxelles-Capitale – les cartes des vulnérabilités

Le 5 Mai 25

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Faire la somme des vulnérabilités environnementales pour orienter l’action publique. Une recherche-action comble en partie un manque de données sur les inégalités environnementales, en investiguant notamment le sujet du stress thermique. Extraits

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Durant l’année 2024, le Centre d’écologie urbaine et le Centre de recherche de Bruxelles sur les inégalités sociales (Crebis) ont mené une recherche-action pour mieux comprendre les vulnérabilités climatiques des personnes sensibles mais aussi hyper-précaires identifiées à Bruxelles en détaillant leurs expositions, leurs sensibilités et leurs capacités d’adaptation face aux aléas liés au changement climatique. La première étape de cette recherche s’est déroulée avec des travailleurs de terrain du secteur social-santé.

La vulnérabilité à un aléa climatique peut être définie comme la combinaison de trois éléments : l’exposition, la sensibilité et la capacité d’adaptation[1], et schématisée comme la formule mathématique suivante :

Vulnérabilité = exposition + sensibilité – capacité d’adaptation.

L’exposition aux aléas climatiques correspond à la nature et à l’intensité avec lesquelles une personne est confrontée à ces aléas sur une période donnée. Plus l’exposition est importante, plus la vulnérabilité augmente. Cette recherche nous invite à élargir cette notion à d’autres types d’aléas : les personnes étudiées dans ce rapport sont, en effet, confrontées à une série de situations socio-économiques et socio-politiques défavorables, sur lesquelles nous reviendrons.

La sensibilité aux aléas climatiques désigne le degré auquel une personne est affectée, positivement ou négativement, par la survenue d’un aléa climatique et les manifestations précises de l’aléa sur les personnes concernées. Cette sensibilité peut résulter de facteurs intrinsèques (par exemple le fait, pour une personne âgée, de moins bien supporter les chaleurs nocturnes) et être amplifiée par une situation socio-économique précaire, qui accroît les comorbidités. Plus la sensibilité est élevée, plus la vulnérabilité est renforcée.

La capacité d’adaptation est la capacité d’ajustement de la personne (ou du réseau de personnes sur lequel elle peut s’appuyer) afin d’atténuer les effets, d’exploiter les opportunités et de manière plus générale de faire face aux conséquences des aléas climatiques. Ici aussi, il existe une corrélation négative entre capacité d’adaptation et précarité socio-économique. Plus la capacité d’adaptation est importante, plus la vulnérabilité de l’élément exposé est faible.

En milieu urbain, le stress thermique va s’accentuer dans les prochaines années. Ce terme désigne à la fois :

  • les vagues de chaleur (ou canicules) – une période d’au moins cinq jours consécutifs durant laquelle la température maximale atteint ou dépasse 25 °C chaque jour, avec au moins trois jours où cette température maximale atteint ou dépasse 30 °C ;
  • les îlots de chaleur qui désignent la différence de température entre les centres urbains et leur environnement rural et qui peuvent être mortels (IRM, 2020).

D’ici 2100, à trajectoire climatique inchangée, le centre-ville de Bruxelles pourrait voir le nombre de vagues de chaleur tripler, leur intensité doubler et leur durée augmenter de 50 % (IRM, 2020). L’indicateur utilisé massivement à Bruxelles pour figurer le stress thermique est l’indice de température à globe humide (TGH) qui prend en compte la température, l’humidité et le rayonnement solaire. Cet indice entend indiquer la « température ressentie »[2]. A Bruxelles, il a été extrapolé sur la base d’une journée typique estivale à la station uccloise – le 24 août 2016. Les paramètres ont été reconstruits puis appliqués sur le reste de la région[3].

Certaines populations vulnérables sont particulièrement exposées au stress thermique.

Les seniors

Leur sensibilité biologique face au stress thermique et à la pollution atmosphérique est aggravée par des politiques publiques insuffisantes. Les chercheurs estiment à 9.000 le nombre de seniors bruxellois·es incapables d’adapter leur logement aux vagues de chaleur.

stress thermique et pa

Les enfants en bas âge

Particulièrement sensibles à la pollution de l’air et au stress thermique. L’étude rappelle que la totalité des bâtiments scolaires bruxellois dépassent les normes de pollution atmosphérique recommandées par l’OMS et que moins de 10% des écoles maternelles et primaires bruxelloises sont dotées d’une rue scolaire.

stress thermique et enfant moins de 3 ans


Les personnes vivant dans l’espace public

Les personnes sans-abri et les personnes migrantes sont constamment exposés aux conditions environnementales hostiles. Les dispositifs d’aide lors des vagues de chaleur restent moins développés que ceux pour les grands froids. Les professionnels de terrain souhaitent dépasser l’approche saisonnière.

stress thermique et personnes à la rue

Les personnes vivant dans des logements indignes (logements interdits à la location, insalubres, squats)

Elles cumulent exposition à la chaleur, mauvaise isolation et pollution de l’air intérieur. Il y a un lien très clair entre précarité socio-économique et incapacité à maintenir un logement frais en été.

stress thermique et logement indigne care

Ces populations sont intrinsèquement vulnérables au changement climatique mais sont aussi et surtout “vulnérabilisées” notamment par des choix politiques externes. Le rapport souligne la nécessité d’investir dans des mesures d’adaptation ciblées, comme l’amélioration des infrastructures d’accueil face à la chaleur et un accès plus équitable aux espaces verts. Les chercheurs recommandent également d’inclure les populations concernées dans les futures recherches collaboratives, afin d’approfondir la compréhension de ces vulnérabilités et de concevoir des politiques publiques plus efficaces.

Le rapport complet : De Muynck, S., Bottero, M., Ragot, A., Lelubre, M. 2025. Les vulnérabilités des personnes hyper précaires et/ou sensibles aux aléas climatiques à Bruxelles : premier état des lieux. Rapport pour la COCOM. Bruxelles. Mars 2025.

Références

[1] Ademe, 2011 ; Dequincey & Thomas, 2017 ; Beccera & Peltier, 2009 ; Leone et al. 2010 ; Przydrozny et al. 2010 ; Morard, 2011

[2] Initialement, l’indice permet de sonder les risques de coups de chaleur chez les travailleurs ou les personnes ayant une activité physique mais il est généralement utilisé pour tous les types de publics.

[3] De Ridder, K., Lauwaet, D., & Maiheu, B., 2015. “UrbClim  «  A fast urban boundary layer climate model » Urban Climate, 12, 21–48.

mammography

Dépistage précoce du cancer : le défi de la couverture 

Le 27 Fév 25

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L’accord du nouveau gouvernement fédéral mentionne l’adoption d’un nouveau Plan Cancer, dont l’édition précédente datait de 2008. Il insiste sur la volonté de promouvoir le dépistage précoce et la vaccination. Cela passera par la collaboration avec les entités fédérées, qui proposent déjà des programmes de dépistage pour trois cancers : sein, colon et col de l’utérus. Toutefois, ces dépistages organisés se heurtent à divers obstacles, comme la pratique du dépistage individuel, les inégalités socio-économiques et de littératie, et le lobbying de certain.es praticien.nes. 

En 2023, près de 78 500 Belges ont reçu un nouveau diagnostic de cancer, dont 43 000 hommes et 35 500 femmes, d’après les statistiques du Registre belge du cancer (BCR). Si l’incidence – c’est à dire le risque de développer un cancer – est plus élevée que la moyenne européenne, la mortalité se situe désormais en dessous de la moyenne européenne selon le registre européen des inégalités face au cancer de l’Organisme de coopération et de développement économique (OCDE). 

Plus de deux diagnostics sur trois ont été posés chez des patients âgés de plus de 60 ans. Si le nombre de cancers diagnostiqués augmente, l’incidence du cancer standardisé reste stable pour les hommes, et augmente très légèrement pour les femmes. « Cette augmentation est principalement liée à des raisons démographiques, car la population s’accroît et vieillit », explique Dr Jean-Benoît Burrion, directeur médical et coordinateur de BruPrev, l’organisme en charge de piloter et évaluer les programmes en région bruxelloise. Quant à l’aspect genre, une des hypothèses du médecin est qu’elle est en grande partie liée à la consommation de tabac – les hommes fument moins qu’avant, tandis que la consommation des femmes stagne. 

incidence du cancer bcr hommes femmes 2022
(source : registre national du cancer- 2022)

Chez les hommes, le cancer de la prostate est le cancer le plus fréquent, suivi du cancer du poumon et du cancer colorectal. Chez les femmes, le cancer le plus fréquent est le cancer du sein, suivi par le cancer du poumon et le cancer colorectal. 

Le cancer du col de l’utérus arrive en treizième position en termes d’incidence, mais il est le quatrième cancer le plus fréquent chez les jeunes femmes. « C’est un cancer rare, mais qui est très vulnérable au dépistage, ce qui de concert avec la vaccination contre le papillomavirus (HPV) pour homme et femme, devrait permettre de réduire un jour la mortalité à zéro », précise le Dr Burrion. 

Inégaux face au cancer 

Dans son registre européen sur les inégalités face au cancer, l’OCDE constate qu’en Belgique les disparités socio-économiques sont considérables en ce qui concerne l’exposition aux cinq principaux facteurs de risque pour le cancer : le tabac, l’alcool, la pollution de l’air, le surpoids et l’obésité, l’exposition au papillomavirus (HPV). De plus, un tiers des Belges seulement déclarent atteindre les niveaux recommandés d’activité physique quotidienne, alors que l’exercice physique est un facteur protecteur contre le cancer (lien vers l’article d’Education Santé « Inactivité physique : les acteurs se mettent en ordre de marche »). 

L’organisation note aussi que la précarité et le faible niveau de littératie en santé dans certaines catégories de la population augmentent particulièrement le risque de ne pas se faire dépister. En Wallonie, le Centre de Coordination et de Référence pour le dépistage des cancers (CCRef) travaille justement activement avec divers partenaires en promotion de la santé pour encourager le dépistage organisé auprès des publics précarisés, qu’il s’agisse de la Fondation contre le cancer, de la LUSS (Ligue des Usagers des Services de Santé) ou encore de PSMG (Promotion Santé et Médecine Générale). Il donne aussi des formations pour que ces partenaires puissent mieux sensibiliser leurs publics à l’importance de participer au dépistage organisé. 

Bien que les directives européennes sur le dépistage soient mises en œuvre dans les trois régions, les taux de couverture du programme sont inférieurs aux niveaux cibles recommandés de 70 %. Les programmes se heurtent à des obstacles, comme le fait d’avoir ou non le reflexe du dépistage individuel, les inégalités socio-économiques et de littératie, et le lobbying de certains praticien.nes notamment en ce qui concerne le sein. 

« Des dépistages, on peut en faire pour de nombreuses maladies, et quand on met en place un dépistage organisé, qui s’adresse à certaines tranches d’âge de l’ensemble de la population, il y a toute une série de critères à respecter, explique Michel Candeur, coordinateur du CCRef. Il faut non seulement que cela soit faisable, mais aussi acceptable, économiquement soutenable, etc. Pour le moment il n’y a que trois dépistages qui correspondent à ces critères : le sein, le colon et le col de l’utérus. » 

Quelques chiffres : 

  • Sein : 11 592 cas par an en 2023 – le taux de survie est de 86%  
  • Colon : 8 000 cas par an (52 % d’hommes pour 48% de femmes) en 2022 – le taux de survie est de 68% 
  • Col de l’utérus : 641 cas par an (en 2022), le taux de survie est de 65% 

Cancer du sein : dépistage organisé vs bilan personnalisé  

mammography

En près de 20 ans, la mortalité spécifique par cancer du sein, standardisée pour l’âge, a diminué de 33 %. Elle est aujourd’hui sensiblement la même dans les trois régions du pays, en partie en raison de l’amélioration de l’efficacité des traitements.  

Le dépistage du cancer du sein concerne depuis 2002 les femmes entre 50 et 69 ans. 58% des Belges s’y tiennent avec des différences substantielles entre les trois régions : 45% à Bruxelles, 49% en Wallonie et 65% en Flandre. 

Comme l’incidence du cancer du sein augmente chez les femmes de plus de 70 ans, et touche parfois les femmes avant leurs 50 ans, l’Union Européenne suggère depuis 2022 de mener un dépistage annuel chez les femmes dès 45 ans, puis de poursuivre avec un examen bisannuel à partir de 50 ans jusqu’à 74 ans.  

En Wallonie, depuis 2002, les femmes entre 50 et 69 ans reçoivent tous les deux ans un courrier faisant office de prescription pour réaliser une mammographie gratuite (aussi appelé « mammotest ») dans une unité agréée. Il est aussi possible de solliciter ce dépistage à tout moment via le site du CCRef. Pourtant, elles ne sont que 5% à répondre à l’invitation. En effet, 44% des femmes se font dépister en suivant les conseils de leur médecin généraliste ou de leur gynécologue à travers un bilan personnalisé parfois dès 40 ans. « Ce bilan devrait être réservé aux 20 % de femmes qui ont vraiment besoin d’un suivi spécifique », explique Michel Candeur.  

A titre de comparaison, en Flandre, où le dépistage individuel n’était pas une pratique courante avant 2002, le dépistage organisé s’est massivement imposé - à hauteur de 50%, quand seulement 10% repose sur l’impulsion des médecins généralistes. Le système d’invitation fixe le lieu et l’heure du rendez-vous de dépistage. Il est basé sur des algorithmes complexes et implique la participation des unités de mammographie à une programmation coordonnée. 

L’essor de la tomo-synthèse, une technique pourtant coûteuse 

Au Sud du pays, la force de l’habitude, mais surtout le recours de plus en plus fréquent à la radiologie 3D (tomosynthèse) dans le dépistage individuel explique en grande partie la baisse du recours au dépistage organisé (le taux de participation tournait autour de 10% entre 2006 et 2008 pour descendre progressivement à 7% en 2015 et atteindre aujourd’hui 5%). 

« Beaucoup de radiologues/sénologues préfèrent cette technologie qui permet de faire ‘tourner’ les images. Le dépistage organisé, lui, n’autorise pas le recours à la tomosynthèse car les études scientifiques n’ont pour l’instant pas démontré une nette valeur ajoutée en termes de performance ou de moindre irradiation », poursuit le coordinateur wallon.  

Par ailleurs, pour les radiologues, le dépistage de masse (Mammotest) – qui prévoit que la mammographie puisse être réalisée par un technicien en imagerie médicale – représente possiblement un manque à gagner d’environ 50 %, d’où « le lobbying qui existe depuis 30 ou 40 ans en faveur du dépistage individuel », analyse Michel Candeur. En effet, si dans le dépistage organisé, le radiologue continue d’être rémunéré pour l’acte technique et sa lecture, il ne reçoit pas d’honoraires de consultation. C’est pourquoi, du point de vue du système de santé, le dépistage individuel est aussi un dépistage qui coûte cher. 

L’exception bruxelloise sur le cancer du sein 

La région bruxelloise fait figure d’exception à plusieurs titres. Le nombre annuel de cas de cancer du sein à Bruxelles est d’environ 900 (2022).  C’est 32 % de moins qu’en Wallonie et en Flandre ! Pour quelle raison ? Parce que la population bruxelloise est plus jeune, selon Bruprev. 

Ces 20 dernières années, la fréquence absolue du cancer du sein à Bruxelles reste stable. Rapportée à la population, la fréquence montre cependant une légère diminution (94/100.000 en 2004, 74/100.000 en 2022). Ce qui peut s’expliquer à la fois par l’augmentation de la population et son rajeunissement. Cet aspect cache une autre réalité : une légère augmentation de la fréquence du cancer du sein chez les femmes de 70-85+ ans est compensée par une légère diminution chez les femmes de moins de 60 ans. « Contrairement à ce que l’on entend souvent, il n’y a pas d’augmentation de la fréquence du cancer du sein chez les femmes jeunes » précise le Dr Burrion. 

Autre fait remarquable à Bruxelles : les chiffres de 2009-2013 montrent que la fréquence et la mortalité du cancer du sein augmentent avec le statut socio-économique de la commune de résidence. Sur la période 1998 à 2007, l’Observatoire Bruxellois de la santé et du social a aussi mis en évidence, qu’après l’âge de 50 ans la mortalité par cancer du sein est trois fois moindre chez les femmes issues de l’immigration turque et marocaine que chez les femmes belges, selon les chiffres de 2015. 

Enfin, en région bruxelloise, les campagnes de sensibilisation, qu’elles soient régionales (Bruxelles, Wallonie, Flandres) ou locales (Communes, mutuelles) n’ont jamais amélioré la participation au programme. « Tout ce qu’on a essayé pour augmenter la couverture du dépistage du cancer du sein à Bruxelles n’a pas eu d’effet :  les campagnes, les conférences, les bus, etc… constate le Dr Burrion. La couverture de ce dépistage, même si elle plafonne à 10 %, reste stable depuis 15 ans. Les médecins généralistes devraient pouvoir consacrer plus de temps à la prévention et au dépistage lors de la consultation. Le problème c’est que, très souvent, ils n’ont pas ce temps ». 

organismes dépistage et suivi épidémio cancer

Cancer colorectal : un tabou persistant 

51% de la population belge se dépiste pour le cancer du côlon. Là encore, avec une nette différence de part et d’autre de la frontière linguistique – 29% à Bruxelles, 33% en Wallonie et 63% en Flandre. 

Depuis 2009, un dépistage organisé existe pour le cancer colorectal en mettant des auto-tests à disposition. En Flandre, toutes les personnes entre 50 à 74 ans reçoivent un kit permettant de prélever un échantillon de selles qui sera ensuite analysé en laboratoire pour y déceler l’éventuelle présence de sang occulte (non visible à l’œil nu). 55% des Flamands renvoient un échantillon – ce qui représente une perte économique importante. 

A Bruxelles, Bruprev a mené plusieurs campagnes de promotion du dépistage, notamment sur des marchés à la rencontre des citoyen.nes en 2021 et 2023. « L’effet dure en moyenne deux mois, puis retombe », regrette le coordinateur bruxellois. Actuellement, l’organisme met en place un partenariat avec les pharmaciens, un courrier invite à aller chercher un autotest en officine. 

En Wallonie, un courrier est envoyé à toutes les personnes entre 50 à 74 ans : celles qui en font la demande reçoivent dans un deuxième temps un kit de dépistage.  Comme pour le cancer du sein, il est aussi possible de solliciter un dépistage via la plateforme du CCRef. « Les personnes entrent leur numéro national et s’ils sont dans les critères, ils reçoivent le kit de dépistage dans la quinzaine, précise Michel Candeur. Au départ, la méthodologie n’était pas optimale, mais depuis 2016, on a introduit un test immunologique qui présente une très grande sensibilité. » En cas de résultat positif, les personnes sont invitées à réaliser une coloscopie, seul examen capable d’infirmer ou de confirmer le diagnostic de cancer colorectal. Actuellement, 15 % du public cible se fait dépister, un pourcentage auquel il faut ajouter les 18 % de personnes directement dépistées grâce à une coloscopie, parfois réalisée pour d’autres raisons. 

« Il n’y a pas de compétition entre ces deux voies de dépistage, précise le coordinateur wallon. Par ailleurs, si la coloscopie est l’examen par excellence pour dépister le cancer colorectal, on ne peut pas l’imposer à tout le monde : ils ont essayé de le faire en Allemagne mais le taux de participation n’a jamais dépassé les 6 %… » Actuellement, 82 % des Wallon.nes concerné.es par un résultat positif réalisent la coloscopie. « Il y a donc une bonne compliance, même si l’Europe dit qu’il faudrait atteindre au minimum 90 % après un test positif », poursuit-t-il. Par ailleurs, pour permettre une diminution de la mortalité, le taux de dépistage global devrait atteindre 60 à 70 %. 

Le prélèvement de selles est fréquemment perçu comme tabou. « Pour toute une partie de la population, ‘on ne parle pas de ces choses-là’. Mais le dépistage du cancer colorectal est d’autant plus justifié qu’il permet de trouver des lésions précancéreuses qui n’évolueront pas en cancer et qui permettront d’avoir une qualité de vie préservée », encourage Michel Candeur.  

Col de l’utérus, dépistage nouvelle formule  

Le taux de couverture globale est de 56% avec des chiffres similaires dans les trois régions : 56% en Wallonie, 54% en Flandre et 51% à Bruxelles. L’objectif est d’atteindre un taux de 90 % de participation au sein de la population cible.  

Depuis le 1er janvier 2025, le dépistage du cancer du col de l’utérus est modifié pour le rendre plus efficace. Pour les jeunes femmes de plus de 30 ans, le frottis est testé pour le HPV tous les cinq ans. Ce n’est que si ce test HPV est positif qu’un test cellulaire supplémentaire (test cytologique) est effectué. Pour les femmes entre 25 et 29 ans, le test cytologique tous les trois ans perdure pour limiter le risque de faux-positifs. Avant, le dépistage individuel était généralement pratiqué tous les trois ans chez toutes les femmes (et par le passé, tous les deux ans et même tous les ans). 

Bruxelles n’a pas encore mis en place ce projet, faute de budget. Tandis que la Flandre et la Wallonie ont opté pour un système d’invitation comme pour le sein. 

Côté wallon, depuis janvier 2025 des lettres d’invitation sont envoyées à toutes les femmes entre 25 et 64 ans, mais elles ne font pas office de prescription. « Il faut se rendre chez son gynécologue ou chez un médecin traitant, par exemple en maison médicale où beaucoup pratiquent le frottis. Le dépistage est gratuit mais le ticket modérateur de la consultation est à charge de la patiente », précise Michel Candeur. 

