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Voyons large, troisième saison

Le 30 Déc 20

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Voyons large, troisième saison

Nous vivons dans une société où tout nous incite à prendre du poids… et où tout nous pousse à vouloir être le plus mince possible. La troisième campagne de Voyons large aborde ce paradoxe en explorant quelques-unes des multiples raisons qui le sous-tendent. Soit autant de pistes pour mieux appréhender les enjeux qui entourent les questions de poids…

Une première campagne sur les discriminations liées au poids, une autre sur les 10 bonnes raisons de ne pas faire régime… Voyons large ne pouvait s’arrêter là. Pour sa nouvelle campagne, Voyons large propose donc de continuer à réfléchir, ensemble, aux normes qui pèsent sur la population.

Cela suppose, entre autres, de s’interroger sur les raisons pour lesquelles le poids – et les kilos en trop – ont pris tant d’importance dans nos vies. L’idée? Continuer à prendre du recul, à mieux comprendre ce qui dicte nos comportements alimentaires et à poser nos propres choix en connaissance de cause.

Contrairement à ce que l’on croit souvent, gagner ou perdre des kilos est loin d’être uniquement une question d’attitudes individuelles, auxquelles s’ajouterait (dans le cas d’une perte de poids) un zeste de volonté. Ce serait bien trop simple! Pour sortir de cette vision, Voyons large entame un nouveau voyage dans le monde du poids, du surpoids, et de l’obésité, en suggérant un nouveau regard. Il est porté, de façon ludique, par l’édition d’un calendrier, compagnon sympathique de l’année 2016. Autre allié dans cette démarche, le site www.voyonslarge.be qui détricote les normes de poids et de minceur, les préjugés et les croyances, sans moraliser ni juger. Enfin, cette approche passe, aussi, par l’analyse du Pr Olivier Corneille, psychologue à l’UCL et par son décryptage de nos comportements alimentaires.

Le but? Mieux comprendre les complexités du ‘jeu’ dans lequel nous nous trouvons, et découvrir des éléments qui peuvent nous aider à (re)prendre le contrôle de nos décisions et de nos manières de consommer…

La piste du contexte

Actuellement, entre malbouffe et santé, nos coeurs (et nos assiettes) balancent.

«Nous sommes placés entre un objectif hédonique à court terme et un objectif de santé à long terme», tranche Olivier Corneille. «Il est difficile de résister à l’appel du premier, qui procure des plaisirs certains et immédiats. Une série de recherches actuelles portent sur la régulation de soi, sur les moyens de résister à nos envies et nos tentations, ou sur les moyens de les réguler. Pourtant, je ne suis pas persuadé qu’il s’agisse de la voie la plus prometteuse. En effet, elle tend à nous épuiser et à nous culpabiliser de nos échecs répétés. En conséquence, elle diminue souvent notre estime de soi et notre sentiment de contrôle. Cette optique s’apparente aussi à celle qui nous pousse à tomber dans le cycle des régimes. Dans une immense majorité des cas, ils ne marchent pas, et nous le savons, mais… nous les adoptons quand même.»

Le psychologue suggère donc une autre piste: agir sur le contexte, sur cet environnement qui nous pousse à acheter et/ou à consommer. Cela signifie qu’il s’agit aussi, pour tout le monde, de mieux connaître et d’identifier de quelles manières on trompe nos cerveaux pour mieux contrôler nos comportements.

Mince, c’est dans la tête!

Ainsi que le souligne Olivier Corneille, en matière de poids, une information préventive est nécessaire. Mais elle ne suffit pas, puisqu’on assiste, dans tous les pays occidentalisés, à une augmentation globale du nombre de personnes touchées par des problèmes de poids. Ainsi, les chiffres publiés par l’Institut Scientifique de Santé publique, d’après une étude réalisée sur 3.200 personnes interrogées en 2014-2015, font état de 29% de répondants en surpoids et de 16% en situation d’obésité soit, sur ce dernier point, 5 % de plus que lors d’une enquête similaire menée en 2004.

L’information préventive ne suffit pas parce que, la plupart du temps, elle individualise les questions au lieu de les inscrire dans une réflexion qui prenne en compte le poids du contexte économique, social et culturel dans lequel baignent nos rapports à la nourriture et au corps. Elle ne suffit pas non plus car elle inscrit la rationalité comme principe alors que notre psychisme l’ignore.

«Clairement, c’est bien notre rapport à l’alimentation qui doit être interrogé ici», relève le Pr Corneille. «Savoir qu’il faut manger 5 fruits et légumes et que cela sera plus sain que de manger des chips n’empêche pas d’acheter et de dévorer ces derniers aliments. Pour faire changer les choses, il s’agit donc de parvenir à jouer sur le contexte immédiat de l’achat ou de la consommation effective.»

Notre cerveau nous trompe

En réalité, comme l’explique le Pr Olivier Corneille, «nos comportements alimentaires témoignent d’une rationalité très limitée. Ils sont largement automatiques et largement contaminés par des jugements ‘défectueux’.»

Des exemples? Olivier Corneille en propose de nombreux. Ainsi, lorsqu’on nous sert une belle grande assiette bien remplie, nous imaginons – à tort – que la quantité proposée est adaptée et conforme à nos besoins. Dès lors, au lieu de porter notre attention sur notre sentiment de faim (ou de satiété), nous terminons bien sagement notre plat, l’esprit tranquille. Le psychologue souligne aussi que les assiettes actuelles sont, en moyenne, 44% plus grandes que celles utilisées il y a une quarantaine d’années! De quoi nous pousser à prendre l’habitude de consommer trop…

«Un certain nombre d’effets psychophysiques nous empêchent de bien appréhender les quantités que l’on nous sert», confirme le psychologue. «Par exemple, nos cerveaux vont être trompés par l’augmentation de la taille de récipients de pop-corn: contrairement à ce qu’elle imagine, la personne ne parvient pas à calculer correctement la quantité servie, et à réaliser que dans certains cas, elle se retrouve avec jusqu’à 75 % de produit en plus!»

Différentes études ont confirmé nos difficultés à réguler les quantités que nous mangeons, en fonction du cadre ou des conditions dans lesquelles nous sommes placés. Ainsi, dans l’une de ces recherches, menée aux États-Unis en 2005, des volontaires se voyaient proposer un bol de soupe. Or, chez certains d’entre eux, le contenant se remplissait imperceptiblement au fur et à mesure du repas. Résultat: une consommation accrue de 73%… et, malgré tout, chez les personnes concernées, le sentiment de ne pas avoir mangé davantage que les autres! On sait également que les possibilités de se resservir à volonté dans certains restaurants augmentent la consommation de 70 %.

Dans un autre domaine, les chercheurs, tout comme les industriels, ont également compris qu’un label ‘pauvre en graisse’, censé permettre d’ingérer moins de calories, déculpabilise le consommateur qui se sent dès lors autorisé à augmenter la consommation des produits étiquetés de la sorte. Au final, les quelque 15% de calories en moins dans l’aliment ne servent à rien, bien au contraire: la personne mange davantage (une attitude également profitable au vendeur de ces produits) et ingère plus de calories.

Enfin, les enfants sont loin d’être épargnés par un certain nombre de conditionnements destinés à les pousser à adopter des comportements alimentaires probablement inadaptés. «Les publicités pour céréales, barres chocolatées ou autres sodas sont fréquemment associées à des personnages souriants. On y ajoute aussi des musiques entraînantes ou positives. Or le jeune, tout comme l’adulte, transfère toutes ces qualités sur le produit qui lui est associé…» rappelle le Pr Corneille. De quoi donner envie de manger… et de faire coup double: un consommateur captif dès l’enfance n’est-il pas la promesse de profits garantis pour de longues années?

On le voit bien au travers de ces exemples, notre cerveau nous trompe… mais les industriels aussi!

Small is delicious, qu’ils disaient

Comment le consommateur peut-il ‘faire autrement’ sans tomber dans les restrictions, les troubles alimentaires, les oublis du caractère convivial et social de l’alimentation? Connaître les pièges qui balisent le chemin permet de mieux les éviter. À cet égard, certaines pistes développées dans les recherches sur les comportements de consommation sont également très prometteuses.

L’une d’entre elles consiste à s’entraîner à se concentrer sur ses expériences sensorielles. «En effet, paradoxalement, lorsqu’une personne apprend à se concentrer sur le plaisir que lui apportent des produits hédoniques, elle est amenée à choisir de plus petites portions et à en attendre plus de plaisir. Une expérience l’a montré: quand on demande à des enfants d’imaginer leur plaisir à manger des produits chocolatés, ils optent ensuite pour de plus petites portions.»

«En fait», précise le Pr Corneille, «la courbe de satiété et celle du plaisir sont inversées. Le plaisir est à son pic lors des premières bouchées. En revanche, il n’augmente plus très significativement lors des 50, 100 ou 150 grammes supplémentaires que l’on avale ensuite. En cadrant le choix au sein d’une expérience plus sensorielle, il devient donc possible de modifier les comportements.»

Pile je ne bouge pas, face je reste assis

L’analyse et les informations apportées par Olivier Corneille s’inscrivent dans une vue globale du problème du poids et du contrôle de ce dernier, une problématique qui relève de facteurs multiples.

Parmi eux, réside le fait que, petit à petit, sans que nous ne le réalisions toujours clairement, l’activité physique déserte nos journées: nous ne bougeons plus, ou pas assez. Une série d’excellentes raisons justifient cette tendance à la sédentarité.

Les distances (et/ou le manque de temps) ne permettent pas d’amener les enfants à pied à l’école, et encore moins de se rendre ainsi au travail, ou de faire ses courses ou d’aller rendre visite à ses proches. Des rues ou des quartiers jugés peu sûrs, ou peu adaptés à la promenade ou au vélo, n’encouragent pas davantage à y faire un tour, et pas plus à y jouer avec les enfants. Quant à nos emplois, combien consistent désormais à rester devant un ordinateur?

C’est ainsi que, dans de nombreux cas, nous devenons sédentaires non par choix ou par envie, mais parce que nos métiers, nos vies et nos villes nous y conduisent et qu’il n’entre pas forcément dans la culture (ou le goût) de tout le monde de pratiquer régulièrement un sport, ce qui aiderait pourtant à réintroduire une indispensable activité physique dans nos vies et dans nos agendas.

Et puis, je craque!

Histoire de continuer à mettre les choses en perspective, voici un petit jeu, praticable dans n’importe laquelle de nos villes. Il suffit de se rendre au cœur de celle-ci, ou bien dans ses rues les plus commerçantes, et de compter les possibilités de s’arrêter pour consommer plats ou boissons. Le chiffre obtenu est parfois impressionnant. Mais ces appels, ces incitations à se sustenter ou à boire (presque) en tout lieu et à (presque) n’importe quelle heure, ne sont pas seuls en cause, ni les seuls pièges qui nous guettent en matière de poids.

Loin des disettes et des famines qui ont marqué l’histoire de nos sociétés, l’industrie agro-alimentaire a réussi le pari de pouvoir proposer, en permanence, une offre abondante, sinon pléthorique, et adaptable à une majorité des budgets. Certes, cela représente un véritable progrès, mais on ne peut en nier des aspects moins positifs.

Comment ne pas craquer face à une série de produits par ailleurs poussés, propulsés, vantés par de multiples publicités? L’histoire ne dit pas si ces aliments sont tous bien nécessaires. Ou plutôt si, elle nous le dit pour un grand nombre d’entre eux. Trop gras, trop sucrés, trop salés, ils contribuent à alimenter nos envies de gras, de sucres, de sel et à nous engager dans un processus nutritionnel au mieux coûteux et sans grand intérêt, au pire délétère pour notre santé.

Les ‘snacking’, plébiscités par les enfants, les adolescents… et les adultes qu’ils deviennent, ne sont pas seuls concernés. Tout comme les autres aliments industriels, un grand nombre de plats préparés, si pratiques pour le gain de temps qu’ils représentent, bénéficient encore et toujours d’étiquetages peu lisibles, et peu ou pas compréhensibles pour qui ne possède pas un diplôme de nutritionniste.

Un concours du double langage

Dans notre environnement, tout nous pousse à consommer, et à prendre du poids… Mais rien ne nous empêche, bien au contraire, de rêver d’être mince, et de se vouloir maigre et belle (ou beau) comme ces modèles (retouchés ou pas) qui s’étalent des murs des villes aux pages glacées des magazines et qui font figure de standards de beauté.

Selon une enquête menée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) en 2012, en France, 60% des femmes et 44% des hommes souhaitent peser moins. Tous avec raison? En Belgique, 35% des femmes et 21% des hommes voudraient perdre du poids. Un quart de la population seulement ne se soucie pas de son poids. Clairement, ces chiffres dépassent, et de loin, le nombre de personnes pour lesquelles une perte de poids pourrait effectivement représenter un gain de santé – seule justification sensée à une traque drastique aux kilos.

Seulement voilà, chaque kilo en trop mène à se sentir jugé, décrédibilisé, condamné. Et nos propres regards ne sont guère plus tendres envers celles et ceux qui frisent l’excès de poids. Dès l’enfance, une multitude de discriminations et de préjugés les accompagnent, entamant souvent leur confiance en eux.

Cela aide-t-il à comprendre les raisons pour lesquelles, même si nous savons que les régimes mènent au pire, c’est-à-dire à une reprise de poids supérieure aux kilos perdus, ainsi que, pour certains catégories de la population, à des troubles du comportement alimentaire, nous voulons encore y croire?

Y’a plus de place pour les gros!

Insensiblement, rappelle le Pr Corneille, nous sommes incités à manger plus, à ingérer davantage de nourriture. Nous le faisons en toute bonne conscience et en oubliant de prêter attention au seul signal (certes parfois difficile à percevoir) qui nous donnerait des renseignements pertinents: celui de nos sensations.

Pour parler de ce phénomène global, aux États-Unis, le Pr Brian Wandink a dénoncé, dès 2006, le ‘mindless eating’, la nutrition irréfléchie. Afin de sortir de ce schéma, il s’agit d’apprendre à mieux comprendre comment nous réagissons aux sollicitations de notre environnement et pourquoi celui-ci nous piège; nous pouvons ensuite agir sur notre environnement quotidien (par exemple, la taille de notre vaisselle), explique Olivier Corneille.

Des recettes à réinventer

En plus de mieux comprendre notre fonctionnement, le Pr Corneille évoque également l’importance de s’assurer de l’adéquation des messages de prévention ou d’éducation.

L’objectif? Que le contenu des messages transmis touche bien sa cible, et de manière efficace. En effet, si une personne imagine qu’en prenant, en plus de son hamburger, une salade elle ‘rachète’ celui-ci et s’autorise donc une portion de frites en plus, le message est raté!

Il s’agit de rendre possible un autre regard sur nos façons de manger et de consommer, de nous regarder et d’accepter les différences, les imperfections, de lâcher un peu le contrôle et de redécouvrir le bien-être. Cesser de faire croire aux mangeurs qu’eux seuls sont responsables des désordres alimentaires.

De plus, au-delà de notre éducation, un changement significatif de cet environnement propice à troubler nos relations avec l’alimentation et la santé serait sans doute utile. Les modifications à opérer passent donc probablement par un aménagement différent des villes (qui inciterait davantage à l’exercice physique des petits et des grands), et par de nouvelles législations et de nouvelles balises pour le secteur agro-alimentaire…

En remettant les choses en perspective, la campagne Voyons large devrait ainsi permettre à chacun de continuer à prendre du recul sur les normes de poids et à mieux comprendre les causes, complexes et multiples qui influent sur nos comportements. Sans oublier de conserver le plaisir de manger et de partager ensemble…

Le calendrier Voyons large est disponible gratuitement sur simple demande par mail à info@questionsante.org

Le quizz de Voyons large

1. Nos sociétés semblent ne valoriser que la minceur. Pourtant, sur Terre, combien de personnes en surpoids compte-t-on?

A. Plus de 980 millions d’adultes

B. Plus de 1,9 milliard d’adultes

C. Plus de 3 milliards d’adultes

2. Les régimes, ça ne marche pas la plupart du temps. Pourtant, combien de Belges en ont déjà tenté un ou plusieurs?

A. 52 %

B. 67 %

C. 74 %

3. Si Barbie n’était pas une poupée mais une personne réelle, que lui arriverait-il?

A. Elle remporterait probablement la couronne de Miss Monde.

B. Appliquées à un corps humain, ses mensurations l’empêcheraient de se tenir debout ou de marcher.

C. Sur les réseaux sociaux, elle participerait probablement aux discussions prônant l’anorexie.

4. Si nous mangions en suivant les exemples et les injonctions de la publicité, que se passerait-il?

A. Nous consommerions 2560 % de l’apport recommandé en sucre, et 2080 % de celui préconisé pour les graisses.

B. Les pourcentages de personnes en surpoids ou obèses baisseraient de 5 %.

C. Nous nous contenterions de 40 % de l’apport recommandé en légumes, de 32 % pour les produits laitiers et de 27 % pour les fruits.

5. Être mince est un signe de bonne santé.

A. Cette affirmation est vraie.

B. Cette affirmation est fausse.

C. Cette affirmation est partiellement vraie et partiellement fausse.

6. Laquelle des affirmations ci-dessous est exacte?

A. Les personnes obèses ont toujours intérêt à faire un régime.

B. Les personnes obèses n’ont jamais intérêt à faire un régime.

C. Les personnes obèses présentant un problème de santé peuvent avoir un intérêt à perdre du poids.

7. Pour les personnes obèses décidées à perdre du poids, quel objectif est-il raisonnable de viser?

A. Pas plus de 5 à 10 % de leur poids de départ par an.

B. Pas plus de 10 à 20 % de leur poids de départ par an.

C. Pas plus de 20 à 30 % de leur poids de départ par an.

8. Laquelle de ces affirmations est exacte?

A. Les personnes en surpoids ne suscitent que peu de rejets discriminatoires dans le monde du travail.

B. Dans le monde du travail, les personnes en surpoids sont aussi discriminées qu’un immigré.

C. Il est démontré que les personnes en surpoids travaillent et produisent moins que les autres.

9. Pour nous pousser à consommer davantage, la taille de nos assiettes a augmenté au cours des quarante dernières années. Dans quelle proportion?

A. 10 %

B. 25 %

C. 40 %

10. Certains restaurants ont institué une formule grâce à laquelle il est possible de se resservir à volonté. De combien cette pratique augmente-t-elle notre consommation?

A. 40 %

B. 70 %

C. 80 %

Réponses

1: B (chiffre OMS, 2014).

2: C .

3: B et probablement C.

4: A et C.

5: C (on peut être mince et en bonne santé, ou bien mince et en mauvaise santé, par exemple en raison d’un trouble du comportement alimentaire. Avec des kilos en trop, on peut aussi être en meilleure santé qu’une personne mince.).

6: C (dans ce cas, une perte de poids pourrait améliorer leur espérance de vie; de manière générale, des mesures diététiques douces et une activité physique accrue sont préconisées pour toutes les personnes en surpoids.).

7: A.

8: B (D’après P. Peretti Watel et J-P Moatti dans ‘Le Principe de prévention. Le culte de la santé et ses dérives’, Éditions du Seuil – La République des Idées, 2009). La réponse C fait référence à une accusation fallacieuse de paresse, cliché et préjugé courant à l’égard des personnes en surpoids.

9: C (source: Pr Olivier Corneille, UCL).

10: B ( source: Pr Olivier Corneille, UCL).

Les questions ci-dessus ont essentiellement trouvé leur inspiration dans les informations fournies sur le site www.voyonslarge.be.

L’association ‘Pratiques en santé’ vient d’être créée

Le 30 Déc 20

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L’association ‘Pratiques en santé’ vient d’être créée

Activités

Elles vise principalement 5 objectifs en 2016.

Poursuivre le référencement d’articles

Les domaines concernés sont la santé publique, la promotion de la santé, la prévention, le dépistage, l’accès et la qualité des soins, l’éducation thérapeutique du patient, l’environnement et le développement durable, ceci avec le prisme des déterminants de santé (habitat, travail, éducation, culture…). La valorisation se fera par le site de l’association et sa lettre d’information électronique bimensuelle.

