Articles de la catégorie : Initiatives

Précarité et environnement, enjeux croisés

Le 30 Déc 20

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Aborder les déterminants environnementaux de la santé avec ceux qui en sont les plus impactés en Belgique, aller à la rencontre et travailler de manière participative avec un public en situation de précarité, agir à un niveau individuel et collectif, favoriser la cohésion sociale… C’est ce dont il est question avec le projet Eco Watchers. Stéphanie de Tiège, chargée de projet chez Empreintes asbl, nous en parle. Coup de projecteur sur un projet coup de cœur !

Précarité et environnement, enjeux croisés

Qu’entendez-vous par “précarité environnementale”?

SdT : L’environnement est le cadre de vie des personnes. Il fait référence à la nature, au climat, à la planète Terre, mais aussi au logement, au quartier, à l’école…La précarité environnementale désigne le lien entre ce que vivent au quotidien les personnes en situation de précarité sociale, et les enjeux environnementaux qui impactent leurs vies, leurs lieux de vie et l’ensemble de la société. On parle ainsi de précarité énergétique, de mobilité, de questions liées à la santé (comme les pollutions intérieures, l’humidité…), ou encore de précarité hydrique. L’énergie, par exemple, est à la fois un levier financier pour les personnes et un levier pour améliorer le cadre de vie dans un logement.

Qu’est-ce qui vous a amené à vous emparer de cette thématique ?

SdT : Chez Empreintes, nous avons conscience que la plupart des actions et animations en éducation relative à l’environnement (ERE) touchent un public déjà « averti » et plutôt favorisé. Pourtant, notre association a la volonté de s’adresser à tous types de publics et de rendre accessibles les informations.

En 2007, suite à notre reconnaissance comme Centre régional d’Initiation à l’Environnement (CRIE), nous avons développé le projet Eco Watchers. Nous avons démarré en ayant très peu de connaissances sur la précarité environnementale et sur le public en question. A cette époque, le secteur de l’ERE et le secteur social partageaient peu de liens et de regards croisés sur les pratiques, les objectifs et les missions de chacun.

Au départ, un CPAS nous a interpellé car ils voulaient aborder la thématique de l’énergie avec un groupe. Mais c’est ensuite avec la cellule énergie du CPAS de Namur, dont la personne en charge était Isabelle Goyens, que nous avons co-créé et co-construit le projet tel qu’il est actuellement, testé les animations, etc.

Force est de constater que le projet répond à un réel besoin aujourd’hui. D’une animatrice, l’équipe s’est étoffée aujourd’hui de 3 animateur.trice.s.

Quel est l’objectif du projet Eco Watchers ? Quels sont les principes qui le sous-tendent ?

SdT : Le point de départ pour toute animation est toujours un besoin ou une problématique qu’une personne énonce comme difficulté, qu’elle ne comprend pas, qui l’impacte ou sur laquelle elle n’a pas de prise. L’objectif est de renforcer le pouvoir d’agir des personnes, au départ des préoccupations environnementales du quotidien.

Au travers d’un atelier et d’échanges avec le groupe, chaque participant est amené à se questionner, tester, expérimenter et trouver ensemble les réponses à leurs questions. Notre posture, nourrie de l’éducation populaire et de l’éducation permanente, est de considérer chacun comme expert de sa vie et de son lieu de vie.

D’ailleurs, en tant qu’animateur, nous n’avons bien souvent même pas de réponse toute faite ! Démarrer en tant que novice m’a aidée à adopter cette posture. Bien sûr, avec une dizaine d’années de travail sur cette thématique, je me suis progressivement co-construit des connaissances et des savoirs. Arriver à ne pas biaiser les échanges et les relations en tant qu’animatrice, s’effacer pour que chacun puisse prendre sa place, est un réel exercice. En plus, leurs réalités sont des mines d’or de réponses à leurs questions.

Dès le départ, il nous a semblé essentiel également de travailler tant sur l’individuel que sur le collectif. Notre association a une expertise pédagogique d’animation d’un collectif, tandis que nos partenaires, acteurs de l’aide sociale, ont une réelle plus-value dans l’accompagnement individuel des personnes et de leur réalité sociale. Notre partenariat est un renforcement par chacun des niveaux d’action.

Comment rencontrez-vous le public en situation de précarité ?

SdT : Les acteurs de l’aide sociale qui font appel à nous sont très variés : des CPAS, des Plans de cohésion sociale, des sociétés de logements sociaux, des régies de quartier, des Plans d’Habitat permanent, des associations d’éducation permanente, etc. Ils constatent une forte précarité énergétique sur leur territoire, souhaitent agir mais rencontrent des difficultés pour mobiliser les gens. Nous leur donnons des outils de mobilisation et les soutenons dans cette démarche, mais nous ne sommes pas en première ligne.

Dans un premier temps, on encourage nos partenaires à ne pas diffuser largement les invitations mais à cibler des personnes qu’ils connaissent déjà, plus facilement atteignables, qu’ils sentent plus réceptifs pour participer au projet.

On a développé une série d’outils, par exemple une boîte-à-ampoule pour inviter les personnes à une séance d’information collective. Cette boîte fait office de flyer : elle « dénote » par rapport aux affiches plus traditionnelles, est un objet manipulable, sans trop de texte mais surtout, elle est personnalisable. Elle permet ainsi aux travailleurs sociaux d’avoir un réel contact avec les personnes qu’elles invitent. Suite à leur participation à la séance d’information, les personnes reçoivent une ampoule économique. Je ne suis pas forcément très à l’aise avec cet aspect-là (ndlr « la carotte » pour participer). Pourtant, force est de reconnaître que cet incitant semble fonctionner pour faire le premier pas. Le message reste toutefois qu’il n’y a pas d’obligation, pas de contrôle, et que venir à cette séance ne fait pas office d’engagement dans le projet.

Lors de cette première rencontre, des anciens participants viennent témoigner et parler du projet avec leurs propres mots. Cette séance est en fait déjà construite dans une dynamique interactive et collective, avec des moments de partage en sous-groupe, etc. Les personnes se rencontrent et créent déjà du lien. Procéder ainsi a pour résultat que presque tous poursuivent l’aventure.

Enfin, à la fin du projet, les participants sont invités à parrainer une personne de leur entourage pour participer à la prochaine session. Par cet effet « boule de neige », on parvient à atteindre des publics que les acteurs sociaux ne parviennent pas nécessairement à atteindre.

Comment se déroule ensuite le projet ?

SdT : Les groupes sont constitués de 6 à 12 personnes, chaque rencontre dure 2h30 et nous en organisons entre 10 et 14 au total. En concertation avec les participants, on définit le lieu et le moment le plus opportun pour elles. Que ce soit le matin, en soirée… Mais on laisse un minimum de 15 jours entre chaque rencontre afin d’avoir le temps de préparer.La première séance est consacrée à poser un cadre de bienveillance qui permet à chacun de se sentir en sécurité.

Ensuite, le déroulé de chaque séance est important à respecter : avoir un réel temps d’accueil, utiliser des outils adaptés pour permettre à tous de suivre et de participer… On utilise par exemple de séance en séance, un « arbre à engagement » qui invite chacun à tester chez lui une piste élaborée par le groupe. Cela permet aussi d’amener des changements progressifs et de faire le lien entre le projet et son propre chez soi. On va aussi demander à chacun de faire son relevé de compteurs (une séance est systématiquement consacrée à ce sujet).

Les thématiques sont listées et priorisées par le groupe. En amont, nous préparons un atelier interactif, un outil, une expérience sur le sujet de la séance, on expérimente, on observe, on cherche, partage ensemble des solutions. Notre association favorise ce genre de démarche car nous sommes convaincus de la pertinence d’apprendre de manière interactive et en étant « acteur » de ses apprentissages, sans prof qui vient partager « La vérité ». C’est d’autant plus vrai avec un public précarisé : les personnes ont souvent été abîmées par le système scolaire, ne maîtrisent pas forcément la langue française…

Quand vous travaillez sur des thèmes tels que l’humidité ou l’isolation des logements, s’en rendre compte et le comprendre est une chose, mais on perçoit aussi les limites d’action pour les participants. Comment agissez-vous alors ?

SdT : En parallèle du projet collectif, un budget entre 200 et 500€ par ménage est prévu pour mettre en place des aménagements dans le logement, dans l’objectif d’améliorer leur confort de vie et améliorer la performance énergétique du logement. Celui-ci est libéré si les personnes souhaitent avoir une visite du logement par le partenaire ou une structure extérieure. Les aménagements ou les équipements sont pensés pour être transposables à un autre logement : installer de bonnes tentures, mettre en place un bon éclairage ou des réflecteurs de lumière, isoler certaines parois ou des pas-de-porte avec des boudins…

Il est évident que bien souvent, on vient poser des bouts de sparadrap, même s’ils apportent une petite plus-value au bien-être de la personne et au logement. Si l’unique objectif du projet était d’améliorer la performance énergétique des logements, ça n’aurait presque pas de sens de procéder ainsi. Ces logements sont souvent de vraies passoires énergétiques.

On travaille en fait sur l’humain, celui qui vit dans le logement. L’énergie est presque devenue un prétexte pour rassembler les gens, créer du lien social, de la solidarité, leurs redonner confiance en eux, les rendre maîtres de leur vie afin qu’ils posent des actes qui auront un effet important dans leurs vies et dans leurs droits. Je n’ai pas le sentiment qu’on réduise la précarité énergétique, souvent liée à l’aspect financier, mais on leur permet de ne pas s’enliser dans des problèmes, d’être « maitre à bord » de leur vie et de pouvoir gérer de manière plus optimale leur logement.

Avez-vous observé d’autres impacts, auprès des partenaires, des propriétaires ?

SdT : Parfois, de belles situations se produisent : les propriétaires sont rassurés de voir que leurs locataires ne s’en fichent pas, qu’ils essayent de faire de leur mieux… une relation de confiance émerge et peut mener à des aménagements plus importants du logement. Quand un groupe est constitué au départ d’une même société de logement, des rencontres peuvent s’organiser avec les gestionnaires, la dynamique d’influence, de lien, se trouve ainsi modifiée par rapport à une situation de confrontation face-à-face. Les témoignages des personnes sont considérés comme plus légitimes du fait qu’elles sont inscrites dans ce projet, encadrées par des professionnels. On se dit d’un côté que c’est regrettable de devoir en arriver là, mais nous nous réjouissons aussi des impacts positifs que cela a engendré.

Parfois aussi, les locataires décident de déménager. Ils réalisent que l’état de leur logement est inacceptable. Les participants sortent renforcés du projet, ils sont alors plus à même d’aller chercher des solutions.

Mais le projet sensibilise également nos partenaires de l’aide sociale, le regard qu’ils portent peut être bousculé et ils appréhendent différemment la complexe réalité des gens et la façon d’exercer leur métier.

Et auprès des décideurs politiques ?

SdT : En 2017, nous avons mené un projet d’information et de sensibilisation à destination des politiques, avec le Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté, le Réseau Wallon de l’Accès durable à l’Energie et les équipes populaires. Des témoins du vécu sont allés à leur rencontre pour témoigner et tenter de réduire le fossé entre eux et les décideurs, afin qu’ils puissent mieux appréhender la situation de vie des personnes. Ce fut très riche. A l’avenir, on continuera d’appuyer les acteurs qui mènent ce genre d’initiatives.

Que ce soit envers les politiques, les partenaires, le grand public… il y a un énorme travail de déconstruction des préjugés à faire. Les personnes en situation de précarité font extrêmement attention à leurs consommations, elles y sont bien obligées ! Ainsi, elles développent des systèmes hyper ingénieux pour réduire leurs consommations, « les personnes en situation de précarité »] elles n’ont en fait pratiquement aucun impact environnemental avec leur façon de vivre. Ce sont donc elles qui devraient délivrer un message fort, auprès du grand public, des décideurs, de toutes celles et ceux qui veulent être dans la transition et agir face à l’urgence climatique. Ca nous placerait tous dans une situation d’humilité salutaire!

Rendez-vous sur le site dédié au projet : www.precarite-environnement.bePour plus d’infos sur Empreintes asbl : www.empreintes.be

Image Quelques ressources pour aller plus loin :

  • Fabrique Territoires Santé (2019) Précarité et santé-environnement: Lutter localement contre les inégalités environnementales de santé (Dossier ressources et Inspiration actions). Paris: Fabrique Territoires Santé, 85p.: disponible en ligne sur www.frabrique-territoires-sante.org
  • Fourmeaux, A. (2019) Logement et Santé: des droits indissociables. Les Echos du Logement, n°125, 72p.: disponible en ligne sur www.lampspw.wallonie.be
  • Dubois, F. (2019) Bien se loger, mettre sa santé à l’abri. Santé conjuguée, n°47, 48p.: disponible sur www.maisonmedicale.org
  • Domergue, M., Taoussi, L. (2016) Le mal-logement, déterminant sous-estimé de la santé. Santé en action, n°437, pp. 18-21: disponible en ligne sur www.santepubliquefrance.fr

Alimentation durable : vers une alimentation de qualité pour tous/avec tous ?

Le 30 Déc 20

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Par Stéphanie Devlésaver, CBCS asbl, mai 2019, initialement publié à cette adresse.

Pourquoi faire le lien entre alimentation durable et aide alimentaire ? Pour la Fédération des Services Sociaux (FDSS), le rapprochement de ces deux univers offre une nouvelle manière de penser le droit à l’alimentation. Et interroge les enjeux de la participation – des usagers, des chercheurs, des travailleurs sociaux – à la co-construction d’un accès à une alimentation de qualité pour tous.

Visiter le site Solidarité en primeur(s) : « vers de nouveaux rapprochements entre le secteur de l’aide alimentaire et les systèmes d’alimentation durable à Bruxelles ».

Alimentation durable : vers une alimentation de qualité pour tous/avec tous ?

Focus sur les exclus du système alimentaire

Tout a débuté par un appel Innoviris, Institut bruxellois pour la recherche et l’innovation, sur le ‘développement d’un système d’alimentation durable à l’échelle de la Région bruxelloise‘. « Avec une telle question de départ, ce n’était pas du tout une évidence de s’embarquer dans l’aventure », se souvient Alexia Serré, sociologue à la cellule « recherch’action » de la FdSS : quel sens, pour une organisation qui s’intéresse aux problématiques d’aide alimentaire, de s’intéresser au développement de projets en alimentation durable ? … Au final, l’équipe décide de se lancer. Mais avec le souci d’inclure les publics plus éloignés du droit à l’alimentation dans la réflexion. « Dans l’appel, on nous demandait la plus-value de notre projet et nous avons stipulé qu’elle était avant tout sociale. Nous avons assumé la dimension ‘lutte contre la précarité’ comme priorité de notre recherche ! ».

De là, est né le projet de recherche-action participative Solenprim, abréviation de Solidarité en primeur(s) : « vers de nouveaux rapprochements entre le secteur de l’aide alimentaire et les systèmes d’alimentation durable à Bruxelles ». Mené suivant un principe de « co-création » [1], il rassemble différents partenaires dont la FdSS, le Centre Social Protestant (CSP), La Porte Verte/ Snijboontje, l’épicerie sociale du CPAS d’Ixelles, l’épicerie sociale du CPAS de Berchem Sainte-Agathe.

Le projet Solenprim s’est élaboré autour de divers objectifs : créer, développer et évaluer des dispositifs qui permettraient aux publics les plus précaires d’accéder durablement à une alimentation de qualité, saine, diversifiée. Eviter, de cette manière, que l’approvisionnement des colis d’aide alimentaire ne reste majoritairement dépendant du système agroindustriel dominant. [2] Etre connectés à des systèmes alimentaires alternatifs qui promeuvent de nouvelles formes de solidarités, de coopérations et d’échanges. Il s’agissait aussi d’élaborer des dispositifs qui permettent aux organismes d’aide alimentaire de s’associer davantage à cette transition vers des systèmes d’alimentation durable.

Concrètement, divers projets sont nés de cette recherche. Un exemple, au CPAS de Berchem Sainte-Agathe, l’idée de créer un Service d’Echange Local (SEL) s’est peu à peu transformée en projet de « prêterie » d’ustensiles de cuisine, de jardinage et de petit bricolage. Avec la possibilité de diversifier les activités organisées autour du local de prêt : séances d’informations, repas de type « auberge espagnole », formations, … « Avec ce projet, nous sommes à mille lieux de la mise en place de paniers de fruits et légumes avec un producteur local », fait remarquer la FdSS, « parce que, contrairement à ce qu’on pourrait croire, disposer de fruits et légumes dans les colis alimentaires n’est pas toujours un enjeu prioritaire pour les personnes bénéficiaires de ce type d’aide. Ce qui ne veut pas dire qu’elles n’en mangent pas, mais elles arrivent à se les procurer par d’autres canaux ».

Si, de l’extérieur, ce type de résultat pourrait paraître peu ambitieux, pour Catherine Rousseau, chargée de projets à la Concertation Aide Alimentaire, « mieux vaut des projets plus modestes, mais que les participants portent réellement ». Au final, l’ensemble des participants regroupés autour de cette recherche-action font des pas de côté par rapport à cet horizon de l’alimentation durable, la méthode de recherche, et en particulier l’approche participative privilégiée, impose « une réappropriation de la réflexion de départ ».

Les enjeux de la co-construction

Tout au long du processus, de 2016 à 2018, les lignes ont effectivement bougé, les exigences aussi, tant du côté des participants à la recherche, qu’ils soient usagers, chercheurs, travailleurs sociaux que du côté du pourvoyeur financier et commanditaire de la recherche, Innoviris.

A l’entame du projet, il y a d’abord eu un temps de compréhension mutuelle. Il a été question de rencontres, de partages et d’écoute pour ajuster les différentes visions du monde réunies autour de la table. « Nous avons par exemple pris le temps d’interroger les diverses représentations qui peuvent exister derrière les termes ‘alimentation de qualité’, ‘alimentation durable’ ou encore ‘alimentation saine’ en posant ce type de questions : ‘pour vous, bien se nourrir, qu’est-ce que cela signifie ?’, ‘quelles sont les difficultés que vous rencontrez pour y arriver ?’… », raconte Alexia Serré. Les diverses réponses ont permis de construire une définition, au plus près du vécu des personnes les plus éloignées du droit à l’alimentation. Une manière d’éviter de « plaquer » sur eux des préoccupations qui ne seraient finalement pas les leurs ! Malgré tout, ces craintes restent présentes : « à lier directement l’accès à une alimentation de qualité pour tous et alimentation durable, ne risque-t-on pas de perdre d’autres luttes ? : pourquoi ces gens sont dans la précarité ? Pourquoi ne peuvent-ils pas se nourrir correctement ? Pourquoi n’en ont-ils pas les moyens financiers ? », s’interroge notamment Brigitte Grisar, chargée de projet et formatrice à la Concertation Aide Alimentaire. Quand elle propose des animations auprès de publics très précarisés dont les préoccupations sont tellement éloignées de toutes ces questions d’alimentation durable, elle en vient à s’interroger sur le bien-fondé de la démarche : « n’induit-on pas une seconde violence en venant avec cette question de l’alimentation durable plutôt que d’être simplement à l’écoute de leurs réelles problématiques sociales, psychosociales, financières ? Ces personnes ont-elles vraiment l’esprit libre pour participer à un changement de société ? » …

Eviter de reproduire l’exclusion

Catherine Rousseau, sa collègue, ne doute pas une seule seconde des pistes que peut offrir la transition vers un système alimentaire juste et durable pour sortir de l’aide alimentaire. Mais elle n’aime pourtant pas parler d’alimentation durable « parce qu’automatiquement les gens voient le bout de la chaîne du système et en arrivent à de l’injonctif : ‘il faut manger local, durable, bio’. Pour elle, l’alimentation durable est un système alimentaire dans lequel l’ensemble de ses acteurs et de ses dynamiques se modifient dans une grande transparence, et surtout, dans une grande solidarité. L’accès pour tous à une alimentation de qualité en constituerait un principe fondateur, au moins autant que la préservation de l’environnement. Et le système alimentaire tel qu’il est aujourd’hui serait le reflet du système sociétal dominant qui produit des exclusions. « Pour moi, c’est un voeu pieu que de se dire qu’on va assurer un accès équitable pour tous avec le système tel qu’il existe. Parce que c’est celui-là même qui produit gaspillage et exclusion. On constate que ceux qui n’ont pas les moyens financiers s’orientent vers le ‘low cost’ industriel, achètent des produits nuisibles surtout pour eux-mêmes et participent au système qui les exclut ». Les personnes les plus touchées par ce système agroalimentaire en place devraient pouvoir bénéficier d’un accès à un autre système d’alimentation tout en prenant part à cette transition vers un système alimentaire durable. « S’ils en sont absents, c’est un système qui produira aussi de l’exclusion », affirme-t-elle.

A partir de ces constats, il était indispensable, pour les chercheuses, de se poser cette question : « s’inscrit-on dans un projet qui se permet de demander plus à des personnes en situation de précarité [ndlr. qu’aux autres catégories socio-économique] ? Dans quelle mesure a-t-on les mêmes exigences envers d’autres types de population ? ». C’est un peu le concept de « super-citoyen », comme le nomme Christine Mahy, secrétaire générale du Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté. Ou, en d’autres mots, la société attendrait davantage des personnes qui disposeraient de moins de ressources.« Il est également bon de se rappeler », ajoute Lotte Damhuis, « que tout dispositif qui vise à participer, aussi noble qu’il soit dans les intentions, impose des règles du jeu, avec des écueils possibles ». (cf. Julien Charles, Matthieu Berger, ou Marion Carrel). Croire que participer va de soi est tout simplement dangereux : la participation est une interaction, avec des codes, etc. Les acteurs de l’alimentation durable sont autant susceptibles que d’autres de tomber dans le piège de la « participation déguisée » : « On demande l’avis, mais on sait exactement où l’on veut aller ! ».Pour tenter d’éviter ces nombreux écueils de la participation et des espaces de prises de parole, la FdSS a privilégié des moments de non mixité des publics, au fil du processus de la recherche : des séances de diagnostic rassemblent uniquement des personnes bénéficiant des colis alimentaires, émargeant du CPAS, … Pour ensuite réunir uniquement les professionnels du social entre eux. « Ce qui permet d’avoir des espaces de construction d’un point de vue. Que les personnes se sentent légitimes, avec un accompagnement dans la mise en forme de leurs idées. Toutes ces manières de procéder ont été réajustées au fil du projet », témoignent les chercheuses.

Travail social : changeons de posture !