Ce programme de dépistage vient appuyer la large campagne de vaccination contre le HPV (Human PapillomaVirus). « L’Europe s’est fixé pour objectif d’atteindre 90% de filles vaccinées et une augmentation significative de garçons vaccinés d’ici 2030, les garçons étant aussi impactés par ces virus, rappelle Michel Candeur. Par ailleurs, le vaccin protège de cancers dont on parle peu comme le cancer anal, le cancer de la gorge, le cancer du pénis… ». Le vaccin gratuit est recommandé pour les femmes et les hommes. La couverture vaccinale à Bruxelles est de 50,2 % tandis qu’elle est de 84,3 % en Flandres d’après le KCE. 

Comme pour les autres dépistages, les centres de screening de chaque région travailleront de manière coordonnée. « Nous échangeons nos méthodes, nos process, ce qui nous permet de faire évoluer nos approches et notamment de mieux cibler nos publics géographiquement ou économiquement défavorisés », conclut Michel Candeur. 

S’attaquer au poumon, au pancréas et à la prostate 

Plusieurs projets sont en réflexion pour améliorer le dépistage des cancers du poumon, du pancréas et de la prostate. Un projet-pilote mené par l’université d’Anvers analyse l’intérêt de la mise en place du dépistage annuel ou bisannuel du cancer du poumon pour les gros fumeurs à partir de l’âge de 50 ans. Tandis qu’une autre étude se penche sur celui du pancréas chez les personnes à très haut risque. Pour la prostate, il est surtout question de trouver un moyen de résorber le surdiagnostic et les faux-positifs. 

Références : 

  • registre européen des inégalités face au cancer – rapport OCDE (en anglais) 
  • KCE REPORT 376C – Performance of the Belgian health system: report 2024  
  • Les trois organismes belges sont : 
  • Bruprev en Région Bruxelles-Capitale
  • En Wallonie, le Centre de Coordination et de Référence pour le dépistage des cancers (CCRef

Encart : Des dessinateurs pour sensibiliser au dépistage dans une des régions les plus touchées de France 

En France, au Sud-Ouest d’Amiens, la zone connaît les plus forts taux d’incidence de cancer de l’hexagone. Une communauté de communes a fait appel à l’association The Ink Link, une association de médiation en santé créée par des dessinateurs. Leur mission a été de combiner un projet de sensibilisation sur l’importance du dépistage et une exposition de vulgarisation scientifique.   

Pour impliquer les publics cibles et s’assurer que ceux-ci viennent voir l’exposition, the Ink Link a proposé d’ajouter un pan artistique. La première phase du projet a consisté à réaliser des «  micro-trottoirs dessinés » pour briser la glace avec les participant.es avant d’organiser des groupes de parole autour du dépistage. Les échanges ont permis de constater que celui-ci est associé de manière unanime à différentes peurs : de la maladie, de l’annonce, de mourir. 

Les participant.es ont  exprimé leurs émotions sur des supports, qui ont ensuite été travaillés par une artiste plasticienne. Ils ont été montrés lors d’une exposition itinérante en deux volets avec d’un côté la partie artistique contributive, de l’autre l’exposition scientifique pour informer sur les mécanismes du cancer et augmenter le pouvoir d’agir. Ces informations ont été vulgarisées de manière à simplifier l’essentiel et à ajouter une dimension ludique. L’exposition itinérante s’est tenue dans toutes les communes de la collectivité. 

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Endométriose : un parcours de combattantes 

Le 2 Déc 24

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Clara Noirhomme travaille au service d’études de la MC (Mutualité Chrétienne)

Sous-diagnostic, errance, mauvaise organisation des trajets de soins, inégalités sociales. Pour les 280 000 femmes souffrant d’endométriose en Belgique, c’est la double peine. Malgré des initiatives politiques récentes, l’endométriose est aujourd’hui encore insuffisamment connue et reconnue. La MC a mené une étude pour objectiver l’impact sur la santé et sur d’autres aspects de la vie quotidienne des femmes, le reste à charge pour les patientes et constate que le recours aux soins est plus difficile pour les femmes dont les conditions socio-économiques sont défavorables. 

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En Belgique, une femme en âge de procréer sur dix serait atteinte d’endométriose, soit potentiellement plus de 280 000 femmes. L’endométriose est une maladie complexe et multifactorielle et son origine exacte reste encore partiellement incomprise, notamment en raison du sous-financement de la recherche. S’il existe des cliniques dans plusieurs hôpitaux belges proposant un suivi multidisciplinaire, ces cliniques ne sont pas reconnues ni organisées à l’échelle territoriale pour répondre aux besoins des patientes.

Cette maladie invalidante est causée par la présence d’endomètre en dehors de l’utérus. L’endomètre est une muqueuse qui tapisse normalement uniquement l’intérieur de l’utérus. Elle se gorge de sang au cours du cycle menstruel qui est éliminé en période de règles. Quand l’endomètre s’étend en dehors de l’utérus, il peut former des lésions sur les ovaires, les trompes, les intestins, la vessie, etc…  

Les symptômes principaux sont des douleurs invalidantes pendant les règles, pendant et après les rapports sexuels, des douleurs pelviennes chroniques et la stérilité, ainsi que des douleurs dorsales et des problèmes vésicaux ou intestinaux. Bien qu’elle diminue drastiquement la qualité de vie de nombreuses femmes, l’endométriose est sous-diagnostiquée en raison de la normalisation sociétale de la douleur des femmes. 

La normalisation sociétale de la douleur des femmes fait référence à la manière dont la société tend à minimiser ou à banaliser la douleur ressentie par les femmes, souvent en raison de stéréotypes de genre et de biais culturels. Cela peut se manifester par une prise en charge médicale inadéquate, où les plaintes des femmes sont moins prises au sérieux, ou par des attentes sociales qui considèrent certaines douleurs comme « normales » pour les femmes, comme les douleurs menstruelles. Cette normalisation peut avoir des conséquences importantes sur la santé des femmes, car elle peut mener à un retard dans le diagnostic et le traitement de conditions médicales sérieuses.

Errance diagnostique et thérapeutique

Toutes les études internationales s’accordent pour dire que le délai entre l’apparition des premiers symptômes et la pose du diagnostic est très long. Ces délais sont d’autant plus longs que les premiers symptômes apparaissent tôt. Cela est à mettre en lien avec la minimisation et la décrédibilisation de la douleur des femmes, le manque d’écoute et de prise en considération qu’elles subissent, surtout lorsqu’elles sont jeunes. Le délai est également beaucoup plus long pour les femmes dont les douleurs pelviennes constituent le symptôme principal, par rapport à celles dont le symptôme principal est l’infertilité1. Le fait qu’il soit plus facile d’obtenir un diagnostic lorsqu’un désir d’enfant est inassouvi que lorsque l’origine de la recherche de soins est la douleur pose également la question de la prise en charge de la douleur des femmes… à qui on a trop souvent répété qu’il était normal d’avoir mal. La minimisation de la douleur empêche de poser un diagnostic rapide parce que ce symptôme n’est pas reconnu par les prestataires de soins, pour procéder à des investigations diagnostiques, proposer un traitement anti-douleur et référer vers les spécialistes compétents. 

Dans l’étude de la MC, l’âge médian de détection des femmes atteintes d’endométriose est de 34 ans. Cela confirme donc que les soins sont plus difficilement accessibles pour les femmes jeunes. En Belgique, le délai de diagnostic moyen est de cinq ans pour des patientes suivies à la clinique de l’endométriose de Louvain2, qui est un des centres les plus spécialisés en Belgique… ce qui pose la question du délai de diagnostic effectif pour les patientes qui ne trouvent pas leur chemin jusqu’à ces soins spécialisés. 

L’étude met également en lumière cette errance, qui n’est pas seulement diagnostique mais aussi thérapeutique : sur une période de 3 ans, les femmes ayant été hospitalisées ou en incapacité de travail en raison de l’endométriose en 2022 ont rencontré en moyenne cinq gynécologues différents. Certaines d’entre elles, soit 5 %, rencontrent même plus de 12 gynécologues, alors que la majorité des autres femmes voient toujours le·la même gynécologue sur cette période. 

État de santé dégradé et recours aux soins accru 

Cette errance diagnostique et thérapeutique a un coût pour les patientes en termes d’état de santé, de qualité de vie mais également de santé mentale. La maladie en elle-même a également de lourdes conséquences pour les patientes : les symptômes de l’endométriose affectent négativement la qualité de vie, les activités quotidiennes, la vitalité et la socialisation ; mais aussi tous les aspects de la vie quotidienne des patientes, en ce compris les relations sexuelles, l’appétit, l’exercice physique, le sommeil, le bien-être émotionnel, les activités sociales, le soin aux enfants et la productivité (tant à la maison qu’au travail). 

L’étude démontre que la maladie a un impact sur la vie professionnelle des patientes : parmi les femmes atteintes d’endométriose, 25 % d’entre elles ont été en incapacité pendant au moins un jour en 2022, contre 12 % des autres femmes. 

Elles sont également beaucoup plus nombreuses à être hospitalisées (24 % sont hospitalisées avec au moins une nuitée en 2022, contre 5 % des autres femmes) et à bénéficier du statut affection chronique (30 % contre 13 % des autres femmes). Ces indicateurs démontrent que leur état de santé est significativement dégradé par rapport aux autres femmes. 

La consommation de médicaments par les femmes atteintes d’endométriose est également préoccupante. En 2022, 34 % des femmes atteintes d’endométriose ont eu recours aux opioïdes (une forme puissante et addictive d’analgésique). C’est presque 2,5 fois plus que chez les autres femmes. L’utilisation d’anti-inflammatoires et d’autres analgésiques est également sensiblement plus élevée. 

L’endométriose est en outre source d’infertilité dans de nombreux cas. Les données de la MC montrent en effet que 19 % des patientes atteintes d’endométriose ont eu recours à l’insémination artificielle ou à la fécondation in vitro entre 2017 et 2023, contre 3 % des autres femmes. 

Coûts importants à charge des patientes et barrières pour accéder aux soins 

En moyenne, les femmes atteintes d’endométriose paient 641 euros par an de soins de santé, contre 267 euros par an pour les autres femmes. Pour les femmes ayant été hospitalisées ou en incapacité de travail en raison de l’endométriose en 2022, la moyenne est de 1 495 euros cette année-là, des coûts près de six fois plus élevés que ceux des autres femmes. Pour 5% d’entre elles, ils dépassent même 4 695 euros. 

Certains mécanismes permettent en principe de limiter la facture des patientes : le statut « bénéficiaire de l’intervention majorée » (BIM) qui pour objectif de protéger les patientes ayant de faibles revenus de dépenses importantes en santé), le conventionnement des prestataires, et le « maximum à facturer » (MàF) qui permet le remboursement des tickets modérateurs au-delà d’un certain plafond. 

Les coûts à charge des patientes présentés sont composés des tickets modérateurs nets (après application du MàF) et des éventuels suppléments facturés par les médecins non conventionné·es. Si ces coûts sont particulièrement élevés, c’est notamment en raison des suppléments : ils sont près de trois fois plus élevés pour les femmes atteintes d’endométriose par rapport aux autres femmes. Cela peut être lié au fait que plus de la moitié des gynécologues actif·ves ne sont pas conventionné·es, et que les femmes n’ont pas d’autre choix que de se tourner vers des gynécologues non-conventionné·es pour assurer leur suivi, ce qui augmente les coûts à leur charge.  

Par ailleurs, pour les patientes BIM, les coûts moyens restent élevés : 497 euros par an contre 664 euros pour celles qui n’ont pas ce statut. Force est donc de constater que les mécanismes qui sont censés améliorer l’accès aux soins et limiter les contributions financières des patientes sont trop peu opérants. 

Vu qu’il n’existe actuellement aucun traitement capable de guérir définitivement l’endométriose et que cette maladie est donc chronique, de nombreux coûts tels que les médicaments, l’hospitalisation et les soins gynécologiques sont récurrents. Par ailleurs, un grand nombre de médicaments ne sont pas remboursés comme certains traitements hormonaux. Les données relatives aux coûts sans remboursement ne sont pas connues de la MC et ne peuvent donc pas être reprises dans l’analyse. Les coûts à charge des patientes peuvent ainsi être sous-estimés. 

Montants remboursés, tickets modérateurs et suppléments 

graph endometriose remboursement

Les coûts des soins de santé sont composés de l’honoraire légal, qui comprend le montant remboursé par la sécurité sociale et le ticket modérateur restant à charge des patient·es, et des éventuels suppléments facturés par les médecins non conventionné·es. Les médecins conventionné·es, quant à elles·eux s’engagent à ne facturer que les honoraires légaux. 

Par exemple, si une patiente paie 60 euros pour une consultation gynécologique classique, l’honoraire légal étant de 25,27 euros, cela signifie qu’un supplément de 34,73 euros lui est facturé. En fonction de son statut (bénéficiaire de l’intervention majorée (BIM) ou non), le ticket modérateur est de 3 ou de 12 euros. Cette consultation coûtera ainsi 37,73 euros à une patiente BIM, et 46,73 euros aux autres patientes. 

En outre, les femmes vivant dans des conditions économiques précaires sont sous-représentées dans l’échantillon de patientes de l’étude de la MC, car elles ont beaucoup plus de difficultés à trouver leur chemin vers les soins en raison des freins rencontrés. Ces freins sont notamment de nature financière, mais ils sont aussi liés au parcours à mener pour obtenir les soins adéquats, difficile sans une haute littératie en santé et un système de soutien fort pour franchir la barrière de l’information et avoir la force de contrer les avis de certains médecins qui répètent aux femmes qu’il est normal d’avoir des douleurs au lieu de leur proposer d’aller consulter d’autres spécialistes et de les référer vers les centres d’expertises compétents.  

Améliorer quatre dimensions de l’accessibilité

Le retard de diagnostic et la prise en charge inadéquate peuvent gravement altérer la qualité de vie des patientes. La faible efficacité du système de santé engendre des coûts évitables, en particulier en raison de l’errance thérapeutique, qui engendre un risque de multiplication d’examens ou des actes chirurgicaux.  

Cette maladie constitue donc un problème de santé publique important auquel le système de santé doit répondre en garantissant un accès rapide à des soins de qualité et abordables, indépendamment de la situation socioéconomique de chaque femme. Pour assurer l’accès aux soins aux personnes souffrant d’endométriose, des évolutions profondes doivent être envisagées autour des quatre dimensions de l’accessibilité3 : 

(1) la sensibilisation à cette pathologie doit être accrue, pour améliorer la sensibilité aux besoins en soins, c’est-à-dire la capacité à établir un diagnostic le plus rapidement possible afin de procurer une prise en charge adéquate. Pour ce faire, il est notamment nécessaire d’améliorer la formation des prestataires de soins. Améliorer la sensibilisation du grand public et du public cible permettrait également aux patientes et à leurs proches de repérer leurs symptômes.  

(2) du point de vue de la disponibilité des soins, la prise en charge de patientes souffrant d’endométriose est complexe et n’est pas du tout règlementée à l’heure actuelle. Le Centre d’expertise fédéral des soins de santé (KCE) propose toutefois une réorganisation des soins4 qui permettrait de lutter contre l’errance médicale, d’éviter la multiplication des actes invasifs et d’élaborer des plans de soins individuels. 

(3) l’accessibilité financière doit être renforcée en limitant les contributions personnelles des patientes, en particulier pour les patientes vulnérables. 

(4) l’acceptabilité des soins dépend du seuil de perception de la qualité des soins, décisif pour que les personnes acceptent de recourir aux soins. Dans le cas de l’endométriose, la perception d’un manque de qualité des soins peut entrainer le renoncement aux soins, par exemple, à cause du manque d’écoute dans le chef des prestataires de santé ou du problème d’une communication insuffisante ou inadaptée à la situation individuelle notamment par rapport aux stratégies de traitement et à la balance bénéfice/risque. Il est donc essentiel d’améliorer la sensibilisation des prestataires de soins pour permettre d’assurer l’écoute et la non-minimisation des symptômes des patientes. Il importe aussi que les informations concernant l’expertise disponible soient facilement accessibles. 

L’étude complète « Les trajets de soins de l’endométriose : un parcours de combattantes. Recours, coûts des soins et situation de femmes atteintes d’endométriose en Belgique » a été publiée dans le numéro 11 de la revue trimestrielle « Santé & Société ». L’étude repose sur une analyse des données administratives et de recours aux soins de 4 175 patientes atteintes d’endométriose (confirmée ou suspectée) détectées entre 2017 et 2022. 

Pour aller plus loin:  

La page dédiée de la MC avec la liste des cliniques et des spécialistes Endométriose : remboursements et accompagnement en Belgique

Endométriose la douleur c’est pas dans la tête (questionsante.org) 

L’association Toi Mon Endo | Association Belge experte en Endométriose 

Références bibliographiques :

(1) Arruda, M., Petta, C., Abrao, M., & Benetti-Pinto, C. (2003). Time elapsed from onset of symptoms to diagnosis of endometrioses in a cohort study of Brazilian women. Human reproduction, 18(4), 756-759.

(2) Nnoaham, K. E., Hummelshoj, L., Webster, P., d’Hooghe, T., de Cicco Nardone, F., de Cicco Nardone, C., . . . Zondervan, K. T. (2011). Impact of endometriosis on quality of life and work productivity: a multicenter study across ten countries. Fertility and Sterility, 96(2), 366-373.

(3) CÉS, S. (2021) L’accès aux soins de santé, définition et enjeux, MC-Informations, 286, 4-22.

(4) Leroy, R., Desimpel, F., Ombelet, S., De Jaeger, M., Benahmed, N., Cemberlin , C., & Christiaens, W. (2024). Comment améliorer la prise en charge de l’endométriose en Belgique? – Synthèse. KCE Reports 378Bs. D/2024/10.273/11. Bruxelles: Centre Fédéral d’Expertise des Soins de Santé (KCE).

young woman helping senior man coming down stairs

Le vécu des personnes francophones porteuses d’un handicap sensoriel durant la pandémie de la Covid-19 à Bruxelles

Le 20 Juil 22

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Contextualisation

Cette recherche vise à mieux comprendre le vécu des Bruxellois francophones (BF) et porteurs d’un handicap sensoriel (PHS). Sur base de la littérature et la réalisation d’entretiens semi-directifs avec des personnes PHS, leurs aidants proches et des experts du terrain, nous avons proposé des recommandations pour permettre à ce public de mieux se préparer à de futures pandémies.

La crise sanitaire liée à la Covid-19 a eu un impact mondial. Les mesures sanitaires ont eu des répercussions sur le quotidien de la population mondiale. Cependant, certaines populations ont été plus impactées par cette crise sanitaire, telles que les populations plus vulnérables ou celles faisant face à des inégalités en santé préexistantes. Les personnes porteuses d’un handicap est un public avec une vulnérabilité sociale, pas intrinsèque à la personne, elle est le résultat d’un ensemble de barrières comportementales, environnementales et institutionnelles qui entraînent des niveaux de vulnérabilité différents (Saldanha et al., 2021). La vulnérabilité sociale permet de mieux comprendre les résultats inégaux de la crise de la Covid-19 en reliant les conditions sociales et l’exposition au risque (Mladenov and Brennan, 2021).

Bien qu’il existe de nombreux types de handicap, cet article se focalise sur le vécu des BF porteurs d’un handicap sensoriel (auditif et/ou visuel) durant la pandémie, de mars 2020 à début 2022. Dans le contexte belge, on observe un manque de concertations et de prises en considération des personnes porteuses d’un handicap au cours de cette pandémie (UNIA, 2020). En effet, l’attention portée à ce public se compte sur les doigts d’une main ; l’une, en avril 2020, dans les directives gouvernementales Belges concernant l’interdiction de se trouver sur la voie publique et l’autre, en août 2020 sur l’obligation du port du masque. De plus, il existe peu d’études à propos de l’impact de la crise sanitaire liée à la Covid-19 sur les personnes PHS.

Par ailleurs, la Belgique s’est engagée, en ratifiant la Convention relative aux droits des personnes handicapées (CDPH) de l’ONU (2006) en 2009, à garantir l’inclusion des personnes porteuses d’un handicap dans la mise en œuvre de lois et autres politiques et de veiller à leur permettre d’avoir le meilleur état de santé possible sans discrimination fondée sur leur handicap. On peut constater que certains droits de la CDPH des personnes porteuses d’un handicap n’ont pas toujours été respectés dans le cadre de la crise sanitaire, multipliant les effets ressentis par cette population. À travers la littérature explorée (e.g. UNIA, 2020; Charafeddine et al., 2021; Gisle et al., 2021, 2022; Lorant et al., 2021), plusieurs difficultés ont été énumérées telles que les effets sur la santé mentale : le stress et la peur engendrés par les informations diffusées en continu via les médias sociaux, les mesures sanitaires limitant les contacts sociaux et les activités du quotidien, la préoccupation pour leur état de santé et leur accès aux soins. Il y a aussi les effets économiques présents comme la hausse du coût de la vie, les pertes de revenu et les difficultés pour travailler.

Pourtant, les personnes PHS représentent une part significative de la population bruxelloise, à peu près 10%. Les personnes porteuses d’un handicap auditif représentent 8,9% de la population BF en 2016 (FFSB, 2017) et les personnes porteuses d’un handicap visuel, d’après Eqla (2022), représentent 1,1%. La communauté des personnes PHS est assez importante au vu de son pourcentage et très hétérogène, il est donc primordial de s’y intéresser.