Développer la littératie en santé

Lire, c’est comprendre: rédiger et solliciter des commentaires afin de favoriser la lecture rapide des documents et apporter une aide pour mieux les comprendre, réaliser des interviews des auteurs.

Favoriser un travail collectif autour du référencement

Objectif à atteindre avec les personnes adhérentes, collaboration à la fois pour la recherche et la sélection des articles, la rédaction de notes de synthèse ou la valorisation des références.

Accompagner des projets

À la demande, mise en relation avec des associations, des services ou des entreprises privées susceptibles d’accompagner les projets.

Financer des micro-projets

Les excédents de l’association seront intégralement reversés à des projets modestes à partir d’un ou deux appels à candidature par an.

Adhésion

Pour faire partie de l’association, il faut s’engager à collaborer au référencement des articles, d’expériences, de vidéos, etc.; valoriser ces connaissances auprès de professionnels, de bénévoles et du grand public. Les lettres de manifestation d’intérêt et de collaboration sont à envoyer au président de Pratiques en santé, do@pratiquesensante.eu.

Soutien

Vous pouvez faire un don à l’association. Les sommes recueillies serviront à gérer les frais de la plateforme (abonnements, hébergement, déplacements, fournitures, aucun salaire). Les excédents serviront à financer les micro-actions.Pratiques en santé, Daniel Oberlé, Maison Moreau-Nélaton, 22 place Aristide Briand, 02130 Fère-en-Tardenois. Internet: www.pratiquesensante.eu. Courriel: do@pratiquesensante.eu.

Un nouveau test de dépistage du cancer colorectal

Le 30 Déc 20

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Le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) vient de publier en début d’année, comme il le fait tous les 3 ans, un ‘check-up’ de notre système de santé, élaboré en collaboration avec l’Institut national d’assurance maladie-invalidité (INAMI) et avec l’Institut Scientifique de Santé Publique (ISP).

À travers 106 indicateurs, portant sur la période 2008–2013, ce rapport dresse la liste des points forts et des points faibles du système, et indique aux décideurs politiques et aux responsables de notre système de santé où il serait judicieux de placer les priorités pour garder le système performant, voire l’améliorer. Cet exercice est réalisé dans beaucoup de pays européens, ce qui leur permet de se comparer et de se fixer des objectifs à atteindre pour s’aligner sur les meilleurs.

De façon générale, les Belges sont satisfaits de leurs soins de santé, et 78 % s’estiment en bonne santé. Sur le plan de la qualité des soins, notre pays se situe dans la moyenne européenne. Toutefois, l’examen de l’ensemble des indicateurs livre un tableau plus nuancé et 34 signaux d’alarme ont été identifiés.

Comment se porte notre système de santé?

En début d’année, nous avons coutume de nous souhaiter «une bonne santé» les uns les autres. Mais qui se soucie de la santé de… notre système de santé? Traditionnellement, on dit de lui qu’il est ‘bon’, mais qu’est-ce que cela veut dire au juste? Comment peut-on mesurer cela? Un concept aussi vaste recouvre forcément de très multiples facettes. Mesurer chacune de ces facettes permet d’obtenir la vision globale qui se rapproche le plus de la ‘valeur’ de notre système de santé. C’est à cette vaste tâche que s’attelle le projet récurrent ‘Performance du système de santé’ mené en continu par trois institutions fédérales, le KCE, l’INAMI et l’ISP. La troisième édition de cet exercice est publiée aujourd’hui.

À quoi sert-il de mesurer la performance de notre système de santé?

L’objectif premier d’une évaluation de la performance du système de santé est de fournir une photographie régulièrement mise à jour de l’ensemble du système, pour aider les autorités à choisir leurs priorités dans l’orientation des politiques de santé.

Cette photographie résulte de la mesure de 106 indicateurs portant sur 6 grands domaines: la promotion de la santé, les soins préventifs, les soins curatifs, les soins de santé mentale, les soins de longue durée et les soins autour de la fin de vie. Chacun de ces domaines est à son tour évalué à l’aune de cinq dimensions: la qualité, l’accessibilité, l’efficience (efficacité par rapport à l’investissement consenti), la soutenabilité et l’équité.

Les données se basent sur la période 2008-2013, ce qui est un délai courant quand on utilise des bases de données administratives, mais qui ne permet pas de prendre en compte les derniers changements dans le système. Il reste néanmoins intéressant de voir l’évolution dans le temps des indicateurs, pour vérifier qu’une politique donnée a porté ses fruits, ou pour constater, au contraire, qu’une situation s’est détériorée depuis la dernière mesure.

Cet exercice est réalisé dans beaucoup de pays européens, ce qui permet d’établir des comparaisons entre pays et de se fixer des objectifs à atteindre pour s’aligner sur les meilleurs d’entre eux.

Des citoyens satisfaits mais…

Du point de vue du citoyen, le bilan est plutôt positif: une large part (78 %) de la population belge s’estime en bonne santé, un résultat supérieur à la moyenne des autres pays européens, et les Belges sont satisfaits de leurs soins de santé. Toutefois, l’examen de l’ensemble des indicateurs livre un tableau plus nuancé, avec 34 indicateurs sur 106 qui sont au rouge.

Notre système de santé peut être considéré comme accessible, grâce à notre assurance maladie, doublée de filets de sécurité pour les revenus les plus faibles (maximum à facturer, remboursement majoré des dépenses de santé). Néanmoins, il reste souvent un montant important à charge des patients: 18 % des dépenses de santé totales, ce qui est beaucoup en comparaison avec les autres pays d’Europe.

Une qualité dans la moyenne

La plupart des résultats relatifs à la qualité des soins se situent dans la moyenne des autres pays européens avec toutefois quelques points noirs comme par exemple les trop fréquentes prescriptions d’antibiotiques. Par contre, on note des améliorations au niveau de la coordination des soins aux patients cancéreux et aux patients diabétiques.

Dans les maisons de repos ou maisons de repos et de soins, les résultats sont mitigés: si par exemple on peut se féliciter que les escarres soient relativement peu nombreuses, il reste difficile pour les personnes âgées qui y résident d’avoir accès à la médecine spécialisée (par exemple un ophtalmologue pour le suivi des patients diabétiques). Le nombre de personnes âgées recevant plus de 5 médicaments par jour est élevé.

En ce qui concerne l’accessibilité et la qualité des soins en fin de vie, le recours aux soins palliatifs progresse et le recours à des traitements agressifs est relativement faible. L’hôpital demeure toutefois le lieu de décès le plus fréquent, alors que ce n’est pas le souhait de la majorité des gens.

Prévention: peut mieux faire

Les objectifs de prévention (qui sont fixés à l’échelon international) ne sont pas toujours atteints: par exemple, la couverture vaccinale chez les jeunes reste parfois inférieure aux recommandations (p.ex. la rougeole chez les adolescents) et la vaccination contre la grippe est même en recul chez les personnes âgées. Quant au dépistage des cancers du sein et du col de l’utérus, il est insuffisant.

En matière de promotion de la santé, les résultats sont peu glorieux: stagnation de l’obésité chez les adultes, tabagisme relativement élevé, faible taux d’activité physique, consommation d’alcool à risque (binge drinking) chez les jeunes hommes. De plus, de façon générale, de nombreuses inégalités socio-économiques subsistent dans ce domaine, avec notamment un déficit de compréhension des messages de santé (littéracie en santé) dans la population.

Quelques signaux d’alarme en santé mentale

Certains indicateurs touchant à la santé mentale et aux soins psychiatriques sont inquiétants: le taux de suicide reste élevé, les hospitalisations psychiatriques continuent à progresser, et la prise d’antidépresseurs augmente. S’ajoutent à cela de longs délais d’attente pour le premier contact avec un centre de santé mentale, ce qui pose la question de l’accessibilité de ces services.

Le système devient plus efficient, même si il reste des efforts à faire

Sur le plan budgétaire, l’efficience de notre système de santé s’améliore comme le suggère l’augmentation du recours aux médicaments génériques et moins chers, la diminution des hospitalisations classiques (au moins une nuit) au profit de la chirurgie de jour et la réduction de la durée du séjour après un accouchement normal.

Toutefois, on déplore encore la surutilisation de certains examens ou équipements (en radiologie par exemple) et de grandes variations entre hôpitaux pour certaines interventions (les césariennes par exemple).

Les dépenses de santé totales représentent 10,2 % de notre produit intérieur brut. Ces chiffres sont légèrement supérieurs à la moyenne européenne. Par rapport à 2011, ces dépenses sont restées inchangées en 2012 et 2013.

La disponibilité des médecins généralistes et des infirmiers est à surveiller de près

Enfin, les indicateurs concernant la disponibilité actuelle de médecins généralistes et d’infirmiers/infirmières mettent en question la capacité du système à répondre aux besoins de santé futurs liés au vieillissement de la population. La proportion de nouveaux médecins généralistes diplômés dans l’ensemble des spécialités médicales n’atteint pas les quotas fixés par la Commission de Planification, même si la situation s’est améliorée ces dernières années. De plus, bien que le nombre de diplômés en sciences infirmières ait augmenté ces dernières années, le nombre d’offres d’emploi difficiles à pourvoir pour des infirmiers reste important, et le nombre d’infirmiers par patient dans nos hôpitaux reste plus faible qu’à l’étranger.

Formuler des objectifs d’amélioration pour la Belgique

Ce rapport, qui rend compte de la situation actuelle, a pour objectif final l’amélioration tangible de la performance. Les décideurs politiques et les responsables de notre système de santé devraient donc fixer des objectifs mesurables en tenant compte des points d’attention que le rapport met en avant.

Éducation Santé reviendra plus en détail sur ce rapport dans un prochain numéro.

Une initiative européenne

Cette mesure de la performance fait suite et élargit le champ des deux premiers rapports KCE-INAMI-ISP publiés en 2010 (rapport KCE n° 128) et en 2012 (rapport KCE n° 196).

Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la Charte de Tallinn, signée en 2008 par tous les pays européens. À travers cette charte, ils se sont engagés à mesurer et évaluer régulièrement la performance de leur système de santé.

Vrijens F, Renard F, Camberlin C, Desomer A, Dubois C, Jonckheer P, Van den Heede K, Van de Voorde C, Walckiers D, Léonard C, Meeus P. La performance du système de santé Belge – Rapport 2015. Health Services Research (HSR). Bruxelles: Centre Fédéral d’Expertise des Soins de santé (KCE). 2015. KCE Reports 259B.
D/2015/10.273/02.

Ce document est disponible en téléchargement à l’adresse https://kce.fgov.be/sites/default/files/page_documents/KCE_259B_rapportperformance2015.pdf

Étiquetage nutritionnel: le logo de la discorde

Le 30 Déc 20

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Étiquetage nutritionnel: le logo de la discorde

Suspens, rebondissements, intrigues… La saga qui se joue actuellement en France autour de l’étiquetage nutritionnel simplifié des produits alimentaires a tout d’une grande oeuvre de… friction.

Les personnages

Le Ministère de la Santé et son bras armé, la Direction générale de la santé (DGS) pilotent l’élaboration de la Loi de Santé 2015, dont l’un des objectifs est d’améliorer l’information nutritionnelle sur les emballages alimentaires en la rendant plus simple, plus synthétique et plus accessible.Le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) et l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) produisent des recommandations et des avis scientifiques et techniques à la demande de la DGS.L’Équipe de Recherche en Épidémiologie Nutritionnelle (EREN) conçoit et pilote des études scientifiques en population générale telles que SU.VI.MAX ou NutriNet-Santé. Elle teste notamment l’efficacité (usage, acceptabilité, compréhension) des différents systèmes d’information nutritionnelle.Les sociétés savantes, associations professionnelles, de consommateurs et de malades s’associent pour faire entendre la voix de la société civile et défendre ses intérêts.La Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD) et l’Association nationale des industries alimentaires [ANIA) représentent les enseignes du commerce et de la grande distribution soumises à l’obligation d’information nutritionnelle sur les produits alimentaires qu’elles commercialisent.

Si vous avez manqué le début

Le gouvernement français a entrepris de moderniser son système de santé. Pour ce faire, la Ministre de la Santé a engagé en 2013 une réflexion collective baptisée Stratégie nationale de santé. Les discussions ont abouti à la rédaction d’un projet de loi de santé, qui a été adopté par le Parlement en janvier dernier.L’un des articles de ce texte prévoit d’améliorer l’information nutritionnelle sur les emballages alimentaires en la rendant plus simple, plus synthétique et plus accessible. Objectif: permettre au consommateur lambda, lorsqu’il s’apprête à acheter de quoi manger, de comparer facilement et d’un coup d’oeil les produits alimentaires entre eux, à l’intérieur d’une même famille ou entre produits du même type mais de marques différentes.Il est vrai que seule la déclaration nutritionnelle incluant la composition du produit et sa valeur énergétique est obligatoire. Elle figure dans un tableau situé sur la face arrière des emballages et détaille les quantités de graisse, d’acides gras saturés, de glucides, de sucres, de protéines et de sel, pour 100 g, 100 ml ou par portion.La comparaison entre denrées alimentaires est donc théoriquement possible. Seulement voilà: les consommateurs ne comprennent pas grand chose à tous ces chiffres et n’en tiennent généralement pas compte. D’où l’idée d’inciter les producteurs et les distributeurs à afficher une présentation complémentaire et surtout plus abordable et intuitive (graphiques, symboles) sur la face avant des emballages.La démarche – volontaire et non obligatoire, au grand dam de la ministre qui a dû faire une concession sur ce point – se veut complémentaire de celle du Plan national nutrition santé (PNNS) qui a pour but de promouvoir une alimentation globalement équilibrée, via des repères de consommation notamment.De nombreuses sociétés savantes médicales, associations de consommateurs et de malades parmi les plus influentes du pays ont largement appuyé cette demande. «Cette mesure est d’un grand intérêt pour aider le consommateur à orienter ses choix et pour mettre en pratique la recommandation de ne pas manger trop gras, trop sucré, trop salé», argumentent-elles dans une lettre ouverte adressée au Ministère de la Santé.

Où le système 5 couleurs sort du peloton

Le principe d’un étiquetage simplifié étant posé, reste à en définir les modalités. Les solutions ne manquent pas. Différents systèmes ont été mis en place en Angleterre, au Danemark, aux Pays-Bas ou encore en Suède. Les uns ont opté pour une coche verte, d’autres pour des feux tricolores. D’autres systèmes ont été proposés dans la littérature scientifique.Dans un rapport remis en 2014 au Ministère de la Santé, le Pr Serge Hercberg, président du PNNS 2011-2015, défend l’idée de recourir à une échelle à cinq couleurs (vert, jaune, orange, rose, rouge), aussi appelée système 5-C et qui repose sur le calcul d’un score de qualité nutritionnelle mis au point par la Food Standards Agency (FSA). Cet indicateur tient compte des calories, des quantités de sucres simples, d’acides gras saturés, de sodium, de fibres, de protéines et du pourcentage de fruits et légumes pour 100g de produit, autant d’informations disponibles sur l’étiquetage nutritionnel. Il serait apposé sur la face avant de l’emballage, la plus visible quand les produits sont en rayon.Pour déterminer la couleur attribuée à chaque produit, il faut calculer un score nutritionnel mis au point par la FSA à partir des données disponibles sur l’étiquetage obligatoire et l’interpréter au regard de seuils préalablement définis pour savoir dans quelle cartégorie se range le produit. Est-on réellement en mesure de le faire? La question a d’abord été posée à l’ANSES, qui a tenté d’y répondre dans un long avis technique publié en mars 2015. Sa réponse: oui le calcul est faisable. Il est pertinent pour la plupart des catégories d’aliments mais pour d’autres, comme les fromages, les compotes ou les boissons rafraichissantes sans alcool, quelques adaptations sont nécessaires pour prétendre recourir à ce mode de classement.Le HCSP a lui aussi été sollicité pour y voir plus clair. Plus précisément, pour fixer les seuils permettant d’orienter la population vers des achats alimentaires plus favorables à son équilibre nutritionnel et pour évaluer la pertinence des différents scores nutritionnels utilisés dans le monde, au regard de leur faisabilité et de leur intérêt en termes de santé publique. Ses recommandations, parues en août 2015, vont dans le sens du score à cinq couleurs et insistent sur la nécessité d’élaborer le visuel avec les consommateurs, en particulier les plus éloignés de l’information et de la prévention santé. Et les auteurs de rappeler que l’objectif principal de la mise en place d’un système d’information nutritionnelle synthétique est d’intervenir sur les déterminants de la santé et de souligner leur attachement à ne pas aggraver les inégalités sociales et territoriales.

La réplique – épisode 1

Les enseignes du commerce et de la distribution allaient-elles rester les bras croisés et attendre que d’autres acteurs fixent les règles du jeu? C’eût été surprenant! De fait, à peine les rapports de l’ANSES et du HCSP étaient-ils rendus publics que l’ANIA dénonçait «un dispositif d’étiquetage nutritionnel simpliste reposant uniquement sur un code de couleurs et une approche médicalisée de l’alimentation». Dans la foulée, la FCD annonçait être parvenue à un consensus pour adopter son propre système d’information nutritionnelle basé sur le modèle proposé par l’un de ses membres: un visuel composé de quatre pictogrammes en forme de triangle violet, jaune, bleu et vert, complété d’une indication de fréquence de consommation (1 à 2 fois par semaine, plusieurs fois par semaine, tous les jours).Une proposition qui, aux yeux des sociétés savantes de santé publique et de pédiatrie, ne tient pas la route, tant sur le plan scientifique que de la santé publique. «Il est (…) totalement impossible de fournir, pour les aliments transformés de telle ou telle marque, une précision sur sa fréquence de consommation optimale, qu’elle soit journalière ou hebdomadaire», affirment-elles.Par ailleurs, ce système, omet d’indiquer la catégorie d’aliments dont la qualité nutritionnelle est la plus défavorable pour la santé, à la différence de l’échelle 5-C qui prévoit dans ce cas une pastille rouge. Cette information est pourtant nécessaire pour indiquer clairement qu’il est préférable, dans la même catégorie d’aliments, de choisir celui d’une autre marque dont la composition nutritionnelle est plus satisfaisante; ou encore choisir de manger l’aliment ‘rouge’ plus occasionnellement ou en plus petite quantité. Plusieurs travaux épidémiologiques et d’économie expérimentale soulignent d’ailleurs l’intérêt et l’absence de culpabilisation de la pastille rouge.Enfin les sociétés savantes pointent le risque de défiance des consommateurs vis-à-vis de l’étiquetage si celui-ci émane de l’industrie agro-alimentaire elle-même et si son mode de calcul n’est pas totalement transparent. Alors qu’elles campent sur leur position en faveur du système 5-C, elles s’en expliquent une nouvelle fois: «Un produit appelé de la même façon, par exemple Muesli croustillant au chocolat (il en existe 35 sur le marché français) peut avoir des différences de qualité nutritionnelle aisément mises en évidence par le logo à 5 couleurs. La question n’est pas de recommander la fréquence quotidienne du muesli au chocolat ou la fréquence hebdomadaire de la pizza au fromage, mais de permettre au consommateur de voir les différences de qualité nutritionnelle d’une marque à l’autre et ainsi de lui permettre d’orienter ses choix vers des produits qui lui font plaisir mais de meilleure qualité nutritionnelle.»

La réplique – épisode 2

Prenant actes de ces critiques, la FCD a donc revu sa copie et mis au point un nouveau visuel qui ressemble au premier, a le goût du premier mais n’est pas le premier. Celui-ci a même un nom: SENS (Système d’Étiquetage Nutritionnel Simplifié) et ne manque ni d’arguments scientifiques, ni de références internationales.«Le SENS est fondé sur le système SAIN, LIM développé dès 2008 dans le cadre du groupe de travail de l’AFSSA sur les profils nutritionnels, et ayant fait l’objet de nombreuses publications scientifiques», met en avant la Fédération. «Le système SAIN, LIM classe les aliments selon leurs défauts (score LIM) et leurs qualités nutritionnelles (score SAIN). Il a été adapté de manière à s’appuyer sur les valeurs nutritionnelles de référence européennes et est applicable partout en Europe par l’ensemble des opérateurs de manière autonome, quels que soient les produits, et cohérent avec les repères de consommation du PNNS. Ouvert à tous, l’algorithme obtenu permet de valoriser l’intérêt nutritionnel de chaque catégorie d’aliments, tout en conservant une approche transversale car applicable aux différentes catégories d’aliments.»À noter que la pastille rouge, elle, n’y est toujours pas.