Au-delà de tous ces enjeux liés à la participation, une autre inquiétude se dessine : « travaille-t-on à la bonne échelle pour transformer le système agro-alimentaire dominant ? L’aide alimentaire et ses différents dispositifs – colis alimentaires, restaurants sociaux, épiceries sociales, ne participent-ils pas à consolider une super jambe de bois qui ne remet pas le système en question ? », ‘Est-ce vraiment à partir des individus qu’il faut commencer à faire bouger les choses ?’… s’interroge la FdSS.Paradoxalement, la Concertation Aide Alimentaire travaille à la fois sur cet horizon de sortie du système de l’aide alimentaire tout en collaborant, sur le terrain, avec les acteurs du secteur pour améliorer l’offre.

Le point de départ de la Concertation étant les inquiétudes nées du succès même de l’aide alimentaire, l’ambivalence est inscrite au coeur même de son travail. Mais en attendant le grand soir – la révolution ! – la FdSS se réjouit du changement de posture qu’une recherche participative comme ‘Solenprim’ peut induire auprès des partenaires associatifs : « « comme dans beaucoup de services sociaux, les personnes qui bénéficient de l’aide ont très peu d’opportunités de s’exprimer sur les services offerts, sur le fonctionnement des services ou encore sur les projets qui sont mis en place pour elles. Si on peut faire réfléchir à des méthodes de co-création, participation, consultation du public concerné à travers ce processus de recherche, c’est déjà ça de gagné ! ».

Lire plus sur le même sujet :

‘Participer/faire participer – quelle place pour les personnes bénéficiaires de l’aide alimentaire ?’ Visiter le site Solenprim pour découvrir tous les articles et outils autour des questions d’aide alimentaire et d’alimentation durable. une mine d’informations sur le sujet !

Notes[1] ‘Cocreate’ représente une réelle volonté d’avoir une légitimité d’expression de la part de l’ensemble des acteurs du projet, se baser sur des savoirs pluriels, expérientiels et scientifiques. Lire plus ici.[2] Les produits dits « secs » fournis par le Fonds Européen d’Aide aux Démunis (FEAD) constituent la source principale d’approvisionnement d’une majorité d’organismes d’aide alimentaire.

L’APES-ULiège devient ESPRIst

Le 30 Déc 20

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Depuis 1980, l’APES-ULiège intervient à l’interface entre les opérateurs, les acteurs politiques et administratifs, les acteurs de la recherche dans le champ de l’éducation pour la santé et de la promotion de la santé. Sa mission prioritaire est d’appuyer ces acteurs pour développer des méthodes d’intervention et d’évaluation scientifiquement fondées, en accord avec les principes de la promotion de la santé. Aujourd’hui, l’APES-ULiège entend mettre au service de cette mission des compétences et expertises plus larges et réaffirmer son positionnement au croisement des enjeux de la promotion de la santé. L’APES-ULiège s’associe avec le Panel Démographie familiale et le CERES, pour constituer la plate-forme interfacultaire ESPRIst.

L’APES-ULiège devient ESPRIst

ESPRIst se caractérise par des travaux et des méthodes portant sur l’Emancipation sociale, la Santé des Populations, la Réduction des Inégalités dans des sociétés en transition. ESPRIst concrétise le rapprochement de l’APES-ULiège avec deux autres services de l’Université de Liège : le CERES (Centre d’Enseignement et de Recherche pour l’Environnement et la Santé) et le Panel Démographie familiale. Depuis le 1er octobre 2018, ces trois services historiques se rassemblent en une seule entité sous une même identité : ESPRIst est une plate-forme interfacultaire, une Cellule d’Appui à l’Enseignement et à la Recherche (CARE) et à la société.

ESPRIst, aux croisements des enjeux de la promotion de la santé

Historiquement, l’APES-ULiège se fixe pour objectif d’infléchir les pratiques professionnelles et socio-politiques vers une vision globale et positive de la santé (physique, mentale, sociale), en tenant compte de l’influence des déterminants sociaux sur les individus, leur milieu de vie et leurs ressources personnelles. L’équipe promeut des méthodes et des pratiques qui stimulent l’émancipation sociale et la co-construction des savoirs.

Emancipation sociale, Santé des populations, Réduction des inégalités dans des sociétés en transition.

Ces thématiques sont au centre des préoccupations partagées par les services fondateurs de la CARE qui unissent leurs apports, à la fois spécifiques et complémentaires pour répondre à ces enjeux.

L’enjeu sociétal qui oriente les pratiques de l’équipe ESPRIst a trait à la réduction des inégalités à toutes les étapes d’un parcours de vie (naissance, enfance, vieillesse…) peu importe où elles se cristallisent. Ainsi, toutes les formes d’exclusions sont prises en compte, qu’elles soient territoriales, culturelles, de genre, socio-économiques ou autres. En découlent des thématiques prioritaires communes : la pauvreté, la vulnérabilité, les inégalités d’accès aux services, les inégalités environnementales, l’insertion professionnelle et l’insertion sociale des plus vulnérables, l’accès de tous à la santé et à la prévention…

Les activités d’ESPRIst

ESPRIst organise ses activités autour de trois axes au travers desquels l’équipe tente de répondre aux demandes formulées par les acteurs publics et associatifs du champ socio-sanitaire : l’appui à l’innovation, les études et l’évaluation, la formation et la diffusion de connaissances. On retrouve dans ces trois axes les points forts de chacun des services fondateurs mais aussi une plus-value liée aux synergies nouvellement créées par ceux-ci.

ESPRIst développe des stratégies pour animer l’interface entre chercheur.e.s, acteurs de terrain et acteurs politiques et administratifs. A l’avenir, il existe un réel souhait d’intégrer les citoyens dans ce schéma et de favoriser les relations entre les acteurs pour développer non seulement le transfert de connaissances scientifiquement fondées mais surtout le croisement des savoirs dans le domaine des inégalités. La mutualisation des apports des différents acteurs se manifeste par la production de connaissances ancrées qui répondent à la complexité du vécu et des contextes. Différents outils sont utilisés pour agir auprès de publics diversifiés : des références scientifiques, les méthodes participatives et négociées, des cadres d’analyses systémiques… Ceux-ci sont renouvelés sans cesse en les confrontant aux contraintes rencontrées par les acteurs. Ainsi, ESPRIst se donne comme mission d’accompagner l’application de ces connaissances au sein des pratiques professionnelles et des politiques publiques.

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Le service accompagne la mise en place de politiques publiques innovantes dans le champ socio-sanitaire, de manière participative et concertée à un niveau multisectoriel. Ces politiques ne visent pas directement le changement de comportements des populations, mais l’implantation de changements au sein des environnements et des milieux de vie. Les appuis réalisés vont de la construction à la mise en œuvre des politiques en passant par la gouvernance de celles-ci.

ESPRIst est une équipe spécialisée dans les stratégies de formation active. Au travers de deux programmes de formation pour demandeurs d’emploi, ECOCOM et CAPS, ESPRIst vise la réorientation professionnelle des fonctions de communication qui soutiennent la gestion durable de l’environnement (ECOCOM) et en matière de santé (CAPS). ESPRIst organise des sensibilisations ou des formations à la carte en matière de promotion de la santé et d’évaluation participative et négociée. ESPRIst collabore aussi à des programmes de formation continue pour des professionnels du champ socio-sanitaire (certificats universitaires ou formations sectorielles). Ces formations s’inscrivent dans une visée émancipatrice, les stagiaires acquièrent un regard critique sur leurs choix mais également les capacités d’agir collectivement sur les déterminants sociaux. Les participants aux formations apprennent à soutenir le développement individuel et social, mais aussi à agir sur, et au sein des dispositifs et politiques publiques.

Les chercheur.e.s réalisent des études et des enquêtes dans des domaines variés avec diverses méthodes adaptées au contexte. L’équipe cumule une expérience de l’utilisation des méthodes qualitatives avec une expertise dans l’organisation et le traitement d’enquêtes à large échelle, à distance ou au domicile des populations concernées. La santé, la pauvreté et l’exclusion, l’enfance et la famille, le non recours aux droits sociaux, les violences sexuelles, le vieillissement, sont autant d’exemples de thématiques investiguées.

Dans le champ de l’évaluation, les méthodes participatives et négociées sont devenues au fil des années le champ d’expertise privilégié de notre équipe. Intégrer l’ensemble des parties prenantes dans le processus d’évaluation, de la formulation des questionnements évaluatifs à la diffusion et l’utilisation des résultats est un critère de qualité dans lequel s’inscrivent les pratiques des chercheur.e.s.

ESPRIst, quelle plus-value ?

Ensemble, c’est une quinzaine de chercheur.e.s qui partagent le même projet : former, analyser, informer et innover, afin de favoriser l’équité d’accès aux services sociaux et de santé ainsi qu’aux initiatives citoyennes. ESPRIst met un noyau de compétences pluridisciplinaires au service de la santé et de la société, que ce soit par des études, des évaluations, des enquêtes, des formations ou encore de l’appui aux pratiques. Les disciplines d’origine et l’expertise spécifique des chercheur.e.s créent un terreau fertile pour le développement de la promotion de la santé : d’un côté, ils enrichissent la manière d’aborder la promotion de la santé ; de l’autre, ils ouvrent d’autres terrains de formation et d’études à une vision positive et globale de la santé. Ce faisant, ils renforcent le plaidoyer pour une vision de santé dans toutes les politiques. Les leviers de la promotion de la santé sont ainsi convoqués en vue de susciter un changement pour répondre aux besoins d’une société en transition.Image

ESPRIstUniversité de Liège, Bât. T1Quai Timmermans 14, 2ème étage, 4000 Liège.Tel. +32 4 366 28 97
Site Internet www.esprist.uliege.be

Vers une Forest EnSanté

Le 30 Déc 20

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L’environnement exerce une influence considérable sur la santé physique et psychique. De plus, on observe un cumul entre les inégalités environnementales et les inégalités sociales. Partant de ce constat, Forest Quartiers Santé, asbl active dans le champ de la promotion de la santé, a développé plusieurs projets pour y répondre.

Vers Une Forest Ensante

Pour agir sur les inégalités sociales de santé, Forest Quartiers Santé (FQS) organise depuis de nombreuses années une série d’actions communautaires de première ligne dans les quartiers populaires de Forest et Saint Gilles. Concrètement, FQS mène de multiples projets avec les habitants, axés sur des thématiques telles que le logement, l’alimentation saine et durable, l’exercice physique, l’emploi, l’inclusion numérique, la sécurité dans les milieux de vie, la participation citoyenne, etc.

Afin d’augmenter la pertinence et l’impact de ces actions, FQS préconise une démarche collective, intersectorielle et participative afin de favoriser l’engagement conjoint des habitants, professionnels et élus dans la définition de leurs besoins, de leurs priorités et leurs actions en vue de la co-construction de solutions concrètes. Dans cette optique, FQS agit en partenariat et en réseau avec les acteurs associatifs et institutionnels de la commune de Forest, afin d’identifier et coordonner les actions de manière optimale, et de développer des stratégies qui prennent en compte la globalité des situations. Les actions visent en priorité les habitants des quartiers les plus précarisés des communes de Forest, un public multiculturel cumulant souvent des vulnérabilités telles que faibles revenus, faible niveau de formation, non-emploi, logement dégradé, situation d’exil, isolement social, etc.

Habitat et Santé

Le premier projet, initié il y a quelques années déjà, a trait à l’habitat. La dégradation et l’insalubrité des logements relèvent d’une problématique qui a des effets dramatiques sur la santé et les inégalités sociales de santé. Le diagnostic établi sur le périmètre de Forest fait état dans certains quartiers d’une piètre qualité du bâti et de nombreux habitants vivent dans des logements exigus, vétustes, voire insalubres. On y rencontre des problèmes d’humidité, d’éclairage insuffisant, de ventilation inadéquate, d’exiguïté, d’installation électrique ou de chauffage déficients. Il était donc important de sensibiliser les citoyens à l’impact de leurs gestes quotidiens qui peuvent contribuer à dégrader, préserver ou améliorer l’état du logement et influer sur la qualité de vie. C’est sur cette base que FQS a mis en place des ateliers « logement sain » de première ligne.

Leurs objectifs étaient d’atteindre et sensibiliser le plus grand nombre de personnes possible, de développer les capacités d’agir individuelles et collectives des participants pour rendre leurs logements plus sains, ainsi que de renforcer la cohésion sociale du quartier par des activités communautaires, de sensibilisation, de médiation. Il s’agissait d’informer la population sur les ressources mises à sa disposition, sur une meilleure utilisation et une gestion plus durable du logement ainsi que de ses équipements (entretien, chauffage, aération, etc…). FQS a donc organisé des ateliers consacrés à des thématiques telles que les polluants intérieurs, les nuisibles (principalement les acariens), l’humidité, etc., ainsi que la gestion durable et écoresponsable de l’habitat.

Le projet propose entre autres des ateliers de fabrication de produits d’entretien écoresponsables, où les participants sont amenés à prendre conscience de l’impact des produits traditionnels sur leur santé et sur l’environnement.

D’autres ateliers sont consacrés aux polluants intérieurs et à l’humidité. En détecter les sources et la nature, être informé sur leurs conséquences, et expérimenter des solutions parfois toute simples, comme une aération régulière ou l’élimination de moisissures, permet souvent de limiter les nuisances.

Les ateliers abordent aussi ce qu’on appelle les « nuisibles » (organismes animaux, végétaux, bactéries…) et plus précisément les acariens, dont la présence multiplie l’occurrence d’allergies ou de troubles respiratoires, et les moyens de lutte pour les éviter.

L’accent est également mis sur le recyclage, la gestion des déchets, avec une conscientisation globale sur les questions environnementales.

Pour que l’action s’étende à un maximum de personnes et que ses effets se prolongent dans le temps, FQS a également mis en place un réseau de « citoyens-relais » qui pourront à leur tour sensibiliser leur entourage familial, leur voisinage, les associations dans lesquelles ils sont impliqués, etc.

Ateliers de cuisine « saine et durable »

Un autre axe sur lequel Forest Quartiers Santé agit est l’alimentation, tant on sait que la manière de se nourrir est un facteur de santé primordial. Le projet consiste à organiser et animer des cycles d’ateliers de cuisine saine, durable, végétarienne, et inscrits dans une optique zéro déchet. Ici, pas de cuisine gastronomique et onéreuse comme c’est souvent de mode. L’animatrice tient compte des habitudes alimentaires des participants et de leur budget ; elle propose une cuisine de qualité mais accessible.

Les ateliers permettent de sensibiliser, (in)former et autonomiser les participants sur différents aspects de l’alimentation : sensibilisation globale à l’impact de nos comportements alimentaires sur la santé et l’environnement, notions de diététique et conception de menus équilibrés, achats durables, gestion du frigo, conservation et réutilisation des aliments, compostage des déchets, etc.

Ces ateliers de « cuisine durable » permettent de réaliser des recettes originales tout en apprenant à se tourner vers le local, bio, de saison et les petits marchands plutôt que les grandes enseignes, tout en privilégiant des denrées accessibles financièrement.

L’animatrice de FQS a opté pour des recettes végétariennes (ce qui permet de réduire les coûts, d’éviter les difficultés liées aux différents prescrits culturels et religieux, et de minimiser l’impact négatif sur la santé et l’environnement). Le projet vise aussi à faire connaître les ressources disponibles et alternatives sur les territoires visés (marchés, coopératives et magasins d’alimentation bio, potagers et composts collectifs, Jardin Essentiel à Forest…).

De manière générale, il s’agit aussi de prendre conscience des enjeux de l’alimentation au niveau mondial et local, tant du point de vue de la santé que de celui de l’environnement, et d’adopter de nouveaux comportements.

Le projet entend sensibiliser les participants à l’amélioration de l’environnement à différents égards : utilisation de produits de proximité, de circuit court, afin de réduire les impacts énergétiques, de produits issus de culture biologique, optique ‘zéro déchet’, utilisation de matériel de cuisine et de contenants ‘zéro plastique’, produits d’entretien écologiques…

Évoluer dans un environnement plus favorable à sa santé

En milieu urbain, il n’est pas toujours évident de garder un contact avec la nature.

Et pourtant, l’impact que la nature a sur la santé n’est plus à démontrer: baisse des troubles respiratoires, de la pression artérielle et du stress, action sur la dépression ou encore amélioration de l’immunité sont quelques-uns de ses bienfaits. Reconnecter les habitants avec l’écosystème urbain et périurbain est donc particulièrement important.

C’est pour cette raison que FQS a lancé en 2019 un nouveau programme d’action axé sur des activités en lien avec la sauvegarde de l’environnement et l’utilisation durable et rationnelle des ressources de la nature.

Ainsi, FQS organise, principalement avec des publics d’enfants d’associations partenaires sur Forest (Le Cairn, le Partenariat Marconi), des « balades nature » dont les objectifs sont de sensibiliser les enfants à l’environnement et la biodiversité, de les connecter avec la nature, tout en privilégiant des activités de plein air. Forest et ses alentours possèdent de nombreux espaces verts très peu connus et fréquentés par les habitants, particulièrement des milieux défavorisés. Balade botanique par les étangs de Pede, à Anderlecht, avec un guide nature, visites du rucher du Parc Brel ou du jardin d’abeilles du Bois du Laerbeek (en tenue d’apiculteur!), où les enfants ont également savouré des fruits et des légumes de saison cultivés dans le verger, promenades et activités en forêt de Soignes ou au Parc Bempt pour découvrir les différents écosystèmes, sont quelques-unes des activités qui ont déjà été proposées. Ces balades sont complétées par des activités en intérieur, axées sur l’alimentation saine telles que la confection d’une pyramide alimentaire, avec des reconnaissances de fruits et légumes à l’aveugle ainsi que la dégustation de produits biologiques et de saison.

Ces activités ludiques et participatives ont rencontré un grand succès auprès de ces petits citadins qui découvraient souvent pour la première fois des lieux et des ressources pourtant accessibles.

Les jardins santé

Enfin, cette année, FQS est en passe de concrétiser dans un nouveau projet en partenariat avec l’ULB : « Jardins Santé à Bruxelles ». Ce projet, rassemblant diverses associations, entend développer de véritables lieux d’expérience en Région bruxelloise, à travers un réseau de jardins collectifs en milieu urbain, qui joueront le rôle de laboratoires vivants (« living labs ») où les habitants pourront cultiver et mieux connaitre des plantes médicinales, aromatiques, et « alicaments », aidés et conseillés par des professionnels.

La Région bruxelloise recèle un grand nombre de jardins urbains et d’espaces verts. La biodiversité végétale sauvage et cultivée qu’ils hébergent représente des outils et ressources insuffisamment exploités. Considérée depuis le règne de Léopold II comme la « commune des parcs », Forest est un lieu privilégié pour un projet de co-création comme celui des « Jardins Santé à Bruxelles ». En collaboration très étroite avec le service du Développement durable de la Commune de Forest, qui a donné son soutien logistique et matériel, ont été identifiés plusieurs jardins potagers et espaces verts qui seraient susceptibles d’héberger des petits/moyens « living labs ». Plutôt que de se concentrer en un seul lieu, plusieurs petites parcelles seront exploitées, ce qui permettra d’atteindre différents publics, en créant un véritable réseau de jardins santé, chacun avec ses propres caractéristiques.Un projet riche qui, à travers l’environnement, a pour enjeu de développer l’autonomie des personnes dans la prise en charge de leur santé.

Pour en savoir plus : Forest Quartiers Santé : www.f-q-s.be

Image Quelques ressources pour aller plus loin:

  • Paquin, S., Laurin, M. (2016) Guide sur les environnements favorables aux saines habitudes de vie dans les municipalités. Montréal : Direction régionale de santé publique du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’île-de-Montréal, Comité québécois de formationsur les saines habitudes de vie et Québec en Forme. 147p.: disponible en ligne sur le site du reso www.uclouvain.be/reso
  • Heritage, Z., Roué-Le Gall, A. César, C. (2015) Urbanisme et aménagements favorables à la santé. Santé en action, n° 434, 56p.: disponible en ligne sur www.santepubliquefrance.fr
  • Beaudoin, M., Levasseur, M-E. (2017) Verdir les villes pour la santé de la population. Québec: Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), 111p.: disponible en ligne sur www.inspq.qc.ca
  • Delamaire, C., Ducrot, P. (2018) Environnements favorables à une alimentation saine: une réponse aux inégalités sociales de santé?. Santé en action, n°444, 52p. : disponible sur www.santepubliquefrance.fr

INHERIT: travailler ensemble pour créer un avenir durable dont tous pourront hériter

Le 30 Déc 20

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Caroline Costongs, directrice d’EuroHealthNet (partenariat européen pour l’équité et le bien-être dans le domaine de la santé), préconise d’associer l’amélioration de la santé et la réduction des inégalités avec les initiatives en matière de climat, dans le cadre d’une approche amenant un «triple gain». Elle s’appuie sur les résultats de l’initiative INHERIT financée par l’UE, qui a tenu sa conférence finale le 10 décembre 2019.

Pourquoi lier l’environnement, l’équité et la santé?

Les crises climatiques et écologiques constituent une grave menace pour la santé publique. Il est urgent de s’y attaquer et d’exiger des changements de la part des gouvernements, des entreprises, des communautés et des particuliers. Le secteur de la santé a lui aussi un rôle essentiel à jouer, non seulement en rendant les systèmes de santé plus respectueux de l’environnement, mais aussi en saisissant cette occasion de travailler ensemble pour permettre et encourager un changement de comportement sain et durable. 

Nous devons également reconnaître que les personnes socialement désavantagées seront celles qui seront le plus durement touchées par le changement climatique, et celles qui profiteront le moins des mesures prises pour y remédier. Durant quatre ans, l’initiative INHERIT a analysé les liens entre la santé, l’environnement et l’équité. Elle appelle aujourd’hui à une approche intégrée amenant un «triple gain» pour relever les défis environnementaux et sociaux qui sont interconnectés: réduire les incidences sur l’environnement, améliorer la santé et renforcer l’équité en matière de santé.

Comment ces changements peuvent-ils être véritablement mis en œuvre?

Les choses ne changeront qu’avec la participation de tous. Nous devons encourager les communautés à agir, par exemple en leur fournissant des financements d’amorçage et un soutien politique. 

Prenons l’exemple du Food Garden à Rotterdam, un jardin collectif qui fournit des aliments biologiques à des familles à faibles revenus. Composée de bénévoles, l’équipe utilise un modèle d’activité hybride (financé par des sources privées, collectives et publiques). Le projet joue un rôle positif à bien des égards: il offre une formation professionnelle à des personnes sans emploi et les aide à réintégrer le marché du travail, il produit des denrées alimentaires saines et durables et il reverdit une zone urbaine. Ce type d’initiatives de terrain sont vitales pour favoriser le changement. Elles devraient être encouragées et soutenues de toute urgence et très largement, depuis le niveau local jusqu’à celui de l’UE.