L’étude en quelques mots

La présente étude s’intègre dans le projet Pandorix. Cette étude a visé à comprendre plus particulièrement le vécu des personnes PHS grâce à des données qualitatives obtenues par des entretiens semi-directifs en vue de répondre à la question : « Comment les personnes francophones porteuses d’un handicap sensoriel ont-elles vécu la pandémie de la covid-19 à Bruxelles ? ». Afin d’y parvenir, la triangulation des données a été utilisée en interviewant les personnes PHS, leurs aidants proches et les experts liés au handicap. Les entretiens semi-directifs réalisés pour récolter les données, ont permis de s’adapter aux besoins et aux capacités de chacun. Les entretiens ont été réalisés en suivant un guide d’entretien basé sur celui de Pandorix, il a permis d’explorer le vécu de la pandémie et la gestion de futures crises sanitaires. Il y a un guide d’entretien spécifique à chaque groupe de personnes interviewées. Le recrutement s’est fait par la mobilisation du réseau social personnel (Facebook ou bouche-à-oreille), par les échanges téléphoniques ou de courriels à des organismes ou dans les centres de vaccination bruxellois. Le découpage et codage des données ont été faits via le logiciel Nvivo et l’analyse des données a été faite par une analyse thématique.

Au total, pour cette recherche, 10 entretiens semi-directifs auront été réalisés dont 1 avec un expert lié au handicap, 3 avec des associations (30 personnes contactées et 6 recrutées), 2 avec des aidants proches (4 personnes recrutées), 2 avec des personnes porteuses d’un handicap visuel et 3 avec des personnes porteuses d’un handicap auditif (6 personnes recrutées). En plus de cet échantillon, les propos d’un expert en gestion de crise consulté dans le cadre du projet Pandorix sont utilisés pour cette étude.

Les thématiques abordées étaient prédéfinies par le guide d’entretien mais d’autres sont apparues au cours des entretiens. Les catégories explorées sont les facteurs personnels (effets sur la santé mentale et isolement social), facteurs contextuels (environnement soutenant, contexte de vie et communication de gestion de crise) et le vécu des mesures sanitaires, la vision d’une bonne santé en temps de pandémie et les recommandations pour la gestion d’une future crise sanitaire.

Constats réalisés

L’ensemble des résultats recueillis dans le cadre de cette recherche coïncident avec ceux présents dans la littérature, plusieurs constats en sont ressortis.

Le premier constat concerne les effets de la pandémie sur la santé mentale. Dans les interviews, différentes ressentis ont été mentionnés : l’incertitude, l’incompréhension, la peur et la lassitude. Ces différentes ressentis peuvent être illustrés par les propos des personnes PHS et leurs aidants proches : « C’est l’incertitude puisqu’on annulait les choses les unes derrière les autres parfois jusqu’à 24 heures avant et donc, c’est assez difficile à vivre dans le sens où vous êtes là, est-ce que je vais y aller ou je ne vais pas y aller, est-ce que c’est maintenu, est-ce que ce n’est pas maintenu, dans quelles conditions cela va se faire », « Personne n’osait sortir, on avait peur de croiser des personnes. », « Il a eu difficile la première année et maintenant qu’il vit avec et moi aussi, c’est plus facile. S’il devait y avoir un troisième confinement, on fera, il continuera à aller travailler avec son masque, on n’a pas le choix, on doit suivre les consignes ». Tout au long de la pandémie, Sciensano a réalisé des enquêtes auprès de la population belge et différents facteurs explicatifs ont été avancés (Braekman, 2020) dont la nouveauté du virus, l’application et l’efficacité des mesures sanitaires et leurs changements perpétuels. Tous ces éléments favorisent le contexte anxiogène de cette pandémie. Les répercussions sur la santé mentale ont pu être accentuées par l’isolement social, fort mentionné lors des entretiens. Plusieurs études (Ciciurkaite, Marquez‐Velarde and Brown, 2021; Heinze et al., 2021; Holm et al., 2022) ont démontré que l’ensemble de la population a pu ressentir de l’isolement social et de la solitude, mais ce ressenti fût plus fort chez les personnes PHS. Déjà avant la pandémie, les personnes PHS éprouvaient plus de solitude et d’isolement que le reste de la population, avec la pandémie, la différence fut exacerbée. Les personnes PHS ont, pour certains, un réseau social et une participation sociale plus faibles que le reste de la population générale et peuvent rencontrer des difficultés à maintenir le lien social. Ce constat peut être illustré par un témoignage d’une personne PHS : « En m’enlevant ma kiné, on m’enlevait aussi le contact social. Comme nous, on est handicapé, on n’est pas souvent dans la vie active et la vie sociale, moi, j’ai l’académie 2 fois par semaine, la kiné et puis, c’est fini, ma vie sociale régulière se résume à cela. (…) On m’a enlevé la kiné et vous m’enlevez l’académie, ça y est, c’est fini, mon réseau social tombe à l’eau, mon réseau social physique. »

Il en découle le deuxième constat, la présence d’un environnement social soutenant est primordial pour permettre à ce public de maintenir un lien social, même en temps de pandémie. Il faut veiller à rédiger des mesures sanitaires adaptées à ce public.

Le troisième constat met en avant les inégalités en santé déjà présentes, qui ont été accentuées durant la pandémie. Deux points ont été évoqués par les interviewés, le premier est l’accès aux services de soins illustré par une association : « Il y a eu beaucoup d’isolement. Ce qui est souvent ressorti, c’est l’abandon des services professionnels, des services d’aides. Du jour au lendemain (…) il n’y avait plus d’aides à domicile, cela a été très compliqué pour les aidants de trouver de l’aide pour eux-même ou pour leurs proches. ». Le deuxième point énoncé est l’accès aux informations en santé, témoigne une association : « Durant le covid, les codéco, le vendredi, (…) les mesures étaient quasiment inaccessibles pour elles, parce que le débit était trop rapide, que l’interprète était en tout petit, qu’on le voyait à peine, qu’il y avait une bannière qui passait en dessous avec les informations écrites mais beaucoup trop rapides, qui cachaient en partie l’interprète ». Les difficultés d’accessibilité aux services de santé et aux informations en santé peuvent aussi s’expliquer par le manque d’adaptabilité aux personnes PHS. Les participants et la littérature mentionnent une aggravation des difficultés d’accès aux services de soins existants avant la pandémie comme les transports, la communication ou l’environnement inaccessible, qui se sont renforcées avec les mesures sanitaires. Plusieurs points sont avancés par la littérature (van Kessel et al., 2022) concernant l’accessibilité des informations en santé tels que le niveau en littératie plus faible dans cette population, la fracture numérique ou le manque d’adaptabilité de la communication. Une étude (Cho and Kim, 2022) montre l’effet que la fracture numérique peut avoir auprès des personnes porteuses d’un handicap, et explique que le manque d’accessibilité et de compréhension des informations qui entrave l’adoption de comportements protecteurs. Par ailleurs, dans un contexte de pandémie, où du nouveau vocabulaire (par exemple : l’infodémie) est inventé et des informations en santé sont publiées quotidiennement, il est primordial de leur permettre d’accéder aux informations en santé afin d’acquérir un bon niveau de littératie et de lutter contre les inégalités en santé.

Agir sur la gestion de crise pour lutter contre les inégalités en temps de pandémie

Sur base des interviews et de la littérature, différentes recommandations pour une meilleure gestion de crise ont été suggérées. Tout d’abord, il serait pertinent de concerter davantage les personnes PHS et les experts du terrain, dans l’ensemble des étapes menant aux décisions politiques et aux lois les concernant (Organisation des Nations Unies, 2020). Il doit y avoir une réelle inclusion dans le plan de relance à la pandémie de la Covid-19 mais aussi dans le plan d’urgence belge (Organisation des Nations Unies, 2020; Service public fédéral – Sécurité sociale, 2021).

Ensuite, il semble primordial de se pencher sur la communication utilisée en gestion de crise. Plusieurs rapports d’organismes (Organisation des Nations Unies, 2020; UNIA, 2020; Service public fédéral – Sécurité sociale, 2021) appellent à rendre la communication accessible à tous, en ayant une communication ciblée aux groupes auxquels on souhaite s’adresser et proposer des formats adaptés. En effet, la communication en santé publique joue un réel rôle dans la gestion de crise (Nielsen et al., 2020). À travers la communication, il est possible de mobiliser la population afin de lutter contre la propagation du Covid (De Coninck et al., 2021). C’est pour cette raison qu’il est intéressant de se pencher sur le moyen de communiquer avec la population et de lui permettre d’accéder à une information fiable. En outre, il est indispensable de maintenir la confiance entre les politiques et la population, cela est envisageable en commençant par réexpliquer la place des différents acteurs de gestion de crise auprès de la population (celle des experts et celle des politiques dans le choix des directives prises) et que le gouvernement fasse preuve de plus de transparence dans les mesures prises ; cela permettrait à la population de comprendre l’évolution et la complexité des mesures. En veillant à avoir une meilleure communication, l’Etat belge peut espérer une meilleure adhésion aux directives gouvernementales de l’ensemble de la population.

Un autre point qui a été souvent soulevé lors des interviews est le maintien et l’accès aux services de soins durant une crise sanitaire. L’ONU (Organisation des Nations Unies, 2020) insiste sur l’importance d’accéder aux systèmes de soins ; ceci prend en compte l’accès aux informations en santé, au matériel de protection, et aux services de soins. Cela passe également par le renforcement du niveau de littératie en santé de ce public pour lutter contre les inégalités de santé.

Un dernier point, évoqué par les participants, est la sensibilisation du handicap auprès de la population en général. Il est important de faire prendre conscience à la population du vécu et des difficultés rencontrées dans le quotidien par les personnes porteuses d’un handicap sensoriel afin de les amener à plus de tolérance. La sensibilisation doit se faire à tous les niveaux, y compris auprès des acteurs politiques et des professionnels de la santé.

Perspectives

Cette étude a ses forces et ses faiblesses mais plusieurs perspectives sont envisageables. Bien que cette étude ait permis de donner la parole aux personnes PHS et de raconter leur vécu grâce aux entretiens semi-directifs. Les entretiens ont pu s’adapter aux besoins et capacités de chacun et la triangulation des données a permis de mettre en avant différents points de vue.

Cependant, plusieurs limites doivent être prises en compte. Le recrutement du public ciblé n’est pas facile et les difficultés de communication rencontrées ont pu biaiser la récolte des données, par exemple le manque d’un interprète officiel ou la nécessité d’être accompagné pour pouvoir s’inscrire au recrutement. Une première perspective serait de repenser la méthodologie utilisée dans le recrutement et les entretiens, en faisant appel à des personnes formées dans le handicap afin d’éviter les biais cités précédemment. Les conditions temporelles du mémoire n’ont pas permis de continuer le recrutement, or il serait pertinent d’élargir le champ d’inclusion de l’échantillon à des profils linguistiques et socio-culturels plus diversifiés et de toucher un plus large spectre du handicap. Une dernière perspective serait de mieux documenter ce sujet, dans un premier temps, en réalisant une étude quantitative pour recenser les difficultés rencontrées par ce public et ensuite d’élargir le champ des personnes interviewées dans le domaine du handicap et la gestion de crise à différents niveaux tels que les gestionnaires de crise, les organismes fédéraux et communautaires liés au handicap, les communes, les experts du terrain, professionnels de la santé, etc.

Les autrices et les auteurs de cet article

  • Pierard Charlotte (auteur correspondant : pierardcharlotte99@gmail.com) : Ergothérapeute avec un master en santé publique. Son mémoire est disponible sur dial UCL.
  • Robert Pierre-Olivier : Chercheur postdoctoral à l’ORM/UCLouvain, Docteur en santé publique, Sociologue et Assistant social.
  • Nguyen Nathan : Chercheur postdoctoral à l’IRSS/UClouvain, Docteur en psychologie, et Biologiste.
  • Roussel Sandrine : Chercheure postdoctorale en IPSY/UCLouvain, Coordinatrice de Pandorix, Docteur en santé publique et Psychologue.

La recherche Pandorix

PANDORIX – Horizon d’une Future Crise Sanitaire : Population Bruxelloise et Promotion de la Santé, est une recherche prospective financée par Innoviris pour 3 ans, visant à tirer les conclusions de la crise sanitaire actuelle en vue d’anticiper les futures crises sanitaires.

La recherche est menée conjointement par le Groupe de Recherche sur la psychologie de la santé publique et du vieillissement (IPSY), l’Observatoire de recherche sur les médias et le journalisme (ILC) et le Centre de Recherche en épidémiologie des désastres (IRSS), tous trois membres de l’UCLouvain.

Elle combine des expertises en santé publique en associant la psychologie de la santé, l’épidémiologie des catastrophes, la sociologie des médias et de la communication pour mettre en œuvre une recherche portant sur les possibilités d’action des acteurs et collectifs de la Région de Bruxelles-Capitale, en s’inscrivant dans la philosophie de la promotion de la santé.

Retrouvez toutes les informations sur le projet et les participants sur Le Projet (pandorix.be) (texte issu du site)

Bibliographie

Braekman (2020) Quatrième Enquête de santé COVID-19. Résultats préliminaires, sciensano.be. Available at: https://www.sciensano.be/fr/biblio/quatrieme-enquete-de-sante-covid-19-resultats-preliminaires (Accessed: 15 December 2021).

Charafeddine, R. et al. (2021) Huitième enquête de santé Covid-19: Résultats préliminaires. Sciensano. Available at: https://www.sciensano.be/fr/biblio/huitieme-enquete-de-sante-covid-19-resultats-preliminaires.

Cho, M. and Kim, K.M. (2022) ‘Effect of digital divide on people with disabilities during the COVID-19 pandemic’, Disability and Health Journal, 15(1), p. 101214. Available at: https://doi.org/10.1016/j.dhjo.2021.101214.

Ciciurkaite, G., Marquez‐Velarde, G. and Brown, R.L. (2021) ‘Stressors associated with the COVID‐19 pandemic, disability, and mental health: Considerations from the Intermountain West’, Stress and Health, p. 10.1002/smi.3091. Available at: https://doi.org/10.1002/smi.3091.

De Coninck, D. et al. (2021) ‘Beliefs in Conspiracy Theories and Misinformation About COVID-19: Comparative Perspectives on the Role of Anxiety, Depression and Exposure to and Trust in Information Sources’, Frontiers in Psychology, 12, p. 646394. Available at: https://doi.org/10.3389/fpsyg.2021.646394.

Eqla (no date) ‘Mieux comprendre la déficience visuelle’, Eqla. Available at: https://eqla.be (Accessed: 23 January 2022).

FFSB Asbl (2017) ‘Mais combien y a-t-il de personnes sourdes et malentendantes en Belgique ?! – FFSB’. Available at: https://www.ffsb.be/mais-combien-y-a-t-il-de-personnes-sourdes-et-malentendantes-en-belgique/ (Accessed: 23 January 2022).

Gisle, L. et al. (2021) Septième enquête de santé COVID-19 : résultats préliminaires, sciensano.be. Available at: https://www.sciensano.be/fr/biblio/septieme-enquete-de-sante-covid-19-resultats-preliminaires (Accessed: 23 December 2021).

Gisle, L. et al. (2022) Dixième enquête de santé COVID-19. Résultats préliminaires, sciensano.be. Available at: https://www.sciensano.be/en/biblio/dixieme-enquete-de-sante-covid-19-resultats-preliminaires (Accessed: 28 April 2022).

Heinze, N. et al. (2021) ‘The Long-Term Impact of the COVID-19 Pandemic on Loneliness in People Living With Disability and Visual Impairment’, Frontiers in Public Health, 9, p. 738304. Available at: https://doi.org/10.3389/fpubh.2021.738304.

Holm, M.E. et al. (2022) ‘The effects of the COVID-19 pandemic on the psychosocial well-being of people with disabilities’, Disability and Health Journal, 15(2), p. 101224. Available at: https://doi.org/10.1016/j.dhjo.2021.101224.

van Kessel, R. et al. (2022) ‘Digital Health Paradox: International Policy Perspectives to Address Increased Health Inequalities for People Living With Disabilities’, Journal of Medical Internet Research, 24(2), p. e33819. Available at: https://doi.org/10.2196/33819.

Lorant, V. et al. (2021) ‘Psychological distress associated with the COVID-19 pandemic and suppression measures during the first wave in Belgium’, BMC Psychiatry, 21(1), p. 112. Available at: https://doi.org/10.1186/s12888-021-03109-1.

Mladenov, T. and Brennan, C.S. (2021) ‘Social vulnerability and the impact of policy responses to COVID-19 on disabled people’, Sociology of Health & Illness, n/a(n/a). Available at: https://doi.org/10.1111/1467-9566.13379.

Nielsen, R.K. et al. (2020) ‘Communications in the Coronavirus Crisis: Lessons for the Second Wave’, p. 26.

Organisation des Nations Unies (2006) Texte intégral de la Convention relative aux droits des personnes handicapées (1/3) | Disabilities FR. Available at: https://www.un.org/development/desa/disabilities-fr/la-convention-en-bref-2/texte-integral-de-la-convention-relative-aux-droits-des-personnes-handicapees-13.html (Accessed: 11 December 2021).

Organisation des Nations Unies (2020) Note de synthèse: Inclusion du handicap dans la riposte à la COVID-19. Available at: https://www.un.org/sites/un2.un.org/files/2020/06/covid-19_inclusion_du_handicap.pdf.

Saldanha, J.H.S. et al. (2021) ‘Persons with disabilities during the COVID-19 pandemic: guaranteeing fundamental rights and equity in care’, Cadernos de Saúde Pública, 37. Available at: https://doi.org/10.1590/0102-311X00291720.

Service public fédéral – Sécurité sociale (2021) Plan d’action fédéral handicap : 2021 – 2024. Available at: https://handicap.belgium.be/docs/fr/plan-federal-handicap-2021-2024.pdf.

UNIA (2020) COVID et droits humains: impact sur les personnes handicapées et leurs proches, p. 54. Available at: https://www.unia.be/files/Documenten/Publicaties_docs/Resultats_consultation_impact_COVID_sur_les_personnes_handicapees_et_leurs_proches.pdf.

Papy et mamy « boom » chez les usager.es de drogues

Le 30 Juin 22

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La proportion de personnes âgées au sein de la population des usager·es de drogues tend à augmenter en Europe. Quels sont les facteurs de cette tendance ? Quelles sont les problèmes et risques liés à ce phénomène et comment les prévenir ?

Les observateurs internationaux relèvent une augmentation du nombre et de la proportion de patientes et patients âgés entrant en traitement pour une consommation problématique de drogues illégales depuis les années 2000 au niveau international et européen1. En 2010, un tiers des usager·es problématiques avaient entre 35 et 64 ans2. De plus, la proportion de patient·es de plus de 40 ans en traitement d’un usage problématique d’opioïdes est passée d’1 sur 5 en 2006 à 1 sur 3 en 20133. En Belgique, le vieillissement de la population en traitement s’observe également depuis de nombreuses années, avec près d’1 patient·e sur 4 ayant plus de 50 ans4. Le vieillissement des patient·es est moins marqué en matière de consommation d’alcool.

Parallèlement, dans certains pays, la prévalence de la consommation de drogues illégales chez les personnes âgées s’est accrue au cours des années 2010 et même à un rythme plus rapide que pour les groupes d’âge plus jeunes (c’est notamment le cas aux États-Unis et en Allemagne). La consommation de cannabis est en augmentation chez les 55-64 ans de plusieurs pays d’Europe occidentale5.

La prévalence de la consommation sur la vie des drogues traditionnelles (c’est-à-dire sur le territoire depuis plusieurs décennies, comme le cannabis, l’héroïne, le LSD…) est plus élevée parmi les usager·es âgés par rapport aux plus jeunes. Au contraire, la prévalence de la consommation sur la vie des drogues plus récentes (par exemple la MDMA) est plus importante chez les usager·es jeunes.

Le vieillissement de la population, et plus spécifiquement celui des usager·es, soulèvent des inquiétudes quant à la capacité des services spécialisés et non spécialisés à prendre en charge et gérer un nombre croissant d’usager·es âgées, leurs besoins de santé et leurs problématique parfois complexes (problèmes de santé mentale, douleurs chroniques, polyconsommation, comorbidités, etc.) au cours des prochaines décennies.

Les facteurs d’augmentation du nombre d’usager·es âgés

Plusieurs facteurs influencent l’accroissement de l’étendue de l’usage de drogues chez les personnes âgées. L’un de ces facteurs pourrait être un effet de cohorte, par lequel un groupe d’individus, ici la génération du babyboom, partagent des expériences sociales et culturelles communes à cause de leur période de naissance (entre 1946 et 1964). Ces expériences peuvent être différentes des cohortes précédentes. Les babyboomers ont grandi dans un moment où l’usage des drogues illicites atteignaient des niveaux relativement élevés et ont dès lors davantage expérimenté des drogues au cours de leur jeunesse que les générations précédentes ; et une partie d’entre eux et elles ont poursuivis leur consommation.

Les usager·es de drogues illégales tendent en effet à poursuivre le type de consommation qu’ils ont initié au cours de leur jeunesse et sont généralement moins exposés aux drogues plus récentes que les plus jeunes6. Les opioïdes (principalement l’héroïne), la cocaïne et le cannabis sont les drogues les plus consommées par les usager·es âgés, et la majorité d’entre eux consomment également de l’alcool7. Cet effet de cohorte explique en partie une prévalence de l’usage plus importante au sein des personnes plus âgées dans nombres de pays occidentalisés8.

L’usage simple de cannabis (i.e. non problématique), tout particulièrement, est marqué par cet effet de cohorte, contribuant ainsi à une augmentation de la prévalence. Cette tendance est renforcée par la baisse des risques perçus liés à la consommation de cannabis et les évolutions sociétales favorables à sa légalisation depuis les années 2000.