Bientôt la fin du bras de fer

On en est là, en plein bras de fer entre la grande distribution d’une part, les autorités de santé, la communauté scientifique et les associations de consommateurs de l’autre. Une étude de l’EREN menée sur un échantillon de 14 230 adultes participant à l’étude NutriNet-Santé et publiée l’été dernier dans la revue Nutrients a certes mis en évidence que le système d’information nutritionnelle 5-C est le plus efficace pour permettre aux consommateurs de reconnaître et comparer la qualité nutritionnelle des aliments y compris dans des populations dites ‘à risque’, telles que les sujets âgés, à bas revenus, de faible niveau d’éducation ou de faible niveau de connaissance en nutrition, telles aussi que les personnes en surpoids ou obèses.Mais c’était avant que la grande distribution ne propose le SENS. À l’heure où nous bouclons cet article (le 29 février 2016), la Loi de Santé vient d’être promulguée. Elle pose le principe d’un étiquetage nutritionnel simplifié. Même en l’absence d’obligation faite aux fabricants et aux distributeurs qui pourront décider en toute légalité de ne pas jouer le jeu, nul doute que cela constitue un grand pas vers la mise en place du dispositif. Le match n’est toutefois pas complétement terminé car c’est un décret d’application attendu en juillet qui précisera le modèle retenu par la Ministre.

C’était la dernière séance (du Conseil supérieur de promotion de la santé)

Le 30 Déc 20

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C’était la dernière séance (du Conseil supérieur de promotion de la santé)

Le 4 décembre dernier, le Conseil supérieur de promotion de la santé a tenu une réunion un peu particulière puisqu’il s’agissait de son ultime séance plénière avant de passer le témoin aux organes d’avis que la Wallonie et la Région de Bruxelles-Capitale mettront en place courant 2016.

Une cinquantaine de personnes se sont retrouvées une dernière fois au ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour entendre cinq acteurs de la promotion de la santé et de la santé publique et échanger avec eux.

En démarrant la matinée, le Dr Serge Carabin, Directeur général de la Santé, releva le paradoxe que le Conseil achevait sa mission en atteignant ses dix-huit ans, au moment même où il arrivait à l’âge adulte puisqu’il démarra ses travaux en 1997, après le vote du décret du 14 juillet qui organisait la promotion de la santé.

Chantal Vandoorne, la présidente du Conseil, introduisit l’invité du jour François Baudier, un grand monsieur de la promotion de la santé en France, en évoquant le souvenir de son premier contact avec lui sous la forme d’une intervention filmée d’un ‘homme en blanc’ sur une vidéocassette dans les années 80… Que de chemin parcouru depuis les temps bénis de la charte d’Ottawa!

François Baudier, au cours de son parcours professionnel, a eu l’occasion d’agir sur le terrain, en Franche-Comté, au plus près des populations, et a exercé aussi d’importantes responsabilités au niveau national. Il est actuellement président de la Fédération nationale d’éducation pour la santé, qui a son siège auprès de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES), à Saint-Denis, aux portes de Paris. Le rapprochement avec l’adresse du ministère à Molenbeek ne pouvait que s’imposer à nous…

Éducation Santé publiera prochainement une longue interview de François Baudier. Nous y renvoyons nos lecteurs, tout en relevant que son analyse des obstacles au déploiement de la promotion de la santé depuis de nombreuses années résonne fortement en Communauté française.

Alors que l’environnement politique est si différent entre une France toujours très centralisatrice et une Belgique de plus en plus ‘centrifuge’, les points noirs qu’il a mis en évidence pourraient être cités chez nous aussi: creusement des inégalités sociales de santé, décideurs ne comprenant pas ce qu’est la promotion de la santé, budgets faibles et instables, réseau généraliste fragile, lobbys marchands et autres malveillants… Avec des motifs d’espoir aussi, heureusement: qualité et succès de l’enseignement en santé publique, futur Institut pour la Démocratie en Santé dont il attend beaucoup, préoccupation assez nouvelle pour les études d’impact sur la santé, professionnels plus sensibles qu’auparavant aux dimensions collectives de la santé.

Une table ronde réunit ensuite quatre témoins francophones belges privilégiés: Christian Léonard (KCE), qui s’exprimant à titre personnel plaida vigoureusement pour le ‘care informationnel’, la littératie en santé pouvant aider la personne à être lucide, digne et responsable, sans tomber dans le piège de la responsabilité qui permet de sanctionner l’individu considéré à tort comme ‘libre de ses choix’, ce qui permet au marché de se dégager des siennes, de responsabilités…

Martine Bantuelle (Réseau francophone international pour la promotion de la santé, https://www.refips.org/ ) pointa à juste titre que l’incompréhension des décideurs cache parfois en réalité un refus des valeurs d’émancipation que véhicule la promotion de la santé.

Marc Vanmeerbeek, médecin généraliste en région liégeoise et enseignant à l’ULg, souligna le fait que la médicalisation forte de la prévention que nous pouvons observer aujourd’hui et que d’aucuns déplorent est un choix stratégique souhaitable à certaines conditions, surtout si les médecins s’avèrent capables de sortir du modèle bio-médical. Ceux qui y voient un discret plaidoyer pour le travail des maisons médicales n’ont sans doute pas tort…

Quant à Bernadette Taeymans (Plates-formes wallonne et bruxelloise de promotion de la santé), elle évoqua la formalisation possible et nécessaire de ces deux espaces de concertation, une question d’opportunité créée par le transfert de compétences mais aussi, mais surtout, une question de survie pour un secteur modeste devenu par la force des choses encore plus minuscule.

Les mots de la fin revinrent à la Présidente du Conseil, Chantal Vandoorne, ‘Tisser la promotion de la santé pour l’avenir’ (voir dans ce numéro) et à son Vice-président, Christian De Bock, ‘Adieu Conseil, on t’aimait bien tu sais’ (à découvrir sur notre site www.educationsante.be).

Cette matinée riche en témoignages de qualité eut aussi le mérite de compter parmi les participants des représentants de toutes les entités concernées par le sujet: Wallonie, Cocof mais aussi Fédération Wallonie-Bruxelles à travers l’Enseignement et l’ONE. Une première qui annonce espérons-le une future coopération…

Affaire Volkswagen (Dieselgate), quel impact sur la Santé?

Le 30 Déc 20

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Affaire Volkswagen (Dieselgate), quel impact sur la Santé?

Dans le cadre de l’affaire Volkswagen (fraude à la détection de polluants), les experts du Conseil Supérieur de la Santé (CSS) ont été récemment entendus par la Chambre des Représentants de Belgique.

Il s’agit en fait de déterminer dans quelle mesure les quantités supplémentaires d’oxydes d’azote (NOx) larguées dans l’atmosphère lors de cette fraude ont pu avoir des effets directs et/ou indirects sur la santé de la population belge.

Rappel des faits

L’affaire Volkswagen (aussi appelée ‘dieselgate’) est liée à l’utilisation intentionnelle, entre 2009 et 2015, d’un logiciel fraudeur désactivant le dispositif de dépollution de NOx en condition normale de circulation, sauf pendant les tests de contrôle, afin de donner l’impression de respecter les normes d’émissions polluantes. On estime, à l’heure actuelle, que plusieurs millions de véhicules ont été équipés de ce logiciel.

NOx et NO2: effets directs et indirects sur la santé

Les NOx sont d’importants précurseurs de l’ozone. Ils participent à la nitrification et à l’acidification des écosystèmes (via la formation secondaire de nitrates) et ont des effets complexes sur la chimie atmosphérique, l’équilibre des radiations solaires et donc les changements climatiques.

Tous ces effets directs sur l’environnement peuvent avoir des retombées indirectes sur la santé humaine, difficilement mesurables. De plus, à des concentrations ambiantes, le NO2 est un irritant des muqueuses respiratoires et peut affecter directement la santé. Le problème en Belgique est que les concentrations de NO2 sont généralement élevées dans les villes et à proximité des sites industriels. Par exemple, à Anvers et le long des routes à forte densité de circulation, on mesure des concentrations qui dépassent la norme et ont des effets sur la santé. Il est évident que la fraude aux moteurs diesel contribue à une hausse des émissions de polluants et de NO2 en particulier. Le logiciel frauduleux a également des conséquences sur la santé, notamment en raison de cette exposition élevée existante.

Effets environnementaux du trafic sur la santé

De 2009 à 2011, le CSS avait rédigé de sa propre initiative un avis concernant les effets de la mobilité sur l’homme et l’environnement. Ce travail met l’accent sur les conséquences locales, régionales et nationales du trafic motorisé consécutivement à la pollution de l’air, les nuisances sonores et les accidents.

Les effets psychologiques et les conséquences d’une absence de mobilité ou d’une mauvaise mobilité des personnes y sont également abordés. L’avis se termine par un plaidoyer pour une approche intégrée de la problématique de la mobilité. On évite ainsi de privilégier une approche partielle au détriment de l’ensemble de la problématique.

De plus, une telle prise en charge cadre avec les efforts des autorités pour aboutir à une société durable. Enfin, un des chapitres de ce travail faisait déjà, à l’époque, le point scientifique sur la toxicité générale de ces NOx pour l’environnement et la santé.

L’avis, dans son intégralité, (n° 8603) se trouve sur le site internet du CSS.

Le résumé se trouve également sur le site internet du Conseil Supérieur de la Santé.

Consultez le site du Conseil Supérieur de la Santé

Partager sa vie avec une personne séropositive, c’est possible

Le 30 Déc 20

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Partager sa vie avec une personne séropositive, c’est possible

La nouvelle campagne de la Plate-forme prévention sida souligne – non sans humour – qu’en vivant avec une personne séropositive, on prend surtout le risque d’être amoureux, d’avoir de merveilleux enfants, de vieillir ensemble, ou encore, tout simplement, de prendre son pied! En d’autres mots, rejeter une personne parce qu’elle vit avec le VIH c’est se priver d’une belle rencontre!C’est un message qui invite à porter un autre regard sur les personnes vivant avec le VIH tout en informant sur les progrès des traitements capables aujourd’hui, lorsqu’ils sont bien pris, de réduire presque à néant la transmission du VIH au/à la partenaire d’une personne séropositive.

Les objectifs de la campagne

  • Amener le public à mieux accepter la séropositivité et en donner une image plus positive;
  • Informer le public sur les notions de prévention combinée et de charge virale indétectable;
  • Expliquer que l’on peut avoir une vie affective et sexuelle avec une personne séropositive qui suit un traitement, qui le prend correctement et régulièrement, avec un risque quasi nul de contamination;
  • Amener le public à intégrer sans crainte les personnes vivant avec le VIH dans la vie de tous les jours;
  • Donner de l’information sur la prévention combinée aux personnes vivant avec le VIH tout en leur adressant un message de soutien et de solidarité.

Pourquoi cette campagne?

Lancée à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida du 1er décembre 2015, cette campagne répond au besoin de lutter encore et toujours contre les préjugés relatifs à la séropositivité et contre les manifestations injustifiées de rejet et d’exclusion dont sont victimes les personnes vivant avec le VIH. Même les personnes qui se veulent tolérantes par rapport à la séropositivité peuvent avoir des réactions d’exclusion par crainte d’une infection.À la base de ces préjugés et réactions il y a un manque d’information sur les modes de transmission en général et, plus précisément aujourd’hui, un manque d’information concernant le concept de prévention combinée et son implication en termes de charge virale indétectable.Dès lors, la campagne actuelle s’inscrit très logiquement dans le prolongement de la campagne menée durant l’été 2015, ‘Préservatif, dépistage, traitements: les bons réflexes pour se protéger du sida et des IST’, et poursuit le processus d’information sur la prévention combinée et la notion de charge virale indétectable entamé voici six mois.La lutte contre la discrimination à l’égard des personnes séropositives joue également un rôle important en matière de prévention, favorisant le dépistage précoce après une prise de risque et la prise en charge médicale rapide en cas de résultat positif.

Le concept de la campagne, dédramatiser et informer

La campagne présente une série de personnes aux profils variés: homme ou femme, de type européen ou d’origine africaine, homosexuel ou hétérosexuel, jeune ou moins jeune… Autant de visages sereins, souvent souriants, qui dédramatisent l’image de la personne séropositive.Chacun de ces portraits est accompagné d’une petite phrase qui joue sur la notion du ‘risque’: «Il vit avec le VIH. Avec lui, je risque…» ou «Elle vit avec le VIH. Avec elle, je risque…»

«Je risque quoi?»

La réponse varie d’un visuel à l’autre: «de prendre mon pied», «d’avoir de merveilleux enfants», «de tomber amoureux», «de m’investir à fond dans le travail», «de m’engager dans un beau projet de vie», «de superbement vieillir», «de m’éclater un max».Avec, en guise de conclusion, chaque fois, l’affirmation suivante: «Partager sa vie avec une personne séropositive, c’est possible.»La campagne explique aussi que, s’il est possible de vivre avec une personne séropositive c’est, entre autres, parce que:

  • les traitements actuels, bien pris, empêchent la transmission du virus, sont plus efficaces, mieux supportés et permettent d’avoir une vie épanouissante. Il est important d’en discuter au préalable avec son médecin spécialiste;
  • l’espérance de vie d’une personne séropositive sous traitement rejoint celle d’une personne séronégative;
  • le VIH ne se transmet pas dans les gestes de la vie quotidienne;
  • bien utilisé, le préservatif est un moyen de prévention efficace;
  • quel que soit le statut sérologique de son/sa partenaire, on peut aujourd’hui, grâce aux traitements, avoir des enfants séronégatifs.

La campagne est déclinée en spots TV et radio, ainsi qu’en affichettes et cartes postales qui ont été notamment distribuées lors de la Journée du 1er décembre.

Une campagne informative

Un dépliant reprend également les visuels et arguments de la campagne tout en fournissant de façon simple et brève diverses informations utiles. À commencer par une explication sur la charge virale, c’est-à-dire la quantité de virus présente dans le sang et les sécrétions sexuelles. Plus la charge est faible, moins la personne est contaminante. Cette charge virale est particulièrement élevée dans les semaines suivant l’infection et assortie alors d’un risque important de transmission. Mais une personne séropositive qui a un suivi médical régulier et prend correctement son traitement peut arriver à avoir une charge virale indétectable, c’est-à-dire tellement réduite qu’on n’arrive plus à la détecter dans le sang. La personne reste séropositive, mais le risque de transmission du virus a quasiment disparu.Le dépliant parle aussi de l’importance du dépistage après toute prise de risque, du traitement post exposition, du dépistage des IST, ou encore, de la possibilité de s’adresser à des professionnels pour être bien informé, conseillé et rassuré.Asbl Plate-forme prévention sida – rue Jourdan, 151, 1060 Bruxelles. Tél.: 02/733.72.99. Internet: www.preventionsida.org.

Le préservatif, le bon réflexe

Depuis 25 ans, Le Petit Spirou est l’un des personnages les plus populaires de la bande dessinée. Il demeure un modèle d’anticonformisme et d’humour sans tabous.À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida 2015, les éditions Dupuis et la Plate-forme prévention sida se sont associés pour faire du Petit Spirou, gamin farceur et candide, l’icône d’une campagne de prévention contre le VIH/sida.En Belgique, chaque jour trois personnes découvrent leur séropositivité, notamment dans un contexte de lassitude concernant le port du préservatif. L’épidémie reste à un niveau élevé depuis le début des années 2000.De l’innocence à la prise de conscience, les auteurs Tome & Janry ont réussi le difficile exercice de la double lecture: là où un enfant sera touché par la sensibilité du personnage, un adulte comprendra la véritable portée du message. L’amour ça se protège! Car le dessin permet d’engager plus facilement la discussion en famille ou en classe.En partenariat avec la Plate-forme, les auteurs ont réalisé une affiche destinée à faciliter un dialogue indispensable à la prévention via tous les relais en contact avec les jeunes (planning familiaux, PMS, psychologues, gynécologues…). La Plate-forme prévention sida peut également offrir un soutien aux diffuseurs grâce à des outils de prévention et de formation actualisés sur les IST/sida et adaptés à leurs besoins.

Travailler, c’est trop dur?

Le 30 Déc 20

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Travailler, c’est trop dur?

Le travail est à la fois le meilleur allié et le pire ennemi de la santé. À l’occasion du départ à la retraite du Pr Philippe Mairiaux, l’ULg a organisé en octobre dernier un colloque sur les évolutions de la prévention en milieu professionnel, dont il fut un pionnier.C’est à la fin des années 70 que Philippe Mairiaux, alors jeune médecin généraliste, commence à s’intéresser à la médecine du travail. Sa première recherche portera sur la condition des mineurs dans les charbonnages du Limbourg et les moyens d’améliorer leur tolérance à la chaleur. Il développera ensuite ses recherches au sein de l’ULg, accompagnant, au fil des années, les évolutions du monde du travail et du secteur de la santé.Ses derniers travaux concernent ainsi le développement d’un site internet visant à assurer un meilleur partenariat entre médecins généralistes et médecins du travail. Dans le cadre des nouvelles politiques de maintien dans l’emploi, le médecin du travail, dont le législateur avait décidé en 1965 la complète indépendance par rapport au reste du système de santé, est en effet appelé à travailler en collaboration de plus en plus étroite avec les médecins traitants et les médecins-conseils.Lors de son allocution, le Pr Mairiaux n’a pas manqué de souligner les multiples bouleversements qui ont touché les travailleurs au cours des dernières années, apportant aux chercheurs en prévention des défis sans cesse renouvelés.Le passage d’une économie industrielle traditionnelle à une économie largement numérique a ainsi changé drastiquement la donne: alors que les nuisances physiques (chaleur, bruit, poussières) et/ou les ambiances chimiques toxiques constituaient auparavant les causes majoritaires des maladies professionnelles, les risques psychosociaux ont aujourd’hui largement pris le dessus. Et l’on sait à quel point ils sont complexes à appréhender, tant dans leurs liens avec la vie personnelle et les évolutions sociétales (importance de l’accomplissement individuel, culte de la performance, discontinuité des parcours…) que dans leur dépendance aux modes d’organisation du travail (absence de reconnaissance directe, obligation de résultat, délocalisation, menace du chômage…).

