Le 1er décembre 2016, le FARES, Question Santé et Éducation Santé organisaient une journée d’étude et de débat consacrée à l’éducation à la santé par les pairs. Lors de cette journée, Éric Le Grand, sociologue français et consultant en promotion de la santé, est revenu sur les raisons de miser sur cette formule.
L’éducation par les pairs n’est pas une idée nouvelle: elle s’ancre dans les principes de l’éducation populaire «Une éducation de tous, par tous, et pour tous», initiés au 19e siècle. Il s’agit d’un processus mettant en avant les jeunes comme acteurs et auteurs de leur santé. L’éducation par les pairs repose sur un principe inaliénable: celui de la participation des jeunes, comme un processus et non comme un moyen. Elle s’installe en tant que complément aux stratégies d’éducation à la santé traditionnelles. Par ailleurs, l’éducation par les pairs permet d’inverser la représentation négative d’une ‘jeunesse à risque’ en la positionnant comme ‘jeunesse ressource’.
Les bénéfices de l’éducation par les pairs dans le domaine de la promotion de la santé sont multiples, tant pour les professionnels que pour les jeunes impliqués dans les projets. Cette approche, souvent dynamique et créative, peut être envisagée lorsque les professionnels constatent que leurs outils, leurs propositions ou leurs projets ne rencontrent pas l’impact espéré et/ou parce que l’on est convaincu que l’engagement des jeunes est une plus-value pour la société.
«L’objectif d’un projet d’éducation par les pairs, c’est l’éducation, pas forcément le résultat, d’ailleurs difficile à évaluer» prévient Éric Le Grand. C’est pourquoi, les premiers effets positifs sont d’abord perçus par les jeunes pairs eux-mêmes au travers de leur participation. Parmi ceux-ci on retrouve: l’acquisition de connaissances sur la santé, le développement de compétences sociales, scolaires et professionnelles, le développement de l’estime de soi et l’amélioration des rapports avec les adultes.
Ce dialogue créé entre jeunes et adultes permet de faire remonter des difficultés rencontrées sur le terrain, par exemple en raison des représentations liées à certains sujets, et d’adapter les messages à des réalités pas toujours perçues par les professionnels.
Les jeunes pairs deviennent une source d’informations pour les autres jeunes de leur âge. Ils sont à même de comprendre leurs problèmes et d’y apporter des informations qui permettront à ces jeunes d’adopter des comportements favorables. En effet, les messages de prévention que les pairs transmettent ne sont pas aussi moralisateurs que ceux véhiculés par les adultes, souvent jugés ‘stigmatisants’ et ‘nuls’. Les thématiques qu’ils abordent (tabac, alcool, sexualité, violence, précarité, etc.) répondent aux préoccupations ou réalités observées chez les jeunes d’une façon non culpabilisante et interactive.
Pas des ‘pair-oquets’
Parallèlement, la mise en place d’une démarche d’éducation pour la santé par les pairs est très complexe à mettre en œuvre et demande de clarifier ses intentions dès le départ. Il ne faut pas traiter le jeune comme un ‘pair-oquet’, mais préciser les objectifs ainsi que les implications et les liens respectifs. Même si le rôle des adultes n’est pas central, ceux-ci ne doivent pas pour autant se déresponsabiliser. Au contraire, ils doivent accompagner, former et soutenir les jeunes dans leur démarche et ce, tout au long du processus. En apprenant à collaborer ensemble, pairs et professionnels contribuent à réduire les écarts intergénérationnels.
Il convient aussi de s’interroger sur la stratégie de recrutement des jeunes. Dans un groupe, la mixité tient une place importante. Le recrutement de pairs demande donc de s’organiser. Si l’on se contente des volontaires, on risque de se retrouver avec 80% de filles. «L’utilisation des réseaux sociaux est une des pistes à envisager» précisait Modus Vivendi lors de l’atelier d’échange de pratiques.
Si l’on sait que l’implication des jeunes est éphémère, on l’estime à plus ou moins un an. Cela s’explique par différents facteurs: un changement de priorités, la volonté de ne pas devenir pro, de ne pas s’encroûter, etc. Il faut donc anticiper le turn-over et réfléchir, dès le début, sur les moyens d’instaurer un passage de relais, pour assurer la pérennité des projets. Par exemple, via un système de tutorat, on facilite la transmission des connaissances et expériences entre pairs.
L’un des moyens de stimuler la motivation et de rendre les jeunes porteurs de projets est de les impliquer dans le processus décisionnel. La question de la reconnaissance sociale joue, et valoriser les jeunes dans leur engagement est essentiel. Il faut garder à l’esprit que les jeunes s’engagent avant tout pour le plaisir, pour se faire de nouveaux potes. Et bien que cet engagement soit de courte durée, il génère une sorte de capital social dont les effets positifs rejaillissent sur d’autres jeunes.
Le mercredi 9 novembre dernier, la députée Véronique Salvi remettait officiellement à Maxime Prévot, Ministre de la Santé en Région wallonne, son rapport parlementaire sur la santé et la promotion de la santé en milieu carcéral. Retour sur sa genèse, points d’attention et perspectives.
En 2015, la députée Véronique Salvi est interpellée par le rapport de la Concertation des Associations Actives en Prison (CAAP asbl) présentant un état des lieux de l’offre de services faite aux personnes incarcérées. Marquée par les constats émis, elle interpelle le Ministre Prévot au Parlement wallon et relaye l’échec de la politique pénitentiaire décrite par les associations actives en prison: ces dernières pointent un désinvestissement notable du monde politique concernant les enjeux pénitentiaires. Suite à cette interpellation, le Ministre de la Santé en Région wallonne a chargé la députée de rédiger un rapport sur l’état de santé des personnes détenues et les politiques de promotion de la santé en milieu carcéral.
L’état de santé des personnes détenues
La santé est peut-être l’un des aspects les plus préoccupants de la vie intramuros. En effet, le milieu carcéral est un environnement peu favorable à la qualité de vie et à la santé (physique, mentale et sociale) de la personne incarcérée. Plusieurs facteurs expliquent cela: le manque d’hygiène corporelle et environnementale, la promiscuité, le manque d’accessibilité au matériel de prévention et de réduction des risques ainsi qu’à certains soins, le manque d’accès à une nourriture saine, la sédentarité, la consommation de substances psychotropes, la violence…
Dans ces conditions, de nombreuses problématiques de santé sont davantage présentes au sein de cette population fragilisée par rapport à l’extramuros: prévalence accrue de certaines infections transmissibles (sida, hépatites, tuberculose…), problèmes de santé mentale (dépression pouvant parfois mener au suicide, automutilations, psychoses, stress…), surpoids…
Les besoins des personnes incarcérées en matière de santé sont donc grands et nécessitent une attention particulière. Il s’agit d’une question de santé publique étant donné que ces dernières seront amenées à rejoindre la société.
La santé en prison, sujet aussi préoccupant soit-il, manque cruellement de données scientifiques récentes au niveau belge, bien que de nombreuses observations sur les pratiques de santé soient recensées dans des rapports notamment émis par des associations actives dans ce milieu. Dans ces conditions, la députée Véronique Salvi a donc été confrontée à la difficulté d’établir un état des lieux de la santé des personnes détenues en Wallonie.
Des lectures aux visites
Afin de rédiger son rapport, Madame Salvi a pris contact avec différents acteurs liés à la santé en milieu carcéral, dont le Service Éducation pour la Santé asbl (SES). Lors de notre échange, elle nous a exprimé son envie d’être accompagnée d’acteurs du terrain pour effectuer ses visites en prison afin de faciliter les rencontres.
Nous avons organisé celles-ci au sein de différents établissements pénitentiaires grâce au soutien de leurs directions avec au programme: découvertes des infrastructures, rencontres avec la direction locale et les services infirmiers, temps d’échange avec les Relais Santé formés par l’équipe du SES.
Certaines de ces entrevues se sont déroulées avec l’asbl Modus Vivendi qui, par ailleurs, a organisé une visite de la prison de Champ-Dollon, en Suisse, ce qui a permis une mise en perspective internationale.
Cette immersion dans ce milieu fermé, pour lequel les a priori sont nombreux, a permis à la députée d’aller au-delà des lectures et de s’imprégner des réalités du monde carcéral. Malgré cette volonté de s’appuyer sur des contacts de terrain, l’appropriation des spécificités du monde carcéral reste compliquée. Il nous faut toutefois déplorer certaines imprécisions qui subsistent dans ce rapport.
Des visites aux recommandations
À la lecture des recommandations de la députée, nous sommes marqués par la difficulté de se restreindre aux seules compétences wallonnes. Cependant, cela peut s’expliquer aisément.
Premièrement, la prison, institution totale par excellence, est très difficile à ‘fragmenter’ et ce d’autant plus au regard de la définition de la santé. Il est évident que tous les aspects de la détention ont un impact sur la santé et sa promotion.
Deuxièmement, notre pays connaît un niveau de complexité institutionnel qui n’a que peu d’égal alors qu’en essence la santé ne se préoccupe pas de ces découpages institutionnels. Ainsi, bien que la Région wallonne soit relativement impuissante par rapport à des recommandations tels que le transfert des soins de santé des personnes détenues du SPF Justice vers le SPF Santé publique ou la publication des arrêtés d’application concernant la santé de la loi Dupont, celles-ci restent incontournables.
Parmi les 27 recommandations que propose le rapport, 8 concernent directement la prévention et la promotion de la santé. À l’heure où le secteur se rassemble en fédérations, nous ne pouvons qu’appuyer la volonté de la députée de légitimer les associations de promotion de la santé dans les prisons.
Par contre, si nous accueillons avec enthousiasme ces 8 recommandations, il nous paraît important d’attirer l’attention sur la nécessité de ne pas confondre et réduire la promotion de la santé à la prévention et l’information. En effet, les recommandations insistent beaucoup sur la nécessité d’informer et d’éduquer les personnes détenues, notamment aux risques liés aux infections transmissibles. Or, la promotion de la santé en milieu carcéral doit permettre, et ce peut-être plus qu’ailleurs, des espaces d’échanges, de réflexions, de débats et d’actions. Il est fondamental que les personnes détenues et le personnel pénitentiaire soient au cœur des processus et non pas de simples publics cible d’éducation à la santé.
L’importance des collaborations est également apparue comme étant essentielle à Madame Salvi. En effet, elle met en avant l’importance des relations entre le personnel médical et les associations. Ajoutons qu’il nous semble nécessaire de veiller à ce que des collaborations se créent également entre les différents acteurs du milieu associatif actifs en prison ou à la sortie. De petits espaces de concertation existent déjà mais ont tendance à disparaître faute de temps ou d’implication des personnes concernées (tels que des groupes de pilotage locaux sur les questions d’assuétudes). Il nous paraît donc primordial de veiller au maintien de ces initiatives qui sont souvent porteuses de nouveaux projets et de collaborations.
Et après?
Il reste maintenant à suivre de près l’utilisation effective de ce rapport. L’objectif de ce travail parlementaire était de proposer des recommandations à débattre en commission parlementaire pour obtenir in fine des dispositions ‘traduisibles’ en décret. Il faut désormais que les acteurs wallons de santé en milieu carcéral se mobilisent afin que la publication de ce rapport ne soit que le début d’un processus plus concret, processus que ces acteurs devront suivre de près.
Sans conteste, l’équipe du Service Éducation pour la Santé asbl, active en prison depuis plus de 15 ans, s’engage à profiter de cette occasion pour contribuer à améliorer la qualité de vie en milieu carcéral.
CAAP (2015). ‘L’offre de services faite aux personnes détenues dans les établissements pénitentiaires de Wallonie et de Bruxelles’, 271 pages. Disponible sur https://www.caap.be/index.php/document/caap
Cela se traduit d’ailleurs en recommandations: ‘Établir un état des lieux de la santé des personnes détenues’.
Module de prévention des pairs par les pairs du Service Éducation pour la Santé (SES): c’est par la formation de Relais Santé que le SES vise l’instauration d’une dynamique de promotion de la santé et de prévention des comportements à risque en prison. Les Agents Relais Santé (ARS) et les Détenus Contacts Santé (DCS), volontaires, reçoivent une formation sur la santé adaptée aux réalités carcérales. Les relais sont préparés pour la construction et la mise en place de projets spécifiques au sein de leur établissement. Pour favoriser la mise œuvre de campagnes de prévention et de projets variés, le SES assure un suivi méthodologique mensuel de ces groupes de Relais.
Nous en référons ici à la définition de E. Goffman (Asile, 1968, p.41) «lieu de résidence et de travail où un grand nombre d’individus [les reclus], placés dans la même situation, coupés du monde extérieur pour une période relativement longue, mènent ensemble une vie recluse dont les modalités sont explicitement et minutieusement réglées». Les caractéristiques de tels lieux sont: coupure du monde extérieur; prise en charge de tous les aspects de l’existence des reclus par l’institution; mode de fonctionnement défini strictement et bureaucratique; représentations stéréotypées hostiles et réciproques entre reclus et surveillants; changement de la temporalité.
Suite à l’accord gouvernemental de 2014, il a été décidé d’étudier, via le Centre Fédéral d’Expertise des Soins de santé (KCE), la faisabilité et le coût d’un transfert des soins de santé des personnes détenues du SPF Justice au SPF Santé publique. Les résultats de cette étude devraient théoriquement être publiés en mars 2017.
La loi Dupont ou loi «de principes du 12 janvier 2005 concernant l’administration pénitentiaire ainsi que le statut juridique des détenus» est la loi qui est censée organiser la peine de privation de liberté (catégories de détenus, organes de surveillance, règles de planification de la détention, énumérations des droits des personnes détenues – conditions matérielles, contacts avec l’extérieur, travail, formation et soins de santé -, règles de sécurité particulières, le régime et la procédure disciplinaires ainsi que le droit de plainte des personnes détenues). Publiée le 2 février 2005 au Moniteur belge, cette loi attend toujours ses arrêtés d’application pour toute la section sur la santé.
Je suis infirmière scolaire depuis 27 ans. J’ai toujours été passionnée par tout ce qui touche à la relation humaine. J’ai réalisé des milliers d’entretiens avec des jeunes en souffrance, des parents désemparés, des enseignants démunis…
Confrontée au mal-être des élèves même très jeunes, j’ai constaté qu’aucune structure n’existe dans les écoles primaires pour permettre aux enfants de parler de leurs problèmes, contrairement au collège où il existe des lieux et de nombreux interlocuteurs (conseiller principal d’éducation, enseignant, assistante sociale, infirmière…).
J’ai donc décidé de mettre en place une cellule d’écoute dans une des écoles primaires de mon secteur. L’objet de cet article est de présenter cette cellule que j’ai appelée la ‘p’tite boîte » et que j’ai animée pendant cinq ans.
Trois thèmes récurrents
Ma rencontre avec un directeur d’école primaire très sensibilisé à la problématique des droits de l’enfant a été le déclencheur de mon expérimentation. Je lui ai proposé que son école mette en place une permanence que j’animerais tous les jeudis matin. Après avoir exposé mon projet et recueilli l’accord de l’équipe enseignante ainsi que des délégués de parents, j’ai expliqué aux enfants ce qu’était la ‘p’tite boîte’. Les parents d’élèves ont également été informés du projet par courrier.
