Articles de la catégorie : Initiatives

Actualiser la promotion de la santé. La parole aux politiques

Le 30 Déc 20

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Fin mars, l’APES-ULg a invité des professionnels, des scientifiques, des fonctionnaires et des décideurs politiques à un séminaire au propos ambitieux: actualiser la promotion de la santé à la croisée des disciplines et pratiques.
Vingt-cinq personnes n’ont pas hésité à sacrifier une partie de leur weekend pour présenter un projet ou exprimer des réflexions leur tenant à cœur, dans le cadre très confortable et propice aux débats de la salle des professeurs de l’Université de Liège.
Au départ d’un bref diagnostic de la situation actuelle de la promotion de la santé en Communauté française, présenté par Chantal Vandoorne (APES-ULg) sur base d’une note très pertinente de Gaëtan Absil (APES-ULg), cinq réalisations ont été décrites:
-faire participer les usagers des services de santé: quels appuis pour les associations et les professionnels ( Micky Fierens , Ligue des usagers des services de santé);
-un programme de promotion de la santé cardiovasculaire à la croisée entre concertation et planification ( Yves Coppieters , Cap cœur ULB);
-une démarche d’auto-évaluation d’un programme centré sur l’alimentation en maisons médicales ( Marie Christine Miermans , Intergroupe liégeois des maisons médicales);
-la dédifférentiation du curatif et du préventif dans le champ de la santé mentale ( Gaëtan Cerfontaine et Frédéric Schoenars , Centre de recherche et d’interventions sociologiques de l’ULg);
-enfin une recherche-action dans les consultations prénatales de l’ONE: vers un dispositif de soutien à la parentalité et de prévention des risques psychosociaux ( Gaëtan Absil , APES-ULg).
Nous reviendrons plus en détail sur ces présentations dans les prochains mois.
Le moment le plus intéressant de la matinée fut incontestablement l’échange avec quatre politiciens, Paul Galand (Écolo), Jacques Gennen (PS), Muriel Gerkens (Écolo) et Yves Reinkin (Écolo).
Le premier, président sortant de la Commission Santé, Matières sociales et Aide à la Jeunesse du Parlement de la Communauté française, rappela d’emblée, à juste titre et sans acrimonie, que le secteur non-marchand, si prompt à déplorer la méconnaissance voire l’indifférence du monde politique à l’égard de son travail, se limite le plus souvent à des contacts avec l’exécutif qui délie les cordons de la bourse. Il aurait pourtant beaucoup à gagner à des relations plus suivies avec le législatif.
Il rappela aussi que les travaux du Parlement sont tout à fait accessibles au public, physiquement lors des séances ou par Internet.
Il souligna également le rôle positif des experts, qui pèsent aujourd’hui plus qu’hier sur les décisions d’investissements en santé, sans oublier la régulation de l’allocation des ressources par la ‘vigilance démocratique’ des partis entre eux qui limite les risques d’instrumentalisation politicienne de la santé publique.
Par rapport au bilan du Gouvernement sortant, il déplora l’échec selon lui du décret PSE, qui, déjà peu ambitieux au départ en matière d’évolution de la médecine scolaire vers la promotion de la santé, a complètement laissé cette dynamique de côté au profit d’une vision purement gestionnaire des services; il regretta aussi le cavalier seul tout récent de la Communauté française en matière de dépistage du cancer colorectal.
Pour sa part, Jacques Gennen constata que les manques pointés en promotion de la santé se retrouvent aussi au niveau politique, tels que la faiblesse de la concertation et des synergies entre niveaux de pouvoir pourtant complémentaires.
Muriel Gerkens, députée fédérale, présidente de la Commission Santé publique, Environnement et Renouveau de la Société, confirma tout l’intérêt des travaux préparatoires aux débats parlementaires (elle a qualifié ironiquement ces derniers de ‘jeux de rôle’) et donc de la possibilité offerte aux experts et porteurs de projets de peser en amont sur les choix de société que décideront les élus.
Elle rappela aussi qu’il n’est pas simple de développer une politique de santé publique efficace dans un pays caractérisé par une médecine libérale et par le poids des ‘piliers’.
Parmi les interventions des participants, nous retiendrons celle de Florence Parent (École de Santé publique ULB), qui constate que la masse critique des soignants libéraux balaie les modestes velléités de développer une politique de prévention, tout en se désolant dans la foulée de ce que la formation des médecins soit au mieux purement cognitive, voire simplement procédurale, sans que rien ne soit fait pour stimuler leurs compétences au niveau psychosocial.
Pour sa part, Hervé Lisoir (Fondation Roi Baudouin) estima que le secteur de la promotion de la santé a un besoin urgent de développer une démarche didactique vers les décideurs, qui n’en intègrent pas les principes dans leur action quand bien même ils se sentent et disent concernés…
Ne croyez pourtant pas à la lecture de ce qui précède que l’ambiance était morose au terme de cette discussion stimulante. Un peu de lucidité ne fait jamais de tort, même si, comme le disait Jacques Gennen, le débat du jour ouvrait plus de questions qu’il n’apportait de réponses!
Christian De Bock

Semaine de la vaccination 2009: focus sur la coqueluche

Le 30 Déc 20

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Depuis plusieurs années, la Communauté française participe à la Semaine européenne de la vaccination proposée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) région Europe. Cette année, la promotion de la vaccination contre la coqueluche a fait la une car il y a du neuf pour les adolescents et les jeunes adultes!
La coqueluche est une maladie très contagieuse, provoquée par une bactérie appelée bacille coquelucheux ( Bordetella Pertussis ). Elle se transmet par les postillons de salive émis lorsqu’on tousse et éternue. Elle se caractérise par de violentes quintes de toux qui peuvent entraîner des difficultés respiratoires et des vomissements. C’est une maladie grave. Pour le jeune enfant, elle peut être mortelle avant l’âge de 6 mois car les quintes de toux peuvent provoquer des arrêts respiratoires ou cardiaques.
Des études récentes ont montré que les nourrissons qui vivent entourés d’adultes bien vaccinés risquent moins de faire la coqueluche. Les adolescents et les jeunes adultes qui attrapent la maladie risquent de la transmettre à de très jeunes nourrissons, qui ne sont pas encore complètement protégés par la vaccination.
C’est pourquoi les experts recommandent la vaccination contre la coqueluche en 4 étapes: chez les nourrissons (administration de 4 doses, dès l’âge de 2 mois), chez les enfants de 5-6 ans et les adolescents de 14-16 ans, une dose de rappel chaque fois et, enfin, la vaccination dite «cocoon» à toute personne en contact avec les nourrissons (une dose de rappel).
Depuis 2001, en Communauté française, la vaccination diphtérie-tétanos-coqueluche-poliomyélite des nourrissons et des enfants de 5-6 ans est mise en place. Les vaccins Infanrix-hexa® et Tetravac® sont disponibles dans le circuit de distribution de vaccins organisé par la Communauté.
La nouveauté, c’est que depuis le 1er avril 2009, le vaccin contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche, le Boostrix®, est en partie remboursé par l’INAMI pour
-les adolescents de plus de 16 ans qui n’ont pas pu bénéficier de la dose de rappel recommandée entre 14 et 16 ans;
-les familles avec un projet parental et à l’occasion d’une grossesse: les parents ou futurs parents du nouveau-né qui n’ont pas reçu de rappel à l’âge de 14-16 ans ainsi que les membres de la fratrie entre 16 et 18 ans dont la vaccination n’est pas à jour.
Pour ces personnes, le coût du vaccin est de 5,18 € (3,11 € pour les bénéficiaires de l’intervention majorée), au lieu de 20,71€.
À la prochaine rentrée scolaire, le programme de vaccination de la Communauté française renforcera son action en faveur de la vaccination contre la coqueluche à 14-16 ans car le vaccin (Boostrix®) nécessaire à cette vaccination de rappel sera gratuitement disponible via le circuit de distribution des vaccins de la Communauté française pour tous les élèves de 4e secondaire.
À l’occasion de cette semaine européenne, le programme de vaccination a souhaité également sensibiliser, de façon ludique, le public des 14-40 ans à l’importance du bilan vaccinal. Sur le site internet https://www.provac.org , un test simple permet de découvrir les vaccins conseillés en fonction du profil, du mode de vie et de l’activité professionnelle. Il invite chacun à en discuter avec son médecin.
D’après un communiqué de presse de Provac

Ma santé dans un monde informatisé

Le 30 Déc 20

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Il y avait beaucoup de monde pour assister le 25 mars dernier à la matinée de réflexion ‘Ma santé dans un monde informatisé’ que nous proposait le Comité consultatif de Bioéthique de Belgique.
Les ‘présents’ avaient bien raison! En effet, il nous a rarement été donné d’apprécier une organisation d’une telle qualité: lieu adéquat, confortable, très facilement accessible (l’Auditorium du Passage 44, rafraîchi récemment); respect scrupuleux de l’horaire prévu; questions intelligentes de la salle; et, bien évidemment, conférenciers aussi intéressants que complémentaires, deux Flamands et deux francophones.
Après un bref hommage à l’ancien président du Comité Léon Cassiers , disparu quelques jours auparavant, il appartenait à un juriste, Stefaan Callens (KUL), de démarrer les travaux en dressant un état des lieux de la législation en matière de secret professionnel et de respect de la vie privée ainsi que des droits du patient, des débuts du XIXe siècle à la toute récente loi du 21 août 2008 relative à l’institution et à l’organisation de la Plate forme e Health .
Ségolène Aymé (petite-nièce de Marcel Aymé), généticienne et directrice de recherche à l’INSERM, présenta les principales tendances du net en matière d’information médicale, avec l’exemple impressionnant du site Orphanet dont elle s’occupe, et qui donne des informations fiables sur plus de 5.800 maladies rares et les médicaments orphelins. Un formidable outil de connaissance, de formation et d’amélioration de la qualité des soins, déjà accessible en 5 langues, et dont elle nous annonce la disponibilité dans toutes les langues de l’Union européenne d’ici la fin 2010!

Le Comité consultatif de Bioéthique de Belgique

Créé par l’Accord de coopération du 15 janvier 1993 signé par l’État fédéral, les Communautés et la Commission communautaire commune de la Région de Bruxelles-Capitale, le Comité a une mission consultative et informative dans le domaine des problèmes bioéthiques.
Il remet des avis à la demande des présidents des assemblées parlementaires, des ministres des gouvernements fédéral et communautaires, des organismes de recherche, des établissements de soins, etc. Il peut aussi rendre un avis de sa propre initiative.
Il est composé de 35 membres effectifs avec voix délibérative, et de 8 membres avec voix consultative.
Ses avis sont consultables et téléchargeables sur son site Internet. Il dispose aussi d’un centre de documentation accessible les jours ouvrables sur rendez-vous. Le catalogue de sa bibliothèque est accessible via les sites https://www.vesalius.be et https://opac.libis.be .
Comité consultatif de Bioéthique de Belgique, rue de l’Autonomie 4, 1070 Bruxelles. Tél.: 02 525 09 11. Courriel: bioeth-info@health.fgov.be. Internet: https://www.health.fgov.be/bioeth

Elle souligna aussi les enjeux moraux d’une diffusion efficace de l’information qui permet aux moins favorisés de constater de façon cruelle la faible accessibilité à l’échelle planétaire des prises en charge les plus pointues ou onéreuses en matière de santé…
Rudy Van de Velde (UZ Brussel), dans un exposé aussi dense que remarquablement illustré nous expliqua les formidables potentialités qu’offrent les technologies de l’information en matière d’amélioration de la qualité des soins. Les TIC imposent aussi dans les faits l’abandon du vieux modèle paternaliste de la médecine pour un modèle coopératif de la santé.
Pour tempérer quelque peu son enthousiasme, François André Allaert (Chaire d’évaluation médicale à l’École supérieure de commerce de Dijon) mit quant à lui l’accent sur les risques multiples que la grande dépendance aux technologies de l’information nous fait courir: accidents, erreurs, centralisation maniaque des données, malveillance et criminalité. De quoi frémir!
Sa démonstration était vivante, illustrée d’exemples très parlants, comme ces listings de données médicales ‘périmées’ qu’on retrouve dans les écoles maternelles pour permettre aux artistes en herbe de jolis coloriages: bonjour la confidentialité de données sensibles!
Pour clôturer en beauté, quatre comédiens improvisateurs, deux francophones ‘ Les indésirables’ et deux Flamandes, ‘ Inspinazie’ , nous proposèrent leur lecture caricaturale, mais aussi pleine de bon sens, des dérives auxquelles une confiance un peu trop aveugle dans le ‘progrès’ peut nous mener.
Une matinée stimulante, et terminée par une saine rigolade: dommage que ces conférences n’aient lieu que tous les deux ans!
Christian De Bock

Au coeur du travail des Services d’Aide en Milieu Ouvert

Le 30 Déc 20

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Vous avez dit AMO?

En Belgique, on compte trois textes législatifs relatifs à la jeunesse: les lois de 1912 et 1965, et le décret de 1991. Les deux premières visaient la protection des mineurs, qu’ils soient victimes de maltraitance ou coupables de délits, tandis que le troisième aborde la problématique de la jeunesse en termes d’aide spécialisée, complémentaire à l’aide sociale au sens large, donnant ainsi la priorité à la prévention et à l’aide dans le milieu de vie.
Le secteur de l’aide à la jeunesse a déterminé une politique de prévention dont l’objectif est double:
– donner le droit à chacun de mener une existence digne, reconnaître ce droit à l’autre, promouvoir des conditions permettant de ne pas avoir recours à la violence;
– veiller à ce que les réactions des personnes à l’accumulation de micro-violences ne les amènent pas à des actes répréhensibles contre les autres ou contre eux-mêmes.
Pour les AMO, tout comme pour les services de promotion de la santé, il s’agit de travailler sur les causes et le contexte des difficultés rencontrées par les jeunes et leur famille plutôt que de se concentrer sur leurs manifestations. Les projets que mènent les AMO s’inscrivent donc dans une logique de travail préventif et non curatif.
Les AMO ont d’ailleurs dans leurs missions l’aide préventive des jeunes dans leur milieu de vie et dans leurs rapports avec l’environnement social. Leur objectif est de leur permettre de s’inscrire le plus harmonieusement possible dans cet environnement, surtout lorsqu’il est difficile.
Les AMO agissent partout où le jeune vit: famille, école, quartier, communauté ethnique… Elles s’y inscrivent dans un esprit de partenariat et de collaboration ainsi que dans le respect des attributions des autres institutions qui oeuvrent pour le jeune et autour de lui.
Tout jeune de moins de 18 ans qui a besoin d’aide, de conseils ou d’écoute ou qui éprouve des difficultés peut faire appel à un Service d’Aide en Milieu Ouvert, ainsi que toute personne, parent ou familier qui rencontre des difficultés dans l’éducation ou la relation avec un enfant.
L’AMO travaille à la demande, de façon libre et non contraignante. L’aide qu’elle accorde ensuite est gratuite, confidentielle et anonyme. Aucune information envers une instance de décision ne peut être transmise sans l’accord et la demande formelle du jeune.
Les Services d’Aide en Milieu Ouvert sont soit privés et constitués en asbl, soit organismes publics dépendant d’un CPAS. Ils sont subventionnés par la Communauté française. Il en existe environ 80 à Bruxelles et en Wallonie.
Les AMO dispensent de l’aide de deux manières.

L’aide individuelle

Il s’agit d’une aide sociale et éducative visant à favoriser l’épanouissement du jeune dans son environnement social et familial, de manière à prévenir toute rupture ou dégradation de situation avec cet entourage et cet environnement, ou à éviter toute aggravation de ruptures existantes.
C’est un travail d’écoute, d’accompagnement et d’orientation, et une intervention socio-pédagogique pour aider le jeune dans différents domaines (social, scolaire, familial, économique…). En outre, le service l’accompagne dans la mise en œuvre de projets personnels et opère un travail de médiation entre le jeune et sa famille, ainsi qu’un travail de soutien à celle-ci dans l’exercice de ses responsabilités parentales.

L’action communautaire

L’action communautaire vise à améliorer l’environnement social des jeunes, à apporter une réponse globale à des problèmes individuels et à développer une dynamique de réseau et de communication sociale. Elle se fonde sur:
– l’analyse des demandes d’aide individuelle et collective ainsi que des diverses problématiques soulevées par celles-ci;
– l’analyse du contexte sociologique, des logiques d’action et des dynamiques de complémentarité des différents intervenants politiques, institutionnels, administratifs et associatifs du territoire géographique d’action couvert par le service;
– le constat des difficultés rencontrées généralement par les demandeurs dans l’accessibilité, l’utilisation et le fonctionnement des services sociaux, administratifs ou autres infrastructures existantes.
Le service relaie les demandes et l’expression des jeunes auprès des instances politiques, sociales, administratives ou associatives, et informe ou interpelle ces mêmes instances dans le cadre de son activité de prévention.

À la rencontre de deux AMO en Province de Liège…

La Teignouse

Carte d’identité de la Teignouse

Forme : asbl agréée par la Communauté française, secteur Aide à la Jeunesse, membre de la Fédération des institutions et services d’aide aux adultes et aux jeunes (FISSAAJ) et du Conseil d’arrondissement de l’aide à la jeunesse de Huy (CAAJ).
Création : 1989.
Territoire : région Ourthe-Amblève.
Population : mixte de 0 à 18 ans.
Mission : aider préventivement le jeune et sa famille.
Concepts clés :
Proximité : aller à la rencontre de l’autre, là où il est. Exemple: l’AIR Bus est un bus aménagé en local mobile d’animation et de rencontre qui permet d’aller vers les personnes résidant en camping et en cité.
Humanisme : mettre la personne humaine dans sa globalité au centre de l’intervention et de la relation. Lui permettre de prendre conscience de ses ressources plutôt que de ses manques et de s’en servir pour être acteur de ses projets. Exemple: création et gestion d’un magasin de seconde main par un groupe de mères.
Partenariat : mise en commun des ressources d’une région afin d’offrir un service maximum aux usagers sans créer de double emploi, et avec un minimum de moyens. Exemple: participation au travail de coordination du service régional de prévention et à la coordination sociale Ourthe-Amblève.
Composition : équipe pluridisciplinaire et polyvalente (logopède, assistantes sociales, éducateur/trice, animateur/trice).
Partenariats : avec les services régionaux (CPAS, services d’aide à la jeunesse, services psycho- sociaux, services de promotion de la santé…).

Le travail de La Teignouse s’articule autour de 6 axes.

Accrochage scolaire

L’objectif est de réconcilier les enfants avec les apprentissages par la mise en place d’accompagnement scolaire, d’ateliers, d’activités et projets divers, mais aussi par la mise en place d’une étroite collaboration entre parents, intervenants et acteurs scolaires et la mise en place de remédiation scolaire.
Public cible : enfants de 5 à 15 ans .

Projet de promotion de la santé et du bienêtre

Le projet ‘Consommation, dépendance et bien-être, de la recherche de sens à l’élaboration de projets’ vise à comprendre le sens que donnent les jeunes à certaines de leurs conduites, pour pouvoir, avec eux et avec les adultes qui les entourent, promouvoir des projets de santé et de bien-être. Dans ce cadre, des outils tels que DVD sur « les jeunes et l’alcool », document sur l’inhalation de solvants… ont été créés.
Public cible : 12- 18 ans , parents , équipes éducatives .

Projet Parentalité

‘Parole de parents’ a pour objectif de réduire le fossé entre familles et écoles via des groupes de parole, des interviews, des ateliers de soutien à la parentalité…
Ce projet est soutenu par le Conseil d’arrondissement de l’aide à la jeunesse de Huy et l’Aide à la Jeunesse de la Communauté française dans le cadre de la prévention générale.
Public cible : parents des différentes communes de la région , soucieux de réfléchir ensemble et / ou ayant fait appel au service .