La révolte des corps

Les premiers intervenants – Yves Roquelaure (Université d’Angers) et Patrick Loisel (Université de Toronto) – ont ainsi rappelé que dans les années 70-80, la médecine du travail se résumait en grande partie à une réflexion sur l’ergonomie et les aménagements capables de réduire les risques. Les systèmes de protection physique et technologique visant à prévenir les accidents sont alors au centre de l’attention.Mais au fil du temps, les risques professionnels vont s’élargir à d’autres beaucoup moins palpables (dépression, addictions, douleur chronique…). En matière de prévention, cette évolution imposera donc petit à petit des approches plus participatives, qui impliquent les travailleurs dans l’analyse et la recherche de solutions. C’est ce qu’on a appelé la macro-ergonomie ou l’ergonomie organisationnelle: plus ambitieuse mais bien plus difficile à mettre en place qu’une chaise de bureau adaptée ou un nouvel uniforme de protection…Car il est aujourd’hui incontestable que ce sont les modes d’organisation qui engendrent la plupart des problèmes de santé dans le milieu du travail. Lorsque les salariés d’une entreprise ne peuvent plus faire face aux exigences de productivité, lorsque les défis stimulants font au contraire défaut (bore-out), lorsqu’ils vivent des conflits avec leur hiérarchie, qu’ils ont le sentiment de ne plus disposer des moyens nécessaires pour bien faire leur travail, ou que ce travail, pour toutes ces raisons et d’autres encore, n’a plus de sens à leurs yeux, la ‘souffrance au travail’ finit toujours par s’installer.Ainsi, en Belgique, le nombre de personnes en invalidité a augmenté fortement au cours des dernières années, passant de 257.935 au 31 décembre 2010 à 321.573 au 31 décembre 2014, soit une augmentation de 24,67% en quatre ans.La féminisation du marché du travail et le vieillissement de la population, tout comme le relèvement de l’âge de la pension des femmes (fixé à 65 ans depuis 2009), sont généralement cités comme des facteurs impliqués dans cette croissance, l’incapacité de travail ayant tendance à augmenter avec l’âge.Mais c’est bel et bien la modification du type de pathologies qui permet d’appréhender la réalité de la problématique. Si l’on observe un net recul des invalidités liées aux maladies cardiovasculaires (avec des traitements plus précoces et plus efficaces), on constate parallèlement une augmentation constante du nombre d’invalides souffrant de troubles psychiques et de maladies du système ostéo-articulaire, des muscles et du tissu conjonctif.Car la souffrance au travail ne s’exprime pas systématiquement, comme on le croit parfois encore, sur le mode psychologique. Les fameux TMS (troubles musculo-squelettiques) ou lombalgies, loin d’être le seul résultat d’une mauvaise posture ou de la sédentarité, sont aussi une forme de douleur chronique favorisée par le stress et les conflits intrapsychiques. Confrontés à de nouvelles exigences et contraintes – quand ils ne sont pas tout bonnement sommés de mettre en sourdine leur esprit critique et leurs valeurs –, les travailleurs sous pression développent des symptômes qui sont autant d’expressions socialement plus acceptables de leur souffrance. Certains sociologues et psychologues du travail n’hésitent d’ailleurs pas à interpréter ces symptômes comme une ultime forme de résistance, voire de révolte, à l’heure où l’action collective et notamment syndicale semble en perte de vitesse. Une manière de dire «Stop» quand les conditions d’exercice d’un métier deviennent proprement intolérables.

Le travail: déterminant social de la santé

Lors de son intervention, Annette Leclerc, directrice de recherche émérite à l’INSERM, a tenu à rappeler pour sa part que si le travail nuit parfois à la santé, les personnes sans emploi sont généralement en moins bonne forme que les autres. Elles présentent en effet une morbidité cardio-vasculaire plus élevée et leur espérance de vie est globalement réduite.Mais comme l’a précisé la chercheuse, il est aussi significatif que ces différences en matière de santé soient aussi très marquées au sein même de l’entreprise, entre les travailleurs situés en bas de l’échelle et ceux qui occupent des emplois supérieurs. La célèbre étude de cohorte réalisée dans les ministères de Londres à la fin des années 60 (cohorte de Whitehall) avait ainsi montré que le taux de mortalité, sur une période de 10 ans, s’était avéré quatre fois plus élevé parmi les employés occupant des fonctions subalternes. Des différences qui n’ont malheureusement fait qu’empirer au cours des dernières décennies, en dépit des politiques de protection sociale.Plus édifiant encore: les inégalités sociales continuent de se creuser… en cas d’arrêt de travail. Les salariés fragilisés (faible niveau d’études) pâtissent ainsi plus que les autres de cette mise à l’écart. «La situation sociale se dégrade, on perd les avantages liés au travail comme l’identité, les repères, la reconnaissance sociale, les liens sociaux…», commente Annette Leclerc. De même, un faible niveau d’études favoriserait le retrait définitif du marché du travail en cas de troubles musculo-squelettiques.À l’heure où le gouvernement belge souhaite instaurer dès cette année un trajet de réintégration multidisciplinaire en cas d’absence-maladie de longue durée, cette problématique des inégalités sociales mérite une attention particulière. Car si la sortie définitive du marché du travail est présentée unanimement comme un mal à combattre – elle serait délétère tant pour le système de santé que pour l’entreprise et le travailleur –, aucune approche sérieuse ne pourra faire l’économie de cette question: qu’est-ce qu’un travail supportable pour un individu donné? Peut-être bien celui qu’il est capable de reprendre autrement que sous la pression d’autrui ou le spectre de la pauvreté. Un travail qui ne tue pas donc, mais qui rend plus fort. Et qui contribue à réduire les inégalités au lieu de les creuser.

Alimentation saine, du Mexique à la Belgique

Le 30 Déc 20

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Alimentation saine, du Mexique à la Belgique

Le programme «Vive Saludable» promeut une alimentation saine auprès d’adolescents mexicains, dans la petite localité rurale d’Ixtenco

35 % des ados en surpoids

Le Mexique est le pays qui enregistre le plus haut taux d’obésité dans la population adulte, devant les États-Unis. Selon la dernière étude nationale, 35% des adolescents entre 12 et 19 ans y souffrent d’excès pondéral (21,6% de surpoids contre 13,3% d’obésité).

Le diabète de type 2 touche quant à lui une proportion alarmante de jeunes adultes. Si la transition nutritionnelle – passage d’un mode de vie rural à un mode de vie occidental – est souvent invoquée comme un déclencheur d’obésité dans ce pays comme dans d’autres régions en voie de développement, les comportements lors des repas y sont peu étudiés et pris en compte. C’est donc sur ce facteur que s’est en particulier penché le Français Romain Pierlot, doctorant à l’université de Tlaxcala au Mexique et responsable d’un programme de promotion de la santé auprès d’une communauté d’adolescents du centre-est du pays, à Ixtenco, une localité rurale de quelque 6000 habitants.

Lors de son stage au sein de l’APES à l’ULg, Romain Pierlot a par ailleurs pu mettre ce programme en lien avec les différentes initiatives prises autour de la promotion d’une alimentation saine en Fédération Wallonie-Bruxelles ces dernières années. En dépit d’un contexte géographique, politique et culturel très différent, il identifie, çà et là, des pistes de réflexion communes, comme il l’a exposé l’été dernier au cours d’une journée de séminaire à l’ULg.

Le sens du surpoids

Romain Pierlot a élaboré son programme «Vive Saludable» sur le modèle Precede/Proceed de Green & Kreuter, un modèle de planification basé à la fois sur l’épidémiologie, les sciences sociales, les sciences comportementales et les sciences de l’éducation.

En prenant en compte la nature multifactorielle de la problématique, le modèle Precede/Proceed conduit logiquement à préconiser des mesures multidimensionnelles et multisectorielles. Une première enquête sur les associations sémantiques de 60 adolescents autour de mots-clefs comme ‘sain’, ‘soda’ ou ‘diabète’ a permis en particulier d’identifier les savoirs, croyances et lacunes afin d’élaborer les ateliers en fonction des besoins.

Dispensés en collaboration avec des diététiciennes et une étudiante en psychologie, à raison d’une à deux heures hebdomadaires, les ateliers se sont déroulés sur une période de 15 à 17 semaines. «Nous avons d’abord présenté le programme aux parents. Tous les jeunes ayant participé au programme sont des volontaires, avec un très bon taux de suivi du programme», explique Romain Pierlot. L’âge des volontaires – de 14 à 17 ans – est apparu d’autant plus pertinent que beaucoup de jeunes femmes tombent enceintes pour la première fois entre 16 et 20 ans dans cette région. «Ce sont aussi des jeunes qui vont devoir prendre en charge l’alimentation de leur propre famille», a expliqué Romain Pierlot sans toutefois vouloir s’avancer sur la répartition des rôles masculin et féminin dans la gestion des repas. «Il y a un peu plus de filles qui ont participé aux ateliers mais sans différence prononcée», a-t-il simplement observé.

Au cours de ces ateliers souvent ludiques et dispensés en dehors du temps scolaire, les adolescents ont ainsi appris, entre autres choses, à composer un petit déjeuner – «l’idée étant de montrer que c’est possible en 10 à 15 minutes, alors que le manque de temps est souvent invoqué pour expliquer l’absence de repas le matin» – ou encore à déchiffrer les étiquettes.

L’observation de leurs comportements – nourriture prise en position debout ou assise, seul ou en groupe – a permis de constater que les repas pris en solitaire et/ou en s’adonnant à une autre activité (télévision, téléphone, lecture…) incitaient à manger beaucoup plus vite, un facteur qui favorise en général la prise de poids.

Au terme du programme, le chercheur a par ailleurs constaté une évolution des champs sémantiques, avec un renforcement de l’association entre alimentation et santé. Alors qu’au début, les mots ‘obésité’ et ‘soda’ étaient associés au physique avec des mots comme ‘gros’ ou ‘gras’, ils sont, en fin de programme, plus facilement associés à des termes comme ‘maladie’, ‘surpoids’, ou ‘dégâts’.

S’alimenter dans et en dehors de l’école

Romain Pierlot a parallèlement analysé une série d’initiatives prises en Fédération Wallonie-Bruxelles autour de l’alimentation saine afin de ‘nourrir’ son travail, offrant par la même occasion un panorama des programmes en vigueur dans le sud du pays. Il a ainsi rappelé que le Plan de promotion des attitudes saines (PPAS), mis en place en 2005, se base sur un cahier de charges orienté sur l’alimentation saine, bio et durable et permet aux cantines des collectivités (écoles mais aussi centres de vacances, sportifs, d’accueil, de l’aide à la jeunesse…) de faire des appels d’offres. Certaines structures comme les hautes écoles de diététique ont ainsi pu aider les écoles à choisir leurs fournisseurs.

Lors du lancement du PPAS, le label ‘Manger Bouger’ a également été mis en place dans les écoles afin de valoriser la pratique physique, la distribution de fruits ou de potage et/ou de développer les pôles nécessaires à l’obtention du label. Or, si le succès est globalement au rendez-vous pour le maternel et le primaire, il en va autrement des écoles secondaires où l’alimentation apparaît comme une préoccupation mineure face aux problèmes d’absentéisme, de tabac, d’assuétudes ou de harcèlement.

«Dans une école, en Belgique, une année scolaire, ce sont 182 jours maximum, soit environ 140 repas. Dans une année, c’est moins d’un jour sur deux. Donc l’alimentation reste essentiellement un problème de la famille et de milieu socio-économique», a par ailleurs rappelé Romain Pierlot, pointant l’importance de sensibiliser les parents, responsables de l’organisation des repas, à ces thématiques.

Lors de son programme mexicain, le chercheur a ainsi privilégié les occasions – comme la fête municipale d’Ixtenco – de faire connaître «Vive Saludable» aux familles. Du reste, la prise en compte du degré d’autonomie des individus dans leurs choix alimentaires est également apparue comme un élément central. «Au Mexique, les adolescents sont relativement livrés à eux-mêmes en ce qui concerne le choix des repas, notamment à midi, car ils reçoivent en général de l’argent de poche», a-t-il expliqué. Pas de meilleure promotion de l’alimentation saine que celle qui permet à chacun de prendre des décisions en connaissance de causes… multiples (envie, santé, plaisir, budget, partage social, etc.).

Manger, une question de société

Romain Pierlot s’est également penché sur le programme Viasano, né à partir du programme français EPODE (Ensemble Prévenons l’Obésité des Enfants) et actuellement présent dans 20 villes et communes belges. En posant un diagnostic santé de la ville, Viasano permet de mobiliser l’ensemble de la communauté autour d’un projet commun: sécuriser un parc public, installer une fontaine à eau, une piste de skate, etc. Autant de mesures qui encouragent les activités physiques et en extérieur.

«Un article publié en février 2015 par Vinck et collègues suggère que Viasano est prometteur en termes de prévention du surpoids et de l’obésité chez les jeunes puisqu’on constate une légère baisse de ces critères dans les villes concernées», a expliqué le chercheur. Enfin, Romain Pierlot a rappelé l’importance d’un réseau comme IDée qui, en rassemblant les associations locales actives autour de l’environnement et de l’alimentation au sens large (‘Le début des haricots’, ‘Rencontre des continents’, ‘Jeudi Veggie’…), permet de coordonner les actions auprès des publics éducatifs, qui ne savent pas toujours où s’adresser.

À travers ce panel d’initiatives et ce réseau en particulier, on constate que ce sont aussi les enjeux environnementaux, sociaux, énergétiques et culturels associés à la question alimentaire qui refont aujourd’hui surface. Car si la promotion d’une alimentation saine vise la réduction des inégalités sociales, c’est aussi en mettant au jour ces liens complexes entre assiette, santé et société qu’elle doit le faire.

«Au Mexique, il y a clairement une mauvaise image de la nourriture traditionnelle comme le maïs par exemple, alors que c’est en réalité un aliment très sain et très intéressant sur plan nutritif», a ainsi pointé Romain Pierlot. Or, travailler ces croyances dépasse largement les questions d’IMC et de diabète pour mobiliser, à rebours, la question de la transition nutritionnelle.

Nul n’ignore plus que le retour vers des produits naturels, locaux, peu transformés est non seulement une clef pour mieux manger… mais aussi un choix de société. L’étude réalisée à Ixtenco va dans le sens de cette réflexion: s’il est intéressant que le champ sémantique de l’excès de poids et de la malbouffe soit, au terme d’un programme de ce type, associé à la santé plutôt qu’à l’apparence, il est tout aussi utile – et d’autant plus responsabilisant – d’en dévoiler les implications socio-culturelles, économiques, politiques, imaginaires, familiales… Autant de grains distincts dans un même épi d’excellent maïs.

Supernova, l’improbable rencontre entre culture, aide à la jeunesse et promotion de la santé

Le 30 Déc 20

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Supernova, l’improbable rencontre entre culture, aide à la jeunesse et promotion de la santé

Supernova est une pièce de théâtre montée en 2011 par Céline Delbecq à partir du texte écrit par Catherine DaeleNote bas de page. Le spectacle aborde, entre autres, la maltraitance infantile, la négligence parentale, l’homosexualité, l’inceste, le suicide. Il a la particularité d’avoir suscité un long et difficile, mais combien passionnant, questionnement sur la pertinence d’utiliser l’objet artistique comme outil de promotion de la santé. Deux ans après la présentation de Supernova à des élèves de plusieurs écoles liégeoises, le questionnement est toujours là.Lorsqu’elle fut présentée aux Rencontres du Théâtre jeune public de Huy, le 22 août 2011, le moins que l’on puisse dire est que Supernova bouleversa, dans tous les sens du terme, tant les spectateurs que les programmateurs venus acheter des spectacles. Ces derniers reçurent particulièrement mal la pièce tellement elle était chargée de thématiques fortes, difficiles et complexes. À l’inverse, la représentation enchanta le public des adolescents présents, certains allant même jusqu’à parler de coup de cœur.En réalité, la pièce a manifestement eu le pouvoir de provoquer de fortes décharges émotionnelles car elle touche, sans concession aucune, à un sujet hautement délicat, car tabou: l’inceste. Voici ce qu’a écrit, à propos de Supernova, Malvine Cambron, une stagiaire venant de la section Art du spectacle de l’ULg: «L’inceste, la découverte de la sexualité et le suicide y sont traités sans détours sur le mode de la tragédie. La pièce ne cède pas au manichéisme ni aux faux semblants: l’inceste est rendu dans toute son ambiguïté, les balbutiements de la sexualité dans toute leur crudité, la folie dans ce qu’elle a de pire. Il apparaît dans les premières réactions que les adultes préfèrent garder le contrôle, proposer un spectacle sans ambiguïté, d’où le jeune retire un message clair. Supernova ne propose pas de solution prémâchée au problème et les adultes y brillent plutôt par leur absence que par leur sagesse. Et c’est peut-être ce qui dérange.»

L’Aide à la jeunesse donne le coup d’envoi

Véronique Michel, programmatrice jeune public au Centre culturel Les Chiroux, fait partie des personnes qui ont eu un coup de foudre pour la pièce. Raison pour laquelle elle a cherché des confrères programmateurs avec qui réfléchir aux suites qui pourraient être données à la pièce. En vain.Finalement, c’est une rencontre fortuite avec l’administratrice générale de l’Aide à la jeunesse de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Liliane Baudart, qui a donné le coup d’envoi d’un projet pas encore très clair à ce moment-là, mais que les protagonistes avaient manifestement très à cœur de concrétiser. Liliane Baudart a, en effet, vu dans la pièce l’occasion de développer un outil de prévention destiné aux jeunes. Ce qui, du même coup, a eu pour conséquence de créer un lien entre la culture et l’aide à la jeunesse.À partir de là, le Centre culturel Les Chiroux et le Conseil d’arrondissement de l’aide à la jeunesse (CAAJ) de Liège ont décidé de programmer la pièce Supernova pour les élèves des écoles secondaires (à partir de la troisième année).

Culture et promotion de la santé se rencontrent et se confrontent

Une réflexion sur la collaboration entre le secteur artistique (Luc Dumont du Zététique théâtre), le secteur culturel (Véronique Michel du Centre cultuel Les Chiroux) et les membres de la Plateforme liégeoise de promotion de la santé relationnelle affective et sexuelle avait déjà débuté en juin 2012 autour de la pièce Djibi.com. Elle avait permis d’identifier les enjeux des uns et des autres, les points communs, les différences, les richesses et les limites de la collaboration.Forts de cette expérience, Les Chiroux ont à nouveau fait appel au Centre liégeois de promotion de la santé – qui coordonne la Plateforme liégeoise de promotion de la santé affective, relationnelle et sexuelle – afin de réfléchir à la mise en place d’un processus d’accompagnement pour un nouveau spectacle.D’emblée, les membres de la Plateforme liégeoise de promotion de la santé relationnelle affective et sexuelle se sont interrogés sur la pertinence d’un tel dispositif de prévention autour de Supernova. Si la qualité du texte et la mise en scène ont été saluées par l’ensemble des membres, les questions suivantes furent posées: comment gérer l’émotion que susciterait Supernova? Comment les personnes concernées par l’inceste réagiraient-elles face à la pièce? Comment être sûr que les jeunes aux idées noires ne se sentiraient pas soutenus dans leurs idées suicidaires? Car dans Supernova, tout est sombre. Pas la moindre lumière. Il n’existe pas de tiers pour mettre des limites, pour «mettre fin à ça». La pièce donne le sentiment qu’il n’existe pas d’interdit, chacun étant livré à lui-même.

À situation critique, débat critique

Les membres de la Plateforme ont donc davantage approfondi leur réflexion: cette pièce joue-t-elle encore son rôle de médiateur, de tiers? Permet-elle de prendre la bonne distance dont parle Marlène Alvarez, Coordinatrice de l’équipe d’animation du Centre de planning familial pour jeunes Le SIPS: «L’expérience des plannings montre qu’une animation collective qui aborderait l’inceste et qui viserait le dévoilement peut avoir des effets pervers, être plus nocive que bénéfique et pour le jeune concerné par l’inceste et pour le reste du groupe. On peut bien entendu dire des choses sur l’inceste. Le sujet n’est pas tabou. C’est le fait de le traiter collectivement et via un outil culturel imposé qui mérite toute notre attention».C’est pourquoi les membres de la Plateforme ont souhaité faire appel à deux experts en matière de prévention de la maltraitance.

Kaléidos et Yapaka

Samira Bourhaba, Directice de l’asbl Kaléidos chargée de la prise en charge des situations d’abus sexuels intrafamiliaux sous mandat des autorités de l’Aide à la jeunesse a estimé que la pièce pouvait être perçue comme une opportunité pour les victimes d’abus sexuels. Car elle pouvait représenter une première porte qui s’ouvre et laisser entrevoir qu’ils ne sont pas seuls à vivre ça. Sachant que les victimes finissent par penser que ce qui leur arrive est normal, les réactions des jeunes spectateurs pourraient provoquer un choc salutaire.De son côté, Vincent Magos, Directeur de la cellule Coordination de l’aide aux enfants victimes de maltraitance, a considéré que l’intention artistique était très éloignée de l’intention pédagogique. Cette intention pédagogique devait donc être questionnée. Car pour lui, l’objet artistique ne peut pas être retiré de la relation dans laquelle il prend sa place. Aussi, quels étaient les buts des partenaires? Quels objectifs visaient les écoles qui viendraient voir Supernova? Car aux yeux de Vincent Magos, ce qui fait prévention, c’est de mettre du sens, de penser la pièce et le processus avec les écoles. Si ce travail sur les intentions n’est pas fait avec les écoles, on prend un public captif en otage.