Une boîte aux lettres a été mise à disposition des enfants pour qu’ils puissent y déposer un petit billet avec leur nom afin d’obtenir un rendez-vous. Une salle de l’école a été réservée pour les entretiens.
Voici des exemples de billets (j’ai gardé l’orthographe d’origine):
Bonjour, je me san un peut triste.
Très chère Elen, j’ai un petit problème.
Problème de famille. Viens me chercher le plus tôt sera le mieux.
J’ai besoin de vous.
Depuis l’an dernier, j’ai des petits problèmes et j’ai besoin de conseils. Tu peux m’en donner?
Quand je veux dormir, je n’arrive pas.
Tous les matins, je me sens triste.
Cher iffermière, je voudrais vous voir.
Bonjour, mon problème c’est la récréation.
Les enfants se sont tout de suite appropriés l’outil et ils ont montré qu’ils avaient un réel besoin de parler. Je recevais une dizaine d’enfants par matinée, certains revenant plusieurs semaines de suite. Trois thèmes principaux étaient abordés dans les entretiens: la famille, la santé et l’école.
J’ai choisi pour chacun d’entre eux quelques phrases d’enfants ainsi qu’une histoire.
Le thème de la famille
Tout le monde peut se disputer, papa et maman se disputent aussi. Il faut quand même se marier…
J’ai peur pour mon frère, il dit des fois qu’il va sauter par la fenêtre…
Mon père est à l’hôpital, je m’inquiète…
Mes parents ne sont pas assez avec moi, j’aimerais passer plus de temps avec eux…
J’aurai bientôt une petite soeur demain ou après-demain, mon père est parti ce matin en Bosnie.
Mon père me frappe souvent avec la ceinture ou une sandalette sur les fesses. C’est tout le temps dans la tête d’avoir peur.
Je voudrais vivre avec des parents qui tapent pas. Je crois que je devrai quitter la maison. Je suis déjà triste.
Papa et maman, on dirait qu’ils ne m’aiment pas.
Le thème de la santé
J’ai l’impression que je vois pas bien…
Je suis trop grosse…
Qu’est que c’est les règles?
Je voudrais parler à la classe de mon handicap.
Je fais pipi au lit, je veux pas aller en classe verte.
Le thème de l’école et des copains
J’ai le coeur brisé parce que je me suis disputée avec ma copine.
Quand j’ai des soucis, je ne peux en parler qu’avec moi-même…
Je suis comme les autres mais un peu plus méchante.
Je passe toute la récré aux toilettes tellement j’ai peur.
J’ai peur de lui, j’ai peur d’être avec lui jusqu’au lycée. (un élève de CE2).
J’ai très peur de la maitresse.
Je n’arrive pas avec les mots, ils arrivent tout mélangés. Je ne sais pas lire…
J’écris toutes les insultes que l’on me dit et vous me direz si c’est normal qu’on me traite comme ça…
Enfants lucides
Lors des entretiens les enfants montraient une très grande capacité d’analyse et une grande compréhension de ce qui leur arrivait. J’étais loin d’imaginer tout ce que les enfants peuvent amener lors d’une rencontre: réflexion, pertinence, sensibilité, émotion (même ceux décrits comme perturbateurs). Je mettais à leur disposition des outils (dessin, marionnettes, théâtre) pour les guider et ils trouvaient en général eux-mêmes les solutions à leurs problèmes.
Après avoir expérimenté une piste discutée en entretien, ils revenaient très souvent me dire tout sourire: «Ca a marché!». Ou encore «L’orage est passé!», «Je vais mieux sur le chemin du deuil!», «Mes parents m’ont écouté!». Ils étaient passés à travers leur difficulté et avaient retrouvé du bien être en étant acteurs de leur vie.
Certains n’avaient pas de demande particulière en venant à la ‘p’tite boîte’. Par exemple un enfant est venu pour discuter de son quotidien au sein du foyer social où il vivait. Trois petites filles d’origine étrangère sont venues me montrer des danses folkloriques de leur pays. Un petit garçon me disait: «Mon papa est en prison, je vais le voir ce week-end. Je lui ai fait un joli dessin, regarde…».
Les enfants venaient parfois poser des questions existentielles:
C’est quoi l’amitié? C’est quoi l’amour? Dieu? Et la mort?
Pourquoi on est amoureux, comment on le sait?
Pourquoi a-t-il tué ses enfants?
Pourquoi y-a-t-il des enfants qui ont faim?
Et je me rappelle également de cette petite fille de 10 ans qui disait: «À quoi ça sert d’aimer si l’autre ne nous aime pas?»
Lorsque j’ai interrogé les enfants au sujet de la ‘p’tite boîte’, ils m’ont confirmé l’importance d’une permanence d’écoute à l’école en disant:
On peut parler des soucis qu’on a, des problèmes. Si on n’a pas envie d’en parler à la famille, ça nous soulage.
On pense plus tout le temps à ça et on travaille mieux.
Je me sens plus tranquille.
On relâche la pression.
Je n’ai plus peur, je suis en sécurisation avec vous.
J’en avais assez d’être triste dans ma tête.
De riches enseignements
Dès le départ, l’équipe éducative a encouragé les élèves à venir à la ‘p’tite boîte’. Si un enseignant remarquait qu’un enfant n’allait pas bien, il lui rappelait son existence mais c’est toujours (sauf en cas d’urgence) l’élève qui décidait en dernier lieu de venir ou pas. Pour un enfant timide ou en difficulté relationnelle il y avait souvent un gros travail de persuasion de la part de l’enseignant. Il est arrivé qu’une jeune fille arrive en pleurs à l’école le matin et que le maître lui suggère de venir à la ‘p’tite boîte’. Cette élève a accepté de venir me parler. Elle avait vécu une scène difficile (un décès dans la famille) et je l’ai reçue en urgence. Une autre avait été agressée en chemin, je l’ai rencontrée après son passage chez le directeur.
Lors d’un conseil des maitres, des enseignants m’ont dit: «c’est un soulagement pour nous de savoir qu’un enfant que l’on sait en souffrance vient te voir». Ils me disaient aussi que les élèves qui revenaient de la ‘p’tite boîte’ étaient plus détendus. Personnellement je le constatais souvent dans leur sourire quand ils me disaient au revoir à la fin d’un entretien.
Il m’arrivait de solliciter une rencontre avec les parents avec l’accord des enfants. Les parents acceptaient volontiers de me parler ou de me rencontrer. Nos relations se sont toujours passées dans un climat de confiance et la plupart du temps, les parents ont été des partenaires bienveillants dans l’aide à apporter à leur enfant. Les situations se résolvaient plus facilement qu’au collège où les relations sont souvent plus tendues entre parents et adolescents.
Quelques clés pour réussir
La mise en place d’une ‘p’tite boîte’ suppose que soient réunies un certain nombre de conditions.
Tout d’abord l’accord de toute l’équipe éducative de l’école est indispensable. Il s’agit d’un travail d’équipe au service des enfants, ce qui suppose une bonne communication entre les différents acteurs.
Ensuite l’intervenant devra s’entourer d’un réseau de personnes (médecins, assistantes sociales, psychologues…), la ‘p’tite boîte’ se voulant un lieu d’écoute et de mise en lien mais en aucun cas un lieu de thérapie.
L’intervenant devra de plus ne pas rester seul face à certaines situations difficiles amenées par l’enfant (maltraitance, idées suicidaires…) et n’hésitera pas à se faire superviser.
Le but de ces entretiens étant de faciliter la libération de la parole, leur réussite nécessite l’établissement d’une relation de confiance avec l’enfant. Celui-ci doit être assuré de la confidentialité des sujets abordés (le travail scolaire, l’école, la famille, les copains, la santé). La confidentialité peut toutefois être levée dans le cas où l’intervenant estime que l’enfant est en danger.
L’originalité de cette action réside dans le fait que les enfants sont considérés comme acteurs de leur santé. Ils ne sont pas adressés par l’enseignant ou un autre adulte mais la demande vient d’eux-mêmes. L’enfant ne doit jamais être forcé à venir à la ‘p’tite boîte’.
Une évaluation qualitative et quantitative respectant la confidentialité des entretiens doit être réalisée régulièrement et toute l’équipe éducative doit être informée des résultats.
J’ai ouvert ce lieu d’écoute pour essayer de répondre à un manque que j’avais identifié à l’école primaire. J’ai réalisé plus de mille entretiens d’élèves en cinq ans et tous les moments partagés avec eux ont été d’une grande richesse. Cette expérience d’écoute m’a montré que les enfants possèdent souvent en eux les ressources suffisantes pour gérer au mieux les problèmes qu’ils rencontrent. Ils ont juste besoin qu’on les accompagne dans leur cheminement. La célèbre maxime de la pédagogue Maria Montessori«Aide-moi à faire seul», pourrait être la devise de la ‘p’tite boîte’.
Pour finir voici la réponse qu’une petite fille m’avait donnée quand je lui demandais ce que lui apportait la p’tite boîte: «S’asseoir, ça fait déjà du bien.»
Alors, à quand une ‘p’tite boîte’ dans chaque école primaire?
Éric Breton est enseignant-chercheur, titulaire de la chaire INPES «Promotion de la santé» à l’École des Hautes Études en Santé Publique (EHESP) à Rennes (France). Nous ne pouvions manquer de faire appel à lui pour ce numéro spécial d’Éducation Santé. Nous lui avons posé quatre questions.
Éducation Santé: Selon vous, il y aurait un malentendu autour de la Charte d’Ottawa. Quel est-il?
Éric Breton: Ce n’est pas un grand malentendu mais tout de même. On parle de la Charte d’Ottawa depuis des années et en particulier de ses cinq leviers d’action. En réalité, ces leviers ne disent pas grand chose de concret aux acteurs de la promotion de la santé.
Il faut se souvenir que ce texte a été rédigé dans l’idée qu’après une dérive vers la biomédicalisation, il fallait réorienter l’action en santé. Au fond, il dit que ce n’est pas en mettant tous les moyens dans les soins que l’on parviendra à améliorer la santé des populations.
Ma lecture de la charte n’est pas opérationnelle. J’y vois une carte des déterminants de santé des populations. C’est une affirmation importante et un guide essentiel pour l’action mais sans cap opérationnel.
Elle pose aussi des principes pour l’action, un cadre de valeurs qui au fond sont des valeurs démocratiques et humanistes. Mais elle ne va pas au-delà et laisse les gens quelque peu sur leur faim, désarmés.
ES: Quels outils vous paraissent pertinents pour agir en accord avec ces principes et valeurs?
EB: Ils sont nombreux, de même que les actions déployées sur le terrain, dans les quartiers, au plus près des populations pour améliorer leur santé. Mais il y a eu, je crois, beaucoup d’interventions fondées sur des intuitions qui, tout en s’avérant aujourd’hui tout à fait justes, n’étaient pas confirmées par la science.
Je pense par exemple au principe de participation des populations dans la définition et le déploiement des projets. Nous avons aujourd’hui les preuves que cela renforce l’efficacité des actions et favorise la persistance des effets dans le temps.
Pourtant, la science a peu suivi pour éclairer les pratiques. Je pense que nous devons maintenant mettre l’accent sur la compréhension des mécanismes capables de changer les politiques publiques, créer des environnements favorables ou renforcer l’action communautaire, pour ne citer que ces trois axes de la charte. Nous devons développer des approches plus rigoureuses.
L’action communautaire comme elle se pratiquait à l’époque d’Alma Ata, à la fin des années 70, reste un levier pertinent, surtout si on y met de la science et que l’on convoque des approches qui s’émancipent d’une perspective de causalité linéaire pour mieux comprendre les rouages de la mobilisation de la population et comment celle-ci peut produire des améliorations de la santé.
Il nous faut des modèles pour être en capacité de répliquer les expériences positives. Pour cela, nous devons aller au-delà de la description par le récit pour aller chercher le ou les ingrédients actifs, qui génèrent les effets, et comprendre comment transposer les expériences heureuses dans d’autres contextes et à d’autres populations. Cela implique de disposer de nouveaux modèles et devis d’évaluation, autres que ceux du modèle biomédical. Des travaux en sciences de l’évaluation vont dans ce sens et méritent d’être soutenus.
ES: La promotion de la santé n’en a donc pas terminé avec le modèle biomédical?
EB: Effectivement. Nous avons toujours une lecture biomédicale des actions, qui nous pousse à la simplification. Cela ne peut pas marcher, entre autres parce que nos actions visent des populations, pas des individus. Heureusement, les formations en santé publique commencent à s’émanciper des facultés de médecine.
Les fonds de recherche, eux, restent encore dominés par les sciences biomédicales, où la promotion de la santé est soit invisible, soit jugée négativement. La composante sociale de nos approches suscite toujours beaucoup d’incompréhension dans les instances qui allouent les budgets. Récemment encore, j’ai entendu un chercheur se demander à quoi bon financer un projet dont un des volets consiste à organiser des réunions avec des habitants…
ES: À votre avis, où se situe l’avenir de la promotion de la santé?
EB: Grâce au développement des connaissances sur les déterminants de santé, nous sommes aujourd’hui moins naïfs qu’il y a 30 ans. On sait notamment le poids du logement, du transport, de la solitude, etc. Le monde de la santé voudrait que les autres secteurs viennent à elle, incluent cette préoccupation dans leurs projets. Mais nous devons nous aussi nous intéresser à leurs domaines, participer à leurs réunions, faire connaissance avec leurs outils. La promotion de la santé a tout à y gagner.
Par ailleurs, nous vivons une période de transformation des modèles de gouvernance pour relever les défis de notre époque. Travailler en silos comme nous en avions l’habitude jusqu’ici n’est plus opérant. Face au réchauffement climatique ou au chômage persistant par exemple, l’intersectorialité à tous les niveaux – national, territorial, local – s’impose. Cet objectif est l’un de ceux que poursuit l’Organisation des Nations Unies en matière de développement durable. La déclaration de Shanghai, signée en novembre 2016 à l’issue de la neuvième Conférence mondiale sur la promotion de la santé, fait le pont en affirmant que la santé et le bien-être sont essentiels pour réaliser son ambition de développement durable à l’horizon 2030.
Jean-Pierre Deschamps est un homme âgé. Pédiatre et médecin de santé publique français, il a dirigé l’École de santé publique de Nancy. Il revient pour nous sur une série d’événements grands et petits qui, l’air de rien, ont contribué à tracer le sillon de la promotion de la santé dans les vingt années qui ont précédé la signature de la Charte d’Ottawa.
De la Seconde Guerre mondiale à Woodstock
Nous sommes en 1964. En France, l’Institut National d’Hygiène (INH) créé 23 ans plus tôt en pleine Seconde Guerre mondiale, vit ses derniers jours. Le pays a besoin d’une institution capable de créer des laboratoires et de mobiliser des fonds et des personnels pour la recherche publique. Ce sera l’Inserm, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale, dotée dès sa création de différentes divisions.