Prévention en milieu scolaire

Cet axe de travail comprend la construction de projets de prévention avec les équipes éducatives (direction, enseignants, PSE, CPMS…), les parents, les enfants et les jeunes.
Les projets visent à aborder différentes thématiques telles que les consommations diverses et les dépendances, la violence, la santé et le bien-être…
Public cible : enfants , jeunes , équipes éducatives , parents .

Accompagnement individuel

Le service propose au jeune ou à l’enfant un accompagnement à un moment de crise, avec lui-même et/ou avec son environnement. Cet accompagnement doit lui permettre de structurer sa démarche, d’être guidé vers des structures aptes à répondre à sa demande.
Public cible : jeunes , familles résidant dans une des communes de la région .

Travail de quartier

Ce travail doit permettre de créer du lien social et de la convivialité entre les habitants, quel que soit leur âge et leur origine, de participer à l’amélioration de l’image du quartier et de proposer des lieux et projets améliorant la socialisation et l’estime de soi.
Public cible : enfants , jeunes , parents .
En termes d’outils, La Teignouse développe des programmes de prévention à destination des écoles primaires et secondaires sur des thématiques telles que l’argent, la publicité, la consommation, la prévention à la violence, la prévention des assuétudes, la sécurité…

Plus concrètement, deux projets…

Pas d’conso à gogo

10-12 ans, c’est l’âge où les enfants commencent à recevoir de l’argent de poche. C’est aussi l’âge où ils sont la cible privilégiée des publicitaires parce que leur intégration dans un groupe se mesure à la marque de leur GSM, de leurs mallettes… S’ensuit alors une course à l’acquisition, au «tout, tout de suite». Tout cela dans un environnement où le recours au crédit est banalisé et où l’endettement guette un nombre croissant de personnes.
C’est la période idéale pour amener ces enfants à réfléchir à l’usage qu’ils font de l’argent. L’heure est venue de les éduquer à la consommation, de les aider à discerner leurs besoins de leurs envies, à gérer leur frustration, à décoder les stratégies marketing et à poser des choix responsables dans le but de prévenir la surconsommation et l’endettement.
Dans cette optique, La Teignouse a élaboré un jeu coopératif abordant ces sujets de manière ludique, permettant ainsi à chacun de réfléchir à son propre fonctionnement en matière de consommation.
«Pas d’conso à gogo» est une valisette comprenant un carnet de bord destiné à aider l’adulte à trouver des pistes de réflexion, un carnet de bord pour les enfants destiné à leur rappeler les notions abordées lors des animations et à apprendre par des exercices ludiques. La valisette est en vente au prix de 15 euros.
Pour en savoir plus ou pour commander la valisette, contactez La Teignouse AMO, 17c Clos Nolupré à 4170 Comblain-au-Pont, 04 369 33 30, amo@lateignouse.be.
Heures d’ouverture: le lundi de 9 à 16h; du mardi au vendredi, de 9 à 18h et sur rendez-vous.
Un formulaire de commande est aussi disponible en ligne: https://www.lateignouseamo.be/commande_consogogo.html

Ce soir on sort, chacun sa fête!

Les consommateurs d’alcool sont de plus en plus jeunes, le phénomène du «binge drinking» (1) augmente, les occasions de faire la fête se multiplient pour les jeunes qui, de plus en plus souvent, adoptent des comportements à risque.
La Teignouse a voulu, avec son projet «Ce soir on sort, chacun sa fête!», donner la parole aux jeunes afin de comprendre le sens de ces consommations, de provoquer une discussion, de confronter les avis. Ainsi, La Teignouse s’est adressée aux équipes éducatives de divers établissements scolaires de sa région, travaillant avec des jeunes de 15 à 17 ans, âge des premières sorties.
Deux écoles ont souhaité prendre part au projet. Ce dernier a été présenté à l’ensemble des élèves des deux établissements. Il leur a été proposé de participer à des groupes de parole concernant les sorties et l’alcool. Environ cinquante jeunes volontaires ont été interrogés et ont livré leurs impressions sur la prévention, ont partagé leurs représentations de la fête, des consommations d’alcool et des dangers qu’elles peuvent engendrer. Des grandes tendances ont été tirées de ces entretiens, et une première synthèse a été validée par les jeunes eux-mêmes.
La parole a ensuite été donnée aux parents, souvent mentionnés par les jeunes. Les réponses apportées et les échanges d’idées ont permis de confronter les représentations des jeunes et celles des adultes.
C’est suite à cela qu’un document (2) constitué de plusieurs points de vue (y compris celui de professionnels de la santé) a été élaboré, dans le but de donner un éclairage sur le phénomène de la consommation d’alcool et des conduites à risque des jeunes en milieu festif. Il se veut une base de réflexion et de débat. Outre la confrontation des points de vue, le document propose quelques pistes de réflexion pour les acteurs de prévention.
Par la suite, un DVD a été réalisé grâce au concours de différents groupes de jeunes ayant accepté d’être filmé lors de leurs sorties. Ce DVD est un outil utilisé lors de rencontres, de conférences ou de séances d’information à destination de groupes de jeunes et/ou d’adultes.
Avec ce projet, La Teignouse souhaite, dans un premier temps, proposer un accompagnement à la lecture des comportements des jeunes, qui puisse déboucher, dans un second temps, sur un travail en amont avec les adultes et les jeunes, la mise en place de projets pertinents dont l’objectif serait de favoriser des conditions de bien-être.
Ainsi, des séances de sensibilisation à destination des adultes ont été organisées, et dans les deux écoles participantes, des actions ont permis de valoriser des consommations saines et de basculer les références, comme la mise sur pied, avec les jeunes, d’un stand attractif de boissons soft lors d’un bal de rhéto ou Aqua-Fiesta, manifestation organisée à la fin des examens ayant pour objectif de proposer des alternatives à la consommation d’alcool.
Le projet n’est pas terminé puisqu’il doit encore être évalué dans les écoles participantes. D’autres actions devraient encore être mises en place.
En outre, l’AMO a pour ambition de contacter les Maisons de jeunes, mouvements de jeunesse… afin de toucher les différents milieux de vie des jeunes.
En parallèle à ces différentes actions, La Teignouse gère une plate-forme régionale sur le même thème, regroupant des intervenants du monde scolaire, de la santé, du domaine social et judiciaire…
Pour en savoir plus sur ce projet ou pour commander le recueil de paroles , contactez La Teignouse AMO , 17c Clos Nolupré à 4170 Comblain au Pont , 04 369 33 30 , amo@lateignouse.be, https://www.lateignouseamo.be . Heures d’ouverture : le lundi de 9 à 16h ; du mardi au vendredi , de 10 à 18h et sur rendez vous .

Mille Lieux de Vie

Carte d’identité de Mille Lieux de Vie

Forme : asbl subsidiée par la Communauté française (Aide à la Jeunesse).
Création : 1993.
Territoire : Huy et les communes avoisinantes.
Population : mixte de moins de 20 ans.
Missions : aider les jeunes à découvrir leurs ressources et celles de leur environnement; faire entendre le point de vue des jeunes et de leur famille auprès de différentes instances (suivi individuel et/ ou familial, accompagnement de projets de groupe, soutien à la création d’actions au niveau d’un quartier, d’une commune).
Concepts clés :
Déontologie : ensemble de notions, de principes prépondérants dans les actions développées par le service et qui reflètent les valeurs mises en avant par celui-ci. La collaboration entre services s’effectue compte tenu du rôle, mais aussi des compétences de chacun. Cette coopération se fait dans le respect du secret professionnel et avec l’accord des personnes concernées, à savoir le jeune et sa famille. Ce sont d’ailleurs les personnes concernées qui donnent le feu vert au service pour qu’il puisse contacter un autre intervenant apte à répondre à leurs questions. Le service est particulièrement attentif au fait de n’autoriser que le passage d’informations indispensables. Il refuse de collaborer, d’être associé aux pratiques développées par des dispositifs sécuritaires.
Respect de la personne : tout individu quel qu’il soit a des droits, dont celui d’être différent, il est capable de changement et il a des ressources. Chaque jeune, chaque famille, chaque communauté que le service rencontre a un vécu, un fonctionnement, des valeurs et des ressources qui lui sont propres. Si le personnel de l’AMO a des références méthodologiques, il n’a par contre aucun modèle à faire valoir dans ses interventions, aucune recette universelle à fournir. Les processus d’accompagnement mis en place avec les intéressés varient donc en fonction de chaque situation, tant au niveau de leur forme que de leur intensité.
Esprit d’équipe : l’AMO est un équipage, un groupe de personnes qui s’associent et s’unissent pour travailler ensemble, dans un même but, au service d’une ‘structure commune’. Le partage de travail est le fruit de discussions en équipe. Chaque membre de l’équipe éducative est garant du suivi des activités dont il a la charge, compte tenu du projet pédagogique en application dans le service. Il doit, dans ce cadre, pouvoir faire preuve d’initiative et de prise de responsabilité. Néanmoins chaque projet est discuté en réunion d’équipe pour que ces prises d’initiatives et de responsabilités soient partagées.
Composition : service de 4 personnes composé d’assistants sociaux et d’éducateurs.
Partenariats : services d’aide à la jeunesse, services psycho-médico-sociaux, écoles, centres de planning familial, CPAS, pouvoirs politiques locaux.

Le travail de Mille Lieux de Vie s’effectue à différents niveaux.

L’aide individuelle

Le service accompagne les personnes qui vivent des difficultés ponctuelles ou récurrentes, qui perturbent leur équilibre personnel et/ou familial.
Mettre des mots sur une difficulté, être écouté, rompre l’isolement constituent pour certaines personnes qu’il rencontre une aide en soi. Pour d’autres, son intervention consistera à les amener à prendre conscience des capacités qu’ils ont à résoudre le problème vécu et à identifier les ressources existantes dans leur environnement.

Les actions communautaires

Le service travaille dans des quartiers à habitations sociales de communes avoisinantes, en partenariat avec divers organismes locaux et les instances communales. Il aide les habitants à découvrir et à exploiter leurs capacités à se mobiliser, à s’unir pour la réalisation de projets communs.
Son action vise aussi à relayer et défendre les intérêts des populations qu’il côtoie. Cette mission d’interpellation vise à permettre à l’individu d’émerger en tant que sujet social et à augmenter ses potentialités afin qu’il puisse participer, en tant que citoyen, au changement social.
Les projets avec la communauté scolaire
Le service mène ce type de projets dans le but de prévenir ou enrayer des problématiques vécues au sein de l’école (violence, toxicomanie, racisme…).

Deux projets sous la loupe

Participe présent

Il arrive souvent que les jeunes pallient les difficultés de la vie et l’absence de satisfaction personnelle par des produits tels que la cigarette, l’alcool ou la drogue. L’utilisation de ces psychotropes a pour effet “de supprimer certaines expériences désagréables et d’amplifier celles qui sont agréables.” Les élèves s’assujettissent alors à l’expérience que leur font vivre ces substances.
À l’heure actuelle, la consommation de cigarettes, de drogues et d’alcool progressent fortement parmi les jeunes adolescents.
L’asbl Mille Lieux de Vie , considérant l’école comme un milieu de vie du jeune, a décidé d’axer son action sur la prévention des assuétudes en milieu scolaire.
Le projet «Participe présent» a été initié en 1999 à l’Athénée royal Prince Baudouin de Marchin. Il s’est ensuite développé dans d’autres établissements primaires et secondaires de la région hutoise.
Sa particularité: plutôt que d’aborder le problème sous l’angle de la mise en garde ou du jugement moralisateur, l’association a décidé de privilégier, à partir d’une valise pédagogique fournie à chaque enseignant, une approche centrée sur les personnes, de façon à leur offrir un espace de dialogue. Ainsi, plutôt que de s’attarder sur les manifestations des assuétudes, c’est l’examen des causes et des contextes d’apparition qui est privilégié. L’objectif n’est donc pas de diaboliser ces comportements mais bien d’aider le jeune à poser des choix par lui-même, à identifier de quelles dépendances il veut se préserver afin de trouver un équilibre qui lui assure un certain bien-être.
Le programme comprend 3 axes de travail:
– un module de sensibilisation destiné aux professeurs désireux de mener des animations au sein de leurs classes. Les animations ont pour but de favoriser le dialogue entre les étudiants et leurs professeurs, amenés à débattre ensemble des facteurs à prendre en compte dans la prévention des assuétudes. Une mallette pédagogique contenant les outils nécessaires leur est fournie.
– une présence active au sein du Conseil de Participation pour donner un caractère institutionnel au projet et encourager sa pérennité. Trois rencontres sont envisagées: une en début d’année afin d’informer les membres de l’application du projet au sein de l’école; une en cours d’année pour les sensibiliser aux différents facteurs à prendre en considération dans la prévention des assuétudes; et une dernière en fin d’année pour faire le point sur le déroulement du projet et les perspectives envisageables.
– un accompagnement à la mise en place d’un groupe de réflexion et de travail sur la prévention des assuétudes, composé de représentants de la direction, du corps professoral, des éducateurs et du CPMS. Ce groupe de travail a en charge la coordination des actions entreprises au sein de l’école.
Parallèlement à cela, une rencontre avec les parents est organisée pour les informer du projet en cours dans l’école de leur enfant et les sensibiliser au rôle essentiel qu’ils occupent dans la prévention des assuétudes.
Pour en savoir plus sur ce projet, contactez l’AMO «Mille Lieux de Vie», rue Montmorency 1 à 4500 Huy, 085 24 00 38, millelieuxdevie@hotmail.com. Permanences les lundi, mardi, jeudi de 10 à 12h et de 16 à 18h; les mercredi et vendredi de 12 à 14h.

Jeunes d’Amay Quartier Rorive

Ce projet a débuté en octobre 2006. Il a pour objectif de permettre aux adolescents de 12 à 18 ans, vivant dans le quartier Rorive et ses alentours, de développer leurs capacités à s’exprimer et à vivre en société. Son ambition est de leur faire découvrir de nouveaux moyens d’action sur eux-mêmes, afin qu’ils puissent les reproduire dans leur vie quotidienne. En outre, ce projet vise à favoriser l’expression des demandes et des besoins des adolescents du quartier.
Pour ce faire, c’est le sport qui est utilisé comme levier de changement. En le pratiquant, les jeunes réapprennent à vivre en harmonie avec eux-mêmes et avec la collectivité.
Un projet «mini-foot» a été lancé. Normal, les jeunes ont une passion commune pour le foot. Le «réseau mini-foot» qui a été créé permet à des jeunes qui fréquentent des associations de la région de se rencontrer. Cette passion les réunit, et leur donne l’envie de construire quelque chose ensemble. Ils se retrouvent sur le terrain de sport du quartier dès qu’ils ont du temps libre.
Ils se réunissent aussi pour construire leur équipe de mini-foot et, dans ce cadre, budgétisent le projet, réfléchissent à l’achat d’un équipement et à la création d’un logo.
Outre ce projet particulier, tous les mercredis après-midi, un animateur est présent dans le quartier, pour discuter avec les jeunes, développer des activités sportives, culturelles ou de détente avec eux.
Pour maintenir et développer le contact avec les partenaires locaux déjà présents sur le terrain, l’AMO participe à des réunions du groupe «PRISCA» qui ont pour objectif de coordonner les actions collectives développées par les différents intervenants socioculturels au sein des quartiers à habitations sociales.
Pour en savoir plus, contactez l’AMO «Mille Lieux de Vie» – rue Montmorency 1 à 4500 Huy, 085 24 00 38, millelieuxdevie@hotmail.com. Permanences les lundi, mardi, jeudi de 10 à 12h et de 16 à 18h; les mercredi et vendredi de 12 à 14h.

En guise de conclusion

« Nos sociétés sont de plus en plus ouvertes : la mobilité y devient la norme , les déplacements de tous ordres y sont permanents . Les frontières s’estompent , les innovations se succèdent à un rythme accéléré , les connaissances nouvelles s’accumulent de manière exponentielle dans tous les secteurs , à tous les niveaux .
Mais des sociétés qui ont fait leur quotidien du changement et de la transformation sont aussi des sociétés traversées d’obligations fortes . Le brassage des références et l’éclatement des modèles rendent difficile la construction identitaire ; le renouvellement accéléré des connaissances rend problématique leur intégration ; l’insuffisance de capacités d’adaptation , de flexibilité , d’autonomie conduit à l’exclusion .
La force et la vitesse des transformations apportent ainsi tout à la fois plus d’opportunités et plus de contraintes . Face à elles , nos sociétés ne sont pas devenues plus égalitaires . Trop de nos concitoyens , surtout jeunes , sont réduits à être des objets voire des victimes de ces changements . Tantôt ils ne participent au mouvement général que comme consommateurs plus ou moins dirigés , tantôt leur désir d’individualisation doit se confronter au respect de traditions trop rigides .
Les déterminismes sociaux et économiques pèsent aussi sur la capacité à être acteur de sa vie . Pour beaucoup de jeunes , l’avenir ne laisse entrevoir que peu d’ouverture , quand il ne se réduit pas purement et simplement à reproduire contre soi ou contre d’autres la violence à laquelle on n’a été que trop exposé , qu’elle soit visible ( comme la maltraitance ) ou moins visible ( comme le rejet ou le mépris ).
Pour de nombreux jeunes et leurs familles , les exigences des sociétés contemporaines entraînent de lourdes difficultés ; elles peuvent compromettre leur développement personnel et leur participation sociale .
À l’heure où il est si déterminant de pouvoir être le sujet de son existence , les pouvoirs publics doivent soutenir , par des institutions appropriées , les capacités des moins favorisés à affronter ces nouveaux défis .» ( 3 )
Les Services d’Aide en Milieu Ouvert, comme La Teignouse et Mille Lieux de Vie , font partie de ces institutions et représentent, nous l’avons vu, un capital d’innovations et d’expérimentations considérable en Communauté française!

(1) Boire pour boire, uniquement pour atteindre l’ivresse.
(2) « Ce soir on sort, chacun sa fête ! Consommation, dépendances et bien-être : de la recherche de sens à l’élaboration de projet », La Teignouse AMO.
(3) Extrait de https://www.aidealajeunesse.cfwb.be/ajss-pro/les-orientationsnbspbrspangenerales-de-laide-a-la-jeunessespan/philosophie-de-laction/

Succès contrastés du programme de dépistage du cancer du sein

Le 30 Déc 20

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Depuis 2001 en Flandre et 2002 en Wallonie et à Bruxelles, le programme national de dépistage du cancer du sein par mammotest offre à toutes les femmes âgées de 50 à 69 ans une mammographie de qualité contrôlée et gratuite.

Contexte

Le but premier du programme est de diminuer la mortalité par cancer du sein en détectant les lésions à un stade précoce et par conséquent d’éviter les traitements mutilants et lourds. Outre la qualité à chaque étape du dépistage et du traitement, une condition indispensable au succès d’un tel programme est une participation massive des femmes. L’Europe contre le Cancer (1) estime qu’elle devrait être d’au moins 70%.
Annuellement, l’Agence Intermutualiste (AIM) rend compte de l’évolution du programme depuis son instauration. Elle étudie la participation au programme et son impact sur le dépistage spontané.
Dans son sixième rapport, le troisième tour du programme (période 2005-2006) est comparé aux tours précédents (périodes 2001-2002 et 2002-2003).
Le recul de six années de programme permet aujourd’hui de mieux appréhender le comportement des femmes face au dépistage organisé ou opportuniste. Une analyse longitudinale de la population cible permet de nuancer les taux de fidélisation et de substitution du dépistage opportuniste au programme organisé et inversement. Par ailleurs, certains critères de qualité comme le pourcentage d’examens complémentaires, le pourcentage de biopsies et de tumorectomies et les délais associés sont également développés dans ce sixième rapport.