Culture de la drogue : évolutions du 20ème siècle

Le rapport de l’Occident à la consommation de drogues a significativement évolué depuis les années 1960. L’usage de drogues s’est érigé en totem de la contre-culture politisée, alternative, post-matérialiste, transgressive et libératrice de la jeunesse des années 1960-1970, en réaction aux valeurs des générations précédentes et du monde politique. Les drogues illicites les plus consommées étaient alors le cannabis, le LSD et les amphétamines. L’héroïne est devenue de plus en plus disponible à partir de la moitié des années 1970, jusqu’à atteindre un pic dans les années 1980-1990 en Europe occidentale. L’augmentation de la disponibilité de l’héroïne, en combinaison avec l’effet de cohorte, est à l’origine de l’épidémie d’usage d’héroïne, d’infections au VIH et d’overdoses des années 1980 et 19909.

Le nombre croissant d’usager·es âgés entrant en traitement peut s’expliquer par le vieillissement des usager·es ayant connu un long parcours de consommation (problématique) et plusieurs tentatives de traitement. La grande majorité des usager·es âgés entrant en traitement ont effectivement débuté leur consommation avant leurs 30 ans et beaucoup sont référés par le système judiciaire10. Cette tendance illustre la nature chronique et le risque de rechute qui composent les consommations problématiques (y compris les dépendances)11.

Toutefois, 35% des usager·es âgés entrant en traitement en Europe le font pour la première fois, ce qui signifie qu’ils peuvent avoir développé une problématique tardivement au cours de leur vie12.

Les demandes de traitement en Belgique13

L’indicateur de demandes de traitement (TDI) donne un aperçu du profil et du parcours des personnes en demande de traitement. Ainsi, les demandeur·ses de plus de 45 ans ayant des antécédents thérapeutiques ont en moyenne commencé la consommation de la substance problématique avant leurs 35 ans (32 ans pour les opiacés, 27 ans pour la cocaïne et 35 ans pour les hypnotiques). Les primo-demandeur·ses tendent à avoir débuté leur consommation plus tard (respectivement 36 ans, 33 ans et 41 ans).

L’origine de la demande est semblable pour les primo-demandeur·ses et les demandeur·ses ayant des antécédents thérapeutique de plus de 45 ans, et émanent principalement de la personne elle-même, de la famille, du ou de la médecin généraliste ou de l’hôpital ; une orientation par la justice est beaucoup moins fréquente.

Enfin, les usager·es de plus de 45 ans représentent environ 30% des demandes (chiffre stable depuis 2015). Les personnes de plus 65 ans sont davantage représentées au sein des primo-demandeur·ses (3,8% en 2019, contre 2,9% chez les demandes avec antécédents thérapeutiques).

La photographie de la situation en Belgique est cependant partielle. Le TDI n’est en effet récolté que dans les services spécialisés en assuétudes et dans les hôpitaux (généraux et psychiatriques). Les cabinets et institutions privés, le milieu pénitentiaire, les maisons médicales et la grande majorité des services de santé mentale non spécialisés n’y prennent pas part. Ainsi, les usager·es précarisés sont surreprésentés. Or, on peut considérer que les personnes âgées ayant des problèmes de consommation sont sous-représentées au sein des services participant au TDI (hormis les personnes vivant en grande précarité) ; d’une part, parce qu’elles sont plus souvent suivies par des généralistes ou par des institutions privées (ambulatoires ou résidentielles). La recherche « Up To Date » pointe par exemple que les personnes consultant un ou une médecin généraliste pour des problèmes liés à l’abus de substances sont majoritairement des adultes entre 45 et 64 ans (57,9%)14. D’autre part, les personnes âgées sont, du fait de leur âge et parfois d’un usage problématique ou à risque de longue durée, davantage impactées par la mortalité (précoce) liée à l’usage de substances.

Ainsi, l’augmentation de la consommation de drogues et des entrées en traitement des usager·es âgés s’explique parallèlement par des facteurs jouant sur l’initiation tardive aux drogues (ou la reprise d’une ancienne consommation)15 :

  • L’évolution de la perception des risques liés à la consommation de drogues ;
  • L’augmentation de la disponibilité des drogues ;
  • Des changements dans l’acceptabilité sociale de l’usage ;
  • La médication ou l’automédication pour lutter contre la douleur, l’anxiété ou encore les défis et maux liés à l’entrée en pension ou au vieillissement.

Concernant ce dernier point, les personnes âgées présentent en effet des niveaux plus élevés de problèmes de santé mentale, par exemple des états dépressifs, et de plus hauts taux de facteurs de risques sociaux, tels que le deuil, l’isolation sociale, les problèmes financiers et le manque de soutien social. Le passage à la pension pourrait également avoir un impact sur l’usage de drogues, mais les preuves scientifiques sont actuellement limitées16. Un usage tardif peut aussi être associé à une prescription d’analgésiques, qui présentent des risques de mésusage si leur prise n’est pas correctement ou suffisamment encadrée. De plus, de nombreuses personnes âgées rapportent souffrir de douleurs qui ne sont pas traitées de manière suffisante, à cause d’autres substances qui ont accru leur tolérance aux analgésiques. L’allongement de l’espérance vie et le vieillissement de la population impliquent également que la proportion de patient·es âgées subissant des interventions chirurgicales et suivant des traitements médicamenteux augmente17.

L’allongement de l’espérance de vie ne concerne évidemment pas uniquement la génération des babyboomers. Les générations suivantes poursuivent cette tendance, tout en présentant des taux de prévalence de consommation au moins aussi élevés ; il est dès lors nécessaire de penser l’adaptation des services et des soins sur le long terme18.

Usage de drogues et vieillissement19

Le processus de vieillissement et l’usage de drogues s’influencent mutuellement, selon différents mécanismes. En premier lieu, le vieillissement du corps humain altère son fonctionnement et sa constitution. Un corps humain plus âgé peut maintenir des niveaux de concentration de substances psychoactives dans le sang plus longtemps que les corps plus jeunes. Ceci affecte bien évidemment les fonctions motrices et cognitives, augmentant ainsi les risques d’accident, de chute et de blessure, ou rendant difficile l’accomplissement d’activités quotidiennes.

La prise de substances ayant des propriétés hallucinogènes et désorientantes (médicaments psychotropes inclus) est particulièrement risquée. Les personnes âgées ont une sensibilité accrue, ce qui décuple les effets de ces substances, et leur tolérance est généralement plus basse. De plus, elles sont également davantage susceptibles de prendre des médicaments prescrits pour traiter différents maux physiques et psychiques. Or, les effets des médicaments prescrits et ceux des drogues peuvent interagir, s’annuler ou se potentialiser, mettant les personnes en danger20.

Parallèlement, nous l’avons vu, le processus de vieillissement peut affecter les facteurs de risque de développer une consommation problématique sur le tard, en renforçant ou déclenchant des problèmes psychologiques, sociaux ou de santé. Atteindre un âge avancé s’accompagne en effet de nombreux bouleversements psychosociaux et physiques (pension, solitude, douleurs chroniques, deuil, problèmes de santé mentale, etc.). Les facteurs participant à détériorer la santé psychique comprennent le manque de ressources personnelles (faibles compétences professionnelles, faible intelligence émotionnelle, manque de perspectives, image de soi négative, sentiment de ne pas contrôler sa vie) et la rupture progressive des liens sociaux (familles, ami·es, travail)21.

L’usage de drogue (en particulier de longue durée) peut à son tour aggraver l’état de santé mentale et physique des personnes, compliquer voire accélérer le processus de vieillissement du corps et du cerveau. Les personnes âgées usagères ont en effet plus de problèmes physiques et de santé mentale que leurs pairs en population générale et les jeunes usager·es. Les usager·es, en particulier qui fument ou qui ont recours à l’injection, sont davantage sujets à des maux cardiorespiratoires. De même, les maladies infectieuses sont plus fréquentes parmi les usager·es âgés, notamment parce que leur consommation peut dater de plus longtemps, d’une période où les services de réduction des risques étaient moins répandus.

L’usage de drogue est aussi associé à un risque accru de diabète précoce et plus sévère, de troubles neurologiques et de cancer. Les usager·es plus âgés expérimentent aussi souvent une accélération des morbidités médicales et une progression dans la détérioration de leurs organes, en particulier les usager·es dépendants. Le système immunitaire des personnes usagères, notamment celles ayant longtemps vécu dans de mauvaises conditions, est davantage affecté par le vieillissement22. Ainsi, on estime qu’à 40 ans, ils/elles peuvent requérir un niveau de soin normalement destiné aux personnes âgées23.

Additionnellement, les usager·es de drogues sont disproportionnellement plus affectés par des problèmes psychologiques et psychiatriques, qui sont souvent plus complexes et sévères qu’au sein de la population générale (anxiété, démence, solitude, problèmes de mémoire, confusion). L’usage prolongé de drogues illicites est en effet associé à des troubles dépressifs et cognitifs. Et des évènements de vie stressant, courants au sein des usager·es âgés (notamment le décès de proches), peuvent de plus exacerber des problèmes de santé mentale et/ou provoquer une augmentation de la consommation ou l’adoption de modes de consommation plus risqués24.

Enfin, les études rapportent également que les usager·es de drogues illégales plus âgés sont souvent socialement exclus et isolés de leurs proches et réseaux externes à leurs réseaux d’usager·es. Ils/elles sont davantage marginalisés, ont de plus hauts taux de chômage, un niveau d’éducation plus bas, sont plus souvent sans abri et sont plus susceptibles d’avoir fait un séjour en prison25.

Les usager·es de drogues âgés ont donc des profils souvent plus complexes que leurs jeunes pairs, présentent davantage de comorbidités et disposent généralement de moins de ressources pour faire face aux dommages et risques liés à une consommation de drogue. Le processus de vieillissement aggrave en effet les facteurs de risques et tend à fragiliser les facteurs de protection (insertion sociale, activités sportives et de loisir, santé physique et mentale, soutien des proches, etc.).

PROBLÈMES ET RISQUES CHEZ LES USAGER·ES DE DROGUES ÂGÉS26
Santé physique et mentale
– Risque accru de décès par maladie, overdose et suicide
– Âge médian plus jeune au décès
– Apparition prématurée de troubles dégénératifs, problèmes cardiovasculaires, maladie du foie, douleurs physiques, capacité physique fonctionnelle réduire, problèmes respiratoires et diabète
– Risque accru d’infection au VIH et à l’hépatite C
– Risque accru de chutes, de fractures, de blessures et d’accidents de la route sous l’influence d’une substance psychoactive (légale ou illégale)
– Difficulté accrue à effectuer les tâches de la vie quotidienne (douleurs, état dépressif…)
– Risque accru de sursédation, d’overdose, de confusion et d’évanouissement
– Incidence accrue de problèmes chroniques de santé mentale
Social
– Stigmatisation et sentiment de honte freinant la détection des consommations problématiques et l’accès aux soins
– Incidence accrue des problèmes financiers, du chômage et du sans-abrisme
– Contact limités avec la famille et la communauté, isolement social, solitude et exclusion
– Crainte de subir la désapprobation du personnel soignant

Une épidémie invisible ?

La recherche scientifique n’a pris que récemment conscience du problème de l’usage de substances psychoactives chez les personnes âgées. Ceci découle du fait que, du point de vue scientifique, épidémiologique et culturel, les personnes âgées et les personnes usagères de drogues sont souvent négligées voire oubliées. Et si les problématiques liées au « bien vieillir » sont reconnues, les défis relatifs au processus de vieillissement des personnes âgées consommant des drogues légales et illégales le sont beaucoup moins.

L’invisibilisation de l’augmentation de la consommation chez les personnes âgées s’explique par les nombreux obstacles handicapant l’identification, le diagnostic et le traitement des usages problématiques au sein de cette population27 :

  • Manque de connaissances et données scientifiques
  • Réticence du personnel médical à aborder la question des consommations
  • Déni de la consommation problématique
  • Visites médicales précipitées, trop courtes
  • Stigmate ou honte de la consommation
  • Réticence générale à chercher une aide professionnelle
  • Manque de ressources financières ou de moyen de transport
  • Absence d’assurance ou de mutuelle
  • Comorbidités compliquant le diagnostic ou le traitement
  • Réduction du réseau de soutien social

Le manque de données et de connaissances signifie en retour d’importantes lacunes en matière d’outils de détection adaptés, de programmes de prévention, traitement et réadaptation ayant montré de bons résultats, de structures et formations adaptées et spécialisées, et plus globalement signifie une attention insuffisante à la problématique lors de l’élaboration des politiques et programmes publics28.

Le déficit en matière de prévention des risques liés à la consommation et d’identification et détection (précoce) des consommations problématiques s’explique d’abord par le manque de connaissance et de formation des professionnel·les de la santé, ainsi que par des croyances erronées au sujet de la consommation de drogues (en général et chez les personnes âgées). Ensuite, les personnes âgées rapportent peu leur consommation lors de leurs contacts avec le personnel soignant, que ce soit à cause de la honte, de la peur, de formes de démence ou de l’isolation sociale29. Il n’existe par ailleurs pas actuellement d’outil de dépistage et diagnostic de l’usage de drogues spécifiquement conçu pour les personnes âgées. Les outils destinés à la population générale ne sont en effet pas adaptés à cette population, pour différentes raisons, à savoir30 :

  • La pharmacocinétique et la physiologie des individus changent avec le vieillissement. Les manifestations, la sensibilité et les réponses des personnes âgées aux symptômes physiologiques d’une dépendance peuvent dès lors être altérés et ne pas correspondre aux critères diagnostiques ;
  • Le déclin de la santé physique, les troubles cognitifs ou les comorbidités sévères peuvent jouer sur la capacité des personnes âgées à se souvenir, à monitorer les consommations ou à interpréter certains critères diagnostiques. De plus, dans les cas où le processus de vieillissement s’accompagne d’un accroissement de la sensibilité aux effets des drogues, une réaction négative peut se produire même avec un faible usage ;
  • Les critères diagnostiques ayant trait à la dégradation des liens sociaux et professionnels et aux problèmes judiciaires s’appliquent moins aux personnes âgées qui sont souvent pensionnées, moins actives, ont moins d’obligations, perdent davantage de proches et voient leur réseau social diminuer.

La prise en charge et le traitement d’usages problématiques chez les personnes âgées présentent de réelles difficultés (situations psychosociales complexes, comorbidités). Les personnes dépendantes, en particulier, requièrent des soins continus et l’intervention de multiples disciplines (pharmacologie, thérapie comportementale, accompagnement social…). Plusieurs observateurs s’inquiètent de la capacité actuelle des structures spécialisées et non-spécialisées à absorber l’augmentation du nombre de personnes âgées usagères de drogues et à répondre à leurs besoins en santé physique et mentale31.

Recommandations

Le vieillissement de la population représente une série de défis en termes d’organisation de la société. Une modification de la pyramide des âges augmente notamment le poids des pensions sur la part active de la population. Elle implique également l’adaptation de nombreuses politiques publiques, y compris l’enseignement, la formation, le logement, le transport et les loisirs. L’augmentation du nombre de personnes âgées signifie de plus grands besoins en santé et assistance, en logements spécialisés et, plus généralement, en infrastructures publiques32.

Les services de soins devront s’ajuster à ce changement, et plus spécifiquement à l’augmentation de la proportion de personnes âgées usagères de drogues (UD – de longue durée ou sur le tard) en leur sein. Les services non-spécialisés et la première ligne de soins devront proposer une prise en charge intégrée, souple, holistique et adaptée à l’âge. Les services spécialisés en assuétudes devront quant à eux adapter leurs programmes, fonctionnement et organisation afin de prendre en compte les besoins complexes et spécifiques des usager·es âgés.

Les services spécialisés, en particulier, ne sont actuellement pas forcément adaptés ni équipés pour accueillir des usager·es de drogues illégales âgés, ayant une longue histoire de consommation, ponctuée de période d’abstinence et de rechutes. Les traitements de substitution aux opiacés, la gestion de la douleur et un recours plus important aux thérapies psychosociales (entretien motivationnel, thérapie cognitivo-comportementale) semblent particulièrement indiqués pour cette population33 34.

Nous invitons le lecteur ou la lectrice à consulter le tableau suivant pour prendre connaissances de recommandations en ces matières35.

Soins et care
Prise en charge intégrée et holistique
– Offrir une prise en charge intégrée, holistique et adaptée à l’âge

– Développer un cadre pour guider les soins, la création de services, la formation du personnel soignant et la prescription appropriée de médicaments

– Recourir à des technologies d’assistance innovantes ou mettre à profit les technologies existantes pour assurer la coordination du traitement, le soutien et le suivi de la situation des personnes âgées qui font usage de drogues (services de télémédecine, services de téléphonie permettant la prise en charge et le suivi des personnes âgées et de leur proches aidant)

– Appuyer les politiques publiques à l’adresse des personnes âgées qui font usage de drogues sur les principes d’indépendance, de participation, de soins, d’épanouissement personnel et de dignité

– Garantir le droit au soulagement de la douleur dans le cadre des soins palliatifs et l’accès universel aux médicaments essentiels

– Concevoir un modèle de soins intégrés souple et adaptable (à domicile ou résidentiel, aidant·es naturels/familiaux ou aidant·es professionnels…), qui ne visent pas forcément l’abstinence

– Coordonner et fluidifier le continuum de soins depuis le dépistage jusqu’à la revalidation

– Développer des services d’outreach pour entrer en contact avec les personnes âgées marginalisées

– Améliorer la communication entre les professionnel·les spécialisés en assuétudes et les soignant·es de 1ère ligne

– Intégrer des professionnel·les de la santé ayant des expériences dans le domaine des assuétudes au sein des services gériatriques

– Développer des stratégies de soin et des services adaptées aux personnes âgées, qui prennent en compte les préoccupations et contextes psychologiques, sociaux et sanitaires, ainsi que des inégalités sociales de santé et des obstacles dans l’accès aux soins et services

– Impliquer les personnes UD dans le processus d’élaboration des politiques de prise en charge intégrée et dans l’évaluation des services et programmes
Former et anticiper
– Renforcer la formation du personnel soignant non-spécialisé (détection des usages et des dépendances, lutte contre la stigmatisation des usager·es, orientation vers les services spécialisés)

– Former les professionnel·les spécialisés en assuétudes à la prise en charge des personnes âgées et leurs besoins particuliers (y compris la perte de mobilité, le deuil, l’isolation sociale…)

– Préparer les services spécialisés à l’augmentation de la proportion de personnes âgées (équipement adapté, formation, gestion des comorbidités, prise de médicaments)
Prévention et détection
– Renforcer la prévention et la promotion de la santé grâce à la coopération intersectorielle

– Porter une attention particulières aux inégalités sociales de santé et les obstacles dans l’accès aux services et dispositifs de prévention et détection précoce

– Ajuster le type et le dosage des médicaments à la physiologie et pharmacocinétique des personnes âgéesSurveiller et encadrer la prescription de benzodiazépines et d’opiacés aux personnes âgées. Être vigilant aux risques de surconsommation et d’usage problématique (voir notamment INAMI, 2019)

– Les adultes de 60+ ans devraient être systématiquement dépistés pour le mésusage d’alcool, de drogues et de médicaments psychotropes lors de leurs visites médicales

– En cas de détection d’une consommation problématique, les praticien·nes réorientent les patient·es vers les services d’accompagnement ou de traitement adéquats

– Les professionnel·les de la santé sensibilisent aux effets néfastes de l’usage de drogues légales et illégales et des médicaments

– Le personnel soignant participe à identifier et réduire les obstacles dans l’accès aux traitements

– Créer ou améliorer les outils de détection et de diagnostic adaptés aux parcours et aux réalités des personnes âgées
Lutte contre la stigmatisation
– Veiller à ce que le dépistage soit mené de façon bienveillante et sans stigmatisation

– Revoir le vocabulaire et le langage employés dans les médias et les stéréotypes véhiculés

– Encourager les personnalités publiques à parler de leurs expériences personnelles

– Mieux former le personnel non-spécialisé

– Favoriser le contact entre les personnes UD et non-UD

– Associer les personnes âgées et les personnes UD à l’élaboration de messages de lutte contre la stigmatisation et à la formation continue des prestataires de prévention et de soins

– Observer et évaluer en permanence les programmes de formation visant à lutter contre la stigmatisation pour s’assurer qu’ils restent actuels et adaptés aux objectifs poursuivis
Recherche et collecte de données
– Améliorer la mesure et la surveillance de la santé et du bien-être des personnes âgées (et particulièrement UD)

– Elargir la tranche d’âge de la population ciblée par les études épidémiologiques

– Améliorer l’évaluation et la surveillance de l’usage de médicaments soumis à prescription et en vente libre (et ainsi réduire les prescriptions multiples, le nomadisme médical et les admissions aux services d’urgence)

– Mener des recherches portant sur les comportements de consommation, la santé et les caractéristiques sociales des personnes âgées usagères, et identifier leurs besoins

– Renforcer les connaissances en matière de différences genrées au sein des personnes âgées UD

– Renforcer les connaissances relatives aux effets des inégalités sociales de santé sur la santé des personnes âgées, leur usage de drogues légales et illégales et leur accès aux services et soins

– Soutenir et évaluer la mise en place de projets innovants afin de dégager des bonnes pratiques prévention, détection, réduction des risques et soins

Références

Antoine, J. (2020). L’enregistrement TDI en Belgique. Rapport annuel : année d’enregistrement 2019. Bruxelles : Sciensano.

Beynon, C.. “Drug use and ageing: older people do take drugs!” Age and ageing 38 1 (2009): 8-10

Beynon, Caryl & Roe, Brenda & Duffy, Paul & Pickering, Lucy. (2009). Self reported health status, and health service contact, of illicit drug users aged 50 and over: A qualitative interview study in Merseyside, United Kingdom. BMC geriatrics. 9. 45. 10.1186/1471-2318-9-45.

Cassar , J., Stafford, J., & Burns, L. (2009). Examining differences between younger and older injecting drug users in the 2009 National Illict Drug Reporting System sample. Drug Trends Bulletin, December 2009. Sydney: National Drug and Alcohol Research Centre, University of New South Wales.