Une de ces divisions est baptisée ‘division de la recherche médico-sociale’ et découle d’une volonté inédite: développer une recherche autre que biomédicale. Sa principale mission consiste à assurer l’information et la recherche en santé publique.
«À cette occasion, le terme de promotion de la santé était cité pour la première fois”, rapporte Jean-Pierre Deschamps. Jusqu’alors, l’hygiène occupait tout le champ de la santé publique. “À la même époque, la santé communautaire se développait dans d’autres pays, notamment en Amérique du Sud puis au Québec. L’idée que c’est aux gens de choisir leurs modes de vie et aux professionnels de les y aider et non de dicter leurs consignes se répandait. Sans oublier le climat social et politique de ces années-là fortement marqué par l’aspiration à la liberté et à l’autonomie des peuples, qui s’est traduit, entre autres, par les mouvements de décolonisation.’T
rois idées force animent les esprits des quelques pionniers français, issus pour beaucoup du monde médical et en particulier de la pédiatrie. «Ils voulaient aller au-delà de l’hygiène mais aussi considérer les politiques de santé comme des politiques sociales qui s’exercent sur le terrain, dans les départements et dans les quartiers et enfin s’inspirer des expériences de santé communautaires dont ils commençaient à avoir vent, où les personnes ont leur mot à dire et où le travail se fait avec des groupes plus ou moins formels.»
En 1969, tandis que le festival de Woodstock bat son plein, les décideurs réunis à Genève au sein de l’Organisation mondiale de la santé jettent les bases de l’éducation pour la santé et en définissent les objectifs. Parmi ceux-là, on peut lire: «développer chez les individus le sens des responsabilités pour ce qui est de leur propre santé et celle de la collectivité, et leur aptitude à participer de manière constructive à la vie de la collectivité».
Participer à la vie de la collectivité, voilà qui donne la bonne direction aux yeux du Pr Deschamps et de ses collègues en faveur d’un nouvel exercice de la santé publique ancré sur le terrain.
«Lorsque l’Assemblée mondiale de la Santé, sous l’égide de l’OMS là encore, se réunit en 1973, un large mécontentement est exprimé à l’égard des services de santé accusés de faire le lit des inégalités de santé», poursuit le pédiatre. «En 1973!»
Est-ce cette année-là ou la suivante que le terme ‘promotion de la santé’, traduction littérale de l’expression anglaise ‘health promotion’ forgée par l’OMS, a fait son apparition? Jean-Pierre Deschamps n’en est plus tout à fait certain. «En tout cas, se désole-t-il, c’était difficilement traduisible en français et ce terme, promotion de la santé, n’est ni attirant, ni facile à comprendre. Mais nous n’avons hélas jamais été fichus de trouver un mot capable de rassembler et de traduire tout ce qu’il y a dans cette notion. Cela a contribué au mouvement de retrait d’un certain nombre d’institutions à l’égard de cette approche.»
Réchauffement diplomatique et balises théoriques
Fin de l’été 1978. Des dignitaires soviétiques et américains, entre autres, sont réunis au Kazakhstan pour la conférence internationale sur les soins de santé primaires d’Alma Ata. “En pleine Guerre froide, le simple fait de cette rencontre est déjà incroyable’, souligne Jean-Pierre Deschamps, qui s’empresse d’ajouter: ‘On a surtout retenu les engagements pris en faveur des soins primaires mais ce n’était pas le seul enjeu. La déclaration pose également deux principes clés, à savoir la participation des différents secteurs socio-économiques à la santé et le droit individuel à prendre part à sa santé.’
En 1980 est publié l’ouvrage collectif ‘Santé publique, santé de la communauté’.‘
Le premier ouvrage moderne de santé publique’, estime Jean-Pierre Deschamps, qui en est l’un des auteurs avec Jacques Monnier, Jacques Fabry, Michel Manciaux et d’autres.
Puis un premier colloque international sur la promotion de la santé s’est tenu à Nancy en 1985. Le Professeur Bernard Pissaro y était. Un an plus tard, il participait à la rédaction de la Charte d’Ottawa. ‘Quand ce texte est arrivé, j’ai fait partie de ceux qui se sont enthousiasmés car c’était le texte que nous attendions, qui couchait enfin sur le papier ce à quoi nous pensions depuis des années sans réussir à le formuler de manière claire. Des pays comme la Belgique, le Québec ou l’Espagne ont fait de réels efforts pour appliquer ses principes. Mais en France, les responsables des institutions de santé de l’époque n’ont rien voulu comprendre. Certains y voyaient même un concept ‘subversif’. Personne n’avait vraiment envie de bouger… sauf les acteurs de terrain.’
Dans Locomotiv’ il y a loco comme locomotive, celle par qui avance le train, et motiv’ comme motivation celle qui souvent fait défaut et dont l’absence empêche d’avancer. Locomotiv’ est aussi le nom d’un groupe d’échange solidaire singulier, qui a vu le jour en 2012 à Saint-Étienne à l’initiative de plusieurs relais emploi de centres sociaux et l’équipe mobile de psychiatrie du Centre hospitalier universitaire (CHU) soutenus par la Ville.
‘Les professionnels de ces structures rencontraient des personnes ne relevant ni des soins en santé mentale, ni de l’insertion par l’emploi encore trop difficile à envisager. Pour autant, elles avaient besoin d’un accompagnement. Nous avons imaginé ce groupe comme une réponse intermédiaire entre le soin et le social’, résume Marie Denisot, chargée de mission santé publique à la mairie de Saint-Étienne.
Objectif affiché : enrayer les mécanismes de souffrance psychosociale. Car se réapproprier une place au sein d’un groupe, c’est déjà s’accepter soi-même en tant qu’individu et retrouver un peu son identité.
Le groupe se réunit deux jeudi après-midi par mois. Jamais plus de trois fois au même endroit pour ne pas peser sur une structure plus que sur les autres et pour aller au-devant d’un maximum de personnes. Le groupe lui-même est à géométrie variable. On y vient si on veut une fois, deux fois, plus souvent ou plus jamais. Ni groupe de parole, ni groupe thérapeutique, on ne sait pas en venant de quoi il sera question. On est sûr en revanche de trouver des personnes avec lesquelles échanger, partager des idées et des paroles sans jugement et dans le respect.
Autre particularité du groupe, la participation des professionnels des structures impliquées, notamment de celle qui accueille. ‘Ils font partie du groupe comme les autres, sans hiérarchie. C’est avant tout un groupe d’humains’, ajoute Marie Denisot, qui se souvient avoir dû batailler ferme pour faire comprendre et accepter ce projet aux contours flous de prime abord, sans obligation de résultat par ses financeurs, à commencer par la Ville et la direction départementale de la cohésion sociale dans le cadre d’un contrat urbain de cohésion sociale.
«Un tel projet alternatif demande beaucoup d’investissement de la part de gens et d’organismes dont ce n’est pas la mission première et qui néanmoins acceptent d’y consacrer du temps» , reconnaît-elle. Au fil des rencontres, des liens se tissent, des compétences sortent de l’ombre. L’un commence une histoire, son histoire qui devient un livre, l’autre lance une discussion sur un fait d’actualité, un troisième organise une sortie pour le groupe.
«Puisque rien n’est prédéfini, tout est possible» conclut joliment Marie Denisot.
Texte d’après une conférence introductive donnée à Toulouse le 16 juin 2016,dans le cadre d’une Journée d’échanges régionale (JER) organisée à l’occasion du 30e anniversaire de la Charte d’Ottawa. Cette journée était organisée par l’Instance régionale d’éducation et de promotion de la santé d’Occitanie (www.ireps-occitanie.fr) et la Fédération nationale d’éducation et de promotion de la santé (www.fnes.fr).
On a observé en Belgique francophone un mouvement de professionnalisation et d’organisation de l’éducation pour la santé: une série d’acteurs professionnels se sont impliqués et se sont progressivement structurés dans des associations.
Au début des années 1980, les enjeux pour ces acteurs sont la qualité, l’amélioration des pratiques et des services, ainsi que l’ancrage local. On parle d’éducation pour la santé mais les prémisses de la Charte d’Ottawa sont déjà présentes, puisque l’on parle aussi de promouvoir la santé, d’éthique, de santé globale, d’émancipation sociale, d’amélioration des cadres de vie et de la qualité de vie.
En 1997, le décret sur la promotion de la santé est voté par le parlement francophone belge. Il prévoit de définir des priorités de promotion de la santé sur cinq ans et encadre l’agrément de structures ayant pour but de développer des synergies locales. Ces structures, les centres locaux de promotion de la santé, ont des missions similaires à celles des comités départementaux d’éducation pour la santé en France (CODES).
Le décret prévoit un financement pluriannuel pour ces activités et marque la volonté d’intégrer dans un même cadre la médecine préventive, la promotion de la santé et l’éducation pour la santé.
Bilan en demi-teintes
Le bilan que l’on peut dresser du décret de 1997 permet de retenir tout d’abord la diversité d’acteurs qui ont appliqué des objectifs et des méthodes d’intervention communs, des cadres de référence communs, basés sur des textes internationaux et des connaissances scientifiques, dans des interventions qui dépassent le champ de la santé. L’esprit est celui de l’empowerment, de l’action sur les milieux de vie, de l’action intersectorielle, de la réduction des inégalités sociales de santé et du plaidoyer pour des politiques publiques saines. En créant cette culture commune d’intervention, les acteurs de promotion de la santé se sont professionnalisés en se formant dans les universités, mais aussi en confrontant leurs pratiques dans des démarches collectives afin d’en définir les critères de qualité. Cette conception de la qualité était largement partagée par l’administration de tutelle, qui les appliquait à la conception des programmes et politiques de prévention.
Un autre élément positif est la présence de déclinaisons locales des programmes, d’un appui méthodologique et stratégique, et une véritable articulation entre les stratégies de médecine préventive et de promotion de la santé.
En revanche, certains points négatifs ne peuvent être ignorés. Bien qu’une toile de fond ait été tissée, il n’y a pas encore de réelle planification stratégique des actions mises en place. Par ailleurs, alors qu’a émergé une identité sectorielle forte pour les acteurs de la promotion de la santé, le manque de visibilité persiste, notamment auprès des acteurs politiques.
On se heurte également à la difficulté de diffuser le concept de promotion de la santé de manière durable en dehors du secteur, car les partenariats manquent parfois de stabilité.
Enfin, le sous-financement persistant, le manque d’investissement des politiques publiques dans la prévention, la promotion de la santé et l’éducation pour la santé, en comparaison avec le secteur curatif, sont des freins majeurs pour le développement des actions en promotion de la santé en Belgique francophone.
Espoirs et défis
Les espoirs
Les valeurs de la Charte d’Ottawa offrent des occasions d’alliances avec d’autres secteurs ayant des valeurs identiques. D’autres branches valorisent en effet l’action complexe, l’intelligence collective, traitent de la question des inégalités sociales et de la cohésion sociale. Le secteur du développement durable en est un exemple.
Des alliances sont aussi possibles avec la première ligne de soins, en particulier le secteur de la prévention des maladies chroniques, des grands plans de prévention et de suivi de ces maladies. La promotion de la santé pénètre de plus en plus dans le secteur du soin et dans la médecine générale.
L’accès facilité aux connaissances et aux informations, et les outils pour l’action politique intersectorielle, tels que l’évaluation de l’impact sur la santé (EIS), représentent des perspectives prometteuses pour la promotion de la santé.
Les défis
Appliquer la «Santé dans toutes les politiques »
• Favoriser les programmes transversaux, tout en conservant la professionnalisation et l’organisation du secteur spécifique de la promotion de la santé;
• Augmenter les compétences pour l’action intersectorielle aux différents paliers, notamment adapter le vocabulaire, les méthodologies aux mondes des autres secteurs tout en conservant le focus ‘santé’.
Développer de nouveaux modes de construction et de diffusion des connaissances propres à la promotion de la santé
• Croiser les expertises des publics concernés, des professionnels et des scientifiques;
• Articuler les connaissances issues de la recherche et des expériences internationales avec les savoirs issus de la pratique des professionnels et des populations locales.
Contribuer à la lutte contre les inégalités sociales
• Renforcer le continuum ‘promotion de la santé-prévention-soins’, c’est-à-dire l’accompagnement dans et en-dehors du système de santé, tout au long du parcours de vie des individus;
• Conserver l’enfance comme cible prioritaire;
• Accroître l’universalisme proportionné dans les programmes et politiques;
• Prendre en compte la dimension territoriale des inégalités;
• Agir globalement sur les facteurs individuels, collectifs et contextuels.
Les stations de Saint-Martin, Les Menuires et Val Thorens en Savoie voient défiler chaque année quelque 5000 travailleurs saisonniers, pour la plupart venus d’ailleurs. L’espace saisonniers, qui se veut un lieu polyvalent d’informations, a été créé pour eux et leurs employeurs par la commune des Belleville en 1991.
«Au départ», raconte son responsable Mathieu Jay, «l’objectif était de limiter les pratiques addictives dans les stations.» En 2010, un diagnostic territorial met en lumière un nombre élevé de ruptures anticipées de contrats et d’abandons de postes en cours de saison, problématique à la fois pour les travailleurs qui restent sur le carreau, pour les employeurs et pour les communes.
«Nous nous sommes alors demandés quels facteurs psychosociaux permettent de bien vivre le travail saisonnier tout au long de la saison.» Mathieu Jay en fait le sujet de sa thèse de psychologie et mène l’enquête auprès de 286 saisonniers âgés de 18 et 62 ans.
Premier constat : la personnalité, l’expérience, l’environnement familial et les données socio-démographiques n’ont pas d’effet. En revanche, des facteurs comme le stress, la satisfaction et l’engagement au travail, les stratégies d’ajustement déployées et la colocation semblent avoir un impact.
Décision est alors prise d’agir à plusieurs niveaux. Pour améliorer l’accès des saisonniers aux soins et à la prévention, notamment vis-à-vis de l’alcool, des dépistages de fin de saison et des bilans de santé intersaisons sont mis en place et proposés. Des logements neufs sont construits, d’autres sont réaménagés avec des pièces séparées pour limiter la promiscuité source de conflits. «Il fallait aussi sensibiliser les employeurs aux conditions de logement de leurs salariés et plus largement, aux risques psychosociaux, ce que nous faisons désormais», souligne Mathieu Jay.
L’offre de transport est retravaillée pour favoriser le co-voiturage et sécuriser l’auto-stop, entre autres. Enfin, la commune a développé des tarifs avantageux pour les sorties culturelles et les loisirs des saisonniers, par le biais d’une carte qui leur est réservée.
«Nous avons choisi de travailler sur le cadre de vie des saisonniers plus que sur les individus, dans une démarche de promotion de la santé qui nécessite une synergie entre acteurs.» Et ça marche, comme en témoigne les premiers résultats de cette iniative cofinancée par la commune des Belleville et la région Auvergne-Rhône-Alpes: meilleure connaissance et reconnaissance entre les acteurs, 300 détenteurs de carte saison, 59 logements favorables à la santé…
«Sans compter que ce travail est certainement plus pérenne qu’une approche par la prévention des risques psychosociaux et s’adapte mieux à la réalité des salariés saisonniers, pour lesquels toute la vie s’articule autour du travail», conclut Mathieu Jay.