Matériel et méthode

Les données proviennent de tous les organismes assureurs et ont été collectées et traitées par l’Agence Intermutualiste (AIM).
Depuis juin 2001, un code spécifique de la nomenclature a été prévu pour la mammographie de dépistage ou mammotest en ajout à celui de la mammographie classique appelée ici mammographie ‘diagnostique’. Étant donné la situation hybride qui existe en Belgique, le rapport désigne par ‘couverture par mammotest’ la participation des femmes au programme de dépistage, par ‘couverture par mammographie diagnostique’, le pourcentage de femmes ayant réalisé un dépistage opportuniste et enfin par ‘couverture totale’, le taux de couverture quel que soit le type d’examen utilisé.
Dans ce sixième rapport, deux périodes de deux ans sont analysées.
La période du 1er janvier 2003 au 31 décembre 2004, appelée ‘deuxième tour’, correspond au deuxième tour complet en Flandre (le programme y a débuté en juin 2001) et au deuxième tour partiel en Wallonie et à Bruxelles (le programme y a débuté en été 2002).
La période du 1er janvier 2005 au 31 décembre 2006, appelée ‘troisième tour’, correspond au troisième tour complet en Flandre et au troisième tour partiel en Wallonie et à Bruxelles.
Ces deux périodes sont comparées avec le ‘premier tour’, du 1er janvier 2001 au 31 décembre 2002 (cette période correspond approximativement au premier tour ‘presque’ complet en Flandre et au premier tour partiel en Wallonie et à Bruxelles).
Les trois tours de dépistage organisé sont également comparés avec le dépistage opportuniste en 1999-2000.

Résultats

Participation

Après une forte progression de 38% à 50% au cours du premier tour du programme, la couverture totale évolue plus lentement à partir du deuxième tour (56%) et atteint 59% en 2005-2006. 71% des femmes se sont pourtant fait examiner entre 2001 et 2006. L’enjeu du programme de dépistage sera donc d’amener les femmes non encore examinées à ce jour (29%) à profiter du programme. L’analyse plus détaillée de ces femmes ‘non-répondantes’ au programme permettra sans doute de mieux cerner les freins à la participation au programme organisé.
Les résultats confirment une impression rapportée par le terrain: il semblerait plus facile d’adhérer au programme quand l’habitude de se faire examiner par la filière opportuniste n’existe pas, plutôt que de changer d’habitude et de méthode d’examen.
Comme indiqué plus loin, le programme de dépistage réussit à sensibiliser des femmes qui se soumettaient peu au dépistage opportuniste avant le programme, dont les femmes plus âgées et les femmes défavorisées socialement.

Couverture

Avant le programme de dépistage, en 1999-2000 (2), 38% des femmes participaient spontanément au dépistage opportuniste. En 2005-2006, après 3 tours de programme (6 années), 59% des femmes belges se font à présent examiner via le programme ou via le dépistage spontané. Toutefois, cette couverture totale évolue de plus en plus lentement au fur et à mesure des périodes.
La tendance est la même pour le dépistage organisé: à l’issue du troisième tour, 28% des femmes sont dépistées par mammotest, alors qu’elles étaient 24% en 2003-2004 et 14% en 2001-2002.

Belgique Région flamande Région Bruxelles-Capitale Région wallonne
Couverture totale (en %)
1999-2000 38 33 47 45
2001-2002 50 50 49 49
2003-2004 56 56 51 56
2005-2006 59 62 53 57
Couverture par mammotest ( en %)
1999-2000 0 0 0 0
2001-2002 14 23 0 1
2003-2004 24 35 5 10
2005-2006 28 41 8 10
Couverture par mammographie diagnostique ( en %)
1999-2000 38 33 47 45
2001-2002 35 27 48 48
2003-2004 31 21 46 46
2005-2006 32 21 45 48
Suivi sur les 3 périodes ( en %)
N 836 697 499 995 65 181 271 521
Pas examinées 29 24 28 39
Examinées 1 fois 22 14 18 35
Examinées 2 fois 22 29 22 10
Examinées 3 fois 27 33 32 16
Fidélisation mammotest * ( en %) 6 10 0 , 3 0 , 1
Fidélisation mammographie diagnostique * 13 % 10 28 13

* Pourcentage de femmes ayant eu le même examen les 3 fois.

Populations nouvelle, régulière et perdue

24% des femmes examinées au troisième tour ne l’avaient pas été au second et constituent la population nouvelle. Comme au second tour, 6 femmes nouvellement examinées sur 10 le sont par mammotest. Cet apport de femmes nouvellement examinées est contrebalancé par les 20% de femmes perdues, c’est-à-dire les femmes examinées au second mais plus au troisième tour.
Si l’on considère le comportement à l’encontre du dépistage opportuniste ou organisé des femmes éligibles durant les 6 premières années du programme organisé (N=836.697), 29% d’entre elles ne se sont jamais fait examiner au cours de ces 3 premiers tours de dépistage organisé. 22% des femmes se sont fait examiner une seule fois, 22% deux fois et 27% trois fois (à chaque période donc).

Participation en fonction de l’âge

Avant le programme, en 1999-2000, la différence de couverture en mammographie diagnostique entre les catégories d’âge extrêmes était de 17%. En effet, la participation au dépistage spontané s’élevait à 45% chez les femmes les plus jeunes (50-54 ans) contre 28% chez les plus âgées (65-69 ans). Cette différence diminue au cours du temps mais reste manifeste: au premier tour du programme, elle passe à 14%, au second à 11% et au troisième tour, l’écart de couverture diagnostique entre les catégories d’âge extrêmes se réduit à 9%.
Par contre, le dépistage par mammotest touche de la même façon toutes les femmes quel que soit leur âge. L’écart de couverture entre les tranches d’âges 50-54 ans et 65-69 ans reste inférieur à 1%.
En 2005-2006, grâce au mammotest, l’écart de couverture totale entre les catégories d’âge extrêmes est réduit à 8% – contre 16% en 1999-2000.
Par ailleurs, dans les trois régions, les femmes les plus âgées sont les plus nombreuses à entrer dans le programme et à y être fidèles – 27% des femmes âgées de 65 à 69 ans contre 22% des femmes de 50 à 54 ans.

Participation en fonction du niveau socio-économique

En 1999-2000, la participation au dépistage opportuniste était nettement inférieure chez les femmes bénéficiant du remboursement préférentiel (BIM). En 2005-2006, la participation au dépistage opportuniste reste dépendante du statut socio-économique: 33% des femmes les plus favorisées socialement (non-BIM) sont examinées par mammographie diagnostique contre 25% chez les plus défavorisées (BIM).
Le programme organisé engendre donc une participation au mammotest plus équitable bien qu’il persiste une différence de couverture de 6% entre les femmes plus favorisées socialement (29%) et les autres (23%).
À l’instar des périodes précédentes, les femmes précarisées sont les plus nombreuses à entrer dans le programme – 30% contre 23% pour les femmes non BIM, mais aussi à y renoncer – 26% de femmes BIM perdues contre 23% pour les femmes non BIM – et ce, dans les trois régions du pays. Notons qu’elles sont également moins nombreuses à passer de la mammographie diagnostique au mammotest – 5 % chez les BIM contre 6 % chez les non-BIM.

Discussion

L’efficacité d’un programme dépend entre autres de la large participation de la population cible. L’Europe contre le cancer mentionne comme acceptable une couverture égale à 70 % et recommande de viser une couverture supérieure à 75 %. En effet, un taux de participation de 60% à 100% devrait entraîner une réduction de mortalité de 20% à 40%.
En Belgique, la couverture totale avoisine aujourd’hui les 60%. Elle varie fortement d’une province ou même d’une commune à l’autre (3). La couverture liée au seul dépistage organisé atteint 28% des femmes de 50 à 69 ans après trois tours de programme.
Au cours de la période 2005-2006, le programme voit sa progression fortement ralentie. Le programme recrute moins de nouvelles femmes en 2005-2006 comparé au premier et second tours (sauf à Bruxelles). De plus, les femmes régulièrement examinées remplacent moins la mammographie diagnostique par le mammotest.
Toutefois, en Belgique, le programme s’impose et s’organise dans un contexte d’habitudes et de pratiques de dépistage qui diffèrent d’une région à l’autre du pays.
En Flandre, où les habitudes de dépistage opportuniste étaient moins ancrées, le programme s’est implanté rapidement en recrutant de nouvelles femmes et en remplaçant la mammographie diagnostique par le mammotest. Les femmes se fidélisent au programme: 75% des femmes qui ont effectué un mammotest aux premier et second tours restent dans le programme au troisième tour.
En Wallonie et à Bruxelles, où existaient déjà des habitudes de dépistage opportuniste, le programme de dépistage a du mal à s’imposer. En plus des problèmes techniques qui avaient empêché l’invitation de la totalité des femmes, il semblerait que tant les femmes que les prescripteurs soient difficiles à convaincre de l’intérêt de se faire dépister dans le cadre d’un programme organisé.
La couverture totale atteint 57% en Wallonie et 53% à Bruxelles. Les femmes régulièrement examinées abandonnent peu la mammographie diagnostique pour le mammotest, et le programme recrute peu de nouvelles femmes.
En Wallonie, parmi les femmes qui ont réalisé un mammotest aux deux premiers tours, seulement 48% restent fidèles au programme. À Bruxelles, ce pourcentage monte à 62%.
La population régulière se constitue essentiellement de femmes qui conservent la pratique de la mammographie diagnostique et gardent leur habitude de dépistage opportuniste d’avant le programme.
Le suivi individuel des femmes au cours des trois périodes montre des comportements très différents face au dépistage, qu’il soit opportuniste ou organisé. Nous constatons que la cohorte de femmes examinées n’est pas stable: elles n’adoptent pas chaque année la même attitude face au dépistage. Cette attitude est plus marquée en Wallonie que dans les deux autres régions.
Enfin, le suivi individuel nous permet d’objectiver une impression rapportée par les acteurs du terrain: il est difficile de changer les habitudes des femmes qui se faisaient déjà examiner auparavant. En effet, le suivi de 2001 à 2006 nous apprend que, parmi les femmes qui ont réalisé une mammographie diagnostique aux premier et second tours, la plupart (75%) continuent à pratiquer une mammographie diagnostique au troisième tour et très peu sont recrutées par le programme (11%).

Améliorer la participation au programme

Au cours d’un atelier de réflexion organisé par l’Agence intermutualiste le 26 mars dernier, une quarantaine de personnes ont pu prendre connaissance de ce 6e rapport d’évaluation du programme, présenté par Valérie Fabri (AIM) et Anne Remacle (AIM) qui permet un recul très intéressant après 3 tours complets (du moins en Flandre).
L’intérêt de l’échange résidait aussi dans la possibilité offerte à certains acteurs-clés du programme, en Flandre comme en Wallonie et à Bruxelles, de faire part à l’Agence de leurs desiderata en termes de récolte de données dans le futur, et aussi de suggérer aux mutualités des pistes pour renforcer leurs efforts en vue d’améliorer la participation des femmes (et des professionnels!) au programme.
Sans prétendre que l’idée de génie à laquelle personne n’a songé jusqu’ici a jailli de la discussion, quelques points d’attention ont été soulevés, sur lesquels il est possible de travailler:
-le programme est de qualité (certains radiologues le reconnaissent eux-mêmes, d’autres doivent encore en être convaincus…), utile, et gratuit pour les femmes, choses qu’il serait bon de rappeler plus souvent et avec plus d’emphase;
-cinq publics méritent un effort de communication tout particulier: les généralistes, les radiologues, les gynécologues, les femmes qui n’ont jamais été dépistées et celles qui restent dans le circuit ‘opportuniste’ ou qui sont mal suivies;
-un enjeu important est de connaître les caractéristiques des femmes qui n’ont jamais participé au dépistage et les raisons de leur attitude. Dans les prochains mois, une étude IMA s’attachera ce public particulier afin de fournir de bonnes bases à l’organisation de campagnes mieux ciblées ainsi qu’un outil d’évaluation de ces campagnes;
-la Communauté française pourrait s’inspirer en partie du mode d’invitation choisi par la Flandre, où le programme fonctionne mieux, et qui propose d’emblée un rendez-vous pour effectuer le mammotest, avec une grande souplesse pour en changer si besoin;
-si vous êtes née un jour pair, vous serez contactée une année paire pour le mammotest, une année impaire pour le cancer de l’intestin, et, bientôt, tantôt une année paire tantôt une année impaire pour un frottis: on s’y perd, on risque de faire un impair! Peut-être serait-il bon d’avoir une approche plus intégrée des ‘standards’ préventifs après 50 ans?
-la qualité a un coût en temps nécessaire entre la prise des clichés et la communication du résultat, la plupart du temps ‘rassurant’. La généralisation du mammotest digital doit aller de… pair avec un sérieux raccourcissement du délai (de l’ordre de 3 semaines aujourd’hui, alors que pour une mammographie diagnostique, sans deuxième lecture, sans assurance de qualité, le résultat est connu le jour même…).
Christian De Bock , d’après le rapport de l’AIM, avec l’appui de Valérie Fabri et Anne Remacle

(1) Epidemiological guidelines for quality assurance in breast cancer screening, 2007.
(2) Voir le Rapport AIM n°5 sur le site https://www.nic-ima.be
(3) En Flandre, les communes limbourgeoises de Lommel, Hamont-Achel, Bocholt et Neerpelt et les communes anversoises de Boechout et Lint ont atteint l’objectif de santé flamand à l’horizon 2012 de 75% de couverture, avec en prime une écrasante majorité de mammotests.

Ne vous racontez pas d’histoires. Une campagne nationale pour sensibiliser les jeunes aux problèmes d’alcool

Le 30 Déc 20

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«L’alcool au volant, jamais! Avant, je ne dis pas…» (Coluche)
Après la campagne ‘Alcool et autres drogues, le vrai et le faux’ (1) l’an dernier, l’asbl iDA (information sur les Drogues et l’Alcool) a remis le couvert cette année, toujours avec l’appui de la ministre fédérale des Affaires sociales et de la Santé publique Laurette Onkelinx, et les moyens – importants – du fonds assuétudes (2).
«Quand l’alcool coule à flots, on est vraiment rigolo», avance iDA, l’ASBL réunissant les trois organisations de coordination sectorielles qui s’occupent des problèmes d’alcool et d’autres drogues en Belgique: FÉDITO wallonne, FÉDITO bruxelloise ainsi que l’asbl flamande VAD (Vereniging voor Alcohol- en andere Drugproblemen).
Et l’asbl iDA de s’empresser d’ajouter: «Ne vous racontez pas d’histoires. Boire trop ne finit jamais bien», avant de renseigner les sites/centres d’appels https://www.infordrogues.be (02 227 52 52) ou https://www.druglijn.be (078 15 10 20).
iDA a fait de son interpellation le leitmotiv de sa nouvelle campagne nationale de sensibilisation des jeunes aux problèmes d’alcool. Elle tend un miroir aux jeunes et s’insère au cœur même de la vie de son groupe cible au travers de spots télé illustrant des fêtes qui dérapent, de bandeaux (vidéo) et de diffusion de messages, par des techniques de marketing viral, sur Facebook, MSN, YouTube, divers blogs, etc.
La campagne vise également les lieux de rassemblement des jeunes (universités, hautes écoles, écoles secondaires, maisons de jeunes, lieux de sorties, etc.) par le biais d’affiches et de cartons de bière reprenant notamment le message «Passer une tournée, ce serait mauvais pour l’économie mondiale».
« Nous estimons qu’il est primordial que les jeunes comprennent ce qui est acceptable en termes de consommation d’alcool et ce qui ne l’est pas . Nous donnons aux jeunes des informations appropriées et des éléments de réflexion pour discuter du sujet . C’est ainsi que nous pouvons progressivement les amener à adopter une attitude critique à l’égard de l’alcool », souligne Marijs Geirnaert , directrice de la VAD.
Ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas dépend souvent de l’âge des personnes concernées. Par exemple, en-dessous de 16 ans, la consigne est l’abstinence totale. « À ce sujet les règles sont actuellement peu claires : les moins de 16 ans ne peuvent pas commander une bière au café , mais ils peuvent sans aucun problème aller en acheter une au magasin du coin . Cette situation crée la confusion et les messages envoyés vers les plus jeunes manquent actuellement de clarté . C’est pourquoi l’interdiction de vente aux moins de 16 ans sera bientôt élargie à ces situations .», souligne Laurette Onkelinx .
Les limites d’une consommation d’alcool acceptable dépendent également des situations. « Le caractère problématique d’une consommation d’alcool déterminée n’est pas seulement lié au développement d’une dépendance , il peut viser des situations ou des moments inappropriés : en conduisant un véhicule , au travail , pendant une grossesse , etc .», explique le docteur Serge Zombek , président d’iDA asbl (3).
iDA ne se raconte pas d’histoires non plus: une campagne ne suffit pas à faire changer les comportements. « Mais les campagnes ouvrent des portes en communiquant , d’une manière opportune , sur des thèmes actuels , comme la convention collective du travail 100 du 1er avril 2009 qui stipule que les entreprises du secteur privé doivent mener une politique en matière d’alcool et de drogues à l’horizon du 1er avril 2010 . La nouvelle campagne ne peut que renforcer les initiatives de prévention lancées dans ce cadre », conclut Marijs Geirnaert.

Notre commentaire

Pour toucher les grands adolescents et les jeunes adultes, le ton est cette fois nettement plus agressif que l’an dernier, les deux spots TV jouent clairement la provocation. Si l’objectif de dénormaliser la consommation excessive de boissons alcooliques est tout à fait louable, le moins qu’on puisse dire est que l’agence de communication LDV United n’y a pas été avec le dos de la cuiller.
Dans un premier spot, on voit un homme vomir quelques instants avant d’être embrassé à pleine bouche par une belle blonde, et, dans le second, un jeune cadre (toujours un homme donc), peloter une cliente, uriner dans une plante, bousculer son patron à l’occasion d’un pot bien arrosé.
Ca passe ou ça casse!
Certains estimeront que les jeunes seront réceptifs à une communication exagérée, voire sordide, dans la ligne des vidéos ‘alcool’ postées sur le net et qu’ils plébiscitent. D’autres, plus sensibles à une communication jouant sur la capacité de la ‘cible’ à réfléchir sur sa consommation, trouveront cela particulièrement désolant. Un participant à la conférence de presse de lancement de la campagne, consterné, me confiait: ‘Du vomi, puis du pipi, c’est vraiment de la m…’
Détail croustillant, au moment même où cette campagne ‘anti-alcool’ démarrait, une autre, radio celle-là, et sur un sujet qui n’a rien à voir (l’Internet gratuit le weekend), s’attachait au contraire à normaliser la consommation d’alcool. Le ‘pitch’ étant que le surf de fin de semaine est gratuit dans toutes les villes belges, un jeune homme demande à un autre mec (toujours les hommes, ils savent sans doute pourquoi…), si cela vaut aussi pour Chimay, Grimbergen, Westmalle et Tongerlo (je cite les ‘villes’ de mémoire).
Les paranoïaques penseront qu’Arnoldus a co-financé la chose pour compenser son engagement ‘citoyen’ dans les campagnes ‘Bob’ de l’IBSR!
Christian De Bock

(1) Voir l’article https://www.educationsante.be/es/article.php?id=992 sur notre site.
(2) Pour son travail discret et intelligent sur l’alcoolisme et les jeunes, l’asbl Univers santé travaille toute l’année avec un budget dix fois inférieur à celui de cette seule campagne de 15 jours. Cherchez l’erreur!
(3) Nous reviendrons sur l’intervention nuancée de ce dernier dans un prochain numéro.

Générations en Santé 2008-2012. Un programme Interreg IV qui mobilise neuf partenaires en France et en Belgique

Le 30 Déc 20

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Le programme franco-belge Générations en Santé est une initiative pluri-thématique, alliant observation et action, qui s’inscrit dans la continuité des programmes européens Enquête sur la santé des jeunes et Vers des programmes transfrontaliers de santé . Il mobilise trois provinces belges (Hainaut, Luxembourg et Namur) et trois régions françaises (Champagne-Ardenne, Nord-Pas-de-Calais et Picardie).
Générations en Santé se focalise sur la promotion de la santé chez les jeunes et chez les seniors, sur la connaissance transfrontalière des problèmes de santé et sur le développement d’un pôle transfrontalier de compétences en santé publique. Une série d’objectifs opérationnels ont été fixés (voir encadré page suivante).
Générations en Santé , ce sont aussi des partenaires associés et de très nombreux acteurs locaux (écoles, santé scolaire, associations, pouvoirs locaux, services aux personnes âgées…) mobilisés au sein du programme. Le budget s’élève, pour quatre années, à 4.075.000 euros couverts à 46 % par le Fonds Feder de l’Union européenne. Les autorités nationales, régionales et provinciales (Belgique, France) prennent en charge les 54 % restants.