Le Food Garden n’est qu’une des nombreuses initiatives étudiées par le projet INHERIT. Ce dernier a analysé en profondeur 15 études de cas dans 12 pays, associant trois domaines: mode de vie sain et durable (espaces verts, efficacité énergétique), mobilité (modes de transport actifs) et consommation (production et consommation de denrées alimentaires). Les enseignements que nous en avons tirés peuvent aider les responsables politiques à adopter une approche intégrée, à lier les budgets et à harmoniser la législation afin de passer à l’action.

Peut-on agir à un niveau individuel?

Absolument! Chaque action compte. Les choix individuels peuvent nous aider à réussir la transition vers des sociétés plus durables. Mais il ne faut surtout pas blâmer les gens pour leur comportement actuel. Nous savons tous qu’il est difficile de changer: c’est une question de motivation, de capacité et de possibilité. Prendre la décision de changer ses habitudes peut être plus difficile pour les personnes défavorisées ou vulnérables, qui sont souvent «enfermées» dans leurs conditions de vie. Les responsables politiques peuvent agir, en créant des environnements physiques et sociaux qui aident les gens à adopter des changements positifs.  Nous devons également rendre attrayants et abordables l’alimentation saine et durable, les espaces verts et les modes de transport actifs. 

Des dirigeants locaux, nationaux et européens des chercheurs et des économistes de premier plan ont discuté de ces sujets lors de la conférence finale d’INHERIT. Il est temps à présent de passer des paroles à une action urgente, afin de créer un monde durable, dont les générations futures pourront hériter.

 

Lien vers le site du projet : https://inherit.eu/
Source : Bulletin d’information Santé-UE n° 246 – Pleins feux : https://ec.europa.eu/health/eunewsletter/246/newsletter_fr

Les Séminaires Evaluation du SCPS APES – Bilan 2019

Le 30 Déc 20

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L’évaluation de projets, de programmes ou encore de politiques est une préoccupation récurrente, que ce soit à la demande de commanditaires ou par volonté des acteurs d’améliorer leurs pratiques. En 2019, quatre séminaires sur l’évaluation en promotion de la santé ont eu lieu sur le territoire wallon. Ces rencontres avaient pour but de susciter les échanges et les réflexions sur les questions d’évaluation. Plus particulièrement, au travers d’apports théoriques et de présentations de cas concrets, il s’agissait de permettre aux participants d’appréhender les contours d’une évaluation, d’échanger des questionnements ou des expériences, de découvrir des repères pratiques pour des évaluations réalistes et efficaces. Au vu de l’expertise de l’APES-ULiège en évaluation participative et négociée, c’est cette démarche qui a été privilégiée pour traiter les différentes questions abordées en séance.

Les Séminaires Evaluation du SCPS APES – Bilan 2019

Le premier séminaire avait pour but de mettre sur pied le programme pour l’ensemble du cycle. La technique du world café a été utilisée pour faire émerger les questionnements et représentations des participants au sujet de l’évaluation. De plus, un questionnaire de satisfaction, distribué en fin de séance, a permis de cerner leurs préférences méthodologiques et thématiques. Celles-ci ont été prises en compte pour affiner le programme de l’année. Ce premier séminaire a fait l’objet d’une synthèse disponible sur le site internet de ESPRIst-ULiège.

Lors du second séminaire, deux intervenants ont présenté l’implication des parties prenantes dans une évaluation selon deux positionnements différents. La LUSS a présenté le processus d’évaluation mis en œuvre au sein de l’ASBL et Le centre de cure et de postcure Les Hautes Fagnes a témoigné du positionnement de l’évaluation interne au sein d’un centre thérapeutique.

Le 3e séminaire avait pour objet la construction d’indicateurs. Cette question méthodologique fréquente a été abordée sous l’angle des démarches participatives et inductives. Après un bref rappel théorique, deux cas d’évaluation menés antérieurement par l’APES-ULiège ont été présentés. Plus particulièrement, l’évaluation d’un programme transfrontalier de promotion de la santé mentale (PPSM) et l’évaluation du dispositif des cellules bien-être (CBE). En petits groupes, les participants ont pu manipuler la grille d’évaluation des actions de promotion de la santé mentale et ensuite, le questionnaire d’évaluation des CBE. Ce séminaire avait pour but de stimuler les réflexions sur différentes démarches de construction des indicateurs. Les participants se sont montrés désireux d’assister à une séance d’exercices pratiques sur la construction d’indicateurs.

Le 4e séminaire était organisé en collaboration avec le CLPS du Brabant wallon. Ainsi, le CLPS et l’APES-ULiège ont lié leurs expertises et leurs expériences en évaluation et en intelligence collective. Différentes techniques d’intelligence collective ont été mises en œuvre pour approcher les questionnements des participants au sujet de l’évaluation.

2019, quelques éléments de bilan

Les séminaires ont donné lieu à des productions diverses. Le présent document de bilan reprend les éléments d’évaluation collectés lors des séances, à savoir les réponses aux questionnaires de satisfaction et les débriefings à chaud. Les données collectées lors des exercices et des clôtures de séance ont également été intégrées.

Les acteurs ont répondu présents

Les séminaires 2019 ont mobilisé 85 personnes, issues de secteurs variés, et actives en promotion de la santé à différents niveaux institutionnels. Au total, 56 organismes ont été représentés. Des acteurs de terrains étaient présents ainsi que des membres de plusieurs administrations. La variété des secteurs présents a amené une diversité dans les échanges autour des questionnements communs au sujet de l’évaluation. Cette richesse est également liée à la variété des territoires d’action et des publics-cibles. Quelques secteurs représentés : santé communautaire, promotion de la santé à l’école, santé mentale, sports, soins, prostitution, participation citoyenne, milieu carcéral, handicap, aide à la jeunesse, enseignement…Pour permettre à chacun de participer, les séminaires se sont tenus à différents lieux sur le territoire wallon. De même, les jours et les heures de déroulement des séances étaient variés. Cette diversité caractérisera également le programme de 2020.

Par ailleurs, il apparait une certaine récurrence dans la participation des acteurs, ainsi, trois personnes ont été particulièrement assidues, elles ont participé à l’ensemble du cycle 2019. Dix personnes ont participé à deux séances et dix autres à trois séances. Enfin, 62 personnes ont assisté à un des quatre séminaires.

Une formule qui suscite l’intérêt

Chaque séminaire fut l’occasion de préciser les questionnements et les attentes des participants. Le principe de base de ces séminaires est resté identique à toutes les séances : combiner des présentations de cas concrets d’évaluation avec des pistes méthodologiques et des cadrages théoriques. Ces séances se veulent participatives et indépendantes les unes des autres pour permettre au plus grand nombre d’y assister selon ses intérêts et ses disponibilités.Toutefois la formule comporte des limites, combiner des présentations de cas et de notions théoriques avec des exercices pratiques est un réel challenge sur une demi-journée. Le timing serré constitue une difficulté dans l’appropriation des cas exposés et la réalisation des exercices.

En 2020, pour répondre à cette attente, ESPRIst-ULiège consacrera certains séminaires à des questions plus précises, ils seront davantage axés sur des questions théoriques et sur la mise en pratique au travers d’exercices. De plus, le format des séminaires variera entre journée complète et demi-journée.

Les apports de séminaires selon les participants

La majorité des participants témoignent des apports des séminaires, certains éléments pourront être transposés dans leur pratique, qu’ils soient théoriques, pratiques, ou méthodologiques.

Certains participants utiliseront les apports des séminaires dans leur pratique professionnelle, au niveau personnel. Par exemple, poursuivre sa réflexion personnelle sur l’implication des parties prenantes dans l’évaluation, renforcer son positionnement lors de ses évaluations, approfondir ses connaissances théoriques, impliquer les opérateurs dans les évaluations, réfléchir à l’évaluation dès le début, mener à bien des évaluations…D’autres y voient une utilisation en interne, au sein de leur équipe. Par exemple, réorganiser un comité de pilotage existant, évaluer leurs projets plutôt que leurs actions, poursuivre la réflexion en équipe, mettre en place un système d’évaluation participative au sein de l’ASBL, préparer une évaluation avec des membres du personnel ayant différentes fonctions…Les participants étaient satisfaits d’avoir assisté à la présentation de cas d’évaluation pratiques. Ils témoignent de l’importance du concret pour pouvoir transposer des éléments de réflexion dans la pratique. Lier et confronter théorie et pratique lors des séminaires semble être apprécié de tous. Les exercices ont permis à certains de mesurer l’ampleur d’un travail d’évaluation et du temps qu’il nécessite.

Les séminaires ont amené des éclaircissements ou des pistes de réflexion sur l’évaluation participative. Effectivement, la notion d’évaluation participative n’était pas connue de tous, « les témoignages des participants et intervenants ont offert une vision pragmatique du processus évaluatif ». Certains y ont vu un « éclaircissement quant aux enjeux concrets de l’évaluation des services par rapport à la tension entre une démarche d’amélioration interne et le regard des autorités mandantes et contrôlantes sur le sujet ». D’autres se questionnent sur la façon de mener une évaluation participative sans l’associer au contrôle. Les participants ont découvert des méthodes et des outils pour impliquer les bénéficiaires, les participants, les parties prenantes dans le processus d’évaluation. Le but étant in fine d’inclure mieux les parties prenantes dans l’évaluation et de rencontrer leurs attentes respectives.

Les contenus des séminaires

Un aperçu transversal des contenus abordés en 2019

Les séminaires 2019 ont été l’occasion d’appréhender la participation des parties prenantes sous divers angles. Ainsi, la démarche d’évaluation participative et négociée présentée par la L.U.S.S. a montré de façon exhaustive les différentes étapes du processus évaluatif auxquelles les parties prenantes ont été impliquées.

La définition des questionnements évaluatifs avec les parties prenantes a été illustrée via le processus d’évaluation au sein de la L.U.S.S. et au travers des méthodes d’intelligence collective. Les questions d’enjeux de pouvoir et de légitimité dans une démarche d’évaluation peuvent trouver une réponse dans la définition d’un cadre de confiance avec l’ensemble des personnes concernées. De plus, le positionnement en tant qu’évaluateur interne illustré par le Centre des Hautes Fagnes montre la nécessité de rappeler ce cadre et le positionnement de l’évaluateur en lien avec sa mission.

L’ensemble des séminaires a pu mettre en lumière la diversité des parties prenantes qui peuvent être associées au processus évaluatif ; commanditaires, usagers, experts, évaluateurs… Les cas présentés ont montré le rôle primordial d’une instance d’évaluation constituée des acteurs concernés par l’évaluation dans la réalisation et le suivi du processus évaluatif.

Rassembler les parties prenantes autour de l’évaluation, insuffler une culture d’évaluation est un processus long qui demande du temps. Comme l’expliquait H. Henrard, le temps de l’évaluation n’est pas concomitant au temps de l’action. Les méthodes d’intelligence collective peuvent être utilisées pour créer une dynamique autour de l’évaluation.

Objectiver des données qualitatives peut sembler complexe, la grille d’évaluation PPSM donne un exemple de démarche de construction d’un outil permettant de définir des critères et des indicateurs au plus près du terrain. Pour valider les outils utilisés, comme pour valider d’autres étapes de l’évaluation comme les questions évaluatives, les méthodes de collecte, le rapport d’évaluation, etc., différentes techniques d’intelligence collective peuvent être soutenantes : consentement, consensus …L’évaluation du dispositif Cellules Bien-être a illustré les avantages d’un processus d’évaluation participatif, en privilégiant les moments de clarification et de construction commune de l’évaluation. De plus, avec la technique des récits, la collecte des données selon une trame commune se fait au rythme des acteurs qui évoluent dans des contextes variés. Ainsi, l’évaluation rend compte des expériences des acteurs constituant un matériau ancré dans le terrain.

Les quelques cas mobilisés durant les séminaires étaient caractérisés par l’utilisation de différentes méthodes et outils de collecte de données. Cela montre l’utilité de combiner ces méthodes et/ou outils en fonction du terrain et du type d’information recherché.

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Les questions à approfondir

Certains participants sont en demande de contenus plus précis soulevés par un processus d’évaluation : exemples de questions évaluatives, de données collectées, de rapport d’évaluation, de réflexions, d’outils, etc. Le rapport d’évaluation pose question : Comment est-il construit ? Quel est son statut ? Qui y a accès ? Quel lien avec un processus politique ? Certains projets restent en partie confidentiels, ce qui ne permet pas une diffusion complète des matériaux.

Au-delà de l’évaluation, les participants marquent leur intérêt quant à l’utilisation des résultats et les changements auxquels cela a abouti.

La position de l’évaluateur et sa légitimé au sein des organismes évalués questionnent les participants, qu’il s’agisse d’un évaluateur interne ou externe. Avec quel type d’outils peut-on établir une relation avec les évalués ? Comment insuffler une démarche d’évaluation dans une pratique professionnelle qui n’en a pas la culture ? Comment rendre ça intéressant, attirant et motivant ? Quels sont les enjeux de pouvoir dans l’intégration de tous dans un processus d’évaluation ?Les frontières et les objets de l’évaluation sont multiples, les acteurs sont face à une diversité de projets à évaluer, allant de la satisfaction des participants à un évènement à l’évaluation d’un programme de longue durée. De plus, le temps qui est consacré à l’évaluation peut être restreint ou imposé, ce qui laisse à penser que les démarches d’évaluation participative ne seraient pas applicables dans ces cas.

Pour certains projets, les acteurs doivent fournir des évaluations à des autorités subsidiantes. La validité et la pertinence d’une évaluation participative et négociée dans ce cadre reste une interrogation.

Suite au séminaire du 10 décembre, quelques questions ont émergé quant aux différences entre les techniques d’intelligence collective et les méthodes participatives et leur utilisation en tant que méthode dans le cadre d’une évaluation. Quelle est l’influence potentielle d’une méthode sur la construction d’un projet et son processus ? L’intelligence collective comme méthode se place-t-elle systématiquement dans un cadre qui comprend des objectifs décrits et des items d’évaluation ?

En route pour 2020

En 2020, l’APES-ULiège proposera un nouveau cycle de cinq séminaires. Cette séquence sera construite sur base des questionnements évolutifs des participants, avec des partenaires et des acteurs souhaitant proposer des cas concrets d’évaluation. Au menu, une première journée de rencontre permettra aux participants d’approfondir des dimensions illustrées en 2019. Pour les autres séminaires, différents contextes et méthodes en lien avec la promotion de la santé seront travaillés en regard de l’évaluation participative et négociée. Une séance portera plus particulièrement sur la découverte d’outils d’analyse de projets ou d’actions en regard d’enjeux sociétaux et bénéficiera de l’expérience d’utilisation de personnes ressources. Les thèmes-clés en projet pour cette année 2020 : les démarches communautaires, les questions de genre, les inégalités sociales de santé, la promotion de la santé à l’école, les assuétudes, la santé des jeunes…

Stop Blues : prévenir le mal-être dès les premières notes

Le 30 Déc 20

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StopBlues est un site internet doublé d’une application mobile conçus par des chercheurs en santé publique dans le but de prévenir le mal-être psychologique. Depuis mars 2018 et jusqu’à fin 2019, une quarantaine de villes françaises participent à un projet de recherche interventionnelle visant à évaluer la pertinence de cet outil et son potentiel à améliorer la santé mentale des habitants. Explications…

Stop Blues : prévenir le mal-être dès les premières notes

Au premier abord, le site internet www.stopblues.fr ainsi que l’application éponyme pour smartphonesNote bas de pageet tablettes, lancés courant 2018, ressemblent à des outils web tout ce qu’il y a de plus classiques, bavards en conseils santé dont on se demande pourquoi on les suivrait, eux et pas d’autres. De fait, on y trouve, classés par rubriques, quantité d’articles et de vidéos dressant le portrait de ce que les uns appellent le blues, et d’autres la déprime ou la baisse de morale. Définition, signes évocateurs, causes possibles, idées reçues… Des spécialistes, chercheurs ou soignants triés sur le volet, se relaient au fil des clics pour qualifier cet état de souffrance psychique dans lequel nous sommes toutes et tous susceptibles de tomber un jour.

A y regarder plus attentivement, on découvre que ces contenus ont la caution du principal organisme de recherche en santé français, l’Inserm. L’attention monte alors d’un cran. Et puis on tombe sur une palette de solutions et de propositions pour agir quand son moral flanche, s’apaiser, se faire aider par un médecin, un psychologue ou une association près de chez soi.

StopBlues propose également, moyennant la création (gratuite) d’un compte, des outils d’évaluation et de suivi de son état psychologique sous la forme de quizz, pouvant déboucher sur un plan de soutien élaboré à partir des résultats et en puisant parmi les solutions référencées. Alors, on se dit que ces pages méritent vraiment qu’on s’y arrêtent car elles forment bien plus qu’un simple site internet.

De fait, c’est à un outil d’e-santé que l’on a à faire. Il mise sur la puissance et l’anonymat du numérique pour faire de la prévention primaire en santé mentale, c’est-à-dire auprès de la population générale, très en amont de la dépression et du passage à l’acte suicidaire. Il faut dire qu’en France, et plus encore en Belgique, le taux de suicide est particulièrement élevé, au-dessus de la moyenne des pays européens. Selon une enquête de l’agence nationale Santé Publique France portant sur l’année 2017, environ 5% de la population adulte déclare avoir pensé au suicide au cours de l’année et plus de 7%, avoir fait une tentative de suicide au cours de sa vie. Dans ce contexte, la recherche de nouvelles actions de prévention, efficaces si possible, prend tout son sens.

Pourquoi avoir choisi le numérique ? Pour tenter de réussir là où d’autres approches et tentatives plus directes échouent trop souvent à cause du déni dont fait l’objet la souffrance psychique. « 80 à 90% des personnes qui se suicident sont allées consulter un médecin, mais pour tout autre chose… Elles n’ont pas osé se confier, observe Karine Chevreul, professeure en santé publique à l’origine de StopBlues. Ressentir un mal-être ou évoquer le suicide est encore associé à une faiblesse, alors les personnes en souffrance n’en parlent pas, jusqu’au jour décisif… »Note bas de page StopBlues s’adresse à toutes et tous. Primo, parce que n’importe lequel d’entre nous peut un jour ou l’autre connaître un épisode de mal-être. Secundo, parce que les proches -famille, amis, collègues- ont aussi un rôle à jouer (sous réserve de reconnaître les signes, de savoir quoi dire et comment accompagner). Les concepteurs de StopBlues n’ignorent pas que la culture du dénigrement concerne aussi les proches.

Des chercheurs en santé publique font le PRINTEMPS

Derrière cette singulière initiative, il y a l’ECEVE (Epidémiologie clinique et évaluation économique appliquées aux populations vulnérables), une équipe de recherche située à Paris, co-dirigée par le Pr. Chevreul et financée par des fonds publics pour mener des projets visant à améliorer la prévention et les soins des personnes vulnérables. « StopBlues (…) n’a aucun lien avec des industriels de la santé et du médicament », lit-on dès la page d’accueil du site internet. Les chercheurs ont imaginé l’outil et élaboré les contenus. Il leur a fallu constituer les bases de données destinées à alimenter la cartographie des ressources locales, (faire) développer et mettre en ligne les outils numériques, corriger les bugs… et monter tout un projet de recherche joliment baptisé PRINTEMPS (Programme de Recherche INTerventionnelle et Evaluative Mené pour la Prévention du Suicide). Celui-ci a démarré en février 2018 pour une durée annoncée de 18 mois. Son but : démontrer l’efficacité de StopBlues lorsque ce dernier est promu par les villes en impliquant ou non les médecins généralistes. Ce design d’étude ne doit rien au hasard mais s’appuie sur une analyse de la littérature scientifique relative à la prévention du suicide. L’efficacité des actions de prévention primaires médiées par des sites internet de référence et associées à une promotion bien menée a été démontrée. D’autre travaux ont mis en évidence que les villes représentent un bon niveau de granularité pour développer de telles actions de prévention et que l’implication des généralistes est essentielle.

De nombreux indicateurs

Une quarantaine de villes ou groupements de communes volontaires, en zone dense mais aussi en milieu rural, sont parties prenantes de PRINTEMPS en tant que terrains d’expérimentations. Les services municipaux et les professionnels de santé du territoire ont été mis à contribution pour élaborer une cartographie des solutions existantes au plan local.Pour les besoins de l’étude, les villes ont été réparties en trois groupes :

  • celles sans promotion particulière de StopBlues pendant les neuf premiers mois (groupe contrôle) ;
  • celles avec promotion par les villes elles-mêmes pendant 18 mois ;
  • celles avec promotion par elles-mêmes et par les médecins généralistes du territoire, là encore pendant 18 mois.

« Afin d’étudier l’efficacité de l’intervention, nous comparerons le nombre d’actes suicidaires, puis de suicides et tentatives séparément, entre les trois groupes et sur la période d’intervention, précisent les scientifiques. De plus, la validité externe de nos résultats sera évaluée en comparant cette évolution à celle de la moyenne française des villes non incluses dans l’étude. »

Seront également recensées les actions des municipalités qui s’impliquent dans l’animation du projet. L’intensité de la participation au site internet permettra quant à elle de mesurer les barrières éventuelles à son utilisation, notamment par croisement avec les données individuelles anonymes recueillies dans les espaces privés du site et de l’appli (niveau de douleur psychologique, risque suicidaire, qualité de vie liée à la santé, recours aux soins et à l’aide informelle). Enfin, des enquêtes seront effectuées auprès des médecins généralistes pour évaluer l’impact de l’action.

Sur le papier, StopBlues part avec beaucoup d’atouts pour remplir sa mission. Mais qu’en sera-t-il dans les faits ? Chaque année, ce sont près de 9000 décès par suicide qui sont enregistrés en France. Cet outil parviendra-t-il à faire baisser ce chiffre et si oui, dans quelles conditions ? Les villes avec un Conseil local de santé mentale, comme Nantes (voir interview ci-dessous)Note bas de page auront-elles un avantage sur les autres ? Les premières réponses devraient être livrées en 2020.

Interview de Patricia Saraux et Corinne Lambert

« Une opportunité de participer à la collecte de données probantes en santé mentale »

La Ville de Nantes s’est portée volontaire pour expérimenter le dispositif StopBlues sur son territoire de juin 2018 à fin 2019. Sa directrice de la santé publique, Dr Patricia Saraux, et la coordinatrice du Conseil local de santé mentale (CLSM) nantais, Corinne Lambert, nous expliquent pourquoi.