Les Observatoires de la Santé des provinces du Hainaut, de Liège, du Luxembourg et la Cellule Observation de la Santé, du Social et du Logement de la Province de Namur se sont associés pour éditer de manière conjointe des Tableaux de bord de la Santé.
Cette collaboration s’est mise en place afin d’optimaliser l’utilisation des ressources disponibles dans l’objectif commun de fournir une bonne information sanitaire en Wallonie. Cet exercice, réalisé de façon concertée entre quatre services provinciaux est une première et présente un caractère tout à fait novateur.
En effet, les méthodes de travail et de calculs ont été harmonisées afin de pouvoir permettre une comparaison des données entre les différentes publications. Une répartition du travail, une gestion commune des bases de données et un échange des données a permis de réaliser des économies d’échelle.
Ces Tableaux de Bord de la Santé permettent:
une meilleure connaissance de l’état de santé de la population des différentes provinces en prenant en compte l’ensemble des déterminants de la santé;
une présentation simple et compréhensible des données de santé produites par différents organismes;
la rédaction d’un document de référence dans lequel tout un chacun (citoyen, étudiant, professionnel, décideur…) pourra trouver des informations utiles et précises;
une comparaison au travers des données présentées, des provinces entre elles avec la Wallonie et la Belgique;
une diffusion des informations recueillies vers les professionnels et les décideurs politiques en vue d’aider à la prise de décision et à la mise en place de programmes d’action pertinents.
Ces observations représentent un pilier indispensable sur lequel les politiques et acteurs de terrain peuvent fonder leurs politiques et plan d’actions en termes de prévention et promotion de la santé. Ces données, qui objectivent l’état de santé de la population, pourront par la suite être déclinées en observations plus locales.
Afin de consolider les liens entre les services provinciaux et dans la perspective de réaliser de nouvelles études interprovinciales, un ‘Accord-cadre de coopération entre les Observatoires provinciaux de Santé de Wallonie’ a été signé le 13 décembre 2016 par les Députés provinciaux en charge de la Santé au sein des cinq provinces wallonnes.
Celui-ci aborde, entre autres :
la façon dont les services provinciaux peuvent avoir accès aux données et la manière dont les échanges peuvent se réaliser afin de respecter la loi relative à la protection de la vie privée à l’égard des traitements de données à caractère personnel;
la marche dorénavant adoptée quant à la communication des informations sur les pratiques professionnelles;
la construction de projets communs aux observatoires.
D’autre part, en plus de s’intégrer pleinement dans l’évolution des provinces vers et pour les communes dans un esprit de soutien à la supracommunalité, il scellera la preuve qu’économies d’échelle et transversalité ne sont ni une gageure, ni un rêve, mais bien une réalité qui fonctionne au sein des différentes provinces wallonnes.
La signature de ce document représente un signal fort au niveau politique dans la légitimité du travail commun qui a déjà été réalisé par les Observatoires de la Santé provinciaux et le souhait que la coopération puisse continuer et se développer davantage.
«Soigner ceux que le monde oublie peu à peu», porter leur voix et leurs réalités auprès du grand public et des décideurs à travers la notion de plaidoyer en santé, sont au cœur des objectifs de Médecins du Monde Belgique. Cela dit, porter la voix pour une réduction des inégalités sociales de santé et une évolution du cadre politico-administratif passe par des dispositifs qui impliquent au maximum, dans la revendication, les personnes rencontrant un problème de santé.
Autant que faire se peut et même si les décideurs ne sont pas (toujours) au rendez-vous et que les politiques n’évoluent pas (toujours), il faut que ces personnes puissent acquérir des compétences et connaissances utiles dans leur quotidien pour leur permettre de se construire in fine une meilleure santé. C’est d’ailleurs ce qui est défendu en éducation permanente et promotion santé où «le processus est autant valorisé que le résultat». C’est avec cet objectif principal que l’atelier de travail du projet ‘Avec Elles’ en partenariat avec Vie Féminine s’est mis en place avec un groupe de femmes, de janvier à juin 2016. Cet article revient sur ces moments en les décrivant étape par étape, mais aussi en présentant ce qui en est ressorti.
Un recyclage innovant: la méthode d’intervention sociologique
Comme souvent dans nos projets, nous voulions par cette expérience à la fois informer sur l’accès au système de santé mais aussi susciter l’esprit critique à propos de celui-ci à partir des expériences de chacune pour une revendication. Nous nous sommes basés sur un outil employé à deux reprises par Vie Féminine, inspirée de la méthode d’intervention sociologique.
Cette méthode consiste à réunir lors d’une dizaine de séances des femmes (en l’occurrence, pour ce projet) afin de répondre à une question centrale, le point de départ d’une réflexion basée sur les récits de vie de chacune. Trois types de séances ont alors été proposées: les premières se font entre femmes et visent à mieux se connaître; d’autres permettent d’inviter des intervenants externes qui apportent un regard d’experts sur la problématique. Les dernières séances permettent de revenir sur tous les apprentissages et constats du groupe pour formuler des recommandations collectives.
Des temps pour partager, apprendre, comprendre et questionner
Pour cette première expérience, six femmes de profils, d’âges et statuts administratifs variés ont répondu présentes aux rencontres réalisées à la Maison Mosaïque de Laeken. La question centrale était «Qu’est-ce qui influence l’accès aux soins de santé des femmes?»
Les premières séances ont permis de cerner et définir ensemble la problématique. Nous sommes ainsi revenus sur la définition de la santé en nous inspirant du document ‘La santé c’est aussi’, soit la description du système de santé sous forme de pyramide. Ensuite, il a fallu définir ce que l’on entendait par l’accès aux soins: les échanges ont abouti sur la «Roue du système de santé» comme métaphore illustrée dudit système. Puis, la troisième séance a été la première occasion de répondre à la question centrale. Les réponses ont ensuite été réévaluées, précisées et modifiées. Le résultat final a pris la forme d’un schéma présenté ci-dessous:
Suite aux échanges et à la demande des femmes, les sujets nécessitant un éclairage d’expert (étalé sur trois séances) ont été:
l’information sur la santé, «La santé mérite d’être protégée avant la maladie mais comment je sais ce qui est bon ou ne l’est pas?»;
l’accès aux soins, «Pour se faire soigner, comment comprendre le système de santé et les moyens d’y accéder?»;
les droits des patients, «Une fois dans le système, malgré tout, il y a des difficultés, surtout en cas d’erreurs médicales».
Nous avons respectivement invité Cultures&Santé pour son travail sur la littératie en santé, Médecins du Monde pour l’accès aux soins et enfin la LUSS pour un atelier thématique sur les droits des patients.
Lors des dernières rencontres, les participantes ont proposé des pistes pour aller plus loin que ces échanges et ce selon trois axes:
transmettre autour de moi ce que j’ai appris, à la Maison Mosaïque de Laeken mais aussi dans ma famille ou dans d’autres maisons de quartier;
multiplier les initiatives pour une meilleure santé, soit par exemple, acquérir plus de connaissances sur la santé, ou favoriser plus de transparence dans les hôpitaux en proposant que les questionnaires de satisfaction remplis après les hospitalisations soient rendus publics par chaque hôpital;
présenter nos difficultés aux médecins et aux mutuelles, pour une meilleure construction du dialogue.
À la dernière séance, les femmes présentes ont réfléchi à la création d’un support d’information et d’animation pour qu’elles puissent partager toutes les connaissances acquises et se faire elles-mêmes relais d’un savoir prônant un meilleur accès aux soins («L’oral passe mieux que les prospectus dans l’entrée du bâtiment, qui ne sont jamais lus»).
Nous avons remis à chaque participante une farde de synthèse avec toutes les informations qu’elles ont jugées nécessaires pour leur santé, utiles pour elles et à transmettre. Chaque sujet abordé était synthétisé en trois messages clés illustrés par Maxime Jeune, un auteur de BD. L’objectif pour les mois à venir est de les soutenir dans la transmission de ces messages autour d’elles.
Qu’est-ce que qu’on va faire de tout ce qu’on a partagé?
Au-delà des échanges et des résultats qu’est-ce qu’il en ressort? Première surprise, les femmes qui ne se connaissaient pas toutes ont très vite montré une grande confiance, une écoute et un respect les unes envers les autres. En plus des discussions, il y a eu l’envie de se prononcer plus largement pour faire évoluer les choses («Qu’est-ce qu’on va faire de tout ce qu’on a partagé?»).
L’exercice de prise de recul sur les expériences a fait émerger des idées à mettre en œuvre: «On a le droit de parler», «Il faut qu’on s’exprime, il faut qu’on demande, il faut qu’on se renseigne», «L’accès à l’information n’est pas anodin mais nous avons la possibilité d’acquérir des connaissances».
Un des effets inattendus, bien que nous ne nous soyons pas présentés comme des médecins, est que certaines femmes ont témoigné d’une plus grande confiance envers le système de santé. Notamment car elles pensent mieux le connaître et elles savent qu’il existe les structures de médiation pour les soutenir.
Une expérience à poursuivre?
Ce type de séance permet de remplir les différents objectifs essentiels à une démarche de promotion de la santé et de plaidoyer. Il permet à la fois de diffuser une information utile au quotidien, tout en travaillant et en alimentant un savoir personnel et collectif, reflet d’une réalité trop souvent peu tangible pour la plupart. Enfin, la subjectivité et la démarche participative des activités proposent des recommandations utiles et pratiques à appliquer.
Porter la voix ne doit donc pas se limiter à récolter des témoignages mais aussi à proposer un engagement qui (re)donne espoir face à la perception de ne jamais être entendu. L’engagement dans ce processus doit aussi montrer que cela peut être porté par une structure qui écoute et d’autant plus lorsqu’il y a alliance et échanges entre des partenaires.
Carlisle S. (2000) «Health promotion, advocacy and health inequalities: a conceptual framework» Health promotion international 15 (4) p. 369-376.
Davidson (1998) «La roue de la participation» dans «Action communautaire en santé. Un outil pour la pratique».
Delescluse T. (2015) «Le plaidoyer d’associations féministes et de promotion de la santé des femmes» Mémoire master UCL-FSP.
Vie Féminine 2007 «Atelier sur les déterminants de la santé de la femme» et «Précarité et femme: méthodologie de l’intervention sociologique: outil méthodologique»- Formation.
Cousin Olivier, Rui Sandrine, «La méthode de l’intervention sociologique. Évolutions et spécificités», Revue française de science politique 3/2011 (Vol. 61), p. 513-532.
La Fondation contre le Cancer vous présente sa campagne Tournée Minérale. Cette action vise à encourager les Belges à ne pas boire d’alcool durant le mois de février 2017.
Nous consommons de plus en plus d’alcool par habitude. 82% des Belges consomment de l’alcool, et pas moins de 51% en absorbent plus de 11 verres par semaine. La campagne ‘Tournée Minérale’, qui sera organisée pour la première fois en 2017, a pour objectif de faire prendre conscience à chacun de sa consommation d’alcool et de la banalisation de cette situation.
Le site internet de la campagne, www.tourneeminerale.be, soutient toute personne prête à relever le défi. Les candidats peuvent s’y inscrire et ainsi indiquer qu’ils prennent part à la campagne. Il est également possible de participer à Tournée Minérale en équipes: il est beaucoup plus facile et motivant de résister à l’envie de boire de l’alcool pendant un mois si la famille, les amis ou les collègues prennent aussi part à l’aventure!
Les participants vont trouver sur le site de la campagne une foule d’informations santé à propos des effets d’un mois sans alcool, des témoignages quant aux raisons de prendre part à l’opération, des conseils afin de persévérer, etc. Des recettes de boissons non alcoolisées y sont également disponibles.
Des visages populaires
Frank Fol, le ‘chef des légumes’, est l’un des visages de la campagne. Il invite également les restaurants à participer à Tournée Minérale et à inventer des recettes de boissons rafraîchissantes afin de proposer des alternatives sans alcool à leurs clients.
D’autres personnalités ont confirmé leur participation à la campagne: le célébrissime pongiste Jean-Michel Saive, le ministre fédéral Kris Peeters ou encore l’actrice flamande Joy Anna Thielemans. Chacun d’eux se réjouit de relever ce défi et de passer le mois de février sans boire une seule goutte d’alcool. Sur les réseaux sociaux aussi, plusieurs ambassadeurs inciteront leurs fans et followers à participer à l’opération.
C’est prouvé: celui qui participe se sent mieux
L’alcool a un impact direct sur presque tous les organes du corps et est directement lié à quelque 200 affections différentes. «La gueule de bois est l’une des conséquences les plus connues. Si elle est relativement inoffensive, boire de l’alcool peut aussi entrainer des soucis de santé plus graves, comme un black-out, des problèmes de cœur ou de foie ou un cancer. L’alcool contribue au risque de développement de différents cancers: bouche, pharynx, larynx, œsophage, foie, estomac, sein (chez les femmes), gros intestin et rectum (chez les hommes)», explique le Dr Mathijs Goossens, porte-parole de la Fondation contre le Cancer.
L’alcool a aussi un impact négatif sur la qualité de vie: sa consommation peut mener, entre autres, à des troubles du sommeil et des ennuis de mémoire, à des difficultés relationnelles et à une addiction. La consommation d’alcool peut également conduire à d’autres problèmes dans le trafic routier, en termes de sécurité sur le lieu de travail, etc.
Autant de raisons qui suffisent à mettre l’alcool de côté durant un mois. Et il ne s’agit pas simplement de la santé à long terme! Un mois sans alcool permet au corps de récupérer de sa consommation d’alcool habituelle. De nombreuses personnes remarquent qu’elles dorment mieux durant cette période et se sentent en meilleure santé. C’est aussi l’occasion d’économiser de l’argent. Vous ingurgiterez également moins de calories, ce qui pourra mener à une perte de poids. Le tout simplement en disant ‘non’ à des boissons alcoolisées durant quatre semaines.
«La campagne va permettre aux participants de réaliser à quel point ils boivent facilement un verre, juste par habitude», déclare Marijs Geirnaert, Directrice du VAD, centre d’expertise flamand pour l’alcool et les autres drogues, partenaire de la campagne. «Des études dans des pays étrangers, là où de telles campagnes existent depuis un moment, ont montré que, au terme de l’action, les participants consomment moins d’alcool pendant tout un temps.»
Soutien à la recherche contre le cancer
La campagne comprend aussi un objectif caritatif. Les participants peuvent faire don d’une somme à la Fondation contre le Cancer. Ils peuvent également demander à leurs amis ou à leur famille de les sponsoriser pour leur mois ans alcool, afin de profiter d’une motivation supplémentaire. L’argent ainsi récolté servira à la recherche contre le cancer.
Le bruit est une pollution très sous-estimée. Depuis plusieurs décennies, des études montrent qu’y être exposé de manière importante a un impact majeur sur la santé, en particulier sur les taux d’hormones liées au stress et sur la pression artérielle. Mauvais pour le cœur et le sommeil, le bruit altère également les capacités cognitives de mémorisation et la réalisation de tâches complexes.