La promotion de la santé chez les jeunes et les seniors

Coopérer dans la mise en place de programmes de promotion de la santé chez les jeunes et innover en promotion de la santé des seniors constituent deux priorités du programme.
Les enquêtes sur la santé des jeunes réalisées dans le cadre des programmes Interreg II et III ont identifié clairement des priorités communes dans les domaines de la promotion d’une alimentation équilibrée et d’une activité physique régulière et de lutte contre les assuétudes, en particulier le tabac.
Les indicateurs récoltés montrent qu’en l’absence d’interventions majeures auprès des publics jeunes, la progression de problèmes de santé tels que l’obésité, le diabète, l’hypertension, les maladies ischémiques, les cancers, les problèmes ostéo-articulaires sera inéluctable.
En complément aux efforts nationaux respectifs, la coopération transfrontalière va permettre une amélioration qualitative et quantitative des programmes. Sur base des expériences transfrontalières passées et des recommandations de bonne pratique, le projet stimulera la production commune d’outils d’éducation pour la santé et organisera l’accompagnement transfrontalier de projets d’écoles. Dans les localités proches de la frontière, la création d’activités et de programmes s’adressant plus particulièrement à l’extrascolaire et faisant appel à des ressources transfrontalières est un troisième volet d’intervention.
En ce qui concerne les seniors, les recommandations conjointes de l’OMS/ONU (Madrid 2002) sur le vieillissement se base sur le principe du «Vieillir actif» en préconisant la participation des seniors, le développement de toutes les formes de sécurité et la promotion de la santé tant dans ses aspects préventifs que curatifs. Le projet ‘Healthy Ageing’ de l’Union européenne identifie les thèmes prioritaires: la qualité du travail des travailleurs âgés; le développement du capital social; la santé mentale; l’environnement; la nutrition; l’activité physique; la prévention des accidents; la consommation et les abus (tabac, alcool); le mauvais usage des médicaments; les services de santé préventive.
Des initiatives en faveur de la santé et de la qualité de vie des seniors sont déjà développées aujourd’hui au sein des territoires: le programme ‘Bien vieillir’ en Champagne-Ardenne, les ateliers ‘Equilibre’ dans le Département des Ardennes, les ateliers ‘Intergénérationnels’ sur la mémoire du territoire dans le Nord-Pas-de-Calais, une enquête sur la qualité de vie relative notamment à l’autonomie, la dénutrition, la dépression en Picardie, le support au maintien à domicile et des équipes spécialisées en santé mentale en province de Namur, un répertoire social et un groupement ‘Senior et loisirs’ en province de Luxembourg, les ‘Universités du temps disponible’ en Hainaut.
Ces initiatives sont cependant mises en œuvre de façon isolée et principalement orientées vers l’accompagnement et la prise en charge plus que vers la prévention et la promotion de la santé. L’intérêt et l’efficacité de la promotion de la santé chez les seniors sont établis. Ce champ d’intervention innovant sera par conséquent prioritaire.
Le Forum scientifique et d’échanges de pratiques organisé en clôture du programme Interreg III ‘Santé des seniors’ a aussi montré les demandes, les attentes et les besoins de professionnels en termes de soutien aux aidants naturels, de formation aux nouveaux métiers auprès des seniors, de travail en transfrontalier, de travail en réseau, de communication et de participation des seniors eux-mêmes. Rencontrer cette demande sera le deuxième axe prioritaire de cette action.

La connaissance transfrontalière des problèmes de santé

Hormis les enquêtes sur la santé des jeunes, la collaboration transfrontalière s’est élargie, en 2004, avec la réalisation d’un Tableau de bord transfrontalier de la santé (disponible sur le site www.generationsensante.eu). Cet outil dresse des profils sanitaires comparatifs entre le Nord de la France et le Sud de la Belgique et positionne la zone éligible par rapport aux moyennes nationales. Ce diagnostic commun met en évidence des déficits de santé marqués par rapport aux niveaux nationaux. Les liens sont très étroits entre les problèmes de santé prévalents (maladies cardiovasculaires, cancers, accidents) et les conditions de vie et comportements des populations de la zone.
Les retombées de cette collaboration transfrontalière dans le champ de l’observation de la santé sont importantes: publications et communications scientifiques, large diffusion médiatique des résultats, sensibilisation de décideurs locaux et des associations, soutien à la mise en place de programmes jeunes en transfrontalier, signature d’une Entente interrégionale de la lutte contre l’obésité
Cette expérience très positive de traitement transfrontalier de l’information de santé et de sa diffusion incite les opérateurs à poursuivre cette action en l’élargissant à toute la zone et en privilégiant une structuration pérenne des méthodes communes de collecte d’information.

Un pôle transfrontalier de compétences en santé publique

En faisant appel aux réseaux de contacts de chaque opérateur, il sera possible de structurer une offre de compétence en santé publique. Le projet proposera des modalités concrètes d’opérationnalisation de ce pôle transfrontalier de compétence conçu pour apporter un soutien efficace aux acteurs locaux de la zone en utilisant de manière optimale les ressources et organisations existantes.
Pour plus d’informations, consultez le site https://www.generationsensante.eu . Contact: info@generationsensante.eu

Les objectifs opérationnels de Générations en Santé

* Poursuivre et développer des Tableaux de bord transfrontaliers de la santé par une mise à jour temporelle et une extension des territoires et des thèmes. Les Tableaux de bord sont destinés à soutenir l’action et les décisions dans tous les domaines de santé et en particulier ceux qui sont reconnus comme prioritaires.
* Réaliser des enquêtes, homogénéiser et pérenniser la collecte d’informations en soutien aux actions ‘Junior’ et ‘Senior’.
* Diffuser de manière active des informations de santé produites au niveau local, régional voire national auprès du grand public, des décideurs de santé et des acteurs de santé au sens large, dans un langage adapté accessible au plus grand nombre (rapports, articles, émissions radio, web diffusion).
* Développer une dynamique transfrontalière locale de promotion de la santé, du bien-être et de la qualité de vie pour les enfants et les jeunes.
* Construire et implanter ‘Ecoles 21’ en créant un réseau transfrontalier des Ecoles 21 (programme à construire à partir du concept ‘Ecoles en santé’ et de ‘l’Agenda 21’ du développement durable).
* Réaliser et diffuser des supports informationnels pour les jeunes, parents et professionnels en particulier sur les thèmes de l’alimentation équilibrée, de l’activité physique régulière et du tabagisme.
* Développer des services de proximité de promotion de la santé des seniors sur les zones frontalières.
* Identifier et faire connaître l’offre de formations pour promouvoir la santé des seniors, diffuser et implanter dans l’espace transfrontalier interrégional un modèle transfrontalier de formation à la prévention des chutes.
* Identifier, labelliser et promouvoir les outils de promotion de la santé et d’éducation pour la santé des seniors dans l’espace transfrontalier interrégional particulièrement ceux en lien avec les maladies chroniques et sur les thèmes de l’alimentation, de l’activité physique et du tabac.
* Etudier la faisabilité du développement d’un pôle transfrontalier de compétence en santé publique couvrant les zones éligibles et adjacentes.
* Assurer une gestion efficace de l’ensemble des actions du projet et l’assurance de qualité des processus et services.

Le dépistage du cancer colorectal en Communauté française

Le 30 Déc 20

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Présentation du programme

Le cancer colorectal représente en Belgique environ 7.700 nouveaux cas par an; il s’agit du cancer digestif le plus fréquent. Il arrive en troisième position chez l’homme après le poumon et la prostate et en deuxième position chez la femme après le cancer du sein.
Il reste associé à une mortalité élevée (40 à 50% des personnes atteintes décèdent dans les 5 ans). Le nombre de nouveaux cas est faible avant 50 ans, pour augmenter ensuite de façon rapide
.
A l’initiative du Cabinet de la Ministre de l’Enfance, de l’Aide à la Jeunesse et de la Santé de la Communauté française, un programme de dépistage du cancer colorectal est mis en place aujourd’hui par le Centre communautaire de référence et la Direction générale de la santé du Ministère de la Communauté française en partenariat avec:
•la Société scientifique de médecine générale;
•les structures universitaires de médecine générale;
•la Société royale belge de gastro-entérologie;
•le Groupe belge d’oncologie digestive;
•la Société belge d’endoscopie digestive;
•le SCPS Question Santé asbl;
•les mutualités;
•la Fondation Registre du cancer;
•la Fondation contre le cancer.

Les origines du programme

Dans la Déclaration de politique communautaire pour les années 2004 à 2009, il est prévu d’améliorer la prévention et le dépistage du cancer. La mise en œuvre d’autres dépistages que celui du cancer du sein est projetée, notamment le dépistage du cancer du côlon pour la population âgée de 50 à 74 ans.
Le Programme quinquennal de promotion de la santé met également l’accent sur la prévention des cancers et leur dépistage.
Jusqu’ici, seul le dépistage du cancer du sein était proposé par la Communauté française. Le Plan communautaire opérationnel de promotion de la santé (2005) réaffirmait l’importance du dépistage systématique pour d’autres cancers et, plus particulièrement, pour le cancer colorectal. Le Plan communautaire opérationnel 2008-2009 reprend le dépistage du cancer colorectal parmi les problématiques de santé prioritaires.

Sa mise en place

Pour préparer et piloter un tel programme, un groupe de travail pluridisciplinaire a été mis sur pied à l’initiative de Madame Catherine Fonck .
Ce groupe de travail se réunit régulièrement depuis 2006. Une concertation large a permis d’aboutir à un consensus des gastro-entérologues et médecins généralistes sur la démarche de dépistage à adopter. Le groupe s’est appuyé sur l’expertise accumulée à l’étranger (plus spécifiquement en France).

Ses modalités concrètes

Le médecin généraliste est la pierre angulaire du programme de dépistage du cancer colorectal en Communauté française .
Les personnes concernées (1) reçoivent une lettre personnalisée les invitant à se rendre chez leur médecin généraliste afin d’y recevoir toutes les informations utiles ainsi que le matériel pour réaliser le test de recherche de sang occulte dans les selles.
Toutes les personnes de 50 à 74 ans recevront une invitation au dépistage , mais c’est au médecin généraliste d’informer les personnes qui le consulteront, de les orienter suivant le risque qu’elles présentent, de leur remettre le test Hemoccult et d’assurer le suivi de la prise en charge en cas de résultat positif.
L’invitation est envoyée par le Centre de référence ( CCR ). L’invitation parviendra durant le mois de l’anniversaire de la personne, l’année paire si le jour de naissance est impair ou l’année impaire si le jour de naissance est pair. Pour ceux qui ont fait le test une première fois, l’invitation suivante leur parviendra deux ans après la réalisation du test précédent.
D’autres possibilités d’entrer dans le programme de dépistage existent…
Le médecin peut proposer lui-même à ses patients âgés de 50 à 74 ans d’entrer dans le programme de dépistage, même si ceux-ci n’ont pas encore reçu l’invitation.
Toute personne de 50 à 74 ans peut entrer dans le programme de dépistage en allant consulter son médecin généraliste de sa propre initiative, même si elle n’a pas encore reçu l’invitation.
Le médecin dispose du matériel nécessaire pour assurer le dépistage auprès de sa patientèle ainsi que pour assurer le suivi des personnes à risque élevé ou très élevé.

Objectifs du programme

Objectif de santé

L’objectif du dépistage de masse du cancer colorectal est de réduire la mortalité par un diagnostic précoce. En effet, la détection et l’exérèse des adénomes, qui sont les lésions précancéreuses les plus fréquentes, permettent d’éviter le développement de cancers. La détection suivie de l’exérèse de cancers débutants augmente les chances de survie.
La population-cible est la population ne présentant pas de symptômes, appartenant à la tranche d’âge 50-74 ans et n’ayant pas d’antécédents personnels ou familiaux (c’est ce qu’on appelle la population à risque moyen).

Objectifs éducatifs

Le public:
-connaîtra l’importance de la fréquence du cancer colorectal;
-connaîtra l’existence du dépistage du cancer colorectal proposé par la Communauté française;
-identifiera le médecin généraliste comme étant la personne de référence en la matière;
-sera apte à faire un choix éclairé face à l’offre du dépistage du cancer colorectal.

Objectifs de communication

Nous en pointons deux:
-sensibiliser les personnes âgées de 50 à 74 ans au programme de dépistage du cancer colorectal;
-créer un climat favorable auprès du public et également auprès des professionnels de la santé concernés (principalement les médecins généralistes).

Définition du public

Comme nous l’avons déjà vu, le programme de dépistage du cancer colorectal en Communauté française s’adresse aux personnes de 50 à 74 ans.
Ces limites d’âge se basent sur les études épidémiologiques qui démontrent une nette augmentation de l’incidence de ce cancer après 50 ans. Le risque de le développer existe bien sûr aussi après 74 ans, mais les personnes qui n’ont pas développé la lésion à cet âge en souffriront seulement dans 5 à 10 ans, soit au-delà de 80 ans. Compte tenu de la courbe de survie actuelle, ces personnes auront pu décéder pour une autre cause. Le suivi des personnes de plus de 74 ans est dès lors du ressort du médecin généraliste dans le cadre d’une prise en charge individuelle.
La population cible des hommes et des femmes de 50 à 74 ans est de ± 910.000 en Région wallonne auxquelles il faut ajouter les francophones de la Région de Bruxelles Capitale, ± 200.000.

Les outils de communication

En tant que Service communautaire en promotion de la santé, agréé pour la communication, le SCPS Question Santé asbl a été chargé de réaliser la campagne de communication du programme de dépistage du cancer colorectal pour l’ensemble de la Communauté française.
La communication s’adresse tant au grand public qu’aux professionnels concernés par la mise en place et l’accompagnement du programme: médecins généralistes, gastro-entérologues, acteurs de promotion de la santé…
Chaque outil d’information, de formation, de communication doit s’inscrire en cohérence avec l’ensemble du programme: cohérence sur le contenu, cohérence sur la forme pour que le message soit clair et compréhensible par les destinataires du message.
Voici en bref les différents niveaux et outils de communication.
L’accroche visuelle choisie est celle du logo «ruban bleu», représentation visuelle du dépistage du cancer de l’intestin, créée par le National Colorectal Cancer Roundtable (association américaine) et reconnue au niveau international. Le ruban bleu est utilisé notamment par nos voisins français.
Cette accroche est reprise dans l’ensemble du matériel d’information et de communication.
En voici un rapide aperçu:
-une brochure explicative ‘Programme de dépistage du cancer colorectal’ (28 pages) pour le médecin généraliste;
-un questionnaire médical;
-une enveloppe pré-adressée «port payé par le destinataire» à remettre au patient pour renvoyer le test Hemoccult et le questionnaire;
-le dépliant d’invitation ‘Dépister le cancer de l’intestin, c’est possible!’ joint au courrier de départ; dans une version adaptée, il sera aussi diffusé largement, entre autres par les mutualités;
-le dépliant informatif ‘Un test simple à faire chez soi’ pour le patient devant réaliser le test Hemoccult II;
-un dépliant spécifique ‘Pourquoi un dépistage par coloscopie?’ pour le patient devant avoir un suivi spécifique (consultation gastro-entérologue avec coloscopie);
-le formulaire standardisé de prescription de la coloscopie: 3 feuilles autocopiantes à remettre au patient (un exemplaire destiné au gastro-entérologue, un au Centre de référence et un au médecin généraliste);
-les spots TV et radio;
-un site internet https://www.cancerintestin.be .

L’article ‘Le protocole du programme de dépistage du cancer colorectal’ dans la rubrique ‘Stratégie’ de ce même numéro, vous donne de plus amples informations sur l’organisation du programme.
Tout cela est bel et bien, direz-vous, mais il ne suffit pas de proposer au public un programme de dépistage pour qu’il y adhère automatiquement.
La deuxième partie de cet article vous présente une démarche d’estimation de l’acceptabilité du programme par le public concerné, réalisée quelques mois avant le démarrage du dépistage organisé.

Que pensent les personnes concernées du dépistage?

Susciter l’intérêt du public pour le dépistage du cancer colorectal, l’informer à ce sujet, voilà un défi bien délicat à relever. Même si ce dépistage est une priorité en médecine préventive, il est loin de susciter a priori l’engouement du public et des médias.

