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L’alphabétisation pour prévenir les maladies cardiovasculaires. Un projet de l’asbl Lire et Ecrire de Charleroi Sud-Hainaut

Le 30 Déc 20

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Éducation Santé: D’où vous est venue l’idée de votre projet?
Guillaume Petit : Fréquemment interpellés par nos apprenants sur des questions de santé, nous n’étions pas toujours suffisamment outillés pour leur répondre mais nous souhaitions vivement canaliser ces demandes au sein d’une action cohérente et pérenne.
C’est pour cela que nous avons répondu à l’appel à projets lancé par la Fondation Roi Baudouin en matière de promotion de la santé cardiovasculaire. Partant du postulat d’un étudiant en médecine qui établit des liens entre illettrisme et inégalités d’accès au système de soins, nous avons cherché à comprendre, analyser et mettre en place un plan d’action annuel auprès de notre public, les adultes analphabètes belges ou d’origine étrangère, dans le but d’y remédier.
Les différentes régionales du mouvement Lire et Écrire considèrent le processus d’alphabétisation comme un vecteur d’émancipation dans la mesure où l’apprentissage des savoirs de base doit permettre à chacun de poser ses choix en acteur éclairé et responsable dans une société en constante mutation et génératrice d’une grande quantité d’information, en particulier dans le domaine de la santé. C’est dans cette optique que nous avons conçu notre projet «Bien-être et santé du cœur: agir pour prévenir les maladies cardiovasculaires».
ES: Comment vous y êtes-vous pris?
GP : Durant une phase préparatoire de trois mois, nous avons mis en place des éléments permettant de nourrir la réflexion lors des débats-tables rondes que nous avions programmés. Ainsi, les textes, séquences et autres supports d’alphabétisation que nous utilisons dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture se sont teintés de problématiques liées à la santé et tout particulièrement à la prévention des pathologies cardiovasculaires.
Cette période nous a permis, apprenants et formateurs, de faire le point sur nombre de notions gravitant autour de cette thématique et de les rendre accessibles: par exemple, nous avons veillé à ce que les apprenants définissent avec leurs mots les concepts de ‘prévention’, de ‘symptôme’, les termes courants de posologie…
À ce stade, il nous a paru crucial de redéfinir ensemble quelles étaient les finalités à poursuivre: réduire, grâce à une information claire et structurée, les risques de maladies cardiovasculaires, sensibiliser chaque participant aux habitudes de vie saines, proposer un lieu d’expression permettant en outre de dépasser les sentiments de désarroi, d’isolement, d’impuissance et de culpabilité liés aux questions de santé et enfin, apporter des réponses concrètes validées par des spécialistes de la santé. Le principal écueil que nous voulions éviter était qu’une fois informés, nos apprenants souhaitent se soigner par eux-mêmes et abusent de l’automédication. Ce socle commun posé, nous nous sommes lancés dans l’action à proprement parler.
ES: Comment?
GP : Tout d’abord par le biais d’une enquête-santé à destination de l’ensemble de nos groupes en formation et du personnel de l’asbl. Nous cherchions à dresser un état des lieux du bien-être recensant le degré de consultation personnelle chez le médecin, la quantification du stress ressenti sur une échelle de 1 à 10, ce que l’on souhaite améliorer dans son état de santé et ce que l’on est prêt à entreprendre pour cela. Cent vingt-deux personnes ont reçu le formulaire et 79% y ont répondu. Cette étape constituait l’une des clés permettant l’activation de la participation des apprenants et la collecte d’informations afin de mieux connaître leurs besoins. Ce fut en quelque sorte le déclencheur de l’action pour notre public.
Dès lors s’est initié un travail préparatoire à la tenue des premières tables rondes organisées le 12 juin 2009: dans nos groupes en formation d’alphabétisation à l’oral, nous avons travaillé la prise de parole, le vocabulaire et la compréhension orale en situation; chez ceux en apprentissage à l’écrit, l’analyse d’articles de journaux et revues de santé ainsi que l’écriture des questions qu’ils souhaitaient poser. Forts de cette convergence des objectifs et de cette préparation, le jour J est arrivé.
Au programme de cette matinée, nous avons présenté les résultats de l’enquête, les intervenants et la méthodologie des deux tables rondes: l’une consacrée à la nutrition était animée par Mme Lejeune (nutritionniste à Carolo-Prévention-Santé) et l’autre sur les facteurs de risque cardiovasculaires par le Dr Schröder (cardiologue à Mont-Godinne).
À tour de rôle, les apprenants répartis en deux sous-groupes d’une quarantaine de personnes ont participé à chacune des deux tables rondes. Lors de celles-ci, ils ont pu poser toute question en matière de comportements à risque, de prévention, d’habitudes de vie saines à développer et de relais médicaux auxquels s’adresser, ceci afin de s’informer ou de consulter facilement et à moindre frais.
L’ensemble des travailleurs de Lire et Écrire a été mobilisé en amont dans l’organisation mais aussi le jour même afin d’accompagner les apprenants dans les débats, de rapporter les propos tenus, de prendre des photos…
À ce stade du projet, nous avons cherché à comprendre l’impact qu’il avait eu sur notre public par des feedbacks dans les différents groupes. Les résultats de cette évaluation ont très nettement dépassé nos attentes. Nous savions que tous étaient très motivés par cette rencontre, mais nous n’espérions pas observer si vite des signes d’application concrètes des conseils promulgués.
Et ceux-ci furent nombreux: trois apprenants ont arrêté depuis ce jour le tabac, une dizaine ont pris rendez-vous auprès d’un service de conseils nutritionnels à tarif social, certains ont entamé des démarches pour reprendre une activité physique en famille ou entre amis, et la majorité des groupes a souhaité approfondir certains points soulevés lors des tables rondes (pyramide alimentaire, facteurs de stress par exemple). De plus, beaucoup ont véhiculé l’information reçue dans leur sphère familiale et leurs connaissances proches.
ES: Évaluation plutôt positive donc. Quels ont été les leviers de la réussite d’après vous?
GP : En définitive, nous sommes convaincus qu’une activation des participants a été la condition sine qua non de réussite puisqu’ils se sont pleinement investis dans le projet, depuis l’enquête jusqu’aux tables rondes, et ont par eux-mêmes défini l’orientation que l’action a prise. Nous souhaitons d’ailleurs dans cette ligne associer les apprenants à l’organisation des deux prochaines tables rondes, conscients que l’on ne peut souhaiter l’émancipation de nos stagiaires qu’à condition de les impliquer dès le début, et jusqu’au bout.
Propos recueillis par Carole Feulien
Pour plus d’informations: Guillaume Petit, Responsable pédagogique, Lire et Écrire Charleroi Sud-Hainaut asbl, Avenue des Alliés 19, 6000 Charleroi, 071 30 36 19, guillaume.petit@lire-et-ecrire.be. Site: https://www.lire-et-ecrire.be .

Jeunes, tabac et compétences. Un projet de Forest-Quartiers-Santé ASBL

Le 30 Déc 20

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Éducation Santé: Dans quel contexte votre projet a-t-il vu le jour?
Bruno Vankelegom : Le but de l’organisation Forest-Quartiers-Santé asbl est d’élaborer avec la participation de tous sur la commune (habitants, monde associatif, pouvoirs locaux…) des réponses adaptées aux besoins de santé de la population à Forest. La finalité de l’association est de lutter contre les inégalités sociales et de santé. Nous misons pour cela sur un travail de proximité que nous menons depuis 1992, auprès d’habitants issus principalement des quartiers les plus fragiles.
Ce sont en particulier les compétences psychosociales des jeunes et des intervenants qui sont visées par le présent projet qui s’inscrit dans le cadre d’actions de promotion de la santé cardiovasculaire.
En effet, si l’arrêt de la consommation du tabac permet des effets sur la santé à court, moyen et long terme, la prévention ‘ultime’ en matière de comportement tabagique reste ‘de ne jamais commencer’.
On constate (expérience de terrain et études) que les premières expériences tabagiques se font de plus en plus tôt. Les interventions en matière de prévention devraient dès lors déjà s’adresser à un public de préadolescents.
ES: Vous avez donc mis en place un projet s’adressant à ce public. Quels sont ses objectifs?
BV : L’intervention envisagée doit permettre au jeune de s’outiller pour pouvoir faire face aux différentes pressions extérieures ou intérieures qui le pousseraient à adopter un comportement tabagique (pression d’un groupe de pairs, stress, pression publicitaire, mimétisme comportemental).
Le développement des compétences psychosociales est une approche intéressante parce qu’elle permet au jeune d’acquérir la capacité de questionner ses propres choix, de prendre du recul quant au ‘besoin’ de fumer et de développer un esprit critique. On peut dire que les objectifs du projet sont multiples:
– renforcer la capacité du jeune d’agir sur sa santé;
– développer les compétences psychosociales chez le jeune;
– améliorer les capacités d’intervention des travailleurs;
– dévaloriser, auprès du jeune, l’initiation et le comportement tabagique.
ES: Comment avez-vous choisi d’approcher le jeune?
BV : C’est le cadre extrascolaire que nous avons choisi pour mener notre action, là où le jeune a plus de chances d’avoir ‘choisi’ des pairs.
D’abord, afin de minimiser l’effet d’influence, les intervenants de l’extrascolaire sont formés pour garantir qu’ils ont eux-mêmes la capacité de questionner leurs propres besoins.
Ensuite, en développant les compétences psychosociales chez le jeune, celui-ci acquiert une «boîte à outils» qui lui sera utile tout au long de la vie, au-delà du simple comportement tabagique.
En améliorant les capacités d’intervention des travailleurs, en privilégiant les développements psychosociaux chez les jeunes et les adultes, les capacités d’agir sont renforcées.
ES: Le projet s’adresse donc finalement à la fois aux travailleurs et aux jeunes?
BV : Tout à fait, et plus précisément aux travailleurs sociaux actifs dans les quartiers fragilisés, diplômés et non-diplômés, inscrits dans des démarches d’émancipation collective et individuelle, et aux jeunes issus de quartiers fragilisés, âgés de 11 à 18 ans, filles et garçons confondus.
ES: Parlez-nous du développement des compétences psychosociales…
BV : Le développement des compétences psychosociales fait référence aux travaux réalisés en 1993 par l’Organisation mondiale de la santé. « Elles sont la capacité d’une personne à répondre avec efficacité aux exigences et aux épreuves de la vie quotidienne » (…) « L’amélioration de la compétence psychosociale pourrait être un élément important dans la promotion de la santé et du bien être , puisque les comportements sont de plus en plus impliqués dans l’origine des problèmes de santé
Dix compétences psychosociales, ayant valeur transculturelle, ont été définies par l’OMS.
Elles sont synthétisées dans un guide, en 7 repères de santé:
– mes relations: comment j’entre en relation avec les autres?
– mon stress: comment je relâche la pression, les tensions?
– mon corps: comment je m’occupe de ma santé physique?
– mes émotions: comment je gère les moments difficiles?
– mon look: comment je construis mon image?
– mon espace: comment je me réserve de l’espace et du temps?
– mes rêves: comment je réalise mes rêves et mes projets?
L’utilisation du guide permet au jeune de mieux comprendre la complexité de l’environnement dans lequel il vit, de décoder et d’apprendre à réagir aux exigences et aux pressions de la vie quotidienne.
ES: Avez-vous déjà eu l’occasion d’évaluer votre projet?
BV : Oui, nous avons pu tirer toute une série d’enseignements de notre expérience.
Les plus d’abord. La méthode de la formation basée au départ des expériences de chacun est une force; la formation apporte suffisamment d’outils pour transmettre à d’autres; de nouvelles attentes sont nées: les travailleurs de première ligne qui n’ont pas pu intégrer le projet pour des raisons d’agenda souhaitent être formés; une demande de formation sur la gestion de l’agressivité et de la violence (Comment gère-t-on l’agressivité? Quelle prise de recul pour le travailleur?) a émergé.
Un moins, aussi: certains outils utilisés lors des animations manquent parfois de clarté. On ne comprend pas trop, la forme est perturbante, on ne voit pas clairement ce qui est attendu du participant.
Nous avons également constaté que ce type de projet doit impérativement s’adresser à des travailleurs de première ligne en contact direct et régulier avec les jeunes. Il ne nous reste plus qu’à ajuster le projet en tenant compte de ces constats…
Propos recueillis par Carole Feulien
Pour plus d’informations: Bruno Vankelegom, Directeur – Forest-Quartiers-Santé asbl – Bld de la 2e Armée britannique 39, 1190 Bruxelles, 02 340 26 00, info@f-q-s.be. Site: https://www.f-q-s.be .

Ensemble, bougeons! Un projet de la Maison médicale Cité Santé asbl et de la Maison de quartier Cité Modèle

Le 30 Déc 20

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Éducation Santé: Dans quel contexte votre projet «Ensemble, bougeons!» a-t-il vu le jour?
Florence Franchini : Lorsqu’on observe les cartographies réalisées par l’Observatoire de la Santé et du Social de Bruxelles, on remarque que le quartier de la Cité Modèle à Laeken est socio-économiquement défavorisé : le faible niveau des revenus et de qualification des travailleurs le montre clairement. La santé subjective (la perception qu’ont les personnes de leur santé) est également fort faible.
ES: Pourquoi avoir mis sur pied le projet?
FF : La demande d’une activité physique à suivre entre femmes et à bas prix (l’accès aux infrastructures sportives sur le territoire étant trop onéreux) a émergé lors des consultations de kinésithérapie à la Maison médicale Cité Santé. Cette nécessité a également été relevée par différents professionnels lors d’échanges avec des femmes issues du public cible.
ES: Quels sont les objectifs du projet?
FF : Nos objectifs sont multiples:
– viser le bien-être de la personne;
– favoriser les contacts et liens sociaux;
– prévenir les maladies cardiovasculaires;
– favoriser l’adoption d’un mode de vie sain;
– favoriser une prise de conscience des facteurs de risque par le public cible.
ES: Quel est votre public cible au juste?
FF : Initialement, le projet visait les femmes du quartier âgées de 25 à 45 ans. Mais nous constatons aujourd’hui qu’il attire plus un public de femmes entre 40 et 60 ans. Les femmes plus jeunes sont moins disponibles, car elles doivent travailler ou s’occuper de leurs enfants.
ES: En quoi consistent les activités mises en place?
FF : Il y en a pas mal. Les trois principales sont:
– des «cours de gymnastique collectifs»: à raison de 4 séances par mois et 3 séances tous les deux mois;
– des «débats-santé»: lors de ces séances, des thèmes comme l’exercice physique, l’alimentation, le tabac ou l’environnement peuvent être abordés. Et ceci en fonction des demandes et des besoins ressentis, qu’ils soient exprimés ou latents. Tous les deux mois, un débat-santé est organisé à la Maison de quartier en collaboration avec la Maison médicale Cité santé;
– les femmes peuvent également intégrer d’autres activités telles que les marches santé organisées par le groupe «Ver de t’Air» (Maison de quartier Cité Modèle) à raison d’une fois par mois.
ES: Qu’apporte le projet au public cible en termes d’émancipation?
FF : Le projet «Ensemble, bougeons!» permet au public d’avoir accès à une activité physique dispensée par des experts, à bas prix. Il permet également de créer des liens sociaux à travers les différentes sorties culturelles et environnementales, de bénéficier d’une éducation culturelle et sociologique, et d’acquérir ainsi des connaissances à mettre en pratique dans sa vie citoyenne.
Propos recueillis par Carole Feulien
Pour plus d’informations: Florence Franchini – Maisons de Quartier – Centre d’animation sociale de quartier – Place Ste-Catherine 19, 1000 Bruxelles, 02 279 36 62, florence.franchini@lmdq.be.

Une alimentation saine pour les publics précarisés, c’est possible!

Le 30 Déc 20

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La Fondation Roi Baudouin a soutenu 13 projets en Communauté française et en Communauté germanophone afin de mettre en place des initiatives qui favorisent une alimentation favorable à la santé pour les groupes socialement défavorisés. Éducation Santé vous invite à découvrir l’initiative de la Fondation et vous présente deux des projets sélectionnés…

Éléments de contexte

Les publics précarisés et l’aide alimentaire en Communauté française

En Communauté française, l’aide alimentaire est dispensée aux personnes en situation de précarité par les banques alimentaires, les épiceries sociales, les restaurants sociaux, les centres d’accueil et d’hébergement. Des centres d’insertion, d’éducation permanente et d’animation culturelle sont aussi actifs dans ce domaine. Enfin, certains CPAS, services sociaux, centres de la Croix-Rouge, œuvres caritatives, mouvements d’entraide et services Club procèdent à la distribution de vivres.
Les situations de précarité dans lesquelles vivent les bénéficiaires de l’aide sociale et alimentaire sont critiques. Certains groupes alimentaires considérés comme fondamentaux sur le plan nutritionnel, comme les fruits et légumes, sont quasi absents de leur alimentation. Leur consommation est bien éloignée des repères diffusés par le Plan national nutrition santé et certainement très en-dessous de la consommation observée dans la population générale, déjà jugée insuffisante.
Cette situation s’explique par le fait que l’aide alimentaire n’est généralement pas conçue pour subvenir à tous les besoins nutritionnels. Les personnes qui y recourent en font pourtant leur source d’approvisionnement quasi unique.
Bon nombre de personnes en situation de précarité mangent ce qu’elles ont sous la main, de préférence ce qui ne demande pas de préparation. En effet, dans ces milieux, un certain nombre d’adultes n’ont aucune compétence culinaire car ils ont passé leur jeunesse en institution ou dans un environnement très précaire qui ne leur a pas permis d’acquérir ces compétences de base.
La préoccupation première des populations précarisées est de trouver un toit, de se sentir en sécurité, de boire et de manger. C’est seulement après que vient le souci d’une alimentation équilibrée. En outre, l’isolement social et la pauvreté économique ne favorisent pas le partage des repas en famille et l’envie de bien s’alimenter a parfois disparu. Enfin, d’autres problèmes, tels que l’alcoolisme ou la dépression, peuvent être associés à la grande précarité et ne leur permettent pas d’envisager leur santé sur le long terme.
L’ensemble de ces facteurs relègue souvent l’équilibre alimentaire au second plan. Se trouvant dans une spirale d’échecs, ces personnes perdent l’estime d’elles-mêmes, ne se soucient plus de leur santé, et encore moins de leur alimentation.

L’appel à projets de la Fondation Roi Baudouin

Telle que définie par l’OMS en 1946, la santé est «un état complet de bien-être physique, mental et social». Celle-ci est en grande partie déterminée par le mode de vie. La pratique d’un sport, la consommation d’alcool ou de tabac ont un impact important, l’alimentation aussi. Les liens entre la santé et l’alimentation sont évidents: une alimentation trop riche en graisses et en sucres, et trop pauvre en fruits et légumes, combinée à un manque d’activité physique, favorise l’apparition précoce de maladies cardio-vasculaires.
C’est pourquoi de nombreuses campagnes ont pour objectif de sensibiliser les consommateurs à l’importance d’une alimentation saine et équilibrée. Malheureusement, elles ne touchent que peu les personnes les plus défavorisées.
Dans cette optique, la Fondation Roi Baudouin, dans le cadre de son programme «santé», a lancé en 2006 un appel à projets ayant pour but de soutenir ceux qui visent à stimuler une offre alimentaire saine et peu coûteuse auprès des publics précarisés. Il s’agit de projets d’organismes privés ou publics du secteur social et de la santé. Treize d’entre eux ont été retenus en Communauté française et germanophone.
Depuis plus d’un an les porteurs de projets se sont constitués en réseau pour échanger leurs interrogations et expériences. Ils ont exploré ensemble comment promouvoir une alimentation favorable à la santé auprès de ces publics.
Ce travail a mené à l’élaboration d’un guide pratique, à destination des professionnels de l’action sociale, de la santé et de l’alimentation (1), ainsi qu’à des propositions destinées aux divers décideurs publics, pour que ces projets puissent voir le jour et perdurer dans le temps.
Pour recevoir le guide pratique: Fondation Roi Baudouin, rue Brederode 21, 1000 Bruxelles – 02 511 18 40 – info@kbs-frb.be – https://www.kbs-frb.be .