Une norme méconnue
Comment ne pas s’étonner, dès lors, que dans le milieu scolaire, des constructions récentes continuent de faire de cette dimension ? Fabienne Duthoit, ingénieure de recherche au sein du Cedia (Cellule d’études et de développement en ingénierie acoustique) de l’ULg, a organisé en avril 2016 un colloque pour sensibiliser les acteurs du milieu scolaire à cette problématique.
« En Belgique, il existe depuis 2012 une norme bruit qui s’applique en théorie aux bâtiments scolaires mais qui, dans les faits, est très peu respectée », explique-t-elle. Cette norme poétiquement baptisée ‘NBN S 01-400-2’ xe pourtant avec précision les exigences auxquelles doivent répondre les nouveaux bâtiments scolaires en matière d’isolation aux bruits aériens, d’isolation aux bruits de choc, d’isolation des façades, de limitation des bruits produits par les équipements techniques et de réduction de la réverbération (écho) dans certains locaux et dans les espaces de circulation.
Son existence ne semble pourtant pas à avoir eu l’impact escompté : aujourd’hui encore, c’est une fois l’inauguration terminée que les écoles s’aperçoivent que leurs bâtiments flambant neufs sont un véritable enfer acoustique… Alors que les architectes prêtent aujourd’hui une attention minutieuse aux volumes, à la thermique et à la luminosité, l’acoustique continue de passer à la trappe du cahier des charges. Et l’expertise des acousticiens demeure trop rarement sollicitée. Il faut dire que, tant pour des raisons esthétiques que budgétaires, la tendance actuelle dans le secteur de la construction privilégie des volumes simples et épurés, des murs parallèles et lisses : l’équation parfaite pour créer un puissant écho. « C’est ce qu’on nomme en acoustique la ‘réverbération’ et qui représente sans aucun doute la première plainte en termes d’acoustique scolaire. Du reste, pour des raisons d’hygiène, on opte souvent pour des matériaux facilement lavables comme le carrelage mais aussi du mobilier – chaises, tables – facile à entretenir et qui est donc constitué de matériaux très résonnants. On ne peut donc pas s’en sortir sans ajouter expressément des matériaux qui vont améliorer l’acoustique », explique Fabienne Duthoit.
Penser l’acoustique en amont
Or, ces nécessaires aménagements – faux plafonds, revêtements muraux, etc. – ont tout intérêt à être pensés dès la conception du bâtiment, pour respecter l’harmonie du projet architectural mais aussi pour éviter le surcoût que représente une intervention a posteriori. « Soigner l’acoustique ne représente pas un coût excédentaire si c’est pensé dès le départ. C’est beaucoup plus compliqué quand on intervient après – même si cela reste possible », poursuit l’acousticienne. Intégrer la dimension acoustique dès la conception permet aussi de ne pas commettre certaines erreurs ‘assourdissantes’ comme de construire la salle de sport à côté de la salle d’étude par exemple…
En milieu scolaire, les problèmes d’acoustique se posent en effet spéciquement dans les endroits les plus ouverts, comme les réfectoires et les salles de sport. « Typiquement, on aura l’impression que cela résonne comme dans une église, tandis qu’un local bien soigné résonnera plutôt comme une salle de cinéma », illustre Fabienne Duthoit.
Par ailleurs, certains éléments ponctuels peuvent envenimer la situation. « Si vous avez une machine à boisson bruyante en plein milieu d’un réfectoire, cela posera problème ». La cacophonie qui entoure les moments dits de détente nit paradoxalement par accroître la fatigue et la nervosité des élèves, sans même parler des professeurs, nombreux à se plaindre de l’impact de cet environnement de travail bruyant.
Effet cocktail party
Par ailleurs, dans les salles de classe, une acoustique mal adaptée nuira tout bonnement à la compréhension des informations dispensées, une cause sans doute sous- estimée des dif cultés d’apprentissage de certains élèves. « Les enfants ont beaucoup de mal à comprendre ce qu’on leur dit dans un contexte bruyant. La ltration spéci que des sons d’intérêt ne semble pas présente chez eux. Leur cerveau travaille la totalité des sons qu’on leur envoie », rappelle Marc Vander Ghinst, de l’Institut des Neurosciences de ULB, (Unité de Magnétoencéphalographie), qui a récemment publié une étude sur cet effet dit ‘cocktail party’ qui permet normalement aux adultes de distinguer une voix d’intérêt parmi d’autres. Pour une bonne intelligibilité du message, on considère que deux paramètres devraient être respectés : le bruit de fond de la classe qui ne devrait pas dépasser 35 décibels et la résonance du son dans le local – ou ‘temps de réverbération’ – qui devrait être inférieure à 1 seconde.
« Prendre des mesures pour diminuer le bruit ambiant est une première chose car entre un bruit ambiant de 35 décibels ou de 60 décibels, certains enfants ne seront plus capables de comprendre ce qui se dit. Cela fait toute la différence », explique Marc Vander Ghinst. « Mais il existe aussi des aménagements : on peut notamment proposer un système FM, c’est- à-dire un appareil auditif qui ne va pas amplifier le son mais qui, relié au bureau de l’instituteur, va permettre d’envoyer directement l’information dans l’oreille de l’élève sans être court-circuitée par le bruit ambiant. Ce sont des dispositifs que l’on propose aux jeunes pour qui ce problème est très invalidant. Pour les cas moins sévères, il suffit parfois de prendre des mesures simples. Prendre connaissance des leçons à l’avance est souvent d’une grande aide par exemple. Quand on connaît la thématique de la conversation, les informations deviennent plus faciles à comprendre. Modifier la place de l’élève dans la classe peut aussi améliorer les choses », rappelle le chercheur. Car pour se comprendre, mieux vaut d’abord s’entendre !
Au vu des connaissances sommaires que la plupart d’entre nous ont sur les sages-femmes, il n’est pas exagéré de dire que le développement de l’obstétrique, survenu dans la deuxième moitié du 20e siècle, a couvert d’une cape d’invisibilité celles qu’on appelait autrefois des ‘matrones’. Les économies opérées dans le secteur des soins de santé auront peut-être, fait extraordinaire, l’avantage de remettre ces êtres admirables dans la lumière en leur permettant d’exercer à nouveau ce rôle important d’accompagnement des femmes, des enfants et des familles.
Un rôle essentiel
La grossesse et l’accouchement, voilà deux états naturels et physiologiques qui se sont fortement médicalisés au cours du 20e siècle, jusqu’à être ‘pathologisés’, déplore-t-on désormais souvent…
Il est vrai que tout progrès va généralement de pair avec certains inconvénients, le temps de rééquilibrer les choses. Dans le domaine de l’obstétrique, aurait-on atteint un moment charnière où l’équilibre pourrait se faire entre l’interventionnisme médical et le respect de la physiologie? Certains éléments que nous allons développer dans cet article semblent l’indiquer.
«La médicalisation était nécessaire», se réjouit Estelle Di Zenzo, vice-présidente de l’Union professionnelle des Sages-femmes belges (UpSfb). «Je ne pense pas que l’on puisse faire baisser davantage le taux extrêmement faible de mortalité actuel. On ne voudrait surtout pas faire marche arrière.»
De la ventrière au gynécologue
Dans les années 1950, la décision de rembourser uniquement l’accouchement à l’hôpital a mis fin à l’enfantement à domicile, encadré jusque-là exclusivement par les sages-femmes. Survinrent alors la gynécologie et l’obstétrique, deux disciplines considérées à leurs débuts – et ce fut un autre changement de taille – comme des affaires qui devaient être traitées principalement par des hommes.
Au fil des décennies, la naissance s’est transformée en un acte médical de plus en plus technique, associé à une obligation de rentabilité, avec comme corollaire une diminution de l’accompagnement humain.
La sage-femme s’est vue reléguée au second plan en devenant l’assistante du gynécologue. Depuis lors, on a bien du mal à définir son rôle. À la maternité, c’est pourtant bien elle que l’on voit courir d’une parturiente à l’autre pour réaliser les différents actes techniques qui accompagnent un accouchement: mise en place du monitoring et de la perfusion, toucher vaginal pour mesurer l’ouverture du col de l’utérus, rupture de la poche des eaux au moment ad hoc, accueil du bébé qui vient de naître, etc.
Mais à part ça, que sait-on d’elle?
Sage-femme, que fais-tu?
La sage-femme est la personne de référence pour le suivi des grossesses normales, des accouchements sans complication et en période postnatale. «Elle rencontre les futurs parents dès leur désir d’enfant et les accompagne, dans le cadre des remboursements des soins de santé, jusqu’à la fin de la première année de vie du bébé», précise Vanessa Wittvrouw, présidente de l’UpSfB. «En général, son accompagnement va encore plus loin. Nous cheminons en effet avec les familles aussi longtemps qu’elles en ont besoin.» L’objectif principal de la sage-femme est de donner des conseils pour maintenir la santé, l’améliorer et envisager la grossesse dans les meilleures conditions.
Si une pathologie est dépistée, elle se réfère aux spécialistes concernés afin d’assurer un suivi médical en collaboration.
Lors de fausses-couches, de vécu difficile ou de deuil périnatal entourant la naissance, la sage-femme est présente et apporte le soutien approprié.
Les associations de défense des sages-femmes en Fédération Wallonie-Bruxelles sont:
L’Association francophone des sages-femmes catholiques (AFSF): www.sages-femmes.be.
L’Union professionnelle des Sages-femmes belges (UpSfb): www.sage-femme.be.
«L’accompagnement par des sages-femmes existe depuis toujours, mais leurs compétences ne sont pas connues», confirme Vanessa Wittvrouw, présidente de l’UpSfb. «Peu de parents savent que des sages-femmes travaillent en dehors des structures hospitalières. C’est une des raisons pour lesquelles nous menons actuellement campagne. Les femmes et les familles doivent savoir qu’elles peuvent s’adresser aux sages-femmes, non seulement à l’extérieur de l’hôpital, mais également dès la période préconceptionnelle et pendant la grossesse.»
Un monde médical très dur
Contrairement au milieu médical, souvent considéré comme dur et froid, où prime la dimension sécuritaire, la sage-femme apporte une dimension humaine, affective, même intuitive précieuse à la future maman et à sa famille. «Le monde médical actuel est très directif et patriarcal envers les futures mères», atteste Vanessa Wittvrouw. «On parle d’ailleurs de plus en plus de violence obstétricale. Les femmes ne reçoivent pas toujours les informations nécessaires pour faire des choix éclairés.»
Retour vers la physiologie
C’est pourquoi de nombreux parents sont désireux de retourner vers des méthodes plus douces, plus respectueuses de la nature et des caractéristiques propres à chaque individu. «Quand elles en ont connaissance, les familles finissent par s’adresser à une sage-femme pour qu’elle réponde à leurs questions, leur donne des informations», explique Estelle Di Zenzo. «Nous cheminons avec les couples et veillons à leur prodiguer une sécurité affective, médicale, psychologique et sociale. Le fait d’être informés, de se sentir en sécurité et respectés en tant que parents, les rend autonomes et responsables, leur permet de faire leurs propres choix, de trouver leur chemin. Des parents auxquels on rend leurs compétences, c’est tout bénéfice pour la société!»
Mission de prévention
Le premier rôle de la sage-femme consiste à respecter la physiologie de la grossesse, de l’accouchement et du post-partum. «Nous travaillons donc énormément en prévention, déjà avant la conception pour permettre à la femme de mettre en route une grossesse dans les meilleures conditions possibles», explique la vice-présidente de l’UpSfb. «Nous veillons ensuite à ce que la maman, le bébé, la famille entière restent en santé. Nous sommes également à l’écoute des futurs pères lorsqu’ils soulèvent des questions psychologiques essentielles quant à leur rôle à venir.»
Multidisciplinarité
Un autre aspect important de la mission de la sage-femme est le travail de collaboration avec d’autres professionnels de la santé (gynécologue, médecin traitant, généticien, pédiatre…). «Je réalise des suivis en tandem avec des gynécologues», explique Vanessa Wittvrouw. «La patiente voit son gynécologue pour gérer le volet médical (échographies, examens de dépistage, etc.). Je prends en charge les consultations médico-psycho-sociales qui exigent plus d’écoute et donc de temps.»
Ce travail multidisciplinaire est essentiel pour la sécurité de la femme et du bébé, précise Estelle Di Zenzo. «Nous transférons, par exemple, les données de la patiente au gynécologue, celles du bébé au pédiatre et à l’ONE. Nous devons pouvoir faire appel au médecin traitant de la patiente en cas de problème de tension, d’infection urinaire, etc.»
Ce qui fait débat
La réduction des séjours en maternité: une aubaine sous condition
Les coupes budgétaires dans les soins de santé ont entraîné une refonte du paysage hospitalier et une réduction des séjours en maternité. Des projets pilotes, actuellement en cours, devraient permettre de mettre en oeuvre, dès 2018, une nouvelle organisation des soins à domicile, de déterminer le nombre nécessaire de sages-femmes et de définir leur place.
Le retour plus précoce au domicile de la mère et de l’enfant est une opportunité exceptionnelle car les sages-femmes pourront jouer un rôle plus important. «Ce changement est aussi une occasion pour les femmes, qui ne l’auraient peut-être pas fait lors de séjours hospitaliers plus longs, d’être en contact avec une sage-femme à leur domicile et pour un suivi plus long que celui proposé avant le retour précoce» explique Vanessa Wittvrouw. «Des études prouvent que la présence d’une sage-femme dans l’environnement familial a des répercussions positives à long terme.»
Cette réforme sera une aubaine, à condition de garantir un accompagnement à domicile de qualité, ce qui nécessite donc une préparation. «Il faut réfléchir à la mise en place d’un trajet mère-enfant qui allie les soins prénataux et postnataux», avertissait Xavier Brenez, directeur général des Mutualités libres, lors d’un débat qui s’est tenu le 8 décembre dernier. «L’aspect médical est important, mais il faut également tenir compte des aspects psycho-sociaux autour desquels les sages-femmes ont un rôle primordial à jouer.»
Décision précipitée
Les organisations de sages-femmes déplorent le fait que la ministre des Affaires sociales et de la Santé publique, Maggie De Block, ait décidé d’abréger les séjours en maternité de manière précipitée sans avoir évalué au préalable tout le travail à réaliser en amont. «Les effets visibles actuels sont une chute du taux d’occupation des maternités, des pertes d’emplois pour les sages-femmes, la fermeture de services de néonatalogie», dénoncent d’une seule voix ces organisations. «Ce retour précoce à domicile ne fonctionnera que si un lien peut être créé entre la structure hospitalière et le domicile», prévient Vanessa Wittvrouw. «Le professionnel de choix pour faire ce lien, c’est la sage-femme.»