Diniz, A., Pillon, S. C., Monteiro, S., Pereira, A., Gonçalves, J., & Santos, M. A. d. (2017). Elderly substance abuse: An integrative review. Psicologia: Teoria e Prática, 19(2), 42–59.

EMCDDA (2010). Treatment and Care for Older drug users. Selected Issue. Luxembourg (Publications Office of the European Union): European Monitoring Centre for Drugs and Drug Addiction.

Han, B., Gfroerer, J., & Colliver, J. (2009). An examination of trends in illicit drug use among adults aged 50 to 59 in the United States. Rockville (Maryland, USA): Office of applied studies, Substance Abuse and Mental Health Service Administration.

INAMI (2019). Comité d’évaluation des pratiques médicales en matière de médicaments. L’usage rationnel des opioïdes en cas de douleur chronique. Rapport de Jury de la réunion de consensus du 6 décembre 2018.

Nézet, O., Spilka, S., Legleye, S. & Beck, F. (2009). Usages de subtsances psychoactives après 60 ans. Tendances n°67, septembre. Observatoire français des drogues et des toxicomanies.

OICS (2021). Rapport 2020. Nations Unies, Organe international de contrôle des stupéfiants, mars 2021.

Specht, S., Braun-Michl, B., Schwarzkopf, L., Piontek, D., Seitz, N., Wildner, M., & Kraus, L. (2021). Substance use disorder and the baby boom generation: Does Berlin outpatient addiction care face a sustained change? Drug and Alcohol Review, 40, 979 – 988.

UNODC (2018). Drugs and Age. Drugs and associated issues among young people and older people. World Drug Report. Vienna: United Nations Office on Drugs and Crime. United Nations publication. Sales No. E.18.XI.9.

Vanmeerbeek, M. (2015). Up To Date. Use of psychoactive substances in adults: Prevention and Treatment by general practitioners and Occupational physicians; DATa retrieval. Rapport final. Université de Liège, Université d’Anvers, Institut scientifique de Santé publique, Université Catholique de Louvain & Vereniging voor Alcohol- en andere Drugproblemen (VAD). URL : https://www.belspo.be/belspo/organisation/Publ/pub_ostc/Drug/rDR60_summ_fr.pdf

Vogt, I. (2009), ‘Lebenslagen und Gesundheit älterer Drogenabhängiger: Ein Literaturbericht’ Suchttherapie 10, pp. 17–24.

Wu, L. T., & Blazer, D. G. (2011). Illicit and nonmedical drug use among older adults: a review. Journal of aging and health23(3), 481–504. https://doi.org/10.1177/0898264310386224

Notes de bas de page:

  1. UNODC, 2018 ; EMCDDA, 2010 ; OICS, 2021
  2. EMCDDA, 2010 ; OICS, 2021
  3. UNODC, 2018
  4. Antoine, 2020
  5. UNODC, 2018
  6. UNODC, 2018
  7. Wu et Blazer, 2011 ; EMCDDA, 2010
  8. UNODC, 2018 ; OICS, 2021
  9. EMCDDA, 2010
  10. Wu et Blazer, 2011
  11. EMCDDA, 2010
  12. EMCDDA, 2010
  13. Jérôme Antoine, Sciensano, communication personnelle, 19/10/2021.
  14. Vanmeerbeek et al, 2015
  15. UNODC, 2018
  16. UNODC, 2018
  17. OICS, 2021
  18. Specht et al, 2021
  19. A noter que la recherche scientifique est encore lacunaire en la matière, et qu’elle ne distingue pas toujours les usager·es de drogues de longue durée (de drogues légales et illégales) et les usager·es tardifs (notamment de médicaments psychotropes prescrits). Elle ne s’accorde pas non plus sur l’âge à partir duquel une personne usagère est considérée comme âgée. Il varie de 40 ans (en particulier pour les usager·es de drogues illégales) à 60-65 ans. La plupart des développements de cette partie s’appliquent principalement aux usager·es de drogues illégales, bien qu’ils peuvent aussi concerner les usager·es de médicaments prescrits.
  20. Diniz et al, 2017 ; Han, Gfroerer et Colliver, 2009
  21. Diniz et al, 2017
  22. Beynon, 2009 ; Beynon et al, 2009
  23. Vogt, 2009
  24. EMCDDA, 2010 ; UNODC, 2018
  25. Cassar et al, 2009 ; Nézet et al, 2009 ; UNODC, 2018
  26. OICS, 2021
  27. Wu et Blazer, 2011
  28. OICS, 2021 ; UNODC, 2018
  29. Diniz et al, 2017
  30. Wu et Blazer, 2011
  31. UNODC, 2018 ; EMCDDA, 2010
  32. EMCDDA, 2010
  33. Lay et al, 2008 ; Wu et Blazer, 2011
  34. Pour davantage de bonnes pratique relatives aux soins et à la prévention auprès des personnes âgées, voir les livrets thématiques d’Eurotox asbl « Bonnes pratiques en matière d’aide et de soins » (2020) et « Bonnes pratiques en matière de prévention et réduction des risques liés à la consommation d’alcool » (2020).
  35. Wu et Blazer, 2011 ; Diniz et al, 2017 ; UNODC, 2018 ; OICS, 2021 ; EMCDDA, 2010

Suivre les patients à distance, une solution d’avenir?

Le 30 Juin 22

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[Communiqué de presse – 25/05/2022]

Au plus chaud de la crise sanitaire, de nombreuses initiatives de télémonitoring de patients atteints de COVID-19 ont vu le jour, en Belgique et partout dans le monde. Leur but : alléger la pression sur les hôpitaux et réduire la charge de travail des soignants de première ligne. Rétrospectivement, ces projets ont-ils atteint leurs objectifs ? C’est la question qui a été posée au Centre fédéral d’Expertise des Soins de santé (KCE) qui a analysé en profondeur 12 de ces projets. Le KCE est d’avis que le concept de télémonitoring sera amené à jouer un rôle important en médecine à l’avenir…mais que de nombreux aspects doivent encore être peaufinés.

La pression inédite exercée par le COVID-19 sur notre système de santé a poussé les hôpitaux et tous les professionnels de santé dans leurs derniers retranchements. Mais au milieu de cette détresse, la créativité a joué et fait émerger quelques idées nouvelles. C’est ainsi qu’on a vu apparaître un peu partout dans le monde des initiatives de suivi à domicile de patients atteints de COVID-19 par télémonitoring. 

Le télémonitoring consiste à surveiller à distance l’état de malades en monitorant certains paramètres comme la saturation en oxygène, la température ou la fréquence respiratoire, et/ou en leur demandant d’évaluer régulièrement leur état de santé en répondant à quelques questions. Ces données sont ensuite transmises par voie électronique (généralement via une application) à une équipe de télémonitoring, qui peut ainsi évaluer l’état du patient et décider d’éventuelles actions à entreprendre. 
En surveillant ainsi les patients atteints de COVID-19 à leur domicile, on espère alléger l’occupation des lits d’hôpitaux en évitant ou en raccourcissant les hospitalisations, et réduire la charge de travail des soignants de première ligne.

Une convention avec l’INAMI

Dans notre pays, de nombreux projets de télémonitoring de patients COVID-19 se sont développés spontanément sur le terrain. Dès la fin 2020, ils ont pu faire appel à un financement de l’INAMI sous certaines conditions, via une convention temporaire. Ce sont ces projets qui ont été analysés rétrospectivement par le Centre fédéral d’Expertise des Soins de Santé (KCE) à la demande de l’INAMI, et mis en perspective avec 164 projets similaires à l’étranger qui ont fait l’objet de publications scientifiques internationales. 
Douze projets ont été passés au crible afin d’identifier ce qui a fonctionné et ce qui n’a pas fonctionné, l’idée étant de tirer les enseignements de cette expérience ‘forcée’ afin de pouvoir mettre en place un cadre solide, non seulement en vue d’éventuelles autres pandémies à venir, mais aussi pour envisager une utilisation plus large du télémonitoring dans la médecine quotidienne. Les chercheurs du KCE ont examiné à la fois l’organisation des projets, leurs aspects techniques et les résultats obtenus, mais aussi la satisfaction des bénéficiaires et des prestataires de soins impliqués. 

Les douze projets examinés dans le cadre de ce rapport ont inclus un peu moins de 700 patients pendant les 6 premiers mois de 2021. Ceci ne représente toutefois que le « sommet de l’iceberg » du télémonitoring du COVID-19 dans notre pays. De nombreux autres projets ont en effet été lancés en dehors de la convention INAMI par des établissements de soins ou des médecins généralistes.

Le regard des patients

Les patients posent un regard globalement positif sur cette expérience. Ceci ressort des interviews  menées auprès des patients belges pour les besoins de cette étude, mais aussi de la littérature internationale. Ils se sont sentis rassurés par le dispositif mis en place et ont beaucoup apprécié le contact humain, en plus des aspects technologiques. L’utilisation des appareils de télémétrie n’a guère posé de problèmes, à part quelques difficultés techniques rapidement résolues.

Des soignants motivés mais critiques

Tant les membres des équipes de télémonitoring que les soignants de première ligne interrogés (médecins généralistes, infirmiers à domicile) sont d’avis que le télémonitoring est une intervention utile et qu’elle pourrait constituer à terme une solution à la surcharge des hôpitaux. Ils soulèvent cependant plusieurs points problématiques, comme le manque d’intégration entre les lignes de soins. Ceci inclut notamment la question de l’accès aux données (certains intervenants ont dû travailler sans possibilité d’accès aux dossiers des patients) et la question du partage des responsabilités (p. ex. qui doit faire quoi lorsqu’un seuil d’alerte est dépassé ?), ou encore le besoin de nouvelles formes de collaborations et de communication entre les différents acteurs.

Des conclusions difficiles à tirer…

Tant dans les projets belges que dans ceux décrits dans la littérature scientifique, les chercheurs du KCE ont constaté beaucoup de diversité en ce qui concerne les critères d’inclusion des patients, les paramètres monitorés, la fréquence des mesures, etc. Idem pour la composition des équipes et leurs modalités d’interactions avec les soignants de première ligne. 
En raison de cette hétérogénéité entre projets, il n’a pas été possible de tirer des conclusions générales sur la qualité, l’efficacité et le rapport coût-efficacité des soins dispensés. Il n’a pas non plus été possible de déterminer si les objectifs de diminution du nombre de visites aux urgences ou d’hospitalisations, des durées de séjour à l’hôpital et/ou de la pression sur les prestataires de soins de première ligne ont été atteints. Mais il est vrai que ces projets, mis en place dans l’urgence, n’avaient pas été conçus pour collecter des données scientifiques, mais bien pour parer au plus pressé dans des circonstances particulièrement stressantes. 

…mais globalement positives

Les chercheurs du KCE concluent néanmoins que le concept est viable et qu’il mérite de faire l’objet de réflexions plus approfondies. Le KCE recommande que la convention INAMI soit maintenue tant que les hôpitaux seront sous pression à cause du COVID-19, et dans l’attente de preuves scientifiques supplémentaires sur l’efficacité et le rapport coût-efficacité des traitements dispensés. 
Pour ce projet – et tous les éventuels autres projets de télémonitoring à venir – il sera cependant nécessaire de clarifier le rôle et les responsabilités de chacun des prestataires de soins impliqués, de développer un cadre conceptuel commun, d’établir des partenariats entre les différentes lignes de soins, de partager les données de manière plus efficace (idéalement via un dossier patient informatisé accessible aux différentes lignes de soins), etc. Les experts du KCE recommandent également de rester attentifs à la convivialité de la technologie et à l’égalité d’accès pour les patients vulnérables, plus âgés ou défavorisés.

fondt cancer

Après des années de diminution du nombre de fumeurs, on constate une augmentation du comportement tabagique depuis la crise sanitaire.

Le 28 Fév 22

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Communiqué de presse, le 28 décembre 2021 – Les chiffres de la nouvelle enquête Tabac de la Fondation contre le Cancer sont publiés, et offrent un aperçu du comportement des Belges en matière de tabagisme et de leur adhésion aux politiques antitabac.

Il est grand temps d’exiger une contribution financière à l’industrie du tabac pour les dégâts majeurs dont elle est directement responsable !

« Environ 50 à 60% des fumeurs ont changé leurs habitudes tabagiques pendant la crise sanitaire. Entre 32% et 39% des fumeurs déclarent fumer davantage par rapport à la période précédant l’arrivée du Covid -19, tandis que seulement 16% à 20% déclarent fumer moins. La crise a une plus grande influence sur les habitudes tabagiques que sur la consommation d’alcool. » (Source : rapport Sciensano5covid-19).

Il existe un risque réel que ces changements de comportement perdurent et aient des conséquences dommageables sérieuses sur la santé. Des années de vie saine partent ainsi en fumée, au sens propre comme au figuré. Et ce, alors que nos gouvernements -fédéral et flamand-, pour la première fois dans l’histoire, ont inclu la volonté de rendre possible une « génération sans tabac » dans leur accord de coalition. Sans la crise du COVID-19, cette ambition constitue déjà un véritable défi. Avec ces chiffres croissants de la prévalence du tabagisme, la tâche est d’autant plus ardue, et exige de mettre en place de solides nouvelles mesures !

Il est grand temps que l’industrie du tabac paie pour les dommages qu’elle cause à la santé.

Même si plus une seule cigarette n’était vendue demain, le comportement actuel des fumeurs aurait des conséquences financières pendant des décennies. Et cela pour tout le monde : pour les fumeurs eux-mêmes, pour les entreprises par l’absentéisme des personnes malades et pour les gouvernements par les énormes coûts de santé liés au tabagisme. Il faut donc que l’industrie du tabac paye pour le lourd tribut qu’elle entraîne sur la société et sur la santé en instaurant une nouvelle contribution financière, selon le principe du « pollueur-payeur ». Cela est parfaitement réalisable sur le plan juridique, et les Belges sont très réceptifs à cette idée : 71 % des personnes interrogées dans le cadre de la nouvelle enquête Tabac se sont déclarées favorables à une telle contribution sur l’industrie du tabac.

« Le graphique ci-dessous #TobaccoPayUp résume en 10 raisons claires pourquoi il est grand temps que notre gouvernement demande des comptes aux compagnies de tabac et les fasse payer pour les dommages qu’elles causent à la santé. L’industrie du tabac sait à quel point ses produits sont nocifs, mais continue à les fabriquer et à les promouvoir » Suzanne Gabriels, expert Prévention Tabac de la Fondation contre le Cancer.

«Dans une société telle que la nôtre qui protège la santé de ses citoyens , il est inacceptable de permettre à l’industrie du tabac de faire des bénéfices plantureux grâce à des produits qui sont responsables d’un coût sociétal majeur, avec le décès d’un consommateur sur deux. Avec le virus SARS-Cov 2, des mesures politiques sans précédent ont été prises. Qu’attend-on pour le tabac ? Dr Anne Boucquiau, directrice médicale, Fondation contre le Cancer

Retrouvez l’enquête Tabac 2021 ici

Selon le rapport de l’OMS sur le marketing numérique de l’alcool, les politiques de contrôle ne sont pas suffisantes dans la Région européenne

Le 25 Fév 22

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Région Europe, le 08 décembre 2021 – Une nouvelle publication de l’OMS indique que seulement 14 États membres de la Région européenne de l’OMS interdisent le marketing de l’alcool sur Internet et sur les plateformes des médias sociaux. Ce rapport, « Digital marketing of alcohol: challenges and policy options for better health in the WHO European Region » [Marketing numérique de l’alcool : problématiques et options stratégiques pour une meilleure santé dans la Région européenne de l’OMS], décrit l’écosystème numérique en évolution employé pour la promotion de la consommation d’alcool, et souligne les risques sanitaires qui y sont associés.

La Convention des Nations Unies sur les droits de l’enfant proclame le droit à la santé. Ce nouveau rapport indique clairement que pour respecter ce droit, il faut notamment protéger les enfants contre l’invasion non sollicitée de leurs espaces sociaux numériques par des sociétés qui font la promotion de la consommation d’alcool, normalisent une culture de la boisson dès un très jeune âge, ce qui les expose à des risques.

La publication présente une série d’options stratégiques pour examen. Elle souligne la nécessité d’une stratégie globale et complète, avec des dispositions juridiques suffisamment strictes pour assurer la protection non seulement des enfants, mais aussi de toutes les personnes qui risquent de présenter des troubles liés à l’usage de substances psychoactives, quel que soit le lieu d’implantation des entreprises et l’endroit où l’on accède au contenu.

Habitudes de consommation d’alcool et marketing numérique

Dans toute la Région, beaucoup de personnes, surtout des enfants et des jeunes, passent de plus en plus de temps libre sur les espaces en ligne/numériques, une tendance accélérée par la COVID-19. Les nouvelles technologies présentent des avantages, mais aussi de nouveaux risques, dont une exposition à un marketing pour l’alcool. Nous savons que cette exposition peut entraîner une consommation précoce d’alcool, et induire de dangereuses habitudes.

Selon les prévisions, le montant total des dépenses consacrées à la publicité numérique devrait atteindre 600 milliards d’USD en 2025, ce qui représente 60 % des dépenses totales pour la publicité, et les dépenses pour la publicité mobile devraient s’élever à 360 milliards d’USD.

Des 6 Régions de l’OMS, la Région européenne est celle qui enregistre la consommation d’alcool totale la plus importante, à l’origine d’environ 1 million de décès par an. Proportionnellement, les dommages causés par l’alcool chez les groupes d’âge jeunes sont plus conséquents, puisque l’alcool provoque 1 décès sur 4 chez les personnes âgées de 20 à 24 ans.

Selon un nouveau rapport de l’OMS, moins de la moitié des États membres européens ont indiqué s’ils interdisent le marketing de l’alcool sur Internet, et plus précisément sur les plateformes des médias sociaux. Seulement 14 d’entre eux ont déclaré avoir introduit ce type d’interdiction.

Tout comme c’est le cas avec le tabac, il faut une stratégie globale et complète pour limiter le marketing numérique de l’alcool.

La grande majorité des publicités pour l’alcool en ligne sont cachées

Les enfants et les jeunes, surtout, sont susceptibles de voir leurs espaces sociaux envahis par une communication faisant la promotion de la consommation d’alcool, présentant celle-ci comme normale dans tous les contextes sociaux et la mettant en lien avec le développement d’une identité adulte.

« Dans toute la Région européenne de l’OMS, les politiques actuelles ne suffisent pas pour protéger la population contre les nouveaux formats du marketing de l’alcool », explique le docteur Carina Ferreira-Borges, directrice par intérim de la division Maladies non transmissibles et cheffe du programme Alcool et drogues illicites à l’OMS/Europe.

« Lorsqu’il y a des systèmes de vérification de l’âge, ils sont généralement inadéquats pour protéger les mineurs d’une exposition au marketing de l’alcool. Le fait que la plus grande part de la publicité pour l’alcool en ligne est cachée, dans le sens où elle n’est visible que pour le consommateur auquel elle est destinée, est une difficulté pour les décideurs, et requiert donc de nouveaux mécanismes et une nouvelle stratégie. »

Comment améliorer les politiques des pays

Imposer des restrictions au marketing de l’alcool est recommandé par l’OMS comme l’un des « meilleurs achats », c’est-à-dire une politique efficace et rentable pour faire reculer la consommation d’alcool et limiter les dommages provoqués.

Le nouveau rapport de l’OMS, établi avec le soutien du gouvernement néerlandais, précise clairement que la protection contre une exploitation de la vie sociale en ligne est essentielle dans ce contexte. Il avance un certain nombre d’options stratégiques, notamment :

  • des systèmes de vérification de l’âge pour accéder aux plateformes numériques ;
  • un signalement bien apparent des publicités dans les posts des médias sociaux ;
  • le recours à des méthodes basées sur des algorithmes pour les noms de marques en rapport avec l’alcool, afin de bloquer l’accès ;
  • des sanctions, rigoureusement appliquées, contre les activités inappropriées.

Libérer la Région des dommages dus à l’alcool

Le Conseil consultatif du directeur régional de l’OMS pour l’Europe sur l’innovation pour les maladies non transmissibles a l’intention d’inspirer des mesures visant la mise en œuvre de l’actuel Plan d’action pour la prévention et la maîtrise des maladies non transmissibles dans la Région européenne de l’OMS 2016-2025, dans le but d’atteindre des résultats concrets pour 2025.

Ce Conseil a adopté une initiative distinctive afin de donner la priorité aux mesures qui protégeront les enfants et les jeunes gens d’une exposition à des produits mauvais pour la santé, dont l’alcool, dans des contextes numériques.

Tout ceci dans le cadre du Programme de travail européen 2020-2025 – « Une unité d’action pour une meilleure santé en Europe » et son initiative phare « Autonomisation par la santé numérique ».

Notre vision est celle d’une Région européenne de l’OMS où chacun a les moyens d’être en meilleure santé et dispose de toutes les chances de mener une vie épanouissante, en échappant aux ravages de l’alcool.

L’accès aux soins de santé est alarmant pour les personnes vulnérables en Europe

Le 1 Fév 22

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Bruxelles, le 17 décembre 2021 – Médecins du Monde publie aujourd’hui l’observatoire sur l’accès aux soins des groupes vulnérables dans une Europe touchée par le Covid-19. Le rapport fait le point sur les conditions de vie, la santé et l’accès aux soins des citoyens et citoyennes les plus invisibles en Europe : les ressortissant.e.s en extrême pauvreté, les personnes sans-abri, migrantes sans papiers,  européennes en situation de précarité extrême ou les mineurs (non accompagnés). Au total, 25.355 personnes ont été interrogées en 2020.