Un groupe de travail intersectoriel

En parallèle à ce travail de fond mené au sein de la Plateforme liégeoise de promotion de la santé relationnelle affective et sexuelle, un groupe de travail réunissant des professionnels de la promotion de la santé affective, relationnelle et sexuelle, de l’aide à la jeunesse et des acteurs culturels s’est constitué sous la direction de l’ex-Secrétaire du Conseil d’arrondissement de l’Aide à la jeunesse (CAAJ), Pedro Vega-Egusquizaga. Au total, douze partenairesNote bas de page se sont alliés pour travailler ensemble. De nombreuses réunions ont été nécessaires pour examiner, confronter les réticences et les craintes des divers associés concernant la réception d’un tel spectacle par les jeunes et la façon de débattre en groupe de l’inceste.Un temps de préparation important (lecture du texte, visionnement du spectacle avec les enseignants et les porteurs du projet, débats…) fut nécessaire.

La moitié des partenaires sont partis

Suite aux débats, les membres de la Plateforme ont adopté des positions différentes. La plupart ont mis fin à leur collaboration pensant que les objectifs poursuivis n’étaient pas suffisamment travaillés («Que veut-on faire de la pièce?»). Du côté du groupe de travail intersectoriel, des objectifs communs n’ont pas été déterminés, les attentes des écoles n’ont pas été questionnées alors qu’elles sont la base de toute démarche de promotion de la santé, comme le rappelait Vincent Magos.Les représentations de la pièce étant programmées dans le cadre du projet de prévention du CAAJ, le CLPS et trois centres de planning familial ‘Infor Famille’, ‘Le 37’ et ‘Estelle Mazy’ ont souhaité poursuivre le projet. Il leur semblait que si une animation en lien avec la pièce ne paraissait pas opportune, il était tout aussi dangereux de laisser les jeunes repartir chez eux, seuls avec leurs questions, leurs doutes, leur mal-être. Si l’adulte ne prend pas ses responsabilités dans la pièce de théâtre, il fallait, à leur sens, qu’il les prenne dans la réalité. Il leur paraissait donc incontournable de prendre le temps d’échanger avec les jeunes, de tempérer les émotions, de les faire réfléchir. Il était également important de les informer sur l’existence de services où ces questions peuvent être traitées individuellement dans le secret professionnel.Ces partenaires se sont à nouveau mis autour de la table. Ils sont arrivés à un consensus et ont défini un processus d’accompagnement du spectacle:

  • informer sur l’existence de services ressources;
  • permettre l’échange entre les jeunes, les acteurs, l’auteure et les services ressources pour mettre des mots sur l’émotion et prendre de la distance;
  • répondre aux éventuelles questions des jeunes qui portent sur le contenu.

Le cap des représentations de la pièce

La collaboration a donné naissance à l’organisation d’une représentation à l’attention des équipes éducatives scolaires et extra-scolaires (AMO, Maisons de jeunes, etc.) suivie d’un temps d’échange. Elle a également débouché sur la programmation de six représentations à l’attention des jeunes pour les écoles et pour le tout public. Enfin, des animations post-représentation étaient également proposées: débat après spectacle, atelier d’écriture et/ou animation en classe.Une représentation à l’attention des équipes éducatives scolaires et extra-scolairesPour le CLPS, l’organisation d’un temps de rencontre formel entre les professionnels engagés dans le projet et les enseignants est un préalable indispensable dans une démarche de promotion de la santé. Ceci dans l’objectif de découvrir la pièce avant les jeunes et de prendre le temps d’en parler.Cette avant-première destinée aux seuls professionnels leur permet de prendre le temps de s’interroger sur le sens d’emmener des jeunes au théâtre, de s’interroger sur les représentations mentales que chacun a de la culture, de l’art, de l’éducation, de l’Éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVRAS), mais aussi de prendre conscience du rôle que chacun peut avoir en matière d’EVRAS et d’éventuellement établir des collaborations.

Six représentations à l’attention des jeunes

Au total, 6 représentations ont eu lieu à Liège, Seraing et Soumagne, et ont touché environ 900 jeunes fréquentant des classes de troisième et sixième secondaire, de futurs éducateurs et assistants sociaux.Chaque représentation a fait l’objet d’un encadrement approprié des élèves:

  • préparation en amont dans certaines classes en fonction des demandes;
  • introduction du spectacle par le délégué liégeois de l’Aide à la jeunesse;
  • débat après le spectacle avec les artistes, un centre de planning familial et des représentants du secteur associatif, entre autres dans le but que les élèves puissent contacter l’une ou l’autre association, après coup, si nécessaire.

Le débordement émotionnel était une des plus grandes frayeurs des professionnels réticents à l’encadrement de la pièce car il est très délicat de traiter les émotions en grands groupes. Toute la difficulté était de sortir de l’immense émotion suscitée par la pièce. Afin de canaliser le flux émotionnel, des émoticônes ont été utilisées (tristesse, colère, rire ou indifférence) pour se faire une idée de l’état émotionnel des jeunes spectateurs et les aider à qualifier la pièce.Il revenait ensuite aux professionnels d’être capables d’entendre cette émotion délivrée en l’enrobant d’une reformulation en terme de ‘sens’ suffisamment étayante pour que l’émotion ainsi dévoilée ne se transforme pas en hémorragie émotionnelle impudique.

Ce qu’ils en ont pensé et dit

Parmi les réactions des élèves, l’importance de briser les tabous et d’oser parler de sujets difficiles avec beaucoup de justesse – comme la pièce le fait – a été soulignée plus d’une fois. La pièce a été unanimement décrite comme forte, choquante, violente, dérangeante. Elle a provoqué malaise, tristesse, parfois un trop plein d’émotions. Les jeunes ont souligné la force de la scène, force qu’ils ne retrouvent pas à la TV (on peut zapper) ou au cinéma qui rend moins que le théâtre cette impression de réalité.Les jeunes ont posé de nombreuses questions. Ils voulaient comprendre, donner du sens, mettre des mots sur la confusion, sur la mécanique de la pièce. Même, lorsqu’en apparence, les questions concernaient le jeu ou l’écriture, elles étaient en réalité liées au contenu. Dans un tel contexte, il s’avérait donc difficile de travailler uniquement les intentions artistiques.

L’objet artistique, ami de l’inconscient

Alors, peut-on, doit-on utiliser l’objet artistique comme outil de prévention? Comme cela a été dit au début de cet article, la question est restée entière, mais au cours des réflexions sur l’encadrement, il a été unanimement accepté qu’une pièce de théâtre dans son écriture ne doit pas avoir une intention pédagogique. Tout comme la créativité de l’auteur ne doit pas être bridée par une quelconque intention pédagogique. Une création artistique réalisée dans ce sens risquerait d’être un flop. L’objet artistique doit nous toucher à un autre niveau que pédagogique. Il se doit de nous toucher à un niveau inconscient, sans quoi le public sent que l’on essaie de le manipuler et de le séduire.Une fois l’œuvre réalisée, le pédagogue peut s’en servir dans une visée pédagogique, pour peu que ses intentions, ses objectifs et son public soient clairement définis.Combien de films, de livres ou de pièces de théâtre ne sont pas utilisés comme support à un cours ou une animation car mieux qu’une leçon théorique, ils permettent de faire comprendre à l’auditoire les subtilités d’un sujet sensible qui tourne autour de l’humain. Si les œuvres d’art nous parlent, c’est parce qu’elles parlent à notre inconscient et pas à notre raison. Elles nous permettent de sentir des choses qui se disent difficilement dans un discours rationnel.

Pour le CLPS

Ce projet est une illustration des difficultés et de la richesse du développement de démarches de promotion de la santé sur le terrain. Il aurait été plus aisé de travailler chacun dans son coin mais, ici, la volonté a été de se mettre tous autour de la table. Elise Malevé, du CLPS: «Nous avons tenté de comprendre les visions, les enjeux, les valeurs différentes de chacun. Nous avons pris le temps de confronter nos idées et nos doutes afin de parvenir à se construire un langage et des objectifs communs, étape indispensable pour réaliser un projet solide dans le respect des uns et des autres.Dans un projet comme celui-ci, personne ne détient à lui seul la vérité. Plutôt que de diaboliser les positions des uns et des autres, nous les avons écoutées et tenté de co-construire une démarche qui ait du sens.Il faut accepter que cela prenne du temps et reconnaître que le processus est tout aussi important que le résultat.»

Synopsis de Supernova

Parce que leur père a souvent besoin de la maison et qu’il ne leur porte une certaine attention que la nuit, Rachel et son frère Brésil ont adopté un terrain vague pour territoire où chacun à sa manière s’est construit un univers à sa mesure. C’est là, sur ce terrain, que Mathilde aime rejoindre Rachel pour qui elle éprouve une attirance particulière.Mais un avis met le trio d’adolescents en alerte: on annonce un projet de construction qui les privera de leur terrain de jeu et de vie. Avec les moyens du bord, ils vont tenter d’empêcher cette intrusion des adultes dans leur monde.Cette pièce dépasse le clivage du bien et du mal pour explorer les arcanes d’une adolescence orpheline des repères qui pourraient lui permettre de se construire. Le spectacle se termine mal: deux personnages meurent, seul le troisième vit.

Sources

  • Synthèse du projet Supernova, du Centre liégeois de promotion de la santé (CLPS).
  • Rapport rédigé par Malvine Cambron, stagiaire venant de la section Art du spectacle à l’ULg.
  • www.ruedutheatre.eu

Le texte de Catherine Daele a été texte lauréat des prix metteurs en scène belges et étrangers 2010. Il a également été parmi les 10 finalistes du prix SACD 2012.

Partenaires du projet: le Conseil d’arrondissement de l’aide à la jeunesse de Liège (CAAJ), le Centre culturel de Liège ‘Les Chiroux’, la section de Prévention générale du Service d’Aide à la jeunesse de Liège (SAJ), les services d’Aide en Milieux Ouverts (AMO), le centre des méthodes de la Province de Liège, le Centre liégeois de promotion de la santé (CLPS), les plannings familiaux ‘Infor Famille’, ‘Estelle Mazy’ et ‘Le 37’, l’asbl Kaléidos, le Plan de cohésion sociale de la ville de Seraing (PCS) et l’asbl Panache Seraing.

Alcool: les parlementaires français trop peu soucieux des vies perdues

Le 30 Déc 20

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Alcool: les parlementaires français trop peu soucieux des vies perdues

En favorisant la publicité pour l’alcool, le vote des parlementaires français a privilégié l’économie aux dépens de la santé publique.Le coût social de l’alcool et du tabac représente le montant (valorisé monétairement selon une méthode classique) des pertes en vies humaines ou en qualité de vie, des pertes de production, des dépenses de santé, diminué des recettes provenant des taxes et du montant des retraites ‘économisées’.Selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies, ce coût social serait voisin en France d’environ 120 milliards d’euros par an pour l’alcool, et autant pour le tabac, des montants très supérieurs au coût social des drogues illicites (environ 9 milliards).Les années de vie perdues et les pertes de qualité de vie représentent une part prépondérante de ce coût. En 2010, les années de vies perdues sont de 17 années par personne concernée pour l’alcool (810.000 années au total en France), de 9 pour le tabac (690.000 années au total) et de 18 pour les drogues illicites (43.000 années au total).Les taxes sur le tabac et l’alcool et les économies engendrées par les retraites non versées, ne compenseraient pas, selon ces calculs, le coût des soins induits, les taxes couvrant seulement 37% des coûts des soins liés à l’alcool et 40% pour le tabac.Quelles que soient les limites de ce type de calcul, notamment sur la valorisation monétaire de la vie humaine, cette étude a le mérite de montrer que les drogues qui sont le plus combattues par la collectivité ne sont pas forcément les plus coûteuses en vies humaines.À méditer, notamment par les responsables politiques qui défendent sans relâche le lobby de l’alcool. Les députés et sénateurs qui ont voté massivement un affaiblissement de la loi Evin qui lutte contre l’alcoolisme, avaient sans doute d’autres chiffres en tête que celui des pertes de vies humainesNote bas de page.

Ce jugement vaut aussi pour notre pays, le lobby de l’alcool ayant fait jouer ses relais politiques pour faire échouer un ambitieux Plan alcool 2014-2018. Voir l’article deThierry Goorden, ‘Pourquoi le plan alcool est tombé à l’eau’, Éducation Santé n° 299, avril 2014.

Consommation problématique d’alcool: trop peu de soutien, trop tard

Le 30 Déc 20

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Consommation problématique d’alcool: trop peu de soutien, trop tard

Près de 10% des adultes en Belgique consomment l’alcool d’une manière que l’on qualifie de problématique. Mais parmi eux, seulement un sur douze cherche ou reçoit de l’aide, et encore, souvent après plusieurs années. À la demande du SPF Santé publique, le Centre fédéral d’Expertise des Soins de Santé (KCE) a analysé les raisons de cet écart et recommande plusieurs mesures pour faciliter la demande d’aide.Des raisons à la difficulté à trouver de l’aide ont été identifiées à différents niveaux: la société dans son ensemble, l’organisation/les prestataires de soins et la personne concernée elle-même. Comme ces facteurs interagissent les uns avec les autres, il serait plus efficace d’agir sur ces trois niveaux en même temps. Les mesures préconisées comprennent entre autres un ‘Plan alcool’ extensif, une meilleure formation des prestataires de soins, et davantage d’information du public au sujet de la consommation (problématique) d’alcool.

10% des Belges ont une consommation d’alcool problématique

La période des fêtes de fin d’année est propice aux commentaires des médias sur la consommation d’alcool, et on sait qu’elle est élevée chez nous. Selon l’enquête de santé de l’Institut scientifique de Santé publique (ISP), un Belge sur dix (de plus de 15 ans) consomme de l’alcool de manière problématique.Mais qu’entend-on par consommation problématique? Les définitions sont variables, mais retenons celle de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) qui décrète qu’au-delà de 14 verres standard par semaine pour les femmes et 21 pour les hommes, on est dans une consommation excessive. Il est également important de préciser qu’avec une telle consommation, on n’est pas (encore) nécessairement dans la dépendance, mais dans une situation à risques accrus de problèmes de santé, d’accidents, de conflits relationnels ou de soucis professionnels. Sans oublier le prix social, économique et humain de la consommation problématique d’alcool.

Une personne sur douze cherche ou reçoit de l’aide, en moyenne après 18 ans de consommation

Il apparaît que seulement une personne sur douze ayant une consommation problématique d’alcool cherche à se faire aider par un professionnel – et cela après avoir attendu en moyenne 18 ans. Beaucoup tentent d’abord de résoudre leur problème seuls et y réussissent parfois. Les autres ne cherchent ou ne trouvent le chemin de l’aide que fort tard, voire jamais, ou ne se voient pas proposer une aide appropriée.Pourtant, certaines interventions ont déjà largement prouvé leur utilité, comme l’entretien motivationnel, l’accompagnement psychologique, les groupes d’entraide et certains traitements médicamenteux. Le but ultime n’est pas nécessairement d’aboutir à un arrêt total de l’alcool; il suffit souvent que la personne diminue sa consommation.

Agir à 3 niveaux: la société, l’organisation/les prestataires de soins, les personnes concernées elles-mêmes et leur entourage

Il existe plusieurs explications au fait que la personne qui a une consommation problématique d’alcool ne demande, ne trouve ou ne reçoit pas d’aide. Différents facteurs interviennent et interagissent: au niveau de la société dans son ensemble, de l’organisation/des prestataires de soins, et de la personne concernée elle-même.Au niveau de la société, on soulignera à quel point la consommation d’alcool fait partie de notre vie quotidienne. Par conséquent, une consommation problématique n’est souvent reconnue comme telle que très tard, voire pas du tout. En revanche, une fois que le problème devient gênant pour un individu et/ou son entourage, notre tolérance diminue: nous avons alors tendance à penser qu’il est seul responsable et qu’il n’a qu’à s’en sortir tout seul. Ce qui suscite chez l’intéressé de la honte et un déni qui peut se prolonger longtemps.Pour changer cette mentalité ambiguë, à la fois indulgente et stigmatisante, c’est la société dans son ensemble qui doit évoluer. Toutes les parties concernées – décideurs politiques, organisations et prestataires de soins, associations de patients – doivent élaborer ensemble un ‘Plan alcool’. Celui-ci devrait notamment comporter des campagnes d’information ainsi qu’une réglementation plus stricte de la publicité et de la vente d’alcool. Un tel ‘Plan alcool’ avait déjà été proposé il y a trois ans par la précédente ministre de la santé publique, mais il n’avait pas reçu le soutien politique nécessaire. Un nouveau plan serait actuellement en cours de développement; les enseignements de la présente étude pourront certainement y apporter leur contribution.Toute personne présentant une consommation problématique doit se voir proposer une prise en charge appropriée. Or beaucoup de prestataires de soins sont d’avis qu’il est difficile de reconnaître ce problème, de l’aborder avec le patient et de proposer l’aide nécessaire. C’est pour cette raison que la formation des professionnels de la santé doit y accorder davantage d’intérêt et veiller à développer les compétences communicationnelles nécessaires.La consommation problématique d’alcool doit être comprise et abordée comme un problème de santé qu’il est possible de soigner, et il est souhaitable que les prestataires de soins adoptent avec ces patients une attitude empathique et sans jugement. On sait par ailleurs que répéter régulièrement la question de la consommation d’alcool et proposer une intervention brève quand c’est nécessaire sont des démarches qui ont prouvé leur efficacité pour faire baisser la consommation. C’est le médecin généraliste qui est l’intervenant le plus logique mais il y en a d’autres, comme le gynécologue qui peut s’y intéresser à l’occasion d’une grossesse, par exemple.Certaines améliorations au niveau de l’organisation des soins peuvent également jouer un rôle facilitateur pour augmenter le recours à l’aide. Il faut notamment élargir l’offre tant en première ligne (médecins généralistes, psychologues, etc.) que dans les hôpitaux généraux et psychiatriques, avec un financement correct et une bonne collaboration entre les différents niveaux de soins. De cette manière, les intervenants enverront plus facilement les patients vers une aide spécialisée et les temps d’attente seront plus courts.Enfin, on peut agir au niveau des personnes ayant une consommation problématique elles-mêmes. Elles ont souvent tendance à nier le problème, à éprouver de la honte, à penser qu’elles n’ont pas le temps ou l’argent pour un traitement, ou encore à se convaincre qu’elles peuvent s’en tirer toutes seules.Souvent aussi, ces personnes doutent de l’efficacité des traitements et craignent de perdre leurs contacts sociaux si elles arrêtent ou diminuent leur consommation. Pour cette raison, il faut faire largement savoir à qui l’on peut s’adresser pour poser des questions et demander de l’aide en ce qui concerne la consommation d’alcool. Les sites web qui proposent de l’information et des dépistages en ligne doivent être soutenus, et il faut mieux faire connaître les groupes d’entraide.La famille et l’entourage proche peuvent jouer un rôle crucial auprès des personnes ayant une consommation d’alcool problématique. Ils doivent recevoir le soutien nécessaire, notamment sous forme d’informations au sujet des prises en charges possibles et du rôle qu’ils peuvent y jouer, au sujet des possibilités de thérapie familiale, etc.

Une approche synergique est cruciale

Étant donné que les facteurs responsables du recours tardif à l’aide, ou de l’absence de recours, sont étroitement imbriqués, l’approche du problème doit se faire selon une stratégie globale et en combinant des mesures à différents niveaux. Ce qui ne doit pas empêcher chacun, à son propre niveau, de se mettre sans tarder à l’ouvrage.

Vers une réforme de l’accès aux soins de santé pour les personnes en séjour irrégulier

Le 30 Déc 20

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Vers une réforme de l’accès aux soins de santé pour les personnes en séjour irrégulier

Les personnes en séjour irrégulier, encore couramment appelées ‘sans-papiers’, sont des personnes qui ne disposent pas d’un titre de séjour les autorisant à résider sur le territoire de notre pays. La Belgique, en accord avec les traités internationaux qu’elle a ratifiés, leur accorde l’accès aux soins de santé, via une ‘Aide Médicale Urgente’ (AMU). Toutefois, les procédures à suivre pour obtenir cette AMU sont complexes et variables; elles occasionnent pour les CPAS un coûteux travail administratif, parfois inutilement répétitif.Le KCE propose une réforme qui vise à simplifier et harmoniser les procédures administratives d’une part, à rationaliser l’organisation et le suivi des pratiques de soins et à monitorer les coûts d’autre part.