One to one
Par ailleurs, explique Estelle Di Zenzo, «pour faire sortir les femmes et les nourrissons plus tôt des maternités, il faut qu’ils soient en bonne santé, ce qui met à nouveau en avant le rôle essentiel de prévention dévolu à la sage-femme puisqu’elle veille à respecter le plus possible la physiologie de la grossesse et de la naissance dans un but de santé optimale.» Aussi, les organisations professionnelles préconisent-elles la présence en salle de naissance d’une sage-femme auprès de chaque parturiente afin d’atteindre ce but de santé et de réduire la surmédicalisation. Ce principe est le fameux ‘one to one’ comme l’appellent les infirmières dans leur jargon. «Des études ont montré qu’il faut se donner de tels moyens», affirme la présidente de l’UpSfb.
Rémunération insuffisante
L’UpSfb s’est lancée dans une action de lobbying pour que les sages-femmes indépendantes puissent offrir des soins de qualité tout en arrivant à vivre de leur métier, ce qui n’est actuellement pas le cas. «Nous réclamons une revalorisation du statut et du salaire de la sage-femme», souligne Vanessa Wittvrouw. «Si nous voulons pratiquer exclusivement au domicile des patientes, il est quasi impossible de vivre avec ce que nous gagnons actuellement, à moins de diminuer notre temps de présence auprès des femmes pour augmenter notre charge de travail. C’est une menace claire pour la qualité des soins, ce qui est évidemment dangereux pour la sécurité des mères et des enfants. Nous avons besoin d’un temps minimum nécessaire pour faire correctement notre travail.»
Liste incomplète des prestations Inami
Les sages-femmes déplorent par ailleurs le fait que la liste des prestations rémunérées par l’Inami est incomplète. Par exemple, la sage-femme est rémunérée pour un accouchement à domicile. Par contre, le temps qu’elle passe auprès d’une femme qui accouche en milieu hospitalier n’entre pas en ligne de compte. Idem si un problème d’allaitement nécessite un deuxième passage à domicile. «L’Inami n’a rien prévu dans ce genre de situation», explique Vanessa Wittrouw. «Nous devons donc soit travailler gratuitement, soit demander un supplément financier à la patiente. Ce n’est pas correct.»
Discrimination entre les provinces
Pour pouvoir vivre de leur métier, elles sont donc de plus en plus nombreuses à se déconventionner. Malheureusement, une sage-femme non conventionnée touche essentiellement une couche sociale aisée. Les femmes qui se trouvent dans le besoin, pur et dur, d’être accompagnées n’ont bien souvent pas les moyens de se payer une assurance complémentaire. Vanessa Wittvrouw habite à Wavre, dans le Brabant wallon. «La population de ma région étant privilégiée, j’ai pu me déconventionner. C’était la seule solution pour que je puisse vivre correctement. L’accompagnement prénatal et le suivi postnatal de mes patientes leur sont remboursés dans les limites du cadre fixé par leur assurance complémentaire. Elles sont parfois mieux remboursées que si elles avaient un praticien conventionné.»
Autre son de cloche chez Estelle Di Zenzo. «Je reste conventionnée parce que j’habite dans le Hainaut, sans quoi beaucoup de femmes n’auraient pas les moyens de s’offrir les services d’une sage-femme. Cependant, pour pouvoir vivre de ma profession, je dois demander un supplément financier, ce qui est un frein pour certaines femmes.»
Formation et compagnonnage
Les organisations professionnelles donnent en outre un coup de projecteur sur la formation des sages-femmes. Elles demandent le passage en master. Elles attirent aussi l’attention sur le fait que la durée de la formation diffère entre la Communauté française (4 ans) et la Communauté flamande (3 ans), une asymétrie qui aura une répercussion sur les projections qui seront faites au niveau fédéral.
Ce n’est pas tout: les organisations insistent sur la nécessité d’offrir aux sages-femmes en formation un compagnonnage d’une durée de deux ans. Celui-ci doit être financé comme c’est le cas pour d’autres formations. «Il est important que les étudiantes soient accompagnées d’une sage-femme expérimentée pour découvrir le terrain du domicile, très différent de la pratique hospitalière», expliquait Anne Niset, venue représenter l’Association francophone des sages-femmes catholiques (AFSF) lors du débat organisé par les Mutualités libres. «Savoir déceler ce qui se passe au niveau physique, mais aussi psychique chez la femme, son bébé et la famille demande de l’expérience.»
Croisons les doigts pour que les décisions à venir prennent en compte ces divers éléments afin de mettre l’accent sur les valeurs humaines, lesquelles occupent une place de choix en promotion de la santé. Par ricochet, les sages-femmes pourront jouer pleinement leur rôle dans la société. Un rôle qu’elles sont nombreuses à considérer comme une vocation…
Un cadastre des sages-femmes pour 2017
En prévision de ce nouveau défi dans le monde de la naissance, la Commission de planification de l’offre médicale publiera en 2017 un cadastre des sages-femmes actives et une analyse de l’évolution prévisible des besoins relatifs à cette profession. Pour préparer cet exercice, le Centre fédéral d’Expertise des Soins de santé (KCE) a analysé les données existantes dans le domaine de la formation des sages-femmes en Belgique et de leur situation d’emploi actuelle. Fin 2015, 10.440 sages-femmes en droit d’exercer ont été recensées en Belgique, dont presque 68% résident en Flandre, 25% en Wallonie et un peu plus de 7% à Bruxelles.
En 2014, 4.761 sages-femmes travaillaient à l’hôpital (soit 3.001 ETP), dont 80% en maternité, 10% en néonatalogie et 10% dans d’autres services hospitaliers.
D’autres activités salariées sont enregistrées dans les secteurs des soins ambulatoires, de l’enseignement en écoles secondaires et hautes écoles (415,5 ETP en Communauté flamande et 157,6 ETP en Communauté française – chiffres 2015), de la prévention (47,5 ETP à l’ONE et 120 ETP chez son équivalent flamand Kind en Gezin – chiffres 2015), de l’aide à la procréation médicalement assistée, ou encore dans d’autre secteurs non liés aux soins (firmes pharmaceutiques), voire non liés à la santé en général.
Les travaux de la Commission de planification en 2017 devraient permettre d’obtenir les chiffres relatifs aux pratiques indépendantes et en maison médicale, et de déterminer dans quelle mesure les sages-femmes combinent plusieurs activités professionnelles.
La sage-femme était autrefois également appelée ‘ventrière’.
Le débat était intitulé ‘La parole aux Sages-femmes’.
Médecins du Monde et ses partenaires ont inauguré récemment un nouveau bus médical dans le Hainaut. Depuis le 20 février, ce Médibus sillonne les routes de la province pour procurer une aide médicale et sociale aux personnes qui n’y ont pas ou plus accès. Une initiative qui vient répondre à une demande du secteur associatif local.
L’ONG médicale Médecins du Monde renforce cette année son ancrage wallon avec le lancement d’un projet mobile en province du Hainaut. Un Médibus qui sera ouvert à tous, avec une attention particulière portée aux personnes qui n’ont pas ou plus accès aux soins et aux services sociaux.
«Certaines personnes ne se déplacent pas dans les lieux de soins fixes, que ce soit parce que ces lieux sont trop éloignés, parce qu’elles n’ont plus confiance dans les institutions traditionnelles ou pour d’autres raisons», explique Nathalie Annez, coordinatrice du projet. «Un cabinet mobile permet de surmonter ces barrières.» L’objectif du Médibus Hainaut est de se trouver chaque semaine au même endroit, «pour que nos patients aient un lieu et un jour de référence et puissent établir un lien de confiance avec le personnel soignant.»
À Charleroi, les modifications du contexte urbain ont en effet conduit les personnes prostituées, toxicomanes, sans-abris et autres publics en situation précaire à se déplacer vers la périphérie. Un constat établi par le secteur associatif local, tout comme la dégradation du contexte socio-économique global. D’où l’intérêt de se réunir au sein d’un même projet mobile. «D’autant que les personnes que nous rencontrons présentent souvent des problématiques multiples: problèmes de logement, d’accès aux soins, de comportements à risque, etc.», renchérit Nathalie Annez. «Grâce à l’expertise de chacun, nous pourrons les prendre en charge de manière globale et optimale.»
Forte de son expérience bruxelloise – où le Médibus va à la rencontre des plus exclus depuis déjà trois ans -, Médecins du Monde a donc décidé d’élargir son action dans la province du Hainaut, grâce aux partenariats avec des associations et services locaux. À Charleroi, cinq se sont lancés dans l’aventure: Entre 2 Wallonie, le CPAS de Charleroi (Carolo Rue), le Relais Santé de Charleroi, l’asbl SIDA IST Charleroi Mons et Le Comptoir.
«Le projet est vraiment pensé pour et avec nos partenaires», précise Nathalie Annez. «Nous voulons nous rendre en dehors du centre-ville pour rentrer en contact avec cette partie de la population de plus en plus isolée.»
Dans le bus, les patients auront non seulement accès à des soins infirmiers, mais aussi à des dépistages rapides (VIH, hépatite C, syphilis) et à du matériel d’injection stérile. Ils pourront aussi être réorientés et accompagnés vers les services médicaux, sociaux ou juridiques adéquats, selon leur situation.
Le projet Médibus Hainaut est soutenu par la Région wallonne et la Loterie nationale.
Le 5 octobre, notre compatriote Luk Joossens, expert de renommée mondiale en prévention tabac, a pris sa retraite. La Fondation contre le Cancer a organisé en son honneur une séance académique relevée par la présence de plusieurs de ses collègues experts européens en matière de décryptage des stratégies souvent très subtiles de l’industrie du tabac pour contrer toute entrave à son développement.
Des stratégies parfois payantes, on ne peut le nier, mais aussi souvent contrées par la maturité des consommateurs potentiels et la ténacité des ‘activistes’ anti-tabac tels que Luk.
Le combat n’est pas encore gagné…
Sur la période 1977-2016 au cours de laquelle la personnalité du jour a œuvré, les industriels du tabac ont perdu pas mal de batailles, comme en témoigne l’érosion quasi constante du nombre de fumeurs quotidiens dans nos contrées occidentales.
Dans son introduction aussi chaleureuse que teintée d’humour, le Dr. Didier Vander Steichel, Directeur médical de la Fondation contre le Cancer nous a rappelé qu’il ne faut pas baisser la garde, les chiffres montrant que c’est le cancer du poumon qui à l’heure actuelle progresse le plus rapidement chez les femmes en Belgique.
Il fut interrompu alors par l’apparition brutale d’une blonde glaciale, tout droit sortie d’un thriller d’Alfred Hitchcock, qui, s’étant manifestement trompée de lieu de conférence, s’adressa à la centaine de personnes présentes comme s’il s’agissait de représentants de Big Tobacco, se gaussant au passage des adversaires ridicules de leur beau et profitable business.
Il s’agissait en réalité de la pétulante et noire de cheveux sous sa perruque peroxydée Florence Berteletti, Directrice du Smoke Free Partnership (Bruxelles), qui avait imaginé cette façon percutante de dénoncer l’écoeurant travail de sape de notre démocratie européenne (déjà si fragile) par les innombrables lobbyistes de tout poil qui sévissent dans notre capitale, en particulier les spécialistes des ‘écrans de fumée’.
Les intervenants suivants, sans doute moins amusants (quoique) mais tout aussi pertinents complétèrent le tableau.
Le Professeur Yves Martinet, Président du Comité National contre le Tabagisme (France) nous exposa ainsi les tenants et aboutissants de la bataille en faveur du paquet neutre, qui vient de connaître une heureuse conclusion voici très peu de temps. Cela lui permit de nous citer ces paroles admirables de sentiment patriotique de Nicolas Sarkozy, farouche opposant à cette mesure de santé publique: «Si nous acceptions le paquet de cigarettes neutre, dans six mois on vous proposera la bouteille de vin neutre, et c’en sera fini de nos appellations, c’en sera fini de nos terroirs, c’en sera fini de la défense de nos savoir-faire. Vous aurez demain des intégristes qui vous demanderont la bouteille neutre. Puis le fromage neutre.» On aurait voulu la trouver, celle-là!
Pascal Diethelm, Président OxyRomandie (Suisse), sous le titre ‘Yes, it’s rotten science, but it’s in a worthy cause: the tobacco industry’s immoderate love of quote mining’ nous démontra comment la manipulation mensongère de citations des activistes anti-tabac est utilisée jusqu’à la nausée par l’industrie pour les discréditer.
Le Professeur Anna B. Gilmore, du Tobacco Control Research Group de l’Université de Bath (Royaume Uni) nous plongea dans le bain des détails de certaines tactiques et techniques des cigarettiers. Exemple: financer les actions des mouvements féministes contre les violences conjugales pour qu’ils mettent le bémol à leurs actions anti-tabac. À découvrir en détail sur le site www.tobaccotactics.org.
De l’émotion
Impossible de mettre des bâtons dans les roues à Big Tobacco sans l’appui de politiciens insensibles aux sirènes et aux chantages divers (économie, emploi, liberté, etc.).
Louis Vanvelthoven, ancien parlementaire socialiste flamand, nous raconta ensuite la bataille pour instaurer l’interdiction de la publicité en faveur des produits du tabac dans notre pays. Récit très vivant d’un ancien fumeur de la marque Tigra, qui avant de nous exposer son combat, évoqua son premier contact avec la cigarette lorsqu’en 1944, à la libération de sa ville de Lommel, les soldats britanniques offraient des paquets par centaines aux hommes.
Sa proposition de loi, déposée en 1995 , fut finalement votée en 1997 après une opposition acharnée de nombreux parlementaires francophones qui voulaient à toute force préserver le Grand Prix de Formule 1 de Spa Francorchamp. Un vote historique et ‘communautaire’ (seuls les Écolos votèrent en faveur de la loi du côté francophone), assez rare dans le domaine de la santé publique.
Le mot de la fin revint tout naturellement à Luk Joossens, qui nous proposa en une vingtaine de minutes un condensé de son ‘testament’, l’ouvrage ‘De tabakslobby in België’, paru fort opportunément début octobre.
Nous ne résistons pas au plaisir de reproduire le prière d’insérer:
«Durant 40 ans, Luk Joossens a été pour les géants du tabac ce que Naomi Klein est actuellement pour les multinationales: un cauchemar. Son nom apparaît dans plus de 1500 documents internes de l’industrie du tabac.
Pour la British American Tobacco, il incarne à lui seul le mouvement anti-tabac en Belgique.
Luk Joossens a débuté sa croisade contre la cigarette en 1977. Son départ à la retraite est pour lui l’occasion de regarder en arrière, et de régler quelques derniers comptes avec l’industrie du tabac. Par exemple, comment les fabricants ont-ils pu agir à leur guise si longtemps, alors que leurs produits tuent la moitié de leurs consommateurs? Pourquoi contourner les réglementations liées au tabac est-il presque devenu un sport national? Qui sont ces politiciens de renom séduits par le lobby du tabac?
Le livre contient également des anecdotes surprenantes sur la ‘Fille Tigra’, Eddy Merckx et la cigarette R6, le festival Marktrock à Leuven verrouillé par L&M, Bernie Ecclestone et Francorchamps, Elio Di Rupo, la contrebande internationale de cigarettes ou encore les cafés sans cendriers.