Education Santé : Pourquoi avez-vous souhaité prendre part à cette démarche ?

Patricia Saraux : En 2014, nous avons participé à l’enquête « Santé mentale en population générale : images et réalités » pilotée par le Centre collaborateur de l’OMS pour la Recherche et la Formation en Santé Mentale. Cette enquête avait pour buts de décrire les représentations des maladies mentales et d’évaluer les prévalences des différents troubles mentaux chez les Nantais/es de plus de 18 ans. Elle a mis en lumière un risque suicidaire important, notamment chez les personnes au chômage et les étudiants/es, et le fait qu’un Nantais sur deux connaîsse dans son entourage proche une personne concernée par le suicide. Par ailleurs, nous avions un intérêt pour la thématique de la e-santé. Il était donc logique que le dispositif StopBlues retienne notre attention quand il nous a été présenté, en 2017, lors d’une rencontre nationale réunissant les conseils locaux de santé mentale. Ce projet se donne le temps de l’évaluation. C’est un vrai plus car parmi toutes les applications santé qui voient le jour, on sait que beaucoup disparaissent après quelques mois. Le fait que StopBlues ait été conçu par une équipe de recherche académique et soit financé par des fonds publics plutôt que par un laboratoire pharmaceutique a joué également en conférant neutralité et légitimité au projet.

ES : En quoi consiste votre rôle ?

Corinne Lambert : Une fois sélectionnés, nous avons été mis à contribution pour élaborer une cartographie des ressources en santé mentale à l’échelle de la ville en listant les lieux de soins, les associations de soutien psychologique et celles qui proposent leur aide. Le maillage du territoire existant déjà, cela nous a permis de resserrer les liens avec les acteurs concernés et de travailler plus largement avec eux. Le design de l’étude PRINTEMPS prévoit trois modalités de promotion par les acteurs locaux. Nous faisons partie du troisième groupe, celui dans lequel le dispositif est promu à la fois par la Ville et par les médecins généralistes.

ES : Qu’avez-vous mis en place pour promouvoir StopBlues ?

CL : Nous communiquons sur StopBlues depuis juin 2018. Nous disposons de deux plaquettes, l’une à destination du grand public diffusée via les acteurs (lieux de soins publics et privés, associations, institutions…), l’autre destinée aux médecins généralistes que nous leur avons adressé par courrier en précisant que nous pouvions leur en fournir plus. Nous avons également sollicité les infirmières, les représentants des pharmaciens, la police, les bailleurs sociaux… Le message est passé dans le cycle de conférences santé que nous organisons chaque année. L’idée étant de ne pas faire plus que notre communication habituelle pour ne pas fausser l’évaluation.

ES : Y a-t-il déjà des effets visibles à l’échelle de la ville ?

CL : C’est difficile à dire à ce stade. Les médecins semblent avoir vu passer la plaquette mais ne nous en demandent pas. La presse locale a très peu parlé de StopBlues. Mais c’est l’évaluation menée par l’Inserm qui, à terme, c’est-à-dire au bout de 18 mois, dira ce qu’il en est réellement, c’est-à-dire quelle est l’efficacité du dispositif et des différentes modalités de promotion.

ES : Au-delà de son objectif premier, l’amélioration de la santé mentale, diriez-vous que vous tirez d’autres bénéfices de ce projet ?

PS : Certainement. D’abord, en étant terrain d’expérimentation, nous faisons venir la recherche jusqu’à nous qui n’avons pas les moyens d’en faire en interne, de mettre en avant nos compétences, d’écrire et de publier sur nos actions en santé publique. Là, nous sommes bel et bien impliqués dans la collecte de données probantes sur la prévention en santé mentale. Ensuite, comme nous l’avons déjà souligné, nous élargissons et consolidons notre réseau d’acteurs en santé mentale. Avec StopBlues enfin, nous entrons concrètement dans la e-santé, qui est en train de devenir incontournable dans le champ de la santé en général et de la santé publique en particulier. Nous avons ici une belle occasion d’explorer nos représentations à son égard et de travailler dessus.

Disponible pour Androïd et iPhone

Citation extraite d’une actualité de l’Inserm publiée le 19 avril 2018 sous le titre « StopBlues, un site et une appli pour prévenir le mal-être »

 

UMR 1123 Inserm/Université Paris-Diderot

Pour une évaluation systématique de la santé mentale des adolescents

Le 30 Déc 20

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Dans le cadre de son mémoireNote bas de page en santé publique, Selena Botsas a développé un outil et une réflexion sur l’évaluation de la santé mentale des adolescents dans les bilans de santé réalisés en Fédération Wallonie-Bruxelles. Elle nous livre ici les résultats de son travail, les réflexions et les pistes de suggestion qui en découlent.

Les adolescents âgés de 11 à 15 ans sont nombreux à manifester des difficultés à s’adapter aux changements liés à l’adolescence. La littérature scientifique constate ces situations de détresse psychologique. Pouvoir identifier ces jeunes en détresse semble s’inscrire dans les missions de la Promotion de la Santé à l’Ecole (PSE). Pourtant, actuellement, pour aborder la santé mentale, il semblerait que peu d’outils soient mis en place par la PSE.

Psychotherapist Working With Young Man In Office, Closeup

Pratiques actuelles en bilans de santé PSE

En 2001, l’appellation d’Inspection Médicale Scolaire (IMS) disparait pour laisser place à la PSENote bas de page. Par ce terme, on met en évidence que la santé ne se limite pas à des aspects médicaux mais qu’elle a une influence à tous les niveaux de l’existence. Prônant une approche globale de la santé, l’objectif n’est plus seulement de conserver son état de santé mais d’essayer de l’améliorer. Cependant, force est de constater qu’en matière de santé mentale, les pratiques sont hétérogènes d’un service PSE à l’autre. En effet, pour apprécier la santé psychosociale de l’adolescent, les moyens utilisés lors des bilans de santé sont :

  • la discussion informelle entre le professionnel et le jeune ;
  • l’anamnèse médicale, document complété par les parents, susceptible de contenir des informations de l’ordre du psychosocial ;
  • le questionnaire d’habitudes de vie, en relation avec la santé, que les élèves complètent à partir de la 6ème primaire. Le décret du 13 mars 2019Note bas de page ne précise pas ce que doit comprendre ce document ; dès lors, les services PSE décident de ce qu’ils y insèrent et y incluent ou non des éléments de bien-être psychosocial. De plus, tous les services PSE n’utilisent pas cet outil.

L’hétérogénéité des pratiques renvoie au fait que certains services PSE utilisent un ou plusieurs de ces moyens alors que les autres n’évaluent pas la santé psychosociale des jeunes de façon systématique. Ainsi, afin que tous les adolescents belges bénéficient de la même attention lors des bilans de santé PSE, il serait utile d’homogénéiser et de standardiser les pratiques en matière de santé mentale. Pour cette raison, l’objectif de notre recherche était la création d’un questionnaire d’autoévaluation psychosociale destiné à l’adolescent de 6ème primaire et 2ème secondaire. Ce questionnaire aurait pour but d’obtenir un aperçu général de la façon dont le jeune vit les changements liés à l’adolescence. Il n’aurait pas la prétention de diagnostiquer une pathologie psychiatrique ou une problématique psychosociale en particulier, mais il devrait pouvoir permettre au professionnel du secteur PSE d’ouvrir le dialogue avec le jeune. L’usage conjoint du questionnaire et du dialogue aurait pour aboutissement l’identification du jeune en détresse psychologique.

Le processus de création

Afin d’aboutir à un questionnaire pertinent et adapté à la population des jeunes de la Fédération Wallonie Bruxelles, différentes phases se sont succédé. Après avoir identifié les problématiques psychosociales majoritairement présentes à l’adolescence, une recherche de littérature scientifique et internationale a été entreprise sur les outils de dépistage validés et testés chez des adolescents. Au terme de cette première phase, l’outil créé comprend 8 rubriques (incluant des éléments influençant ou influencés par la santé mentale du jeune) :

  1. les caractéristiques générales ;
  2. la santé et le mode de vie ;
  3. l’école ;
  4. la perception du corps ;
  5. l’anxiété et le stress ;
  6. la famille ;
  7. les amis ;
  8. l’expression de soi (cette rubrique laisse la possibilité à l’adolescent d’exprimer librement ce qu’il souhaite en ce qui le concerne).

La phase test a permis à des adolescents de 6ème primaire et 2ème secondaire de compléter l’outil lors des bilans de santé du Centre de Santé UCL- Service PSE de Woluwé-Saint-Lambert. Cette étape consistait en une approche quantitative ; elle a permis d’obtenir des informations sur la santé mentale des adolescents et également d’avoir leur avis sur le questionnaire.

A partir des données récoltées, l’outil a fait l’objet de modifications afin d’être présenté au deuxième groupe et ainsi de le valider grâce aux professionnels du secteur PSE. Des entretiens ont été réalisés afin d’appréhender l’expérience des professionnels du terrain : un membre d’une association de parents, deux médecins scolaires travaillant au sein de l’ONE – pôle PSE, une médecin coordinatrice d’un service PSE du Hainaut, une infirmière scolaire en Service Prévention Orientation Santé (service ayant des missions PMS et PSE).

Des données sur la santé mentale des jeunes

La 1ère phase test nous a permis d’obtenir des données quantitatives sur la santé mentale des jeunes. Une donnée prouve l’utilité d’une évaluation psychosociale de ce type : 72,6% des adolescents disent apprécier que l’on s’intéresse à leur santé mentale. Cependant, 23,1% des participants remettent en cause le moment choisi pour ce faire : celui des bilans de santé PSE. Cette phase a également permis de réaliser la fréquence de certaines problématiques psychosociales et leur impact sur la santé mentale. Les figures n°1 et n°2 présentent quelques résultats quantitatifs de notre recherche : la première témoigne de situations de mal-être évident. La deuxième relate l’absence de soutien familial et/ou amical de certains jeunes.

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Dans certains cas, la partie « expression de soi » a permis à l’adolescent d’exprimer de façon très claire son mal-être; cela démontre l’utilité d’une évaluation psychosociale et la nécessité d’apporter des pistes d’aide.

« Je me sens vide. Il fait tout le temps noir. Et même si on a arrêté de me faire du mal, mes démons ne veulent pas me lâcher. Pourtant, je souris. Je déteste avoir l’air faible. Quand j’en parle, on me critique et me juge. Alors je ne peux pas en parler, je dois me taire pour toujours. » (paroles d’un jeune lors de l’utilisation du questionnaire)

L’hétérogénéité des pratiques lors du bilan de santé PSE

La partie qualitative du travail a permis de cerner l’hétérogénéité des pratiques en matière de santé mentale, lors du bilan de santé PSE. Bien que conscients des problématiques psychosociales fréquentes à l’adolescence, certains services PSE organisent encore leurs bilans de santé selon un modèle biomédical et accordent une moindre attention aux éléments psychosociaux de la santé. D’autres services PSE s’attardent à évaluer la santé mentale des adolescents à l’aide de différents moyens. La majeure partie des professionnels interrogés privilégie la discussion ; celle-ci nécessite et instaure un lien de confiance entre le professionnel et l’adolescent. Ceci conforte l’idée qu’un moment de dialogue entre l’adolescent et le professionnel doit être organisé, après avoir complété l’outil, afin d’offrir un lieu de parole au jeune. De cette manière, le professionnel peut lui apporter des réponses, le rassurer mais aussi lui proposer des pistes d’aide. Conscient de cette hétérogénéité des pratiques de santé mentale (qu’il justifie par une différence de moyens), l’ONE a pourtant montré peu d’intérêt à la standardisation de ces pratiques. Il justifie ce choix par le fait qu’il existe des outils à la disposition des services PSE (tels que le questionnaire d’habitudes de vie ou l’anamnèse) au sein desquels ils ont la liberté d’inclure des aspects psychosociaux. Enfin, parmi les arguments avancés pour justifier l’attention modérée des professionnels à l’égard de la santé mentale des adolescents, il y a les contraintes organisationnelles. En effet, lors du bilan de santé, un certain temps est accordé à chaque adolescent et, étant donné les éléments médicaux à évaluer en priorité, la santé mentale passe au second plan. L’organisation actuelle des bilans de santé ne permet pas aux professionnels de trouver le temps d’insérer un tel outil en plus de l’évaluation de la santé physique. On constate aussi que les professionnels sont frileux à l’idée d’évaluer la santé mentale par crainte de ne pouvoir apporter une aide appropriée dans le temps imparti et imposé par les bilans de santé. Cela explique pourquoi les professionnels souhaitaient raccourcir l’outil afin qu’il soit réalisable dans le temps imparti.

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Le résultat : un outil standardisé et prêt à l’emploi…

L’outil créé au terme de ce mémoire est contextualisé à la Fédération Wallonie-Bruxelles. Le questionnaire est adapté aux adolescents de notre région et tient compte des contraintes organisationnelles des services PSE de la Communauté française. Il est composé d’outils de dépistage validés qui ont démontré leur efficacité chez les adolescents. En outre, la standardisation via ce questionnaire serait un moyen d’asseoir le dépistage de la santé mentale et de lui permettre, au même titre que la santé physique, d’avoir une place réelle lors des bilans de santé PSE. Enfin, outre son objectif individuel d’identification du jeune en détresse psychique, le service PSE pourrait utiliser les données du questionnaire, de manière collective et anonyme, pour connaitre davantage la population qu’il a sous sa tutelle. De cette façon, le service PSE pourrait adapter ses projets de service aux problématiques mises en évidence. Dans le même ordre d’idées, ces données collectives pourraient être transmises aux autorités politiques pour qu’elles en tiennent compte dans leur gouvernance, notamment en milieu scolaire.

… Pour un dépistage systématique ? Une question de priorité

Les adolescents de 6ème primaire et 2ème secondaire rencontrent et expriment des difficultés psychosociales. Dans l’état actuel d’organisation des bilans de santé PSE, la santé mentale est partiellement mise de côté par rapport à la santé physique. Or, pour permettre une évaluation de la santé globale telle que la PSE le prétend dans ses objectifs, la médecine scolaire ne devrait-elle pas être repensée en accordant une vraie priorité à la santé mentale ? La standardisation des pratiques que propose ce travail à travers la création d’un questionnaire serait une avancée notoire en termes de promotion de la santé. Grâce à cet outil, on identifierait l’adolescent en mal-être et on lui apporterait une aide adaptée. Au même titre que la santé physique, la santé mentale représente une ressource de la vie quotidienne. Ainsi, mettre à disposition des adolescents des moyens pour l’améliorer, c’est leur donner davantage de ressources pour assumer leur vie présente et future…

Quelques recommandations pour aller plus loin

Pour améliorer le secteur PSE quant à sa manière d’évaluer la santé de façon globale, il serait utile que :

  • les professionnels soient mieux formés et sensibilisés en matière de santé mentale des jeunes ;
  • des ressources financières et humaines soient déployées pour permettre aux professionnels d’avoir un temps raisonnable pour l’évaluation psycho-médico-sociale de la santé des adolescents ;
  • la collaboration entre les centres PMS et les services PSE soit plus aisée.

Pour accéder au questionnaire d’auto-évaluation psychosociale : https://hdl.handle.net/2078.1/thesis:19803 Pour plus d’information, n’hésitez pas à contacter directement : Selena Botsas – selena.botsas@hotmail.be

Titre complet du mémoire : Standardisation des pratiques en matière de santé mentale lors des bilans de santé d’un service PSE de la Fédération Wallonie-Bruxelles : Création d’un questionnaire d’autoévaluation psychosociale destiné à l’adolescent de 6ème primaire et 2ème secondaire.

Cherbonnier, A. & Kinna, F. (2002). Les services de médecine scolaire. Bruxelles santé, 28, 25-30.

Moniteur Belge. (2019). Décret relatif à la promotion de la santé à l’école et dans l’enseignement supérieur hors universités. Disponible sur le site Web du Moniteur Belge : https://www.ejustice.just.fgov.be/cgi/article_body.pl?language=fr&caller=summary&pub_date=19-0417&numac=2019011882, consulté le 4 mai 2019.

Titre complet du mémoire : Standardisation des pratiques en matière de santé mentale lors des bilans de santé d’un service PSE de la Fédération Wallonie-Bruxelles : Création d’un questionnaire d’autoévaluation psychosociale destiné à l’adolescent de 6ème primaire et 2ème secondaire.

Cherbonnier, A. & Kinna, F. (2002). Les services de médecine scolaire. Bruxelles santé, 28, 25-30.

Moniteur Belge. (2019). Décret relatif à la promotion de la santé à l’école et dans l’enseignement supérieur hors universités. Disponible sur le site Web du Moniteur Belge : https://www.ejustice.just.fgov.be/cgi/article_body.pl?language=fr&caller=summary&pub_date=19-0417&numac=2019011882, consulté le 4 mai 2019.

Le Centre d’Education du Patient (Champion), centre de ressources en information et d’éducation du patient, vous annonce son catalogue de formation 2019-2020

Le 30 Déc 20

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Le Centre d’Education du Patient (Champion), centre de ressources en information et d’éducation du patient, vous annonce son catalogue de formation 2019-2020

Toutes nos formations, séminaires et matinées d’information s’y trouvent via le lien ici.

Ce ne sont pas moins de 7 formations qu’il vous propose. Des rendez-vous de qualité avec des intervenants de pointe. Différentes thématiques ont été développées : l’éducation thérapeutique du patient, l’alimentation, le BPCO, la santé sexuelle, l’épilepsie, le TDAH…

Vous souhaitez organiser une formation en éducation du patient sur une thématique bien précise ? Le Centre d’Education du Patient vous propose de co-construire ensemble votre projet grâce à ses formations « à la carte ».

Plus d’infos ici. Vous vous posez d’autres questions ? Contactez-nous au 081/35.40.40 ou par mail centre@educationdupatient.be

« Projets Partagés » : un outil de partage d’expériences en promotion de la santé

Le 30 Déc 20

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« Projets Partagés » est une base de données d’expériences logée sur le site internet du Centre Local de Promotion de la Santé du Brabant wallon (CLPS-Bw). Elle rend visibles des projets de promotion de la santé et permet à d’autres porteurs de projets de s’en inspirer. Son but est aussi de leur donner l’envie de se rencontrer, de se mettre en lien.

« Projets Partagés » : un outil de partage d’expériences en promotion de la santé

Origine de la base de données

L’initiative est née en 2009, dans le cadre de l’accompagnement de la « Plate-forme Santé Environnement » (regroupant des professionnels des secteurs de l’environnement et de la santé) par le CLPS-Bw,. Celui-ci souhaitait voir rassemblées en un lieu les expériences existantes au croisement de ces deux domaines émergents. Il est très vite apparu que cette base de données, en tant que vitrine des acteurs et de leurs projets, répondait aux besoins et attentes de l’ensemble des professionnels. Dès 2010, le CLPS-Bw a donc décidé de l’étendre à toutes les expériences de promotion de la santé menées dans le Brabant wallon, quel qu’en soit le secteur ou la thématique. Début 2011, l’outil « Projets Partagés » est disponible sur le site du CLPS-Bw. Le CLPS Luxembourg s’est rapidement joint à l’initiative, et un site spécifiquement dédié au projet (projetpartages.be) a vu le jour.

ObjectifsCette base de données s’inscrit directement dans la liste des missions du CLPS-Bw. Il s’agit, entre autre, de susciter la mise en réseau intra et intersectorielle, d’encourager la promotion de la santé à l’échelon local et d’accompagner les professionnels dans leurs projets.

« Projets Partagés » sert spécifiquement les objectifs suivants :

  • permettre aux professionnels de partager et de faire connaître leurs initiatives, projets, institutions et outils ;
  • servir de boîte à idées et de boîte à bonnes pratiques dont d’autres acteurs peuvent s’inspirer ;
  • sur base des expériences, créer du lien réseau entre les différents acteurs et institutions afin de permettre des rencontres et collaborations ;
  • garder une trace des expériences réalisées en promotion de la santé et des enseignements qui en ont été tirés ;
  • pour les CLPS, cerner l’offre de projets sur un territoire, les stratégies pertinentes, les secteurs les plus représentés et les thématiques les plus traitées.

ContenuToute expérience[1] peut s’y retrouver, dès lors qu’elle est menée par des professionnels ou bénévoles et déploie, même à tâtons, au moins une stratégie de promotion de la santé. Reprise sous le terme générique de « projet », il peut s’agir d’une activité, d’un événement, d’animations ponctuelles ou récurrentes, d’un programme de longue durée, d’une formation, d’un outil, d’une publication, d’une conférence, d’une campagne… Ce projet peut avoir été accompagné par le CLPS-Bw, mais ce n’est pas une obligation.

Concrètement, un porteur de projet – ou une personne du CLPS qui aura récolté toutes les informations nécessaires auprès du porteur de projet – remplit une « fiche expérience ». Celle-ci reprend un résumé du projet, les constats à son origine, les objectifs, démarches et actions, les ressources utilisées, les freins et facilitants, et les perspectives envisagées. Elle renvoie également à une « fiche descriptive de l’institution porteuse de l’expérience » et des éventuelles institutions partenaires ou ressources. La fiche expérience peut aussi renvoyer à des « fiches outils », détaillant l’un ou l’autre outil pédagogique utilisé dans le cadre du projet.

Lors de l’encodage d’une expérience, une série de critères doivent être sélectionnés pour permettre au navigateur d’effectuer une recherche ciblée selon:

  • le milieu de vie auquel l’action a été destinée (école, quartier, famille, crèche, maison de repos…) ;
  • le public auquel l’action a été destinée (adolescent, adulte, enfant, personne handicapée, public précarisé…) ;
  • la ou les thématique(s) abordée(s) par l’action (addictions, santé mentale, vie affective et sexuelle, société – social, alimentation…)

Ce qui en est fait

Le CLPS-Bw invite régulièrement les professionnels qu’il accompagne à utiliser l’outil. De cette manière, ils peuvent consulter les projets ayant des points communs avec les leurs afin de s’enrichir des enseignements tirés et d’emprunter un chemin déjà déblayé, voire balisé. Le CLPS-Bw les encourage également à contacter la personne à l’origine du projet pour échanger sur les difficultés rencontrées, les étapes mises en place, ressources utilisées, etc.