À la découverte de deux des projets sélectionnés

«Alimentation saine, même dans la rue]» par l’asbl Comme chez Nous

Le projet «Alimentation saine, même dans la rue» s’inscrit dans un vaste programme de promotion de la santé auprès des personnes en précarité aiguë à Charleroi.
Éducation Santé a rencontré pour vous Sophie Crapez , Coordinatrice de l’asbl.
Éducation Santé: Comment décririez-vous le projet «Alimentation saine, même dans la rue», en quelques mots?
Sophie Crapez : Il s’agit d’un projet socio-éducatif et d’offre en nourriture saine, destiné aux personnes sans-abri, dans la province du Hainaut. Il comporte deux volets: un volet «atelier culinaire» réalisé avec les jeunes fréquentant le service d’insertion sociale, et un volet «offre en information et en produits frais» développé au sein du centre d’accueil pour les personnes en quête de logement. Notez que le second volet est en cours de construction lors de la parution de cet article.
E.S.: Dites-nous en davantage sur l’atelier cuisine…
S . C .: Il y a, chez les personnes fréquentant notre centre, un besoin en alimentation saine. En effet, 75% d’entre elles affirment ne pas manger à leur faim et reconnaissent l’absence de choix de leur menu. Suite à ce constat, l’atelier cuisine a été mis sur pied. Il s’attache à développer des compétences individuelles comme gérer le budget de son ménage, apprendre à faire les courses, savoir réaliser une recette, réussir à bien manger avec un petit budget…
On peut parler d’autonomisation en matière culinaire via l’apprentissage, l’échange et la sensibilisation. Les personnes impliquées dans le projet ont conçu son organisation et sa mise en œuvre. Il s’agit donc d’un atelier conçu pour et par les usagers.
Cette démarche participative a fixé d’entrée de jeu un cadre et des repères clairs. Un règlement d’intérieur et des critères d’inclusion ont été définis par les participants eux-mêmes. Après cela, les usagers ont entièrement pris en charge le choix du menu, les achats, la préparation, le débriefing et la gestion du budget lié à l’atelier.
Le nombre de participants à l’atelier est plafonné à douze participants, pour une question d’efficacité et de confort des lieux. Il n’y a pas de conditions de participation particulières, si ce n’est l’obligation de s’impliquer entièrement dans le déroulement. L’essentiel du travail d’apprentissage se fait par les pairs, dans un rapport du donner et recevoir. Celui-ci est complété par l’appui de diététiciens professionnels, dans le cadre de la collaboration établie avec les structures locales ou provinciales.
E.S.: Comment définiriez-vous votre groupe cible et comment parvenez-vous à l’atteindre?
S . C .: Le dernier rapport d’activités nous apprend qu’un quart de femmes et trois quarts d’hommes âgés de 18 à 70 ans, ont fréquenté notre centre durant l’année écoulée. Il s’agit pour la plupart de personnes peu qualifiées et appartenant à des catégories socio-professionnelles modestes. La majorité d’entre elles vivent seules. Elles ont un parcours de vie différent mais toutes sont confrontées à des difficultés en matière d’accès aux droits fondamentaux (logement, revenu, emploi, famille…). Toutes ces personnes sont déjà bénéficiaires des différents services offerts par notre centre, dont fait désormais partie l’offre de produits frais.
Notez que nous ciblons, pour ce projet, les personnes ayant déjà un logement, pour des raisons pratiques, tout en créant pour eux de bonnes conditions pour se réaliser dans la vie: bonne hygiène de vie, alimentation contrôlée, meilleure estime de soi…
E.S: Quel est l’objectif de votre projet?
S . C .: Notre but premier est de développer des aptitudes personnelles et responsables face à la santé en général. Dans un premier temps, nous visions essentiellement l’amélioration de l’information sur les mesures de sécurité alimentaire et les valeurs nutritives des produits. Très vite, cette modeste ambition s’est élargie à la création d’un espace culinaire et ce, sur demande des bénéficiaires.
Ainsi, les objectifs, dans un second temps, se sont centrés sur:
– l’autonomisation via l’acquisition de bonnes habitudes alimentaires;
– la créativité et la prise de décision dans le groupe;
– l’échange de savoirs et l’estime de soi;
– les liens et les acquis sociaux;
– la collaboration avec les différents partenaires;
– l’interpellation politique et institutionnelle;
– l’information et la sensibilisation.
E.S.: Comment votre public a-t-il accueilli le projet?
S . C .: Les différents débriefings qui ont suivi chaque activité nous ont permis de nous rendre compte de la satisfaction des participants. Nous avons entendu avec plaisir des commentaires tels que « Ici , au moins , on mange à sa faim , et surtout , on mange dans une bonne ambiance .», ou encore « Enfin un lieu à Charleroi où on se sent quelqu’un
Nous avons même dû doubler la fréquence des séances des ateliers!
E.S.: Mais quelle est la plus-value de votre projet en matière de santé et d’accessibilité financière de l’alimentation saine?
S . C .: Notre projet se propose d’offrir gratuitement et de manière complémentaire des produits frais nutritifs, souvent traités en second plan par rapport aux plats chauds, dans d’autres projets. En outre, notre ambition étant de développer des aptitudes personnelles et responsables des sans-abri face à leur santé, nous visons la responsabilisation de ceux-ci vis-à-vis de leur corps et donc une baisse d’utilisation des services d’urgence et, in fine, une amélioration de la qualité de vie du public précarisé.
E.S.: Avez-vous obtenu les résultats escomptés?
S . C .: Nous ambitionnions de renforcer les efforts déjà déployés en matière de «stratégie santé» et d’éducation des personnes vivant en précarité sociale aiguë. Concrètement, nous voulions permettre une augmentation du nombre absolu de personnes informées et efficacement sensibilisées à l’importance de manger sainement. Ainsi, nous réduirions le nombre de personnes souffrant de carences alimentaires.
À ce jour, après de nombreux mois d’activités, les résultats que nous constatons sont à la hauteur de nos espérances.
L’échange de savoirs étant l’un des piliers de l’atelier cuisine, il a laissé aux participants le choix des menus, des courses, la préparation des plats et l’explication de ceux-ci s’il y avait lieu. L’échange de savoirs a permis de favoriser l’estime de soi et le respect de l’autre. Par ailleurs, il a renforcé les initiatives spontanées (par exemple quelque chose de tout bête mais qui ne va pas de soi comme nettoyer régulièrement le matériel de cuisine en dehors des activités).
On sait que l’une des difficultés majeures que rencontrent les publics précarisés est la solitude, que ce soit dans la rue ou dans leur nouveau logement. Aujourd’hui, ces jeunes ont trouvé dans le projet une opportunité de créer des liens sociaux, d’apprendre des autres, de s’apprécier mutuellement et d’apprendre les règles de la vie en communauté. En un an, nous avons pu constater avec satisfaction le nombre croissant d’amitiés qui se sont créées. Par ailleurs, ce type d’espace a permis de mettre en valeur les talents individuels!
Des partenariats ont été mis en place au niveau local ou provincial. Les principaux sont le CLPS, l’Observatoire de la santé du Hainaut, les commerçants de la ville basse, la police locale de Charleroi, le CPAS, le réseau du relais social de Charleroi, les banques alimentaires, les maisons médicales…
Ces collaborations nous ont aidés dans la mise sur pied d’une dynamique de groupe et ont, par ailleurs, facilité l’ouverture à d’autres thématiques (tabac, asthme).
Une «Journée portes ouverts» a été organisée afin de témoigner des réalisations avec les bénéficiaires et d’exprimer les difficultés rencontrées par ces personnes dans leur vie quotidienne.
L’information et la sensibilisation sont réalisées au quotidien et lors des activités organisées: séances d’information, invitation des professionnels à partager un repas avec le public précarisé, visite des banques alimentaires avec les participants… Ceux-ci ont appris de nouvelles recettes, connaissent la valeur nutritive de certains produits…
Objectifs atteints!
E.S.: Quels ont été les leviers de votre action?
S . C .: L’implication des bénéficiaires dès la conception et la réalisation du projet a contribué à sa réussite. La construction commune entre travailleurs et usagers et les repères mis en place (horaires, obligation de débriefing, liberté d’expression…) sont aussi des facteurs de succès. Le respect du cadre établi était un gage de réussite.
E.S.: Quelles ont été les difficultés rencontrées alors?
S . C .: Les différentes évaluations ont montré que l’autonomisation demeurait l’objectif à atteindre. Cela s’explique d’abord par la difficulté liée à la notion de «changement de comportement» chez l’adulte en général; ensuite, par le caractère inédit du projet, orienté vers un public peu ordinaire, avec des particularités peu ordinaires également. En effet, le public bénéficiaire est essentiellement composé de jeunes (de plus de 18 ans) en décrochage social, parfois sans domicile fixe ou, la plupart du temps, résidant dans des logements inconfortables. L’insuffisance de revenu, l’absence de matériel permettant de reproduire les recettes apprises, la solitude dans les logements sont autant d’obstacles à l’autonomie… L’asbl va s’atteler à la compréhension de ce phénomène, notamment avec son projet d’accompagnement dans les logements (2).
E.S.: Quels sont les «effets secondaires» du projet sur les participants?
S . C .: Les travailleurs du centre ont pu constater de manière tangible l’évolution positive des participants les plus impliqués: plus de discipline, de respect, une amélioration notable du rapport travailleur/ accueilli. Ce dernier point est très important pour la suite de la collaboration avec notre public.
E.S.: Pensez-vous que votre projet puisse être reproduit par d’autres acteurs du secteur?
S . C .: La transférabilité du projet est un aspect auquel l’association attache beaucoup d’importance. L’existence de divers espaces de concertation et d’échanges périodiques montrent notre volonté d’ouverture. Nous sommes conscients que l’efficacité de toute action passe par la solidarité et la collaboration avec les différents acteurs de terrain.
E.S: Un conseil à donner à ceux qui se lanceraient dans l’aventure?
S . C .: Convier les interlocuteurs locaux à prendre part au projet, à venir découvrir les ateliers concourt à leur pérennisation. Rencontrer les agents de quartier, le président d’une banque alimentaire ou d’un CPAS permet une meilleure communication et une meilleure acceptation mutuelle. Pensez-y!
Pour en savoir plus sur le projet ou pour tout autre renseignement: Comme chez nous asbl, rue Léopold 36C, 6000 Charleroi – 071 30 23 69 .

Comme chez nous

L’asbl Comme chez nous , créée en 1995, est une institution reconnue et subsidiée en tant que centre d’accueil de jour pour personnes sans-abri. Elle a pour objet de rassembler dans un même lieu des personnes mal logées, de leur permettre de disposer du confort élémentaire pour vivre dans la dignité humaine, et de faire valoir leur droit au logement.
En quelques mots, Comme chez nous , c’est:
un centre d’accueil de jour pour les personnes sans-abri: écoute, orientation, recherche de logement, espace hygiène, dispensaire et espace social;
un espace de développement communautaire ayant pour but d’aider les personnes en précarité sociale aiguë à mener des actions collectives, qu’elles soient sportives, culturelles ou sociales. Concrètement, l’asbl soutient les groupes qui souhaitent proposer aux SDF ou anciens SDF des activités qui leur permettent de se resociabiliser;
un projet d’accompagnement dans les logements répond à leur volonté de réinsertion des sans-abri. L’objectif est de les aider à mieux gérer leur nouvelle situation, de les responsabiliser afin qu’ils ne retournent plus dans la rue;
un programme Recherche – Action de promotion de la santé auprès du public fréquentant le centre et, par extension, la population précaire de Charleroi.

Le «Bar à salades» par l’asbl La Teignouse

Le projet «Bar à salades» a permis la mise en place d’un lieu de convivialité permettant aux personnes souffrant d’isolement social de se retrouver autour de repas équilibrés, peu onéreux et ouvert à tous.
Patricia Lepièce , une des responsables du projet, nous en dit plus…
Éducation Santé: Vous avez mis en place un bar à salades pour les publics précarisés. Mais qu’est-ce que c’est au juste?
Patricia Lepièce : Il s’agit de réaliser des salades avec des légumes frais de saison, achetés à un prix raisonnable chez des maraîchers qui vendent leur surplus à la fin du marché ou directement chez des cultivateurs de la région. Les dames qui préparent les salades font également la chasse aux bonnes affaires en épluchant les dépliants publicitaires. C’est le groupe qui cherche et propose des recettes diététiques. Ensuite, ces salades sont vendues au prix coûtant afin de pouvoir en racheter par la suite. Actuellement, le bar est ouvert le 1er et 3e mardi du mois, de 8h à 15h.
E.S.: Quel est l’historique de ce projet?
P . L .: Au départ, Cary Varvenne , accompagnée d’un groupe de 8 habitants de la commune d’Esneux, interpelle le Service régional de prévention La Teignouse pour susciter la mise en place d’un lieu de convivialité sur le territoire de leur commune, en prenant exemple sur le projet « Bar à soupe» (3). Ces personnes se sont réunies quelques fois et ont élargi le groupe porteur à une vingtaine de personnes. L’objectif étant, par la suite, d’essayer de toucher aussi les «clients» du bar à salades.
E.S.: Quels étaient vos objectifs lors de la mise en place du projet?
P . L .: Les objectifs du bar à salades sont multiples, le principal étant d’améliorer le bien-être de chacun bien entendu. Il devait permettre à chaque bénéficiaire de:
– s’investir dans un projet;
– tisser de nouveaux liens sociaux (réaliser de nouvelles rencontres et développer les solidarités);
– rompre la solitude;
– être acteur dans un groupe, tout en respectant la place et le rythme de chacun;
– valoriser ses propres ressources ainsi que celles des autres membres du groupe;
– apprendre à écouter les autres membres du groupe;
– échanger ses savoirs;
– rompre avec certains tabous et accepter les différences;
– s’exprimer, parler de sa vie et échanger sur différents thèmes;
– ne pas juger, critiquer ou rejeter l’autre sur base de « on dit …»;
– (re)découvrir la nourriture et ses bienfaits, en prenant conscience qu’une alimentation saine et équilibrée est aussi à la portée d’un petit budget.
Le repas est un moment privilégié pour s’asseoir, se détendre et partager une tablée conviviale. Tout en dégustant ou en préparant un repas, on discute et on fait connaissance avec son voisin. Il nous semblait important de montrer aux personnes qu’il est possible de concilier repas sain et petit budget, mais aussi que cela permet d’échanger des recettes ou pourquoi pas, de découvrir de nouvelles saveurs. Le partage de savoirs est plus porteur d’autonomie qu’un discours moralisateur…
Ce type de projet a déjà été expérimenté et a montré que, par la suite, il avait une influence sur les habitudes familiales des participants.
E.S.: Quel(s) groupe(s) cible(s) comptiez-vous atteindre? Était-ce le même que celui avec lequel vous avez l’habitude de travailler?
P . L .: Le public est le même que celui qui est touché (ou pourrait l’être) par le biais des activités d’insertion, c’est-à-dire toute personne majeure confrontée ou susceptible d’être confrontée à la difficulté de mener une vie conforme à la dignité humaine.
Pour la commune d’Esneux, il s’agit de personnes vivant dans des habitations précaires; d’une tranche importante de public féminin et de familles monoparentales; de personnes bénéficiant de revenus modestes; de personnes souffrant d’isolement social; et enfin de personnes ayant rencontré des difficultés d’ordre psychosocial mettant un frein à leur réinsertion socioprofessionnelle.
Le groupe porteur est constitué d’une dizaine de personnes, et une soixantaine viennent au bar à salades lors des ouvertures.
E.S.: Avez-vous rencontré des difficultés lors de la mise en place du projet? Si oui, lesquelles, et comment les avez-vous surmontées?
P . L .: D’une part, la mise en place de la dynamique de groupe s’est avérée plus lente que prévu, du fait, par exemple, de la gestion des conflits, et aussi de prises de décision non respectées… Pour remédier à cela, nous avons mis sur pied des réunions structurées, avec des outils adéquats. Une meilleure organisation a permis à chacun de s’exprimer et de trouver une solution aux problèmes soulevés par le groupe.
D’autre part, il a été particulièrement difficile de trouver un local pas trop décentré (afin de toucher un public mixte), respectant les normes d’hygiène. Suite aux recherches et aux demandes du groupe, la commune d’Esneux a mis à notre disposition un local de la maison des associations. Nous avons là encore perdu beaucoup de temps puisque celui-ci a été disponible plus tard que prévu. Tout cela a reporté l’ouverture du bar à salades…
E.S.: Parallèlement, sur quels leviers avez-vous pu vous appuyer?
P . L .: Le projet a été porté dès le début par le groupe, facilitant la dynamique. Chacun a pris un rôle qui le valorisait. Les membres du groupe se sont complètement identifiés au projet. Ils se sont véritablement approprié le bar à salades!
E.S.: Avez-vous pu nouer des partenariats nouveaux grâce à cette expérience?
P . L .: Oui, nous avons dû former divers partenaires tels que les cultivateurs, maraîchers (pour l’achat des matières premières), l’administration communale… Ensuite, une multitude d’autres ont servi de relais d’information (CPAS, antenne sociale…).
E.S.: Quels enseignements avez-vous tirés de cette expérience? Qu’en est-il des résultats de l’évaluation que vous avez menée? Pouvez-vous dire que votre projet a amélioré la qualité de vie des bénéficiaires?
P . L .: Oui! Les évaluations réalisées avec le groupe porteur et les échanges avec les personnes fréquentant le bar à salades montrent que celui-ci leur permet de:
– s’investir dans un projet, d’y prendre des responsabilités: un groupe d’adultes s’est investi dans le bar à salades. Chacun s’est vu attribuer des taches personnalisées, a endossé des responsabilités reconnues par «l’extérieur» comme valorisantes. Ce regard neuf et positif les aide à reprendre confiance et à aller de l’avant. « Au départ , j’ai hésité à m’investir dans le bar à salades . La bouffe , c’est pas trop mon truc Maintenant , je suis devenu le dessinateur attitré du bar à salades !»;
– faire des rencontres: depuis l’ouverture, une soixantaine de personnes habitant la commune et représentant toutes les couches sociales de la population viennent déguster des salades. « J’ai rencontré une chouette dame , elle m’a aidé à voir les choses autrement !»;
– rompre l’isolement: les personnes souffrant de solitude sont «sorties de leurs quatre murs» et se sont ainsi ouvertes à de nouvelles rencontres. « Pour nous , le bar à salades est une des seules sorties du mois à ne pas manquer »;
– s’intégrer dans un groupe: les participants ont expérimenté la vie en groupe et ont appris à respecter les ressources de chacun. Une fois la dynamique de groupe installée, chacun a trouvé son rôle et, petit à petit, des gestes de solidarité et d’amitié sont apparus… Les personnes se sont unies autour d’un objectif commun;
– se sentir écouté et écouter l’autre: en évoluant au sein du groupe, les participants ont dû apprendre à écouter les autres et à partager des idées. « Ce n’était pas évident au début tous ces conflits , j’ai failli partir plusieurs fois , puis on en a discuté en groupe Ca s’est arrangé ! J’ai le sentiment qu’on devait passer par là pour que ça aille mieux »;
– partager des savoirs: le groupe a échangé sur le mode de fonctionnement du bar et les recettes. Chacun a pu s’exprimer. « C’est chouette comme vous préparez la salade , je n’aurais jamais pensé à préparer mes carottes de cette façon , la prochaine fois , j’essayerai »;
– rompre avec certains tabous et accepter les différences: l’une des préoccupations du groupe était d’ouvrir le bar à salades à tous;
– (re)découvrir la nourriture et ses bienfaits et prendre conscience qu’elle est accessible à tous les budgets: le groupe s’est attelé à préparer des salades qui restent accessibles pour tous les portefeuilles et donc le leur. « J’aime refaire les salades que j’ai découvert ici chez moi , pour mes enfants
E.S: Avez-vous des projets pour l’avenir? Voyez-vous des obstacles à la poursuite du bar à salades?
P . L .: Notre public désirerait que l’on attache d’autres activités au bar à salades mais ce n’est pas encore à l’ordre du jour pour des raisons pratiques (local, manque de temps…).
De notre côté, nous désirons assurer un roulement dans notre public par le biais de la publicité, du bouche à oreille…
Cependant, nous sommes confrontés à des obstacles financiers et organisationnels. D’abord, la vente de salades nous permet aujourd’hui d’acheter les légumes pour le mois suivant, mais les autres frais (loyer, entretien…) sont pris en charge par le subside qui nous a été accordé par la Fondation Roi Baudouin. Lorsque cette ressource sera épuisée, il faudra assurer un auto-financement du projet car nous n’avons pas d’autres subsides…
Ensuite, la gestion de la dynamique de groupe (conflits, intégration de nouvelles personnes…) est un travail de tous les jours pour que le projet perdure. Les intervenantes engagées à cet effet devront sans cesse veiller à ce que la dynamique reste en adéquation avec les objectifs déterminés initialement.
E.S.: Enfin, avez-vous une astuce à donner à ceux qui voudraient tenter une expérience similaire?
P . L .: Je leur conseillerais de laisser le temps au groupe de s’approprier le projet. Ne pas agir à la place du groupe est essentiel. L’intervenant ne doit pas se positionner comme «détenteur du savoir à inculquer» mais plutôt comme «outil au service du groupe». Partir des ressources et compétences de chacun est primordial. La dynamique s’équilibre alors naturellement et chacun trouve sa place.
Pour en savoir plus sur le projet ou pour tout autre renseignement : SRP La Teignouse , Sart 2 , 4171 Poulseur 04 380 08 64 – srp@lateignouse.be – https://www.lateignouse.be .