« Ce rapport donne la parole aux personnes qui ne sont pas prises en compte dans les statistiques officielles nationales et européennes : les personnes sans-abri, les personnes sans papiers ou celles qui n’ont pas accès au système de soins de santé national. Et cela, en pleine pandémie qui a compliqué l’accès déjà limité aux soins médicaux », explique Michel Genet, directeur de Médecins du Monde Belgique. 
 
Le rapport est le résultat d’une enquête réalisée auprès de 25.355 personnes et de 45.292 consultations dans 6 pays européens. Chacune de ces personne a fait appel aux équipes fixes ou mobiles de Médecins du Monde en 2020.

78,2% n’ont aucun accès aux soins.

L’accès aux soins de santé pour groupes de personnes invisibles et malades en Europe a été faible pendant cette année de pandémie : 78,2% n’avaient en effet aucun accès aux soins de santé lors de leur première visite chez Médecins du Monde. La Belgique se classe en dernière position : sur les 1773 patient.e.s interrogé.e.s qui se sont rendu.e.s dans les projets belges, 86,1% n’avaient aucun accès au système de soins réguliers.  

Leur état de santé était mauvais : 26,6% des personnes interrogées ont déclaré être en (très) mauvaise santé physique. Ce nombre est trois fois plus élevé comparé  à la population européenne générale, dont 8,4% déclare être en mauvaise santé physique. 

En 2020, la santé mentale des personnes vulnérables en Europe était mauvaise : près de 59% d’entre elles ont déclaré se sentir déprimées tous les jours, plus de la moitié du temps ou pendant plusieurs jours. Un tiers des personnes interrogées sur leur santé mentale ont obtenu un score si élevé sur l’échelle de la dépression qu’un examen pour la dépression majeure était indiqué. 

Les femmes enceintes vulnérables ne reçoivent pas de soins, les enfants ne sont pas suffisamment vaccinés

Médecins du Monde a traité des patients et patient.e.s souffrant d’une multitude de maladies aiguës et chroniques, notamment des femmes enceintes. Des 437 femmes enceintes qui se sont présentées dans les projets nationaux, près de la moitié d’entre elles (52,7%) n’avaient reçu aucune consultation prénatale. 42,9% des femmes qui se trouvaient dans leur deuxième ou troisième trimestre n’avaient encore reçu aucun examen. 
 
Seuls 46,4% des enfants que nous avons vus dans nos projets nationaux avaient reçu un vaccin contre le tétanos, 44,1% contre la coqueluche et l’hépatite B et 42,6% contre la rougeole, la rubéole et les oreillons.  

« C’est non seulement dangereux pour la santé des enfants vulnérables, mais cela présente également des risques réels pour la santé de l’ensemble de la population. La vaccination contre le Covid-19 l’a démontré », explique Michel Genet. « De plus, ce type de situation crée un fossé entre les enfants pauvres, non vaccinés et les enfants (plus) riches, vaccinés. » 

 
« Tous nos patients et patientes, quelle que soit leurs origines, font face à des situations de vie extrêmement difficiles », explique Michel Genet. « Ils et elles viennent chez nous en dernier ressort, après s’être heurté.e.s à un mur auprès des organismes officiels de la santé. A leur arrivée chez nous, ils et elles sont souvent atteint.e.s de maladies graves voire mortelles. » 
 
Ce rapport souligne finalement l’intérêt d’un système de santé qui ne pratique pas l’exclusion : « Depuis des années, notre plaidoyer en faveur d’un accès équitable et universel aux soins de santé (préventifs), indépendamment de la nationalité, du statut administratif ou des revenus, est plus que jamais pertinent depuis la pandémie de Covid-19 : ce ne sont pas les personnes vulnérables qui sont en danger, ce sont les systèmes de soins de santé qui excluent délibérément ces personnes vulnérables de l’accès aux soins médicaux. »

Qui sont les personnes interrogées ?

  • Elles vivent dans une extrême pauvreté : 91,7% d’entre elles vivent en effet sous le seuil de pauvreté. 
  • 25% sont des résident.e.s ou ressortissant.e.s de l’UE. 74,7% sont originaires de pays en dehors de l’UE. 
  • Seuls 17,7% ont un logement adéquat. 28% sont des personnes sans-abri et 52,6% vivent dans un logement précaire ou inadéquat. La moitié des ressortissant.e.s étaient sans abri. 

59,1% des patients étaient des hommes, 40,9% des femmes. L’âge médian était de 34 ans. 1,7% des personnes étaient plus âgé.e.s que 70 ans et 8,8% étaient mineurs. 

Vers un système de santé couvrant véritablement les besoins des patients ?

Le 1 Fév 22

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Les innovations en matière de santé répondent souvent à des besoins qui correspondent davantage à l’offre (de l’industrie, des hôpitaux, des prestataires de soins…) qu’à la demande des patients. Les pouvoirs publics en sont conscients et tentent de redresser la tendance. C’est dans cette optique que le Centre fédéral d’Expertise des Soins de santé (KCE) a développé une méthode pour identifier de manière scientifique et structurelle les plus importants besoins non rencontrés des patients. Cette méthode pourrait être utilisée dans les décisions de remboursement de l’INAMI, mais elle pourrait aussi servir à mieux informer d’une part les professionnels de la santé sur les besoins réels des patients, et d’autre part à déterminer les priorités de recherche à fixer dans les agendas de l’industrie et des organismes qui financent la recherche publique. 

Besoins médicaux non rencontrés 

Nous avons tous des « besoins » : un toit, de la nourriture, une bonne santé physique et mentale, etc. Dans notre monde occidental, ces besoins fondamentaux sont raisonnablement satisfaits pour la plupart d’entre nous. Nous sommes également plutôt bien lotis en ce qui concerne la santé et les soins de santé – et certainement par rapport à d’autres parties du monde.  

Mais malgré cette situation relativement confortable, il persiste chez nous des besoins qui demeurent « non rencontrés ». Ainsi, on ne dispose pas toujours de traitements efficaces – voire de traitements tout court – pour certaines maladies parfois très lourdes à porter pour les patients et leurs familles. Il y a plusieurs raisons à cela. La première est que les connaissances scientifiques ne suffisent malheureusement pas toujours à résoudre un problème. La science a beau être en progrès constant, elle n’a pas réponse à tout. Il faut en prendre son parti, avec patience et espoir. 

Des besoins qui correspondent parfois davantage à l’offre qu’à la demande 

Une deuxième raison est que les moyens dévolus à la recherche ne sont pas toujours utilisés pour répondre aux besoins non rencontrés les plus importants. Car la recherche est aussi guidée par des intérêts commerciaux et les efforts ne se concentrent pas toujours sur les maladies qui s’accompagnent des besoins non rencontrés les plus importants. Par conséquent, les innovations qui arrivent sur le marché répondent souvent à un « besoin » qui correspond davantage à l’offre (de l’industrie, des hôpitaux, des prestataires de soins…) qu’à la demande des patients (qui va souvent plus loin que le simple besoin d’un traitement).  

Les responsables politiques belges et européens sont bien conscients de cette dérive des politiques de santé et tentent depuis longtemps de redresser la tendance. C’est ainsi que, dans le domaine des médicaments, des facilités ont été mises en place, par exemple, pour les médicaments orphelins, pour les « usages compassionnels », ou encore pour accélérer le remboursement de médicaments particulièrement prometteurs portant sur d’importants besoins médicaux non rencontrés. Les choses évoluent donc plutôt bien de ce côté. 

Des besoins difficiles à cerner 

Mais une troisième raison, plus pragmatique sans doute, est qu’il est difficile de cerner les besoins non rencontrés des patients. Il n’existe pas de démarche scientifiquement solide pour les identifier et les mesurer, ce qui serait pourtant un premier pas indispensable pour pouvoir les prendre en compte de façon structurelle dans les politiques de santé.  

Dans un rapport publié aujourd’hui, le Centre fédéral d’Expertise des Soins de santé (KCE) propose une méthode permettant de collecter de manière systématique et objective de telles informations sur les besoins des patients.  

Explorer les sources de données existantes 

Dans un premier temps, il s’agit d’identifier les problèmes de santé pour lesquels les besoins non rencontrés sont grands, en explorant des sources de données existantes, belges de préférence. L’enquête de santé par interviews menée tous les 4 ans par Sciensano est probablement la mieux connue de ces sources potentielles, mais il en existe d’autres. 

Cette démarche doit être complétée par une invitation lancée aux (associations de) patients, d’aidants proches et de soignants à soumettre des propositions de problèmes de santé qu’ils estiment devoir être pris en compte. À ce stade, il faut être attentif à ne pas favoriser les problèmes de santé les mieux « représentés », soit parce qu’ils sont très fréquents, soit parce qu’ils sont défendus par des associations de patients plus actives que d’autres. La sélection devra se faire selon des critères explicites.  

Interroger les patients en profondeur 

Il ne s’agit toutefois là que d’une première sélection. Il faut ensuite étudier chacun des problèmes de santé identifiés pour s’informer de manière complète et scientifiquement étayée sur les différents traitements (ou autres prises en charge) déjà existants, avec leurs avantages et inconvénients. Cela peut se faire via la littérature scientifique d’une part, mais aussi via une interrogation directe des patients concernés. À cet effet, le KCE a développé un questionnaire générique, à adapter à chaque problème de santé investigué, et à compléter par une enquête qualitative auprès d’un échantillon des répondants, afin d’approfondir la compréhension des besoins ainsi identifiés.  

Les chercheurs du KCE ont déjà fait un premier exercice d’adaptation du questionnaire, suivi d’une enquête qualitative (par interviews en face-à-face et un forum en ligne) dans le cadre d’une autre étude, celle sur le COVID long (rapport KCE 344), publiée en octobre dernier.  

Des résultats utiles à plusieurs égards 

Le KCE suggère de mandater une instance scientifique et indépendante pour la mise en place d’un programme d’identification des besoins des patients et pour explorer les collaborations internationales possibles dans ce cadre. Les résultats de ces études pourront être utilisés lors des procédures de décision de remboursement de l’INAMI, mais ils pourront aussi servir à mieux informer d’une part les professionnels de la santé sur les besoins réels des patients, et d’autre part l’industrie et les organismes de financement de la recherche sur les domaines où ces besoins sont les plus criants.  

Le KCE est persuadé qu’une telle démarche est de nature à améliorer à la fois la qualité et l’efficacité des soins de santé. En effet, plus l’accent sera mis sur les besoins des patients, plus les soins seront bénéfiques en termes de santé ou de qualité de vie. C’est donc une manière de rendre les soins plus efficients (plus efficaces pour un investissement donné de moyens publics) tout en promouvant la place centrale du patient, autre valeur importante du système de santé belge. 

Le rapport complet se trouve ici : Comment identifier les besoins des patients ? – KCE (fgov.be)

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La santé mentale des étudiant·es de l’UCLouvain et l’ULB à la loupe

Le 23 Déc 21

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L’Université catholique de Louvain (UCLouvain) et l’Université libre de Bruxelles (ULB) ont collaboré à une enquête de grande envergure sur le thème de la santé mentale et du bien-être des étudiant.es en avril 2021.  

Pour évaluer les principales difficultés rencontrées par ces communautés mais aussi pour encore mieux les soutenir à l’avenir, les observatoires de la vie étudiante des deux institutions avaient lancé au printemps dernier une vaste enquête conjointe. L’enquête a été menée en ligne, d’avril à juin 2021. 3 111 questionnaires ont été complétés et validés. 

Ce portrait de la santé mentale et du bien-être des étudiant·es universitaires en 2021 révèle des niveaux de stress, d’anxiété, de dépression et d’insomnies interpellants. Les résultats de l’enquête plaident pour renforcer l’accompagnement de celles et ceux faisant face à de telles difficultés, tant du point de vue académique que social et psychologique. 

Portrait de la santé mentale et du bien-être des étudiant·es universitaires en 2021 | UCLouvain

Les belges inégaux face aux outils numériques

Le 23 Déc 21

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En 2020, la crise du Covid-19 a renforcé, de manière plus ou moins importante, le recours aux services numériques essentiels. L’e-banking est le service en ligne le plus utilisé en Belgique (82%), suivi de l’e-commerce (71%). Le recours à l’e-administration évolue peu (68%) et l’e-santé est peu utilisé (39%). Derrière ces chiffres se cachent d’importances disparités, fortement liées au niveau de revenu et de diplôme, et au degré d’utilisation d’internet. C’est ce que révèle une nouvelle étude sur les services numériques essentiels, réalisée à l’initiative de la Fondation Roi Baudouin.

La numérisation des démarches quotidiennes a connu un essor inédit ces dernières années, encore renforcée par la crise du Covid-19. Pour autant, l’accès aux technologies numériques et aux services en ligne ne conditionnent pas automatiquement leur utilisation effective et autonome. Engagée dans la lutte contre l’exclusion numérique, la Fondation Roi Baudouin a demandé à des chercheurs de l’UCLouvain, en collaboration avec la VUB, de se pencher sur les inégalités liées à l’utilisation des services numériques essentiels. Un service est considéré comme ‘essentiel’ lorsque sa faible utilisation ou sa non-utilisation est susceptible de générer des discriminations sur le plan de l’accès aux droits sociaux (e-administration et e-banking), aux soins de santé (e-santé), aux opportunités commerciales liées à la consommation de biens et de services (e-commerce).
L’étude se base sur de nouvelles analyses des données issues de l’enquête sur l’utilisation des TIC par les ménages et les individus âgés de 16 à 74 ans (Eurostat – Statbel), couvrant la période de janvier à septembre 2020.

Progression de l’équipement numérique

En 2020, 91% des ménages belges disposent d’une connexion internet à domicile. L’accès à internet a connu une forte progression au sein des ménages avec un faible niveau de revenu (81% en 2020, contre 71% en 2019). Toutefois, ce n’est pas parce qu’on a accès à internet, qu’on est en mesure d’utiliser pleinement son potentiel : près d’un internaute sur cinq (17%) n’utilise internet que de manière limitée (c-à-d entre une et six utilisations différentes d’internet au cours des trois derniers mois). Ce chiffre grimpe à 31% pour les personnes avec un faible niveau de revenu, 28% pour les personnes âgées et 26% pour les personnes avec un faible niveau de diplôme.

Inégalités face à la numérisation des services essentiels

7% de la population belge n’utilisent pas internet. Parmi les utilisateurs d’internet, le recours aux services numériques essentiels a évolué de manière plus ou moins importante en 2020, avec des disparités importantes en fonction du profil des internautes et de leur degré d’utilisation d’internet. Bien que des disparités persistent entre les Régions en faveur de la Flandre, l’utilisation des services essentiels progresse dans la Région de Bruxelles-Capitale et en Wallonie.

L’utilisation de l’e-banking a connu une forte progression dans la Région de Bruxelles-Capitale (+12%). Il s’agit du service numérique essentiel le plus utilisé en Belgique : en 2020, plus de huit internautes sur dix (82%) effectuent des transactions bancaires en ligne. Le recours à l’e-commerce a également bien progressé (+11%) et ce, dans toutes les Régions. Plus de sept internautes sur dix (71%) effectuent des achats ou des ventes en ligne. L’utilisation de l’e-banking et de l’e-commerce diminue avec le niveau de diplôme et de revenu. De même, les personnes qui utilisent internet de manière limitée ont également beaucoup moins recours à ces services en ligne.

L’évolution de l’e-administration est plus limitée (+4%) et ce, dans les trois Régions. Ces dernières années, les progrès de la Belgique sur le plan de l’utilisation des services publics en ligne restent très mitigés voire même, ralentissent. Si 68% des internautes effectuent des démarches administratives en ligne, ce chiffre varie fortement en fonction du niveau de diplôme : 43% des internautes faiblement diplômés y recourent, contre 83% des internautes hautement diplômés. Et pour cause : les démarches administratives en ligne exigent une maîtrise correcte de l’écrit. De même, 71% des jeunes utilisent peu ou n’utilisent pas internet pour effectuer leurs démarches administratives. Le niveau d’éducation est une fois de plus déterminant.

L’utilisation de l’e-santé a elle aussi peu évolué (+5%). Comme pour les autres services numériques essentiels, des inégalités persistent dans l’accès à l’e-santé. 60% des internautes n’utilisent pas les services de santé en ligne. À noter : la période couverte par l’étude ne réfère pas aux pratiques numériques imposées par la crise du Covid-19 (ex. : tests, vaccins, Covid Safe Ticket). Il est probable qu’elles entraîneront une augmentation de l’utilisation de l’e-santé et de l’e-administration, mais le manque d’accès et de compétences des personnes éloignées du numérique risque également d’entraver leur utilisation. Le Baromètre de l’inclusion numérique 2022 apportera un éclairage sur ces questions.

Bénéfices limités

« Pour de nombreuses personnes, la ‘simplification administrative’ par le biais de la numérisation ne rime pas nécessairement avec une simplification des démarches. C’est pourtant l’un des arguments les plus régulièrement avancés pour justifier l’ampleur et la rapidité des processus de dématérialisation », affirme Périne Brotcorne, auteure de l’étude. Seul un internaute sur trois ayant un faible niveau de diplôme (32%) ou de revenu (29%) estime que l’utilisation d’internet lui permet de traiter des questions administratives plus facilement. Ce chiffre tombe à 24% pour les personnes qui ont une utilisation limitée d’internet.

Les résultats de l’étude sur les services numériques en ligne doivent servir de repères à l’ensemble des acteurs concernés, pour ne laisser aucun citoyen au bord du chemin. Veiller à la facilité d’utilisation des services numériques est essentiel. Tout comme le fait de continuer à garantir d’autres formes d’accessibilité de ces services.

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L’hésitation vaccinale des professionnels de la santé contre le covid-19

Le 26 Nov 21

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Alice Lecroart a réalisé une analyse sur l’hésitation vaccinale des soignants, selon le modèle des 5 C [1], dans le cadre de son mémoire de fin d’études à l’UCLouvain. Son travail fait écho aux débats dans l’actualité de cette fin d’année 2021.

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Depuis le 9 janvier 2020, un virus fortement contagieux et aux symptômes sévères, le SARS-CoV-2, a fait son apparition [2]. La maladie qu’il provoque, le COVID-19, a rapidement été qualifiée de pandémie [3]. De nombreuses mesures restrictives ont été mises en place en Belgique afin d’endiguer la propagation de ce virus et de protéger notre système de santé. Le COVID-19 et les mesures imposées pour lutter contre lui ont bouleversé nos vies.

Une solution a rapidement été présentée pour sortir de cette crise : le développement de vaccins. Une campagne de vaccination massive a débuté en janvier 2021. Les professionnels de la santé faisaient partie des publics prioritaires de cette campagne[4, 5]. Néanmoins, en plus des problèmes d’approvisionnement, cette campagne a été confrontée à l’hésitation vaccinale de la population. L’hésitation vaccinale se définit comme le retard ou le refus des vaccins malgré leur disponibilité [6]. Ce phénomène n’est pas récent et est surveillé depuis 2019 par l’OMS [7]. C’est un concept complexe et influencé par de nombreux facteurs. Le contexte de crise sanitaire, le développement rapide des vaccins, l’environnement médiatique autour de la vaccination et les problèmes de gestion de cette crise ont pu influencer l’hésitation vaccinale envers les vaccins contre le SARS-CoV-2. Elle peut aussi toucher les professionnels de la santé. Cela pose d’autant plus problème que ces derniers représentent une source d’informations fiable concernant la vaccination contre le SARS-CoV-2 pour la population générale [8].Il existe de nombreux modèles pour comprendre l’hésitation vaccinale. L’un de ces modèles est le modèle des 5C des antécédents psychologiques à la vaccination. Ce dernier est composé de cinq antécédents qui représentent des préférences individuelles ou des représentations psychologiques et mentales de l’environnement dans lequel l’individu évolue. Chacun de ces antécédents influence positivement ou négativement l’intention de se faire vacciner [1, 9].

L’objectif de cette étude est de répondre à cette question : quels sont les facteurs influençant l’hésitation vaccinale face aux vaccins contre le coronavirus SARS-CoV-2 parmi les professionnels de la santé ?

Méthodologie

Pour mener à bien cette étude, nous avons effectué une recherche de type qualitatif au moyen d’entretiens semi-directifs. Nous avons choisi d’interroger des professionnels de la santé, et plus particulièrement des médecins et des infirmiers. Le recrutement des participants s’est fait grâce à une méthode « boule de neige ». La collecte des données a eu lieu entre mars et juin 2021. L’analyse des données s’est faite en deux temps. Lors de nos entretiens, une première analyse de type itératif a permis d’extraire une série de thèmes. Nous les avons alors classés en trois catégories : l’impact de la situation sanitaire, la vaccination en général et la vaccination contre le SARS-CoV-2. Dans un second temps, une fois les entretiens terminés et la première analyse faite, nous avons mené une seconde analyse en nous servant du modèle des 5C des antécédents à la vaccination de Betsch et al. [1]. Ce modèle nous a servi de spectre théorique afin d’identifier les antécédents psychologiques à la vaccination parmi notre échantillon.

Résultats

Au terme de la collecte des données, nous avons obtenu onze entretiens (Tableau 1 : Caractéristiques de l’échantillon).

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Tableau 1 : Caractéristiques de l’échantillon

La seconde analyse selon le modèle des 5C a permis la mise en évidence de certains problèmes. Ce modèle est composé de cinq antécédents à la vaccination. Le premier est la confiance dans la sûreté des vaccins et dans le système qui les délivre [1, 9]. Dans notre échantillon, si tous les participants exprimaient un avis globalement positif sur la vaccination en général, ils étaient nombreux à exprimer des doutes et de la méfiance vis-à-vis de la vaccination contre le SARS-CoV-2. Les deux personnes ayant refusé la vaccination avaient quant à elles un grand manque de confiance dans le système.