« Projets Partagés » peut aussi servir de support concret aux échanges lors des rencontres organisées par le CLPS-Bw. Ce fut le cas en 2018 pour « Wavre numérique », par exemple. Cette journée de réflexion (pour les professionnels) sur la thématique des nouvelles technologies s’est basée sur cinq projets et six outils réalisés par les acteurs de terrain. Ils avaient été récoltés pour l’occasion et couvraient le cyberharcèlement, le partage de données personnelles, les tags, les émotions, les rumeurs sur le net… Les participants ont reçu les fiches correspondantes afin de garder une synthèse écrite et d’avoir un aperçu des ateliers auxquels ils n’avaient pas pu assister. Cela a rendu visibles et vivantes la base de données et les expériences elles-mêmes. Les partenaires qui ont présenté leurs projets en ont fait des retours très positifs : le travail fourni leur a permis de valoriser leurs projets/outils, mais aussi de se questionner par rapport à ceux-ci et de se confronter aux productions des autres.

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Freins

Ce sont rarement les professionnels qui viennent proposer un projet, ce sera plutôt le CLPS qui, parce qu’un projet/sujet lui semble innovant ou peu représenté, propose de le rendre visible en l’incorporant à sa base de données.

Le CLPS-Bw a rapidement constaté que la culture de l’écriture (le fait de laisser une trace) est assez peu présente dans le secteur. Ceci est probablement lié au manque de temps qui implique de donner la priorité aux actions de terrain. Les professionnels ont la possibilité d’écrire eux-mêmes la fiche détaillant leur action, même s’ils confient souvent le soin de la rédiger à un membre de l’équipe du CLPS. Cela demande non seulement du temps à consacrer à l’entretien (le plus souvent téléphonique) avec le promoteur de l’expérience, à récolter, lire, interpréter les documents liés au projet, puis à l’écriture, aux modifications et à l’attente de l’aval de la personne en charge. Mais surtout, cela requiert d’avoir suffisamment bien compris le sujet pour le retranscrire.

Les professionnels, lorsqu’ils relatent leur projet, passent parfois rapidement sur un point qui ne leur paraît pas important, alors qu’il constitue une pierre de touche en promotion de la santé. L’entretien en vue de rédiger l’article implique de creuser, de repérer et mettre en avant les techniques ou stratégies sous-jacentes, de susciter un regard évaluatif…Si c’est le porteur lui-même qui complète la fiche, il lui faudra prévoir un moment de relecture par le CLPS en plus du temps de rédaction. Il est également périlleux, pour l’équipe, de respecter la parole des acteurs tout en se pliant à certaines contraintes de compréhension, de lisibilité et de densité. Pour cette raison, cette base de données multi-auteurs est plus un patchwork d’expériences qu’un recueil au style uniforme et standardisé.

Facilitants et plus-values

« Projets Partagés » est un outil précieux de communication et de visibilité. Le CLPS-Bw reprend, dans chacune de ses newsletters trimestrielles, le résumé d’un à trois projets partagés, et constate que ces liens sont parmi les plus consultés. Le fait de laisser une trace écrite facilite la transmission du projet, que ce soit par le CLPS auprès d’autres professionnels ou par le porteur de projet lui-même s’il souhaite en faire la publicité.

Les acteurs de terrain ne se rendent pas toujours compte que l’activité ou l’événement qu’ils organisent est un véritable projet. Ils ne réalisent pas la richesse de leur travail et des outils qu’ils développent – probablement parce qu’ils sont toujours dans l’action – et sont donc peu enclins à les partager, presque surpris qu’on s’y intéresse. Les échanges autour de la rédaction des projets partagés sont comparables à un accompagnement méthodologique qui permet aux acteurs de cerner les atouts de leur démarche en termes de promotion de la santé, de faire le bilan sur les étapes accomplies et de prendre du recul par rapport à leur projet.

Au fil des années, la base de données s’étoffe et offre un panel de plus en plus large d’expériences. Elle brasse des thématiques et publics très variés en traitant, par exemple du « potager collectif » qui vise l’inclusion des personnes en situation de précarité et en souffrance mentale, du « thé sexo » qui lutte contre l’isolement des femmes retraitées, en passant par « le jeu des trois figures » qui suscite un vivre-ensemble respectueux à l’école maternelle. Cette diversité est elle-même représentative du travail varié du CLPS, et le rend lui-même visible, autant qu’elle permet à l’équipe d’avoir un regard vaste et approfondi sur ce qui existe à l’échelle locale en promotion de la santé.

Certains sites internet reprennent des liens vers des projets partagés, en fonction de la thématique dont ils traitent. Cette pratique en toile d’araignée impacte la consultation des projets et amplifie la visibilité des actions locales.

Perspectives

Au vu du frein principal qu’est la lourdeur de rédaction, le CLPS-Bw s’interroge sur une manière de simplifier l’encodage, mais sans « désubstantifier » l’expérience. L’idée d’agrémenter la base de données d’entretiens vidéos fait actuellement son chemin, entre autres, dans cette optique de simplification.

L’anniversaire des 100 projets partagés approche à grands pas et pourrait être l’occasion d’une réflexion à ce sujet.

Plus d’infos : https://www.clps-bw.be/presentation-db ou 010/621762


[1] C’est-à-dire le projet, vécu et subjectif, relaté sous l’angle des ressources, des freins et des enseignements qu’il a procurés.

Tour d’horizon et enjeux de l’éducation sexuelle en Suisse

Le 30 Déc 20

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L’éducation sexuelle à l’école : diversité des pratiques

En Suisse, l’éducation sexuelle s’est développée de manière diverse et à des rythmes différents en fonction des régions. Comme ailleurs en Europe, l’éducation sexuelle à l’école s’est vraiment institutionnalisée après la révolution sexuelle, lorsqu’il s’est avéré nécessaire d’informer les jeunes sur la contraception et le couple. Mais c’est véritablement l’arrivée de l’épidémie du VIH qui a déclenché la généralisation des cours d’éducation sexuelle dans tous les cantons en Suisse. Aujourd’hui, la situation reste très hétérogène dans sa mise en œuvre.

SANTÉ SEXUELLE Suisse, l’organisation qui fédère les centres de conseil en santé sexuelle et services d’éducation sexuelle ainsi que les associations professionnelles concernées, promeut en Suisse une éducation sexuelle holistique selon les standards OMS Europe[1]. Elle attache beaucoup d’importance à la qualité des cours donnés dans le cadre scolaire, et participe dans ce sens à la formation des professionnel(le)s. Toutefois, sur le terrain, les cours proposés aux enfants et aux jeunes sont différents d’une région à l’autre, voire d’une école à l’autre. Ainsi, en Suisse romande, ce sont des spécialistes externes en santé sexuelle qui interviennent dans les écoles pour assurer une éducation sexuelle continue. Ce modèle a fait ses preuves depuis plus de 30 ans. Il est très bien accueilli et apprécié par les parents.

En Suisse alémanique, ce sont le plus souvent les enseignant(e)s qui sont responsables de la mise en œuvre de l’éducation sexuelle et de nombreux modèles existent, en fonction des écoles ou des enseignant(e)s : ceux proposant des prestations très complètes, mais aussi ceux transmettant seulement le strict minimum, la plupart du temps sous forme de cours de biologie et reproduction, en laissant de côté les aspects relationnels et sociaux. Un modèle de coopération entre le personnel enseignant et le personnel spécialisé en santé sexuelle serait incontestablement souhaitable et garantirait la qualité des cours dispensés. Au Tessin, la partie italophone de la Suisse, les enseignant(e)s sont responsables de l’éducation sexuelle. Ils sont soutenus dans leur tâche éducative par des coachs spécifiquement formés. Au secondaire et post-obligatoire, les spécialistes externes en santé sexuelle interviennent pour compléter l’éducation à la santé sexuelle.[2]

Tour d’horizon et enjeux de l’éducation sexuelle en Suisse

Le cours d’éducation sexuelle par un(e) spécialiste en santé sexuelle: une approche interactive et participative

Comme mentionné, il existe différentes approches pour les cours d’éducation sexuelle à l’école. Nous choisissons ici de décrire un cours type donné par un ou une spécialiste en santé sexuelle, ayant à la fois une formation professionnelle en éducation sexuelle ainsi qu’une expérience en la matière.Concrètement, ce cours d’éducation sexuelle s’intègre dans la vie de l’école : les parents sont informés par une lettre et conviés à une séance de présentation de l’intervention. Les enseignant(e)s sont associé(e)s à la démarche avant et après le cours car leur rôle est fondamental pour que l’intervention se déroule dans de bonnes conditions. Pour soutenir cette approche de coopération, SANTÉ SEXUELLE Suisse développe des outils d’information pour les parents et les professionnel(le)s (voir la liste sur le site www.sante-sexuelle.ch).

Selon l’âge des élèves, différentes méthodes pédagogiques sont utilisées, avec ou sans support préétabli, et une place importante est donnée à la discussion de groupe. La récolte de questions anonymes, avant ou en début de cours, est souvent privilégiée pour les élèves de l’école secondaire car elles leur permettent de poser leurs réelles demandes sans risque de s’exposer trop personnellement. C’est aussi une manière pour l’intervenant(e) de savoir où en sont les élèves, ce qui les intéresse et les préoccupe.

L’entrée en matière du début de cours est fondamentale car l’éducateur/trice ne connaît généralement pas la classe. Des petits jeux « brise-glace » sont habituellement utilisés pour permettre de parler très spontanément d’amour, d’amitié, de sexualité. Ces exercices offrent aux élèves un espace d’expression assez libre qui permet de poser les émotions ou tensions éventuelles et de s’ancrer dans le moment. Il permet également d’instaurer un rapport de confiance entre l’intervenant(e) et la classe. Ensuite, en fonction des priorités et de la classe, différents supports pédagogiques sont utilisés : dessins, images, séquences vidéos, planches anatomiques, objets symboliques, moyens de contraception, brochures, etc.

SANTÉ SEXUELLE Suisse développe, avec son réseau partenaire des supports d’information et d’éducation, par exemple des brochures pour les adolescent(e)s (Hé les filles Hé les gars, Crac crac boum boum), ou des films de témoignage (Body Talk) permettant de lancer une discussion sur une grande diversité de thématiques.

Un accent important est mis sur l’interaction et l’échange, dans une perspective positive de la sexualité et selon une approche basée sur les droits humains. Chaque élève est libre de décider dans quelle mesure il/elle veut participer.

L’éducation sexuelle est aussi proposée aux élèves en situation de handicap, quel que soit leur lieu d’étude ou de vie. Cette éducation s’appuie sur les mêmes bases que l’éducation sexuelle holistique tout en mettant l’accent sur les besoins spécifiques et l’écoute de chaque enfant ou jeune.

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L’éducation sexuelle pour les jeunes enfants

SANTÉ SEXUELLE Suisse promeut une éducation sexuelle dès le plus jeune âge. Chez les enfants en âge pré-scolaire (0-4 ans), l’approche proposée associe d’abord les parents et les éducateurs/trices de la petite enfance. A l’exemple du projet proposé par l’Association pour l’Education Familiale du canton de Fribourg, l’éducation sexuelle est avant tout une éducation familiale où adultes et enfants apprennent ensemble à échanger autour de thèmes de l’éducation quotidienne dont la sexualité fait partie. L’un des principaux défis est d’apprendre aux adultes à se mettre à la place des enfants car la sexualité exprimée dans la petite enfance n’est souvent sexuée que dans le regard des adultes. Pour les enfants, la découverte du corps est globale. Elle se fait par les sensations, le toucher et les mots, et n’est pas spécifique aux parties intimes.

L’éducation sexuelle est généralement intégrée sous forme de programme dès l’entrée à l’école. Dans les petits degrés il s’agit de poser un cadre permettant la socialisation de l’enfant, notamment par l’apprentissage des règles de vie en société et des droits de l’enfant. Dans le contexte de la sexualité, cela se concrétise par l’apprentissage des différences entre les activités qui relèvent du domaine privé de celles qui ont leur place en public. Ceci nécessite une connaissance et un respect de son propre corps ainsi que de ses émotions.

L’enseignement des émotions est une partie importante de la prévention des abus sexuels. Les enfants apprennent à les reconnaître, à les exprimer. Dès les premières années d’école, l’éducation sexuelle aborde aussi la question des différents modèles familiaux et relationnels et travaille avec les enfants sur leurs représentations. Les grands thèmes de l’éducation sexuelle comme la reproduction humaine, l’identité sexuée et de genre, ou encore les normes sociales sur la sexualité sont aussi abordés sous forme d’histoires, de jeux ou encore de dessins.

Les défis de demain pour l’éducation sexuelle en Suisse

Les enfants et les jeunes grandissent dans une société où l’exercice de leurs droits ne va pas de soi (ex. droit à l’intégrité sexuelle, droit à la vie privée, droit à l’égalité pour les personnes en situation de handicap). L’éducation est la meilleure porte d’entrée pour apprendre les droits et commencer à les exercer. Or, selon une étude en voie de publication[3], ni les parents, ni l’école dans son ensemble ne dispensent une éducation tout à fait holistique au sens des standards européens de l’OMS.

Sur la base de ce constat, SANTÉ SEXUELLE Suisse a identifié au moins trois défis. L’école devrait développer un programme d’éducation sexuelle holistique basé sur les droits humains en se basant sur l’expertise des spécialistes en santé sexuelle. Ce programme devrait être mis en œuvre par les spécialistes en santé sexuelle tout en impliquant de manière complémentaire d’autres intervenant(e)s comme, par exemple, l’infirmièr(e) scolaire, l’enseignant(e) de biologie ou l’intervenant(e) en travail social scolaire.

L’ensemble de ces professionnel(le)s devrait aussi se donner l’occasion d’expliquer et de rappeler les droits fondamentaux lorsqu’ils/elles abordent des questions de contraception ou d’interruption de grossesse, règlent l’utilisation du smartphone à l’école ou réagissent à des injures homophobes. L’éducation sexuelle participe en effet à l’éducation citoyenne et tous les intervenant(e)s scolaires devraient bénéficier d’une formation pour assurer la qualité de leur cours. L’éducation sexuelle devrait faire partie de l’éducation de l’élève au même titre que les autres contenus, y compris pour l’élève en situation(s) de handicap.

Qu’ils le souhaitent ou non, les parents sont en première ligne dans l’éducation sexuelle. Même de bonne volonté, ils ne parviennent que difficilement à faire l’éducation sexuelle de leur enfant. Tout comme la sexualité, l’éducation sexuelle nécessite un apprentissage. Les parents devraient pouvoir bénéficier d’offres à bas seuil où l’on échange sur la sexualité comme l’on parle d’alimentation ou de gestion des devoirs à domicile. Les pères en particulier devraient prendre une place dans cette éducation, de laquelle ils sont quasiment absents, selon les études scientifiques. Les enfants et les adolescent(e)s sont les bénéficiaires de l’éducation sexuelle mais les parents et les professionnel(le)s ne leur accordent pas souvent la parole pour exprimer leurs besoins sur l’éducation sexuelle. Si en général les approches pédagogiques des intervenant(e)s externes à l’école sont interactives et favorisent la participation des jeunes au cours, l’étude sur l’éducation sexuelle et les droits montre que le droit à la participation est surtout compris comme la participation des parents mais pas celle des adolescent(e)s.

L’approche des droits de l’enfant n’est donc clairement pas appliquée. Le droit d’être entendu(e)s devrait s’appliquer aux enfants et aux jeunes lors de la conception et de la mise en œuvre des programmes. Ils devraient pouvoir donner leur avis sur les sujets à développer et les approches pédagogiques. Le principe de participation inscrit dans la Convention des Droits de l’Enfant devrait être appliqué à l’éducation sexuelle. Ceci permettrait de mieux équilibrer les contenus entre mandat de prévention et discussion sur des sujets qui préoccupent les élèves au quotidien (ex. identité et orientation sexuelle, stéréotypes et sexisme, plaisir et sexualité, consentement et zone grise, etc.). Ceci permettrait aussi de compléter les cours d’éducation sexuelle par des approches différentes telles que l’approche par les pairs.


[1] OMS Bureau régional pour l’Europe et BZgA (2010/2013 version française), Standards pour l’éducation sexuelle en Europe, https://www.alliance-educationsexuelle.ch/jt_files/jt_files_filename_0005_1202974180.pdf, consulté le 18.02.2019

[2] Questions réponses sur l’éducation sexuelle à l’école auprès des enfants et des jeunes, www.alliance-educationsexuelle.ch, consulté le 18.02.2019

[3] Charmillot, M. (UNIGE), Földhazi, A. (HETS Genève), Jacot-Descombes, C. (SSCH), Kunz, D. (HSLU), Roth, N. (HSLU) (en voie de publication). Parler des droits sexuels à l’école ? Une évidence, un idéal ou un luxe ? Perceptions et pratiques des parents, des jeunes, des enseignant.e.s et des spécialistes de l’éducation sexuelle.

[4] Voir par exemple : Barrense-Dias Y., Akre C., Berchtold A., Leeners B., Morselli D., Suris J-C. (2018). Sexual health and behavior of young people in Switzerland. Lausanne: Institut universitaire de médecine sociale et préventive. Zugriff 19.03.2019 : https://dx.doi.org/10.16908/issn.1660-7104/291

[5] Charmillot et al. Op cit.

Naissance de Générations sans Tabac

Le 30 Déc 20

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Naissance de Générations sans Tabac

Extrait du communiqué de presse du 16/01/2019Générations sans Tabac est une initiative qui a pour but que tous les enfants nés à partir de 2019, une fois adultes, revendiquent haut et fort : « Nous sommes la première génération sans tabac ! ». Pour que cet objectif devienne réalité, il est indispensable de faire en sorte que le plus d’endroits possibles fréquentés par ces jeunes deviennent non-fumeurs, car voir fumer incite à fumer.

Droit de grandir dans un monde sans tabac

Chaque parent espère que son enfant sera en bonne santé. Grandir dans un monde sans tabac ne peut qu’y contribuer! Sachant que 93 % des Belges sont favorables au droit des enfants de grandir dans un monde sans tabac, Générations sans Tabac, soutenue par de nombreux partenaires, n’a de cesse de transformer le plus d’endroits possibles fréquentés par les enfants en environnements non-fumeurs. Les bébés d’aujourd’hui, et les enfants de demain, seront ainsi protégés du tabagisme et pourront jouer et s’amuser dans des environnements sains. A travers ces actions, un monde sans tabac peut devenir la norme.Image

Pour les bébés d’aujourd’hui, un monde sans tabac devient la norme

Les enfants et les jeunes imitent les comportements de leurs aînés, et parmi ces comportements, le tabagisme. Autrement dit, voir fumer incite à fumer et donne l’impression que fumer est un comportement « normal ». En revanche, si un monde sans tabac devient la norme, ces enfants seront moins enclins à commencer à fumer. Selon l’Organisation mondiale de la Santé, la dénormalisation du tabagisme est une stratégie clé pour empêcher les jeunes de fumerNote bas de page.C’est la raison pour laquelle nous demandons aux adultes de donner le bon exemple et de fumer uniquement hors de la vue des enfants, dans les endroits prévus à cet effet. En outre, la plupart des fumeurs (74 %) ne souhaitent pas que leur enfant commence à fumer. Mais attention : l’intention de Générations sans Tabac n’est pas de stigmatiser les fumeurs, bien au contraire : elle a besoin de leur aide pour garder nos enfants à l’abri de cette dépendance.

S’arrêter de fumer peut être si difficile… Générations sans Tabac veille à ce qu’il soit difficile de commencer…

Il ressort de la dernière enquête « Tabac » de la Fondation contre le Cancer que 66 % des fumeurs veulent arrêter de fumer. Chez les jeunes de 24 à 35 ans, à savoir le groupe des jeunes parents, ce pourcentage est légèrement plus élevé (77 %) que pour les autres groupes d’âge. La population belge compte davantage d’ex-fumeurs dans le groupe avec enfants (40 %) que dans le groupe sans enfant (21 %). Les enfants sont l’avenir et encouragent donc à arrêter de fumer. Ils sont la motivation pour un monde meilleur et plus sain. Un monde dans lequel, à court terme, la cigarette disparaîtra de la vue des enfants et, à long terme, appartiendra à un passé révolu.ImageImageDurant l’année, les nouveaux parents recevront un petit livre illustré, afin de les sensibiliser aux bienfaits d’une vie sans tabac pour que leur bébé et tous les autres nouveau-nés de 2019, aient la chance de grandir dans un monde sans tabac.

L’Alliance pour une Société sans Tabac, l’organisation à l’origine de Générations sans Tabac, est une initiative commune de la Fondation contre le Cancer, Kom op tegen Kanker, la Ligue Cardiologique Belge, le Fonds des affections respiratoires (FARES), le Service d’Étude et de Prévention du Tabagisme (SEPT), l’Observatoire de la Santé du Hainaut, l’Institut flamand pour une vie saine, l’Association flamande pour les soins de santé respiratoires et la défense contre la tuberculose (VRGT) et la Gezinsbond (Ligue des familles flamande). Des dizaines d’organisations de la santé et d’associations médicales ont signé une charte dans laquelle ils s’engagent à travailler avec leurs membres pour faire de Générations sans Tabac une réalité. L’Association flamande de pédiatrie, l’Union professionnelle flamande des sages-femmes et l’Association flamande d’Obstétrique et de Gynécologie se sont également placées sous la bannière de Générations sans Tabac pour que ses objectifs deviennent une réalité.Les résultats de l’enquête Tabac 2018 de la Fondation contre le Cancer peuvent être téléchargés en suivant ce lien : www.cancer.be/prevention/les-dangers-du-tabac/des-chiffres-et-des-faits/enquetes-tabac

Un exemple d’évaluation participative et négociée : La Biennale Ensemble pour la santé – Samen voor gezondheid 2017

Le 30 Déc 20

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Un exemple d’évaluation participative et négociée : La Biennale Ensemble pour la santé – Samen voor gezondheid 2017

Par SCPS APES-ULiège, CARE ESPRIst ULiège

La Biennale, le projet

Les 1e et 2 décembre 2017 avait lieu la première Biennale « Ensemble pour la santé » – « Samen voor gezondheid », une initiative de la Plateforme d’Action Santé et Solidarité (PASS). Le projet initial est né de la réflexion d’une trentaine d’organisations flamandes, wallonnes et bruxelloises, issues du secteur de la promotion de la santé, mais aussi des soins primaires, du logement, de la mobilité, de la culture… Une dynamique de co-construction est alors lancée pour mener à bien ce projet.

Ces partenaires partagent une même préoccupation : réduire les inégalités sociales de santé, améliorer la santé et le bien-être de la population. La problématique des inégalités sociales de santé est complexe : elle mobilise une multitude de facteurs sociaux et économiques, plus communément appelés les déterminants sociaux de la santé. Elle est donc intersectorielle et transversale[1].