La Teignouse

Le Service régional de prévention La Teignouse est une asbl créée en 1989, reconnue comme service d’insertion sociale par la Région wallonne. Ses missions principales sont l’accueil, l’accompagnement et l’insertion de personnes précarisées.
L’asbl est mandatée pour mener des concertations avec les personnes résidant en permanence dans les domaines et campings de 11 communes de la région Ourthe-Amblève-Condroz. Les actions qu’elle mène sont diverses, en fonction de la diversité de ses publics cibles: mise en place de groupes de parole, d’ateliers de socialisation, aménagement d’un bus en lieu mobile d’animation, mise en place d’un bar à soupe…
Parallèlement à ces actions collectives ou communautaires, l’asbl développe un accompagnement plus personnalisé.
Ses grands principes:
– s’engager à ce que toute personne soit rencontrée humainement, accueillie et écoutée confidentiellement et respectée dans ses différences;
– valoriser les potentialités de chacun ;
– favoriser la création de liens de solidarité;
– reconnaître et renforcer l’autonomie de la personne;
– favoriser le bien-être à travers la ( re ) construction du lien social ;
– veiller, à travers ses actions, à ce que chaque personne puisse prendre sa place et s’épanouir ;
– rester ouverte aux changements .

(1) «Une alimentation favorable à la santé pour les personnes précarisées», Guide pratique à l’usage des professionnels de l’action sociale, de la santé et de l’alimentation en Communauté française, Fondation Roi Baudouin, septembre 2008. Voir sur https://www.kbs-frb.be/publication.aspx?id=236104&LangType;=2060
(2) Projet ayant pour finalité de «donner le goût au séjour dans l’habitat».
(3) Projet initié dans la commune de Comblain-au-Pont, grâce auquel les publics précarisés se réunissent toutes les semaines pour préparer des potages, décorer le bar, et ensuite, y accueillir les convives.

La campagne d’été 2009 de prévention du sida

Le 30 Déc 20

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Vous avez peut-être vu cet été les spots TV assez ‘chauds’ ou entendu les spots radio un peu énigmatiques de la campagne annuelle d’information orchestrée par la Plate-forme prévention sida. Revenons quelques instants sur la préparation de cette communication renouvelée cette année.

Public cible

La Plate-forme prévention sida a choisi les jeunes pour cible de ses campagnes d’été car il s’agit d’une catégorie de la population particulièrement vulnérable par rapport au sida et aux IST. La campagne s’adressait de manière générale aux jeunes âgés de 15 à 25 ans .
Cependant, trois sous-publics ont été définis: les jeunes hétérosexuels/elles belges, les jeunes hétérosexuels/elles d’origine étrangère et les jeunes homosexuels/elles.
Une attention particulière a aussi été accordée au niveau scolaire. Ainsi la campagne tentait de viser les jeunes de l’enseignement secondaire général/technique/professionnel et ceux de l’enseignement supérieur universitaire ou non, ainsi que ceux en décrochage scolaire (fréquentant un service d’accrochage scolaire, par exemple) ou hors du système scolaire (les chômeurs, par exemple). Ce choix a notamment guidé la sélection des jeunes pour la composition de divers focus groupes.
Pour chacun de ces sous-publics, étaient plus particulièrement visés:
-les jeunes qui croient qu’il ne leur arrivera jamais rien, qu’ils soient hétéros, homos ou d’origine étrangère;
-ceux qui ne se sentent pas concernés par le sida et les IST;
-ceux qui n’utilisent pas systématiquement le préservatif lors des relations sexuelles;
-ceux qui ont des difficultés à parler du préservatif avec leur partenaire;
-ceux qui se protègent, afin de les conforter et les pousser à continuer de se préoccuper du sida et des IST.
Les informations recueillies dans le cadre de divers focus groupes ont confirmé l’idée d’un relâchement de la prévention chez les jeunes.
En effet, aujourd’hui, la représentation de l’infection au VIH a bien changé. L’arrivée des trithérapies a permis à cette maladie mortelle de devenir une maladie chronique. De fait, on parle de moins en moins de sida et de plus en plus d’infection au VIH. Les trithérapies d’urgence, traitements préventifs qui permettent d’éviter la contamination après une exposition au risque, commencent aussi à être diffusées.
Il est probable que ces événements médicaux et l’usure psychologique liée à la nécessité de maintenir un comportement préventif dans le temps, jouent un rôle dans le «relapse» de l’utilisation du préservatif.
Les informations récoltées dans les divers focus groupes indiquent aussi que les enjeux de la prise de risque à l’adolescence sont nombreux, en dehors même de l’aspect excitant que peuvent comporter la transgression et la prise de risque. Citons l’importance de la confiance dans une relation affective et sexuelle, la peur d’être maladroit ou de perdre l’érection. Des raisons psychologiques sont également à l’oeuvre, comme l’incapacité de se protéger si l’on a le sentiment de ne rien valoir, ou la volonté délibérée de se faire du mal ou de partager la même maladie.
Pour certains jeunes, les contraintes sociales, culturelles ou religieuses peuvent aussi jouer un rôle majeur. Comment , par exemple, une femme peut-elle imposer une protection quand elle vit une relation inégalitaire et qu’elle ne peut pas échanger sur ses désirs avec un homme?
Il est certain qu’un travail sur l’estime de soi et sur l’éducation à la vie affective et sexuelle à l’école, à côté des campagnes de prévention des IST/Sida, serait un nouveau rempart contre les comportements à risque.

Plate-forme prévention sida

La Plate-forme prévention sida est une asbl créée au mois de septembre 2000. Sa mission est de soutenir la concertation des acteurs de la prévention des IST/Sida dans le cadre de la mise sur pied de programmes de prévention à l’intention du public général et des jeunes en particulier, et d’assurer la réalisation concrète de ces programmes.
Financée par le Ministère de la Santé de la Communauté française, la Plate-forme prévention sida a pour missions:
-le soutien de la concertation des acteurs de la prévention des IST/Sida autour des axes à développer dans les campagnes de prévention;
-la mise en œuvre de la réalisation de ces campagnes.
Chaque année, deux temps forts ponctuent le travail de la Plate-forme.
Une campagne été ciblée sur les jeunes .
Les objectifs de cette campagne sont de sensibiliser les jeunes aux modes de transmission du sida et des IST, de promouvoir et de banaliser l’usage du préservatif et de valoriser une attitude de protection lors des relations sexuelles.
La Journée mondiale de lutte contre le sida .
Cette journée a pour but de sensibiliser tout un chacun à la problématique de la séropositivité et du sida. Diverses activités sont organisées chaque année, comme par exemple, une marche dans les rues de Bruxelles, un événement de sensibilisation autour de la question du sida, le lancement d’une campagne de solidarité envers les personnes séropositives et les malades du sida.

Objectifs

Objectifs de santé

À long terme: réduire l’incidence du sida et des autres IST en prévenant leur transmission par voie sexuelle.
À court terme: contribuer à une augmentation du nombre de jeunes utilisant un préservatif pour se protéger.

Objectifs éducatifs

Améliorer les capacités de négociation et de dialogue des jeunes au sujet de la protection.
Tenter de lever les freins liés à l’utilisation du préservatif par l’invitation à en parler.
Donner aux jeunes la possibilité de nommer le préservatif à leur manière pour s’approprier la campagne et aussi oser en parler en les rendant ‘responsables’.
Encourager les jeunes à maintenir ou à développer un comportement responsable par rapport au sida et aux autres IST.
Améliorer les connaissances quant aux modes de transmission des infections sexuellement transmissibles.

Objectifs de communication

Inciter le public cible à parler du préservatif, banaliser le fait d’en parler avant les relations sexuelles.
Valoriser l’attitude de vigilance vis-à-vis du sida et des IST auprès de trois groupes cibles: les hétérosexuels, les homosexuels et les personnes d’origine étrangère.
Proposer aux jeunes des solutions pour dépasser les freins liés au port du préservatif en osant en parler.
Rappeler l’importance de l’utilisation du préservatif lors des relations sexuelles.

Le processus de création

La récolte d’information

Cette campagne a trouvé ses fondements dans la volonté de mettre en avant des moments ou situations de vulnérabilité par rapport aux IST/Sida.
Pour mieux prendre en compte la diversité des caractéristiques des différents publics et la diversité des thèmes à aborder, une accroche basée sur des tranches de vie a semblé appropriée aux promoteurs de la campagne. Elle a permis de centrer la réflexion sur les vulnérabilités spécifiques que l’on peut avoir à différents moments de sa vie: rupture amoureuse, célibat, en attente de résultats de tests, en soirée, après un rapport à risque, choix de l’arrêt du préservatif au sein du couple, etc.
Pour ce faire une série de focus groupes ont été organisés afin de récolter des récits de prises de risque auprès de jeunes et de pointer avec eux les facteurs qui ont pu favoriser le fait de ne pas avoir utilisé un préservatif. Ainsi des facteurs individuels (en lien avec la trajectoire, le parcours personnel), contextuels (le lieu, l’intimité, l’environnement, l’éducation, les valeurs, la période de l’année, etc.) et des facteurs liés à la relation (en lien avec le type de relation qui existe entre les deux partenaires: est-ce qu’ils se connaissaient avant? Y a-t-il pression de l’un sur l’autre, négociation? Y a-t-il une différence d’âge? Quelle expérience par rapport à la sexualité? Etc.) ont pu être dégagés.
Ces facteurs liés aux moments de vulnérabilité ont été intégrés dans les outils. Sur base des focus groupes et des discussions, des similitudes et points communs ont été mis en évidence.
En terme de lieux/situations de vulnérabilité
Les sorties
Les festivals, les bars, les boîtes de nuit, les soirées privées (anniversaires, crémaillères…) sont des endroits propices à la rencontre de jeunes. Il y a une interaction importante avec la consommation d’alcool, de drogues, consommation qui a tendance à altérer la gestion du risque. C’est un lieu commun pour beaucoup de jeunes qu’ils soient jeunes hétéros ou homos, belges ou d’origine étrangère.
La première fois
L’excitation, l’attente du premier rapport, l’amour infini pour l’autre ou la confiance que l’on a en lui/elle peut faire perdre pied aux plus jeunes et ainsi leur faire oublier des gestes tels que l’utilisation du préservatif.
Les vacances
Pendant cette période lors de laquelle les jeunes se lâchent, s’amusent, font tout ce qu’ils n’ont pas l’occasion de faire pendant l’année, les rencontres sont nombreuses. Mais, il n’est pas toujours facile d’aborder la question du préservatif dans ce contexte.
Le milieu universitaire
La vie d’étudiant est souvent un moment de découverte et de grande liberté… Le passage du domicile familial à la vie en kot, la guindaille dans les cercles, la vie en milieu urbain pour certains, les nombreuses activités sur les campus sont autant d’occasions pour faire des rencontres, qui peuvent occasionner des relations sexuelles. Mais les jeunes trouveront toujours de soi-disant «bonnes» excuses pour ne pas utiliser le préservatif.
Les rencontres via Internet
Un certain nombre d’histoires évoquées, tant par des jeunes hétérosexuels qu’homosexuels, débutent sur Internet. Les jeunes discutent en ligne pendant un laps de temps plus ou moins long, pour apprendre à se connaître. Toutefois, il s’agit plus d’un sentiment ‘virtuel’ de se connaître que d’une réelle relation.
L’école
C’est un lieu qui est cité dans une moindre mesure. Il est intéressant dans la mesure où il indique que le fait de fréquenter le même endroit donne l’impression qu’on se connaît (or, se connaître n’est pas un moyen de prévention).
En termes de facteurs déforçants
L’abus d’alcool, de drogues et autres substances;
la notion de plaisir: le préservatif diminue le plaisir, le goût n’est pas agréable (fellation);
l’envie de sexe, l’excitation, le tension accumulée dans l’attente de la relation sexuelle, l’envie du moment;
le fait de ne pas se sentir concerné, la méconnaissance des risques encourus;
la différence d’âge/d’expérience: on n’ose pas contredire le/la plus âgé(e)/expérimenté(e), rapport de force;
le changement de lieu de vie: maison familiale/ kot/ séjour ‘Erasmus’;
la confiance dans l’autre partenaire, ou pour lui montrer qu’on lui fait confiance;
l’envie de plaire à son/sa partenaire, la peur de le/la perdre, l’amour;
la position des filles par rapport aux garçons;
une mauvaise estime de soi, le sentiment de solitude (surtout pour les jeunes gays);
un sentiment d’invulnérabilité, être avec quelqu’un «en vue» ou de populaire;
l’absence ou la difficulté du dialogue, se sentir gêné de poser la question;
l’absence d’interlocuteur pour parler de sexe;
le coté excitant de la prise de risque;
le fait d’être vierge et donc ‘sain’;
le fait de prendre des risques en connaissance de cause;
l’impression de se connaître, notamment via Internet (chat, site de rencontre, facebook, etc.);
le fait de ne pas avoir le réflexe d’utiliser le préservatif après une longue relation avec un(e) même partenaire;
ne pas avoir de préservatif à disposition;
le fait de ne pas avoir utilisé un préservatif lors du premier rapport sexuel avec son/sa partenaire.

Le processus créatif

À partir de ces éléments, diverses pistes créatives ont été explorées. Trois d’entre elles ont fait l’objet de discussions et réflexions parmi les divers partenaires (services et jeunes) du projet.
« Avant de faire confiance à votre partenaire , faites confiance au préservatif ».
La première piste concerne la notion de confiance. En effet, les jeunes ont évoqué le fait de ne pas utiliser le préservatif car ils ont confiance en leur partenaire. De plus, même si le jeune peut avoir confiance en son partenaire, il ne peut pas faire confiance à ses ex, ni aux ex de ses ex, etc.
Cette piste met en avant le fait qu’avoir confiance en l’autre ne suffit pas pour se protéger du sida. Par contre, avec le préservatif, les jeunes peuvent entièrement faire confiance à leur partenaire, et même aux ex-partenaires de son partenaire, et même aux ex des ex de son ex, etc. Cette piste est sans doute plus difficile à réaliser dans le cadre d’une campagne, sans tomber dans le jugement de valeur à propos de l’autre.
« Le préservatif , parlez en comme vous voulez mais parlez en ».
La deuxième piste concerne la notion de dialogue autour du préservatif et a pour but de dédramatiser le fait de parler du préservatif à son partenaire. En effet, les jeunes n’ont souvent pas envie de parler du préservatif car ça casse l’ambiance, c’est gênant, ils craignent aussi la réaction de l’autre. Cette piste donne donc des astuces pour parler du préservatif de manière légère. L’idée est d’inviter les jeunes à trouver leur propre langage pour l’évoquer.
« Le préservatif , le temps de chercher des excuses , c’est enfilé ».
La dernière piste se propose de se centrer sur les raisons de ne pas utiliser le préservatif, car il y aura toujours une ‘bonne’ raison pour ne pas l’utiliser. L’idée était d’essayer de tenir compte de la diversité des facteurs qui empêche une bonne prévention.

Un large consensus, autant du groupe de travail que du groupe des jeunes, s’est opéré autour de la proposition invitant à parler du préservatif avant une possible relation sexuelle. Cette piste était fortement appréciée car elle propose une tentative de solution pour lever les freins liés à l’utilisation du préservatif et dédramatiser le fait d’en parler (et donc de l’utiliser). Elle met en avant la négociation du préservatif plutôt que les problèmes liés à son utilisation (approche positive). Car cela reste gênant, difficile d’en parler, de l’amener, de le proposer… De plus, cette piste offre un grand nombre de possibilités créatives pour les déclinaisons du message sur divers supports.
Le slogan «Le préservatif. Parlez-en comme vous voulez, mais parlez-en» est illustré par une série de codes, métaphores ludiques de l’utilisation du préservatif. Ce concept a l’avantage de pouvoir faire participer le public cible en l’invitant à créer ses propres codes-préservatif personnalisés en fonction de ses valeurs et de ses références. Une affiche vierge à compléter et un concours de codes K-Pote sur Internet ont d’ailleurs été produits afin de donner aux jeunes les outils concrets pour s’approprier la campagne. Les meilleurs codes créés par les jeunes seront utilisés pour la relance de la campagne en 2010.
Afin d’être en adéquation avec la réalité et les attentes des jeunes, les éléments visuels et textuels des divers outils de la campagne ont été testés, et les codes-préservatif, la ligne graphique, les thèmes abordés, les ambiances, les personnages, etc. ont été réalisés sur base des avis des jeunes et des partenaires.
D’après le dossier de presse de la campagne d’été 2009
Plate-forme prévention sida, rue Jourdan 151, 1060 Bruxelles. Tél.: 02 733 72 99. Fax: 02 646 89 68. Courriel: info@preventionsida.org. Site: https://www.preventionsida.org .