Sans papiers, mais pas sans droits

Les personnes en séjour irrégulier, encore couramment appelées ‘sans-papiers’, sont des personnes qui ne disposent pas d’un titre de séjour les autorisant à résider en Belgique. Il est important de les distinguer des demandeurs d’asile et des réfugiés, qui disposent d’un titre de séjour (temporaire ou définitif).Les personnes en séjour irrégulier ont le droit de bénéficier de soins de santé, car il s’agit d’un droit fondamental de tout être humain. La Belgique a d’ailleurs ratifié, depuis une trentaine d’années, plusieurs traités internationaux en ce sens. L’accès de ces personnes aux soins de santé est donc organisé depuis bien plus longtemps que l’actuelle crise migratoire.

Complexité administrative

Toutefois, les procédures pour y avoir accès sont complexes. C’est ce qui ressort d’une réflexion approfondie menée par l’INAMI en 2014, à l’occasion de ses 50 ans, en collaboration avec Médecins du Monde et plus de 300 acteurs de la santé et du social.C’est dans le cadre de cette réflexion que le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) a été chargé d’analyser en profondeur les mécanismes d’accès actuels et de proposer des pistes viables pour le futur.

Aide médicale urgente

Les personnes en séjour irrégulier en Belgique ne sont pas affiliables à une mutualité. Elles peuvent cependant s’adresser au Centre public d’action sociale (CPAS) de leur commune pour obtenir l’accès aux soins. Le CPAS mène alors une enquête sur leur état de besoin (enquête sociale) et décide d’accorder ou non l’autorisation d’aide médicale urgente (AMU). Contrairement à ce que son nom laisse entendre, l’AMU peut inclure des soins de santé préventifs et curatifs, y compris pour des maladies chroniques.

Combien de personnes sont concernées?

On estime que les personnes en séjour irrégulier seraient entre 85.000 et 160.000, soit 0,8% à 1,4% de la population générale. Seulement 10 à 20% d’entre elles ont eu recours à l’AMU en 2013, soit 17.600 personnes. Ce nombre global est resté stable depuis 2011, après une forte diminution les années précédentes: leur nombre était encore de 22.478 en 2006. Toutefois, étant donné la crise migratoire actuelle, on observera vraisemblablement une augmentation de leur nombre dans les chiffres de 2014 et 2015.Les coûts de l’AMU sont pris en charge par l’État. En 2013, cette aide médicale a coûté 44,6 millions d’euros. Cela représente moins de 0,2% du coût des soins de santé.

Une analyse de terrain

Le KCE a consulté un large panel d’acteurs du terrain ainsi que des personnes en séjour irrégulier pour dégager les points forts et les points faibles de ce système. Conclusion: les procédures en vigueur pour accéder à l’AMU ont le mérite d’exister, mais elles sont appliquées de façon très variable d’un CPAS à l’autre, avec entre 2% et 26% de refus, ce qui se traduit par un accès inégal aux soins. Par ailleurs, les soins couverts dans le cadre de l’AMU varient aussi d’un CPAS à l’autre.Tant les personnes en séjour irrégulier que les prestataires de soins manquent d’informations sur ce que recouvre exactement l’AMU et sur les procédures administratives qui doivent être suivies pour l’obtenir. Des deux côtés, on affirme avoir dû «apprendre sur le tas», ce qui s’est accompagné de son lot de stress, de malentendus, et surtout de retards dans les soins. Enfin, les données relatives à l’AMU ne sont pas centralisées, ce qui rend le monitoring des pratiques de soins et des coûts malaisé pour les autorités publiques.

Harmonisation et simplification

Le KCE propose une réforme qui devrait permettre de trouver un nouveau point d’équilibre entre le respect du droit à accéder aux soins de santé et une utilisation rationnelle des ressources publiques. La réforme proposée suit deux lignes directrices: simplifier et harmoniser les procédures administratives d’une part, rationaliser l’organisation et le suivi des pratiques de soins et monitorer les coûts d’autre part.Concrètement, cette réforme consiste:

  • à faciliter et à clarifier les démarches des demandeurs;
  • à recentrer le rôle des CPAS sur les aspects sociaux (leur domaine d’expertise);
  • à déplacer la responsabilité des décisions médicales vers les médecins (qui doivent ouvrir un dossier médical informatisé pour ces patients);
  • à harmoniser la couverture des soins accordés en la calquant sur celle déjà accordée par la loi aux demandeurs d’asile;
  • à renforcer l’informatisation des flux d’informations entre les prestataires de soins, les CPAS et les services de l’Intégration sociale;
  • à améliorer la communication entre tous les intervenants;
  • et enfin à assurer un monitoring centralisé des pratiques de soins et des coûts.

La mise en œuvre de cette réforme nécessitera une concertation entre toutes les institutions impliquées: les services de l’Intégration sociale et de la Santé publique, l’INAMI, la Caisse Auxiliaire d’Assurance Maladie-Invalidité (CAAMI) et l’Union des Villes et des Communes.

ANNULATION – Le 24 mars 2016, une journée consacrée à l’éducation par les pairs

Le 30 Déc 20

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ANNULATION - Le 24 mars 2016, une journée consacrée à l’éducation par les pairs

—- Suite aux événements de ce jour à Bruxelles, cette rencontre est annulée. Merci de votre compréhension. La rédaction —-

Depuis plusieurs années, Question Santé, Éducation Santé et le FARES ont pris la bonne habitude d’inviter en Belgique les auteurs d’ouvrages francophones récents en matière de promotion de la santé et de santé publiqueNote bas de page.En octobre 2013, le public a répondu avec enthousiasme à leur invitation pour une journée de séminaire-conférence-débat avec Alain Douiller, auteur de l’excellent ouvrage ’25 techniques d’animation pour promouvoir la santé’Note bas de page. Cette année, les trois organisations ont le plaisir de vous proposer une journée de réflexion et d’échanges sur le même canevas, en présence d’Éric Le Grand, sociologue et consultant en promotion de la santé travaillant en France.

Un atelier d’échange de pratiques le matin

En première partie de journée (10h-12h30), Question Santé vous propose un atelier autour de la place de l’approche par les pairs dans la promotion de la santé des jeunes. Celle-ci se trouve au croisement de l’éducation permanente, de la promotion de la santé et des finalités visées par les organisations de jeunesse. Ces trois domaines d’activités partagent-ils la même vision de l’approche par les pairs? Quels sont ses enjeux? En quoi ces questions interrogent-elles nos pratiques?
Notre invité Éric Le Grand nous proposera un regard en miroir de son expérience dans son pays et de sa réflexion théorique.Inscription gratuite et indispensable à: info@questionsante.org, avant le 1er mars 2016.
Nombre de participants limité à 20.
Une réflexion préalable sera demandée aux participants.

Une conférence l’après-midi

L’après-midi (14h–16h, accueil à partir de 13h30), Éric Le Grand nous fera le plaisir de nous entretenir de ‘L’éducation pour la santé par les pairs: un enjeu pour la participation des jeunes!’

Détails pratiques

Date: 24 mars 2016Lieu: FARES, rue de la Concorde 56, 1050 BruxellesMatin – séminaire animé par Question Santé de 10 à 12h30Après-midi – conférence d’Éric Le Grand de 14 à 16hInscriptions à info@questionsante.org avant le 1er mars 2016.

Aujourd’hui en France, l’éducation pour la santé par les pairs est souvent citée tant par les pouvoirs publics que par les jeunes eux-mêmes, comme une stratégie de prévention nécessaire pour promouvoir efficacement la santé. Malgré cette volonté affichée et si de nombreuses expérimentations ont pu se dérouler, son développement reste encore à ce jour assez faible.Après avoir donné une définition de l’éducation pour la santé par les pairs, notre conférencier s’intéressera aux enjeux liés à l’éducation pour la santé par les pairs. En effet, son développement ré-interroge la question de la participation des jeunes et de leur reconnaissance en tant qu’acteur et auteur de leur santé, le positionnement des professionnels quant à l’accompagnement de programme de ‘peer-education’ et les politiques publiques, dans leur volonté ou non de concevoir le jeune comme une ressource pour la société et non comme un risque.Inscription gratuite et indispensable à: info@questionsante.org, avant le 1er mars 2016.
Nombre de places limité, ne tardez pas à vous inscrire!
Veuillez noter qu’il est possible de s’inscrire aux deux activités ou à seulement une des deux parties de la journée. Merci de le spécifier à l’inscription.

Notre invité Éric Le Grand

Après avoir travaillé entre 1998 et 2004 dans un Comité Départemental d’Education pour la Santé (Codes) et puis à l’INPES, Éric Le Grand, sociologue, est devenu consultant en promotion de la santé. Menant plus particulièrement des études, évaluations et formations sur la santé des jeunes, les publics en situation de précarité et les inégalités sociales de santé, il axe plus notamment ses travaux sur les questions du développement de l’éducation pour la santé par les pairs (peer-education). Il est aussi membre de la Chaire de Recherche sur la Jeunesse (EHESP), du comité de rédaction de la revue ‘La santé en action’ (anciennement ‘La Santé de l’homme’) et du conseil scientifique des Francas (Mouvement d’éducation populaire).Quelques publications :

  • Chapitre: Éducation pour la santé par les pairs et alcool , pp 187-197, ouvrage Boire: une affaire de sexe et d’âge, sous la direction de Marie Laure Déroff, Thierry Fillault, Presses de l’EHESP, 2015, 207 pages.
  • Sous la direction d’Éric Le Grand et Yaelle Amsellem-Mainguy (INJEP): Éducation pour la santé des jeunes: la prévention par les pairs, Cahiers de l’action, n°43, décembre 2014.
  • Chapitre: Jeunes, acteurs de leur santé, une injonction à l’autonomie? pp 71-86, ouvrage Usages et pratiques de l’autonomie. Décoder pour agir. Sous la direction de Patricia Loncle, L’Harmattan, 2014, 189 pages.
  • ‘Spiritualité et santé: plus l’incertitude de l’avenir est grande…’ Éducation Santé, mars 2013, n° 287, pp7-9.
  • Coordination n° 421 de La Santé de l’homme: Les jeunes et l’éducation pour la santé par les pairs, septembre-octobre 2012.
  • ‘Quand la santé des jeunes m’était contée!’ La jeunesse dans la revue La Santé de l’homme, agora débats/jeunesse, pp 61-73, 2010.
  • Chapitre: L’estime de soi: un enjeu éducatif et social, pp 93-100, ouvrage Éducation populaire, enjeu démocratique. Défis et perspectives, sous la direction d’Albert Restoin, L’Harmattan, 2008,160 p.

Nous avions démarré, en partenariat avec l’APES ULg, avec le regretté Bernard Goudet, auteur de ‘Développer des pratiques communautaires’ chez Chronique sociale.

Voir à ce sujet l’article de C. De Bock “Un peu d’animation en Fédération Wallonie-Bruxelles, Éducation Santé n°295, décembre 2013.

Inégalités de santé: les enfants d’abord!

Le 30 Déc 20

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Inégalités de santé: les enfants d’abord!

Elle y croit dur comme fer, Julie PoissantNote bas de page, intervenante du module «Réduire les inégalités sociales de santé: comprendre pour mieux intervenir» lors de la 12e Université d’été francophone en santé publique de Besançon: c’est en agissant dès le plus jeune âge qu’on pose les bases d’un parcours de vie en santé. À condition de promouvoir autant la prévention universelle que les interventions ciblées. Vous avez dit ‘universalisme proportionné’?Dans notre champ professionnel comme dans d’autres, il y a des expressions qui tout d’un coup font florès. L’universalisme proportionné est de celles-là. Il faut dire que son caractère abscons présente au moins deux avantages: ceux qui l’utilisent se sentent appartenir à une élite intellectuelle supérieurement informée et ceux qui la découvrent peuvent légitimement se moquer de sa tournure alambiquée… Et cependant, au-delà de ce premier abord peu sympathique, que de trésors dans cette expression pour la santé publique! Surtout lorsqu’on se préoccupe des inégalités sociales et de santé…Il est des constats qui font mal, mais qu’il faut avoir le courage de regarder en face. Selon un récent rapport de l’Unicef sur «les privations et la pauvreté relative des enfants dans l’ensemble des pays les plus riches», on observe dans tous ces pays une aggravation de la situation depuis la survenue de la grande crise économique de 2008. En France, par exemple, trois millions d’enfants vivent sous le seuil de pauvreté (soit un sur cinq) dont 440 000 ont basculé dans cette catégorie depuis l’entrée en récession de la France.Sur le plan de la santé publique, cela veut dire notamment qu’une proportion grandissante d’enfants naissent et passent les premières années de leur vie dans des environnements où ils sont confrontés à un stress ayant un impact terrible sur leur développement. Ce stress est généré par l’extrême pauvreté et ses conséquences, la sous-stimulation, la souffrance psychique ou les contextes de violence, d’abus, de négligence… Or, pendant la gestation et au cours des deux premières années de la vie, le cerveau subit un intense processus de maturation qui le rend très vulnérable aux influences, positives ou négatives, des environnements.La période qui va de la conception jusqu’à l’âge de huit ans est fondamentale en termes de construction de toutes les aptitudes de vie et des bases d’une vie en santé. Les conditions de vie défavorables imposées aux enfants par l’extrême pauvreté mettent en péril ces processus de maturation et de construction, et relèvent d’une immense injustice: à ces âges précoces, en effet, les enfants dépendent entièrement ou très majoritairement de leur environnement; il ne saurait être question de choix individuel. Les mesures à prendre pour restituer à ces enfants une partie des chances perdues par les seules conditions de leur naissance se trouvent donc exclusivement dans le champ social et politique.

À chacun selon ses besoins

L’universalisme proportionné, fondé sur le principe «à chacun selon ses besoins», vise d’abord à répondre à cet enjeu-là. Dans le cadre de la contrainte de plus en plus forte imposée aux financements publics, il est impératif que les populations en situation d’extrême pauvreté, dont la santé est la plus menacée, bénéficient d’un apport maximal de ressources et de services. Il est également essentiel de travailler sur les obstacles qui empêchent ces populations de recourir aux services auxquels elles ont théoriquement accès: absence de moyen de transport, horaires inadaptés, mais aussi problème de langue ou peur d’être mal jugé. Ces obstacles peuvent faire que ceux qui ont le plus besoin des services sont en réalité ceux qui y ont le moins accès… Un paradoxe insupportable pour les familles, mais aussi pour les intervenants.Cependant, agir uniquement au bénéfice de ces publics en très grande difficulté ne permet pas de réduire les inégalités de santé qui se répartissent dans toute la population selon un gradient social: «Ceux qui sont au sommet de la pyramide sociale jouissent d’une meilleure santé que ceux qui sont directement en-dessous d’eux, qui eux-mêmes sont en meilleure santé que ceux qui sont juste en-dessous et ainsi de suite jusqu’aux plus bas échelons» (Rapport Black).L’existence de ce gradient fait que les interventions uniquement destinées aux populations très démunies laissent de côté un grand nombre d’enfants appartenant aux classes moyennes et supérieures, qui ont également besoin d’être accompagnés et soutenus. Les interventions les plus pertinentes en termes de réduction des inégalités sociales de santé sont universelles, c’est-à-dire qu’elles touchent l’ensemble de la population, mais avec une intensité proportionnelle au niveau de défaveur sociale. C’est ça, l’universalisme proportionné.

Moduler l’intensité des interventions

Le principe de proportionnalité renvoie les intervenants à une notion complexe, qui est celle de l’adaptation des interventions à chaque catégorie de la population en fonction de son niveau de besoin. Une approche ‘sur mesure’ qui paraît bien souvent irréalisable! Et pourtant, il existe des programmes de santé publique qui s’y essayent avec un certain succès, comme le Triple P (Programme de Parentalité Positive). Ce programme propose un même type d’intervention pour l’ensemble de la population, mais avec cinq niveaux d’intensité différents permettant d’ajuster le soutien au plus près des besoins des parents: le niveau de base est appliqué d’emblée, puis éventuellement adapté aux besoins réels.Moduler l’intensité d’une intervention n’est pas le seul moyen pour appliquer le principe d’universalisme proportionné. Il ne s’agit pas d’envoyer dix fois plus de brochures ‘Au moins cinq fruits et légumes par jour sans effort’ aux familles défavorisées! Il s’agit aussi et surtout d’adapter la modalité d’intervention en mettant en œuvre des actions différenciées et appropriées sur les déterminants de la santé: veiller à l’accessibilité des transports publics, par exemple, ou mettre en place des actions de santé communautaire.Le principe d’universalisme proportionné nous invite donc à intégrer deux nouvelles conceptions:

  • agir dès la petite enfance est absolument crucial. Cela ne veut pas dire que le destin de chacun se trouve scellé dès ses premières années de vie, ou qu’il ne faut pas intervenir auprès d’autres populations. Mais chaque personne s’inscrit dans un parcours de vie et de santé qui trouve ses racines dans l’enfance. C’est donc bien à cette période de la vie que nos actions, politiques et programmes de prévention doivent donner la priorité;
  • une action qui améliorerait la situation d’une catégorie de la population mais accroîtrait les inégalités de santé au sein de la population générale serait un échec sur le plan de la santé publique. Notre responsabilité est donc d’adapter nos interventions aux besoins spécifiques de chaque sous-groupe de population, mais aussi d’offrir à l’ensemble de la population des programmes de prévention universels de qualité.

Tout cela sans perdre de vue la continuité et la cohérence d’une politique de santé publique qui, en articulant tous ces niveaux d’intervention, donnera du sens à nos actions, autant pour la population que pour nous-mêmes.Texte publié initialement dans le n° 4 du Temps de l’Université d’été de Besançon, 2 juillet 2015, et reproduit avec l’aimable autorisation de Christine Ferron et Julie Poissant.

Julie Poissant est experte conseil à l’Institut national de santé publique de Québec.

Plus de 10 ans d’aide au sevrage tabagique au Québec

Le 30 Déc 20

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Plus de 10 ans d'aide au sevrage tabagique au Québec

La lutte contre le tabagisme requiert des armes diversifiées et complémentaires. À côté des mesures législatives et des campagnes de sensibilisation, il est essentiel de soutenir dans leur démarche ceux qui veulent arrêter de fumer. Au début des années 2000, le Québec a mis en place une série de services complémentaires destinés à soutenir les fumeurs qui souhaitent se libérer du tabac. Une dizaine d’années plus tard, le Ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec a dressé l’état de situation de l’implantation de ces services.

Le tabagisme est l’une des principales causes de décès, partout dans le monde. «Le tabac tue un fumeur sur deux. Arrêtez de fumer avant qu’il ne soit trop tard», affirme ainsi sur un mode émotif une récente campagne française de l’Inpes et du Ministère de la Santé, diffusée dans le cadre du nouveau Programme national de réduction du tabagismeNote bas de page.

Au Québec, même si le ‘fléau’ a connu une diminution, sa prévalence stagne depuis quelques années autour de 24%Note bas de page. Un million et demi de Québécois fument. Chaque année, environ 10 000 d’entre eux décèdent des suites de leur addiction au tabac, ce qui représente un décès sur cinq. Pourtant, en 2009, 40% des fumeurs indiquaient avoir tenté d’arrêter de fumer au cours de l’année précédente.

Ces statistiques effrayantes justifient pleinement les efforts de lutte contre le tabagisme et en particulier les investissements réalisés pour aider les fumeurs à abandonner la cigarette et les autres produits du tabac.

La docteure Michèle Tremblay, médecin-conseil à l’Institut national de santé publique du Québec, a assisté aux balbutiements du Plan québécois d’abandon du tabagisme, quelques années après que le gouvernement du Québec eût reconnu le tabagisme comme une priorité nationale de santé publique. «À partir de 2002, une série de services gratuits d’aide au renoncement tabagique se sont mis en place partout au Québec, y compris en région éloignée»Note bas de page, se remémore le médecin.Membre du comité de suivi du Plan, la docteure Tremblay a étroitement contribué à la rédaction de l’état de situation d’implantation des différentes mesuresNote bas de page, une publication d’une quarantaine de pages qui vise à dresser un inventaire des services développés depuis 2002 pour soutenir les fumeurs dans leur démarche de renoncement au tabac et à identifier le nombre et le profil de personnes rejointes.