Dès lors, pour contribuer à la réduction des inégalités sociales, la priorité est mise sur la collaboration et la mobilisation d’acteurs issus de secteurs variés. La volonté s’est rapidement dégagée de privilégier les projets locaux innovants et mis en œuvre par une démarche participative. Ces initiatives représentées lors de la Biennale ont été sélectionnées pour leur contribution à une meilleure santé et à une plus grande justice sociale.

Dans cet esprit de décloisonnement de la santé, les organisateurs souhaitaient que se créent des ponts entre les acteurs exerçant sur le terrain local, la recherche et les acteurs politiques.

La Biennale, les objectifs

1. Mettre en évidence les facteurs sociaux (logement, culture, environnement, éducation…) comme déterminants majeurs de la santé.

2. Mettre en valeur les dynamiques et stratégies d’action qui ont un impact sur ces déterminants sociaux de la santé, qui sont mises en œuvre à un niveau local et à travers des démarches participatives. Il s’agissait de contribuer à la visibilité et la reconnaissance de ces démarches, par le grand public et par les élus et d’être un moment d’interpellation du politique pour montrer que des alternatives existent et fonctionnent, en vue d’obtenir son soutien.

3. Permettre l’échange de savoirs et d’expériences entre acteurs dans le but de renforcer les compétences et les actions.

4. Mettre en valeur l’impact des actions locales et participatives à travers la recherche scientifique (existante ou à mettre en œuvre).

5. Créer des liens solidaires entre acteurs, citoyens, professionnels et élus, provenant des différentes régions de Belgique et de différents secteurs. Ces liens se baseront sur des valeurs communes dans le but d’un mieux-être pour tous.

6. Identifier les conditions nécessaires au développement des actions locales et notamment mettre en évidence les stratégies mises en œuvre à différents niveaux de décision (fédéral, régional, communautaire, communal).

La Biennale, une évaluation participative et négociée

Le projet étant d’organiser ces rencontres sous la forme de Biennales, une évaluation a d’emblée été jugée nécessaire. Les finalités en étaient multiples, allant d’une prise de décision sur l’opportunité de mettre en place la biennale suivante jusqu’aux constats de résultats en terme de développement de pratiques et politiques nouvelles visant à agir sur les déterminants sociaux de la santé. Et cela, en passant par une analyse de la satisfaction des participants, une analyse des éléments des contenus des échanges à valoriser et une analyse des processus de co-construction parmi les organisateurs. Dès le début du processus de construction du projet, l’APES-ULiège (Appui en Promotion et Education pour la Santé) a donc été associée à la réflexion.

En concordance avec cette dynamique participative et de co-construction, une démarche d’évaluation participative et négociée a été mise en place. On entend par évaluation participative toute évaluation qui engage les différents protagonistes d’un projet dans la planification et la réalisation de l’évaluation[2].

Dès lors, sa particularité est d’inclure un panel varié de parties prenantes dans le processus évaluatif, depuis la formulation des questionnements évaluatifs jusqu’à la diffusion des résultats[3].

Les enjeux rencontrés par les approches d’évaluation participative sont nombreux, ils s’organisent autour de trois axes. L’axe politique orienté sur les acteurs, met l’accent sur l’autodétermination, l’émancipation des acteurs, le renforcement de leurs capacités, la justice sociale et l’équité ou la démocratisation de la décision publique. L’évaluation émancipatrice (Fetterman) fait partie de cette catégorie d’évaluation participative. L’axe opérationnel est orienté sur le processus évaluatif et l’accent est mis sur l’utilisation des résultats et l’amélioration de l’efficacité des programmes et politiques, comme par exemple, l’évaluation axée sur l’utilisation (Patton). L’axe pluraliste ou constructiviste met l’accent sur la qualité et la pertinence de la connaissance produite par l’intégration des aspirations, valeurs et préoccupations de la diversité des acteurs de l’évaluation (Stake).

Construction d’une démarche d’évaluation

Appliquer une démarche d’évaluation participative et négociée allait de soi pour être en convergence avec la volonté de co-construction de cet événement. Ce projet d’évaluation a suscité la participation et une réflexion importante d’un grand nombre de parties prenantes de cette organisation. Remarquons toutefois que mener un tel processus, du début à la fin, nécessite un investissement en temps important de la part des personnes impliquées. Dans le cas présent, cet investissement a été fluctuant, la mise en place des processus participatifs de la journée et du recrutement des participants ayant déjà mobilisé de nombreuses énergies. Effectivement, face à l’ampleur du travail, les parties prenantes mettent la priorité sur la préparation de l’évènement plutôt que sur la préparation de l’évaluation.

Néanmoins, une des richesses de ce processus a sans aucun doute été la diversité des acteurs et des parties prenantes ayant participé à la co-construction de cet évènement et de son évaluation. Cette participation élargie d’acteurs aux profils variés a permis une meilleure compréhension du sens et des objectifs du projet.

En vue de mieux préparer l’évaluation, plusieurs réunions ont eu lieu soit avec le Comité de pilotage soit avec un groupe restreint de parties prenantes issues dudit Comité. En mars 2017, une réunion du Comité de pilotage a été consacrée à l’évaluation. Le but était de donner aux parties prenantes la possibilité de s’engager activement dans le processus en leur permettant d’exprimer leurs attentes à ce propos.L’appui méthodologique de l’APES-ULiège a été facilitateur dans la réalisation des étapes du processus décrites ci-dessous.

Définition du contenu de l’évaluation

Les premiers comités de pilotage, sortes de brainstorming d’idées sur les modalités de co-construction des journées et sur les contenus thématiques ont abouti à la définition des objectifs et des attentes de la Biennale.

Lors du Comité de pilotage sur l’évaluation, les participants ont identifié les résultats attendus selon les acteurs concernés, ainsi que les objets et les critères d’évaluation. Les objectifs ont également été examinés en vue de nourrir et de formuler les questionnements évaluatifs. Ces derniers étant les questions auxquelles l’ensemble des activités d’évaluation tente de répondre. La co-construction de la réflexion sur les critères et sur les indicateurs en a assuré l’appropriation par les participants. De plus, ce travail a garanti la pertinence de la collecte et de l’analyse des données.

Ainsi, les questionnements évaluatifs ont été élaborés progressivement sur base des différents acquis de la participation et également en concordance avec les objectifs définis par le Comité de pilotage. Les membres du groupe de travail « évaluation » ont été impliqués dans la définition finale des questions auxquelles ils souhaitaient obtenir des réponses à l’issue de cette évaluation.

Au total, 12 questions évaluatives (QE) ont été formulées, cinq d’entre elles portaient sur des éléments de processus et de résultats à court terme à la fin des deux journées. Une enquête de satisfaction a été réalisée en vue de répondre à ces questionnements. Les autres questions évaluatives portaient sur le contenu des réalisations des participants durant les deux journées.

Questionnements évaluatifs ayant fait l’objet d’une enquête de satisfaction auprès des participants

QE 1. La biennale a-t-elle été un lieu d’échanges et de contacts ?QE 2. Ces échanges et contacts ont-ils permis :

  • De découvrir (des idées pour l’action) des stratégies/dynamiques locales et participatives qui ont un impact sur les déterminants sociaux ?
  • De renforcer la motivation pour agir de cette manière (localement, en intersectoriel, sur des déterminants sociaux) ?

QE 3. Quels ont été les apports respectifs de chacun des types d’activités ?

QE 4. Les participants ont-ils apprécié les choix organisationnels, d’animations de la journée ?

QE 5. L’organisation de ces deux journées répond-elle aux objectifs : La vision des déterminants sociaux de la santé est élargie, la « santé » est restée la thématique principale des échanges de cette biennale, les initiatives locales et participatives ont été mises en valeur

Questionnements évaluatifs relevant des éléments traités par la capitalisation

QE 6. Quels déterminants de la santé ont été évoqués ?

QE 7. Quels leviers ont été identifiés et à quel niveau ? (Local, Régional, Intermédiaire, Fédéral, International)

QE 8. Quelles modalités de valorisation ont été évoquées ou présentées ?

QE 9. A-t-on parlé d’EIS ou de pratiques similaires ?

QE 10. Quelles collaborations intersectorielles ont été citées ?

QE 11. A-t-on identifié des questions, des domaines qui devront faire l’objet de recherches ?

QE 12. Quelles modalités de mobilisation des parties prenantes ont été évoquées, illustrées par des cas concrets ?

Les outils de recueil des données

La variété d’informations collectées par différents intervenants et canaux a participé à enrichir les données d’évaluation tout au long du processus. Les différentes sources d’informations identifiées sont développées ci-dessous.

Une enquête de satisfaction par questionnaire a été distribuée aux 189 participants de la biennale, en français et en néerlandais (version papier et électronique). 55 participants francophones et 10 néerlandophones ont répondu à cette enquête, soit approximativement un tiers des participants. Ces données ont été analysées qualitativement et quantitativement et ont fait d’objet d’un rapport technique[4]. En aval de la Biennale, les résultats de l’enquête de satisfaction ont été commentés lors d’un comité de pilotage.

L’analyse des contenus produits au cours de la biennale a été réalisée sur base du rapport de « valorisation des supports de la Biennale » produit par l’UCL-RESO[5].

Sur base des données administratives disponibles (notamment les inscriptions et les présences), une analyse des caractéristiques des participants, des contributeurs, des partenaires a été établie. Effectivement, ce travail était surtout utile pour définir plus finement les relations intersectorielles créées durant l’évènement.

A la suite de la Biennale, une analyse structurée des processus sous forme d’un focus group a été organisée avec le comité de pilotage et avec les participants aux divers groupes de travail. Cette rencontre fut l’occasion de recueillir les impressions et témoignages des personnes ayant participé activement à l’organisation de ces deux journées en décembre 2017.

Les retours évaluatifs informels en suivi de la Biennale, en ce compris une série de mails et articles (n=8) et une réunion « évaluation à chaud » du 14 décembre 2017 (n=14) ont constitué une autre source d’informations en terme de résultats mais également de processus. En outre, des participants citoyens ont été accompagnés par des organisations communautaires en amont et en aval de la Biennale. Après l’évènement, ces citoyens et organisations ont participé à un entretien de groupe évaluatif qui portait sur les objectifs et la méthodologie du Réseau Cureghem Marolles (RCM) dans l’accompagnement des citoyens à la participation à la Biennale.

L’analyse des données et la construction du rapport d’évaluation

A la suite des deux journées, il importait de faire l’inventaire des données dont nous disposions. Dans une démarche de co-construction, avantages et aléas se mêlent, en résultent des données éparses mais non moins riches. Dès lors, la nécessité est apparue de valoriser au maximum cette variété de données.

Comme détaillé précédemment, les différentes collectes de données ont fait l’objet de rapports spécifiques. C’est le cas pour la valorisation des productions (UCL-RESO), pour l’évaluation citoyenne (RCM) et pour le rapport technique sur les résultats de l’enquête de satisfaction (APES-ULiège).

Le défi à rencontrer dans la réalisation du rapport final d’évaluation était de mettre de la cohérence dans les informations. Les résultats issus des différentes sources ont été confrontés afin d’en établir les convergences, et les spécificités éventuelles. Ainsi, pour chaque objectif, les données ont été retracées pour enrichir l’analyse finale. Les données ont donc été articulées les unes avec les autres pour répondre aux questions que se posaient les organisateurs et partenaires sur la pertinence et l’efficacité de cette organisation et sa réplication dans deux ans, selon cette formule ou selon une formule modifiée. La synthèse des résultats a été présentée par objectif en regard de la source des informations et de la question évaluative concernée[6].

L’analyse de l’objectif 3 : « Permettre l’échange de savoirs et d’expériences entre acteurs dans le but de renforcer les compétences et les actions » illustre particulièrement cette combinaison de sources. Effectivement, l’enquête de satisfaction et l’évaluation citoyenne nous apprennent que les rencontres intersectorielles ont été favorisées par les choix organisationnels et les modes d’organisation. Les retours évaluatifs divers et la capitalisation apportent également des éléments de réponse, par exemple ; le rôle de la mixité et de la diversité des profils des participants dans la richesse des échanges, reconnu comme une des principales réussites de la Biennale.

L’objectif 5 montre un autre exemple de cette construction de résultats. Plusieurs sources se rejoignent quant au fait que la Biennale ait été un lieu de création de liens solidaires entre les acteurs, citoyens et professionnels. Des retours par mails et des témoignages de participants sur des sites d’associations indiquaient explicitement que des collaborations étaient nées. Les données de l’enquête de satisfaction confirmaient également que les participants avaient développé des partenariats ou étendus leurs carnets d’adresses. La capitalisation des contenus a défini les alliances avec un réseau étendu de partenaires comme un levier dans la mise en place de projets en faveur de la santé pour tous. Et enfin, l’entretien de groupe réalisé avec les initiateurs de la Biennale a mis en lumière la richesse du processus en lien avec la diversité des profils autour des mêmes valeurs de « santé pour tous ».

L’utilisation des résultats

Les analyses diverses réalisées durant l’année 2018 ont été diffusées et présentées lors d’un Comité de pilotage ouvert à toute personne intéressée, fin 2018. L’accent est mis sur la continuité de ce projet. Une volonté marquée d’intégrer davantage de citoyens dans cette organisation s’est traduite par une forte participation à ce Comité de pilotage.Le moment est arrivé d’utiliser l’ensemble des résultats pour co-construire une seconde Biennale, d’examiner les résultats de manière critique pour en extraire les messages-clés. L’objectif est de maintenir et de renforcer les acquis en tenant compte des conclusions de l’évaluation.

Les principales questions auxquelles il faudra répondre sont : « Comment mobiliser ? » « Comment s’organiser ? » et « Que faire pour la deuxième édition ? ». Cette réflexion est d’ores et déjà en cours au sein du Comité de pilotage.

Conclusion : L’évaluation, une étape essentielle

La démarche d’évaluation décrite dans cet article se caractérise par la contribution directe des parties prenantes. Celles-ci ont participé aux différentes étapes du processus ; initiation de l’évaluation, constitution d’un groupe de travail « évaluation », définition des questions évaluatives, définitions des critères et indicateurs, collecte des données, diffusion et utilisation des résultats.

L’évaluation a été intégrée dès le début de la réflexion sur la co-construction de cet évènement. Il s’agissait donc d‘une étape essentielle, voulue, discutée et négociée pour être cohérente et utile au vu des objectifs fixés par les membres du Comité de pilotage.

On ne peut pas faire abstraction des aléas de la co-construction et de la complexité qui en résulte dans la réalisation d’un projet d’évaluation. Effectivement, cette évaluation a fait face à un manque de construction commune des outils. Seul le questionnaire a été approuvé par la Comité de pilotage après sa création par l’équipe de l’APES-ULiège. Le rapport final d’évaluation résulte donc en une compilation de sources hybrides. Notons toutefois que, nonobstant les contraintes méthodologiques engrangées, la variété des sources de données réunies pour enrichir les analyses en ont fait la richesse. Cela a été possible grâce à la bonne collaboration entre les parties prenantes engagées dans le processus.

Une majorité des résultats de la Biennale ont été rencontrés. La Biennale a été un levier dans les rencontres entre les participants aux profils variés, en terme de prise de contacts voire de futurs partenariats. L’objectif de santé et de bien-être pour tous s’est révélé être une préoccupation commune, quel que soit le secteur ou le profil des participants. La dynamique est maintenant lancée, il reste à transformer les acquis de la participation en plaidoyer, notamment au niveau politique. Il faudra également veiller a suscité l’intérêt de la recherche scientifique pour la mise en valeur de l’impact des actions locales et participatives.

L’évaluation a été une étape essentielle, mise au service de la qualité des interventions en vue de l’amélioration de la santé de la population. Les résultats de l’évaluation ont montré la pertinence de cet évènement et poussent les membres organisateurs à continuer en ce sens en ajustant les processus de préparation et d’organisation.

Pour aller plus loin…

Cette publication est axée sur les éléments méthodologiques de la démarche d’évaluation mise en place dans le cadre de la première Biennale Ensemble pour la Santé. Les résultats de cette évaluation se trouvent dans un ensemble complémentaire de documents disponibles à l’adresse suivante : https://www.samenvoorlasante.be/fr/resultats/


[1] OMS (2011). Combler le fossé : de la politique à l’action sur les déterminants sociaux de la santé : document de travail. Conférence mondiale sur les déterminants sociaux de la santé. Rio de Janeiro, Brésil, 19-21 octobre, 2011.

[2] Vandoorne, C. (2002). Les acteurs et les enjeux au coeur de l’évaluation. Education Santé: 9-11.

[3] Steve Jacob et Laurence Ouvrard, L’évaluation participative. Avantages et difficultés d’une pratique innovante, Cahiers de la performance et de l’évaluation, Québec, PerfEval, 2009, n° 1. https://www.perfeval.pol.ulaval.ca/sites/perfeval.pol.ulaval.ca/files/2009__cahiers_perfeval_1_participation.pdf

[4] Georgin, E. and C. Vandoorne (2018). Biennale Ensemble pour la santé 2017. Rapport d’évaluation. Partie 2: Annexes. Liège: 16.

[5] Malengreaux Ségolène, Peeters Mathilde, Scheen Bénédicte, « Ensemble pour la santé » – Transcription et analyse des supports coconstruits lors de la biennale 2017, RESO, Bruxelles, novembre 2018.

[6] Georgin, E. and C. Vandoorne (2018). Biennale Ensemble pour la santé 2017. Rapport d’évaluation. Partie 1: Synthèse des résultats. Liège: 16.


Enéo Focus : résister aujourd’hui

Le 30 Déc 20

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Enéo Focus : résister aujourd’hui

La résistance m’a toujours fascinée. Ou plutôt, la Résistance, celle des réseaux clandestins, organisés durant la Seconde Guerre mondiale par des personnes comme vous et moi, des hommes et des femmes qui ont pris conscience qu’ils devaient agir au quotidien pour combattre les nazis, ou du moins ne pas collaborer avec eux. Des personnes qui n’ont pas fait le choix de la facilité et qui ont décidé que leur quotidien serait moins sûr et moins confortable pour défendre une valeur : la liberté. Certains ont mis en place de petites actions, d’autres de plus spectaculaires, mais tous se sont dressés contre l’injustice, et ce, souvent au péril de leur vie.

Je me suis souvent demandé si j’aurais eu le courage, comme toutes ces femmes et tous ces hommes, d’entrer dans la Résistance si j’avais eu 20 ans en 1940. Aurais-je accepté de distribuer des tracts interdits, de faire passer des messages codés, ou d’abandonner ma famille et ma ville pour mener des actions dans la clandestinité pour défendre mes valeurs ? Les jours où je m’insurge contre les injustices, je sens qu’une énergie venue du plus profond de mon ventre me fait pousser des ailes et me donne envie de me battre pour des idées, pour des valeurs. Je suis alors persuadée que j’aurais fait partie de ces héros ordinaires. Mais bien souvent, alors même que je me sens submergée par les motifs d’injustice, je dois reconnaitre que je me contente de m’insurger, parfois même de lever les épaules d’impuissance, et de poursuivre mon train-train quotidien.

Est-il nécessaire de résister aujourd’hui ?

Aujourd’hui la résistance s’est institutionnalisée. Elle est portée par le réseau associatif. C’est ce qui fait à la fois sa force et sa faiblesse : elle s’est organisée en associations et en institutions qui permettent de fédérer les résistances et de rassembler les efforts et les énergies. Ce faisant, l’individu n’a plus à se soucier des personnes dans le besoin, puisqu’il y a des prises en charge. Il n’a plus à se mobiliser pour faire pression sur les politiques ou pour aller manifester puisque c’est le rôle des associations de défendre des valeurs.

« On tergiverse, on déplore et quelquefois on pétitionne, mais on n’entreprend rien de sérieux ni d’effectif. On attend, avec bienveillance, que d’autres remédient au mal, afin de n’avoir plus à le déplorer »1.

Mais la résistance, qu’elle soit individuelle ou collective est encore et toujours nécessaire. Ainsi, Stéphane Hessel, écrivain et ancien résistant nous enjoignait à ne pas nous laisser envahir par un sentiment d’impuissance et à ne pas nous endormir face aux injustices qui nous entourent : peu avant sa mort (en 2013), il nous laissait deux livres, l’un intitulé Indignez-vous, l’autre, Engagez-vous. Il y a rappelé à quel point les mouvements de résistance, qu’ils soient individuels ou collectifs, doivent, aujourd’hui plus que jamais, revivre. Il appelle à ne pas baisser notre vigilance.

« Résister, c’est considérer qu’il y a des choses scandaleuses autour de nous et qui doivent être combattues avec vigueur. C’est refuser de se laisser aller à une situation qu’on pourrait accepter comme malheureusement définitive »2.

Pour résister, il faut tout d’abord avoir ou préserver la capacité de s’indigner. Et cela ne peut venir que d’un effort individuel de prise de conscience, de travail d’esprit critique, d’ouverture au monde qui nous entoure. S’indigner contre les véritables injustices que l’on côtoie tous les jours c’est déjà faire preuve d’une certaine résistance, parce que cela signifie que l’on ne laisse pas notre conscience se reposer ou être dominée. Si l’on n’a pas les moyens d’agir, au moins nous avons les facultés de nous insurger, de nous révolter intérieurement.

« La pire des attitudes est l’indifférence, dire « je n’y peux rien, je me débrouille ». En vous comportant ainsi, vous perdez l’une des composantes essentielles qui fait l’humain. Une des composantes indispensables : la faculté d’indignation et l’engagement qui en est la conséquence »3.

Résister, oui, mais à quoi ?

Les raisons de s’indigner et de résister, sont plus floues qu’avant, du temps de Stéphane Hessel. Car, si l’on voit bien quels étaient les motifs de résistance dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale et de l’occupation, aujourd’hui les choses sont nettement moins évidentes : lorsque la vie nous est (relativement) confortable, que l’on a accès à différents biens de consommation, que personne ne nous empêche de vivre et qu’aucune forme de violence physique n’est exercée à notre encontre, que signifie résister ?

Pourtant, les motifs de résistance sont nombreux : la gestion de la crise des migrants (qui flirte, selon certains témoignages, avec nos années les plus sombres), les inégalités salariales hommes/femmes, toutes les formes de discriminations, la destruction de l’environnement… Le monde est devenu un enchevêtrement complexe de causes et d’effets, d’interdépendances dont il est souvent bien difficile de démêler les fils et d’identifier des responsables. Il suffit de se rendre dans le centre d’une ville et de voir le nombre de personnes qui dorment dans la rue, de passer devant un centre pour réfugiés ou une maison d’accueil pour femmes battues, d’écouter, de regarder ou de lire les informations…pour prendre immédiatement conscience des nombreux combats que l’on pourrait mener. Mais face au nombre croissant d’inégalités et d’injustices près et loin de chez nous, on peut se sentir paralysé.