Une semaine ‘sur les dents’ pour les petits d’Ixelles

Le 30 Déc 20

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Près de 500 enfants des écoles libres maternelles d’Ixelles et leurs enseignants ont été accueillis à l’Espace Malibran durant une semaine en mars 2009. Vingt-deux classes ont présenté leurs créations sur le thème de la santé dentaire et participé à des ateliers, dans une démarche de santé globale. Cette semaine s’inscrit dans un large projet porté par la Mutualité chrétienne.
Lorsqu’on se penche sur les données relatives à la santé dentaire des enfants, un fait marque les esprits: si l’on constate une amélioration générale, on observe en parallèle un écart grandissant entre enfants de familles socio-économiquement favorisées et moins favorisées.
À Bruxelles, la situation est particulièrement marquée: la dernière enquête de santé par interview révèle que 52% des jeunes de moins de 15 ans ne sont jamais allés chez le dentiste. On peut espérer que ces chiffres se sont améliorés depuis l’entrée en vigueur des mesures de soins gratuits pour les jeunes jusqu’à 12 ans (en septembre 2005), jusqu’à 15 ans (en juillet 2008) et jusqu’à 18 ans (en juillet 2009), mais ce n’est pas sûr. Les premières données indiquent que la mesure est sous-exploitée. C’est la preuve que la gratuité, même si elle constitue un grand pas en avant pour l’accès aux soins, ne suffit pas et qu’une sensibilisation est incontournable. En outre, la bonne sante dentaire passe avant tout par les gestes du quotidien: le brossage efficace et régulier, l’alimentation saine, le choix de l’eau comme boisson habituelle…

Valoriser les projets des enfants

C’est dans cette optique qu’a été organisée la semaine «santé dentaire». Mais l’idée n’était pas seulement d’organiser des animations ponctuelles. La Mutualité Saint-Michel et les infirmières du Centre de santé libre d’Ixelles ont proposé aux institutrices (et instituteur) d’entrer dans une approche globale de la santé dentaire avec leurs élèves, dès le mois de janvier.
Les enfants ont donc abordé le thème en classe, de manières diverses et variées selon les sensibilités. Les plus artistes ont réalisé des œuvres en papier mâché (une mâchoire géante, une dent, une dent-fleur…), les plus ludiques ont conçu des jeux coopératifs, les musiciens ont inventé et appris des chansons, d’autres ont créé un livre ou encore des panneaux pour sensibiliser les parents et les autres classes de l’école… Toutes ces œuvres ont été présentées par les enfants eux-mêmes, et rassemblées en une exposition vivante et colorée, que les parents ont d’ailleurs pu visiter. Un des objectifs était d’intégrer la santé dentaire dans le quotidien des plus jeunes, en en parlant régulièrement à l’école. Et cela semble marcher, comme en témoigne une maman venue visiter l’exposition : « Depuis que ma fille parle des dents à l’école , c’est elle qui rappelle toute la famille à l’ordre ! Plus question de louper un brossage , même si nous sommes pressés le matin

La cerise sur le gâteau

Lors de la semaine d’animation, qui était pour la plupart des classes le point d’orgue de leur travail sur cette thématique, cinq ateliers accueillaient les petits: un atelier sur le brossage, animé en alternance par la Fondation pour la Santé Dentaire et l’ONE, un grand jeu sur les aliments sains organisé par le Centre de santé libre d’Ixelles, une découverte ludique de la visite chez le dentiste proposée par les étudiants de la Faculté de Médecine dentaire de l’UCL, un atelier contes, par le Centre de service social de Bruxelles-Est. La MC proposait quant à elle un jeu sur les fonctions de l’eau, à privilégier comme boisson et pour le brossage des dents.

Un DVD pour partager les expériences

Cette semaine s’inscrit dans un projet de plus large envergure: Infor Santé et la Fondation pour la Santé Dentaire font le pari que mettre en valeur les ressources et l’imagination des enseignants dans ce domaine en encouragera d’autres à aborder le thème en classe. Pour permettre le partage des expériences, la caméra s’est invitée dans certaines classes et a capturé des images des activités quotidiennes et plus originales. Les extraits, ainsi que ceux qui auront été récoltés lors de projets similaires dans le Hainaut, seront montés en un DVD qui devrait être mis à disposition des enseignants de maternelle dans les mois à venir.
Pascale Dupuis , Infor Santé Mutualité Saint-Michel

Les objectifs du projet santé dentaire

Au-delà de l’organisation concrète d’une semaine d’animation, ce projet s’inscrit dans une démarche plus large menée par Infor Santé, le service de promotion de la santé de la MC et la Fondation pour la Santé Dentaire. L’objectif final fixé par le groupe de travail né de cette collaboration concerne l’amélioration de la santé dentaire chez les enfants de 3 à 5 ans, avec une attention particulière pour les familles fragilisées.
Au départ de rencontres avec des enseignants et infirmières scolaires et d’une enquête auprès d’institutrices de l’enseignement maternel, le groupe de travail a établi des objectifs spécifiques adaptés au public des enfants: apprendre à réaliser un brossage des dents efficace; adopter un comportement alimentaire favorisant une bonne santé dentaire (éviter le grignotage, éviter les aliments et boissons sucrées, consommer des fruits et légumes, de l’eau à chaque repas); permettre à chaque enfant de bénéficier de deux consultations préventives chez le dentiste par an.
Concernant le public-relais des enseignants, le groupe de travail a pour ambition de susciter un processus participatif au sein des écoles maternelles afin de créer une dynamique dans le domaine de la santé dentaire. Cet objectif se décline en deux objectifs spécifiques: susciter et favoriser l’échange de pratiques et accompagner, outiller les enseignants dans leur démarche de projets en santé dentaire.
Différents moyens ont été identifiés et mis en œuvre par Infor Santé et la Fondation pour la Santé Dentaire pour tendre vers ces objectifs:
-mettre en avant les témoignages d’écoles, valoriser les expériences;
-organiser des occasions d’échanger les expériences;
-filmer des expériences intéressantes dans les classes pour créer un DVD qui puisse être mis à disposition de tous les enseignants de maternelle.
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Les partenaires du projet à Ixelles

Infor Santé
Infor Santé est le service chargé de développer la promotion de la santé au sein de la Mutualité chrétienne. Il veut favoriser les processus participatifs et les collaborations, dans une approche globale et positive de la santé, partant du principe que la promotion de la santé est un processus qui vise à permettre à l’individu et à la collectivité d’améliorer sa santé en agissant sur les facteurs qui la déterminent. La réduction des inégalités de santé est une des préoccupations transversales d’Infor Santé. Ses représentants régionaux s’engagent dans de multiples projets de terrain (animations, formations des relais, collaborations…). En outre, Infor Santé réalise des programmes et outils pédagogiques sur différents thèmes de santé, et informe via des brochures et dépliants.
Sourire pour tous
La Fondation pour la Santé Dentaire est le département prévention de la Société de Médecine Dentaire, association dentaire belge francophone groupant les dentistes. Son objectif est d’aider la population à adopter une démarche préventive en vue de conserver ou de retrouver une bonne santé bucco-dentaire. L’action «Sourire pour tous» est financée par le Ministre fédéral de la Santé et le Comité de l’assurance de l’INAMI pour promouvoir la santé dentaire des enfants et réduire les inégalités sociales dans l’accès aux soins.
Le Centre de santé libre d’Ixelles
Le Centre de santé libre d’Ixelles est une asbl soutenue par la Commune d’Ixelles. Le Centre organise un service de Promotion de la Santé à l’École. Ses missions concernent entre autres le suivi médical des élèves et la mise en place de programmes pour préserver et améliorer leur capital santé.
L’équipe PSE est souvent la cheville ouvrière de projets santé en réponse à des besoins décelés dans son public scolaire. La santé dentaire fait partie des thématiques abordées par l’équipe, qui joue ici non seulement un rôle en matière de santé publique mais surtout dynamise les ressources de l’enfant et de sa famille. C’est encore plus particulièrement vrai pour les familles précarisées, au cœur des préoccupations des infirmières.
Jeunesse & Santé
Jeunesse & Santé est une organisation de jeunesse active dans l’animation, la formation et l’éducation des enfants et des jeunes. Jeunesse et Santé travaille en collaboration avec la Mutualité chrétienne et est composée d’animateurs bénévoles, formés et brevetés par la Communauté française et soutenus par une équipe de permanents. Elle organise et encadre des plaines de jeu, des stages et séjours de vacances en Belgique et à l’étranger pour les enfants de 3 à 18 ans mais aussi des animations sportives, créatives et des activités de promotion de la santé (animations santé en école primaire, animations à l’hôpital des enfants…). La préoccupation pour la santé et le bien-être des enfants et des adolescents traverse l’ensemble des actions de J&S.;
La Faculté de médecine dentaire de l’UCL
Les étudiants en dentisterie sont formés par le cours de pédodontie pour la prévention à l’hygiène dentaire chez les enfants. Ils expliquent à chaque enfant lors de la première consultation comment se brosser les dents et donnent aux parents des conseils sur le fluor et l’alimentation. Ils apprennent également comment s’exprimer face à un enfant au cabinet dentaire. Des étudiants de 4e et 5e année ont participé bénévolement au projet. Ils se sont investis afin de réaliser une présentation informative et ludique adaptée aux enfants de maternelle.
Le service Éducation Santé de l’ONE
Les deux missions de base de l’Office de la Naissance et de l’Enfance sont l’accompagnement de l’enfant dans et en relation avec son milieu familial et son environnement social, et l’accueil de l’enfant en dehors du milieu familial. Une des missions transversales aux missions de base est la promotion de la santé. Dans ce cadre, différents outils d’information et d’animation sont développés par l’ONE (brochures, dépliants, modules, grands jeux, etc.) et mis à la disposition des professionnels de terrain de l’ONE mais aussi d’autres partenaires. La santé dentaire est un thème d’éducation pour la santé travaillé à l’ONE par la diffusion de la brochure «Pas de carie même sur mes dents de lait» ainsi que d’animations dentaires en consultations ONE.
Le Centre d’action sociale globale de Bruxelles Sud-Est
Le Centre d’action sociale globale de Bruxelles-Est est un service social tenant des permanences dans plusieurs quartiers d’Ixelles et à Etterbeek, qui oriente et accompagne son public dans diverses démarches afin que chacun puisse jouir de ses droits fondamentaux. Son originalité est de développer avec celui-ci des actions collectives ou communautaires, favorisant sa participation: des activités parascolaires pour les enfants et leurs parents, une école de devoirs, un restaurant social… C’est dans le cadre de cette action collective que le centre s’est inscrit dans le projet santé dentaire.
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Communiquer sur la santé: l’exemple du tabac.

Le 30 Déc 20

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La campagne ‘Help’ de l’Union européenne

La campagne médiatique

Les spots TV et radio de cette vaste campagne médiatique européenne ont été largement diffusés dans l’espace européen pour réduire l’initiation des jeunes de 15 à 18 ans au tabac et pour aider les jeunes adultes de 18 à 30 ans à arrêter de fumer. Cette initiative vise aussi tous ceux qui sont proches des jeunes et qui travaillent en contact avec eux.
La campagne « Help pour une vie sans tabac », c’est aussi plus de 1.100 événements nationaux au travers de l’Europe de 2005 à 2008. Un site Internet donne un aperçu des activités et du matériel réalisé pour convaincre les jeunes et les soutenir dans leur lutte contre le tabagisme. Les supports de communication sont accessibles et téléchargeables à l’adresse https://www.help-eu.com .
Le site offre en plus un accès à d’autres campagnes, un lexique, des news, des dossiers, de l’aide pour ne pas commencer, pour arrêter et pour réduire le tabagisme passif, un espace école, un espace monde du travail et enfin un lien avec le Manifeste européen des jeunes pour une vie sans tabac.

La conférence

Après 4 ans de travail, la Commission européenne a réuni, en octobre 2008, les acteurs des 27 États membres ainsi que les scientifiques du secteur de la promotion de la santé, de la santé publique et des spécialistes de la communication pour faire le point sur cette première grande action européenne de prévention du tabagisme.
Des délégations des groupements de jeunes étaient présentes en nombre à Bruxelles. Les représentants des conseils nationaux des jeunes, des associations européennes des étudiants en médecine, en pharmacie, en psychologie, des jeunes écologistes, des jeunes militants pour la paix et de l’aide humanitaire, des délégués des mouvements de jeunesse et des membres du Forum européen des jeunes ont donné de la voix aux échanges. À noter qu’un envoyé des producteurs de tabac s’était même perdu dans cette conférence internationale. « Les moustiques sont parmi nous !» a dit un membre de l’assemblée…
Trois jours de conférences, de débats, d’ateliers et de projections se sont articulés autour des modes de sensibilisation des jeunes; des nouvelles technologies de communication en santé publique; de l’exploration des nouvelles pratiques en matière de comportements; de l’intégration des groupes défavorisés et du besoin de partage d’expériences en santé publique.
Au rayon des nouveautés, il faut signaler pas mal de similitudes entre les campagnes des alcooliers et des cigarettiers et les campagnes promotionnelles des grandes marques comme Adidas et Quicksilver. Des points communs ont été identifiés non dans leurs stratégies usuelles mais à propos des supports de campagne de communication numériques.
Nous sommes là dans un véritable processus de benchmarking tiré en droite ligne des techniques de marketing. Il s’agit d’un processus continu de recherche , d’analyse comparative , d’adaptation et d’implantation des meilleures techniques , des meilleurs modes de gestion et d’organisation d’autres entreprises pour s’en inspirer et en tirer le meilleur .
Les défenseurs de l’approche de promotion de la santé présents ont eux insisté sur l’utilité d’une démarche ‘ Bottom up ‘ permettant que les points de vue des usagers soient pleinement pris en considération.
Les échanges soutenus ont été soumis tant aux critiques positives qu’aux critiques négatives de l’assemblée. Un large débat d’idées et une production intellectuelle riche des apports de près de deux cents participants ont conduit à l’élaboration de recommandations.

Les recommandations

Treize recommandations ont été approuvées après des discussions approfondies. Ces recommandations reprennent les points jugés les plus importants pour la prévention du tabagisme des jeunes et des jeunes adultes. Elles concernent le rôle de la Commission européenne, les connections indispensables avec la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT), l’implication des organisations de jeunesse, les échanges avec la santé publique notamment en matière de déterminants de la santé, les liens avec l’enseignement et les professionnels de la santé et du social.
Les recommandations soulignent encore la nécessité d’une base de données des bonnes pratiques des campagnes de promotion de la santé, l’importance des stratégies de marketing sans tabac en santé publique, la responsabilité de l’industrie du tabac dans la pandémie du tabagisme, l’importance de la sensibilisation des groupes vulnérables et défavorisés.
La contribution des nouveaux médias à la communication de masse et à l’enseignement a fait l’unanimité. Leur utilisation pour mobiliser les jeunes est reconnue tout en se souciant de rompre la fracture numérique, l’isolement social et l’incompréhension mutuelle.
Enfin, la nécessité de mener des recherches et d’évaluer les campagnes de manière indépendante a été établie pour renforcer les connaissances en matière d’attitudes favorables à la santé, de méthodologies de communication et d’égalités de santé.
Les présentations et les recommandations de la conférence sont accessibles sur
https://ec.europa.eu/health/ph_determinants/life_style/Tobacco/help/ev_20081009_en.htm
Geneviève Houioux , ULB-Promes et Michel Pettiaux , FARES
Si vous souhaitez réagir: michel.pettiaux@fares.be

Et toi, tu manges quoi? L’alimentation en débats entre ados

Le 30 Déc 20

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La Mutualité chrétienne propose depuis peu un outil d’animation sur l’alimentation à destination des jeunes de 14 à 18 ans. Il n’en existe pas tellement sur le ‘marché’, l’occasion était bonne pour rencontrer France Gerard, responsable d’Infor Santé, le service de promotion de la santé de la MC pour en savoir un peu plus sur ce projet.
Éducation Santé: Voici un an, nous avions présenté ici même ‘Envie de passer à la casserole?’, un livre de recettes de la Mutualité chrétienne et de l’asbl Jeunesse & Santé destiné aux jeunes adultes quittant papa-maman pour voler de leurs propres ailes, et qui ont quelques lacunes (c’est un euphémisme) en matière de pratique de la cuisine. L’ouvrage a bien fonctionné?
France Gerard : Oui, plus que bien! Nous avons diffusé le livre auprès des étudiants des écoles supérieures et des universités, via des CEFA, via diverses animations, via les diététiciennes… et les retours que nous avons eus sont très positifs.
E.S.: Aujourd’hui, vous récidivez avec un outil pédagogique sur l’alimentation visant les adolescents. Cela s’appelle ‘Et toi, tu manges quoi?’, sous-titré ‘Petits débats entre ados’. Vous pensez pouvoir intéresser les jeunes à l’équilibre alimentaire? N’est-ce pas le cadet de leurs soucis? Comment vous y êtes-vous pris pour les mobiliser sur ce thème?
F.G .: C’est probablement vrai que l’équilibre alimentaire ou l’alimentation saine n’est pas la préoccupation essentielle des adolescents. Par contre, toutes les questions à la périphérie de l’alimentation intéressent beaucoup les jeunes. Les régimes, les fast-foods, les produits «light», les allégations de santé sur les produits, la consommation d’alcool… sont des thématiques qui les intéressent vraiment. Ils ont beaucoup d’interrogations par rapport à ce qu’ils entendent autour d’eux, dans les médias, à la télé…
De plus, ils savent déjà beaucoup de choses, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons opté pour le débat comme technique d’animation. L’information circule entre pairs et passe beaucoup plus facilement. Susciter le débat afin de favoriser le développement de l’esprit critique est donc l’objectif essentiel du dossier.
E.S.: Susciter le débat plutôt que fournir une pure information nutritionnelle, cela semble en effet mieux adapté à la sensibilité des adolescents. Concrètement, quels moyens préconisez-vous dans votre dossier pédagogique? Vous parlez de la technique des ‘frasbees’. Que recouvre ce mot bizarre?
F.G .: Le «frasbee» est le nom que nous avons donné à la technique d’animation que nous préconisons. Il s’agit d’un ensemble de phrases lancées comme un frisbee pour susciter le débat, les phrases vont et viennent entre les participants. L’information circule entre les jeunes, l’animateur est là pour soutenir, relancer le débat et recadrer si nécessaire…
E.S.: Votre démarche sort quelque peu des sentiers battus. Comment faire pour que des enseignants ou des animateurs arrivent à l’intégrer? La lecture attentive du dossier, qui fait une bonne cinquantaine de pages, est-elle suffisante pour leur permettre d’aborder la question avec les adolescents?
F.G .: Le dossier pédagogique est remis à l’issue d’une demi-journée de formation. Nous souhaitons expliquer la démarche et la philosophie de cet outil. Nous testons en «live» un frasbee avec les futurs utilisateurs, ce qui permet à la fois de tester l’animation et de comprendre très facilement la démarche.
Le dossier, lui, propose quelques repères théoriques pour l’animateur et surtout une série de frasbees sur les différentes thématiques que nous abordons.
E.S.: La Mutualité est une organisation présente partout sur le territoire de la Communauté française. J’imagine que c’est un atout non négligeable pour implanter ce genre de programme. Comment cela se passe-t-il concrètement?
F.G .: En effet, nous avons un responsable Infor Santé dans 7 de nos 8 mutualités régionales, ce qui nous permet de couvrir quasiment toute la Communauté française. Chaque responsable organise les formations sur sa région, souvent en partenariat avec les CLPS ou les services PSE, dans ce cas-ci.
E.S.: La Mutualité chrétienne est partie prenante du Plan national nutrition santé belge. Il n’est donc pas étonnant que son service de promotion de la santé développe un grand nombre d’initiatives liées à l’alimentation saine et à l’activité physique. A-t-elle par ailleurs ses propres priorités en la matière?
F.G .: La Mutualité chrétienne travaille la thématique de l’alimentation depuis quelques années déjà, notamment via des brochures d’information, via le jeu Gargouilli , via le livre de recettes dont nous parlions… Toutefois, depuis trois ans déjà, toutes les initiatives «manger mieux, bouger plus» sont regroupées sous le label Réflexe Santé .
Dans le cadre de Réflexe Santé , la Mutualité chrétienne a également développé une série de partenariats notamment avec la FRSEL (Fédération royale sportive de l’enseignement libre), avec «Je cours pour ma forme», avec le challenge Léon Delhalle, avec l’Adeps, avec la Zatopek Academie… de façon à motiver et à soutenir les personnes souhaitant se remettre en mouvement.
Et de nouveaux projets sont en cours de développement…
E.S.: Toujours à propos du PNNS, on ne trouve pas le symbole du Plan sur le dossier ‘Et toi, tu manges quoi?’ Pour quelle raison?
F.G .: Tout simplement parce que nous n’avons pas introduit de demande! Le PNNS soutient et labellise les initiatives promouvant l’alimentation saine et équilibrée. Notre objectif premier est d’aider les jeunes à débattre et de renforcer leur esprit critique par rapport aux thématiques qui tournent autour de l’alimentation, pour leur permettre d’être moins perméables aux arguments marketing. Bien sûr, in fine , nous espérons que notre outil permettra aux jeunes d’avoir une alimentation équilibrée mais ce n’est pas l’objectif premier.
E.S.: Ce dossier, ces formations sont le résultat d’un travail de longue haleine, démarré voici trois ans environ. Comment arrivez-vous à concilier une construction patiente d’outil et les exigences de rapidité et de visibilité qui caractérisent de plus en plus le monde d’aujourd’hui?
F.G .: Ce n’est pas facile! Nous essayons, dans la mesure du possible, d’appliquer une démarche participative tout au long du projet, ce qui implique du temps. Du temps d’analyse, du temps de rencontre du public, du temps d’appropriation, du temps de création, du temps de pré-test, du temps de réajustement, du temps de production… Bref beaucoup de temps!
Cela n’est effectivement pas toujours évident à faire comprendre dans une société qui est plus axée sur le résultat que sur le processus. Pour compenser, nous communiquons le plus possible aux différentes étapes du projet afin d’en faire comprendre le cheminement. Nous avons aussi la chance de travailler dans une institution qui a saisi l’importance de cette démarche. Toutefois, nous ne vivons pas sur une autre planète et donc nous sommes bien conscients que nos outils doivent aboutir dans des délais raisonnables…
E.S.: Votre réalisation, si elle ne bénéficie pas du logo du PNNS pour les raisons que vous avez expliquées, vient d’obtenir l’appréciation ‘coup de cœur’ décernée par les experts de l’Outilthèque santé de la Communauté française. J’imagine que c’est plus qu’un lot de consolation, que c’est une belle reconnaissance. À quels aspects de votre projet ont-ils été sensibles?
F.G .: C’est une très belle reconnaissance. Et, venant de professionnels de la promotion de la santé, c’est certain que ça fait plaisir!
Les experts de Pipsa ont surtout été sensibles au procédé pédagogique que nous avons créé (le fameux frasbee) et au fait que les explications fournies dans le dossier sont soutenantes pour l’animateur.
Nous avons essayé d’être le plus concret possible.
E.S.: Une dernière question très pratique: comment procéder si je souhaite utiliser ‘Et toi, tu manges quoi?’ Combien cela va-t-il me coûter? À qui m’adresser? Où puis-je me former?
F. G .: Comme je l’ai précisé, le dossier n’est remis qu’à l’issue d’une demi-journée de formation. Cette formation est gratuite et est proposée dans toute la Communauté française. Elle est organisée par le service Infor Santé de chaque mutualité régionale. Une première série de formations a déjà eu lieu un peu partout mais d’autres s’organiseront encore… Le plus simple est de nous envoyer un mail ou de nous téléphoner et nous vous redirigerons directement vers la bonne personne.
Propos recueillis par Christian De Bock
Adresse de contact: Infor Santé, au 02 246 48 54 ou par courriel à infor.sante@mc.be