Il nous rappelle aussi à quel point le soleil est plus brillant quand la fumée se dissipe autour de notre tête.»
Luk Joossens, De tabakslobby in België, EPO, 156 pages, 2016. Livre disponible en néerlandais uniquement pour le moment.
Le mois prochain, nous en publierons un chapitre particulièrement croustillant, évoquant l’époque, au tournant des années 2000, pendant laquelle Big Tobacco se lança dans des campagnes… anti-tabac. Si, si, vous lisez bien!
Nous espérons aussi qu’une version française de cet ouvrage pourra paraître dans les prochains mois.
Les dix techniques de lobbying les plus couramment utilisées par l’industrie du tabac
Payer des scientifiques pour semer le doute et la confusion
Une tactique courante pour minimiser les dangers du tabagisme passif. Simplifiez et n’hésitez pas à exagérer, par exemple: «Manger des biscuits est plus dangereux que le tabagisme passif».
Mobiliser des particuliers pour mettre la pression sur les politiciens avec des campagnes ciblées
Des lettres enflammées d’un tenancier de café, d’un libraire ou d’un hôtelier de Spa (ville hôte du Grand Prix de Formule 1) peuvent faire des miracles. Probablement la technique la plus efficace. Les politiciens doivent être à l’écoute de la population, même lorsque l’industrie du tabac ou ses alliés ont tout orchestré…
Embrigader des tiers pour faire du lobbying en faveur de l’industrie du tabac
L’industrie du tabac n’a pas bonne réputation. Il est recommandé de faire réaliser le travail de lobby par des organisations respectées (groupements d’employeurs, Horeca, publicitaires, libraires) que les politiciens ne peuvent pas ignorer. Le secteur de l’Horeca, Unizo et le Syndicat Neutre pour Indépendants sont particulièrement mis à contribution.
Introduire un grand nombre de lobbyistes, à tous les niveaux décisionnels, afin de bloquer, amender ou reporter les décisions
Ces nombreux lobbyistes contacteront le plus de politiciens possible dans le but d’affaiblir la législation. C’est un incontournable dans le contexte compliqué de la réglementation européenne, avec ses 28 États membres et des 751 parlementaires européens! Et de toute façon, les adversaires de l’industrie du tabac n’ont pas les moyens d’en faire autant…
Engager des avocats pour faire annuler des lois par un tribunal ou réclamer des dommages et intérêts
Une technique de plus en plus ‘populaire’, par exemple lors des plaintes introduites contre les paquets de cigarettes neutres. Pas moins de 45 avocats de l’industrie du tabac étaient mobilisés à la Cour suprême du Royaume-Uni afin de plaider contre l’introduction des paquets neutres. Difficile pour les avocats indépendants de se faire entendre…
Publier des rapports alarmistes, de préférence juste avant un vote important
Une technique qui a été largement utilisée pour contrer l’interdiction de fumer dans l’Horeca. Par exemple: «une interdiction de fumer entraîne des fermetures en chaîne». Rien d’original, mais cela peut faire des dégâts.
Exagérer l’impact économique du secteur (chiffre d’affaire, emploi, bénéfices)
Toujours utile dans vos contacts avec le ministre du budget, des finances ou de l’industrie. Un classique des discussions sur Francorchamps. Même la Cour d’Arbitrage n’y a vu que du feu.
Faire en sorte de nuire à la crédibilité et au financement de vos adversaires
Ne négligez jamais vos adversaires, même s’ils ont des moyens financiers très limités. Il est recommandé de faire reconnaître les organisations les moins efficaces, voire même de les encourager.
Proposer des alternatives qui sonnent bien, mais qui sont peu efficaces
La plupart des politiciens sont partisans des campagnes de prévention et d’une interdiction de la vente aux mineurs. Cela fait plaisir à tout le monde, sans faire trop de dégâts… L’industrie sait être proactive et proposer volontairement des solutions indolores, comme la mise en place d’une Fondation avec un nom qui sonne bien, Rodin par exemple.
Miser sur le libre-échange, la sacro-sainte liberté d’expression, et s’opposer à tout excès de réglementation et de paternalisme
Tout est dit, il n’y a rien à ajouter.Les cinq idées reçues les plus véhiculées par l’industrie du tabac
Le tabagisme passif est incommodant, mais pas mortel
Faux. Le consensus scientifique international est clair: le tabagisme passif tue! Selon une étude publiée dans The Lancet, environ 600.000 personnes meurent chaque année des suites du tabagisme passif, dont 379.000 de maladies cardiaques, 165.000 d’infections des voies respiratoires inférieures, 36.900 d’asthme et 21.400 de cancer du poumon.
Les interdictions de fumer entraînent des tensions entre fumeurs et non-fumeurs
Faux. Des enquêtes indépendantes commanditées par la Fondation contre le Cancer montrent que le taux de satisfaction au sujet de l’interdiction de fumer dans les restaurants a grimpé à 90 pourcents après son introduction. 82 pourcents des personnes interrogées en 2015 étaient en faveur des cafés sans fumée. Deux tiers des fumeurs partagent ce point de vue. Les espaces sans fumée ont gagné le soutien d’une large majorité de fumeurs.
Les interdictions de fumer ne sont pas efficaces
Faux. Les espaces sans fumée sont efficaces et sauvent des vies. Selon une étude de l’Université d’Hasselt, 3.040 crises cardiaques mortelles auraient été évitées en Flandre entre 2006 et 2011 grâce à cette mesure.
L’interdiction de fumer dans les restaurants et les cafés entraîne des pertes et des fermetures en chaîne
Faux. L’année où l’interdiction de fumer dans les restaurants est entrée en vigueur (2007), le nombre total de restaurants a augmenté de 139 et leur chiffre d’affaire de 5,5%. L’année de l’interdiction de fumer dans les cafés (2011) a vu le plus petit nombre de fermetures de cafés de la décennie (période 2003-2013). Le chiffre d’affaire des cafés a augmenté de 2,6% en 2011.
Une interdiction de la publicité n’est pas efficace, car la pub ne s’adresse pas aux jeunes mais aux fumeurs adultes afin d’influencer leur choix de marque
Faux. Cette interdiction est d’application dans notre pays depuis le 1/1/1999. Depuis, le pourcentage de fumeurs parmi les jeunes a fortement diminué. Selon Health Behaviour of School-Aged Children (HBSC), le pourcentage de fumeurs quotidiens parmi les Flamands de 15-16 ans a chuté de 21% en 1998 à 8% en 2014.
Dont l’auteur déplore le rôle qu’il a joué dans la désinformation de l’opinion publique au moment où l’interdiction de fumer dans les cafés était en débat. Au crédit des politiciens socialistes francophones, Joossens place en tête du palmarès des Ministres de la Santé (période 1977-2016) Rudy Demotte (de 2003 à 2007), auquel il accorde une grande distinction: «Il a déjà un plan tabac après 6 mois. Il instaure l’interdiction de fumer dans les restaurants. Il fait en sorte que la Belgique soit le premier pays européen à imposer sur les emballages des photos choc des conséquences du tabagisme.»
Impliquer les consommateurs dans une démarche de réduction des risques
Depuis trois ans, un projet de réduction des risques (RdR) liés à la surconsommation d’alcool en milieu étudiant est mis en place par l’asbl Modus Vivendi avec le soutien de la COCOF.
Si en Belgique, la consommation d’alcool est culturellement valorisée, sa place au sein du milieu estudiantin est source de controverses. L’entrée à l’université représente une période d’initiation à la consommation d’alcool pour certains étudiants. Ces premières consommations peuvent s’accompagner de prises de risques.
Il existe toutefois des moyens concrets pour réduire ces risques. En effet, des initiatives de promotion de la santé et de réduction des risques (RdR) liés à la consommation d’alcool sont développées dans le milieu étudiant. Citons par exemple depuis plusieurs années le travail d’Univers santé, asbl implantée à l’UCL ou encore Sésame asbl active dans le namurois.
Qu’en est-il à Bruxelles?
En 2013, la COCOF confiait à Modus Vivendi la mission de développer un projet de réduction des risques liés à la surconsommation d’alcool en milieu étudiant bruxellois. Ce projet a pour objectif la promotion de ‘réflexes santé’ et donc à terme une diminution des prises de risques et des accidents dans le milieu étudiant.
Comment? Par la construction d’un plan d’action porté par les intéressés eux-mêmes et qui répond aux besoins du terrain. Le projet étant nouveau sur Bruxelles, une recherche-action a été menée au sein de trois établissements: l’Université Saint-Louis, l’ULB et la Haute-école Lucia de Brouckère.
Émilie Walewyns, responsable du projet à Modus Vivendi: «Nous avons constaté d’emblée que les étudiants et les autorités académiques étaient non seulement preneurs mais aussi demandeurs de ce type de projet».
La qualité fondamentale d’un projet de RdR est de s’appuyer sur une méthode participative. Les acteurs concernés doivent donc être impliqués dès le début dans les différentes étapes du projet. En outre, il repose sur la méthode de prévention par les pairs: des étudiants formés à la RdR sensibilisent et informent à leur tour d’autres étudiants lors d’interventions. Ils deviennent les ambassadeurs de la démarche auprès de leurs camarades.
Étudier la problématique
Pour mettre en place des actions adaptées, la première étape obligatoire du projet est la phase exploratoire de recherche pour étudier globalement la thématique et pratiquement la situation sur chaque campus.
Dans ce cadre, des entretiens et une enquête quantitative auprès de 3.000 étudiants bruxellois ont permis de récolter des informations précieuses sur les pratiques festives: influence de divers facteurs (sexe, âge, baptême étudiant…), fréquence du binge drinking, risques pris, etc.
L’équipe de recherche a constaté que chaque établissement possède ses particularités: mode de fonctionnement, géolocalisation du campus, folklore estudiantin, mesures de promotion de la santé et de sécurité déjà existantes, etc. À côté des risques principaux liés à l’alcool (trous noirs durant la soirée, accidents de la route, rapports sexuels non-protégés…), d’autres risques découlent directement des caractéristiques de l’établissement (chutes et agressions par exemple). Le projet s’est adapté à ces réalités.
Agir globalement
La seconde étape réside en une phase de terrain pour construire de manière participative, tester et évaluer certains outils et actions de RdR. À partir des informations qualitatives et quantitatives récoltées, un plan d’action est défini.
Pour être efficace, il est nécessaire d’agir:
sur l’environnement (points d’eau potable, préservatifs, prix attractif des softs…).Noémie, présidente du Centre d’Actions Universitaires de Saint-Louis: «Depuis deux ans, nous mettons en place un coin safe à chaque soirée que nous organisons. Cet espace au calme permet aux étudiants de faire une pause, de boire de l’eau, de recevoir des bouchons d’oreille et des préservatifs. Il est tenu par des étudiants formés aux gestes de premier secours. Il fait vraiment partie de nos soirées maintenant.»
sur l’accès à l’information (campagne de sensibilisation). Martyna, déléguée éco-responsable du Cercle des Étudiants en Philosophie et Sciences sociales de l’ULB: «C’était super intéressant de réfléchir au moyen de donner des informations santé en lien avec la vie festive sans être moralisateur. La campagne ‘Ça m’saoule’ utilise le ton de l’humour mais comprend des conseils comme le fait de bien manger avant de sortir ou d’alterner alcool et eau. Elle sera diffusée au cours de cette année académique.»
sur le développement de compétences (formation des organisateurs d’activités festives, stands de sensibilisation). Maxime, barman du Cercle des Architectes réunis de l’ULB: «Je suis moi-même étudiant baptisé. Donc quand je fais passer le quiz sur l’alcool et que je donne des conseils pour gérer leur alcoolémie à d’autres étudiants, ça a plus de poids.»
Lors de la matinée de présentation de cet aboutissement temporaire du projet, Cécile Jodogne, Ministre de la Santé des francophones bruxellois, a souligné la philosophie positive du projet en termes choisis: «L’alcool bénéficie dans notre société d’une acceptation, et même d’une valorisation. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cela ne rend pas le message de prévention très audible. Il ne s’agit évidemment pas de jouer les rabat-joie ni d’instaurer un climat de prohibition. La vie étudiante doit rester, dans la vie de chacun et chacune, un moment d’échange, de convivialité et de fête. Mais il convient d’élaborer, dans une démarche de co-construction, les outils et les messages qui permettront à chaque étudiant de s’interroger sur sa consommation et de poser des choix éclairés à ce sujet.I
l s’agit d’une démarche de responsabilisation que je trouve particulièrement intelligente. Cette prise en main des supports et de la méthodologie par les acteurs sur les campus rendra l’action pérenne.»
Elle a cité aussi quelques projets en la matière qui lui sont chers, sans oublier d’aborder le point crucial de l’élaboration d’un Plan alcool national, une recommandation de l’OMS pour que les États prennent des mesures qui réduisent à la fois la demande et l’offre. Cette dernière implique des mesures en matière de fixation des prix, d’interdiction de la vente d’alcool dans certains lieux et heures ou à l’égard de catégories spécifiques de la population, en particulier les jeunes. Elle doit aussi pouvoir s’appuyer sur une meilleure régulation de la publicité et du marketing, particulièrement agressif dans notre ‘pays de la bière’.
Pour en savoir plus
Deux brochures sont disponibles afin de partager les expériences acquises durant les trois premières années de projet.
Quelques données
Lors du dernier quadrimestre, un tiers des étudiants était en surconsommation par rapport aux limites hebdomadaires conseillées par l’OMS (14 verres pour les femmes et 21 pour les hommes). De plus, 15% d’entre eux ont pratiqué le ‘binge drinking’ au moins à deux reprises chaque semaine de l’année académique, et 15% ont été ivres au moins deux fois par semaine.
À l’inverse, 64% des étudiants ont déclaré n’avoir eu aucune de ces pratiques de consommation à risque au cours de cette période.
Enfin, près d’un étudiant sur 10 peut être considéré comme un gros consommateur dans la mesure où il a déclaré avoir pratiqué à la fois la surconsommation hebdomadaire ainsi que le binge drinking et l’ivresse multi-hebdomadaire au cours de l’année académique. Parmi ceux-ci, 41% considèrent que leur consommation est dans la norme lorsqu’on leur demande de la situer par rapport à celle des autres étudiants. Ce biais relatif à la norme perçue, qui peut aussi se caractériser par une surestimation de la consommation des pairs, est abondamment documenté dans la littérature.
Extrait de la brochure Consommation d’alcool en milieu étudiant: un projet de réduction des risques (Michael Hogge et Émilie Walewyns)
Le guide pratique RDRA est conçu pour aider à l’implantation d’un projet de réduction des risques liés à l’usage d’alcool en milieu étudiant. Il rappelle ce qu’est la RdR, quels sont ses principes d’action, les moyens nécessaires, le rôle de chacun des acteurs, comment lancer un projet, le concrétiser et le pérenniser.
La brochure Consommation d’alcool en milieu étudiant: un projet de réduction des risques, rédigée par Michael Hogge et Émilie Walewyns présente les résultats des enquêtes quantitatives et les actions mises en place.