Le deuxième antécédent est la complaisance, cet antécédent apparaît quand le danger que représente la maladie est perçu comme faible [1, 9]. Dans notre échantillon, bien que la crainte de la maladie eût fortement décru parmi les participants depuis le début de la crise, la volonté de se protéger ou de protéger les autres apparaissait comme une motivation pour les personnes vaccinées. Au contraire, les personnes ayant refusé la vaccination avaient tendance à se sentir invulnérables face à la maladie.

Le troisième antécédent est la contrainte, elle apparaît quand des barrières structurelles ou psychologiques viennent entraver la vaccination [1, 9]. Au moment des entretiens, cet antécédent n’était pas présent parmi notre échantillon. Les personnes interrogées percevaient qu’elles avaient facilement accès à la vaccination contre le COVID-19 et qu’elles avaient le choix de se faire vacciner ou pas. Cependant, cela est remis en question par l’obligation vaccinale des professionnels de la santé actuellement à l’étude en Belgique.

Le quatrième antécédent est le calcul rationnel qui se définit comme la recherche active d’informations supplémentaires [1, 9]. Cet antécédent n’était pas présent parmi l’échantillon car, bien que certaines personnes eussent tendance à rechercher activement et que d’autres la recevaient de façon passive, nous n’avons pas pu faire de lien entre la recherche d’informations et la décision de se faire ou pas vacciner. Néanmoins, cela nous a amenés à nous interroger sur la qualité des sources d’informations sur la vaccination contre le COVID-19 des infirmiers. En effet, dans notre échantillon, si les médecins avaient souvent comme source des articles scientifiques ou officiels, les infirmiers avaient des sources plus traditionnelles : les médias, les réseaux sociaux et les médecins.

Le dernier antécédent est la responsabilité collective que l’on peut définir comme la volonté de protéger les autres par notre vaccination [1, 9]. Nous avons rapproché cet antécédent de l’un de nos thèmes extrait des entretiens : la responsabilité professionnelle présentée par certains participants comme une motivation pour se faire vacciner. Il faut tout de même rester prudent avec cet antécédent car les personnes hésitantes ont tendance à ne pas voir les bénéfices collectifs de la vaccination [10] et donc à se montrer résistants à ce type d’arguments. Il est à noter que l’obligation vaccinale des professionnels de la santé repose sur cet antécédent.

Discussion et conclusion

L’analyse selon le modèle des 5C a permis de mettre en évidence un problème : la qualité de l’information de certains professionnels. Pour remédier à ce problème, nous pensons qu’une campagne d’information de tous les professionnels de la santé concernant la vaccination contre le SARS-CoV-2 doit être mise en place. Le contenu de cette campagne peut s’appuyer sur le sentiment de responsabilité des professionnels de la santé en présentant les bénéfices collectifs de la vaccination. Néanmoins, il est primordial de mettre en avant les bénéfices individuels de la vaccination afin de convaincre au mieux les personnes hésitantes [10]. Une telle campagne demande une transparence totale et de prendre le risque de dire que dans certains cas, il n’existe pas encore de données. Cela va peut-être amener une diminution de l’intention de se vacciner à court terme mais, à long terme, va augmenter la confiance dans le système et donc influencer positivement l’intention de se vacciner [11].

En outre, cette analyse nous a amenés à nous interroger sur la mise en place de l’obligation vaccinale des professionnels de la santé en Belgique. Elle repose sur la mise en avant d’intérêts collectifs de la vaccination contre le COVID-19. Elle risque donc d’entraîner de fortes résistances sur le long terme. Si elle est mise en place, il est primordial qu’elle s’accompagne de cette campagne d’information à destination de tous les professionnels de la santé.

Info : depuis le 17/11/2021, l’obligation vaccinale des soignants a été décidée et entrera en vigueur en janvier 2022.

Bibliographie

1.         Betsch, C., et al., Beyond confidence: Development of a measure assessing the 5C psychological antecedents of vaccination. PLOS One, 2018. 13(12).

2.         Institut Pasteur. Maladie COVID-19 (nouveau coronavirus). 2021 (consulté le 14 juin 2021); disponible à l’adresse: https://www.pasteur.fr/fr/centre-medical/fiches-maladies/maladie-covid-19-nouveau-coronavirus.

3.         Organisation mondiale de la Santé. COVID-19 – Chronologie de l’action de l’OMS. 2020 (consulté le 30 juillet 2021); disponible à l’adresse: https://www.who.int/fr/news/item/27-04-2020-who-timeline—covid-19.

4.         CESI. Vaccination Covid-19. 2021 (consulté le 14 juin 2021); disponible à l’adresse: https://www.cesi.be/fr/deconfinement/vaccination-covid-19.

5.         Wallonie. Covid-19 : stratégie de vaccination au niveau de la Wallonie. 2021 (consulté le 14 juin 2021); disponible à l’adresse: https://www.wallonie.be/fr/actualites/covid-19-strategie-de-vaccination#:~:text=En%20Wallonie%2C%20la%20vaccination%20a,de%20soins%20de%201%C3%A8re%20ligne

6.         Vax info.org. Vaccine hesitancy : des réponses adaptées. 2016 (consulté le 14 juillet 2021); disponible à l’adresse: https://www.vaxinfopro.be/spip.php?article1914&lang=fr&retour=1.

7.         Organisation mondiale de la Santé. Dix ennemis que l’OMS devra affronter cette année. 2019 (consulté le 08 juin 2021); disponible à l’adresse: https://www.who.int/fr/news-room/spotlight/ten-threats-to-global-health-in-2019.

8.         Sciensano. Cinquième enquête de santé COVID-19. 2021 (consulté le 01 juillet 2021); disponible à l’adresse: https://www.sciensano.be/sites/default/files/report5_covid-19his_fr.pdf.

9.         Betsch, C., et al., Sample study protocol for adapting and translating the 5C scale to assess the psychological antecedents of vaccination. BMJ open, 2020. 10(3).

10.       Freeman, D., et al., Effects of different types of written vaccination information on COVID-19 vaccine hesitancy in the UK (OCEANS-III): a single-blind, parallel-group, randomised controlled trial. Lancet Public Health, 2021. 6(6): p. e416-e427.

11.       Petersen, M.B., et al., Transparent communication about negative features of COVID-19 vaccines decreases acceptance but increases trust. Proceedings of the National Academy of Sciences, 2021. 118(29): p. e2024597118.

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Inciter le consommateur à acheter des aliments bons pour la santé via un Nutri-Score demande des efforts

Le 29 Nov 21

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Mentionner le Nutri-Score des produits alimentaires sur les étiquettes des rayons du supermarché ne suffit pas pour inciter le consommateur à choisir systématiquement des produits plus sains. C’est ce qui ressort d’une étude récente de Sciensano

Le Nutri-Score indique visuellement si une denrée alimentaire est saine ou non, sur la base de la quantité de calories, de sucres, de graisses saturées, de sel, de protéines, de fibres, de fruits, de légumes et de fruits à coque présents. De cette façon, le consommateur peut comparer facilement entre eux les produits faisant partie de la même catégorie alimentaire. Sciensano a examiné si la mention du Nutri-Score sur les étiquettes des rayons incite les clients à acheter davantage des produits meilleurs pour la santé.

Les fabricants ne sont pas obligés de mentionner le Nutri-Score sur l’emballage de leurs produits. Un grand distributeur belge mentionne le Nutri-Score de tous les produits sur les étiquettes des rayons depuis mai 2019. (Donc pas uniquement sur ses propres marques et les produits sur lesquels figure déjà le Nutri-Score.) De cette façon, le Nutri-Score d’un nombre beaucoup plus élevé de produits est disponible directement pour le client. Une enquête sur le comportement d’achat des clients menée chez ce distributeur fait apparaître un impact mitigé. “Si nous considérons le volume total de tous les produits alimentaires vendus dans les magasins d’intervention par rapport aux magasins de contrôle, nous constatons des effets positifs pour les produits à Nutri-Score B et C et des effets négatifs pour les produits à Nutri-Score D. », affirme Stefanie Vandevijvere, scientifique chez Sciensano. “Une analyse par catégorie alimentaire nous donne une image plus précise: pour environ un tiers des catégories analysées (représentant 29% des ventes totales), nous avons constaté que les clients achetaient soit plus souvent des produits portant le Nutri-Score A ou B, soit moins souvent des produits portant le Nutri-Score D ou E. Ces effets positifs ont principalement été constatés dans les catégories des fruits et légumes, pour les produits laitiers et pour les sucreries. Dans les autres catégories d’aliments (représentant ensemble 24% des ventes totales), nous avons constaté un glissement en faveur de produits moins bons pour la santé. C’était principalement le cas pour la catégorie du pain et des pâtisseries. Dans les autres catégories alimentaires, nous n’avons observé aucun effet statistiquement parlant.”

Les effets que nous avons constatés dans cette étude sont moins prononcés que ce à quoi nous nous attendions sur la base d’études expérimentales menées dans d’autres pays avec d’autres types d’étiquettes. Nous voyons quelques explications possibles à cela, à commencer par la couleur des étiquettes des rayons. Par exemple, le Nutri-Score était affiché en noir et blanc sur les étiquettes des rayons, ce qui est moins visible qu’une étiquette en couleur. Une deuxième explication possible est qu’il s’agissait d’une expérience naturelle et non d’un plan de recherche isolé où les étiquettes des rayons étaient le seul moyen d’indiquer ou de promouvoir le Nutri-Score. D’autres initiatives étaient également présentes dans les magasins autour du Nutri-Score. Si, dans cette situation, vous examinez spécifiquement l’effet de la mention du Nutri-Score sur les étiquettes des rayons sur le comportement d’achat, en plus d’autres interventions existantes, l’impact peut être un peu plus faible que si l’étiquette de rayon avait été la seule intervention» poursuit le Dr. Vandevijvere. “L’étude montre en tous les cas que la mention d’un Nutri-Score sur les étiquettes de prix n’est pas suffisante en soi pour influencer le comportement d’achat des consommateurs. Il est clair que davantage d’actions sont nécessaires.

Vous trouverez plus d’informations sur cette étude dans l’article scientifique publié dans l’International Journal of Behavioral Nutrition and Physical Activity.

Cette étude a été réalisée sans intervention financière, ni contribution en nature de la part du distributeur concerné.

senior woman in pharmacy talking to the chemist or pharmacist

Relations patient-médecin-pharmacien
à l’épreuve des autotests

Le 26 Oct 21

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Sandrine Roussel de l’Université Catholique de Louvain, Marie Porcu de la Clinique Mont-Légia , François Martin du CH Dreux (expert pour Innoviris), et Stephan Van Den Broucke de l’Université Catholique de Louvain.

INNOVIRIS, l’Institut bruxellois pour la Recherche et l’Innovation, finance des projets de recherche thématiques, associant équipes de recherche et organismes intéressés par les implications directes de ces recherches, les projets Bridge. En 2017, l’appel à projets concernait la médecine personnalisée et les soins intégrés. CARE-TEST fait partie des projets sélectionnés. Il bénéficie du parrainage de la Mutualité Chrétienne, de la Société Scientifique de Médecine Générale, de l’Association Pharmaceutique Belge et de l’Association Belge des praticiens de l’art infirmier.

A l’issue de la recherche qualitative ‘CARE-TEST’ en région de Bruxelles-Capitale, voici les recommandations formulées par l’équipe de recherche concernant les relations patient-médecin-pharmacien à l’épreuve des autotests à visée diagnostique.

senior woman in pharmacy talking to the chemist or pharmacist

CARE-TEST s’intéresse aux relations patient-médecin-pharmacien, en général et à ces relations dans le contexte des autotests à visée diagnostique0 , en particulier. Les autotests sont un phénomène récent en Belgique. Ils pourraient créer un nouvel équilibre dans la relation patient-professionnel, dans la mesure où le patient peut réaliser un test, sans l’intervention d’un professionnel de santé. Cet équilibre pourrait induire plus de partenariat 1, 2. Une marge d’amélioration est en effet possible : les pratiques d’éducation du patient sont encore souvent limitées à une transmission unilatérale d’informations biomédicales sur la maladie 3-5, alors que des approches partenariales impliquant le patient dans la gestion de sa santé/maladie s’avèrent plus efficaces. Ces approches considèrent le patient et le professionnel comme dépositaires de connaissances propres de la santé/maladie. Elles impliquent la décision partagée, comprennent un travail sur la motivation basé sur les objectifs du patient et consistent en un accompagnement progressif vers l’autonomie. L’autonomie est comprise comme la capacité de gérer sa santé au quotidien (autonomie fonctionnelle) mais aussi de faire des choix éclairés en matière de santé (autonomie décisionnelle). Il ne s’agit pas de gérer sa santé indépendamment de tout professionnel de santé3.

CARE-TEST considère les autotests comme un élément de contexte susceptible d’interroger les relations patient-médecin-pharmacien. Il ne s’agit ni d’étudier les autotests, ni de les promouvoir.

Méthodologie

Cette recherche qualitative exploratoire a été menée, par entretiens semi-directifs, auprès de 17 patients, 25 médecins et 16 pharmaciens de la Région de Bruxelles-Capitale. Elle a été réalisée de l’été 2018 à l’été2019, soit avant la pandémie de Covid-19. Elle visait à obtenir une vue d’ensemble des relations patient-médecin-pharmacien, à explorer les représentations des autotests ainsi qu’à comprendre les changements escomptés dans les relations patient-professionnel et médecin-pharmacien, suite à l’introduction des autotests en officine. La durée moyenne des entretiens était de 69 minutes [33min ; 148min]. Une analyse thématique réflexive a ensuite été menée.

Recommandations-clés

Cet article présente les recommandations-clés relatives aux relations patient-professionnel. Le lecteur désireux de prendre connaissance de l’ensemble des résultats/recommandations trouvera, à la fin de l’article, un lien permettant d’accéder au rapport de recherche.

Les principaux changements escomptés par les participants à la recherche étaient plus d’autonomie, au sens de « se réapproprier sa santé » pour le patient et un risque de mise à l’écart du médecin. Les autotests pourraient en effet encourager une prise de distance du patient vis-à-vis du monde médical (notamment par des pratiques d’auto-traitement), faute précisément de relations partenariales préalables. En effet, des tendances sont favorables à une telle évolution. Elles soulignent la pertinence de développer des approches partenariales, en amont.

Voici un exemple. Des patients favorables aux autotests étaient insatisfaits du peu de dialogue dans leur relation avec les médecins. Les médecins défavorables aux autotests présentaient quant à eux des pratiques peu partenariales. La réalisation d’un autotest par le patient risque d’être accueillie négativement par ces médecins. Cette réaction pourrait alors renforcer la prise de distance par le patient.

Les recommandations reposent sur :

  1. les résultats de recherche. Les résultats correspondants sont spécifiés après chaque recommandation, sous l’intitulé « observations » ;
  2. les propositions émises par les participants à la recherche. Elles permettent d’optimiser l’adhésion aux recommandations ;
  3. une discussion des recommandations avec les parrains de la recherche ;
  4. le cadre idéologique de la recherche. CARE-TEST vise le développement et le maintien de relations partenariales.

Recommandations pour le terrain

Assurer un « service de base »

L’idée est ici de proposer une approche qui satisfasse les attentes du patient afin de ne pas encourager une prise de distance vis-à-vis du monde médical. Il s’agit d’une approche à minima.

  • Le médecin : donner au patient des informations claires et compréhensibles, sur la maladie, les causes, le pourquoi du traitement. Respecter ses options de santé (plus ou moins de médicaments, d’examens perçus comme invasifs, d’acharnement thérapeutique). Réévaluer « régulièrement » les desiderata du patient en matière de participation.

Observations : Les patients attendent au minimum cette approche. Répondre à cette attente, c’est aussi prévenir la « non-observance » du patient voire sa rupture avec le monde médical, faute de « dialogue ». Les souhaits du patient peuvent varier vers plus ou moins de participation, suite à l’apparition/aggravation d’une pathologie.

  • Le pharmacien : fournir au patient une information sur le « produit », systématique, compréhensible et acceptable pour celui-ci. Un tel rôle permet aussi de faire évoluer l’image du pharmacien. Sensibiliser, en amont, le pharmacien aux outils existants (phrases-types, fiche didactique, étiquettes à apposer sur la boite).

Observations : accompagner la délivrance d’un produit pharmaceutique par une information ne fait pas partie des routines de toute officine. Elle peut être conditionnée à l’affluence à l’officine, l’existence d’une prescription, la demande du patient, la motivation du pharmacien… En l’absence de ces conditions, le « produit » est délivré sans information. Il n’est parfois pas utilisé notamment en raison de son incompatibilité avec le traitement existant.

Viser des relations partenariales

L’idée est ici d’évoluer vers un véritable partenariat.

Recommandations portant sur la formation
  • Le patient : intensifier les efforts en matière d’éducation santé, en la rendant systématique lors de la scolarité obligatoire. Les séances seraient données par des professionnels qualifiés, légitimes pour en parler et formés aux approches partenariales. Les contenus suggérés sont : situer ses organes, identifier les signaux d’alarme, acquérir un esprit critique en regard des informations, connaitre les implications pratiques des droits du patient, communiquer avec le généraliste…

Observations : le niveau de littératie en santé6 de la population est perçu comme bas, par les patients et par les professionnels. Ce bagage insuffisant est décrit comme maintenant le patient dans la passivité voire dans la surconsommation d’examens/soins/médicaments, par manque d’esprit critique. Il complique aussi le travail du professionnel qui ne peut s’appuyer sur une base minimale pour informer. Enfin, il ne permet pas au patient de dialoguer avec le professionnel.

  • Le professionnel de santé : former systématiquement les (futurs) professionnels aux approches partenariales, en formation initiale et continue. Discuter les concepts qui s’inscrivent dans un discours de « participation ». Sensibiliser à la pertinence d’une démarche partenariale en encourageant l’utilisation de typologies permettant de situer sa pratique en regard de la participation.

Observations : les relations patient-professionnel ne sont pas massivement partenariales. Or, une partie des patients est en demande de relations plus partenariales avec le médecin et les patients les plus satisfaits de leur relation avec le pharmacien sont ceux qui ont établi une relation égalitaire, de confiance avec lui. Par ailleurs, les approches partenariales sont déployées par des professionnels formés à ces approches. Enfin, un discours de « participation » (expliquer, patient partenaire, responsabilité partagée, autonomie, négocier, etc.) est intégré au langage du professionnel. Il recouvre toutefois des pratiques variées. Il peut être mal aisé pour le professionnel d’estimer dans quelle mesure sa pratique est partenariale.

Recommandations portant sur les sources d’information
  • Mettre à disposition des sources d’informations fiables, compréhensibles et à jour (par exemple des sites web avec une navigation, une fonction de recherche et une impression papier aisées) afin de faciliter le dialogue. Cette recommandation vise la relation patient-généraliste, elle est toutefois valable pour tout professionnel de santé.

Observations : l’information sur Internet peut être de mauvaise qualité. Disposer d’un support papier pouvant être lu après consultation est utile pour certains patients.

Recommandations relatives à la gestion des données
  • (Re)Penser la circulation des données de santé du patient entre les professionnels ainsi qu’entre le patient et le professionnel. Trouver un équilibre entre accessibilité et respect de la vie privée.

Observations : des patients craignent de vieillir dans un système « où il est nécessaire d’être suffisamment bien pour assurer le suivi de sa santé ». Le délai pour accéder aux résultats en ligne est jugé trop long. Il ne permet pas au patient d’être acteur de santé. Par ailleurs, l’informatisation préoccupe patients et médecins sur les dimensions suivantes : le respect du non partage de données demandé par le patient, la protection des données vis-à-vis de tiers et le risque de commercialisation des données.

Recommandations portant sur le rôle du pharmacien
  • Mener une réflexion sur la profession de pharmacien d’officine et son avenir, par les pharmaciens. Cette réflexion intégrerait la relation à la personne et aux autres professionnels de santé. Les questions suggérées sont : qu’est-ce qu’un bon pharmacien ? Quelles compétences doit-il avoir ? Comment les développer ? Quelle est la place du conseil, de la vente ? Clarifier ensuite les rôles respectifs du médecin et du pharmacien en matière de « suivi » du patient.

Observations : le pharmacien est perçu comme une « profession en crise ». La perspective des autotests souligne des crispations sur le plan de la répartition des rôles entre médecin et pharmacien. L’utilisation que pourrait en faire le pharmacien (information fournie, initiation du traitement, …) suscite la méfiance de certains médecins et la réprobation de quelques pharmaciens. La réaction escomptée du médecin plonge des pharmaciens dans l’inconfort. Cette situation n’est pas spécifique aux autotests. Elle est vécue au quotidien lors de la substitution et l’avance de médicaments.

  • Autres points d’attention : outiller le professionnel pour la gestion des « mauvaises nouvelles » ; former les soignants aux pathologies transmissibles (afin d’éviter les mesures de protection inadaptées qui nuisent au soin) ; poursuivre les efforts en vue d’une approche concertée avec les patients maitrisant d’autres langues ou issus d’autres cultures, tout en capitalisant ces initiatives.

Recommandations pour la recherche

  • Déterminer dans quelle mesure les tendances observées sont présentes dans la population bruxelloise, par des recherches à plus grande échelle.

Observations : La recherche est qualitative. Elle permet de mettre en évidence l’existence de tendances mais ne donne pas d’indication sur l’ampleur de ces dernières.

  • Etudier dans quelle mesure la notion de fiabilité (…à traduire pour la rendre intelligible !) est maitrisée et souhaitée par les patients, médecins, pharmaciens.

Observations :Il n’existe de consensus ni sur la pertinence d’en parler au patient, ni sur le degré de maitrise de cette notion par les professionnels.