L’aide familiale, un maillon essentiel pour faire face aux situations de maltraitance de la personne âgée à domicile

Le 30 Déc 20

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Une étude sur la maltraitance des aînés à Liège

Dans une étude commanditée par le CAPAM (Centre d’aide aux personnes âgées maltraitées), le Département de médecine générale de l’Université de Liège a organisé des groupes focalisés avec des professionnels de la santé (médecins généralistes, infirmiers et aides familiales) sur leurs fonctions, rôles et besoins en matière de maltraitance de la personne âgée à domicile. En plus de répondre aux questions de recherche, la méthode du groupe focalisé a permis d’appréhender le contexte de travail des professionnels interrogés ainsi que l’éthique qu’ils défendent. Cet article décrit en particulier le rôle, le mandat et le positionnement éthique des aides familiales dans le réseau de professionnels confrontés aux situations de maltraitance de la personne âgée à domicile.

Un regard particulier qui s’inscrit dans la durée

Comme les autres professionnels interrogés, les aides familiales définissent la maltraitance autant dans ses aspects physiques, financiers que psychologiques. Elles identifient les causes classiques de la maltraitance (les contextes favorisant des situations de maltraitance, les profils de la personne maltraitante et maltraitée). Elles éprouvent les mêmes inquiétudes, les mêmes difficultés que les autres professionnels à évaluer la maltraitance aux fins de l’identifier.
Cependant grâce à leur présence prolongée au domicile, les aides familiales développent une capacité d’attention particulièrement ouverte aux signes relatifs à la négligence, au manque d’attention et de soins envers la personne âgée: absences de visites, d’entretien de la maison et du linge, insuffisance de soins, de médicaments ou de nourriture parfois. Elles sont auprès des autres professionnels le relais des personnes âgées et de la famille.
«On n’appelle pas régulièrement le médecin ou alors même au point de vue de la nourriture, par exemple, il n’y a presque rien dans le frigo… Question d’hygiène de la personne aussi. Parfois, il y en a qui ne se soucient pas, on achète le moins possible… Alors que certains enfants, avec leurs propres parents, ne se rendent même pas compte qu’ils portent un pantalon pendant deux mois.»
Extrait du groupe focalisé n°3 réunissant des aides familiales – 2006-2007

Une empathie bien dosée… et une éthique professionnelle

L’étude a montré combien les aides familiales éprouvent de l’empathie pour les bénéficiaires qu’elles encadrent, et elles s’identifient parfois aux personnes âgées qu’elles côtoient. Après avoir évalué la situation en concertation parfois avec d’autres intervenants de la santé, elles modulent leurs activités professionnelles en fonction de chaque situation pour le bien-être des personnes âgées. Elles ne condamnent ni les personnes ni les situations qu’elles observent. Elles perçoivent la complexité des situations sociales, sans porter de jugement. Elles exercent «simplement» leur travail au bénéfice de la personne âgée.
«Donc, je me dis toujours que c’est notre miroir. On va vers cela aussi et je pense travailler comme j’aimerais que l’on soit avec moi si je devais faire appel à quelqu’un d’étranger.»
«Ce sont quand même de vieilles histoires parfois cuites et recuites. Oui, on voit la personne mais effectivement, on ne sait pas.»
«C’est pour cela que je critique rarement les familles, sauf cas exceptionnel car je me demande ce qu’on ferait si on avait telle personne difficile ou très malade aussi.»
Extraits du groupe focalisé n°1 réunissant des aides familiales – 2006-2007

La maltraitance, un problème complexe à gérer dans un cadre professionnel déjà très exigeant

Le travail quotidien de l’aide familiale est particulièrement difficile tant d’un point de vue logistique, temporel qu’émotionnel. Une situation de maltraitance alourdit considérablement le fardeau lié à la répétitivité du travail, la lassitude que cela entraîne, la durée d’une journée de prestation, l’instabilité des horaires empêchant une organisation optimale de la continuité des soins, les ruptures affectives dues au décès d’un patient, la difficulté de séparer vie privée et vie professionnelle, la charge d’écoute particulièrement importante, etc.
«Tu vas trois fois par semaine chez le même monsieur pendant six mois, puis du jour au lendemain, tu ne le vois plus.»
«S’il y a de l’absentéisme au travail, tout de suite on change notre horaire pour ailleurs, donc on ne sait pas toujours avoir la continuité.»
«Je referme la barrière [en sortant de chez un patient], je me dis ‘C’est fini pour aujourd’hui’, mais il n’y a rien à faire, de temps en temps, je [repense aux difficultés des patients et de leur famille] (…) C’est pas évident.»
Extraits des groupes focalisés n°1 et 2 réunissant des aides familiales – 2006-2007

Face à ce type de situations difficiles, les aides familiales perçoivent clairement les opportunités du rôle à adopter. Moralement et contractuellement, elles se sentent dans l’obligation de se soucier de l’évolution de la situation sociale et sanitaire du patient maltraité et de signaler tout problème observé à l’assistante sociale coordinatrice.
«Notre rôle est de le signaler, si un jour on a un doute. Déjà pour nous-mêmes nous décharger quand on rencontre un problème, ne pas garder cela sur soi.»
Extrait du groupe focalisé n°1 réunissant des aides familiales – 2006-2007

Les aides familiales dans le réseau de soins

L’ensemble des professionnels, toutes disciplines confondues, concluent les entretiens par l’importance du travail interdisciplinaire. Tous sont demandeurs d’organiser des moments où chacun puisse s’exprimer, évoquer la situation des patients, échanger leurs observations, demander conseil aux autres professionnels.
«Ici, le médecin de la dame qui n’était pas bien a téléphoné à l’assistante sociale pour bien confirmer qu’il était passé, que ce qu’on avait demandé s’établissait, et qu’effectivement, en plus, il avait demandé qu’on passe l’après-midi pour l’hydratation supplémentaire.»
Extrait du groupe focalisé n°1 réunissant des aides familiales – 2006-2007

Comme dans toute autre situation, chaque professionnel a un rôle spécifique et complémentaire face à des situations de maltraitance. Plus globalement, chacun se fait une représentation de la place qu’il occupe par rapport aux autres professionnels. Ainsi, par exemple, les médecins généralistes sont perçus par les autres professions comme étant au sommet d’une hiérarchie. Il est donc attendu d’eux qu’ils agissent face au problème, alors qu’ils peuvent aussi se sentir démunis.
La fonction des aides familiales et la perception qu’elles ont de leur propre place dans le réseau de soins ont été exprimées avec un recul et une appréciation très justes.
«Puis nous, on n’est pas impressionnantes. Un médecin a une certaine autorité, une infirmière, elle a un tablier. Nous, on fait la vaisselle, donc j’veux dire, ça nous permet, par ce biais là de dire: on fait ce que n’importe quelle bonne femme fait chez elle. Donc,(…) [ on est plus à leur niveau], on n’est pas impressionnantes.»
Extrait du groupe focalisé n°1 réunissant des aides familiales – 2006-2007

Il arrive que les aides familiales ressentent de la part d’autres professionnels un manque de connaissance de leurs rôles et spécificités. Or, par le temps qu’elles passent au domicile du patient, par leur travail spécifique, les aides familiales peuvent apporter des informations précieuses en particulier dans des situations de crise comme celles de maltraitance de la personne âgée.
«On a l’air de dire :’Retourne dans ta cuisine préparer le dîner pour la dame’… L’air de dire ‘Je sais, puisque je suis médecin’.»
«C’est pas facile parce que certains médecins n’en ont rien à faire de notre profession, de ce qu’on peut voir, entendre. Ça dépend qui mais il y a heureusement des médecins qui sont fort collaborants.»
Extrait des groupes focalisés n°1 et 3 réunissant des aides familiales – 2006-2007

Les aides familiales, un maillon fort

Les rôles dévolus à l’aide familiale sont certainement d’aider un bénéficiaire au domicile à accomplir les tâches quotidiennes qu’il ne peut plus assumer seul. Mais encore? Les fonctions de l’aide familiale sont multiples, bien plus variées parfois que les représentations que nous en avons: l’aide familiale accompagne les seniors mais aussi les jeunes mamans et leurs enfants ainsi que les personnes handicapées dans les gestes de tous les jours. Elles contribuent à améliorer la santé et la sécurité des bénéficiaires. En matière de promotion de la santé, elles ont également un rôle éducatif de soutien aux familles, d’évaluation et de stimulation des potentialités du bénéficiaire en vue du maintien de son autonomie. Elles participent aussi parfois à l’accompagnement de personnes en soins palliatifs ainsi que de leur entourage.
Cette étude a exploré notamment le positionnement particulier de l’aide familiale confrontée à une situation de maltraitance de la personne âgée. Son action s’avère spécifique et complémentaire à celle des autres intervenants du domicile.
Grâce à sa présence récurrente et prolongée au domicile du patient, l’aide familiale peut observer, identifier les besoins et difficultés du patient, parfois recueillir ses confidences, beaucoup plus qu’un autre prestataire de soins ne pourrait le faire par une visite ponctuelle. On le voit, l’aide familiale a un rôle relationnel important.
Il s’avère que les aides familiales ont une analyse et une approche clairvoyantes des situations de maltraitance. Celles-ci alourdissent encore un contexte professionnel difficile. Les aides familiales ont conscience qu’il s’agit à chaque fois d’un phénomène social complexe auquel une réponse univoque ne peut être apportée. Elles manifestent un questionnement éthique sur la juste distance à adopter et sur leur rôle professionnel.
Les aides familiales situent bien leur action dans un cadre pluridisciplinaire.
Les données de l’étude ont révélé un certain nombre d’interrogations et notamment comment les autres professionnels du domicile perçoivent le rôle de l’aide familiale.
Au contact proche des personnes âgées, l’aide familiale pourrait occuper une place plus importante au sein du réseau de soins à domicile; elle pourrait constituer un relais privilégié pour le médecin généraliste, l’infirmier ou encore le kinésithérapeute. Son regard construit par l’expérience envisage la personne âgée globalement, elle la voit évoluer dans son milieu. Cette position de relais, cette attention à la réalité des situations, lui confèrent, dans le réseau d’intervenants, une «compétence de vigilance» qui pourrait être mise plus à profit.
Cependant, la proximité des aides familiales avec les personnes âgées, l’empathie nécessaire pour effectuer leur travail, la place qu’elles occupent dans le réseau tendent à fragiliser ces professionnelles: il existe en effet un risque d’attachement de l’aide familiale au bénéficiaire, un risque de sombrer dans une empathie «destructrice» alors qu’elles sont insuffisamment reconnues par le réseau de professionnels.

Perspectives

Le maintien à domicile des personnes âgées constitue un défi important pour notre société, les soignants de la première ligne doivent en être conscients. Les structures de soins doivent s’adapter en conséquence. Cette évolution passe inévitablement par une amélioration de l’action pluridisciplinaire.
Une meilleure connaissance mutuelle des différents intervenants passe par le développement et l’usage d’outils pluridisciplinaires leur permettant de se rencontrer, de se former ensemble, de réfléchir ensemble au bénéfice d’un même patient (Vanmeerbeek M. & al, 2008).
Les aides familiales en particulier sont demandeuses de ces temps interprofessionnels pour mieux faire connaître leurs fonctions. Elles souhaitent également la poursuite d’un accompagnement professionnel spécifique visant à parfaire leurs compétences relationnelles et leur capacité d’analyse du sens et des finalités de leurs actions.
Valérie Massart , Marc Vanmeerbeek , Philippe Denoël , Didier Giet
Les auteurs remercient chaleureusement Madame Valérie Delincé pour son importante collaboration , sa disponibilité ainsi que les aides familiales pour leur contribution à l’étude « maltraitance ».
Nos remerciements vont également à Madame Chantal Vandoorne et Monsieur Gaëtan Absil de l’APES pour leur relecture constructive .
Adresse des auteurs: Département de médecine générale, Faculté de médecine ULg, av. de l’Hôpital 1 CHU B23, Sart Tilman, 4000 Liège.

Références bibliographiques

Arrêté du Gouvernement wallon 16.7.1998 portant approbation du statut de l’aide familiale, M.B. 8.9.1998, p. 28876.
PERRENOUD Philippe, Développer la pratique réflexive dans le métier d’enseignant . Professionnalisation et raison pédagogique , Paris, ESF, 2001.
ROMBEAUX J.-M., Aides familiales , secret professionnel , devoir de discrétion . Actuels éléments de référence , CPAS de l’Union des Villes et Communes de Wallonie, https://www.uvcw.be/no_index/cpas/grandage/secret_professionnel_af.doc
ROYEN C., VAN TICHELEN B. Les aidants proches cherchent de l’aide . Résultats d’une enquête et perspectives , Éducation Santé, n°231, février 2008.
https://www.educationsante.be/es/article.php?id=986
VANMEERBEEK Marc, DUCHESNES Christiane, DENOEL Philippe, MASSART Valérie, GIET Didier, Perceptions , besoins et attentes des professionnels de la santé de première ligne en matière de qualité des soins , de continuité des soins et de collaboration multidisciplinaire , Département de médecine générale, Université de Liège et Groupement pluraliste liégeois des services et soins à domicile (GLS), 2008, en cours.
VANMEERBEEK Marc, MASSART Valérie, DENOEL Philippe, GIET Didier, Étude du vécu de professionnels de la santé ( infirmiers , aides familiales et médecins généralistes ) en matière de maltraitance des personnes âgées à domicile , rapport de recherche, Département de médecine générale, Université de Liège et Centre d’aide aux personnes âgées maltraitées, novembre 2006.
VANMEERBEEK Marc, MASSART Valérie, GIET Didier. Ressentis et besoins des professionnels de soins à domicile in Maltraitance des personnes âgées: aider les aidants, L’Observatoire, n° 55, 2007.

Stop le sel, une campagne pour la réduction de notre consommation de sel

Le 30 Déc 20

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Le 7 mai dernier, Laurette Onkelinx , Ministre de la Santé publique, a lancé une nouvelle campagne visant à informer le grand public sur la problématique du sel.
Le sel est un élément précieux de notre alimentation, mais il est nuisible en cas d’excès, conduisant notamment à l’hypertension, maladie silencieuse causant des accidents cardiovasculaires.
En Belgique, deux millions de personnes souffrent d’hypertension et la plupart d’entre elles l’ignorent. Trop de sel constitue aussi un facteur de risque pour le cancer de l’estomac et l’ostéoporose.
L’objectif de la campagne est très ambitieux, puisqu’il s’agit de diminuer à moyen terme notre consommation journalière de rien moins que 50%, de 12 à 6 g (le standard OMS est de 5g).

Agir sur l’offre…

Comme 75% du sel que nous ingérons provient des aliments préparés, le Plan national nutrition santé, géré au niveau du SPF Santé publique, Sécurité de la Chaîne alimentaire et Environnement, travaille sur ce dossier avec tous les secteurs concernés comme l’industrie alimentaire, la grande distribution et le secteur HORECA, pour que l’offre alimentaire soit plus pauvre en sel.
Les fédérations respectives de la distribution (FEDIS) et des fabricants de produits alimentaires (FEVIA), viennent de s’engager à diminuer la teneur de sel de leurs produits de façon significative d’ici 2012. Cela concerne le pain, les produits de viande, les sauces, les soupes, les fromages, les plats préparés, les produits à base de pommes de terre, de fruits et de légumes, commercialisés à la fois sous les marques des fabricants et des distributeurs.
Il faut saluer cette volonté de collaboration, même si elle se fait avec quelques réserves bien compréhensibles des secteurs.

Démarrage exquis

La campagne a été lancée par la Ministre Onkelinx dans le restaurant de la Porte de Namur de la chaîne EXKi, ‘rapide et de qualité, proposant des produits naturels et frais à tout moment de la journée, dans un lieu à la décoration conviviale et reposante’ comme le promet un document de présentation de l’entreprise.
Cette chaîne de restauration rapide ‘politiquement correcte’, lancée voici 10 ans par trois jeunes entrepreneurs, a bien saisi l’air du temps, et développé un concept qui séduit de plus en plus de monde en surfant sur la valorisation actuelle du développement durable: offre dite ‘santé’ d’aliments et boissons, organisation ‘participative’ du travail, maîtrise de l’empreinte écologique, fournisseurs équitables.
Une formule qui porte ses fruits (frais!), puisqu’EXKi est présent aujourd’hui en Belgique, Italie, Luxembourg et France, et ouvre régulièrement de nouveaux restaurants.

Les fabricants et les distributeurs soulignent que la réduction de sel a ses limites, car il ne peut pas toujours être remplacé ou réduit dans les proportions que l’on souhaiterait pour des raisons technologiques, de sécurité alimentaire et de goût. Les produits doivent rester sûrs et répondre aux attentes du consommateur en ce qui concerne le goût, la texture et l’aspect visuel.
Les deux fédérations insistent aussi sur l’importance d’une approche européenne de la question du sel dans la chaîne alimentaire. Elle est primordiale, affirment-ils, pour préserver le tissu industriel belge et éviter toute distorsion de concurrence entre opérateurs européens. En effet, le consommateur belge pourrait préférer des produits plus ‘savoureux’ importés: une politique coordonnée à l’échelle européenne s’impose donc clairement dans ce domaine comme dans d’autres.
Notons aussi que le Plan national nutrition santé a invité le secteur du pain à utiliser du sel iodé, ceci afin de pouvoir diminuer la carence en iode que connaît la population belge. Un accord en ce sens a été signé début avril 2009.