Des interviews de groupe pour connaître l’avis du public

Le point de vue des professionnels, qu’ils soient gastro-entérologues ou médecins de santé publique, est clair et rationnel: il faut organiser un dépistage de masse sur base d’un test de recherche de sang occulte dans les selles tous les deux ans pour les personnes âgées de 50 à 74 ans.
Mais comment le public réagirait-il à cette proposition? Comment tenir compte au mieux des réactions et attentes du public?
Pour répondre à ces questions et préparer le programme de dépistage qui démarre ces jours-ci en Communauté française, le SCPS Question Santé a réalisé quatre interviews de groupe réunissant des hommes et des femmes de 50 à 74 ans. Au total, plus de 80 personnes ont pu s’exprimer lors des ces rencontres.
Voici les points forts de ces échanges et les perspectives qui ont pu en être dégagées.
Pour vous, quels sont les cancers les plus fréquents?
Les cancers du poumon et du sein ! Ce sont les plus présents dans l’esprit des participants. Cette prédominance est sans doute liée en partie aux campagnes en faveur de l’arrêt du tabagisme et pour le mammotest. Le cancer du côlon et du rectum (souvent cité comme le cancer de l’intestin par les participants) est moins présent dans l’esprit du public. Sa fréquence est sous-estimée. Peut-être y a-t-il un tabou car il touche un organe moins noble?
Et quels sont les cancers les plus mortels?
Le poumon , l’intestin et le sein ! La perception des participants est proche de la réalité puisqu’ils situent le cancer colorectal en 2e position après le cancer du poumon et avant le cancer du sein.
Ces deux premières questions permettent de préciser un premier message utile pour la communication future vers le grand public: le cancer de l’intestin est un cancer très fréquent.
Si un dépistage du cancer de l’intestin vous était proposé gratuitement, le feriez-vous?
Autant de personnes, autant de sensibilités différentes, bien évidemment…
Certaines adhèrent sans réticence:
« Je suis partante pour le dépistage quand je vois la façon dont le cancer tue et fait souffrir ; je veux en avoir le cœur net
« Je fais le dépistage parce que je suis une personne à risque
« Cela n’arrive pas qu’aux autres Je le sais : mon frère est décédé d’un cancer de l’intestin , cela pourrait m’arriver aussi
Quelques personnes refusent catégoriquement.
« Au départ , non , pas de dépistage , c’est désagréable
« Je ne veux pas céder à la panique , on pourrait faire des dépistages sur tout , alors si je n’ai pas de risque , non
D’autres hésitent, veulent des informations, des garanties.
« J’irais mais j’ai besoin d’informations claires et puis , si l’examen ne pose pas trop de problème
« J’attends des renseignements , qu’on me dise vous avez des risques
« J’en parlerais à mon médecin traitant
On va éventuellement dépister quelque chose qui ne vous fait pas souffrir pour le moment. Selon vous, qu’est-ce qui va vous convaincre?
Les réponses des participants illustrent les facteurs psychosociaux influençant les choix de comportements de santé décrits dans la littérature: la peur d’avoir quelque chose, le sentiment de risque d’être atteint par la maladie, des signaux d’alerte, des antécédents familiaux, la fréquence de la maladie, le fait de ne pouvoir la détecter personnellement ou trop tard, l’efficacité du traitement, si c’est guérissable ou non…
Quelles sont les sources d’information auxquelles vous vous référez? Qui est le mieux placé pour vous le proposer?
Il n’y a pas une seule source reconnue par tous les participants mais une multiplicité de canaux d’information qui se complètent, se renforcent.
« Il faut une information de base : la radio , des journaux toutes boîtes , dans les lieux publics , la salle d’attente du médecin , les documents de la mutualité , les pharmaciens , les médecins …»
« Nous sommes noyés d’informations et elles sont souvent alarmantes . Je chercherais une source fiable , je recouperais les informations , je demanderais à mon médecin traitant
« Il faut que les gens sachent , il faut de l’information pour tous et que chacun choisisse . On est des adultes , on sait décider . Il y a quelque chose de dérangeant avec les messages prescriptifs
Si vous receviez personnellement une invitation à vous rendre chez votre médecin traitant pour bénéficier du dépistage, comment accueilleriez-vous ce courrier?
Le fait de recevoir une invitation personnelle est un facteur renforçant.
« Oui , c’est une bonne idée , cela m’incitera à faire la démarche
« Je la mets de côté , j’y réfléchis . Je vais chercher plus de renseignements avant de faire la démarche
« Si le médecin a le test en stock dans son cabinet , j’en parle à l’occasion d’une consultation , je ne fais pas une consultation de plus pour cela
Certaines personnes mettent ce type d’information à la poubelle mais une large majorité approuve sans réserve le procédé.
Le test de dépistage consiste à faire soi-même un prélèvement de selles pour l’envoyer à un laboratoire. Comment réagissez-vous à cette proposition?
La réaction des participants est largement favorable. De façon quasi unanime, ils trouvent ce test facile, discret…
« C’est pratique , on fait ça chez soi , à l’aise . Ce n’est pas agressif , ce n’est pas invasif
« On fait ça soi même , on se sent plus impliqué , c’est une bonne formule
La réalisation de ce test ne suscite que quelques rares réactions de rejet, de dégoût. Par contre, ce qui intéresse surtout les participants, c’est d’avoir une information claire quant aux résultats du test: comment seront-ils informés des résultats, dans quel délai?
Si les résultats du test sont positifs, il faudra faire un examen complémentaire, la coloscopie. Qu’en pensez-vous?
Les avis sur ce sujet sont plus circonspects: la coloscopie est toujours perçue comme un examen délicat.
« En parler , ne pas en parler Il y a une question de pudeur . Il y a comme une sorte de honte à faire une coloscopie , c’est un sujet encore tabou , c’est délicat
« Il y a la position lors de l’examen , cela met mal à l’aise . Mais je le ferais parce que je ne vais pas rester sans savoir si j’ai un vrai problème
« Je le fais si cela m’empêche d’avoir le cancer ou me donne de bonnes chances de guérir
Les personnes ayant déjà subi cet examen sont quant à elles plus rassurantes, elles le dédramatisent et le conseillent.
« Heureusement , maintenant , cela se fait sous sédation
« Moi je prends deux trois Amaretto ou Limoncello avant d’y aller …»
« Je le fais , mais je négocie avec le gastro entérologue pour que cela soit indolore : une petite anesthésie , un Valium …»

En conclusion

Ces rencontres ont permis de confirmer certaines données (par exemple les sources d’information les plus sollicitées par le public) mais elles ont aussi amené quelques surprises comme la sous-estimation de l’importance de la fréquence du cancer de l’intestin, l’accueil favorable des participants vis-à-vis du test de dépistage proposé et leur avis pondéré et nuancé sur la coloscopie.
Les professionnels, médecins généralistes et gastro-entérologues, étaient en effet inquiets sur l’acceptation par le public du dépistage proposé.
Tous ces éléments relevés lors des groupes focus ont permis de préciser les messages adressés au grand public:
-l’importance du cancer colorectal: vous savez que ce cancer existe mais il est plus fréquent que vous ne le pensez. On en parle peu, parlons-en!
-le risque – la protection: ce que vous ne savez pas, c’est qu’il est possible de le dépister.
-votre médecin traitant est votre interlocuteur, il vous conseillera.
-une visite chez votre médecin et vous faites le test chez vous, c’est simple et discret.
Les avis recueillis lors des interviews de groupe permettent également de s’adresser aux médecins pour réaffirmer leur place déterminante auprès de leurs patients en tant que conseillers en matière de prévention. Les médecins détiennent des informations et ont des compétences en matière de prévention; leurs patients attendent qu’ils s’impliquent activement dans ce domaine.
Bernadette Taeymans , SCPS-Question Santé asbl, avec l’appui de Christian De Bock

(1) Du moins actuellement celles résidant en Wallonie. Des négociations sont en cours pour que la procédure soit identique pour les francophones de la Région bruxelloise et ce, dans les plus brefs délais.

Signaux de fumée

Le 30 Déc 20

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Le difficile cheminement du sevrage tabagique

L’entrée des fumeurs dans un monde sans tabac passe par un chemin difficile. Des entretiens avec des soignants et des patients en montrent les chausse-trappes.
Dans le cadre du Plan wallon sans tabac, la Fédération des maisons médicales a lancé en 2007 un appel invitant les maisons médicales à travailler autour du tabagisme. L’objectif était de stimuler et soutenir le développement d’activités relatives à cette problématique selon deux volets: d’une part, en organisant une action montrant qu’il existe diverses démarches d’accompagnement des personnes qui souhaitent arrêter de fumer, dans la maison médicale et à l’extérieur; d’autre part, en recueillant des témoignages de patients et de soignants pour mieux comprendre la problématique du tabagisme et du sevrage, et pour engager les professionnels dans une réflexion sur leurs pratiques.
Quinze maisons médicales de la Région wallonne ont monté des projets, avec un soutien financier de la Région wallonne: six dans la région de Liège, quatre dans la région de Namur-Brabant wallon, et cinq dans la région de Charleroi. Chaque équipe a réalisé une action concrète et recueilli les témoignages de cinq patients et de deux soignants.
Ce projet a permis de créer diverses synergies à travers des réunions et des temps de réflexion. En mai 2008, une après-midi d’échanges a notamment été organisée en collaboration avec l’Intergroupe liégeois des maisons médicales (IGL). Lors de cette rencontre, le Programme d’Expérimentation en Promotion de la Santé (PEPS) de l’IGL a proposé aux équipes un dispositif interactif visant à susciter réflexions et échanges dans la salle d’attente lors de la journée mondiale sans tabac qui avait lieu quelques jours plus tard, le 31 mai; le groupe prévention de l’IGL a évoqué la question, plus technique, de l’encodage du tabagisme dans le Dossier santé informatisé; les équipes ont parlé des projets qu’elles avaient réalisés, et l’Espace Promotion Santé de la Fédération des maisons médicales a présenté l’analyse des entretiens recueillis.
Dans cet article, nous présentons les lignes directrices de cette analyse.

Méthodologie du recueil de témoignages

Les travailleurs des maisons médicales ont réalisé des entretiens qualitatifs en face à face auprès de soignants et patients recrutés sur base volontaire. Cette implication des travailleurs dans l’enquête, propre à la recherche-action, peut bien sûr engendrer des biais; mais elle a aussi renforcé l’intérêt des soignants pour la problématique, et leur a donné l’occasion de dialoguer d’une manière inhabituelle avec les patients, leur permettant ainsi de mieux percevoir ce que ceux-ci ressentent, et de jeter un regard critique sur leurs pratiques. Nous leur avions bien sûr proposé une aide: mise au point d’un guide d’entretien semi-dirigé pour chaque groupe, et organisation d’une formation à la conduite de ce type d’entretien.
Le guide d’entretien destiné aux patients visait à cerner différents éléments: le rapport des personnes au tabagisme, leur situation par rapport à l’arrêt (réalisé, en projet, déjà tenté, pas envisagé…); la manière dont s’étaient passées les éventuelles expériences d’arrêt (motivations, difficultés, réussites), leur perception du soutien reçu (de la part de l’entourage, des professionnels…) ainsi que leurs souhaits en la matière.
Les soignants, eux, étaient invités à expliquer de quelle manière ils accompagnent leurs patients en matière de tabagisme, et à identifier les difficultés, les ressources, les leviers qu’ils avaient pu expérimenter dans ce type de prise en charge.
Nous avons reçu 63 témoignages de patients et 16 de soignants (écrits ou enregistrés). Environ 50 % des entretiens ont dû être écartés, soit à cause d’une mauvaise qualité sonore, soit parce qu’il s’agissait d’écrits peu complets ne reprenant que brièvement les réponses aux questions posées. Tous les témoignages utilisables ont été analysés sur base d’une écoute ou d’une lecture approfondie. Dix témoignages (7 patients et 3 soignants) ont ensuite été sélectionnés pour un travail d’analyse plus spécifique (à l’aide du logiciel d’analyse qualitative QSR – NVIVO): ils apportaient une réflexion particulièrement riche sur des éléments abordés par l’ensemble des répondants, et certains d’entre eux développaient en outre des aspects nouveaux. Chaque analyse a été discutée entre les chercheurs signataires de cet article.

Le parcours du combattant

Le sevrage… exigeant

Comparant le tabagisme aux problèmes liés à l’alcool et aux drogues, plusieurs patients insistent sur le fait que le sevrage tabagique est une démarche exigeante et complexe, qui doit être suivie au même titre que les autres sevrages: « Il ne faut pas banaliser la cigarette : c’est le même souci que l’alcool , la drogue , une dépendance ». « Par rapport à l’accoutumance , le fumeur est comme le grand buveur (…); on croit toujours qu’une cigarette ce n’est rien , mais c’est comme celui qui a bu : on dit toujours « un verre et ça ira » puis on constate qu’en général ça ne marche pas pour les gens qui ont été loin dans l’alcoolisme ; ils font des rechutes ».
Les patients souhaitent que les soignants prennent la mesure de leurs difficultés et certains insistent sur la nécessité d’un suivi rapproché: « Au niveau des médecins il ne faut pas banaliser , ne pas dire « c’est facile , il suffit de mettre des patchs et ça passe »… Non , c’est plus complexe que ça . Au niveau psychologique , il faut gérer . Quand j’ai arrêté j’ai vraiment été bien suivi par mon médecin traitant qui me voyait régulièrement toutes les semaines pour voir comment j’allais Je faisais des réactions aux patchs , des cauchemars la nuit J’ai vraiment été suivi comme quelqu’un sous méthadone par exemple et ça , ça m’a beaucoup aidé . Il ne faut pas banaliser ça , surtout pas ».

Le sevrage… contraignant

Les soignants interrogés reconnaissent les difficultés du sevrage, et les identifient d’une manière qui concorde avec ce qu’expriment les patients: nervosité, stress, prise de poids, difficulté de combler le vide, de modifier ses habitudes, effets secondaires des médicaments.
Il faut parfois aller un peu au-devant d’une demande, parce que certains patients ne perçoivent pas que le médecin peut les aider: « Je donne des conseils . On a aussi notre brochure de soutien . C’est vrai qu’avec cette patiente , comme je sentais qu’elle était motivée , j’ai déjà donné cette brochure , comme elle ne voyait pas très bien ce qu’on pouvait lui proposer , pour lui montrer un peu ce qui existait déjà , tout en lui expliquant que j’aurais bien voulu la revoir dans un premier temps moi même . Même si elle envisage d’aller voir un tabacologue ou un groupe de soutien ».

Un travail de longue haleine

Si le sevrage est difficile avant tout pour le patient, l’accompagnement n’est pas non plus de tout repos pour les soignants! Certains expriment leur frustration lorsqu’ils sentent que cela n’avance pas beaucoup et qu’il faut «tirer» constamment le patient: «(…) des consultations qui ne sont pas évidentes et qui sont souvent frustrantes parce qu’on à l’impression qu’on n’avance pas beaucoup justement . Ce n’est pas évident parfois d’avoir l’impression de tirer le patient et qu’il ne suit pas des masses ». C’est un travail de longue haleine, pour lesquels les soignants manquent de temps: certains pensent qu’il serait nécessaire de proposer des consultations spécifiques – et il faut aussi choisir le bon moment: « Je vois un peu comment ça accroche , s’ils sont vraiment prêts à faire quelque chose , à commencer à arrêter de fumer , à faire un travail et là je leur propose alors une consultation , on en parle alors une fois …».
Mais la frustration guette: «… et puis la conclusion c’est : et bien docteur quand je serai prêt je reviendrai . Ca arrive très souvent ».

Les médicaments

Aux yeux de certains soignants, les attentes des patients vis-à-vis des médicaments sont trop élevées, et ils négligent le travail personnel sur la motivation: « Je pense qu’ils attendent souvent beaucoup des médicaments : ils pensent qu’avec ça ils arriveront à arrêter de fumer sans vraiment se gonfler , se motiver … « Je vais essayer avec les médicaments », disent ils … « Docteur , donnez moi le nouveau médicament qui est sorti sur le marché »… ça , c’est parfois dur …».
Le médicament n’est pas la solution-miracle, les soignants le savent bien. Mais l’un d’eux estime que, « quand on n’a pas instauré une prescription , (…) c’est difficile de les suivre parce que soit ils oublient , soit ils ont changé d’avis , soit ils n’ont pas tenu le coup ». La prescription – de substituts nicotiniques ou de médicaments – doit, rappelons-le, répondre à des indications précises (souvent méconnues), et est inutile pour beaucoup de patients (1); et, si elle vient parfois, comme semble l’évoquer ce soignant, rythmer, concrétiser la prise en charge – ou donner au patient le sentiment d’être «vraiment» aidé-, elle ne peut bien sûr en aucun cas faire oublier la nécessité d’un accompagnement psychologique, lequel est d’ailleurs largement souhaité par la plupart des patients interrogés.

Ambivalence et confiance en soi

Même lorsqu’ils souhaitent arrêter de fumer, la plupart des patients évoquent le rôle positif que joue la cigarette dans leur vie: c’est un moyen de se relaxer, de surmonter le stress, elle permet de s’octroyer un moment privilégié. Pour certains, la cigarette facilite le contact social, elle permet d’avoir confiance en soi et d’engager les conversations… Les soignants sont constamment confrontés à cette ambivalence.
Selon l’état d’esprit du patient face au sevrage tabagique, les difficultés rencontrées sont plus ou moins grandes; certaines personnes se font plus confiance que d’autres, elles mettent en place des stratégies pour surmonter les obstacles et/ou font appel à des professionnels. Par contre, d’autres personnes ne voient pas comment supporter l’arrêt à long terme, elles craignent la récidive qui les mettrait face à un sentiment d’échec, elles se sentent vulnérables et démunies face à cette difficulté et ne se sentent pas le courage, la force d’affronter ce parcours… « Non ce n’est même pas une question de motivation , c’est le courage de se dire voilà je suis prête à affronter cela ».
« On se rend quand même compte que l’on peut arrêter mais qu’on est sur le fil , c’est vraiment à bout de bras et ça peut craquer à tout moment . On sent cela , on sent la faiblesse , on sent qu’il ne faut pas grand chose ».
Des encouragements sont dès lors indispensables, et les patients soulignent leur utilité: « Mon médecin m’encourage dans le sens où elle me dit : il faut du temps à chaque personne , vous il vous faudra peut être un peu plus longtemps Mais elle m’encourage parce que j’ai déjà fait énormément d’efforts . C’est vrai qu’à la maison médicale , je me sens quand même soutenue ».

La motivation

Le fait d’avoir des projets personnels est, chez certaines personnes, une source de motivation importante pour arrêter de fumer: « J’ai besoin de me trouver dans des situations exceptionnelles comme devenir grand père une deuxième fois , pour de nouveau me dire que cela vaut encore la peine de s’occuper plus de soi même
Il y a là une piste à saisir pour les soignants: amener le patient à envisager l’avenir, l’aider à percevoir l’impact du tabagisme sur cet avenir. Non pas de manière générale, rationnelle, ou en agitant des menaces de maladie, mais de manière très concrète, à partir de projets, de désirs, auxquels le patient est attaché, qui lui donnent envie de vivre en bonne santé, de prendre soin de lui. Une telle démarche implique que le soignant s’ouvre à la vie du patient, et développe une réelle écoute, parce que ce qui motive l’un n’est pas ce qui motive l’autre, les projets sur lesquels il y a moyen de s’appuyer peuvent apparaître minimes, peu visibles ou quasi inexistants, particulièrement chez des personnes en grande difficulté – il s’agit de cheminer avec elles, sans faire pression, en étant attentif au petit déclic qui peut faire bouger les choses à un moment donné.

Un accompagnement différencié

Selon le vécu du patient, son contexte de vie, sa personnalité et la façon dont il affronte les difficultés du sevrage, son comportement face au tabac et sa manière de réagir à l’accompagnement sont différents. Les soignants insistent sur cette diversité: il n’y a – hélas!? – pas de recette: « Les patients voient leur consommation de tabac et les problèmes qui peuvent y être liés d’une façon très différente . Les interventions que nous pouvons apporter vont déclencher des réactions assez différentes d’un patient à l’autre ».
Il faut donc adapter le soutien au patient selon son profil. Certains ont besoin d’une présence considérable, d’autres souhaitent un soutien plus discret: ils veulent être informés et conseillés, mais tiennent à garder une certaine indépendance… Quelques patients, peu confiants par rapport au monde médical, comptent avant tout sur leurs compétences personnelles pour arrêter de fumer.
« Plutôt que d’attendre d’aller chez un thérapeute qui m’aide à réfléchir , je pense que je suis aussi capable de filmer ce que j’ai vécu et de repérer par moi même sans l’aide d’un thérapeute , ni l’aide d’une pilule ce qui a été facile et difficile ».
« Qu’ils me laissent prendre ma décision seule , qu’ils n’interviennent pas là dedans . Cela ne les concerne pas , c’est ma vie , c’est ma santé . Cela m’énerve plus qu’autre chose et non ça je ne pouvais pas , même de mon médecin traitant ».
Ceci rappelle l’importance de reconnaître la liberté de choix des patients, et de soutenir leurs ressources personnelles – tout en restant présent: il faut aussi que la personne sente qu’elle peut, si elle rencontre des difficultés imprévues, venir demander un soutien plus important qu’elle ne le voulait au départ, sans démériter…

Le travail sur les représentations, porte d’entrée de l’accompagnement

Plusieurs patients parlent de la nécessité d’effectuer un travail sur la représentation qu’ils se font de la cigarette: ils ont d’abord dû situer son rôle dans leur vie, pour pouvoir ensuite le relativiser. A leurs yeux, une telle démarche est un préalable indispensable pour entamer une démarche de sevrage. Certaines personnes font ce trajet seules, d’autres se font aider, par un livre ou par un professionnel; rappelons que les groupes de patients fumeurs, mis en place par certaines équipes à l’incitation d’Espace Promotion Santé, sont une autre manière de faire ce cheminement.
Du côté des soignants, certains accordent beaucoup d’importance aux représentations du patient, estimant qu’ils doivent les connaître afin de soutenir sa démarche: « Il faut voir les motivations , pourquoi il fume ; cela permet aussi de le lui rappeler par la suite , s’il a un peu difficile à arrêter . Je crois que c’est quelque chose à bien percevoir . Essayer aussi de comprendre peut être avant qu’il arrête , essayer de l’aider à voir pourquoi il fume , qu’est ce que cela lui apporte ? C’est vraiment comme cela que l’on peut les aider à éclaircir un petit peu leur vision par rapport à la cigarette
D’autres soignants parlent plus globalement de la nécessité de préparer le terrain avant d’accompagner le patient par des traitements: connaître les représentations que le patient se fait de lui-même en tant que fumeur permet au soignant d’orienter son discours et d’adapter les pistes d’accompagnement. Soulignons que le médecin traitant est particulièrement bien placé pour accompagner son patient en tenant compte de sa personnalité, parce qu’il le connaît bien, et parce qu’il a une vision globale (enrichie par le regard de ses collègues lorsqu’il travaille en équipe).