Conclusion

Les autotests, apparus dans un contexte peu partenarial, ont eu un succès très limité sur le plan du volume des ventes. Ils invitent à réfléchir plus globalement aux balises d’une relation plus partenariale. D’autres dispositifs d’automesure feront en effet tôt ou tard leur apparition. Or, dans une relation égalitaire apaisée, les autotests apparaissent comme un outil au service de la relation patient-professionnel, non comme un outil de dérégulation de cette dernière.

Enfin, si les présentes recommandations concernent les patients, les médecins et les pharmaciens, celles-ci s’inscrivent dans le contexte d’une politique de soins de santé. Des relations partenariales patient-professionnel nécessitent des efforts concertés, dans la durée (éducation pour la santé, formation, contexte favorable…).

Le rapport de recherche sera disponible sur https://hdl.handle.net/2078.1/249438, en septembre 2022. Il est disponible sur demande auprès de : sandrine.roussel@uclouvain.be .

[0] Ce terme désigne ici les autotests commercialisés en officine à l’automne 2016. Ils peuvent être réalisés et interprétés par le patient lui-même. Ils concernent les infections urinaires, le VIH, la maladie de Lyme, le tétanos, le Chlamydia, le cholestérol… Ils n’incluent pas les tests de grossesse et les autotests Covid-19. Le terme « autotest » sera utilisé dans cet article.

[1] Szasz TS, Hollender MH. A contribution to the philosophy of medicine. The basic models of the doctor-patient relationship. AMA Archives of internal medicine. 1956;97(5):585-92.

[2] Botelho RJ. A Negotiation Model for the Doctor-Patient Relationship. Fam Pract. 1992;9(2):210-8.

[3] Roussel S. Interactions entre les représentations sociales des professionnels de soins de santé et leurs pratiques d’éducation du patient [Thèse de doctorat]. Bruxelles: Université Catholique de Louvain; 2016. https://hdl.handle.net/2078.1/177070

[4] Chambouleyron M, Lasserre-Moutet A, Lagger G, Golay A. History of patient education, what a story! Med Mal Metab. 2013;7(6):543-7.

[5] Hoving C, Visser A, Mullen PD, van den Borne B. A history of patient education by health professionals in Europe and North America: From authority to shared decision making education. Patient Educ Couns. 2010;78(3):275-81.

[6] Les participants parlent de niveau d’éducation santé « bas ». Le terme « littératie » n’était pas utilisé par les patients et utilisé dans une acception souvent limitée par les professionnels (« utiliser des mots simples »). La littératie en santé est la capacité d’accéder à l’information, de la comprendre, de l’évaluer et de l’appliquer afin d’améliorer/maintenir sa santé et sa qualité de vie. L’éducation santé est un moyen pour parvenir à un niveau plus élevé de littératie.

Une étude évalue et compare les engagements et les pratiques des plus grandes entreprises agroalimentaires en Belgique pour un environnement alimentaire plus sain

Le 26 Oct 21

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Article publié le 24/08/2021 sur le site de Sciensano

Le projet BIA-Obesity a étudié pour la première fois les engagements et les pratiques des plus grandes entreprises agroalimentaires belges en matière d’alimentation, de santé et de prévention de l’obésité. Les engagements et les pratiques en matière d’alimentation de chaque entreprise ont été évaluées et résumées dans une carte de scores sur la base d’une méthode standardisée internationale. L’étude permet de voir sur quels points les entreprises enregistrent un bon score dans leur contribution à un environnement alimentaire plus sain, quelles sont les points à améliorer et quelles sont leurs prestations comparativement à leurs partenaires du secteur.

L’obésité et les maladies chroniques liées à l’alimentation sont des problèmes de santé majeurs en Belgique et elles sont entre autres causées par un environnement alimentaire malsain. Un environnement alimentaire malsain est un environnement qui, en raison de certaines circonstances (économiques, physiques et politiques), facilite le fait de choisir une alimentation et des boissons mauvaises pour la santé par rapport à une alimentation saine. En plus des autorités, l’industrie agroalimentaire a également un rôle important à jouer dans la réalisation d’un environnement alimentaire sain.

Sciensano a sélectionné les 31 entreprises agroalimentaire les plus importantes en Belgique dans les secteurs suivants : fabricants d’aliments emballés et de boissons non alcoolisées (N=19), restaurants à service rapide (N=7) et supermarchés (N=5).

Ensuite, les chercheurs ont appliqué pour la première fois en Belgique la méthode “Business Impact Assessment on Obesity and Population Nutrition” (BIA-Obesity). Cette méthode évalue les engagements et les pratiques des entreprises dans 6 domaines d’action :

  • Stratégie alimentaire de l’entreprise
  • Formulation produit
  • Etiquetage produit
  • Promotion du produit et de la marque
  • Accessibilité au produit
  • Relations avec d’autres organisations

Pour toutes les 31 entreprises sélectionnées, les engagements disponibles publiquement ont été analysés sur ces 6 points. Cette analyse impliquait une analyse des sites web de l’entreprise, des rapports annuels, des communiqués de presse et des sites web des fédérations et des autorités. Les chercheurs ont également pris contact avec les entreprises dans le but de compléter les informations disponibles publiquement et de les confirmer. Plus de la moitié des entreprises sélectionnées (N=18) y a répondu positivement et a participé activement au processus de recherche.

Engagements des entreprises agroalimentaires belges

Les scores totaux pour les engagements des entreprises en matière d’alimentation, de santé et de prévention de l’obésité variaient entre 2% et 75% en 2020. Il existe donc une grande variation dans les scores pour les engagements entre les entreprises, qui peuvent toutes encore entreprendre des actions importantes pour améliorer leurs engagements. En règle générale, les scores des restaurants à service rapide étaient plus faibles que ceux des supermarchés et des fabricants d’aliments emballés et de boissons non alcoolisées.

La plupart des entreprises avaient établi une stratégie alimentaire. Certaines entreprises s’engageaient à mentionner le Nutri-Score sur leurs produits ou à réduire les teneurs en sel, sucre et graisses saturées dans des catégories spécifiques de produits. Les engagements dans les domaines d’action ‘Accessibilité produit’ et ‘Promotion produit et marque’ étaient toutefois les plus faibles.

Dans le domaine ‘Stratégie alimentaire de l’entreprise’, les chercheurs ont examiné la politique générale et les engagements de l’entreprise en matière de prévention de l’obésité et d’amélioration de l’alimentation et de la santé de la population. Dans le domaine ‘Accessibilité produit’, la disponibilité et le coût abordable de produits alimentaires ‘plus sains’ ont été évalués par rapport aux ‘moins sains’. Concrètement, la part des produits sains dans l’ensemble du portefeuille de produits d’une entreprise agroalimentaire et la stratégie des prix et des réductions ont par exemple été examinées. Dans le domaine ‘Promotion produit et marque’, les engagements visant à réduire l’exposition des enfants à de la publicité pour des aliments mauvais pour la santé ont été examinés.

Un point important, soutenu par d’autres études, est que les actuels engagements volontaires  visant à limiter le marketing axé sur les enfants, ne sont pas efficaces. Les entreprises agroalimentaires promettent de ne pas s’adresser directement aux enfants, mais cela n’empêche pas qu’un grand nombre d’enfants soient quand même exposés à de la publicité pour des aliments mauvais pour la santé. Les entreprises agroalimentaires devraient certainement renforcer leur politique et leurs actions dans ce domaine“, affirme Stefanie Vandevijvere, chercheuse chez Sciensano.

Pratiques des entreprises agroalimentaires belges

Les chercheurs ont non seulement examiné les engagements des entreprises agroalimentaires mais ils ont également étudié leurs pratiques en matière de formulation produit, d’étiquetage des produits et de promotion des produits et des marques.

Fabricants d’aliments emballés et de boissons non alcoolisées :

  • Sur les 18 fabricants sélectionnés en 2018, seulement 2 avaient un Nutri-Score A sur plus de la moitié des produits de leur portefeuille. Pour 5 entreprises, plus de la moitié de la gamme était constituée de produits ayant un Nutri-Score E.
  • 3 fabricants sur 18 avaient un portefeuille de produits entièrement constitué d’aliments ultra-transformés.
  • 5 fabricants sur 18 n’avaient dans leur portefeuille que des produits dont la publicité auprès des enfants est interdite selon les directives de l’Organisation mondiale de la santé.
  • Fin 2019, 34 % des produits d’Iglo et de Danone présentaient le Nutri-Score. Les deux entreprises ont donc obtenu les meilleures performances pour cet indicateur.

Supermarchés :

  • Plus de 39% des produits de la gamme d’Aldi, Carrefour, Colruyt, Delhaize et Lidl présentaient un Nutri-Score D ou E.
  • Delhaize avait inscrit le Nutri-Score sur la face avant de 30% de ses produits fin 2019, obtenant ainsi le meilleur score pour cet indicateur.
  • Parmi les 5 supermarchés sélectionnés, c’est Aldi qui a le plus souvent fait la promotion des fruits et légumes frais dans son prospectus et Colruyt le moins souvent.  

Restaurants à service rapide :

  • Plus de 41% des produits de la gamme de McDonald’s, Panos, Paul et Quick avaient un Nutri-Score D ou E. Pour les produits de Domino’s Pizza, c’était seulement 13%.
  • Selon les directives de l’Organisation mondiale de la santé, moins de 50 % de la gamme de produits de ces restaurants à service rapide peut faire l’objet d’une publicité destinée aux enfants. Pour 3 restaurants à service rapide, ce pourcentage était inférieur à 10.
  • 4 restaurants à service rapide avaient plus de 50% de leurs points de vente en Flandre à moins de 500 d’une école primaire.

La chercheuse Stefanie Vandevijvere conclut : « Les scores BIA-Obesity montrent que les entreprises agroalimentaires belges ont encore une grande marge d’amélioration, notamment en ce qui concerne la réduction de la publicité pour les aliments mauvais pour la santé, destinée aux enfants et l’accessibilité (c’est-à-dire l’offre et le prix) des produits sains. Cette première évaluation BIA-Obesity pour la Belgique fournit des recommandations sur mesure pour chaque entreprise afin de les encourager à améliorer leurs engagements et leurs pratiques. Il s’agit notamment d’une application plus large du Nutri-Score, de la fixation d’objectifs concrets pour réduire la teneur en sel, en sucre, en graisses saturées et en énergie de l’ensemble de la gamme de produits, et de l’élimination des techniques publicitaires fortement axées sur les enfants qui sont utilisées pour promouvoir les aliments mauvais pour la santé.»

Retrouvez le résumé du rapport ici, et le rapport complet (en anglais uniquement) ici

stick figure reaching for a red heart shape with cross cutout while stepping on stack of coins. healthcare, medical care and hospital access inequality concept.

Les déterminants socio-économiques freinent toujours l’accès aux soins de santé

Le 18 Fév 21

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Si dans l’ensemble, les Belges ont un bon accès aux soins de santé, il existe tout de même d’importantes disparités au sein des divers groupes socio-économiques. L’European Social Observatory (OSE) révèle que les écarts entre ces différents groupes se sont même accrus ces dernières décennies.  En juillet 2020, les chercheuses pour l’OSE Rita Baeten et Sophie Cès livraient un rapport sur l’accès aux soins de santé en Belgique, pour le compte de l’INAMI. 

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Les chercheuses se sont focalisées sur la population qui bénéficie en théorie de l’assurance maladie obligatoire pour mieux identifier et comprendre les difficultés d’accès aux soins de santé. Les sous-groupes de population en marge du système, telles que les personnes sans papiers, n’ont pas été incluses dans l’étude. 

Retrouvez une synthèse des résultats en français ici

Les principaux résultats de l’étude mettent en évidence que la Belgique n’est pas une aussi bonne élève qu’on pourrait l’imaginer en termes d’égalité d’accès aux soins de santé.  

  • En Belgique, les 20 % de personnes ayant les revenus les plus faibles sont beaucoup plus à risque d’avoir des besoins en soins médicaux non satisfaits que les personnes ayant des revenus plus élevés, en raison du coût de ces soins. 
  • Comparativement aux autres pays européens, le système de santé belge est relativement peu performant concernant l’accès aux soins de santé des sous-groupes de population défavorisés. 
  • La couverture des frais d’hospitalisation par l’assurance maladie obligatoire est faible en Belgique par rapport aux autres pays de l’UE. Certains patients reportent des soins hospitaliers afin de ne pas aggraver leur endettement auprès de l’hôpital. 
  •  Les conséquences financières peuvent s’avérer dramatiques pour les patients en cas d’hospitalisation prolongée. Ce risque financier est aggravé par la pandémie de la COVID-19

Des disparités socio-économiques et géographiques en constante augmentation 

L’étude pointe un accès aux soins de santé relativement bon en Belgique puisque seuls 2% des adultes déclarent ne pas avoir pu satisfaire à leurs besoins médicaux par manque de moyens financiers. Néanmoins, Rita Baetens et Sophie Cès soulignent une autre réalité derrière ces chiffres. « Ce sont principalement les personnes les plus vulnérables sur le plan socio-économique qui souffrent de besoins en soins de santé non satisfaits : 6,7% des personnes appartenant à la catégorie des revenus les plus bas connaissent des besoins en soins médicaux non satisfaits en raison du coût. Ce pourcentage est proche de zéro pour plus de la moitié de la population aux revenus les plus élevés ». 

Entre 2011 et 2017, les bas revenus ont donc vu leur taux de besoins en soins de santé non satisfaits passer de 4,1% à 6,7%. Une augmentation préoccupante qui touche de manière plus importante les personnes en retard de paiement, qu’il s’agisse d’un arriéré au niveau du loyer ou de factures de services publics.  

Au niveau géographique, l’étude met en lumière une disparité entre le nord et le sud du pays. La proportion de personnes ayant des besoins médicaux non satisfaits se trouve être sensiblement plus élevée en Wallonie (3,1 %) et à Bruxelles (4,3 %) qu’en Flandre (1 %).

L’absence de couverture par l’assurance maladie obligatoire 

Les travailleurs indépendants sont plus à risque de ne pas bénéficier de la couverture maladie obligatoire en raison de problèmes de paiement des cotisations sociales (méconnaissances du système, aléas financiers, situations de fraude de la part de l’employeur ou de l’indépendant…).  Avec les mesures prises pour lutter contre la pandémie de Covid19, une plus grande part des travailleurs indépendants risque de ne plus pouvoir payer ses cotisations de sécurité sociale et donc de perdre la couverture maladie. 

En parallèle, les chercheuses avancent trois autres explications principales à l’absence de couverture médicale : la négligence administrative (en raison de problème de santé mentale, d’un manque d’informations…), les difficultés pour une personne étrangère nouvellement résidente en Belgique pour obtenir les documents nécessaires pour faire valoir son droit à la couverture maladie obligatoire, et enfin la radiation du registre de la population. Cette dernière cause est sans doute la plus dramatique pour la personne car la radiation entraîne la perte de tous les droits sociaux. Les exemples fournis lors des entretiens avec les assistants sociaux montrent que les personnes n’avaient pas quitté le territoire. “Ces cas individuels soulèvent des questions sur les mécanismes sous-jacents qui conduisent à la radiation et en particulier sur la responsabilité des services qui prennent de telles décisions», soulignent les chercheuses.

Avancer ses frais de santé, une contrainte majeure pour les Belges 

Bien que les soins de santé soient remboursés en plus ou moins grande partie, l’obligation d’avancer le montant de la consultation ou de l’acte chez le professionnel de santé rebute une partie des gens qui en a pourtant besoin. L’étude précise que ce phénomène porte essentiellement sur le secteur ambulatoire et met en évidence les soins les plus souvent sacrifiés. Il s’agit généralement de la dentisterie, de la kinésithérapie, des consultations chez des médecins spécialistes ainsi que les visites à domicile des médecins généralistes. 

 « L’application généralisée du tiers payant pour les soins dispensés par les médecins généralistes est généralement saluée comme une mesure améliorant considérablement l’accès aux soins primaires. Néanmoins, lorsque le tiers payant n’est pas appliqué automatiquement, les règles sont très complexes et peuvent donc être un obstacle» affirment encore Rita Baeten et Sophie Cès.

« Le fait que, dans certains cas, ce soit le professionnel de la santé qui détermine si le régime du tiers payant s’applique ou non n’est pas conforme à une politique sociale visant à garantir un droit social pour tous », regrettent néanmoins les chercheuses.

Le poids des restes à charge des patients  

Le poids global des frais de santé qui restent à la charge du patient a été identifié comme ayant une influence notable sur l’accès aux soins. Les chercheuses soulignent l’importance de ce facteur, tout en précisant que « même s’il est difficile de comparer le niveau global des frais de santé à charge des patients/ménages entre pays, les chiffres disponibles suggèrent que, par rapport aux pays voisins, le niveau global des restes à charge en Belgique est relativement élevé. »

Les lunettes, les appareils auditifs et les prothèses dentaires ont été souvent mentionnés comme étant difficiles à acheter par des personnes en situation précaire. Les équipements cassés ne sont parfois pas remplacés en raison de leur coût. Les médicaments sont également souvent difficiles à payer par les personnes ayant un faible revenu. Les patients n’achètent donc pas tout ou partie des médicaments prescrits, ou diffèrent l’achat de certains d’entre eux en fonction du degré de nécessité du médicament estimée par eux-mêmes. 

Les soins de santé ambulatoires post-hospitalisation peuvent être très couteux relativement à la capacité financière des patients, en particulier en cas de faible revenu, que ce soit pour des soins des plaies, la kinésithérapie ou les médicaments. “Des interruptions de soins après la sortie de l’hôpital ont été constatées par les professionnels interrogés. Or, dans certains cas, elles ont entrainé des complications majeures.” 

Des difficultés à payer les frais de transport pour les déplacements récurrents à l’hôpital, afin de bénéficier d’un traitement médical comme la dialyse, la chimiothérapie ou la radiothérapie, ont été signalées, et cela malgré le soutien financier assuré par le système d’assurance maladie (pour les transports publics ou l’usage d’un véhicule personnel).” 

Une prise en charge des frais d’hospitalisation particulièrement mauvaise chez nous 

La couverture des soins hospitaliers en Belgique s’élève à 77% du montant total, tandis que pour l’UE ces coûts sont pris en charge à hauteur de 93%. Une différence significative qui place notre pays au bas du classement. Seuls la Grèce, Chypre et l’Irlande affichent une couverture des frais d’hospitalisation plus faible que la nôtre.  

« Ce sont en particulier les factures pour les séjours de longue durée, notamment dans les services de soins intensifs, qui peuvent être élevées », expliquent les chercheuses. Elles observent d’ailleurs des avances et des restes à charge élevés même pour ceux et celles qui bénéficient de l’intervention majorée.  

Dès lors, Rita Baeten et Sophie Cès déplorent des conséquences pour les patients de factures d’hospitalisation impayées qui peuvent se révéler dramatiques : « certains hôpitaux et médecins refusent de traiter les patients en retard de paiement, ou leur prodiguent moins de soins. Et les patients reportent des soins essentiels pour éviter d’accroître leur endettement. »  

Enfin, l’étude pointe le rôle crucial joué par les maisons médicales dans l’accès aux soins de santé des personnes défavorisées. « D’une part, les patients ne doivent pas avancer des frais remboursés et le montant du ticket modérateur reste négligeable, voire nul. D’autre part, ils soutiennent leurs patients activement, notamment par la recherche des traitements les moins couteux et des solutions financières alternatives (prêt des dispositifs/équipements médicaux, accords avec une pharmacie…). Ces centres permettent l’accès aux traitements pour les plus précaires ». Sophie Cès et Rita Baeten regrettent que ces centres ne couvrent que 4% de la population belge. 

La complexité du système

La complexité de notre système de santé joue un rôle indéniable dans les difficultés d’accès aux soins de santé observées. Les chercheuses précisent que « cette complexité s’applique à tous les niveaux du système : les procédures administratives pour obtenir une couverture et les exemptions de paiement des cotisations sociales, le droit à une réduction du ticket modérateur, le choix d’un prestataire de soins conventionné, le droit au système de tiers payant, la trajectoire des soins, l’accès au soutien financier du CPAS, etc. ». De plus, la tendance à la numérisation progressive des services sociaux, administratifs et de santé, pourrait bien encore accentuer le problème. « Le manque de soutien personnel direct pour résoudre des problèmes parfois complexes représente également, pour les personnes vulnérables, un obstacle important à l’obtention de leurs droits », déclarent les chercheuses. 

Bilan :  un système encore lacunaire pour garantir l’accès aux soins de santé 

La population vulnérable, qui a le plus besoin de soins de santé, est aussi la plus exposée aux risques de renoncement ou de report des soins de santé et de dégradation de l’état de santé.” Les mesures prises dans le cadre du système d’assurance maladie pour protéger les personnes vulnérables contre les coûts prohibitifs des soins de santé doivent être améliorées. Ces constats sont corroborés par les résultats de l’étude de l’équité du système de santé (rapport du KCE, à retrouver au sommaire de ce numéro). 

Le système de santé devrait évoluer afin de garantir l’accès aux soins de santé, en particulier pour les populations vulnérables. 

En conclusion de cette étude, Rita Baeten et Sophie Cès invitent « l’ensemble des acteurs du secteur des soins de santé à engager un dialogue approfondi sur la manière d’évoluer vers une meilleure couverture maladie dans notre pays. ». 

Sources 

Cès, S. and Baeten, R. (2020), Inequalities in access to healthcare in Belgium. Brussels: European Social Observatory, July 2020, 184 p. 

Communiqué de presse de l’OSE : Communique_Presse_Rapport_INAMI_30072020.pdf (ose.be) 

Rapport de synthèse de R. Baeten et S. Cès : 2020_Ces_Baeten_NIHDI_Inequalities_access_care_Synthese_FR.pdf (ose.be)

Emission de télévision : “On n’est pas des pigeons” (15/10/2020)