…Et sur la demande

Le consommateur, qui ‘décide’ de 25% du sel qu’il ingère, peut aussi prendre part à cette diminution de sel dans son alimentation en optant pour des aliments pauvres en sel.
Pour informer et si possible convaincre le citoyen de l’intérêt de consommer moins de sel, une campagne d’information a été lancée avec le soutien de la Ligue cardiologique belge. Cette campagne s’appuie sur 3 outils: une brochure ‘Top le sel? Stop le sel!’, un «salinomètre» et un site internet.
La brochure explique ce qu’est le sel, ses dangers et dans quels produits alimentaires il se trouve. Elle donne aussi des conseils pratiques pour limiter sa consommation. Imprimée à 1 million d’exemplaires, elle est distribuée dans les grandes surfaces, les pharmacies et par les mutualités.
Le «salinomètre» est un petit outil ingénieux qui permet d’apprécier à quel point un produit alimentaire est salé ou non. Le plus souvent, sur l’étiquette des produits, c’est la teneur en sodium qui est indiquée. Comme il faut la multiplier par 2,5 pour connaître la teneur en sel, le salinomètre, édité à 400.000 exemplaires, aide très simplement le consommateur à faire la conversion.
Enfin, sur le site internet, [L]www.stoplesel.be[/L], on retrouve des conseils pratiques, mais aussi des informations spécifiques pour les bébés et les enfants, sur les mythes qui existent autour du sel, et un petit quiz. Des «salinomètres» et des brochures peuvent également être commandés via le site.

C’est assurément une des belles réalisations du Plan depuis son démarrage en 2006, qui combine intelligemment les approches et les partenariats. Espérons que les résultats seront à la hauteur. En tout cas il sera possible de suivre la chose: l’Institut scientifique de santé publique fournira pour la fin 2009 des données précises de consommation (sodium urinaire) au départ d’un échantillon représentatif de la population du pays, et un monitoring des mesures sera mis en place.
Christian De Bock

Respect seniors

Le 30 Déc 20

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À l’occasion de l’inauguration de l’Agence wallonne de lutte contre la maltraitance des personnes âgées, une matinée d’échanges et de réflexion a rassemblé près de 300 personnes au Palais des Congrès de Namur le 12 mai dernier.
Dans un premier exposé, la sociologue Marie-Thérèse Casman (ULg) a dressé les contours de cette problématique: son émergence en tant que question de société à partir des années 70, la difficulté pour définir le phénomène, le peu d’études et de données ‘objectives’ disponibles vu la chape de plomb qui règne toujours aujourd’hui autour de la maltraitance à l’encontre des aînés.
Jean-Michel Longneaux , philosophe, chargé de cours aux Facultés Notre-Dame de la Paix, a rempli à merveille le rôle qu’on attendait de lui en déplorant le caractère selon lui étriqué du décret wallon qui réduit la maltraitance à un dysfonctionnement dans une relation interpersonnelle. Il accumula avec vivacité les exemples d’un mode de vie en société qui génère en permanence de la maltraitance, de façon plus ou moins involontaire: idéologie de la jeunesse triomphante, dévalorisation des métiers d’aide, problèmes de mobilité qui coincent les personnes âgées à domicile, fermeture de commerces de proximité qui sont aussi des lieux de maintien du lien social, organisation du travail qui oblige quasiment les familles à ‘placer’ les aînés, etc.
Il insista aussi sur la complexité des relations d’aide: les aidants ne sont pas toujours des bourreaux, les personnes âgées ne sont pas toujours des saintes, des victimes; les aidants peuvent exercer sur elles des violences par défaut de compréhension de leur trajectoire de vie; sans oublier l’exigence pour les familles et les professionnels d’être partout et toujours ‘bientraitants’, dans une société qui ne nous reconnaît plus le droit d’avoir des faiblesses.
Bref, un exposé rafraîchissant, suivi par la projection de quelques films au contenu fort, qui ne manquèrent pas de susciter de nombreuses réactions de la salle. Et au terme d’un suspens pas vraiment insoutenable, le nom de l’Agence nous fut dévoilé en présence d’une collaboratrice du Ministre wallon de la Santé, de l’Action sociale et de l’Égalité des chances (1).
Il nous reste encore une question: la création d’une agence au service des aînés, leur famille, leur entourage et des professionnels est-elle une réponse adéquate à un problème bien réel?
Christian De Bock
Respect Seniors, rue d’Enhaive 302, 5100 Jambes. Tél.: 081 30 57 43. Fax: 081 30 57 76. Ligne verte: 0800 30 330. Courriel: namur@respectseniors.be. Site: https://www.respectseniors.be . (1) Qui excusa l’absence de Didier Donfut . Ce dernier avait une ‘bonne’ raison, vu qu’il était en train de démissionner!

Ma vision du tabac

Le 30 Déc 20

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Le FARES (1) a proposé cette année un concours destiné aux élèves de 1e et 2e secondaire sur ce sujet des plus classiques. Il était demandé aux jeunes de faire preuve de créativité en adoptant la forme de mini-films (3 minutes maximum) ou de mini-diaporamas (de 3 à 5 images).
Les élèves étaient accompagnés d’un enseignant ou d’un éducateur pour la réalisation de leur production.
Environ 1000 jeunes de 45 écoles wallonnes et bruxelloises ont participé à cette expérience, avec en tout 74 envois.
Un jury a visionné tout cela et accordé deux prix: à la classe A de Clairs Vallons à Ottignies pour un spot très humoristique présentant quelques méthodes pour arrêter de fumer, et à la classe 2B de l’Institut Notre-Dame de Charleroi pour un pastiche chanté en cœur du célèbre ‘Cette année-là’ de Claude François.
Il a été difficile pour le jury de départager toutes les productions. En effet, le but du projet n’était pas d’organiser une compétition entre écoles mais de leur permettre d’impulser une dynamique de prévention du tabagisme participative et ludique. C’est pourquoi, tous les participants étaient invités à une séance de cinéma festive à Jambes au cours de laquelle ils ont pu faire la fête autour d’un film populaire.
Lors de cet événement, les jeunes et les professionnels ont été invités à s’exprimer par rapport à leur participation à ce concours. Il en ressort un enthousiasme pour la collaboration entre élèves, le fait de réfléchir en s’amusant, d’avoir pu montrer leur production à leurs pairs, à leur famille, etc.
On retiendra de l’ensemble des propositions des jeunes un relatif conformisme dans l’approche du problème; un contenu plutôt répressif (pas vraiment surprenant à cet âge), mais emballé parfois avec un humour bienvenu; la difficulté d’évoquer la cigarette sans la montrer.
Cela mène souvent, comme le relevait pertinemment un membre du jury, à une ambivalence à l’égard du produit, qui est interdit dans l’enceinte des écoles, mais qui pour l’occasion y avait droit de cité pour les besoins de la cause… Certains jeunes ainsi mis en scène appréciaient manifestement d’être ‘obligés’ de faire semblant de fumer pour les besoins de la cause… La finalité du concours était de recueillir les différentes visions des jeunes. Le défi est maintenant de réfléchir aux actions de prévention les plus adaptées en tenant compte de leurs représentations.
Christian De Bock (1) En collaboration avec les Points d’appui aux écoles en matière de prévention des assuétudes des Centres locaux de promotion de la santé, et avec le soutien du Ministre de l’Enseignement obligatoire de la Communauté française.

Pour un renforcement de la promotion de la santé en Communauté française

Le 30 Déc 20

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En l997, la Communauté française adoptait une position novatrice en Europe, en organisant un cadre légal pour développer une politique de promotion de la santé. Le décret, tout en donnant naissance à une organisation structurelle, prévoit également de se mettre à l’écoute de la population et de nombreux acteurs de terrain. Ceux-ci sont invités à développer des projets en bénéficiant d’une procédure de subventionnement et d’accompagnement.
Ces dernières années, une part importante des budgets destinés à promouvoir la santé a été consacrée à de coûteux programmes de médecine préventive, essentiellement des campagnes de dépistage et de vaccination. Ces approches sont certes utiles, et l’on ne peut que déplorer la minceur des budgets consacrés à la prévention en regard de ceux qui sont attribués au domaine curatif; toutefois, le financement de ce type d’action absorbe aujourd’hui une part trop grande des maigres budgets alloués à la promotion de la santé.
Il ne faut pas méconnaître la dimension idéologique de ces choix: la médecine, tant curative que préventive, a montré ses limites, particulièrement en ce qui concerne la réduction des inégalités sociales face à la santé, qui ne cessent de croître, en Belgique comme partout dans le monde. C’est précisément pour lutter contre ces inégalités que la promotion de la santé propose une approche qui dépasse la médecine.
Toutes les recherches montrent que, même lorsque les services de santé sont financièrement accessibles, les personnes socialement défavorisées sont en moins bonne santé que les autres et meurent plus jeunes; les analyses les plus récentes confirment que ces écarts se creusent de plus en plus.
«L’injustice sociale tue à grande échelle», clamaient en septembre 2008 les auteurs d’une étude réalisée par la Commission des déterminants de la santé installée à l’OMS en 2005. Ce cri d’alarme précise que «la répartition inégale des facteurs qui nuisent à la santé n’est en aucun cas un phénomène naturel. Elle résulte des effets conjugués de politiques et de programmes sociaux insuffisants, de modalités économiques injustes et de stratégies politiques mal pensées».
Les facteurs qui influencent la santé échappent donc en grande partie à l’action des services de santé: l’environnement, les conditions de travail et de logement, l’insertion dans un réseau social, l’instruction, les disponibilités financières permettant l’accès, non seulement aux soins mais aussi à la culture, au loisir, à l’activité sportive… tout cela détermine fortement la santé.
En l986, à l’initiative de l’OMS et en accord avec de nombreux pays, la Charte d’Ottawa actait l’importance et l’urgence d’une nouvelle approche, déjà mise en œuvre par certains acteurs de terrain, face à ces nouveaux défis: la promotion de la santé. Cette approche s’inscrit dans une perspective de justice sociale et d’équité, et vise à réduire les inégalités sociales en matière de santé.
Elle repose sur une vision globale et intégrée de la santé: la santé a des dimensions physiques, psychologiques et sociales, ce n’est pas seulement une juxtaposition de «non-maladies»; la santé est définie comme un équilibre dynamique, une ressource globale qui permet à la personne de se réaliser, aux communautés humaines de se développer. La promotion de la santé prend dès lors en compte des enjeux tant collectifs qu’individuels, visant à agir sur l’ensemble des facteurs qui conditionnent la santé.
Le courant de la promotion de la santé considère aussi que la personne et la communauté locale dans laquelle elle s’inscrit sont des acteurs-clé de leur propre santé, et non de simples «consommateurs», comme c’est trop souvent le cas dans les services de santé.
Les professionnels sont invités à se mettre à l’écoute et au service du public pour co-construire avec celui-ci les conditions d’une amélioration de la santé; cette réflexion sous-tend un concept central en promotion de la santé, celui de participation.
Les professionnels de santé ne sont donc plus considérés comme les seuls acteurs compétents en matière de santé, et les services de soins ne sont plus les seuls lieux où se joue la santé: l’école, l’entreprise, le quartier, et tous les acteurs impliqués dans la vie sociale, dans les trajets de vie des personnes et des groupes, jouent tous un rôle dans la santé.
C’est pourquoi la promotion de la santé vise à susciter l’action concertée et intégrée de la population elle-même, et des travailleurs, mais aussi des responsables politiques agissant dans une grande diversité de secteurs. Une telle démarche s’appuie évidemment sur des valeurs et une politique favorisant la dignité humaine et la solidarité sociale et économique.
La promotion de la santé n’est pas l’affaire d’un petit monde à part. Le défi à relever, pour les politiques et les travailleurs, est de construire les conditions d’une réflexion transversale et d’une coopération intersectorielle effective. Nous voulons espérer que les différents partis politiques se saisissent de cette question, se décident à mener un véritable débat de fond, et aménagent pour les travailleurs de la promotion de la santé et le futur ministre de tutelle des conditions favorables à la poursuite de ce chantier. La promotion de la santé en Communauté française doit être préservée, mais également renforcée.
Signataires: REPèRES asbl; Dr Catherine Markstein , asbl Femmes et santé; Entr’aide des Marolles asbl; Nathalie Ramon , maître en Santé publique – Promotion de la santé; Martin De Duve , directeur d’Univers santé; Danielle Piette , professeur à l’École de Santé publique, ULB; Alessia Saldarelli , coordinatrice Plateforme Santé Ville de Mons; Sylvie Carbonnelle , Centre de Diffusion de la Culture sanitaire et ULB; Catherine Vanandruel pour «Les clowns à l’hôpital»; Martine Jeunehomme , licenciée en Kinésithérapie et Santé publique; Geneviève Houioux , Promoteur de santé, maître d’enseignement ULB-PROMES; Jeunesse & Santé asbl; Raffaele Bracci , coordinateur du Centre verviétois de promotion de la santé asbl; Marie Claire Dieu , psychologue; Catherine Spièce , responsable du service Promotion de la santé Union nationale des mutualités socialistes; Nadine Anceaux , médecin PSE – Verviers; Catherine Végairginsky pour le Centre local de promotion de la santé de Bruxelles (CLPS); Focus Fibromyalgie Belgique asbl; Caroline Petiaux , coordinatrice du Réseau SMES-B; PSE Lux , Service de promotion de la santé à l’École – Province de Luxembourg; Charles Lejeune , Fédération des Centres de Service Social; le Centre local de promotion de la santé du Luxembourg ; Christian De Bock , rédacteur en chef Éducation Santé ; Benoît Dadoumont , travailleur CLPS; le Service Prévention Tabac du Fonds des Affections respiratoires ; Emmanuelle Caspers , formatrice en promotion de la santé; Philippe Bastin pour Infor-Drogues asbl; la Plateforme Prévention Sida ; Namur Corral et Nathalie Thomas , psychologues de l’équipe communautaire du SSM Le Méridien.
Ce texte est publié également par ‘Santé conjuguée’, la revue de la Fédération des maisons médicales et des collectifs de santé francophones

L’Entr’Aide des Marolles met les femmes en projet

Le 30 Déc 20

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Au cœur de Bruxelles, dans le quartier précarisé du bas des Marolles, le Groupe Bien Être permet chaque année à plus de 200 femmes de mettre sur pied et de participer à des activités collectives et communautaires, renforçant ainsi leur capacité à «se mettre en action». Éclairage sur la dynamique de ce projet et de l’accompagnement du CLPS de Bruxelles.

Le Centre médico-psycho-social des Marolles

L’Entr’Aide des Marolles effectue depuis 1931 un travail d’accompagnement avec la population de ce quartier populaire de Bruxelles.
Son objectif d’aujourd’hui est de développer le bien-être de la population, par une approche globale de la santé alliant 4 pôles: le social, la santé physique, la santé mentale et la promotion de la santé.
Pour cela, l’Entr’Aide s’efforce, avec ses 50 collaborateurs, les personnes du quartier, le réseau local, régional et fédéral, de développer:
– une approche curative, préventive et d’éducation à la santé et au bien-être;
– une approche individuelle, collective et communautaire;
– une approche à court, moyen et long terme;
– des relations constructives avec les autorités compétentes.
Déjà reconnue comme Centre d’Action Sociale Global, et subsidiée en promotion de la santé, l’asbl est actuellement en demande d’agrément Maison Médicale et Service de Santé Mentale.

Le Groupe Bien Être

Au sein de cette asbl, un groupe rassemblant principalement des femmes du quartier a vu le jour il y a plus de 6 ans. Tout est parti d’un constat des médecins et d’une demande des habitantes du quartier de pratiquer une activité physique, pour remédier à leur mode de vie trop sédentaire et améliorer ainsi leur santé.
Pour atteindre cet objectif, l’Entr’Aide des Marolles a mis en place ce nouveau projet du Groupe Bien Être . Les femmes qui en font partie mettent sur pied des activités collectives et communautaires: gymnastique d’entretien, gymnastique douce, aérobic, yoga, danse orientale. Elles organisent aussi des ateliers de cuisine traditionnelle et diététique, des ateliers de soutien à la parentalité, des fêtes de quartier, des activités culturelles…
Entre 200 et 300 femmes participent chaque année à ces activités et un bon noyau d’entre elles participe activement à leur mise en place.

Présentation générale

Ce projet est basé sur la co-construction des activités par les participantes et les professionnelles de l’asbl. Tous les choix y afférents sont faits en commun. Les participantes proposent de nouvelles activités tandis que les professionnelles accompagnent et soutiennent leur dynamique.
Le travail du Groupe Bien Être peut être décrit en une succession d’étapes:
• accueillir les personnes;
leur permettre d’Être dans le groupe, sans contrainte, dans le respect des autres;
• les inviter à s’exprimer;
• les entendre;
• les interpeller;
• les inviter à penser à la mise sur pied d’un projet;
• faire avancer et vivre ce projet;
• en évaluer ensemble les résultats.
Au-delà des résultats, c’est le processus utilisé qui retient toute l’attention de l’équipe de l’Entr’Aide des Marolles. C’est l’esprit qui soutient cette démarche: la promotion de la santé n’est pas focalisée sur le résultat obtenu mais accorde une importance première au processus.
En effet, il paraît essentiel pour le personnel encadrant de laisser les participantes maîtresses de leurs propositions et qu’elles en assurent aussi la mise en œuvre. L’initiative doit rester dans le chef des participantes, ce sont elles qui sont moteurs de leurs projets.
Les professionnelles, quant à elles, les accompagnent et les soutiennent au cours de toutes les étapes, que leur projet réussisse ou échoue. L’accompagnement se fait dans la durée, dans la variation des rythmes et surtout dans le respect du porteur avec ce qu’il peut donner. La démarche participative des usagers prend du temps.
Ce projet, à l’écoute des personnes, permet en outre aux professionnelles d’être proches du terrain.
Cette manière de travailler aide les femmes à reprendre confiance en elles et en leurs capacités à se «mettre en action». Cela renforce leur envie d’agir et leur donne à nouveau l’élan pour aller au bout de leurs projets. Mais pour y parvenir, une relation de confiance entre les participantes et les professionnelles est primordiale!
L’effet de groupe est prépondérant lui aussi: se retrouver ensemble, être attendue par d’autres, s’engager en leur nom… les poussent à agir. C’est un vrai défi pour ces femmes, elles se surpassent car les autres membres du groupe attendent des résultats. Or, «être capable de» aux yeux des autres, c’est pouvoir l’être pour son propre compte également.
Le passage par le Groupe Bien Être constitue donc pour ces femmes un temps de ressourcement pendant lequel elles apprennent à découvrir leurs compétences ou à les revaloriser. Elles se sentent ainsi plus confiantes pour affronter leur réalité quotidienne. Grâce à leur passage au Groupe Bien Être , qui leur sert de tremplin de renforcement personnel et social, ces femmes reprennent en main avec plus d’assurance leurs obligations familiales ou économiques.
D’ailleurs, on constate qu’après un certain temps, les femmes quittent le groupe et se lancent dans des projets personnels, comme la formation ou la recherche d’emploi.