Les qualités humaines, pilier de l’accompagnement

Certains patient décrivent bien ce que leur apporte le médecin traitant: « Le suivi du médecin peut vraiment aider parce que tout ce que l’on remarque au niveau physique , il peut un peu l’expliquer et chez le médecin tout ce qui est dit reste au cabinet donc tout ce qui est psychologique est plus facile aussi . On a des réponses au niveau des problèmes physiques et en même temps au niveau psychologique : on ne peut pas traverser cela tout seul . Le médecin traitant qui est une référence peut traverser tout cela avec
Signalons que le rôle du médecin est rarement décrit de manière aussi explicite: en fait, peu de patients l’évoquent, si ce n’est dans le cadre des informations reçues sur le sevrage ou des prescriptions médicamenteuses. Ils ne semblent pas vraiment percevoir le médecin traitant comme une personne qui puisse les accompagner de manière professionnelle dans leur voyage vers une vie sans tabac…
Ceci est interpellant: on peut se demander si les médecins eux-mêmes ont conscience du rôle qu’ils pourraient jouer, s’ils sont suffisamment attentifs aux difficultés rencontrées par leurs patients, s’ils n’ont pas tendance à faire de tout cela une affaire de spécialistes, comme pourrait les y inciter l’existence de tabacologues…
Certains patients décrivent de manière fine ce qu’ils attendent du soignant qui les accompagne dans leur trajet. Ces attentes sont d’ordre relationnel et humain: empathie, absence de jugement, écoute, compréhension, prise en compte de la réalité personnelle, disponibilité – toutes qualités qui font intrinsèquement partie, d’autres enquêtes le montrent, de ce que les patients attendent en général de leur médecin (voir les enquêtes menées à la maison médicale de Barvaux (2) et à celle de Forest (3)).
La disponibilité souhaitée est parfois très grande, comme le montre l’extrait suivant: « Je suis suivie par une tabacologue . Je lui téléphone deux fois par semaine et donc je lui explique ce qui se passe dans ma tête . Etant donné qu’elle est tabacologue et psychologue en même temps , elle me donne énormément de conseils et une fois par mois , je vais la voir . Si un jour je craque ou j’ai envie de craquer , je lui téléphone , j’ai son numéro personnel , je lui téléphone et elle m’aide ».
Plusieurs patients trouvent important d’être suivis par un soignant lui-même fumeur ou ex-fumeur: « ce qui est rassurant , c’est que cette personne fumait , et donc c’est le plus important . Si elle n’avait jamais fumé , elle ne pourrait pas comprendre . C’est très important . On peut vraiment lui raconter tout ce qu’on ressent , elle ne va pas faire de jugement ni quoi que ce soit , elle va dire c’est normal , je suis aussi passée par là et tout le monde passe par là , c’est tout à fait normal . Elle nous rassure . Je n’ai pas l’air stupide en lui racontant que je pleure souvent ces temps ci à cause du fait que j’arrête la cigarette . J’avais peur de ce qu’elle pourrait dire mais elle me dit que c’est tout à fait normal
« Pour analyser un fumeur , il faut être soi même fumeur pour comprendre ce que c’est . Je pense qu’un médecin qui n’a jamais fumé ne peut pas dire à son patient du jour au lendemain : il faut arrêter parce que ci ou cela dans la pratique c’est totalement autre chose . Ce qui est difficile pour les soignants , c’est de ne pas comprendre ce que l’on ressent On peut imaginer ce que l’on ressent mais on ne peut pas se mettre à notre place ».
Difficile de demander aux soignants de fumer pour mieux comprendre leurs patients!
Mais, si l’expérience partagée confère effectivement une proximité particulière (c’est d’ailleurs la base de travail des Alcooliques Anonymes par exemple), ces extraits permettent d’insister sur d’autres pistes, plus réalistes: l’organisation de groupes de parole, d’animations permettant aux patients d’exprimer, d’échanger leurs expériences peut répondre à ce besoin d’être entendus. De telles activités, menées avec les soignants permettent aussi à ces derniers d’entrer en contact avec l’expérience subjective de leurs patients, de développer une écoute subtile dont la qualité répondrait, tout autant ou même mieux que l’expérience personnelle du tabagisme, à ce que les patients expriment ici.

Climat social et accompagnement

Un élément très présent dans les extraits précédents, c’est le besoin de ne pas être jugé. Et, justement, plusieurs soignants signalent que leurs patients subissent parfois une forte pression de la part de médecins spécialistes consultés pour des problèmes de santé spécifiques: « J’ai une patiente qui a peur de revoir le chirurgien vasculaire : il va lui crier dessus , parce qu’elle n’a pas arrêté de fumer ; or elle fait tout ce qu’elle peut pour arrêter ».
Ce sentiment d’être mis sous pression, d’être jugé est très fréquemment exprimé par les patients: certains disent à quel point ils se sentent montrés du doigt, et ils expriment leur difficulté, voire leur révolte face au rejet social dont ils font l’objet et au changement qui s’est opéré dans la société vis-à-vis des fumeurs: « Avant , on fumait dans un restaurant ; maintenant , on sort du restaurant et on rejoint d’autres personnes et la réflexion est toujours la même : vous êtes venus rejoindre les pestiférés ! Et on parle de la cigarette , de la loi contre la cigarette »; « Je comprends que les non fumeurs soient incommodés ; par contre il faut être tolérant vis à vis des vices des autres ; autrement , on vit dans une société qui devient invivable Je trouve qu’il y a un peu un excès pour le moment On culpabilise un peu trop ».
Une personne met en évidence cette qualité chez sa tabacologue « on peut vraiment lui raconter tout ce qu’on ressent , elle ne va pas faire de jugement ». La politique de dénormalisation du tabac, aussi intéressante soit-elle si elle est bien conçue, entraîne en effet un risque de stigmatisation dont les effets néfastes ont déjà été soulignés par de nombreux auteurs.
Nous avons évoqué ce risque dans un article récent (4), et il en a été largement question lors du colloque organisé par l’asbl Questions Santé en 2008 sur Normes et Santé. Raymond Massé , expert canadien en santé publique, évoque lui aussi, de manière éclairante, les effets pervers d’une stigmatisation des fumeurs: « On peut évoquer la perte d’estime de soi , le sentiment de culpabilité Mais aussi l’adoption revendicatrice du comportement proscrit : par exemple , le comportement des fumeurs qui s’accrochent au tabagisme en guise de protestation contre l’ostracisme dont ils se disent victimes illustre les effets pervers de l’étiquetage en termes de légitimation symbolique de la déviance ( 5 )».
Signalons que cette question était à l’ordre du jour de la rencontre à Liège évoquée au début de cet article. Plusieurs maisons médicales ayant mis sur pied des projets avaient d’ailleurs été très attentives à éviter la stigmatisation, et telle était aussi, très clairement, l’option du dispositif proposé par le groupe Promotion santé de l’Intergroupe liégeois dans le cadre de la journée mondiale.
On ne peut qu’applaudir de telles attitudes, particulièrement à un moment où elles ne font pas l’unanimité dans le monde médical: en effet une enquête publiée l’an dernier par le Journal du Médecin (30 mai 2008) révèle ainsi que « un tiers des médecins excluerait le fumeur invétéré du remboursement des soins ». C’est le titre de l’article, qui précise que « 32 % des médecins estiment qu’un fumeur invétéré qui , malgré les conseils de son médecin , attrape un cancer du poumon , n’a pas droit au remboursement de ses soins ». Signalons que d’autres problématiques entraînent une réaction similaire: « Pour un quart des répondants à notre grande enquête , un motard qui ne portait pas de casque et qui perd la vue après un accident de la route ne devrait pas avoir droit à une allocation d’invalidité »… et « plus d’un quart des répondants retireraient le remboursement des soins pour des maladies hépatiques dues à un excès d’alcool ».
On peut craindre que, dans un tel climat, les patients éprouvent des difficultés à faire part d’un problème dont ils se sentent coupables, hésitent à demander de l’aide, n’osent pas exprimer ce qu’ils ressentent comme un échec lors d’une tentative d’arrêt… Faudra-t-il un jour, comme on l’a fait il y a quelques années pour le sida, ouvrir des centres anonymes pour que les personnes atteintes d’une «maladie honteuse» osent faire une demande de soins?

Conclusion

Cette enquête souligne, si besoin est, l’intérêt de recueillir la parole des personnes concernées par une problématique, de créer un dispositif spécifique pour recueillir cette parole. Les personnes qui ont été interrogées ici parlent avec finesse et profondeur de leur trajet, et ce qu’elles disent rencontre et nuance les recommandations en matière d’accompagnement des patients fumeurs: nécessité d’une approche globale, d’une qualité d’écoute fondée sur l’empathie et le respect; rencontre avec les représentations du patient; valorisation de ses ressources plutôt que jugement… Elles redisent, dans leurs mots, les conseils que d’autres, experts en la matière, donnent aux médecins généralistes – par exemple dans la brochure Mon patient fume , Attitudes du généraliste , publiée il y a quelques années, et qui reste entièrement d’actualité – ou encore dans les approches basées sur l’entretien motivationnel (6) (7).
Les patients nous rappellent que le sevrage tabagique est une expérience difficile, exigeante, pour laquelle ils ont réellement besoin d’une aide attentive, d’un engagement sur la durée: il y a là, à nos yeux, un réel appel vers les soignants. L’organisation de consultations spécifiques, l’intérêt d’aller parfois au-devant d’une demande, d’indiquer différentes voies complémentaires, de soutenir le patient dans le cheminement qu’il fait avant de prendre la décision d’arrêter: autant de pistes dont cette enquête réaffirme l’importance.
Les patients rappellent aussi que les qualités humaines constituent la base d’un accompagnement réussi; ils attendent que les soignants reconnaissent le rôle positif que le tabac peut jouer dans leur vie, les efforts qu’ils font pour s’en débarrasser, et les soutiennent dans les moments difficiles, sans les disqualifier lorsqu’ils «craquent». Soulignons l’insistance mise sur tout ce qui tourne autour du jugement de valeur: les fumeurs ont un intense besoin d’être compris, acceptés, et il est très préoccupant de voir pointer chez certains un sentiment de honte, une crainte d’être mal considérés par les soignants. Les personnes qui ont accepté d’être interrogées ici avaient un rapport plutôt positif avec leur soignant; il est très probable que, pour d’autres, moins confiantes vis-à-vis du monde médical, la crainte d’être mal jugées puisse faire entrave à une demande d’aide. Et cette crainte est malheureusement fondée, comme le montre l’enquête faite par le Journal du Médecin, citée ci-dessus!
Ceci ramène à des questions éthiques auxquelles les soignants sont confrontés, bien au-delà du tabagisme, dans toutes les situations où des personnes mettent leur santé en danger par un comportement, un mode de vie à risque, ou par une adhésion insuffisante au traitement prescrit, aux conseils donnés.
Ces situations, extrêmement fréquentes, exposent les soignants à un sentiment d’échec, d’impuissance, difficile à supporter. Comment, dès lors ne pas être frôlé par l’agacement, voire l’agressivité contre la personne qui est à l’origine de ce sentiment d’échec? Comment naviguer entre le désir de soutenir la responsabilité des patients, leurs capacités de choix, tout en acceptant, le plus sereinement possible, qu’il y a des limites à leur liberté – que, finalement, personne n’est tout puissant? Pas facile… Il y a là, dit J.F Malherbe , le « travail interminable » d’une recherche éthique , « le travail que je consens à faire avec d’autres , sur le terrain , pour réduire , autant que faire se peut l’inévitable écart entre nos affiches et nos pratiques effectives » (c’est-à-dire entre l’idéal et la réalité, ndlr) (8).
Rajae Serrokh , Marianne Prévost , Valérie Hubens , membres du Service Espace Promotion Santé de la Fédération des maisons médicales
Adresse des auteurs: FMMCSF, Bd du Midi 25 bte 5, 1000 Bruxelles. Tél.: 02 514 40 14. Courriel: fmmcsf@fmm.be. Internet: https://www.maisonmedicale.org .
Cet article est paru précédemment dans Santé conjuguée n° 45 (juillet 2008) et est reproduit à l’aimable suggestion des auteurs.
(1) Jean Laperche, Axel Roucloux, Jeanine Gailly, Laurence Galanti, Jacques Dumont et Michel Pettiaux, Mon patient fume, Attitudes du généraliste, 2003.
(2) Delphine Lancel et Jean Laperche, «Enquête sur la participation des patients», Santé conjuguée n°30 p 46-48, 2004.
(3) Daniel Burdet, «Enquête de satisfaction des patients au sortir des consultations de médecine générale», Santé conjuguée n°39 p 7-15, 2007
(4) Marianne Prévost, «Quand les anormaux se rebiffent», Santé conjuguée n°41 p 34-43, 2007.
(5) Massé 2003: 257 cité par Lynda Bouthillier et France Filiatrault dans «Exploration du phénomène de stigmatisation au regard des activités de surveillance de l’état de santé de la population», Document d’information, août 2003.
(6) William R. Miller et Stephen Rollnick, L’entretien motivationnel – aider la personne à engager le changement, Intereditions-Dunod, Paris, 2006.
(7) B. Janssen et V. Hubens, Parentalité et tabac, Guide méthodologique pour les professionnels de santé, FARES, 2003.
(8) J.F. Malherbe, Il n’y a pas de vie sans risque, remarque sur l’incertitude et la liberté dans la question du sens, conférence prononcée à Montréal le 8 octobre 2004 dans le cadre des «Entretiens Jacques Cartier» à l’occasion d’un symposium organisé par le RISQ (Recherche et intervention sur les substances psychoactives – Québec)

Identifier les besoins de santé des adolescents

Le 30 Déc 20

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Intérêt de l’utilisation d’un questionnaire lors des bilans de santé scolaire

Bien que les adolescents soient globalement en bonne santé dans nos pays développés, certains sujets tels que le tabagisme, les comportements alimentaires, le stress, les comportements à risque, la dépression, sont préoccupants sur le plan de la santé publique, de par leur prévalence et le domaine qu’ils touchent, celui du «bien-être physique, mental et social». Ni les adolescents ni les médecins de médecine privée ne semblent à l’aise pour aborder ces questions. Se basant sur notre pratique de médecin scolaire, cet article met en évidence le rôle que peut avoir le bilan de santé scolaire en réponse aux besoins de santé des adolescents, et l’intérêt de l’utilisation d’un questionnaire de santé et de qualité de vie administré préalablement aux visites médicales.

Les «nouvelles morbidités» des adolescents et le manque de prévention

La santé des enfants et des adolescents est marquée depuis quelques décennies par ce que l’American Academy of Pediatrics a appelé en 1993 de «nouvelles morbidités», c’est-à-dire «des problématiques complexes, non strictement somatiques, touchant soit l’ensemble de la population, soit des sous-groupes en situation de vulnérabilité» (5).
Ces problématiques touchent à la question du bien-être des individus et sont souvent associées à des comportements dits «à risque». Il s’agit, entre autres, de problèmes de dépendance au tabac, de consommation de drogues, de troubles alimentaires (anorexie, boulimie, obésité), de violences auto et hétéro-agressives – y compris le suicide –, d’abus sexuels, de problèmes de santé mentale. Pour Klaue et Michaud (5), bien que ces nouvelles morbidités aient pu affecter les adolescents dans le passé, elles ont acquis un nouveau statut pour deux raisons: d’une part elles sortent du cadre strictement bio-médical et sont perçues comme affectant la santé au sens large et ont acquis une autre visibilité; d’autre part elles ont des prévalences en nette augmentation et posent par leur ampleur des problèmes de santé publique inédits.
Les données de l’enquête HBSC («Health Behaviour of School-aged Children») menée en Communauté française de Belgique (12) montrent que même si 92% des adolescents interrogés se trouvent «en bonne santé», 30% rapportent des plaintes somatiques récurrentes, 40% souffrent de nervosité et d’insomnies, 27% des adolescents sont obèses, 16% fument quotidiennement, 12% des filles sexuellement actives ne prennent pas de contraception hormonale, et près de la moitié des adolescents déclarent ne pas savoir où aller pour traiter d’un problème de santé qu’ils souhaiteraient pouvoir taire à leur entourage…
Dans nos pays, les consultations de médecine générale abordent peu ces sujets. D’une part les adolescents consultent difficilement pour ce type de problématiques; d’autre part le médecin a spontanément tendance à aborder des thèmes plus médicaux que psychosociaux durant les consultations avec les jeunes, en particulier lorsque le temps est limité (1).
En effet, bien que les adolescents aient une fréquentation médicale qui semble suffisante, ils déclarent avoir des besoins spécifiques dans la sphère psychosociale, qui ne sont pas couverts par l’approche de soins traditionnels (12).
Plusieurs études menées en médecine générale ont montré que les motifs de consultation exprimés par les adolescents correspondaient mal à leurs besoins ressentis. Les plaintes respiratoires de même que les motifs administratifs et préventifs (certificats, vaccins) constituaient les motifs les plus fréquents de consultation (26%) (9). Venaient ensuite les plaintes d’ordre général, fatigue, fièvre, ou maladie (18,5%) puis les plaintes ostéoarticulaires (15%), digestives (11%), neurologiques (9,5%) et dermatologiques (5,7%).
Les problèmes d’ordre psychologique et social constituaient rarement un motif de consultation (3,8%).
Notons qu’un tiers seulement des adolescents consultaient le médecin seuls, la mère étant présente à la consultation dans la majorité des cas. Selon les spécialistes de médecine générale, «un flou persiste quant aux motifs réels masqués par des plaintes d’ordre général» (9).
70% des adolescents souhaiteraient que leur médecin les informe spontanément lors d’une consultation de l’un ou l’autre problème de santé (6). Les sujets d’informations souhaités étant d’abord pour les filles la contraception et les maladies sexuellement transmissibles; pour les garçons les maladies sexuellement transmissibles et les questions relatives à l’usage de tabac, d’alcool et de drogues. Les autres sujets évoqués sont le régime, l’obésité et l’usage des médicaments.
Des enquêtes menées en France et en Suisse montrent des résultats similaires (8).
Quant au contenu et à la qualité des conseils préventifs reçus par les adolescents lors des consultations, nous disposons de peu de données dans la littérature. Hedberg et al. ont fait le point sur le sujet (3) et ont relevé notamment que les pédiatres passaient très peu de temps à donner des conseils aux adolescents lors des consultations préventives (un peu plus de 2 minutes en moyenne).
Ils ont aussi noté que plus de 75% d’un groupe de jeunes scolarisés disent n’avoir jamais reçu de conseils de la part de leur médecin sur des thématiques de santé concernant leur tranche d’âge. Il semble que la plupart des médecins s’engagent peu dans des discussions relatives aux comportements ou à des thèmes psychosociaux, telles que recommandées pourtant par les guidelines .