Quels sont nos moyens de résistance ?

La difficulté aujourd’hui pour définir les moyens de résistance est que les ennemis sont bien souvent invisibles ou difficilement identifiables comme tel. Dans notre société capitaliste, l’ennemi est plus insidieux, et d’ailleurs ne peut pas être appelé ennemi en tant que tel, car les injustices qu’il crée ne relèvent généralement pas d’une volonté propre : c’est par exemple la société de consommation et ses conséquences sociales éthiques et environnementales catastrophiques. Personne n’en est directement responsable, il est donc difficile d’identifier les moyens à utiliser : je peux m’opposer à une personnalité politique, ou à une multinationale. Je peux essayer de faire tomber la tête de la première et de démanteler la seconde. Mais dès lors que ce sera fait, une autre personne prendra la place de la personnalité politique, et une autre multinationale reprendra les parts de marché laissées par sa concurrente. C’est ce qu’on appelle le système.

« Penser que le capitalisme va accepter en son sein sa propre destruction, c’est illusoire. La lame de fond néolibérale est parvenue à tout balayer sur son passage. Les grands discours ne suffisent plus et on ne peut plus tout attendre de l’État : la solution viendra d’en bas, dans des initiatives locales, incarnées, citoyennes, reliées entre elles »4.

C’est contre ce système inégalitaire que Stéphane Hessel appelle à résister :

« Une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation de masse, le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous »5.

Il y a bien sûr la résistance héroïque, qui consiste à risquer sa vie. Dans nos pays, elle est rare (une grève de la faim pourrait relever de ce type de résistance). Il existe aussi la résistance « coup de poing », qui repose sur un acte flirtant avec l’illégalité, comme par exemple l’occupation physique de lieux stratégiques, entarter une personnalité connue… Pour certains activistes, la violence est aujourd’hui nécessaire pour arriver à marquer les esprits et à faire bouger les choses, même dans nos démocraties. Leur argument est le suivant : nous ne sommes pas assez nombreux à résister, l’action pacifique est dès lors vouée à l’échec. Il faut donc tout faire pour se faire voir et entendre.

Mais pour d’autres activistes, la violence ne résout rien, car seule la force politique peut changer les choses. La violence (quelle que soit sa forme) entraine la méfiance, voire l’emprisonnement, et est dès lors inefficace, car elle diminue les forces vives de résistants. Si l’objectif est de faire plier les politiques par le nombre, alors mieux vaut être nombreux à résister pacifiquement et à envoyer de petits signaux, qu’un petit groupe destructeur.

On attribue à Henry d. Thoreau la paternité de la désobéissance civile. Cet homme s’est opposé farouchement à la pratique institutionnalisée de l’esclavage par le gouvernement américain. Il a commencé par refuser de payer un impôt local pour protester contre la politique esclavagiste américaine. L’idée qu’il revendique est d’agir selon ses principes, et donc de faire coïncider les actes avec les valeurs d’un individu. Et, selon Thoreau, si chaque individu agissait de la sorte, le changement serait possible. Il estime qu’il est de l’obligation individuelle d’agir selon ce qu’il considère être le bien. N’ayant pas le pouvoir ni la responsabilité d’éradiquer les maux de la société, son devoir est de ne pas y contribuer.
Ainsi, il existe aussi une multitude de formes légales et pacifiques de résistance individuelle ou collective, plus accessibles au commun des êtres humains. En voici une liste non exhaustive :

  • S’informer, réfléchir et aiguiser son esprit critique : refuser les pensées « prêtes à porter », les clichés, les stéréotypes et les idées simplistes. Rester vigilant et entrer en débat ;
  • Par la prise de parole : s’insurger oralement ou par écrit, tel que le font de nombreux journalistes ;
  • S’engager (dans un mouvement social) ;  Boycotter toute entreprise qui ne respecte pas des principes moraux et environnementaux
  • Désobéir : rejeter une forme d’autorité (une norme sociale par exemple), que l’on juge liberticide ou néfaste. C’est refuser de se conformer ou de se résigner devant un ordre des choses établi.
  • Manifester, faire la grève…

On s’éloigne bien entendu de la Résistance organisée où l’individu agit pour le collectif et au nom du collectif. Mais l’idée de vivre selon ses principes et ses valeurs n’est déjà pas si évidente qu’il n’y parait.
Concrètement : agir en pleine conscience

Ce que l’on peut retenir de toutes ces réflexions, c’est l’importance de se tenir informé, d’aiguiser son esprit critique et de poser des actes « en pleine conscience ». Cela signifie que je peux réfléchir à chaque acte que je pose et à leurs conséquences. À partir de là, je peux poser un acte en pleine conscience : si je ne participe pas à cette manifestation, est-ce que cela a un impact ? Si j’achète ce vêtement écologique, mais pas éthique, qu’est-ce que je privilégie ? Ayant pesé le pour et le contre, quel choix vais-je faire ? Et, sachant que je ne peux pas agir à tous les niveaux, c’est essayer de faire de mon mieux, chaque fois que je le peux. Malgré cela, la résistance n’est pas forcément facile, elle ne peut se contenter d’être menée simplement assis sur sa chaise en regardant la télévision ou en lisant un livre. Il y a forcément une forme de contrainte, puisque par définition, la résistance nous appelle à renoncer à certains de nos privilèges, à quelques-unes de nos habitudes.

Prenons un exemple, je prends la voiture pour me rendre à une réunion. Je sais exactement quel est l’impact écologique de ce mode de transport, je sais aussi qu’en utilisant de l’essence je favorise l’exploitation de ressources et d’humains par des grands groupes pétroliers. Je peux commencer par me demander si je ne peux vraiment pas prendre le train ou le bus. Ensuite seulement, si je me rends compte que pour diverses bonnes raisons ce n’est pas possible, j’accepte en pleine conscience d’avoir fait ce choix. Cela doit nous amener à ne pas culpabiliser inutilement. Autrement dit, je ne peux certes pas lutter contre tout, mais je peux choisir de faire « le moins de mal possible », de limiter l’impact de mes choix de vie, et d’essayer, dans la mesure du possible de vivre selon mes principes.

Ensuite, je peux choisir mon ou mes combats et tenter de mener celui-là jusqu’au bout. Par exemple, si je choisis le combat de l’écologie. Cela ne me laissera sans doute pas suffisamment de temps et d’énergie pour agir en même temps sur la pauvreté, les conditions de vie des migrants, les inégalités hommesfemmes, etc. Je ne me détourne pas pour autant de ces combats, je ne les porte simplement pas, je ne les incarne pas. Tout en les gardant en tête lorsque je dois voter, consommer ou m’exprimer.

Hélène Eraly

1. Thoreau, 20182. Hessel, 2011, p.153 Hessel, 2010, p.144 Benkhelifa, 2018 5 Hessel, 2010, p.226 Bossé, 2018, p.14 POUR ALLER PLUS LOIN…

Benkhelifa S., dans Imagine demain le monde, septembre-octobre 2018, n°129
Bossé J., Ligue de l’Enseignement et de l’éducation permanente asbl, (2018), « Désobéissance civile: nourrir la démocratie », Éduquer, tribune laïque n° 139 juin 2018. https://ligue-enseignement.be/ladesobeissance-civile-a-lecole/
Hessel S., (2010), Indignez-vous !, Indigène éditions.
Hessel S., (2011), Engagez-vous ! Entretiens avec Gilles Vanderpooten, Éditions de l’Aube.
Thoreau H.-D., (2018), La Désobéissance civile, Le mot et le reste.

Pour citer cette analyse

Eraly H., (2019), « Résister aujourd’hui », Énéo Focus, 2019/02.

Avertissement : Les analyses Énéo ont pour objectif d’enrichir une réflexion et/ou un débat à propos d’un thème donné. Elles ne proposent pas de positions avalisées par l’asbl et n’engagent que leur(s) auteur(e)(s).

Des mères au bout du rouleau

Le 30 Déc 20

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Le burn-out maternel peut toucher toutes les classes sociales. Mais qu’en est-il pour ces mères qui cumulent les difficultés, qui vivent dans des situations précaires, les mères seules, sans papier, réfugiées, primo-arrivantes ? Dans le quartier Helmet, à Schaerbeek, un projet de prévention fait ses preuves depuis deux ans.

Des mères au bout du rouleau

Le burn-out maternel renvoie à ces mamans épuisées moralement et physiquement, un épuisement qui les fait sombrer dans un état dépressif pouvant avoir des conséquences graves sur elles-mêmes ou sur leurs enfants. La complexité des situations qu’elles vivent, liées, entre autres, à leur situation financière, administrative et sociale, rendent la problématique encore plus dangereuse. Certaines n’ont pas toujours accès à un suivi et ont même du mal à en parler à leurs proches ou à leur médecin. D’autres sont fort isolées, ont souvent laissé leur réseau de soutien social au pays, rencontrent des barrières linguistiques et sont en perte de repères. Face à un discours parfois jugeant de la part de l’école, d’autres intervenants ou de la société en général, l’image qu’elles se font de leur rôle maternel est entachée.

Notre équipe est pluridisciplinaire : médecins, accueillantes, infirmier, assistante sociale, chargée de projet en promotion de la santé, coordinatrice… Nous collaborons étroitement avec des psychologues, diététicienne et logopède. Nous avons fait le constat ces dernières années de ce « mal » récurrent auprès de notre patientèle féminine. Ces femmes sont en proie à des inégalités sociales de santé accentuées par leur genre. Dépassées par leur situation de vie, elles ont du mal à faire appel à leurs ressources personnelles mais aussi à celles de leur environnement. Elles ont souvent perdu confiance en elles et en leur capacité à dépasser les évènements du quotidien.

En 2015, nous avons a lancé un projet de prévention du burn-out maternel, soutenu par Céline Frémault, ministre bruxelloise de l’Aide aux personnes, dans le cadre d’un appel à projet pour le soutien à la parentalité, et par la commune pour la mise à disposition de salle ainsi que du subside « Sport au féminin » (Cocof) pour les cours de Yoga.

Inégalités sociales de santé, genre et parentalité

Notre maison médicale est située dans le quartier Helmet, densément peuplé. Elle accueille aussi des patients du bas de Schaerbeek (une zone faisant partie du croissant pauvre de Bruxelles) ainsi que des habitants d’Evere et de Saint-Josse. Schaerbeek est l’une des trois communes bruxelloises qui comptent plus de 100 000 habitants. La proportion de jeunes de moins de dix-huit ans y est importante (un peu plus d’un habitant sur quatre). L’âge moyen, en 2015, était de 34,5 ans.

Selon l’Observatoire de la santé et du social de Bruxelles, « la part des familles avec enfants, parmi lesquelles on retrouve une proportion importante de ménages de grande taille, est supérieure à la moyenne régionale. Ces ménages sont plus présents dans les quartiers situés à l’ouest et au nord de la commune. Les personnes de nationalité étrangère représentent 35% de la population. Plus d’un quart des enfants naissent dans des ménages sans revenu du travail. Malgré une certaine augmentation sur les dix dernières années, le taux de couverture en milieux d’accueil de la petite enfance reste bas, avec à peine une place pour quatre enfants (de moins de trois ans) »[1].

Les inégalités sociales de santé touchent principalement les femmes, surexposées aux risques de précarité et aux autres mécanismes producteurs d’inégalités. Un autre rapport de l’Observatoire de la santé et du social confirme nos constats : « les parcours de vie avec épisode migratoire sont souvent très complexes, marqués de ruptures, de bouleversements familiaux, culturels et socioéconomiques, de complexités administratives, d’accès aux droits, etc. Ces parcours mènent parfois à une précarisation. Ils sont, en outre, souvent invisibles : pas de données chiffrées et non accès aux structures classiques de l’aide formelle. Tous ces éléments peuvent potentiellement jouer un rôle fragilisant ou aggravant la situation précaire »[2].

33% des femmes inscrites dans notre maison médicale sont âgées de plus de dix-huit ans. 55% de celles-ci bénéficient de l’intervention majorée de la mutuelle et 3% bénéficient de l’aide médicale urgente. Les enfants constituent 42% de notre patientèle générale.

Les femmes se retrouvent sur divers fronts : la gestion du quotidien, l’éducation des enfants… Parfois le care (prendre soin) dépasse le cadre des enfants et de l’époux et s’élargit aux parents et aux beaux-parents. Elles sont souvent seules à tout porter et n’ont pas toujours la possibilité ou le courage de confier leurs jeunes enfants à un milieu de garde. Elles expriment leur mal-être en consultation et souvent aussi leur besoin d’être soutenues. La barrière de la langue, l’immigration et parfois la double immigration (Maroc-Espagne/Espagne-Belgique, par exemple) amène son lot de difficultés supplémentaires qui touchent, entre autres, au sentiment de compétence parentale, à la confiance en soi. Plusieurs femmes nous font part d’un sentiment d’épuisement, de culpabilité de dévalorisation : certaines d’entre elles sont universitaires dans leur pays d’origine et « descendent dans l’échelle sociale » suite à leur migration. D’autres ont vécu l’exil suite à des situations de guerre.

Les enfants avant tout

Les enfants sont souvent la préoccupation principale des femmes. Chez eux, nos professionnels observent des troubles du comportement à l’école, des troubles de l’alimentation, des difficultés scolaires, des difficultés de sommeil et de la somnolence en classe, un non suivi médical de la part des parents, une addiction aux jeux vidéo et aux écrans de télévision, seules occupations possibles dans le foyer… Certains cas sont inquiétants : nous avons constaté des situations de négligence.

Chez les mamans, nos professionnels observent un épuisement généralisé, un surmenage, un malaise psychologique et somatique avec, entre autres, des conséquences sur l’exercice de leur fonction parentale. Ce mal-être et cet épuisement sont des déterminants communs à toutes nos participantes. Pour l’Observatoire de la santé et du social, « les femmes en situation de précarité sont plus souvent en mauvaise santé que les femmes plus aisées. (…) Moins les revenus sont élevés, plus la probabilité de se sentir en mauvaise santé augmente. (…) Si la santé est un problème pour bon nombre de femmes en situations de précarité, elle ne représente cependant pas leur première préoccupation. La santé passe souvent après d’autres besoins comme le logement, l’alimentation, les soins aux enfants, etc. (…) 28% des femmes bruxelloises aux revenus les plus bas présentent des troubles dépressifs, soit trois fois plus que les femmes avec les revenus les plus élevés. Plusieurs femmes rapportent à quel point leur situation sociale influence leur santé mentale.

Elles ont des soucis, des pensées incessantes, des maux de têtes, des troubles du sommeil. À un certain niveau, les problèmes de santé mentale deviennent un frein pour reprendre pied. La précarité et la (mauvaise) santé s’entremêlent. »[3]

Notre analyse de la demande des femmes inscrites à la maison médicale a mis en évidence plusieurs besoins : sortir de l’isolement, prendre soin de soi, prendre du recul. Un désir également d’autonomie et d’indépendance. Elles demandent un espace où être soutenues tout en pouvant échanger avec d’autres afin d’améliorer leur vie, leur santé, leur gestion du quotidien et la prise en charge de leurs enfants. Un espace où elles peuvent échanger en groupe avec des personnes ressources. La gestion du stress revient souvent ainsi que les difficultés familiales (couple, répartition des tâches, logement, difficultés à trouver un emploi…).

Une approche globale

Le projet vise à renforcer la capacité d’agir des femmes. Toute l’équipe y est sensibilisée et intervient d’une manière ou d’une autre : lors des consultations, les médecins détectent les personnes à risque puis les orientent vers notre psychologue et vers les activités proposées ; les accueillantes ont souvent des discussions privilégiées avec des patientes ; d’autres membres de l’équipe participent aux activités.Nous aimerions amener nos patientes à devenir actrices de leur santé (globale). Mais pour cela, un travail en amont est nécessaire : conscientisation, mise en réflexion et sensibilisation. Il s’agit aussi de leur donner une place active. Nous sommes convaincus que notre public possède des ressources, notre travail consiste à l’aider à les mobiliser et à les enrichir au quotidien. Nous leur proposons différentes activités.

  • Réunions mensuelles « Pause Mamans ». Sortir de leur quotidien, rencontrer d’autres personnes, découvrir d’autres manières de penser et de faire (notamment en termes de fonction parentale), s’octroyer un moment à soi… permet aux mères de prendre du recul face à leur situation. Une attention particulière est octroyée à la valorisation personnelle. Elles peuvent acquérir une meilleure confiance en leurs compétences, en leurs ressources personnelles et autres (le groupe, le réseau extérieur, les acteurs associatifs, etc.). Deux membres de l’équipe encadrent et animent le groupe. Ils sont garants du cadre : confidentialité, respect mutuel, distribution du temps de parole, et n’hésitent pas à recourir à la traduction par les pairs si nécessaire. Les professionnels n’occupent pas une position de « détenteur de savoir » mais plutôt de personne ressource, ils ne déposent pas des savoirs ou informations mais suscitent la réflexion et le partage en assurant un cadre sécurisant.
  • Sophrologie. L’objectif est de permettre aux patientes de bénéficier d’un moment pour mieux gérer leur stress et leur mal-être. Au début, ces ateliers étaient mensuels. Vu la demande, ils sont aujourd’hui hebdomadaires.
  • Yoga. Cette activité physique douce aide également à gérer le stress et à libérer l’esprit. Les participantes expriment un « avant » et un « après ». Certaines, qui avaient réellement du mal à confier leur enfant en bas âge, ont trouvé des solutions pour pouvoir y participer sereinement.
  • Activités parents-enfants. Nous accompagnons les mamans et leurs enfants dans des activités communes visant à renforcer les liens : jeux, sorties récréatives, yoga des enfants, massages, etc. Ces activités sont en cours de réalisation, en collaboration avec des partenaires locaux comme le REZO santé 1030 pour l’Espace jeux parents-enfants.
  • Permanence sociale. Notre assistante sociale, présente aux activités, informe, oriente et accompagne si nécessaire nos patientes vers les ressources extérieures (haltes accueil, etc.).

Un processus dans le temps

Un tel projet n’est pas sans rencontrer des difficultés. La mise en route a nécessité du temps pour recruter les mamans, pour établir un lien de confiance. Mais peu à peu, un noyau s’est constitué. L’une des participantes a réussi à convaincre son époux de garder leur fils durant les activités ; aujourd’hui, il la soutient et se rend compte que cela fait du bien à son épouse. Les femmes se livrent de plus en plus et confient leurs difficultés : sentiment d’isolement (manque d’entourage familial dans des moments importants comme l’accouchement), manque de confiance et d’estime de soi, perte de contrôle pouvant conduire à de la violence envers les enfants… autant de sujets lourds qu’elles parviennent à déposer dans un cadre sécurisant. Cependant, l’une des grandes difficultés rencontrées dans ce projet est la régularité. Notre public montre son intérêt et l’exprime, mais les contextes de vie font que participer aux activités ne constitue pas toujours une priorité. La garde des enfants est un frein non négligeable. Les haltes accueil sont peu nombreuses et saturées. Les crèches ne sont pas accessibles à ces mamans qui ne travaillent pas. Nous avons fait le choix d’accepter qu’elles viennent avec leur enfant tout en les accompagnants pour trouver des solutions. Ce n’est confortable pour personne mais cela les motive à trouver une alternative.

Aussi, les personnes les plus touchées par leur mal-être ne participent pas à nos activités…Notre projet n’a pas l’ambition d’agir sur le burn-out maternel mais de le prévenir, d’informer, d’orienter les mamans et de leur permettre de mobiliser leurs ressources pour être capables de rebondir dans ces situations de mal-être. Elles ont souvent du mal à demander de l’aide et à faire appel à des personnes spécialisées. La maison médicale est une structure de première ligne qui peut identifier et orienter les personnes à risque.


[1] Observatoire de la santé et du social de Bruxelles, Zoom sur les communes 2016, www.observatbru.be.

[2] Observatoire de la santé et du social de Bruxelles, Femmes, précarités et pauvreté en Région bruxelloise, Cahier thématique du Rapport bruxellois sur l’état de la pauvreté 2014, Commission communautaire commune, 2015.

[3] Op cit.

D’une mindmap papier à une mindmap digitale : un outil de diffusion pour des connaissances partagées

Le 30 Déc 20

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Pour le Comité de Pilotage des Rencontres « Ensemble pour la santé – Samen voor gezhondheid », https://www.samenvoorlasante.be

Dans le numéro 340 d’Education Santé, Manon Gobeaux est l’auteure d’un article faisant suite aux Rencontres ‘Ensemble pour la santé’, organisées les 1ier et 2 décembre 2017.

L’objectif général de ces Rencontres était de « promouvoir les actions locales et participatives sur les déterminants sociaux de la santé afin d’améliorer la santé des populations et de réduire les inégalités sociales de santé. » De leur organisation jusqu’à leur évaluation, ces Rencontres étaient placées sous le signe de la participation d’acteurs de la santé, qu’ils soient professionnels – politiques – citoyens (Retrouvez plus de contenu sur l’évaluation dans l’article d’Estelle Georgin et de Chantal Vandoorne dans le numéro 353).

Outre le fait que la participation soit la thématique des Rencontres, il s’agissait de la considérer comme une fin en soi, c’est-à-dire de voir dans le processus participatif un intérêt tout aussi important que le résultat final, à savoir l’émergence d’un corpus de connaissances partagées. Ces deux aspects sont reflétés dans la conclusion de l’article de Manon Gobeaux: « […] ce n’est pas tant l’apport de nouvelles connaissances qui a marqué cette première édition d’ « Ensemble pour la santé » mais bien la prise de conscience de l’importance du processus en lui-même ! ».

Un an après, nous revenons sur ces Rencontres par le biais d’une mindmap, co-construite lors d’un des ateliers de l’évènement, dont nous souhaitons mettre en avant le processus de construction ainsi que son contenu. L’atelier en question visait à réfléchir et à échanger sur les conditions au développement d’actions locales, participatives et citoyennes.

Pour réfléchir cette question, l’ensemble des participant(-es) a été réparti en groupes d’une dizaine de personnes. Dans chaque groupe, 2 personnes étaient des « contributeurs/contributrices », c’est-à-dire des représentant(-es) d’actions locales et participatives menées sur le terrain belge.