Un accompagnement méthodologique pour le projet

Le projet du Groupe Bien Être est soutenu par la Communauté française. Dans ce cadre, l’Entr’Aide des Marolles a fait appel au CLPS de Bruxelles pour un accompagnement méthodologique. À partir de 2006, celui-ci a permis à l’équipe professionnelle d’évoluer vers une structuration de son fonctionnement et à développer une réflexion sur le sens de son travail.
Le CLPS de Bruxelles a invité l’Entr’Aide à s’interroger sur les points suivants:
– quelle est la place des professionnels dans le processus participatif mis en place?
quelle est la place du Groupe Bien Être dans son environnement social?
– comment mettre ce groupe en lien avec les autres projets de l’Entr’Aide?
– quel est le point de vue des participantes (attentes, besoins…)? Quelle évaluation des actions font-elles?
– comment capitaliser les acquis des expériences vécues?
– …
Le premier pas dans cette réflexion pour le Groupe Bien Être est de se pencher sur l’évaluation du projet au sein de l’équipe, auprès du public cible et au sein de l’Entr’Aide.
Envisager l’évaluation du projet au sein de l’équipe supposait de redéfinir préalablement ses objectifs, travail complexe puisque le groupe organise toutes sortes d’activités, à destination de participantes différentes.
Un organigramme des activités a été réalisé. Il a permis de visualiser, schématiquement, les activités et de les subdiviser en deux catégories: les activités de type collectif, où la présence d’un professionnel expert est nécessaire (cours de gymnastique) et les activités de type communautaire où ce sont les participantes qui sont expertes (ateliers de cuisine).
Petit à petit une nouvelle posture professionnelle s’est imposée dans l’équipe: l’accompagnatrice. Elle est celle qui est garante du cadre institutionnel, du respect des règles décidées par le groupe. Elle veille au lien entre les participantes, à la cohésion du groupe et au respect de la parole de chacune.En ce qui concerne l’évaluation auprès du public cible, une consultation par questionnaire est organisée annuellement lors de la fête de fin d’année. Les résultats sont débattus en plénière. Toutefois, après réflexion, cette évaluation va évoluer et sera gérée de manière plus rationnelle.
Elle permettra de relancer certains projets ou de repartir sur de nouveaux, s’accordant davantage avec les besoins du public.
Cet accompagnement méthodologique a également permis de structurer davantage l’équipe. Les réunions d’équipe constituent aujourd’hui de vrais temps de réajustements mutuels, effectués en regard des objectifs fixés.
Second pas franchi avec le CLPS: la question de la place du Groupe Bien Être dans son environnement social vient d’être abordée récemment. Il apparaît que le groupe a dû faire ses armes et se consolider dans un fonctionnement durable avant de pouvoir prétendre s’ouvrir aux autres secteurs de l’institution et partenaires du quartier..
Cette période test passée, le Groupe Bien Être et l’institution se lancent un nouveau défi: insuffler cette démarche de promotion de la santé pour l’ensemble des secteurs de l’association et… au-delà, toucher les autres acteurs du quartier. L’Entraide bouge et la promotion de la santé est un incitant bien vitaminé!
Pour plus d’informations , vous pouvez contacter l’Entr’Aide des Marolles , rue des Tanneurs 169 à 1000 Bruxelles . Tél .: 02 510 01 80 . Courriel : entraide@entraide-marolles.be.Carole Feulien , d’après un texte rédigé par Cristina Ornia en collaboration avec le CLPS de Bruxelles

Un nouvel outil de prévention contre les IST en milieu carcéral

Le 30 Déc 20

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Prévenir les infections sexuellement transmissibles, le sida et les hépatites, parmi le public des détenus est un projet pas toujours aisé, rempli de non-dits et empreint de nombreuses contraintes dues aux difficultés propres à ce milieu de vie!
Dans le but de faciliter la mise à disposition de préservatifs et de gel lubrifiant pour les détenus incarcérés, il s’est avéré pertinent de créer un nouvel outil. Avec la collaboration du personnel infirmier des prisons, de certains détenus relais et du Service Soins de Santé Prison, une pochette composée d’un préservatif, d’une dosette de lubrifiant à base d’eau et d’un message de prévention a été conçue par l’ asbl Service Éducation pour la Santé de Huy (SES). Grâce à tous les partenariats harmonieux dont jouit le SES, dorénavant cet outil de prévention est disponible, pour les détenus, dans l’ensemble des établissements pénitentiaires du pays.

Le SES Huy

Le Service Éducation pour la Santé est une association sans but lucratif créée, il y a plus de 20 ans, par l’Association des Licenciés en Sciences de la Santé Publique de l’Université de Liège en partenariat avec la Croix Rouge de Belgique, le Dispensaire Putzeys et la Ligue des familles.
Depuis sa création et au départ de son siège social installé à Huy, elle est active dans le secteur de la promotion de la santé. Grâce aux subsides émanant de la Communauté française de Belgique et de la Région wallonne, elle mène, depuis quelques années, des projets majoritairement en milieu carcéral.
En effet, les conditions de vie de ce milieu tels que la promiscuité, le manque d’accessibilité et d’utilisation des moyens de prévention, la marginalisation de la population, le manque d’hygiène et la toxicomanie, engendrent de nombreux comportements à risque pour la santé des détenus. L’équipe «utilise» trois portes d’entrées pour promouvoir une démarche participative de santé globale au sein de ce milieu particulier:
-la prévention du sida , des hépatites virales, des autres IST et maladies associées;
-l’approche de l’alimentation équilibrée dans le cadre du développement de nouvelles compétences;
-l’hygiène de vie et l’hygiène corporelle, des composantes de l’estime de soi pilier essentiel de l’équilibre de vie.
En 2005, le projet de l’asbl SES a été reconnu comme «projet santé en prison» par l’OMS Europe. L’équipe du SES est régulièrement contactée lors de colloques internationaux pour un partage de compétences.

Le projet de prévention du sida, des hépatites virales et des autres IST

Le SES asbl développe depuis plus de 10 ans un projet de prévention du sida, des hépatites virales et des IST en milieu carcéral. Touchant trois établissements en 1998, le projet a subi différents remaniements pour s’adapter aux réalités du terrain carcéral et répondre aux attentes du public ciblé. Actuellement, le SES se rend dans tous les établissements de la Communauté française pour développer ses actions et répondre le plus adéquatement possible aux demandes de chaque prison.
L’objectif prioritaire du projet est d’instaurer une dynamique de prévention primaire du sida, des hépatites et des IST en milieu carcéral, de réduire la fréquence des comportements à risque, de favoriser l’adoption d’attitudes de prévention (utilisation du matériel approprié) et de réduire les attitudes discriminatoires envers ce public à risque ou envers les personnes infectées.
Les stratégies consistent à diffuser des informations sur les pratiques à risque liées à ces maladies et sur les moyens de prévention par le biais de différents canaux, particulièrement par la création d’outils. De plus, il forme et soutient des groupes de relais d’informations au sein des établissements pénitentiaires.

La prévention des pairs par les pairs: formations de référents

L’asbl SES a mis sur pied un programme de prévention par les pairs. Suite à une formation donnée par le SES aux détenus et aux personnels pénitentiaires, sur les problèmes de santé, les maladies transmissibles, la prévention et les techniques de communication, les référents formés vont diffuser des informations de prévention adaptées à leur établissement vers leurs codétenus ou leurs collègues.
Par la suite, sensibilisés aux problèmes de santé, les référents volontaires font la démarche de se réunir mensuellement afin de réfléchir ensemble à la réalité de leur propre prison et d’élaborer des actions ou des messages de prévention. Dans ce cas, les détenus et le personnel référent sont acteurs dans ce programme de prévention. Le SES les accompagne dans ces démarches tout en veillant à leur laisser prendre un maximum d’autonomie.

La création d’outils

Un deuxième volet des missions de l’asbl est de créer des outils adaptés au milieu permettant d’une part de diffuser une information correcte à la population carcérale, et d’ autre part de favoriser la mise à disposition et l’utilisation de moyens de protection contre des maladies transmissibles. Dans cette optique une carte aide-mémoire a été réalisée, il y a quelques années. Elle est distribuée par le biais des services infirmiers et des relais santé, aux détenus qui souhaitent recevoir de l’information sur les pratiques à risque rencontrées dans leur milieu de vie (carcéral ou non) ainsi que des conseils de prévention s’y rapportant.

Une pochette composée d’un préservatif et d’un lubrifiant à base d’eau pour les détenus

Même si le constat de l’existence de relations sexuelles en milieu carcéral reste un tabou, que cette problématique est très peu abordée, voire niée, par les détenus et prise parfois à la légère par le personnel pénitentiaire, les pratiques sexuelles, consenties ou non, sont une réalité dans le vécu des détenus en milieu carcéral. Peu d’études sur le sujet ont été publiées et pour celles qui évoquent la question, les déclarations des détenus restent largement sous-estimées. Cependant, suite à un travail de terrain au quotidien, les infirmiers des établissements pénitentiaires sont unanimes sur le fait qu’il faut mettre à disposition des détenus des moyens de prévention pour éviter toute contamination lors de pratiques sexuelles potentiellement à risque. Prioritairement au niveau du milieu carcéral où la prévalence du sida tourne autour des 1,5 % et où la prévalence de l’infection à l’hépatite B et C est respectivement de deux et sept fois supérieure à celle de la population générale.
La décision de créer un outil de prévention adapté au milieu carcéral et identique pour l’ensemble des établissements pénitentiaires du pays a été prise suite à l’interpellation du Service Éducation pour la Santé par des services infirmiers de différentes prisons. Leurs questions reposaient principalement sur le type de préservatif à proposer aux détenus et sur le message qu’il convenait de faire passer quant à l’utilisation de ce matériel de prévention.
L’asbl SES a initié un processus concerté réunissant le Service Soins de Santé Prison, des infirmiers, des asbl partenaires en milieu carcéral et certains membres du secteur de la prévention du sida en Communauté française. Cette concertation a permis de dégager des pistes de réflexion sur ce sujet et a mis en évidence l’importance de créer un outil de prévention pouvant être diffusé massivement en milieu carcéral.
Le message venant du secteur de la prévention du sida, particulièrement pour les pratiques homosexuelles, prône l’utilisation d’un préservatif accompagné d’un gel lubrifiant à base d’eau afin d’éviter tout risque de déchirure. En milieu carcéral, le lubrifiant à base d’eau n’est pas disponible et peu connu par les détenus mais il semble indispensable pour pallier les risques lors des rapports sexuels. C’est pourquoi, la décision de créer une pochette composée d’un préservatif, d’une dosette de lubrifiant à base d’eau et d’apports d’information sur les risques de maladies sexuellement transmissibles a été une évidence pour répondre aux différents constats mentionnés.

Implication du public

Voulant rester dans l’optique d’une implication du public dans la création d’outils à leur destination, l’asbl SES est allée à la rencontre de détenus dans différents établissements pénitentiaires. Dans un premier temps, les détenus relais, sensibilisés à cette problématique, ont été interrogés. Ensuite, des détenu(e)s volontaires (non référents) ont pu donner leur avis sur le contenu de l’information, la forme de l’outil, la mise en page, les illustrations et la pertinence de cette action.
À la maison d’arrêt de Jamioulx, à la maison de peine de Ittre, à l’Établissement de Défense Sociale de Paifve et au quartier femmes de Lantin, différents avis ont pu être récoltés par les groupes de travail. Les informations sur le lubrifiant à base d’eau et sur les risques pour la santé semblent être nécessaires aux yeux des détenus. Ils insistaient également sur la lisibilité et la clarté du message, en proposant d’intégrer des images accessibles à l’ensemble de la population ciblée. Le Service infirmier a été mentionné plusieurs fois comme relais d’information pour la santé. L’infirmerie est en effet un lieu très investi par les détenus, où une relation plus humaine peut s’installer et où les questions relatives à la sexualité et à la prévention peuvent se poser en toute confidentialité. Toutes ces idées ont été soigneusement prises en compte et investiguées afin de les intégrer dans l’outil proposé.
Cette pochette a été financée par le Service Soins de Santé Prison du Service public fédéral Justice, c’est pourquoi une contrainte supplémentaire s’est ajoutée lors de la mise en page de cet outil. Il est de dimensions modestes (six centimètres sur six), et il était nécessaire de proposer l’information dans les trois langues officielles du pays. De plus, les détenus ont souhaité y inclure l’anglais, sachant qu’il y a une proportion non négligeable de personnes incarcérées ne parlant ni le français, ni le néerlandais ni même l’allemand.
Dans un second temps, la pochette, dans sa présentation quasi définitive, a été proposée à l’ensemble des infirmiers travaillant en milieu carcéral en Communauté française lors de leur formation annuelle. Le SES a animé une demi-journée de travail portant sur l’outil mais également une réflexion sur sa mise à disposition.
Cette approche participative, réunissant les différents acteurs, aussi bien les détenus que les infirmiers, a permis de relever une multitude d’indications nous permettant de cibler avec précision la forme que devait prendre cet outil de prévention en fonction de la réalité vécue par chacun.
Actuellement, les pochettes sont disponibles à la pharmacie centrale du SPF Justice afin que les services infirmiers puissent les commander gratuitement. Certaines prisons ont déjà étoffé leur stock et l’outil semble répondre aux attentes. Début de l’année 2010, une évaluation de l’outil, de sa pertinence et de son utilisation sera réalisée en partenariat avec les détenus et les personnes impliquées dans ce processus.
La prévention dans le monde carcéral a encore un long chemin à faire, mais c’est petit à petit, en accumulant les outils et les messages de prévention, tout en y impliquant l’ensemble des personnes jouant un rôle déterminant dans cette démarche, qu’une dynamique positive de santé s’installe…
Marielle Houbiers , Service Éducation pour la Santé asbl
Adresse de l’auteure: Maison de la santé, Chaussée de Waremme 139, 4500 Huy. Tél/Fax: 085 212 576. Courriel: ses.asblhuy@scarlet.be

Tranche de pain ou tranche de vie

Le 30 Déc 20

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‘Dans un restaurant 3 étoiles, on vous enlève les miettes au fur et à mesure que vous ne les faites pas’ (Jean-Pierre Corbeau)
Les messages de prévention en matière d’alimentation sont au centre de l’actualité. Ils reposent généralement sur l’hypothèse que les mangeurs sont des êtres rationnels qui se comportent erronément parce qu’ils sont mal informés.
La manière dont notre société aborde la question de l’alimentation amène à la réduire à une affaire de nutrition et de diététique, même si la notion de plaisir n’est pas absente des messages et programmes de prévention. On en viendrait presque à oublier que manger, ce n’est pas seulement absorber des nutriments, c’est en réalité un acte aux multiples dimensions: économique, culturel, émotionnel, sensuel, convivial, social, écologique et même (voire surtout) politique!
Pendant une journée d’échanges autour de l’alimentation, l’asbl Question Santé (soutenue par la COCOF bruxelloise) a invité une bonne centaine de personnes à évoquer ces multiples dimensions, en écoutant et en réagissant aux exposés de quatre invités.
Jean-Pierre Corbeau , professeur de sociologie à l’Université François Rabelais de Tours (tout un programme!) a brillamment planté le décor d’un décalage radical par rapport aux discours attendus sur la malbouffe et la progression fulgurante des maladies qui lui sont associées.
Il a plaidé avec humour et conviction contre l’information nutritionnelle qui ‘déconstruit et désenchante l’aliment’, et pour une éducation qui accepte de prendre en considération la complexité du mangeur.
Cette complexité s’inscrit dans trois répertoires, celui du comestible (qui varie fortement dans le temps, mais aussi dans l’espace, un insecte grassouillet parfaitement grillé nous semblera à nous Européens aussi répugnant que de délicieuses crevettes grises non épluchées à d’autres), du culinaire (qui permet de saisir finement la stratification sociale) et du gastronomique (qui distingue d’autres êtres vivants l’être humain capable de se penser en train de manger et d’en tirer du plaisir).
Il plaida en faveur d’une éducation humaniste, qui perçoit l’alimentation comme un dialogue permettant d’accepter l’altérité et de transmettre des valeurs, à l’heure où l’industrie agro-alimentaire a réduit le plaisir de manger à une sensation organoleptique immédiate qui oublie partage, culture, jubilation.
Un bel exposé, malheureusement un brin trop court à notre goût.
Liliane Plouvier (Haute École Francisco Ferrer, Bruxelles), historienne de la gastronomie, continuatrice de l’œuvre novatrice du regretté Jean-Louis Flandrin , nous convia ensuite à un extraordinaire voyage dans le temps en évoquant avec une érudition sans faille et des mots gourmands le Plaisir et la santé à la table des califes abbassides de Bagdad (IXe-XIe siècles) .
Son exposé sensuel et détaillé a désarçonné plus d’un participant. Nous nous sommes régalés quant à nous de sa description émerveillée de la cuisine fusion perse et byzantine, à qui nous devons la technique du feuilletage, les pâtes alimentaires, les œufs battus en neige, la gélification, etc.
Une civilisation qui utilisait les sucreries comme base de sa pharmacopée ne saurait que nous être sympathique, et a fortiori si elle affirme son intérêt pour les plaisirs de la chair et de la chère, propres à renforcer l’adoration d’Allah. On est loin de certain islam tristounet d’aujourd’hui, on est loin aussi de l’ascèse chrétienne et de ses péchés capitaux!
Simone Gerber , pédiatre et psychothérapeute, fit le pari risqué de demander à l’assistance de réagir et de dialoguer à partir de cas individuels de ‘traumatismes’ alimentaires d’enfants qu’elle aide dans sa pratique, nous rappelant au passage que notre goût est déterminé pour 5% seulement par nos papilles et pour 95% par l’olfaction. Si vous avez déjà observé un ‘vrai’ oenophile goûter un vin avec précision sans devoir y tremper les lèvres, vous comprendrez ce qu’elle voulait dire.
Marie-Josée Mozin , diététicienne de pédiatrie, Présidente honoraire du Club européen des diététiciens de l’enfance, termina la journée par un exposé à première vue plus classique: Prévenir les maladies de la nutrition, améliorer le bien-être et les performances scolaires par l’alimentation consommée à l’école? Elle brossa un portrait rapide et clair de la problématique, tout à fait essentielle vu la longueur des journées continues que les enfants passent à l’école, où ils ingurgitent 30 à 50% de leurs apports nutritionnels journaliers.
Elle en profita aussi pour couper les ailes à quelques canards, pour démonter certaines idées reçues, à propos des produits laitiers, de l’injonction aussi ferme que vague à consommer ‘cinq fruits et légumes par jour’, de la sacro-sainte ‘collation de 10 heures’, parfaitement superflue pour l’immense majorité des enfants alors qu’un véritable goûter leur est utile.
Et pour les amateurs de figures géométriques, elle égratigna quelque peu le standard de la pyramide alimentaire, lui préférant une pyramide de l’activité physique forcément plus dynamique!
Un clin d’œil au ‘nutritivement correct’ pour terminer. Jean-Pierre Corbeau (qui n’en a pas fait un fromage pour autant!) a observé que certains enfants qui n’ont pas encore appris à lire, en captant le logo de l’INPES à côté des avertissements sanitaires qui accompagnent les spots publicitaires pour les snacks et sodas, attribuent spontanément un label de qualité à ces délicieuses saloperies, ce qui n’est pas vraiment le but recherché par les autorités sanitaires françaises. Sacrés mômes!
Christian De Bock

Les médecins généralistes et les associations de promotion de la santé

Le 30 Déc 20

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La promotion de la santé, vous en avez déjà entendu parler. Vous avez même pu lire un article consacré à ce sujet dans cette même revue, en août 2007 (1). Mais en pratique, que pensent de nous les associations identifiées comme actrices en promotion de la santé? Et qu’avons-nous à leur répondre? Peut-on travailler ensemble?
Nombreux sont les médecins généralistes qui considèrent jouer un rôle important en promotion de la santé: par exemple, en proposant à leurs patients les dépistages et les vaccinations recommandés, en les soutenant dans certaines difficultés de vie, en les aidant à rester autonomes malgré un handicap ou à se débarrasser d’une dépendance…
Cette manière de travailler entre dans le cadre d’une relation individualisée et souvent durable. Elle est différente de l’action plus collective des professionnels du secteur de la promotion de la santé. Ces derniers peuvent en effet mener des activités aussi diverses que lutter contre les facteurs de pollution, contre le tabagisme ou d’autres facteurs de risque, sécuriser les infrastructures routières, assurer de bonnes conditions d’hygiène dans les écoles, revitaliser des quartiers déshérités, recréer du lien social lorsque les gens souffrent d’isolement…
De nombreuses compétences, issues de disciplines différentes, sont donc nécessaires pour faire de la promotion de la santé. Encore faut-il que les différents professionnels qui pourraient travailler de concert se reconnaissent, soient prêts à se rencontrer, à collaborer.
Comment les associations considèrent-elles la place des médecins généralistes en promotion de la santé? Quels leviers entrevoient-elles pour collaborer avec nous? Quels obstacles?
Pour répondre à ces questions, nous avons envoyé un questionnaire à une série d’associations/organismes/services de promotion de la santé de tous horizons. Nous les avons ensuite invités à une rencontre pour préciser leurs réponses et en débattre avec quelques médecins généralistes. Enfin, nous avons soumis le compte rendu de cette rencontre au regard critique de quelques autres omnipraticiens. Nous vous présentons ici l’ensemble de ces échanges.
Les commentaires des médecins généralistes relecteurs sont présentés en caractères italiques.