Un rôle potentiel pour les services de médecine scolaire

Cette inadéquation observée entre les besoins de santé des adolescents et soit le recours aux soins, soit la réponse apportée, pourrait être partiellement résolue par les services de santé scolaire, qui ont pour mission non seulement de prévenir les maladies, mais de plus en plus de promouvoir la santé des enfants et des adolescents, individuellement – dans le cadre des bilans de santé – et collectivement. De plus ils offrent un service gratuit et universel et touchent, en ce sens, les enfants et les jeunes de toutes catégories sociales, y compris ceux de milieux plus vulnérables qui recourent généralement moins aux services de soins préventifs. Enfin, la visite médicale scolaire est bien souvent la première occasion de rencontrer un médecin seul, ce qu’attendent particulièrement les adolescents d’une rencontre avec un médecin (11).
Encore faut-il que ces services répondent de manière adéquate à leurs besoins de santé réels. En effet, la mise en évidence des problèmes qui préoccupent les jeunes nécessite du temps pour établir la confiance; des qualités d’écoute et de contact avec les jeunes; une bonne connaissance de l’adolescence, pour être capable de mettre en évidence et de répondre aux difficultés que l’adolescent exprime souvent par des symptômes vagues ou trompeurs (5).
Le manque de temps, de coordination, de moyens, les contraintes liées à une approche encore trop bio-médicale et organique de la santé, les motivations variables des professionnels, peuvent être des obstacles à une approche réellement à l’écoute des besoins des jeunes.
De plus, certains besoins ou demandes des jeunes ne peuvent être couverts par l’offre des services de santé scolaire: c’est le cas par exemple lors d’une plainte somatique aiguë, lors d’une demande de prescription, lors d’une fragilité psychosociale particulière… situations face auxquelles le médecin scolaire ne peut, dans le cadre de ses compétences, que renvoyer le jeune vers le médecin traitant ou vers un spécialiste.
Même si les moyens limités des services de médecine scolaire ne peuvent actuellement pas permettre de mettre en place une réponse ou des actions de prévention individuelle réellement efficaces sur des problématiques généralement complexes, de nombreux intervenants, en Belgique, en France ou en Suisse, semblent soucieux d’optimaliser ce bref temps de rencontre, de tenter une ébauche de prise de conscience des jeunes sur leur mode de vie, d’informer ceux-ci sur les ressources existantes, de donner le «conseil minimal» vis-à-vis de certaines problématiques, d’orienter les jeunes vers des structures de prise en charge adéquates (5,7,10).
Dans ce cadre, l’utilisation d’un questionnaire peut s’avérer très utile, permettant:
-l’identification des problèmes de santé (physique, mentale, comportements de santé), l’évaluation du bien-être et des ressources des jeunes (informations, réseau social, recours aux soins…) et un dialogue avec eux à ce sujet;
-l’encouragement de modes de vie sains;
-l’orientation éventuelle vers un service adéquat.

Quelle utilité d’un questionnaire lors des bilans de santé avec les adolescents?

Bien conçu et formulé, un questionnaire permet de collecter des informations complètes sur l’état de santé du jeune; de préparer le temps consacré à la consultation; d’identifier rapidement d’éventuels problèmes psychosociaux et/ou comportementaux (santé perçue, qualité de vie, comportements de santé, connaissances).
De plus, selon Waelbroeck (12), les adolescents trouvent souvent plus facile de répondre par écrit à un questionnaire sur des sujets reconnus comme préoccupations habituelles à leur âge plutôt qu’en face à face, et le fait d’avoir vu certaines questions abordées dans le questionnaire peut faciliter l’abord de ces aspects lors de la consultation («c’est donc permis d’en parler?») (12).
Le questionnaire est un outil permettant d’améliorer le dialogue avec l’adolescent, et les conseils et informations donnés ont plus de sens et d’impact lorsqu’ils font écho aux questions exprimées par l’adolescent.

Recommandations pour l’utilisation d’un questionnaire dans le cadre des bilans de santé scolaire

Contenu-type d’un questionnaire

Il existe de nombreux questionnaires de santé s’adressant aux adolescents. Beaucoup, développés dans le cadre de recherches, sont longs et nécessitent un temps de passation trop important pour une utilisation pratique, en routine. D’autres se présentent sous forme d’échelles qui nécessitent de calculer des scores avant de pouvoir tirer des conclusions (par exemple, une échelle de qualité de vie), ce qui n’est pas faisable sur le terrain sans un équipement logistique sophistiqué et des compétences particulières (encodage, calcul de scores, traitement des questionnaires incomplets, interprétation des résultats…).
Ce type de questionnaire n’est pas adapté à une utilisation dans le cadre actuel de la médecine scolaire. Au contraire, il doit être simple et court pour être utilisable directement lors des bilans de santé auprès des jeunes. L’encadré ci-contre présente un exemple des catégories d’items utiles dans un questionnaire de santé pour adolescents employé en médecine scolaire.

Questionnaire de santé

Exemple de catégories d’items utiles dans un questionnaire de santé pour adolescents employé en médecine scolaire.
Composition de la famille et situation familiale
Environnement de vie
Santé (antécédents médicaux et chirurgicaux) et perception de la santé
Comportements de santé: activité physique, alimentation, tabagisme, recours aux soins
Bien-être et qualité de vie: bien-être général, en famille, à l’école, avec les amis, sur le plan affectif et/ou sexuel, loisirs
Ressources personnelles (confiance en soi), sociales (famille, école, amis), médicales
Valeurs importantes
Préoccupations de santé (exemples: alimentation, activité physique, déprime, contraception, tabac, stress, difficultés relationnelles, fatigue, troubles du sommeil, acné, avenir, etc.)

Quelques principes d’utilisation

Notre expérience nous amène à formuler quelques principes pour une utilisation optimale du questionnaire:
-le questionnaire est auto-administré avant la consultation;
-le médecin et/ou l’infirmière explique(nt) clairement son intérêt et l’objectif de son administration;
-l’élève est assuré d’avoir la possibilité de rencontrer un médecin pour discuter de ce qui le préoccupe;
-le questionnaire est anonyme;
-le questionnaire est facultatif;
-le questionnaire est confidentiel;
-le questionnaire est intégré au dossier médical;
-un suivi est possible lorsqu’un problème de santé le nécessite. Ce suivi engage l’ensemble de l’équipe médico-psycho-sociale, sous la responsabilité du médecin scolaire.

Interprétation des réponses au questionnaire

Nous observons dans nos pratiques que les données recueillies peuvent ne pas être tout à fait fiables, le jeune remettant généralement le questionnaire en main propre à l’infirmière, avant la visite médicale, ou directement au médecin. Il peut vouloir donner une image de lui-même qui ne reflète pas exactement ce qu’il vit ou ce qui le préoccupe.
L’absence de réponse ne signifie pas nécessairement l’absence de problème. «On sait par exemple que certaines personnes qui consomment des drogues ou qui sont dépressives ont tendance à nier ou à minimiser les symptômes. Inversement, une journée particulièrement stressante pour un jeune peut l’amener à amplifier tous ses symptômes médicaux ou psychosociaux» (1). Le questionnaire utilisé dans un tel contexte «de terrain» doit donc être interprété avec prudence.

Mise en garde éthique

L’administration d’un questionnaire de santé aux adolescents présuppose que d’éventuels problèmes seront dépistés. Ces problèmes devront impérativement pouvoir être entendus et pris en charge. Le choix de l’utilisation d’un questionnaire doit donc faire l’objet d’une concertation approfondie et d’une décision conjointe entre les intervenants médico-psycho-sociaux du service de santé scolaire étant donné les effets négatifs qui peuvent être induits.
En effet, tout questionnaire s’intéressant au bien-être et à la qualité de vie de jeunes en plein développement physique et psychoaffectif peut potentiellement induire un questionnement personnel inquiétant («rien ne va dans ma vie», «j’ai peur d’avoir le sida»…). Tous les adolescents doivent pouvoir être écoutés dans un cadre individuel défini (le bilan de santé scolaire ou la permanence médicale de l’école) par le médecin scolaire.
Selon Klaue et Michaud (5), «le dépistage se justifie dans tous les cas où il peut amener à une amélioration de l’état de santé et donc qu’il soit suivi d’un diagnostic et de traitements adéquats. Mais il a également une fonction de portail dans la mesure où il donne aux élèves l’occasion de s’informer, de questionner le (la) professionnel(le) de santé et de faire un bilan de santé. Il permet ainsi de déborder sur des domaines hors d’un cadre strictement bio-médical pour aborder des problématiques psychosociales. Responsabiliser les jeunes, être un interlocuteur de confiance des jeunes qui ne sauraient où s’adresser, peuvent constituer des effets positifs d’un dépistage.»

La question du suivi

Il est fondamental, si on utilise un outil qui permet d’identifier des problèmes de santé, de pouvoir leur offrir une réponse adaptée. La décision de cette réponse (sous forme d’information, de prévention, par référence vers un service spécialisé, etc.) est, dans notre système de santé scolaire belge actuel, sous la responsabilité du médecin qui idéalement, pendant ou après la visite médicale, en informe ou «délègue» à l’infirmière (puisque le médecin n’a pas la possibilité d’un suivi du jeune).
Il existe bien sûr une grande variété de «problèmes»: problème médical aigu, antécédents particuliers (maladie chronique, interruption volontaire de grossesse…), comportements «à risque» ou présence de facteurs de risque de certaines pathologies, dépendances (tabac, alcool, drogues…), problème de santé mentale, maltraitance, etc.
Le médecin seul ne peut pas répondre à tous ces types de problèmes. Il n’en a ni le temps ni la compétence. D’où l’importance du travail en équipe pluridisciplinaire, de la communication avec l’infirmière scolaire, et de l’orientation éventuelle vers des professionnels de santé spécialisés (médecins généralistes et spécialistes des adolescents) ou des structures préventives telles que les centres de planification familiale, de santé mentale, de guidance scolaire, etc.
De plus, étant donné que les adolescents apprécient tout particulièrement le fait de recevoir des informations écrites sur des questions de santé qui les préoccupent, il pourrait être utile d’organiser une distribution systématique de ce genre de documents dans les centres de santé scolaire. De nombreuses brochures sont d’ailleurs disponibles gratuitement via diverses organisations ou firmes sur des thèmes variés comme la contraception, la vaccination, les maladies sexuellement transmissibles, le sommeil, l’alimentation, etc. Certains sites internet d’informations relatives à la santé ciblant les jeunes ont également été développés et sont régulièrement évalués. Ils mériteraient également d’être mieux connus des équipes qui pourraient orienter les élèves vers cette source d’informations.

Conclusion

Les études relatives à la santé des jeunes montrent que ceux-ci sont généralement en bonne santé sur le plan physique, mais qu’ils reçoivent rarement une réponse à leurs préoccupations de santé, en particulier sur le plan de leurs comportements et de la sphère psychosociale. Ni les adolescents ni les médecins de médecine privée ne semblent à l’aise pour aborder ces sujets. Les bilans de santé scolaire pourraient être l’occasion d’une discussion au sujet de leur santé et de leur mode de vie, répondant, au moins en partie, à leurs besoins.
Dans ce cadre, l’utilisation d’un questionnaire administré préalablement à la visite médicale s’avère très utile. Il permet d’identifier les questions du jeune et sert de support à l’entretien, facilitant ainsi la communication. Son utilisation pourrait être généralisée, pour autant qu’un certains nombre de principes soient respectés (liberté du jeune de répondre ou non, anonymat, confidentialité, rencontre prévue avec un médecin, suivi par l’équipe, etc.).
Dr Florence Noirhomme-Renard , médecin scolaire et de santé publique, Professeur Alain Deccache , RESO-UCL
Adresse des auteurs: Université catholique de Louvain, Ecole de santé publique, Unité d’éducation pour la santé (UCL-RESO), Avenue Emmanuel Mounier, 5070, B-1200 Bruxelles, Belgique. Courriel: florenard@hotmail.com

1 Par exemple https://www.ciao.ch , https://www.filsantejeunes.com

Bibliographie

(1) Cowan PF, Morewitz SJ. Encouraging discussion of psychosocial issues at student health visits . J Am Coll Health 1995; 43(5):197-200.
(2) Frikha Jarraya M, Ben Abdelaziz A, Ghedira A, Ghannem H. Attentes des adolescents scolarisés à l’égard des services de santé scolaire ( Sfax , Tunisie ). Santé publique 2004; 16: 447-58.
(3) Hedberg VA, Klein JD, Andresen E. Health counseling in adolescent preventive visits : effectiveness , current practices , and quality measurement . J Adolesc Health 1998; 23(6):344-353.
(4) Hofer J. Enquête sur l’état actuel de la médecine scolaire . Prävention im Kindesalter: Bausteine zum gesetzlichen Fundament. Verlag Praxispädiatrie 1997; 32-51.
(5) Klaue K, Michaud P-A. Le médecin scolaire en questions : quel devrait être son rôle dans les dispositifs de santé scolaire ? Lausanne: Institut universitaire de médecine sociale et préventive, 2003 (Raisons de santé,88).
(6) Lambillotte A-C. Le médecin généraliste vu par les adolescents : résultats d’une enquête . Louvain Med 1998; 117: S339-46.
(7) Lamy M-P, Martin C, Robélus C. Un questionnaire pour anticiper et prévenir . Le Journal des Professionnels de l’Enfance 2000; 8: 47-48.
(8) Narring F, Michaud P-A. Les adolescents et les soins ambulatoires : résultats d’une enquête nationale auprès des jeunes de 15 20 ans en Suisse . Arch Pédiatr 2000; 7: 25-33.
(9) Paulus D, Pestiaux D, Doumenc M. Teenagers and their family practitioner : matching between their reasons for encounter . Family Practice 2004; 21: 143-5.
(10) Renard F, Delpire S, Deccache A. Evaluer la santé des adolescents en médecine scolaire : la qualité de vie comme complément aux indicateurs cliniques . Arch Pédiatr 2004; 11: 1438-44.
(11) Rutishauser C, Esslinger A, Bond L, Sennhauser FH. Consultations with adolescents : the gap between their expectations and their experiences . Acta Paediatr 2003; 92(11):1322-6.
(12) Waelbroeck A. Communication avec les adolescents lors des consultations médicales . Rev Med Brux 2006, S 292-5.
(13) Zottos E, Santé , Jeunesse ! Histoire de la médecine scolaire à Genève : 1884 2004 . Service de Santé de la Jeunesse. La Criée, Genève, novembre 2004.

Un programme de prévention des violences à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme)

Le 30 Déc 20

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«On dit d’un fleuve emportant tout qu’il est violent, mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l’enserrent» (Bertold Brecht)

Un contexte d’exception

Le programme de prévention des violences à destination des élèves du collège Albert Camus de Clermont Ferrand s’est inspiré du dispositif pédagogique Grain de sable conçu par l’ALC de Nice (1) et adapté par le Cadis-Crips Auvergne (2).
Le collège Albert Camus, situé dans les quartiers nord de la ville de Clermont Ferrand (quartiers Croix de Neyrat et Champratel), est caractérisé ZUS et ZEP/REP (3). Cet établissement est donc concerné par les dispositifs «Ambition réussite» pour l’Education Nationale et «Réussite éducative» pour la Politique de la Ville.
Une conjoncture favorable d’acteurs dynamiques et de partenariats fructueux a permis ce contexte d’exception:
-une équipe éducative très largement pluridisciplinaire: médico-sociale, conseiller principal d’éducation, professeurs d’éducation pour la santé, enseignants de SEGPA (section générale professionnelle adaptée) et du collège, coordonnateur ZEP, qui a mené en amont une réflexion sur les problèmes de violence amorcée au sein de l’établissement et en lien avec le quartier;
-une approche territoriale concertée;
-une forte culture partenariale locale pré-existante entre professionnels de l’éducation et acteurs sociaux.
Associée à un lien culturel et social permanent entre le collège et le quartier, elle a permis un étayage solide autour des jeunes et un maintien de la démarche dans la durée.
Enfin, une volonté forte du chef d’établissement a facilité la mise en place d’actions de formation des personnels.

La richesse pédagogique du programme

Son évolution et son adaptation, liées à un processus d’évaluation permanente, ont été, grâce à l’énergie créatrice des acteurs, sources d’enrichissement et d’innovations face au programme initial dispensé pendant la formation.

Le dispositif Grain de sable

Mis en place depuis 2001 sur la région Auvergne par l’association Cadis-Crips Auvergne, ce «Programme de prévention des violences faites aux jeunes» a été le point de départ de la mobilisation des acteurs pour agir.
Inspiré du programme Grain de sable conçu par le Service de Prévention et de Réadaptation Sociale (SPRS) de Nice, il repose sur l’idée que, dans la violence, chacun est appelé à être ou à devenir le grain de sable d’un engrenage qui le concerne lui-même ou quelqu’un de son entourage. Il devient ainsi une courroie de transmission dans la prévention de la violence.
Le programme met donc en jeu à la fois les jeunes (10-18 ans) mais aussi des adultes relais volontaires, des personnes ressources (éducateurs, animateurs de quartier, assistantes sociales, médecins, enseignants…) ainsi que les parents.
Cette notion de partenariat est fondamentale car elle invite toute une communauté à la réflexion et à la participation sur le thème de la prévention des violences.
La possibilité pour les jeunes d’être acteurs est un autre facteur essentiel, déterminé par un des objectifs principaux de ce projet, à savoir leur permettre d’adhérer en toute liberté à des règles de morale collectives en passant par une réflexion sur l’image de soi, la connaissance de l’autre et l’ouverture sur les différences.
Par l’intermédiaire d’un vidéogramme composé de différentes séquences mettant en scène des situations de violences subies ou agies (verbales, physiques et psychologiques), les jeunes sont amenés à repérer les différents champs de la violence, à identifier leurs droits et leurs devoirs, en proposant des alternatives positives aux protagonistes du film.
Le même vidéogramme est visionné par les adultes participant au projet.
Des questionnaires, distribués avant et après les séances, permettent d’évaluer l’impact de ces interventions et de proposer en concertation avec les jeunes la mise en place d’actions auprès de leurs pairs, soit dans leur quartier soit au sein de leur établissement scolaire.

La stratégie de formation

La mise en place de formations à l’utilisation de ce programme dispensées par les formateurs du Groupe Ressource Régional de Prévention en Auvergne et destinées aux personnels éducatifs, sanitaires et sociaux d’un même territoire, ainsi qu’aux parents désireux de concourir à ce projet, a permis de réunir tous les acteurs volontaires pour participer, grâce à cette culture commune, à un projet collectif concret de prévention.
Construite pour réfléchir ensemble aux mécanismes de la violence, ainsi qu’à nos propres représentations de ce phénomène, cette formation vise à favoriser la mise en place du dispositif Grain de sable après en avoir expérimenté l’utilisation au cours de la formation.
51 personnes du collège et du quartier ont ainsi été formées depuis 4 ans.
De cette synergie d’acteurs ont émané diverses actions de prévention déclinées pages suivantes et qui ont pu voir le jour au profit des populations de ce territoire.

Les interventions en milieu scolaire auprès des élèves de collège

Pour l’équipe de professionnels formés, après avoir élaboré ensemble leur projet, s’est très vite imposée la nécessité de réfléchir à des modalités spécifiques d’intervention qui s’inscrivent dans la durée, c’est-à-dire pendant les années «collège», de la classe de 6e à celle de 3e en veillant à adapter les interventions à chaque niveau de classe.
Objectifs de la première année
– Permettre aux jeunes d’identifier les différentes formes de violences et leur offrir un espace de parole et de réflexion sur ces questions, dans un climat de confiance et de confidentialité, en utilisant la cassette vidéo Grain de sable dans son intégralité.
– Leur permettre de repérer dans et hors du collège les adultes susceptibles d’être «relais» ou «ressources».
Les thèmes abordés sont plus spécifiquement ceux du racket, du rôle des amis, de l’approche de la sexualité.
Objectifs de la deuxième année
– Travailler avec les élèves sur leurs représentations de la violence à partir du photolangage Grain de sable , en leur proposant de choisir une photo qui exprime ou représente pour eux la violence.
– Leur faire prendre conscience de la diversité des opinions, des valeurs ou des croyances et les enjoindre à respecter ces différences.
– Orienter vers des adultes référents à contacter si nécessaire dans le collège et le quartier.
Les thèmes abordés sont le respect dans les relations garçons/filles, les relations parents/enfants, l’homosexualité.
Objectifs de la troisième année
-Amener les élèves à prendre conscience d’une situation de harcèlement grâce à un DVD, outil pédagogique réalisé par des enseignants de l’académie à partir de témoignages de jeunes victimes.
-Amener les victimes de harcèlement à réagir et demander de l’aide aux personnes ressources.
-Amener les élèves à se positionner face à cette situation.
Objectifs de la quatrième année
– Dans le cadre des séances d’animation sur l’éducation à la sexualité, sensibiliser les jeunes aux problèmes des violences sexuelles.
– Leur permettre d’identifier les personnes ressources susceptibles de les aider.