Les lignes suivantes présentent le rôle que jouent depuis une bonne dizaine d’années dans le combat contre le tabagisme au Québec les centres d’abandon du tabagisme, le counselling par les professionnels de la santé, la ligne téléphonique j’Arrête, le site internet du même nom, le Défi J’arrête, j’y gagne et les aides pharmacologiques.

Les centres d’abandon du tabagisme

Il existe au Québec plus de 150 centres d’abandon du tabagisme, implantés dans divers établissements tels que des centres de santé ou des hôpitaux. Les conseillers de ces centres offrent des interventions individuelles ainsi que du counselling de groupe, organisé en plusieurs rencontres qui se tiennent sur une période de quelques semaines. Au cours de celles-ci, les participants discutent ensemble, avec l’aide d’un intervenant, de leurs motivations et des moyens pour arrêter de fumer dans une approche de résolution de problèmes.

Chaque année, quelque 6.000 fumeurs utilisent les services individuels d’un centre d’abandon du tabagisme et un millier participent aux activités de groupe. Ce sont essentiellement les femmes qui en profitent, d’un âge moyen de 50 ans. Il s’agit le plus souvent de gros fumeurs (ou grosses fumeuses), c’est-à-dire ceux et celles qui fument davantage et sont plus dépendants que la moyenne. Plus de la moitié de ceux qui fréquentent ces centres sont sans emploi, ce qui laisse supposer que ce service parvient à toucher ceux qui en ont le plus besoin.

La question cruciale est bien sûr celle de l’efficacité. Une étude montréalaise révèle que 57% des fumeurs ont cessé de fumer durant leur suivi, et qu’après six mois, 27% étaient toujours abstinents. Donc, quand un fumeur décide de fréquenter un centre d’abandon du tabagisme, il aurait une chance sur quatre de succès. Par ailleurs, l’intervention de groupe serait aussi efficace que le suivi individuel de même intensité.

Le rôle des professionnels de la santé

Avec son collègue André Gervais, Michèle Tremblay a calculé en 2001Note bas de page que si tous les médecins du Québec abordaient la question du sevrage tabagique avec les patients fumeurs qui les consultent, leurs interventions pourraient mener à plus de 30.000 sevrages. Il est d’ailleurs démontré que plus les échanges entre patient et médecin à ce propos sont longs et répétés, plus grande est leur efficacité. Selon certaines recommandations américaines, les médecins et autres professionnels de première ligne devraient systématiquement déterminer le statut tabagique de leurs patients et leur intention de renoncer au tabac s’ils fument, conseiller à tous les fumeurs d’arrêter de fumer, motiver ceux qui ne souhaitent pas arrêter et offrir un suivi à ceux qui arrêtent. Parmi les différentes approches possibles, l’entretien motivationnel semble particulièrement efficace: il s’agit d’amener le patient à explorer son ambivalence à l’égard du changement de comportement, en identifiant les difficultés qui se présentent à lui et les stratégies à adopter pour les surmonter.

Les médecins ne sont pas leurs seuls professionnels de la santé à pouvoir jouer un rôle. Dans le cadre de l’édition 2012 de la Semaine québécoise pour un avenir sans tabac, sept ordres professionnels ont déclaré conjointement que «tous les acteurs du réseau de la santé se doivent d’inclure la lutte contre le tabagisme dans la pratique clinique et faire en sorte que celle-ci fasse partie intégrante des soins de santé au Québec»Note bas de page.

Au cours des dernières années, la docteure Tremblay a été l’une des chevilles ouvrières d’un vaste projet visant à optimiser les pratiques de counselling des membres de cinq ordres professionnels, en collaboration avec ceux-ci: les pharmaciens, les dentistes, les hygiénistes dentairesNote bas de page, les infirmiers et les inhalothérapeutesNote bas de page.

Une analyse préalable avait alors révélé que, bien qu’ils croyaient que cela faisait partie de leur rôle, ces professionnels de la santé se sentaient mal armés pour intervenir auprès de leurs patients fumeurs. À la suite de ce constat, 65 actions ont été mises en placeNote bas de page en vue de renforcer leurs compétences et leur sentiment de compétence: des formations en salle et en ligne, la rédaction d’orientations cliniques, de guides et d’articles dans les revues adressées à ces professionnels, des outils d’aide à la pratique…

Une seconde enquête menée après l’implantation de ces activités a indiqué, sans surprise, que les professionnels formés avaient de meilleures pratiques, se sentaient plus compétents, percevaient moins d’obstacles et avaient une meilleure connaissance des autres ressources d’aide que ceux qui n’avaient pas été formés. «Aujourd’hui, le défi est de maintenir l’intérêt de ces ordres professionnels, compte tenu de toutes leurs priorités» souligne Michèle Tremblay.

La ligne d’aide téléphonique j’Arrête

Depuis 2002, les conseillers de la ligne téléphonique j’Arrête répondent à toutes les questions concernant le sevrage tabagique. Jusqu’en 2011, les répondants de la ligne traitaient en moyenne 18 000 demandes d’aide par an, un nombre qui est en augmentation actuellement. Ils ne se contentent pas d’attendre les appels: depuis 2006, ils sont aussi proactifs, c’est-à-dire qu’ils recontactent eux-mêmes les fumeurs pour les encourager dans leur démarche.

Le numéro de la ligne est inscrit sur les emballages de produits du tabac depuis 2012. Cette nouveauté a entraîné une augmentation très importante du volume d’appels, ainsi qu’un changement dans le public appelant: les hommes, les jeunes, les personnes de plus de 60 ans et les fumeurs plus dépendants sont désormais plus nombreux à recourir au service. Enfin, des collaborations avec divers partenaires établies au fil du temps permettent d’offrir du soutien à un public qui y a moins facilement accès, tel que les patients hospitalisés, les militaires, les détenus, etc.

Le site internet j’Arrête

Les études indiquent que, pour être efficaces, les sites web de soutien au sevrage tabagique doivent offrir une information ciblée et personnalisée ainsi que des contacts fréquents. Le site interactif www.jarrete.qc.ca mis en ligne en 2003 et régulièrement mis à jour propose au fumeur une démarche de renoncement au tabac basée sur un modèle de changement de comportement. Il comprend notamment une section clavardage (‘chat’) et vidéoclavardage ainsi qu’un forum de discussion. Il en existe une version pour les adolescents ainsi qu’une déclinaison anglophone. Le nombre de visites du site varie fortement d’une année à l’autre, autour d’une moyenne de 276.700. Les visiteurs passent en moyenne douze minutes sur le site. Les statistiques d’utilisation révèlent que la version pour les adolescents rencontre moins de succès que celle qui s’adresse aux adultes.

Le Défi J’arrête, j’y gagne!

Parce qu’elles permettent de toucher un très large public et de modifier certaines croyances, perceptions et attitudes ou encore de faire connaître les services d’aide disponibles, les campagnes sont des composantes de base de tout programme de contrôle du tabac. Cependant, leur efficacité est très difficile à évaluer. Parmi ces campagnes, le Québec a choisi, à l’instar de l’OMS, d’adopter une approche de concours. En créant une mobilisation collective, ces concours valorisent la décision d’arrêter de fumer.

Chaque année depuis 2000, le Défi J’arrête, j’y gagne!Note bas de page invite à s’abstenir de fumer durant six semaines. Pendant cette période et au cours de l’année qui suit, les participants inscrits peuvent utiliser un dossier de suivi en ligne et recevoir des courriels d’encouragement et des appels téléphoniques.

Un peu plus de 300 000 Québécois ont pris part au défi depuis les années 2000, surtout des femmes (60% des participants) et des jeunes adultes de 18 à 34 ans. Résultats: plus de six participants sur dix cessent complètement de fumer au cours du défi et 19% sont toujours non-fumeurs un an après. C’est donc dire que le défi permet à un participant sur cinq d’atteindre son objectif.

Les aides pharmacologiques

Les traitements pharmacologiques de la dépendance à la nicotine permettent de diminuer les symptômes du sevrage lors d’une tentative d’arrêt tabagique. Ils comprennent plusieurs classes de médicaments qui, au Québec, sont remboursés par le régime public d’assurance médicaments. Ils peuvent bien sûr être combinés à d’autres approches. Le timbre de nicotine représente le choix de 80% des patients qui ont recours à un médicament. Fait à noter: les chômeurs sont proportionnellement plus nombreux que les autres à avoir recours à ce moyen d’arrêter de fumer.

La complémentarité, clé de l’efficacité

Si aucune des méthodes ne peut prétendre atteindre seule un taux de succès impressionnant, les études reconnaissent cependant clairement l’efficacité de certaines actions: l’intervention individuelle, si elle est prolongée et répétée, le counselling téléphonique proactif, l’intervention en groupe et les aides pharmacologiques.

En fait, c’est bien souvent la combinaison de plusieurs méthodes qui permet d’atteindre l’objectif tant convoité, que ce soit sur le plan individuel ou en termes de santé publique. Car «la plupart des fumeurs sont conscients des effets néfastes du tabagisme et veulent arrêter de fumer» assure la docteure. C’est pour cette raison que les services, loin de se faire concurrence, sont organisés de manière intégrée.

Des ententes sont conclues entre les différentes ressources d’aide. Par exemple, un fumeur qui s’adresse à son pharmacien pour obtenir des aides pharmacologiques pourra se voir proposer le soutien téléphonique d’un intervenant. Ou encore, une personne qui appelle la ligne mais semble avoir besoin d’un suivi en face-à-face ou de groupe sera dirigée vers un centre d’abandon du tabagisme. De même, les services téléphoniques sont renforcés lors du Défi J’arrête, j’y gagne! Enfin, la ligne j’Arrête travaille aussi en collaboration avec le site internet du même nom puisque ce sont les conseillers de la ligne qui animent notamment le forum de discussion et assurent le clavardage.Image

Législation, sensibilisation et dénonciation

L’abandon du tabagisme ne représente que l’un des aspects du contrôle du tabac. En plus des mesures mises en place pour aider les fumeurs à arrêter, une série d’autres stratégies poursuivant des objectifs complémentaires ont été implantées au cours des dernières années au Québec.

Du côté des mesures législatives, l’année 1998 a vu l’adoption de la première loi réglementant l’usage du tabac dans les lieux publics, laquelle a été renforcée en 2005. Cette loi prévoyait notamment la diminution des points de vente, l’interdiction de l’étalage des produits du tabac et une augmentation des lieux où fumer est défendu.

La sensibilisation de la population aux effets nocifs de la cigarette et de la fumée secondaire ainsi qu’à l’importance de l’arrêt est également un des axes importants de la prévention du tabagisme. En plus du Défi J’arrête, j’y gagne!, la Semaine québécoise pour un avenir sans tabacNote bas de page, qui se tient chaque année en janvier, est un moment privilégié de diffusion de ces messages, tout comme la campagne Famille sans fuméeNote bas de page. Selon les sondages, ces campagnes répétées atteignent un taux élevé de pénétration.

La dénonciation est une autre des stratégies déployées pour lutter contre le tabac. La Coalition québécoise contre le tabac est un acteur très impliqué sur la scène médiatique, qui n’hésite pas à dénoncer les efforts de l’industrie du tabac pour contrer la loi, recruter de nouveaux fumeurs et faire la promotion de nouveaux produitsNote bas de page. D’autres initiatives intéressantes se sont déployées dans la dernière décennie, comme la campagne De FactoNote bas de page du Réseau du sport étudiant du Québec qui vise à révéler la vérité sur l’industrie du tabac et ses produits.

Les défis à relever

L’état de situation après une dizaine d’années d’implantation des mesures révèle que les services existants peinent à rejoindre les jeunes de moins de 18 ans, les femmes enceintes, les toxicomanes et ceux qui souffrent de problèmes de santé mentale. En effet, les services s’étant surtout développés en suivant un principe d’universalité, l’accent a été peu mis jusqu’à présent sur les populations plus fragilisées et sur la prise en compte des inégalités sociales de santé. Des solutions sont envisagées et ont déjà été expérimentées, notamment le développement de collaborations avec les organismes qui offrent des soins et services à ces publics.

L’avenir de l’aide à l’arrêt tabagique passera également par les nouvelles technologies. Les textos (SMS) ont déjà fait l’objet de projets pilotes et leur utilisation semble prometteuse, surtout combinée à d’autres modes d’intervention comme les contacts téléphoniques, les courriels et le recours aux sites internet.

Finalement, la situation actuelle implique que la diminution du tabagisme et en particulier le soutien au sevrage tabagique restent des enjeux importants. «Il ne faut pas penser que la lutte est gagnée, d’autant que l’industrie a à coeur de continuer son marketing et de cibler de nouvelles clientèles», avertit Michèle Tremblay. Avec persévérance, le comité de suivi du Plan québécois d’abandon du tabagisme se penche aujourd’hui sur les orientations stratégiques des cinq prochaines années et sur de nouveaux indicateurs de résultats. À ces efforts, par contre, il n’est pas question de renoncer.

En Belgique, d’après la toute récente Enquête de santé par interview 2013 pilotée par l’Institut scientifique de santé publique, elle est de 23%.

La superficie totale du Québec équivaut à plus de 50 fois celle de la Belgique, cependant la grande majorité des 8 millions de Québécois se concentrent sur environ 20 % du territoire.

Tremblay, M. & Roy, J.-M. (2013). Plan québécois d’abandon du tabagisme – État de situation après 10 ans d’implantation. Québec: Ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec.

Tremblay, M. & Gervais, A. (2001). Interventions en matière de cessation tabagique: description, efficacité, impact, coûts estimés pour le Québec. Montréal, Québec: Institut national de santé publique du Québec.

Tremblay, M. & Poirier, H. (2012). Énoncé de position – Le tabagisme, un fléau de santé publique: des professionnels de la santé engagés. Montréal, Québec: Institut national de santé publique du Québec.

Les hygiénistes dentaires travaillent avec les dentistes et ont pour rôle de prodiguer des soins d’hygiène dentaire et d’assurer la sensibilisation des patients, alors que les dentistes se concentrent davantage sur les soins aux dents abîmées.

Les inhalothérapeutes traitent les problèmes qui affectent le système cardiorespiratoire et participent aux anesthésies.

Tremblay, M. & Poirier, H. (2012). Regards sur un partenariat fructueux: cinq ordres professionnels et l’Institut national de santé publique du Québec engagés dans la lutte contre le tabagisme. Montréal, Québec: Institut national de santé publique du Québec.

Voir le site www.defitabac.qc.ca/fr.

L’industrie a par exemple été à l’origine d’une campagne pointant du doigt les produits de contrebande, alors que l’on sait par ailleurs que ce problème est en nette diminution. Une campagne qui visait, sans aucun doute, à valoriser les cigarettes de marque.

Voir à ce sujet l’article de C. De Bock, France, une campagne controversée de communication sur le tabac, Education Santé n°307, janvier 2015.

Plaisirs et enjeux du skate

Le 30 Déc 20

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Skateboarders asbl: du pain sur la planche

L’asbl Skateboarders est un acteur unique dans le paysage francophone par l’engagement de longue date de ceux qui y œuvrent pour la promotion d’un sport qui est aussi un art. Rencontre avec Vincent Cremer autour du plaisir du skate et des enjeux qui sous-tendent son avenir.

Plaisirs et enjeux du skate

En ce mercredi, le soleil pointe le bout de ses rayons. Des enfants et des ados convergent vers le skatepark des Ursulines, à deux pas de la gare du Midi à Bruxelles. Près des bancs quelques poussettes aussi sont de sortie. Des parents s’y sont installés pendant que les enfants sont partis s’équiper auprès des animateurs de l’asbl Skateboarders.

La rue des Ursulines accueille un endroit unique dans la capitale et en Wallonie. Le skatepark y jouxte un square, l’ensemble offrant un espace public que se partagent sportifs, jeunes et moins jeunes, et habitants du quartier. L’initiation et l’accompagnement des enfants, des ados et des adultes (il y en a quelques-uns), va pouvoir commencer. Un résident de la maison de repos est descendu. Il a ses habitudes ici. Il traverse le square avec son déambulateur. Il y va de quelques conseils: le skate c’est bien, mais comment vont les études?

Vincent Cremer est assis un peu à l’écart. Ce jeune quinquagénaire connaît comme sa poche le monde du skate en Belgique. Il avait à peine dix ans quand il s’y est mis. Il n’a plus jamais décroché. Il est l’une des chevilles ouvrières de l’asbl Skateboarders. «J’ai énormément de plaisir à pousser les gars», confie-t-il. «Il y en a d’autres chez nous qui construisent en travaillant le béton et le bois. Moi je suis plutôt du côté initiation.»

Il en a fait du chemin Vincent, depuis ses début seul à skater au Mont des Arts, le Trocadéro bruxellois. La galère, il a connu, pas découragé: «C’était tellement la crise qu’avec un autre qui roulait comme moi, j’étais gaucher en skate et lui était droitier, on usait les chaussures de manière différente. On avait la même pointure, on achetait les mêmes modèles et quand l’un avait la chaussure usée, on se filait les chaussures. Comme ça, on avait une paire de chaussures neuves et ça marchait bien.» Vincent a vécu l’époque creuse où les espaces dédiés au skate avaient disparu et où il s’agissait de se réapproprier la ville et son mobilier urbain. «Ce n’est toujours pas gagné aujourd’hui», explique-t-il, «même si des skateparks ont à nouveau vu le jour. Je pense à ces bancs conçus de manière telle que des SDF ne peuvent y dormir. Qui dit anti SDF dit anti-skate, car pour nous aussi, dans une moindre mesure, ces bancs sont dissuasifs…»

Des défis pour l’association

Ceux qui consacrent leur énergie à défendre ce sport considéré aussi comme un art par le style que chacun peut lui imprégner le tiennent aussi comme un mode de vie. Il y a là la quête d’un équilibre permanent et l’inscription dans un espace public, qui elle n’est jamais gagnée. «Le combat est encore et toujours à mener», souligne Vincent Cremer. «Il y a un écart entre le monde du skate comme on peut le voir dans la pub, glorifié, et puis le skate comme il vit au quotidien.»

L’asbl a du pain sur la planche. Ambassadrice du skate, elle organise, à l’invitation d’autres organisations, des initiations un peu partout en Wallonie et à Bruxelles. Parmi ses ambitieux projets, on trouve en tête la création d’un skatepark couvert. «Les skaters sont fort dépourvus», déplore Vincent Cremer, «dans un pays où il pleut autant! Un projet d’envergure prend forme, avec le soutien toujours fidèle de l’Institut Bruxellois de Gestion de l’Environnement. Il y a un paradoxe. Le skate est reconnu. Regardez la pub. On y voit relativement souvent des skateurs ou l’image d’un skate. Mais dans la vraie vie, nous luttons pied à pied pour que chacun ait la possibilité de pratiquer. Le skatepark des Ursulines est le seul espace public du genre. Ailleurs, à Namur, Dinant ou Liège, ce sont des espaces fermés. La vie comme elle va y circule moins.»

Parmi les projets soutenus, on trouve encore ce camion remorque équipé d’une rampe amovible destiné à la pratique du skateboard, la Traveling Skate Ramps. On déploie la rampe, et tout le monde peut s’amuser, débutants et confirmés. Le but est aussi de promouvoir le skateboard sur de nombreux évènements et festivals à travers la France et l’Europe.

«Maintenant j’ose»

Boucles blondes jaillissant du casque, joues rougies par l’effort, Sofian (7 ans) roule avec une belle assurance. Il fonce vers une pente, amorce une montée, se laisse descendre, recommence. Il a fait du judo et du foot avant de trouver une activité où il a envie de persévérer.