Quelques précisions

D’abord, «on ne fait pas de la promotion de la santé, on agit pour promouvoir la santé!».
Autrement dit, plus qu’une technique ou une méthode bien spécifique, la promotion de la santé est avant tout une manière de faire et de penser, où chacun peut intervenir, comme il est, où il est.
Bien sûr, il existe des professionnels formés en promotion de la santé. Ils possèdent un savoir et des compétences spécifiques à ce domaine. Mais cela n’exclut nullement le médecin généraliste, bien au contraire: pour les associations interrogées, le médecin généraliste peut agir en promotion de la santé, de plusieurs manières:
-en assurant une écoute attentive et une approche globale de ses patients;
-en favorisant la participation de ses patients à la prise en charge de leur santé;
-en facilitant l’information du public et en développant un message commun en promotion de la santé: cela peut se faire de manière individuelle en consultation, mais aussi en relayant des campagnes publiques auprès de ses patients (via par exemple des brochures ou affiches dans la salle d’attente);
-en aidant ses patients à identifier ce qui détermine, influence leur santé, quels sont leurs risques — ce qui est une manière de décliner, de manière individualisée, sur le terrain, les données de santé publique;
-en les aidant à définir leurs priorités, à identifier les ressources qu’ils ont pour construire/rétablir leur santé.
Bref, le médecin généraliste a une place essentielle pour aider ses patients à élaborer leurs choix de santé/de soins, dans le respect de leur autonomie et de leur liberté.
Peut-on construire des liens entre les actions collectives, de santé publique et l’action plus individualisée des médecins? C’est une question complexe: il est démontré, souligne un participant (médecin généraliste!), que si l’on met la priorité sur une approche individuelle de la santé sans investir au niveau social, collectif, les inégalités face à la santé augmentent!
Il n’empêche, dit un autre, que le médecin de famille reçoit des personnes, et qu’il peut avoir un grand impact sur leur bien-être…
«D’ailleurs, si le conseil minimal est une méthode validée pour la cessation tabagique, pourquoi ne fonctionnerait-il pas dans d’autres démarches de promotion de la santé?»
L’articulation entre l’approche collective et l’approche individuelle est souvent absente. Les deux mondes semblent séparés, avec certaines méconnaissances, voire défiances: le secteur de la promotion de la santé craint que soient négligés les aspects non médicaux de la santé, tandis que le corps médical ne semble pas toujours prêt à penser en termes de santé publique… Il y a là, sans doute, plus d’incompréhension que de réelle opposition!
«Personnellement, dit un médecin généraliste, ce qui m’a permis d’articuler l’approche individuelle et l’approche collective, c’est la participation à un projet au niveau d’un petit comité (rôle de garde de 10 médecins généralistes), qui s’est étendu ensuite à un arrondissement (100 médecins généralistes) puis à une région (8000 médecins généralistes). Le temps pédagogique des actions collectives doit sans doute se situer au niveau des GLEMs, dodécagroupes ou rôles de garde.»

Merci aux personnes qui ont nourri cette réflexion:
Étienne Baijot, médecin généraliste
Martine Bantuelle, Éduca Santé asbl
Luc Berghmans, Observatoire de la Santé du Hainaut
Anne Boucquiau, cabinet de Mme Fonck
Raffaele Bracci, Centre local de promotion de la santé de Verviers
Sophie Clément, médecin généraliste
Jean-Luc Collignon, Centre d’Éducation du Patient asbl
Marie-José Couteau, Observatoire de la Santé du Hainaut
Christian De Bock, Infor Santé ANMC
Gaby Deleu, médecin généraliste
Michel Demarteau, Observatoire de la Santé du Hainaut
Isabelle Deschamps, Fédération des Maisons Médicales
Myriam De Spiegelaere, Observatoire de la Santé et du Social de Bruxelles
Anne Geraerts, Centre local de promotion de la santé du Brabant Wallon
Claire Geraerst, médecin généraliste
Dominique Lamy, médecin généraliste
Natacha Lange, Espace Santé
Alain Levêque, École de Santé Publique ULB
Jean-Claude Loneux, Service de prévention et de médecine du travail
Véronique Morelle, médecin généraliste
Julie Pelicand, médecin généraliste et RESO-UCL
Nathalie Pierrard, médecin généraliste
Michel Roland, médecin généraliste
Patrick Trefois, Question Santé asbl
Didier Vander Steichel, Fondation Contre le Cancer
Chantal Vandoorne, APES-Ulg
Carl Vanwelde, médecin généraliste
Maryse Wanlin, FARES

Des points positifs

Selon les associations interrogées, le médecin généraliste a de nombreux atouts pour agir en promotion de la santé. Ainsi en va-t-il de la relation qu’il construit avec son patient. Elle est particulièrement intéressante car:
-elle est directe;
-elle a lieu dans son milieu de vie (y compris le domicile);
-elle dure longtemps;
-elle survient à des moments sensibles de la vie d’un être humain;
-elle est basée sur la confiance; le crédit que porte le patient à «son médecin» est large.
En outre, quand les médecins participent activement à une démarche de promotion de la santé, ils sont particulièrement efficaces. Plusieurs intervenants l’ont expérimenté lors de projets locaux.
«A contrario, les chances de succès de telles actions sont nettement réduites lorsque les médecins généralistes sont peu ou pas impliqués.»

Des points un peu moins positifs

Il ne faut cependant pas se leurrer, les obstacles à l’action des généralistes en promotion de la santé sont bien réels. Certains obstacles sont liés au métier même, aux difficultés à l’exercer au quotidien — difficultés qui risquent de s’accentuer encore avec le numerus clausus. Cela entraîne parfois une tendance au repli sur soi, à une attitude défensive, peu favorable à une ouverture aux autres professions.
«Il faut certainement se poser des questions sur le malaise (mal-être) des généralistes en activité, plus encore que sur un pseudo-problème de numerus clausus. La revalorisation de la médecine générale ne tient pas dans l’ouverture des vannes de la formation mais plus dans une réelle reconnaissance de l’action des généralistes face à d’autres lobbies de la santé qui envahissent le monde des soins de santé primaire avec leurs pseudopodes et pseudo-centres de l’obésité, de la douleur…»
L’habitude de travailler seul peut aussi être un frein au travail avec d’autres acteurs de promotion de la santé. En tant que médecin de famille, on est en quelque sorte choisi par le patient. Alors l’envoyer vers d’autres, ce n’est pas toujours évident. C’est peut-être plus facile si l’on travaille déjà en équipe pluridisciplinaire, comme en maison médicale…
«Les avantages apportés par le travail en maison médicale peuvent être largement compensés par un travail efficace au niveau des Cercles par exemple. Mais pour cela, il faut vraisemblablement professionnaliser le ‘management’ des cercles.»
Le temps est une autre notion majeure à prendre en considération: le temps que l’on n’a pas, le temps que l’on a de moins en moins parce que les déplacements, le travail administratif et les consultations en consomment davantage chaque année, le temps que l’on doit prendre en plus (ainsi, les réunions avec les généralistes se font à midi, le soir ou le week-end).
«Mais le temps doit s’organiser en fonction des actions menées et du résultat escompté.»
La formation lacunaire en promotion de la santé, voire même en prévention, dans le cursus universitaire joue également en défaveur d‘une pratique ouverte à ces aspects. Autant le médecin se sent responsable de l’aspect curatif, autant il agit en prévention selon sa personnalité, ses conditions de travail.
À cet égard, la croyance d’une absence de rémunération spécifique est funeste. Et elle n’est pas tout à fait exacte: l’INAMI nous dit (dans la loi coordonnée du 14 juillet 1994, article 34, Chapitre III. Des prestations de santé) que: «Les prestations de santé portent tant sur les soins préventifs que sur les soins curatifs». Mais rares sont les médecins de terrain qui «osent» consacrer une consultation entière à la prévention et se faire payer pour cette consultation.
«La consultation de prévention proposée récemment par la ministre fédérale de la santé va sans doute lever quelques-unes de ces réticences.»
D’autres obstacles, plus extérieurs ceux-là, ont été relevés par les participants à la discussion. La création de partenariats est le premier d’entre eux. Elle implique en effet d’apprendre à se connaître, à respecter le rythme de l’autre (comme les réunions du soir des généralistes), ses contraintes, ses aptitudes. On commence par devoir négocier. Souvent, les associations de promotion de la santé s’adressent d’abord à quelques généralistes. Mais ceux-ci ne sont pas toujours représentatifs de l’ensemble de leurs confrères (même au niveau local). Ce qui semblait faisable le devient parfois nettement moins une fois porté sur le terrain. Et les porteurs de projet finissent eux-mêmes par s’essouffler. Entrer dans une dynamique de projet n’est pas toujours chose aisée.
Par ailleurs, le turn over des personnes engagées dans les associations, dont le statut et les ressources financières sont fragiles, ne facilite pas l’établissement de relations durables.
«Pourtant, de cette double rencontre peut naître une synergie d’action où tant le promoteur de la santé que le généraliste retrouveront leurs mots (et peut-être éviteront leurs maux) pour se parler et parler au public/ patient de sa santé d’une seule voix.»
Un second obstacle est lié à la nature même des projets dans lesquels peuvent entrer les médecins généralistes. N’a-t-on pas tendance à mettre la barre trop haut, à attendre des médecins des changements de pratique trop radicaux? Alors qu’il serait déjà très pertinent d’améliorer le travail de prévention et d’éducation à la santé dans la pratique individuelle des omnipraticiens.
Car tous les médecins ne sont pas convaincus qu’accompagner les patients pour agir sur leurs milieux et leurs modes de vie est possible. Et même les convaincus se sentent parfois démunis par manque d’outils adéquats pour ce faire. Certaines associations proposent d’ailleurs une aide concrète aux généralistes: comme l’éducation des patients diabétiques à la diététique (Réseau santé diabète des Marolles par exemple) ou la prise en charge des aspects sociaux par un service local (tel Mic-Ados, un service d’aide aux jeunes en milieu ouvert à Marche-en-Famenne), etc.
«Le médecin généraliste agit également en promotion de la santé par l’adéquation entre son discours et sa façon d’être! Prôner l’arrêt du tabac lorsque l’on fume soi-même n’est pas simple!»
Un troisième obstacle est le contexte dans lequel évolue la promotion de la santé. Les politiques sont frileuses, les investissements sont faibles. C’est simple, alors que le nombre de projets et de besoins croît, l’enveloppe budgétaire de la Communauté française pour ce secteur stagne. En plus, il manque des structures de pilotage, une reconnaissance d’agents de promotion de la santé, etc.
«Nous aurions tellement à gagner si les programmes étaient cohérents et bien articulés. Si nous pouvions retrouver en même temps sur les murs, les écrans et dans les salles d’attente des praticiens les mêmes messages de promotion de la santé, déclinés sur le même mode, imaginez la force de ce message tant au niveau collectif que dans le colloque singulier du médecin et de son patient.»

Conclusion

La prévention fait partie de nos missions. La promotion de la santé est une compétence faisant partie intégrante de «l’excellence de la pratique médicale» (2). Elle donne du sens à la pratique de la médecine générale, ouvre à de nouvelles manières d’accompagner la population et pas seulement les malades, aide les médecins à rendre la personne actrice de sa santé.
Bien sûr des obstacles existent mais des leviers sont également disponibles. Le plus important d’entre eux est sans doute le travail en partenariat, avec d’autres acteurs, professionnels de la santé ou non. Cela ne signifie pas que les médecins doivent arrêter de travailler en solo, ni que l’importance du colloque singulier doit être sous-estimée; simplement, l’avantage des réseaux est d’offrir des relais, des services, des “supports” pour suivre le patient et l’aider à prendre sa santé en charge. Les réseaux existants comme les cercles ou les SISD (3) pourraient être une piste à creuser.
Avant de lancer de grands projets de promotion de la santé, mieux vaut de toute manière démarrer par de petits projets locaux concrets, caractérisés par des objectifs précis, des stratégies validées, des effets observables et évaluables… et surtout avec des médecins généralistes intégrés dans les projets dès leur conception. Il est nécessaire, aussi, de prévoir d’emblée des “piqûres de rappel” régulières pour combattre la tendance naturelle à l’essoufflement de tout projet. Le contenu de ces rappels doit s’adapter en fonction de l’évolution du projet. Pour favoriser les rencontres entre associations locales et médecins généralistes, les Centres locaux de promotion de la santé (4) peuvent être des ressources utiles.
Enfin, il existe de nombreuses réussites, des actions de promotion de la santé qui ont bien fonctionné avec des médecins généralistes, des trucs et astuces qui aident. Encore faut-il les mettre en lumière! Un colloque pourrait être consacré à un échange d’expériences en la matière. C’est ce que nous nous sommes engagés à réaliser en 2009. Alors, si vous avez des idées, si vous avez déjà participé à, ou simplement observé, des expériences intéressantes, n’hésitez surtout pas à nous contacter!
Pascale Jonckheer , médecin de santé publique, Valérie Hubens , chercheur en santé publique, Jean Laperche , médecin généraliste, Marianne Prévost , sociologue, Pierre Legat , médecin généraliste, Thierry Wathelet , médecin généraliste et André Dufour , médecin généraliste
Cet article est une version (très) légèrement modifiée d’un texte déjà paru dans la Revue de Médecine générale n° 255, en septembre 2008, et reproduit avec son aimable autorisation.

(1) Laperche J. La «promotion» de la santé cardio-vasculaire, mais encore? Éducation Santé, 225, août 2007.
https://www.educationsante.be/es/article.php?id=928
(2) Frank J. Le Cadre de compétences CanMEDS 2005 pour les médecins. Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada 2005.
(3) Les SISD ou Services Intégrés de Soins à domicile sont des ‘institutions de soins de santé qui, dans une zone de soins, renforcent l’ensemble des soins aux patients entre autres par l’organisation pratique et l’encadrement des prestations fournies dans le cadre des soins à domicile, qui requièrent l’intervention des praticiens professionnels appartenant à différentes disciplines’.
(4) Les CLPS sont des organismes agréés pour coordonner sur le plan local la mise en oeuvre du programme quinquennal de promotion de la santé de la Communauté française. Ils sont constitués en asbl et regroupent différents partenaires (villes, universités, mutuelles, associations…). Ils apportent une aide méthodologique aux organismes ou personnes qui développent des actions de terrain en promotion de la santé, y compris la médecine préventive, mettent à leur disposition des ressources disponibles et renforcent les dynamiques locales et les actions de proximité notamment par l’organisation de conférences locales.

Economie de la santé. Combien vaut une année de vie passée en bonne santé?

Le 30 Déc 20

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À l’occasion de la publication de son centième rapport, le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) propose un cours accéléré d’économie de la santé. Ce petit manuel renseigne les décideurs de la politique des soins de santé au sujet de la pertinence et des écueils des évaluations économiques dans les processus de prise de décision. Le KCE espère que ce rapport méthodologique contribuera à améliorer la compréhension de concepts économiques complexes pour un public non formé à l’économie de la santé.
Le budget des soins de santé étant par essence limité, les autorités doivent prendre des décisions quant à la répartition des moyens financiers entre les nombreuses interventions médicales possibles. Les évaluations économiques peuvent apporter une aide dans ce choix difficile et délicat.
Ces évaluations expriment les résultats obtenus grâce à une intervention en termes «d’années de vie gagnées» ou «d’années de vies gagnées en bonne santé» par le patient. Dans les cas où une nouvelle intervention est à la fois moins coûteuse et plus efficace pour le patient, en comparaison avec la pratique courante en vigueur, la décision du remboursement de cette intervention semble évidente. Cependant la plupart du temps, une nouvelle intervention débouche sur des résultats plus favorables pour la santé mais à un coût supérieur à celui du traitement classique. Dans ce cas, se pose une question cruciale: combien sommes-nous prêts à payer pour une année de vie gagnée (en bonne santé)?
En Belgique la manière dont les décideurs traitent les informations fournies par ces évaluations économiques reste floue. De plus, on n’a jamais fixé le montant («valeur seuil») au-delà duquel une intervention serait considérée comme trop coûteuse par rapport aux bénéfices en soins de santé qu’elle génère.
Le Royaume-Uni utilise de telles valeurs seuils, exprimées en coût par année de vie gagnée ajustée pour la qualité. Lorsque le coût d’une intervention, par année de vie gagnée en bonne santé, est inférieur à 20 000 £, le remboursement de cette intervention n’est généralement pas mis en question. Entre 20 000 et 30 000 £, d’autres éléments d’appréciation doivent entrer en ligne de compte pour obtenir le remboursement. Au delà de 30.000 £, il faut apporter des arguments très sérieux.
La Belgique devrait-elle évoluer vers un système similaire?
Le KCE a examiné dans quelle mesure des valeurs seuils pourraient être utilisées en Belgique. La conclusion de son étude est qu’une valeur seuil unique n’est pas défendable. En effet, l’utilisation d’une valeur seuil unique repose sur le postulat que le seul but des décideurs serait la maximisation de la santé. Or il ressort des interviews menées auprès des décideurs que ce n’est pas le cas. Les problèmes d’équité, la lourdeur de la pathologie ou encore l’existence ou non de traitements alternatifs sont des préoccupations tout aussi déterminantes dans les décisions de remboursement.
Néanmoins, le KCE insiste sur l’importance et sur la nécessité, d’un point de vue éthique, de prendre en compte les arguments économiques. En effet, l’attribution de moyens financiers à un programme de santé réduit d’autant l’enveloppe disponible pour les autres. En outre le KCE recommande plus de transparence dans les évaluations économiques ainsi que dans les critères de décisions utilisés par les décideurs. En tout état de cause l’efficience économique devrait systématiquement faire partie de ces critères (1)
Cleemput I., Neyt M., Thiry N., De Laet C., Leys M., Valeurs seuil pour le rapport coût-efficacité en soins de santé, Health Technology Assessment (HTA). Bruxelles: Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE); 2008. KCE Reports 100B (D/2008/10.273/95).
Le texte intégral de ces recommandations est disponible sur le site internet du KCE : https://www.kce.fgov.be (rubrique «publications») sous la référence KCE Reports vol 100B.
Communiqué de presse du Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE, 14/01/2009) (1) Une première pour le KCE, ce centième rapport a fait l’objet d’une conférence le 16 mars dernier, au cours de laquelle une dizaine d’experts ont eu l’occasion de réagir après une description très didactique du concept par Irina Cleemput . Constatation évidente, l’attention se focalise toujours de manière quasi exclusive sur les traitements, en particulier sur les médicaments. Heureusement pour ceux qui croient encore aux vertus de la prévention, Christian Léonard (KCE) au sein du panel et Myriam De Spiegelaere (Observatoire de la santé et du social de Bruxelles) dans la salle ont réagi à ce discours un peu trop ronronnant. Quant au Dr Raf Mertens (Mutualités chrétiennes), il fit une démonstration par l’absurde des dangers du concept quand il donne des arguments à l’industrie de la santé pour justifier des prix élevés pour ses produits plutôt que pour permettre une gestion rationnelle des ressources par les pouvoirs publics – une démonstration que certains dans la salle ont prise au pied de la lettre!