Dans un premier temps, les contributeurs/contributrices ont partagé leur expérience à leur groupe, ils ont expliqué en quoi consiste leur action, comment elle est née, pour qui et par qui elle est menée, etc.

Dans un deuxième temps, sur base de l’expérience de ces deux initiatives et de l’expérience des personnes, chaque groupe était invité à trouver des réponses aux trois questions suivantes :

  • Quels sont les points communs entre les deux initiatives présentées ?
  • Quels sont les leviers à la mise en place d’initiatives locales et participatives ?
  • Quels sont les freins à la mise en place d’initiatives locales et participatives ?

La consigne était d’inscrire les réponses sur des post-it de couleur (bleu pour les points communs, vert pour les leviers et jaune pour les freins) qui allaient ensuite être reportées et organisées sur une toile par un animateur en intelligence collective[1]. Cette animation a permis d’aboutir à la mindmap ci-dessous. Les éléments qui la composent ont donc été proposés par les 150 participant(es).

Cette forme d’animation a été bénéfique à plusieurs égards et fait l’objet d’une analyse pointue dans le rapport d’évaluation de l’APES-ULG[2].

Image
photographie de la mindmap après l’évènement

Quelque temps après l’évènement, un groupe de travail au sein des organisateurs des Rencontres a ressorti la toile et s’est penché sur sa traduction graphique pour en faire un outil interactif par lequel diffuser les résultats des échanges aux participant(-es), mais plus largement aussi, à toutes personnes désireuses d’être acteurs/actrices du changement. Ce travail impliquait aussi de se plonger dans le contenu de la mindmap et d’en faire émerger des constats.

Pour ce faire, nous avons travaillé avec un graphiste et un informaticien. Nous leur apportions le contenu et ils le mettaient en action. Ainsi, la mindmap a vu le jour sur l’internet 2.0. Le principe est simple : lorsque l’on passe sa souris sur les différents éléments du dessin, le contenu des post-it apparait. Mais, pour garantir la lisibilité de la mindmap, il a fallu regrouper les post-it en catégories en fonction du dessin de fond. Ce dernier, imaginé par l’animateur en intelligence collective simultanément à la réception des post-it, a quant à lui été redessiné graphiquement (à l’identique) comme on le voit sur l’illustration ci-dessous.

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Que nous dit la mindmap sur les freins et leviers au développement d’actions locales et participatives ?

D’abord, qu’au commencement, un certain nombre de facteurs peuvent venir freiner la participation des individus à des actions collectives : pour participer il faut se comprendre et donc, parler la même langue ; il faut avoir la volonté de participer et se sentir en confiance ; il faut avoir les informations, et puis il faut comprendre l’intérêt des actions locales et participatives. En réponse à ces freins, des leviers ayant trait à une posture individuelle ont été identifiés : s’engager, s’investir, être motivé, croire en, être tenace…

A l’analyse de la mindmap, on tombe à plusieurs reprises sur un post-it qui renvoie à une question bien connue de toutes et tous : comment susciter la participation des publics précaires, comment les atteindre ? Les leviers relevés par les participant(-es) ? Créer des espaces collectifs de proximité, encourager la mixité dans les groupes collectifs, faire preuve de flexibilité et de ténacité, poser un cadre qui favorise la confiance et le respect, prendre le temps de la participation, développer des actions autour de réseaux. Un grand nombre de freins fait référence aux aspects financiers des actions locales et participatives ainsi qu’au cadre institutionnel et politique dans lequel elles s’inscrivent. Les leviers existent pour les surpasser : adopter une vision globale de la santé, ne plus travailler en silo, penser à la santé dans toutes les politiques, etc.

Il ne s’agit là que de quelques tendances parmi les éléments apportés par les participant(es). Pour parcourir la mindmap et ainsi en savoir davantage sur le contenu des échanges, nous vous invitons à vous rendre sur le site des Rencontres « Ensemble pour la Santé » : https://www.samenvoorlasante.be/fr/mindmap/

La transformation d’un brainstorming semi-écrit à un outil de connaissances partagées, est un processus enrichissant pour remettre en perspective le contenu. La diffusion de cet outil permet aussi de faire écho aux échanges au-delà de l’évènement. La question à se poser maintenant est comment faire évoluer cet outil, et surtout les réflexions qui en sont l’objet ? Le comité de pilotage se penche actuellement sur les suites à donner aux Rencontres.


[1] Pour l’animation de l’évènement, les organisateurs ont fait appel à deux associations : Collectiv-a et Periferia.

Pour mieux comprendre les raisons d’être des Rencontres « Ensemble pour la santé Samen voor gezondheid »

Le 30 Déc 20

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Pour le Comité de Pilotage des Rencontres « Ensemble pour la santé – Samen voor gezhondheid », https://www.samenvoorlasante.be

Les 1er et 2 décembre 2017 avait lieu les premières Rencontres « Ensemble pour la santé – Samen voor gezondheid », une initiative de la Plateforme d’Action Santé et Solidarité (PASS). Un des objectifs de ces Rencontres étaient de mettre en évidence les facteurs multiples qui déterminent la santé. Les deux jours de Rencontres ont démarré avec 3 intervenants aux profils assez différents : Wim van Hees[1] avait une casquette d’« expert – acteur », Christine Ferron[2], celle d’ « experte – scientifique » et, enfin, les actrices du Théâtre du Copion portaient la casquette d’« expertes du vécu ». Malgré ces différents profils, leurs visions de ce qu’est la santé et comment l’améliorer se rejoignent et se complètent. D’ailleurs, elles ne sont pas sans rappeler une certaine charte, particulièrement chère aux professionnels de la promotion de la santé : la charte d’Ottawa.[3]

La synthèse de ces 3 interventions ci-dessous illustre et rappelle quelques-uns des éléments clés de la charte d’Ottawa.

Au fond, qu’est-ce que la santé ? Au-delà de la santé physique que l’on associe aux maladies et aux infirmités, définissons pour une fois la santé de manière positive. Car la santé n’est pas une finalité en soi, ou seulement un objectif à atteindre, c’est également une ressource pour la vie. En effet, être en bonne santé, c’est avoir la possibilité de réaliser nos aspirations et nos projets. La santé, c’est également pouvoir satisfaire nos besoins. La santé n’est donc pas juste l’inverse de la maladie : c’est un concept global et positif qui inclut de nombreuses dimensions de la vie des individus.

Qu’est-ce qui détermine notre santé ? Le concept de santé globale tel que décrit ici renvoie à la santé comme un tout, qui est dynamique. En effet, ce « tout » résulte de l’interaction constante entre l’individu et une série de facteurs, que l’on appelle déterminants de la santé. Chaque facteur se cumulant à un autre et ayant une influence sur un autre, en faveur ou en défaveur de la santé des individus.

Ces facteurs sont traditionnellement rassemblés en catégories et schématisés sous forme d’arcs de cercle, allant du plus proche au plus éloigné de l’individu. La figure ci-dessous en est un exemple. Ainsi, la santé des individus est influencée par leurs caractéristiques et styles de vie personnels, mais également par les milieux de vie dans lesquels ils évoluent. Les facteurs liés aux conditions de vie et de travail influencent bien sûr aussi la santé (ex : la qualité du logement). Enfin, les conditions socioéconomiques, culturelles et environnementales ont un impact sur la santé des individus. Il existe donc une série de facteurs sur lesquels il est possible d’agir pour améliorer la santé des personnes.

Oui, mais comment ? Wim van Hees, Christine Ferron et les actrices du Théâtre du Copion ont illustré certains de ces facteurs.

Figure 1 Les déterminants de la santé

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Référence 1 : Ministère de la Santé et des Services Sociaux (2012) ‘La santé et ses déterminants – mieux comprendre pour mieux agir’, Québec

Commençons par la dimension politique : les politiques ont en effet un impact essentiel sur la santé, c’est pourquoi la principale stratégie pour améliorer la santé est de promouvoir des politiques publiques favorables à la santé. Nous parlons de « politiques favorables à la santé » et non de « politiques de santé », car nous avons vu que la santé est influencée par un grand nombre de facteurs : elle doit donc être prise en compte par l’ensemble des politiques (ex : éducation, emploi, logement, urbanisme, environnement, etc.). On parle d’ailleurs de « santé dans toutes les politiques ». Ces politiques doivent être instaurées à un niveau national, mais également à un niveau local. Ainsi, les bourgmestres ont un rôle important à jouer à l’échelle de la commune, mais, comme le souligne Christine Ferron, le premier niveau politique est celui des directions d’établissements (scolaires, hospitaliers, etc.) ou de services (sociaux ou médicosociaux, protection maternelle et infantile, etc.), dont les méthodes de management peuvent être plus ou moins promotrices de santé, que ce soit au niveau interne ou externe.

Les conditions de vie influencent également la santé des individus, or tous les individus ne vivent pas dans les mêmes conditions. Il existe en effet des inégalités sociales et environnementales de santé qui ont un impact sur la santé des citoyen(-nes) : il est par exemple possible de comparer les statistiques entre quartiers et de constater des différences au niveau de la santé des enfants. Le théâtre du Copion a d’ailleurs abordé ce thème en mettant en scène deux personnes parlant entre autres de leurs problèmes financiers pour payer leur logement et leurs médicaments, de leur peur de perdre leur travail et de leur incompréhension face aux contraintes institutionnelles (« trop de paperasses »).

L’existence d’un environnement favorable à la santé est donc une condition nécessaire à la santé des individus.

La santé est aussi influencée par le pouvoir d’agir, qu’il soit collectif ou individuel. Ainsi, au niveau collectif, il est possible de promouvoir la santé des individus en créant des opportunités pour développer le pouvoir d’agir et permettre la participation des communautés. C’est ce qui s’appelle l’action communautaire : les personnes les plus concernées par le problème à résoudre se mobilisent afin de définir les priorités, fixer les objectifs, mettre en place des actions pour atteindre ces objectifs. De cette manière, les individus se trouvent mis en situation d’agir sur des déterminants de la santé qui autrement échapperaient à leur influence : en soutenant leur pouvoir d’agir collectivement, on développe leur capacité à porter des revendications auprès des politiques. Comme l’a expliqué Wim van Hees, les groupes de citoyen(-nes) peuvent ainsi les interpeller, les contrer ou les pousser à prendre des décisions plus favorables à la santé. Wim van Hees, représentant un groupement de citoyen(-nes) nommé Ademloos, a témoigné de ce combat de longue haleine pour faire entendre la voix des citoyen(nes) concernant le tracé du nouveau périphérique d’Anvers et ses impacts sur la qualité de vie.

Au niveau individuel, le développement des aptitudes personnelles est une stratégie à investir davantage. En effet, ces aptitudes donnent aux citoyen(-nes) des compétences pour interpeller les politiques, améliorer leur cadre de vie, s’exprimer dans le débat public et faire évoluer le système de soins.

L’atteinte d’une meilleure santé pour toutes et tous, sans laisser personne sur le bord du chemin, requiert un engagement de tous les instants et des actions qui doivent se mener à toutes les échelles de la société. Néanmoins, dans une société belge d’une extrême complexité dans laquelle les grandes orientations politiques ne sont pas toujours prises en fonction des besoins essentiels de la population, l’action citoyenne locale se profile comme un moyen particulièrement pertinent pour susciter des changements favorables à la santé. Porter un plaidoyer en faveur d’une meilleure alimentation à l’école de ses enfants, créer un jardin partagé, repenser collectivement l’usage d’une friche industrielle ou militer pour plus de logements sociaux dans sa commune sont des exemples d’engagements bénéfiques pour la santé. Ils le sont à plusieurs titres dans le sens où ils permettent de retisser du lien social, de développer chez les personnes des capacités de dire et d’agir, de relier les citoyen(-nes) à leur environnement, de montrer aux politiques la voie à suivre et d’exercer une influence directe sur les conditions préalables à la santé pour l’ensemble de la communauté…

La suite des échanges menés lors des Rencontres Ensemble pour la santé ont montré concrètement comment des actions ont été menées et ont pu être encouragées. Elle a également mis en évidence ce qui freine leur développement et les moyens pour les dépasser. Enfin, ces Rencontres ont permis de dégager des idées pour créer de nouvelles dynamiques collectives, locales et participatives favorables à la santé.


[1] Représentant un groupement de citoyen(-nes) nommé Ademloos.

[2] Christine Ferron, Docteur en psychologie, Directrice de l’Instance régionale d’éducation et de promotion de la santé de Bretagne, Déléguée générale à la Fédération nationale d’éducation et de promotion de la santé (FNES)

[3] Organisation mondiale de la santé, Charte d’Ottawa pour la promotion de la santé, 1986, https://www.euro.who.int/__data/assets/pdf_file/0003/129675/Ottawa_Charter_F.pdf

La qualité de vie , un enjeu communal

Le 30 Déc 20

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La qualité de vie , un enjeu communal

A partir des années 2000, l’association « Santé, Communauté, Participation « (SaCoPar) a accompagné différents programmes « Communes et santé » développés à l’initiative des différents ministères de la santé de la Communauté française qui se sont succédés. C’est près d’une centaine de projets, portés par des communes et des CPAS, en Wallonie et à Bruxelles, qui ont bénéficié d’un financement pour les mener à bien. Ces programmes, centrés essentiellement sur la volonté de développer le bien-être des citoyens et sur la réduction des inégalités sociales de santé, se sont implantés entre 2001 et 2013. SaCoPar a œuvré à l’évaluation des processus de ces projets et observé leurs résultats. C’est sur base de leur analyse que la publication, parue cette année, « La qualité de vie, un enjeu communal »Note bas de page a été réalisée.

Constats et expériences

De l’analyse de ces expériences locales, dans la durée et dans leur diversité, on peut retenir :

  • l’émergence d’un nouveau paradigme de santé : la santé est le fruit des différentes activités de la vie sociale : conditions sociales, scolarité, environnement, logement, mobilité, conditions de travail, etc., toutes régies par des choix et décisions politiques, dont un nombre important relève des compétences communales,
  • l’implication des différents secteurs qui concernent le quotidien des populations,
  • la nécessité d’une approche intégrée et transversale ainsi que de la participation citoyenne,
  • la mise à jour des conditions pour des effets durables : des politiques et cadres administratifs locaux volontaires, un cadre politique régional incitatif, un réseau serré de tous les acteurs y compris des habitants, la prise en compte des besoins de la population,
  • le besoin de formation et d’outils au service du personnel communal et leurs partenaires.

Rendre durables des mesures politiques qui favorisent la qualité de vie des habitants suppose que celles-ci soient inscrites au cœur des préoccupations des politiques et que soient interrogées les décisions prises en matière de politique publique.De nombreuses expériences illustrent l’intérêt et la faisabilité d’agir au niveau des villes et des communes : Le programme Villes Santé, lancé par l’OMS en 1986, actualisé en 2016 par la déclaration de Shangaï des Maires de villes, a impulsé une large dynamique en Belgique et dans toutes les régions du monde. Plus de 1300 villes et communes participent à ce programme en Europe dont une douzaine en Belgique.La stratégie « Villes santé » met en lumière l’impact de la santé sur le développement local : Pourtant, les évaluations d’impact, et plus largement l’émergence de Villes, se développent peu en Belgique. Il y a sans doute une question de moyens. Bien que des services permettant d’améliorer la santé globale constituent un maillon important de développement local. Ils devraient dès lors être considérés davantage comme un investissement plutôt qu’un coût. Au terme de ces nombreuses années d’accompagnement de projets communaux, la question de la prise de conscience, et de la conviction politique qui en découle, que les communes possèdent d’importants leviers pour améliorer la qualité de vie de leurs citoyens est apparue centrale voire primordiale. A cet égard, l’EIS (Evaluation d’impact sur la santé) s’avère être un outil au service de cet objectif et un soutien structurant d’une volonté politique de faire des politiques communales des leviers de santé des habitants.

Questions pour un passage à l’acte

Dans cette perspective, SaCoPar a organisé, à Bruxelles et à Charleroi, en juin 2018, un séminaire de sensibilisation, d’échanges et d’analyse des préoccupations et besoins des acteurs communaux locaux, en lien avec les différentes dimensions révélées au cours de la démarche d’accompagnement des projets communaux. Il s’agissait d’interroger la prise de conscience de l’impact des politiques publiques communales sur la sante et d’explorer les moyens d’agir sur cette relation. Ces rencontres ont bénéficié de la collaboration de l’Observatoire de la santé et du social de la Région de Bruxelles- capitale, du Parlement bruxellois, de Charleroi-Ville- Sante et de l’association internationale S2D (Santé, développement durable) centre collaborateur de l’OMS. Celle-ci a pour mission de soutenir, notamment par la formation et les échanges d’expériences, le développement et l’implantation des Évaluation d’impact sur la santé (EIS) au niveau local.Les questions, qui sont revenues le plus souvent chez les participants au séminaire, traduisent les interrogations suscitées par la mise en œuvre. Elles soulèvent les points suivants :

  • la transversalité des dispositifs politiques : liée à l’organisation des responsabilités politiques au sein d’une commune, au rôle de coordination incitative et soutenante du bourgmestre, à la culture collective du bien commun pour sa commune,
  • la vision partagée ou non du concept de santé au sein des acteurs communaux : à cet égard le concept de qualité de vie est évoqué comme plus fédérateur, ainsi que l’opportunité de faire entrer la santé dans les préoccupations communales pour des besoins spécifiques comme par exemple la qualité de l’air, de l’eau, le développement durable, l’animation des enfants et des jeunes, la cantine scolaire, ….
  • la présence des bonnes personnes au bon moment : cela nécessite du repérage au sein des corps politiques, administratifs et techniques. L’existence d’un échevin ayant des compétences santé peut être déterminante, à condition qu’elles soient dotées de moyens financiers décents. L’important c’est d’œuvrer dans l’intérêt général et d’avoir une vision ouverte sur le bien commun.
  • la mobilisation des ressources locales : les Cpas, les associations et les citoyens qui se mettent au service de la population et sont derrière le politique (mouvements citoyens) et des ressources d’appui régionales (sont cités : CLPS, OSS, IPSA, Perspective Brussels).L’évaluation peu présente dans les projets : dans les communes, les opérateurs sont peu outillés à l’évaluation de projets, ils s’interrogent sur quels types d’indicateurs définir. Ils posent la question « Existe-t-il une aide à l’implantation des EIS ?

En bref, le séminaire « La santé dans toutes les politiques communales et la qualité de vie , un enjeu communal » a mis en avant la nécessité :

  • d’un ancrage communal fort : la santé dans toutes les politiques, comme une volonté politique inscrite dans le projet communal et des acteurs mobilisés, prêts à agir
  • d’un partage de l’expérience à l’échelle locale, régionale, fédérale et internationale pour élargir les savoir-faire (les succès engrangés, les difficultés et les défaites, les astuces pour s’en sortir quand tout semble perdu),
  • de la mobilisation à tous les niveaux par le plaidoyer (exprimer des besoins, suggérer des réponses, proposer des outils, montrer des résultats), de la prise de conscience de la nécessité, de l’utilité et de l’intérêt d’un accompagnement (outil tel que l’EIS, expertise).

Recommandations

Des recommandations formulées ici et lors des séminaires sont issues de la lecture critique des programmes locaux développés en Communauté française, des stratégies de mises en œuvre au travers de divers dispositifs de développement nationaux et internationaux : Villes- sante Oms , plans de cohésion sociale, contrats de quartiers durables , agenda 21 local … . La plupart s’inscrive dans des dynamiques de bien- être partagé au sein d’un territoire. On observe combien leurs objectifs convergents et la proximité des méthodes peuvent alimenter une nouvelle dynamique territoriale sur la commune. Inscrire la Sante / Qualité de vie au cœur des politiques communales peut utilement enrichir ces dispositifs et vice versa. L’interaction des pratiques et des concepts théoriques produit une somme de connaissances et de pistes d’actions régulièrement affinées, dont les acteurs peuvent utilement faire usage.Quelques brèves lignes de force « recommandables » sont issues de cette confrontation de l’expertise aux réalités de terrain :

  • une priorité : développer des facteurs favorables à la santé globale, en agissant au niveau des milieux de vie (école, logement, entreprises, loisirs), des quartiers (sécurité, infrastructures sportives, voiries), de l’environnement (hygiène, espaces verts, eau, circulation routière)
  • une stratégie de base : soutenir la collaboration intersectorielle et la mise en réseau
  • une condition de pertinence et d’efficacité : agir au niveau des collectivités territoriales
  • une option centrale : développer une action communautaire au niveau local avec la participation de tous les acteurs concernés, en impliquant la population de façon active, en valorisant et mutualisant les ressources locales, en réorientant les services de santé vers les besoins de la collectivité.

… des perspectives pour faire un pas plus loin

Tant l’expérience d’un accompagnement de plusieurs années, que les constats et attentes partagés avec les acteurs, conduisent à formuler des perspectives qui permettent une avancée de l’appropriation par les pouvoirs locaux de la dimension globale de la santé. Le débriefing, réalisé avec l’Observatoire santé-social bruxellois, conforte cette option.L’agenda institutionnel ouvre parfois des opportunités : il inscrit deux élections successives en 2 ans, l’une communale et l’autre fédérale et régionale, qui sensibilisent potentiellement les acteurs politiques et les citoyens sur les programmes politiques. Complémentairement, le Plan santé bruxellois, en voie d’adoption, intègre dans ses mesures le développement de l’évaluation de l’impact des politiques de santé. Il en prévoit une mise en place progressive et comportant une phase de sensibilisation auprès des différents acteurs politiques susceptibles d’y avoir recours. Il souhaite mettre cet outil d’aide à la décision à la disposition des ministres régionaux et communautaires, mais également à la disposition des pouvoirs locaux. Il est à espérer que le projet wallon, actuellement en gestation, aille dans le même sens.Dès maintenant, le programme initié par SaCoPar travaillera trois axes, retenus comme fondateurs et complémentaires :

  1. Developper une conscience et conviction en faveur de la sante globale et de l’impact des politiques communales sur la qualité de vie des collectivités locales.
  2. Promouvoir des stratégies territoriales pertinentes répondant aux besoin , déployant une mobilisation intersectorielle, de nature communautaire (sollicitant la participation de tous les acteurs )
  3. Soutenir les politiques locales par l’appropriation de l’évaluation d’impact sur la santé, comme outil structurant

Ce programme s’adresse aux acteurs, actuels et futurs, de la santé des citoyens et ils sont nombreux. Les acteurs du terrain communal devraient y puiser des ressources facilitantes pour intégrer la santé dans la « préoccupation » transversale de leurs politiques.

Pour en savoir plus

www.sacopar.be Contact : coordination@sacopar.be

La brochure est téléchargeable sur le site www.sacopar.be