Pourquoi? «On a peur et puis on n’a plus peur. On ose. Et puis, on a des copains, même des plus grands.» Maman de cinq enfants, Sacha a aujourd’hui conduit à leur cours collectif ses deux jumeaux, six ans au compteur. Impossible de les arrêter. Ils effectuent le tour du square entre de plus grands, nettement moins à l’aise qu’eux. «Mes premiers enfants, de grands ados aujourd’hui, sont aussi venus au skatepark. Ça aide à être à l’aise dans son corps. Ça a fait du bien à mon aînée. C’est gai. Ici, les jeunes sont libres de leurs mouvements, dans le respect des autres, et en même temps ils sont dans un groupe. Il y a de l’entraide. Les plus expérimentés conseillent les plus jeunes. Il y a de la solidarité. Et moi un encadrement comme celui qu’il y a ici, ça me rassure.»

«Cette cohabitation entre les âges et les niveaux, c’est un des objectifs pédagogiques de l’asbl Skateboarders», explique Damien Delsaux, l’un des animateurs de l’association. «Pour que les plus jeunes apprennent des aînés et que les aînés partagent leur expérience avec les plus jeunes.» Vivre en bon voisinage avec les ‘autres roues’, avec ceux qui roulent à vélo, en BMX ou en rollers est aussi un des enjeux de cet espace ouvert à tous, sportifs ou pas. Entretenir la communication avec la maison de repos dont les fenêtres donnent sur le skatepark est important aussi. Il a fallu rassurer les résidents quant au bruit induit. Certains s’inquiétaient de voir très souvent les mêmes skateurs. Et leurs études là-dedans? Aujourd’hui, l’asbl dispose même au sein de l’institution d’un point de chute pour son matériel.

Accrochage scolaire

«Justement», explique Sergio (16 ans), «ici, avec les animateurs de l’association, j’ai appris à canaliser ma pratique du skate. Le skate m’a équilibré sur beaucoup de plans. Je suis moins impulsif, plus calme.» Vincent Cremer confirme évidemment: «Le skate demande de la concentration. C’est aussi physique que mental. Il faut de l’autodiscipline si on veut avancer. Ce n’est qu’une planche à roulettes on dirait. Mais on peut tout faire avec un skate. Les figures sont multiples.» Et le passionné d’empoigner son skate et de le tourner dans tous les sens.

Effectivement, le skate danse sous les pieds. Et le skate danse sur les parois du skatepark, marque des pauses sur les arêtes et repart de plus belle. «Chaque fois que j’ai été au fond», continue Vincent, «le skate m’a aidé. Vous savez ce que j’ai remarqué? Que le skate ouvre l’espace. Le skate, c’est avant, arrière, sur les côtés. Les œillères tombent. Le skate amène à développer d’autres passions. Je connais beaucoup de skaters profondément curieux.» Pour l’anecdote, Vincent a développé une passion pour… les cailloux. Est-ce un hasard si c’est la seule surface sur laquelle on ne peut skater?

Héritiers du skate

Le skate est partageur. Il a ouvert la voie, à ceux qui s’adonnent aux joies des rollers, à celles du BMX. Plus récemment, il a ouvert la voie au golf street, le ‘golf sauvage’, où l’on décide que cette poubelle ici et cette autre là-bas ce seront les trous. On y trouve, comme dans le skate, l’utilisation du mobilier urbain.

Parmi les héritiers, on notera aussi l’émergence du frisbee dans les cages d’escaliers. Vincent Cremer est plutôt du genre à regarder en avant qu’en arrière. Ou alors un souvenir récent: «Il y a eu un crossover avec des jazzmen à Malines. Tu avais une rampe de skate en bois dans un centre culturel et des musiciens de jazz sont venus jouer. En fait, le but était d’anticiper et de continuer sur le son que font les axes de skate sur les rampes et le frottement des roues et à ce moment-là, le bling le blang, les musiciens improvisaient, c’était absolument super.» Un dernier mot pour la route: «L’asbl offre non seulement des stages, mais aussi un accompagnement pour des institutions, des communes qui voudraient développer de manière structurée des activités en lien avec le skateboard. Un aspect auquel nous tenons beaucoup c’est l’élaboration adaptée de lieux destinés à la pratique du skate, en tenant compte des spécificités de l’endroit et du public, loin du simple agencement de structures dont on peut trouver les éléments clés sur porte.»

À lire, l’apport de Vincent Cremer (et de son comparse José) dans ‘Pratiques culturelles, trajectoires sociales et constructions identitaires’, Couleur livres, 2012.

‘Danger Dave’: un skate pour la vie

Monté pour la première fois sur un skate à dix ans, il n’en est pas descendu ou presque. Le skate, notre compatriote et jeune quadragénaire David Martelleur lui a tout consacré. Le cinéaste Philippe Petit, également comédien et déjà auteur d’un documentaire sur les ‘adulescents’, a suivi pendant cinq années le parcours du skateur en fin de course.

Résultat: un portrait d’homme tout court. Voici pourquoi il faut voir ‘Danger Dave’ même si on n’y entend fichtre rien aux planches à roulettes!

«Il n’y a rien de plus cool que le skate avec des potes», c’est ainsi que David Martelleur évoque sa passion née à Charleroi, à l’époque où un espace était réservé aux skateurs et où il ne cesse d’être espéré aujourd’hui, le projet sortant régulièrement des cartons. «On est seul sur son skate. Et en même temps on n’est jamais seul. Il y a ceux avec qui on skate.»

Pendant plus de vingt ans, la vie de David Martelleur ce seront des ‘tours’ (ces voyages aux quatre coins du globe pour se livrer à des performances), organisés par des ‘compagnies’ (comprenez des marques). De chambre d’hôtel en camping, David pérégrine. Pour virevolter dans des skateparks, dans des bowls (ces espaces en forme de piscine rondes) ou sur des rampes (qu’on appelle aussi des U). La vie d’un skateur professionnel reste relativement modeste. Les compagnies financent les voyages, organisent des événements. On sourit d’ailleurs à une scène de ‘Danger Dave’ lors de cette compétition américaine où le trophée consiste en une veste en cuir, à franges certes…

Un mode de vie alternatif

«Mon film a été qualifié de film de non skate», raconte le réalisateur Philippe Petit«ce n’est pas faux. Ce n’est pas une enquête. Ce n’est pas un film social. Le postulat de départ, c’était de suivre la fin de carrière d’un skateur. J’ai choisi David, parce que son intégrité me touchait. Il a un rapport sain aux sponsors. Je crois que chez les skaters plus jeunes c’est différent.»

La démarche de Philippe Petit s’inscrit aussi dans le prolongement d’un autre documentaire, tourné lui en trois jours. Le documentaire, intitulé ‘Les insouciants’, centré autour de deux skateurs déjà, permettait d’aborder l’adulescence, ce prolongement de l’adolescence et de comportements adolescents jusqu’à l’âge adulte. Mais pour ce qui est de filmer à travers David et avec lui «le passage d’un état à un autre, la fin d’une certaine insouciance», ce n’était pas gagné pour Philippe Petit.

Son sujet joue les prolongations certes, fréquente les chemins de traverse parfois bien arrosés avec comme corollaires pour le cinéaste l’impression de piétiner, de tourner des scènes qui finissent par se ressembler.

Le film est-il dans l’ornière alors que son cher sujet, lui, virevolte? ‘Danger Dave’ commence sur ces difficultés. Philippe Petit enjoint David Martelleur à être plus disert, à se livrer plus ouvertement, davantage que par des comportements. Il trouve qu’il lui bat froid. Il plante devant lui la caméra pour qu’il parle. Simplement. Philippe Petit se fait menaçant. Balance: «C’est la dernière fois que tu parles, alors vas-y, parce que moi je rentre à Paris!» Suivent quelques mots (durs) que l’on ne reproduira pas ici, et que tout le film démentira. Le générique peut démarrer.

Et c’est le début en effet d’un film qui est aussi celui de la rencontre entre deux artistes (puisque le skate est aussi un art, une pratique à laquelle chacun imprime son style). Plus loin dans le film, ce sont aussi des reproches que David Martelleur adressera à Philippe Petit. Fragilisé par ce qui tient, même s’il s’en défend, de fin de parcours, le sportif se rebelle. «Tu n’es pas là quand il faut. Je souffre et tout le monde s’en fout.»

Les contraintes de tournage sont effectivement telles que Philippe Petit est présent de manière épisodique aux côtés de David Martelleur (environ un mois par an). C’est dire que bien des choses se sont passées entre-temps et que du temps présent il s’agit de tirer profit. Est-ce ce qui confère au film son punch incroyable, le fait qu’il se nourrisse de ce qui a manqué disparaître, a disparu, et renaît à la faveur de mots (que le skateur dispense avec parcimonie et que celui qui le filme sait être fondamentaux pour relancer la machine) et de souvenirs, de ce qui est montré et de ce qui se cache, de ce qui n’a pas pu être filmé? Un film fait de vides, d’apparitions, de regrets, de passion. Un film fait des hauts et des bas de son sujet. Mais n’est-ce pas l’essence du skate, d’affronter des hauts et des bas, voire de les susciter?

Chronique d’une non fin

Sans cesse remonter sur le skate. Sur le métier remettre son corps. Défier les lois de la pesanteur. Le quotidien des skateurs est exigeant. David décroche parfois. S’étourdit d’alcool. Repart. «Comme toutes les vies, la mienne connaît des turbulences», explique-t-il. «Sur cinq années c’est normal. C’est le choix des images fait par Philippe Petit. Mais ça va.» Un acolyte sportif fait remarquer: «Les jeunes, c’est autre chose. Ils sont prêts à s’entraîner de treize à dix-neuf heures.»

Ce n’est pas une menace, ni un propos moralisateur. C’est un constat. La relève est là. Et elle est différente. Dans ‘Danger Dave’, il faut attendre une bonne heure pour voir longuement David aux manœuvres de son skate, de son corps, de son corps sur le skate, de sa vie. C’est une longue séquence où l’homme surfe dans les airs, dans des bowls, sur des rampes, marquant la pause sur des arêtes. C’est la métaphore de ce que l’on a vu jusque-là, en terme de parcours humain: l’exercice difficile de l’équilibre au quotidien. Il est une scène mémorable où après de sombres images on retrouve David sur une rampe jaune soleil. Homme de contrastes. De l’ombre et de la lumière. Des tourments et de la joie enfantine. Il revient paradoxalement à David de rassurer son comparse réalisateur en fin de film. «Ce n’est pas une fin. Et si c’est une fin, c’est aussi le début d’autre chose.» Le voici néanmoins reparti sur son skate, sac au dos. Le réalisateur le laisse à contrecœur, on le sent, disparaître de l’image. Sans David, plus de film.

Refus du biologique

Pourquoi ce sentiment face à ‘Danger Dave’ d’être devant un film ovni? Est-ce à cause de la durée du tournage qui donne cent visages à David Martelleur? Chevelure changeante, corps aussi. Est-ce dû à ces dialogues du cinéaste avec son sujet, qui sont plutôt rares au cinéma? Au fait qu’on voit à l’image de vrais retournements de situation où un ‘sujet’ s’empare de la caméra? Est-ce de voir à l’image la rencontre et la confrontation de deux passions, l’une pour le skate, l’autre pour les images?

«Le cinéma est mon seul refuge», admet Philippe Petit. «Le cinéma qui est images en mouvement. C’est une consolation face à une existence trop monocorde. Filmer est ma manière de résister. Les répétitions de la vie ordinaire me pèsent. Comme le fait de devoir se soumettre à un rythme biologique. Avec le cinéma, on vit plusieurs vies.»

On retrouve exactement les même mobiles chez David Martelleur, mais appliqués au skate: vivre au carré, défier la pesanteur dans tous les sens. Si le skate se fait aujourd’hui moins présent pour David, la philosophie demeure: rouler de belle façon, avancer à sa mode, continuer d’avancer envers et contre tout.

Le ‘toujours pas retraité’ a plusieurs projets. Coacher des jeunes, pourquoi pas? Son avenir ne l’inquiète pas ni celui du skate en Belgique. «Après deux crises du skate, l’une dans les années 80 et l’autre dans les années 90, on est dans une phase de stabilité. Avec ses quinze skateparks en dur, la Belgique est même une destination prisée pour les skateurs européens.»

Philippe Petit, lui, a réalisé un moyen métrage, ‘Buffer zone’ promené de festival en festival. Il y est aux manettes de tout: acteur, réalisateur, scénariste. «Un auto-film», dit-il. Et côté documentaire, il est en train de tourner aux États-Unis un film consacré à un joueur de poker. Une autre façon d’aborder un mode de vie lui aussi alternatif et une relation à l’argent particulière.

Après une présentation en salles et lors de festivals, ‘Danger Dave’ est désormais disponible pour le plus grand nombre. Voici un rappel des sites de téléchargement VOD. Une page Facebook est consacrée au film, qui n’en finit pas de vivre.

Vimeo on Demand : https://vimeo.com/ondemand/dangerdave

Vaprovue : https://www.vaporvue.com/share/218024/tag/78668

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Volontariat et emploi: frontières incertaines

Le 30 Déc 20

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Volontariat et emploi: frontières incertaines

La Plate-forme francophone du volontariat (PFV) est une structure pluraliste composée d’associations fédératives comme de petites et moyennes associations. Ses membres couvrent les grands secteurs de la vie associative et de l’engagement volontaire.

La Plate-forme francophone du volontariat a pour objet de susciter, faciliter et encourager la pratique du volontariat, mais pas à n’importe quel prix. Elle le voit comme un engagement libre, ouvert à tous et qui doit respecter les normes légales.

À propos de prix, la PFV a consacré son séminaire du 29 mai dernier au rapport entre emploi et volontariat. Une centaine de personnes se sont retrouvées dans le cadre convivial des installations du Bouche-à-Oreille à Bruxelles pour aborder cette question manifestement très délicate.

Animée avec autant de charme que de fermeté par Gaëtane Convent, la coordinatrice de la Plate-forme, la journée a démarré par un exposé de Dan Ferrand-Bechmann, sociologue et professeure émérite à Paris VIII sur le bénévolat (puisque c’est ainsi qu’on l’appelle en France) et son impact positif sur l’emploi dans le secteur associatif, qui occupe 2 millions de personnes chez nos voisins. Comme souvent aussi chez nous, le bénévolat français s’inscrit dans la tradition de l’éducation populaire, il était bon de nous le rappeler.

Un sujet qui fâche

Une grande partie de la matinée fut ensuite consacrée à trois ‘discussions non bornées’ sur des sujets qui fâchent (parfois):

  • le volontariat est-il un acte gratuit, défrayé ou rémunéré?
  • le volontariat deviendrait-il un ‘piqueur’ d’emploi?
  • ni volontariat, ni emploi. Alors quoi?

Dans le groupe où j’étais, le débat fut très émotionnel, à cent lieues de ce que j’imaginais naïvement au sujet de l’engagement volontaire. Sans généraliser, le témoignage d’une responsable d’un théâtre bruxellois réputé avait de quoi refroidir notre enthousiasme. Elle nous expliqua que la seule manière de s’en tirer dans le secteur culturel est de faire appel à des ‘volontaires’ dont l’unique motivation est d’obtenir un faible revenu de ce ‘travail non rémunéré’. Frustration de ne pas pouvoir faire appel à des gens correctement rétribués, mépris de cette main d’œuvre sous-payée, ignorance des nobles valeurs du volontariat, le tableau était très noir.

Heureusement, cela ne semble pas être le cas dans tout le secteur associatif et il existe encore de véritables engagements volontaires sans arrière-pensée ‘lucrative’Note bas de page dans notre pays, mais il est certain que la PFV a tapé juste en abordant sans faux-fuyants une question aussi sensible.

L’après-midi, les participants ont eu l’occasion de se remettre de leurs émotions en mettant à leur tour sur la sellette des ‘politiques’ francophones préoccupés par le volontariat et qui se sont prêtés au jeu de bonne grâce.

Campagne

‘Émile et Bertrand sont dans un bar. Le salaire tombe. Qui reste?’ Cette vidéo d’un peu plus de trois minutes est au coeur de la campagne 2015 de la Plate-forme francophone du volontariat dont elle résume les enjeuxNote bas de page. Derrière ces trois minutes, il y a des heures de discussions, de réflexions et de débats autour d’une question: quelle est la frontière entre volontariat et emploi?

Comment s’assurer que le volontariat ne pique pas l’emploi? Y a-t-il des postes ‘réservés’ à des employés et d’autres à des volontaires? Sur le terrain, on distingue facilement un emploi (avec salaire et contrat) d’une activité volontaire. Mais, avant d’engager, comment faire un choix entre les deux? Les arguments peuvent-ils être uniquement économiques? J’ai des sous, j’engage; je n’en ai pas, je cherche un bénévole?

La différence entre emploi et volontariat, c’est quoi?

Une question de motivation? Pas vraiment. Les raisons qui poussent un bénévole à s’engager peuvent être partagées par un travailleur. Il n’y a pas d’exclusivité d’un côté ou de l’autre.Une question de compétences? Non plus. Les chirurgiens qui sont bénévoles dans certaines ONG en savent quelque chose, le bénévolat n’est pas réservé uniquement aux ‘amateurs’.

Une histoire de ‘tâches’? La Plate-forme y a réfléchi. Longuement. Sa conclusion, c’est que tout métier peut être fait contractuellement ou bénévolement.

Quel sens donnez-vous à l’acte gratuit?

Pour une organisation, il est essentiel de déterminer l’apport spécifique du volontariat, au-delà de sa gratuité. Le sens du volontariat ne peut se résumer simplement. Il y a autant de ‘bonnes raisons’ de travailler avec des bénévoles qu’il y a d’organisations, voire même de projets: le temps qu’ils peuvent accorder aux bénéficiaires, leur humanité, leur liberté, leur pouvoir d’initiative, leur créativité, leur connaissance de la réalité de terrain, leur proximité sociale avec les bénéficiaires, la force de leur militance…

Si les volontaires abattent des masses de travail immenses, leur valeur réside moins dans ce qu’ils font que dans ce qu’ils sont.

Pourquoi cette campagne?

Créateur de solidarité, de lien et d’évolution sociale, le volontariat est aussi, jusqu’à présent, créateur d’emploi. Mais aujourd’hui, le contexte économique difficile pourrait changer la donne. Ce sont des appels téléphoniques, des observations, des témoignages de volontaires et de responsables d’organisations, des extraits de presse qui ont interpellé la Plate-forme.

Quand une école engage des surveillants de garderie ‘sous statut de volontariat’, quand un étudiant se déclare à la recherche d’un ‘bénévolat rémunéré’, quand une crèche privée fait appel à des bénévoles les jours où les puéricultrices sont moins nombreuses, quand, aux Pays-Bas, une maison de repos donne un logement à un jeune en échange de quelques heures mensuelles de bénévolat auprès de ses résidents, quand, en France, une ville offre des leçons de conduite contre 70 heures de volontariat…

Les exemples se multiplient. Dans certains cas, ne confond-on pas volontariat et emploi? Ne recourt-on pas au volontariat uniquement pour avoir de la main d’oeuvre bon marché?

Il n’est évidemment pas question de jeter la pierre, ni aux bénévoles, ni aux organisations. En contexte de contrainte budgétaire, comme c’est le cas depuis quelques années, conserver des emplois rémunérés est un véritable défi. En créer est encore plus ardu. Les besoins, quant à eux, sont toujours aussi présents, souvent même de plus en plus pressants. Le bénévolat a toujours été une alternative, un moyen de pallier les failles d’un système. Le problème n’est pas de recourir au bénévolat. Le problème est de recourir au bénévolat parce qu’il est une main d’œuvre gratuite, sans envisager son apport spécifique, sa plus-value pour l’organisation et pour le projet. Le bénévole ne doit pas être considéré comme un employé sans salaire.

La Plate-forme francophone du volontariat appelle donc les associations et le monde politique à être attentifs: le volontariat, acte essentiel de solidarité gratuite, ne doit pas remplacer l’emploi.

Plate-forme francophone du volontariat, Place l’Ilon 13, 5000 Namur (tél.: 081 31 35 50) et Rue Royale 11, 1000 Bruxelles (tél.: 02 512 01 12). Courriel: info@levolontariat.be. Internet: www.levolontariat.be.

On ne jettera pas non plus la pierre à ceux qui doivent utiliser ce pis-aller pour boucler tant que faire se peut leurs fins de mois.

Visible sur le site www.levolontariat.be, sur la page Facebook de la Plate-forme et sur YouTube.