Ces deux documents sont disponibles en version papier et en téléchargement sur www.modusvivendi-be.org
Ici défini par la consommation d’au moins cinq verres de boissons alcoolisées sur une période de deux heures.
Plusieurs centaines de personnes en Belgique restaient sans recours suite à une contamination par les virus de l’hépatite C ou du sida due à une transfusion sanguine dans les années 1980. La Ministre de la Santé a chargé le Centre Fédéral d’Expertise des Soins de santé (KCE) de trouver une solution pour sortir de cette impasse.
Le KCE recommande de confier au Fonds des Accidents Médicaux (FAM) la mission d’indemniser ces victimes de manière forfaitaire. Étant donné qu’il s’agit de faits assez anciens, le KCE recommande de ne pas exiger des victimes qu’elles apportent la preuve du lien de causalité entre la transfusion et la contamination, mais seulement de prouver qu’elles ont reçu une transfusion en Belgique. Un montant de 20.000€ serait attribué aux victimes directes et des montants de 10.000 et 5.000€ aux victimes secondaires. On estime le budget de cette indemnisation à 67 millions d’euros, à répartir sur une quinzaine d’années.
Des victimes mais pas de coupable
On se souvient que, dans les années 1980, les transfusions sanguines ont été à l’origine de certaines contaminations par les virus de l’hépatite C (VHC) et du sida (VIH). Comme ces virus étaient à peine découverts et qu’il n’existait pas de tests permettant de les identifier, il n’était pas possible de désigner de responsables – au sens juridique – de ces contaminations. Selon les lois de l’époque, les victimes n’avaient donc aucune possibilité de se faire indemniser.
Des discriminations persistantes
Depuis lors, cette situation a suscité plusieurs initiatives de la part du monde politique, notamment les lois de 1991 et de 2010. Ces deux lois ne permettent toutefois pas d’intervenir pour des faits antérieurs à leur entrée en vigueur. Par ailleurs, certaines victimes de contamination par le virus du sida avaient bénéficié d’une compensation ponctuelle si la transfusion avait eu lieu entre août 1985 et juin 1986. Force a donc été de constater que toutes ces personnes n’avaient pas été traitées de façon équitable. C’est pour mettre fin à ces discriminations que la Ministre Maggie De Block a demandé au Centre Fédéral d’Expertise des Soins de santé (KCE) de revoir le problème de fond en comble.
Une nouvelle mission pour le Fonds des Accidents Médicaux
Le KCE a mené avec les parties concernées un long travail d’identification et de caractérisation des discriminations existantes. Avec l’aide de juristes spécialisés, ce groupe de travail a ensuite co-construit une solution susceptible de convenir à chacun. Elle consiste à confier l’indemnisation des victimes de contamination par transfusion au Fonds des Accidents Médicaux (FAM). Comme il s’agit pour le FAM d’une nouvelle mission, distincte de sa mission principale, ceci devra faire l’objet d’une loi spécifique.
Pas de limite temporelle
Pour éviter de reproduire des discriminations relatives à la période à laquelle a eu lieu la contamination, le KCE estime qu’il n’est pas souhaitable de fixer une date de début à cette période. Et ce d’autant plus que les connaissances scientifiques ne permettent pas de dater avec précision le moment d’apparition des virus en question dans notre pays.
Le KCE recommande donc de prendre en considération toutes les contaminations par les virus VIH et VHC consécutives à une transfusion sanguine, quelle que soit l’année de la transfusion, pour autant qu’elle ait été effectuée en Belgique et pour autant que l’infection occasionne des symptômes d’une durée minimale de 6 mois ou contraigne la victime à suivre un traitement lourd.
Pas nécessaire de prouver le lien de cause à effet
Étant donné qu’il s’agit de faits souvent assez anciens, le KCE recommande de ne pas exiger des victimes qu’elles apportent la preuve du lien de causalité entre la transfusion et la contamination, mais seulement de prouver qu’elles ont reçu une transfusion en Belgique et qu’elles ont été contaminées par le VIH ou le VHC. En cas de contestation, c’est au Fonds qu’il reviendrait de prouver l’absence de ce lien de causalité (renversement de la charge de la preuve).
Des forfaits différents pour les victimes directes et secondaires
Un montant forfaitaire (que le KCE propose de fixer à 20.000 €) serait attribué aux victimes directes, c’est-à-dire toutes les personnes qui ont contracté le VIH ou le VHC par voie transfusionnelle, ainsi que les enfants contaminés durant la grossesse ou à la naissance.
Des montants inférieurs (10.000 € et 5.000 €) seraient prévus pour les conjoints et ‘assimilés’ c’est-à-dire les personnes qui entretiennent/entretenaient des relations affectives suivies avec la victime directe (donc aussi des cohabitants non-apparentés ou des aidants proches), et pour les enfants des victimes directes.
Un budget de 67 millions
Le nombre de personnes concernées a été estimé, pour l’hépatite C, à 1243 victimes directes et 6072 victimes indirectes et, pour le sida, à 41 victimes directes et 184 victimes indirectes.
Le KCE a calculé que le budget nécessaire à cette indemnisation s’élèverait à environ 67 millions d’euros, à répartir sur une période d’environ 15 années au cours de laquelle on s’attend à recevoir des demandes. Il s’agit là d’un montant maximum car basé sur des hypothèses très prudentes. Le KCE recommande que le FAM reçoive les moyens financiers et humains nécessaires pour assumer cette nouvelle mission.
À faire savoir!
Enfin, le KCE insiste sur la nécessité d’assurer la publicité nécessaire à cette possibilité de compensation financière, notamment au travers des associations de patients, afin qu’elle puisse être mobilisée par tous ceux qui remplissent les conditions de son application, quel que soit leur niveau socio-économique, de formation et de littératie en santé.
Loi sur les produits défectueux, qui exige que la victime apporte la preuve que son problème de santé est bien dû à un produit défectueux.
Loi instituant le Fonds des Accidents Médicaux (FAM) qui offre la possibilité de demander réparation de préjudices liés à des accidents médicaux même si aucune responsabilité n’est établie (loi dite ‘no fault’).
Ce rendez-vous annuel incontournable pour quelque 20.000 professionnels de l’éducation a pris place à Charleroi à la mi-octobre. Le Salon Éducation, ce sont 5 jours, 200 exposants du monde de l’édition scolaire et pédagogique, de la culture, du voyage organisé, du multimédia, de la prévention, de la formation, etc. Ce sont aussi des conférences et ateliers animés par des chercheurs et experts sur les thématiques, cette année, de l’éducation positive, des enfants à besoins spécifiques, de la violence et du harcèlement, et bien d’autres thèmes encore.
Après une balade dans le quartier presque abandonné de Charleroi Expo pour en trouver l’entrée, je me faufile dans le premier hall, entre jouets mécaniques, groupes de presse, stands de modules et jeux de psychomotricité, manuels scolaires et matériel didactique en tout genre.
Très vite, je découvre le stand de Lire et Écrire, qui me présente ses huit mallettes pédagogiques, kits d’animation à destination des primo-arrivants, «pour (mieux) comprendre la Belgique». Celles-ci ont été conçues pour leur permettre de découvrir leur nouveau lieu de vie, de se débrouiller au quotidien, d’acquérir des connaissances élémentaires sur l’histoire de la Belgique, ses institutions et leur fonctionnement, ses caractéristiques socioéconomiques et culturelles, etc. Un impressionnant travail de vulgarisation des rouages de notre pays.
Presqu’à côté, se tient le stand des ONG de coopération au développement, toutes regroupées sur le salon en un seul lieu. J’ai l’occasion d’y participer à un quiz original portant sur l’éducation (numérique) à la citoyenneté. Le principe est simple: des écrans avec des questions, un vase pour chaque réponse possible et des bandelettes de couleur à y déposer, pour marquer son choix et visualiser rapidement les préférences des participants.
Les 29 ONG belges actives en milieu scolaire représentées sur ce stand y proposent également le fruit de leur collaboration, un catalogue complet de leurs activités et outils pédagogiques en matière de coopération au développement. Un index permet d’identifier facilement les thématiques traitées par chaque outil (commerce équitable, découverte d’un pays, droits de l’enfant, environnement, migration, etc.). Un travail remarquable et utile!
Plus loin, c’est le stand de Child Focus qui attire mon attention. Il met en évidence son matériel pédagogique, didactique et éducatif en matière d’internet pour les jeunes, notamment son jeu Jungle web. L’organisation propose aussi un catalogue répertoriant 34 outils sur le sujet, sous forme de fiches techniques reprenant les objectifs, le public, les thèmes et les caractéristiques de chacun.
Mon regard s’arrête au passage sur la «classe du futur», avec ses tableaux interactifs, ses cahiers de communication numériques et autres technologies de pointe.
En parlant de nouvelles technologies, la Cité des Métiers de Charleroi présente Vidéobox, son application mobile à destination des jeunes, des demandeurs d’emploi et des personnes en réorientation professionnelle. Celle-ci permet de s’informer sur les métiers. Il s’agit en réalité d’une banque de données de 700 «vidéos métiers» dans lesquelles des professionnels présentent leur job. Pour s’y retrouver, toutes les vidéos sont classées par verbes d’action. Vous aimez diriger, fabriquer ou plutôt divertir? Vous cherchez un métier accessible? En alternance? Avec des débouchés? Il suffit de quelques clics pour découvrir le métier qui vous correspond.
Bref arrêt au stand de l’asbl verviétoise Loupiote, qui développe des ateliers itinérants d’éducation au et par le cinéma. Elle y présente son guide pédagogique ‘No hate’, support d’animation pour un travail de sensibilisation des jeunes à la problématique du discours de haine en ligne et du cyber-harcèlement.
Ensuite, c’est le stand Cooking Class de Colruyt qui attire mon attention. Le groupe de distribution propose un programme de cours complet en ligne sur l’alimentation et l’exercice physique, à destination des écoles. On y retrouve des recettes pour enfants, des animations autour des fruits et légumes, des vidéos avec de petits exercices physiques, des idées de bricolage, etc. sur des thèmes variés comme la conservation de la nourriture, l’hygiène alimentaire ou la gestion durable de la pêche. Un enseignant intéressé s’inscrit et reçoit un petit dossier de présentation, accompagné de divers bons de réduction pour faire des achats dans les magasins du groupe. Bien que l’initiative ne soit pas dénuée d’arrière-pensées commerciales, elle mérite tout de même d’être soulignée.
On note aussi la présence de l’ONE ou du réseau Anastasia, centre de ressources documentaires de la province de Namur, qui propose un large stand plutôt fourni en livres et matériel éducatif. Divers musées et offices du tourisme présentent quant à eux leur offre pédagogique, tandis que les sociétés spécialisées dans le voyage organisé proposent classes vertes et de neige en tout genre.
Le secteur promotion santé semble plutôt discret cette année. Toutefois, on relève notamment la présence du Fonds BYX avec son appel à projets ‘Ne tournons pas autour du pot’, du service Infor Santé de la Mutualité chrétienne ou de ‘Sourire pour tous‘ (Fondation pour la Santé dentaire).
Harcèlement scolaire et enfants à haut potentiel
C’est l’heure des conférences. La première à laquelle j’assiste est organisée par l’Université de Paix (Réseau Prévention Harcèlement) et porte sur le (cyber-) harcèlement entre élèves. L’atelier est complet et même plus: 60 à 70 personnes, parmi lesquelles un grand nombre de jeunes étudiants, sont venues écouter les deux conférencières. Elles nous révèlent des chiffres préoccupants: selon l’OMS, 1 élève sur 5 se déclarerait victime de harcèlement; les 11-15 ans, particulièrement soucieux de leur appartenance au groupe et de leur acceptation par les autres, seraient les plus touchés; seulement 5,6% des jeunes harcelés prendront la décision d’aller trouver un adulte; seuls 1,8% des témoins parleront.
Le harcèlement serait une relation triangulaire (harceleur-s/ victime-s/ pair-s témoin-s) dans laquelle les pairs témoins ont une importance capitale car ce sont ceux qui donnent du poids au harceleur. Ainsi, la réflexion du groupe Réseau Prévention Harcèlement tourne notamment autour de la rupture de cette relation particulière.
Ces constats posés, les conférencières terminent en proposant des pistes d’action pour les professionnels travaillant avec les jeunes, afin de les aider à détecter le harcèlement ou idéalement, à l’éviter. Malgré le brouhaha ambiant et le manque de confort, cette conférence, parmi les centaines proposées sur le salon, s’est sans doute avérée fort intéressante et utile pour les professionnels présents.
Ding-ding-ding: la cloche sonne, la classe commence. Le second atelier auquel je participe nous propose de nous mettre dans la peau d’un enfant à besoins spécifiques, un ‘HP’ (haut potentiel). C’est une orthopédagogue spécialisée en accompagnement des enfants en difficulté d’apprentissage qui joue le rôle de la maîtresse.
L’exposé commence par un petit exercice: relier 9 points répartis sur 3 lignes en quatre traits, sans soulever son crayon… Nous avons quelques minutes pour résoudre l’exercice. À l’issue de celui-ci, la plupart d’entre nous ont échoué. Il existe pourtant une solution, mais pour la trouver, il faut «sortir des cases», ce que les enfants HP font très facilement, pas parce qu’ils sont plus intelligents que les autres comme le laissent penser les stéréotypes à leur sujet, mais parce qu’ils ont un mode de réflexion différent.
L’enfant HP a une pensée par arborescence, ou en réseau, qui se déploie dans plusieurs directions face à une problématique donnée (versus séquentielle, ou linéaire, pour la plupart des personnes présentes). Plus concrètement, quand une personne HP réfléchit, c’est un peu comme un feu d’artifice, constitué de tout un ensemble de mots, de sons, de couleurs, de formes qui s’associent dans le cerveau… Bien des choses se mêlent, c’est comme une explosion de connexions neuronales. En effet, les neurones du HP sont deux fois plus rapides, les connexions entre son cerveau droit (celui qui gère l’espace, l’intelligence globale, l’intuition, le sens artistique, etc.) et son cerveau gauche (qui gère le temps, le langage, le calcul, la pensée analytique, les savoir-faire et les procédures) se font plus rapidement, ce qui lui donne aussi une grande rapidité d’exécution.
La conférencière déconstruit une à une les idées reçues à propos des HP: un tiers d’entre eux sont en échec scolaire, ce sont des personnes qui apprennent vite mais ne retiennent pas, les enfants rencontrent souvent des problèmes de méthodologie, ils ont besoin de sens et de globalité, dans un système scolaire peu adapté à leurs besoins, très séquentiel et normatif. Elle conclut son exposé en encourageant les enseignants et tout un chacun à apprendre à changer de regard, à s’intéresser à la différence pour ne pas en faire une inégalité. Un atelier illustré, vivant, clair et concis, par une conférencière très pédagogue !
Réseau dont l’objectif est de créer un lieu de concertation et de collaboration visant à sensibiliser les acteurs scolaires et de partager informations, ressources et réflexions pour prévenir le harcèlement à l’école. Pour en savoir plus: https://www.enseignement.be/index.php?page=27753&navi=4289
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