La mobilisation des acteurs

De tradition depuis 20 ans sur ce territoire, une forte culture partenariale a donné au projet une envergure inestimable en contribuant largement à son déploiement sur le territoire.
Par ailleurs, la volonté politique pour le développement local du territoire ainsi que la mise en place du dispositif de «Réussite éducative», associés au plan de prévention des violences de l’Education Nationale et au dispositif «Ambition Réussite», ont permis de légitimer et pérenniser l’action.
Parce qu’elle existait déjà et depuis longtemps, la multiplicité des partenaires (4) et leur diversité se sont manifestées dès le début du projet et ont joué en sa faveur, lui donnant une couleur particulière dans les jeux d’acteurs qui se mettent en scène dans un travail partenarial.

Le partenariat et les jeux d’acteurs

De cette expérience collective, plusieurs idées fortes se dégagent à propos du partenariat, confirmant le propos de Corinne Mérini sur la relation partenariale dont elle écrit fort justement que celle-ci se construit à la fois sur une idée d’association et d’opposition. «Autrement dit, s’il y a bien fait d’association dans le partenariat, ce n’est pas seulement sur la base de communautés, c’est aussi sur la base de différences existantes, ce qui nous permet de dire que la relation partenariale est paradoxale, interactive et évolutive parce que justement, elle s’organise autour du double aspect agir avec/contre l’autre (5).
Au delà de cet apparent paradoxe, le partenariat reste le fait de mettre en commun des moyens visant à réaliser un objectif commun, et ce, quel que soit le niveau d’implication de chacun, sa posture professionnelle ou ses compétences personnelles.
Enfin, que «le partenariat ne se décrète pas, il se construit peu à peu» reste une des idées fortes de cette aventure.

Les formations, un tremplin vers l’action

Grâce aux formations communes sur le thème de la prévention des violences, une dynamique de culture partagée entre le collège et le quartier s’est mise en place progressivement, dans un souci de cohérence des actions et d’harmonisation de l’outil Grain de sable , adapté aux différents âges et catégories de publics.

La créativité sur le plan méthodologique

Un comité de pilotage actif dans le suivi du projet, une coordination multipolaire efficace, des temps de formation continue, un conseil méthodologique pertinent de l’association Cadis Crips Auvergne, autant d’éléments logistiques qui ont favorisé un véritable creuset d’idées innovantes.
Le comité de pilotage, composé dés le début du projet par des partenaires scolaires et hors école évoqués plus haut, s’est révélé très actif tout au long du projet, maintenant un niveau de réflexion permanente doublé d’un regard critique et constructif à toutes ses étapes, se réunissant régulièrement pendant 4 ans afin d’adapter et moduler son évolution en fonction des différentes évaluations et de proposer des réajustements ou des innovations pour enrichir le programme d’actions.
Une coordination multipolaire efficace, incarnée par le coordinateur ZEP et l’infirmière du collège, a favorisé l’homogénéisation du travail collectif grâce à l’efficacité de leur rôle d’interface entre les différents acteurs, exigeant souplesse et diplomatie dans le suivi du projet.
Un des rôles spécifiques du coordinateur ZEP a été de veiller à ce que ce partenariat soit conforme, à travers tous les axes du projet, aux exigences pédagogiques de l’école et du collège.
Des temps de formation continue se sont avérés indispensables pour approfondir la réflexion sur la compréhension des mécanismes de la violence ou le fonctionnement d’un réseau. Parallèlement, ces temps de travail en commun furent nécessaires pour tisser des liens réguliers avec les acteurs mais surtout renforcer la cohésion de ce groupe dont les membres, dispersés au quotidien dans leurs actions et structures spécifiques, ressentaient le besoin de se retrouver pour échanger sur leurs pratiques et envisager ensemble les perspectives de l’action.
Enfin, la participation de l’association Cadis-Crips Auvergne tout au long du pilotage de l’action s’est concrétisée par la mise à disposition d’une conseillère en méthodologie, ayant un regard extérieur distancié très pertinent tant dans l’analyse et l’évaluation des besoins en formation que dans des propositions concrètes pour l’avancée du projet.

La contribution d’artistes compétents dans les domaines du conte et du théâtre

Depuis l’année 2003, divers partenaires artistiques ont contribué à ce que l’action Grain de sable puisse s’exprimer différemment, notamment par la technique du conte.

Quelle fonction pour le conte?

Il ressort de l’analyse des intervenants extérieurs et de la réflexion des partenaires plusieurs constats intéressants à prendre en compte.
Espace de réflexion et de paroles pour le jeune, l’effet de médiation opéré par le conte permet de verbaliser des situations difficiles qu’il peut vivre (oppression sexuelle, racket…) grâce à la prise de parole et à l’écriture.
Ces situations difficiles entraînent chez lui une impression de flou: il ne sait plus expliciter le monde extérieur, ni prendre du recul, il subit sans se défendre, sa personnalité est éclatée. Il est trois personnes à la fois: celle de l’école, celle de la famille, celle de la bande… avec des règles propres à chaque milieu et souvent paradoxales.
En effet, parce que la hiérarchisation des valeurs sous-tendues par ces règles ne se décline pas de la même manière, elle engendre des conflits de valeurs intolérables pour l’individu: les règles «viriles» de la bande se confrontent et s’affrontent à celles du règlement intérieur de l’école ou celles (parfois défaillantes) de la famille.
Souvent à la fois auteurs et victimes, ces jeunes subissent et reproduisent la violence qui est alors leur seul moyen de s’exprimer, en l’absence de verbalisation. Il est donc souhaitable de favoriser la mise en place d’instances de médiation car «le vide» contribue à l’expression de la violence.
Le conte, parce qu’il est intemporel, a un effet de résonance sur des situations vécues et de catharsis par la prise de conscience puis l’accès au langage pour résoudre les conflits. C’est une sphère transitionnelle qui permet au jeune de se construire malgré ses «stigmates» et dans laquelle le travail de l’adulte, éducateur, conteur ou psychologue devient celui d’un «passeur».
Le «conte en fête»
A l’initiative de la Maison de quartier de Croix de Neyrat, la participation à la manifestation du «Conte en fête», fruit du travail expérimenté avec les jeunes scolaires, reflète bien l’intérêt de la dynamique du conte dans l’approche de la prévention des violences. Cette manifestation s’est ancrée sur ce territoire avec le souci de valoriser le quartier par un évènement culturel de qualité.
Il faut rappeler ici combien l’image de leur quartier est importante pour les familles et les élèves. Ces élèves ont été particulièrement bénéficiaires du dispositif, tandis que les parents ont parfois été absents ou se sentaient peu concernés, du moins au début.
C’est grâce à un travail de fourmi des éducateurs, des conteurs, des associations, des professionnels de la CAF que, progressivement, l’implication des familles locales et l’ouverture à des publics extérieurs au quartier ont été possibles.
Cette démarche depuis longtemps acquise qui est de concerner les gens, de les faire sortir et réfléchir en groupes, de dialoguer, d’assister à ce qui est proposé à leurs enfants, a facilité la mobilisation de ces publics sur des thèmes comme celui de la prévention des violences. C’est ce qui fut réalisé avec les groupes de femmes et de parents, avec les éducateurs, les parents d’élèves.
L’exemple du CLISMA (Comité de Liaison Interservice Migrants) qui a conduit une expérience originale avec des adultes «primo-arrivants» illustre bien ce «savoir-faire»: à partir d’un conte, ces femmes et ces hommes purent témoigner artistiquement de leur détresse humaine vécue dans la guerre et la migration.
C’est pour cela que notre travail s’est aussi bien greffé, il a touché cette sphère d’expression vindicative, unique et fragile, autochtone.
Dans le concert des nations existant dans ce quartier (24 nationalités au collège), toute la difficulté dans ces problématiques est celle de l’appropriation des moyens institutionnels par les différentes communautés pour construire ensemble un «modus vivendi». Se positionner face à l’Etat de droit, à la loi des quartiers pour ensuite éventuellement aborder la curiosité culturelle mutuelle.
Cela implique un travail institutionnel incessant et discret: alors la voix des politiques culturelles, celles de la ville, de l’Etat ou des institutions est acceptable et on assiste à une véritable acculturation! Sinon ce n’est qu’un programme de plus et si les parents ne se l’approprient pas, alors les élèves… C’est parce que nous avions ce socle de travail constitué depuis 20 ans que la greffe a pu se faire et que cela a pu fonctionner efficacement.

La multiplicité des acteurs du quartier

La voix de la Ville: les maisons de quartier et les élus présents dans les CA des écoles et associations.
La voix de l’Etat: l’école au sens large et ses politiques actuelles d’ambition réussite et de politique éducative.
La Préfecture grâce aux financements des actions mais avec des contraintes particulières.
Les organismes HLM et leurs bailleurs travaillant dans un sens de pluralité sociale et de la «Pax Civitae».
Les centres sociaux des Caisses d’Allocations Familiales par leur activité en lien avec la famille qui ont permis un travail de réseau en finesse.
Les associations de soutien scolaire, particulièrement denses et dynamiques qui veulent encore croire à l’ascenseur social!
Un tissu exceptionnel d’associations dans le quartier Croix de Neyrat, indiquant par là-même une situation historique: en effet, ce qui existe ici n’est pas vrai dans les autres quartiers, ce tissu dense d’associations est bien sûr spécifique à sa composition humaine bariolée mais pas seulement! Longtemps il y a fait bon vivre: il y avait une mobilité plus réduite, un cru euphorique des bonnes années qui a engendré une dynamique contagieuse de création et d’enracinement mis à mal actuellement par le retrait de l’Etat.
A l’intérieur du collège, dans le cadre du dispositif de réussite éducative, une «cellule d’écoute» pour les élèves sanctionnés d’exclusion à la suite d’actes répréhensibles a été mise en place par des personnels formés au programme.
Cette cellule permet au jeune d’être reçu à son retour au collège par deux adultes volontaires pour analyser avec lui cette exclusion, comment il l’a vécue et surtout l’aider à discerner que seul son acte est répréhensible et sanctionné et non sa personne en totalité.
Au niveau du quartier, en 2005/2006, ce rayonnement s’est traduit par des effets «rebond» intéressants: le plus imprévu et le plus original a été l’implication d’une école primaire du quartier, d’autant plus attentive à ce programme de prévention des violences qui se déroulait sur son territoire qu’elle était vivement concernée par l’aggravation de faits de violences à l’intérieur et aux abords de l’école.
Convaincus de l’intérêt d’un tel programme, le coordinateur ZEP et l’inspectrice départementale de l’académie ont proposé à l’équipe éducative de cette école de participer dans un premier temps à la formation Grain de sable dispensée par le Cadis-Crips Auvergne et d’élaborer, dans un second temps, un projet d’école adapté à l’âge et à la maturité des enfants de primaire.
Là encore, la créativité n’a pas fait défaut puisque ce nouveau projet a donné naissance à la création d’un outil pédagogique (un DVD) de prévention des violences destiné aux enseignants. Elaboré en partenariat avec l’Inspection Académique, la Compagnie des Voleurs de Poule (compagnie de théâtre locale) et le Cadis-Crips Auvergne, ce DVD a été réalisé à partir de scénarios originaux écrits et joués par des élèves de CM1/CM2.
Un tel travail n’aurait pu se faire sans la patience et la persévérance de leur institutrice qui a encadré efficacement ses élèves pour mener à bien le projet. Quant à l’association artistique qui a filmé et produit cet outil, elle a su s’adapter au contexte scolaire, proposer des choix innovants d’interprétation pour ces jeunes acteurs, facilitant ainsi une création originale dont nous espérons qu’un financement prochain prendra en charge sa diffusion régionale, voire nationale (6). Un guide pédagogique est en cours de validation et devrait servir de support pour l’utilisation du DVD au cours de formations destinées aux professeurs des écoles, soucieux de prévention.

Les perspectives

L’impact d’un tel programme paraît difficile à mesurer dans sa globalité surtout lorsqu’il est question de prévention dont les effets, en l’absence de «développement durable», s’estompent au cours du temps si rien n’est fait pour qu’il perdure. D’autre part, le thème de la violence est nécessairement lié à des difficultés sociales et environnementales, prégnantes et récurrentes, qui nécessiteraient de plus larges investissements.
Pour autant, si la stabilisation voire la diminution des actes de violence au sein de l’établissement peuvent être considérés comme des résultats intéressants à prendre en compte pour l’évaluation de ce programme, ils ne reflètent que partiellement et imparfaitement la qualité et la pertinence de ses enjeux.
En effet, de l’avis de l’ensemble des acteurs partenaires, les éléments suivants exprimés par l’équipe du collège, témoignent de la dynamique mise en place à maintenir dans l’avenir:
-un vrai travail de réseau est né autour de thématiques élargies;
-une culture commune partagée pour un «mieux vivre ensemble»;
-un climat plus serein est possible;
-la parole pour lutter contre la violence est un enjeu à privilégier!
La prévention inscrite dans la durée est, semble-t-il, un atout majeur dans la réduction des problèmes de violence.
Enfin, du côté des jeunes qui ont bénéficié de cette expérience au sein du collège, une évaluation par questionnaire a été menée auprès d’élèves de 3e ayant suivi ce programme durant leurs 4 années de collèges. Il en ressort plusieurs constats, parfois controversés, qui méritent d’être soulignés et intégrés à une réflexion plus large sur la prévention.
Concernant les moyens pédagogiques, il faut privilégier les supports vidéos pour renforcer les messages de prévention tout en permettant à ces jeunes publics d’être acteurs au cours des séances. En effet, l’image reste largement plébiscitée pour susciter des échanges entre eux et avec les adultes.
Sur le thème de la violence, si le type de violence repérée le plus souvent, comme les insultes ou les moqueries, semble prédominante pour eux et préoccupante pour les adultes, le racket reste un phénomène tabou difficile à lever et donc à aborder au cours des débats.
L’accompagnement des élèves grâce à ce programme, soit par leurs pairs soit par les adultes ressources, a été bénéfique pour un bon tiers d’entre eux.

En conclusion, le fait de synergie reste le point fort et durable de cette aventure. Il démontre une fois de plus que la cohérence d’un dispositif n’est efficiente que par les actions de proximité et la conviction de tous d’adhérer aux mêmes valeurs, en oubliant à un moment leurs propres missions pour adhérer à l’intérêt commun et au sens donné au projet.
Néanmoins, le talent de transmission des valeurs, s’il nous a incombé et uni ou fait réfléchir, ne peut omettre d’accepter avec humilité qu’un jeune sera ou non sensibilisé: car sa propre liberté est là, son désir du moment, comme un obstacle à sa capture, il nous échappe et nous rend perplexes quelquefois quant à l’impact de ‘masse’ d’un projet!
«Aurions-nous adouci les rives?» commente le coordinateur du projet… « Si c’était cela ce serait déjà énorme ! En aucun cas nous ne pourrons empêcher le fleuve de couler mais si d’impétueux il était devenu simplement impérieux ou assagi , alors nous aurions gagné
Elisabeth Stollsteiner , chargée de projet formation en éducation pour la santé à APS (Auvergne Promotion Santé)
Adresse de l’auteur: Auvergne Promotion Santé, 66 rue des Courtiaux, 63000 Clermont Ferrand. Tél.: 33 (0) 4 73 91 96 67. Courriel: e.stollsteiner@orange.fr (1) Accompagnement, Lieu d’Accueil
(2) CADIS: Centre d’Accueil, de Documentation, d’Information et de formation du Sida – CRIPS: Centre Régional d’Information Prévention Sida, association régionale et locale de prévention du sida en Auvergne.
(3) ZUS: Zone Urbaine Sensible, ZEP/REP: Zone d’Education Prioritaire/Réseau d’Education Prioritaire.
(4) CLISMA (Comité de liaison interservice migrants), CAF (Caisse d’allocations familiales), CLCV (association de quartier pour la Consommation, le logement et le Cadre de Vie), Maison de quartier, école Philippe Arbos, FCPE (Fédération des parents d’élèves), PARQU’Adsea (Prévention Action Rue et Quartier/Association départementale pour la Sauvegarde de l’Enfance et de l’Adolescence 63 (département du Puy-de-Dôme).
(5) Corinne Mérini, Le partenariat en formation, de la modélisation à l’application, L’Harmattan, 1999.
(6) A l’heure où paraît cet article, il n’y a pas encore de financement pour la diffusion de ces outils et la formation autour de ceux-ci. Avis aux généreux mécènes… (ndlr)

Contre le sida, persister et innover

Le 30 Déc 20

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Faut-il penser que tout a été essayé contre le sida? Qu’il faut s’incliner devant les échecs? Et se reposer sur nos lauriers, là où nous enregistrons des succès? Voyons quelques exemples de ces deux cas.

Le traitement

Les chercheurs sont talonnés par la nécessité de trouver toujours de nouveaux médicaments contre le virus devenu résistant aux traitements précédents, et témoignent de beaucoup d’imagination. Evoquons seulement une récente tentative. Les médicaments employés jusqu’ici diminuent la réplication du VIH lorsqu’il est déjà entré dans la cellule, et on réussit à réduire cette multiplication de façon très importante. Mais dès sa pénétration dans la cellule, le VIH est allé intégrer ses gènes dans un chromosome de la cellule hôte, le lymphocyte. Celui-ci désormais va transmettre le génome viral à ses cellules filles, et ceci à l’abri des médicaments.
Les traitements actuels s’adressent donc à un fait accompli, un virus déjà installé. Une nouvelle offensive médicale essaiera de prendre l’infection virale à sa source, en empêchant le VIH d’entrer dans les lymphocytes. Pour cela on essaie des molécules qui vont se lier à la membrane cellulaire, juste à la «porte» qu’emploie le virus pour entrer, porte que l’on appelle récepteur . Le plus fréquent est le CCR5, en Europe, et le CXR4, en Afrique.
Mais à quoi sert donc le récepteur au VIH, dans la vie de tous les jours? Il n’a pas été «créé» chez l’homme pour accueillir, un jour, tel virus particulier. Il doit avoir une fonction et l’on pourrait donc craindre que le recouvrir d’un médicament ait des effets néfastes sur notre organisme. Pourtant, les premiers essais cliniques de drogues se liant au CCR5 n’ont pas entraîné d’effet toxique. Il est vrai qu’aux doses employées, le médicament ne supprime pas totalement l’infection virale. Si les molécules touchent un lymphocyte sur dix, cela peut déjà réduire l’entrée virale de manière importante, tandis que 90% de ces lymphocytes peuvent continuer à faire leur boulot.

Le VIH, de la mère à l’enfant

Aujourd’hui que le pronostic du sida est meilleur, bien des femmes atteintes expriment avec détermination leur désir de grossesse. Mais le virus persiste en elles. Pour diminuer les risques de contamination du bébé, une première mesure visa à diminuer le temps écoulé entre la rupture de la poche des eaux et la naissance. Car c’est au cours du passage dans le vagin que le nouveau-né se sera infecté. Certes, la césarienne se présentait comme la solution de choix, dans les circonstances où cela était possible, mais une césarienne classique comportait un contact important du nouveau-né avec le sang de la mère infectée. Ceci incita à mettre au point une technique, appelée «césarienne exsangue», qui minimise le saignement.
Ce comportement médical est applicable seulement dans des situations privilégiées. Il est plus aisé de généraliser des médicaments chez la future mère et chez l’enfant.
Après l’accouchement, le traitement est interrompu chez la mère, sauf indication clinique. Il reste pourtant le risque que le lait maternel, riche en virus, contamine l’enfant. Le bébé peut parfois boire le lait de sa mère infectée sans se contaminer. Et puis, tardivement, lors d’allaitements prolongés, le bébé de 9 à 10 mois s’infecte. Il semble que la teneur du lait en virus augmente avec le temps. Aussi, pour les pays pauvres, divers schémas ont-ils été successivement proposés:
– une dose unique de médicament chez l’enfant à la naissance, puis allaitement libre, avec pour conséquence 11% de bébés contaminés par le VIH;
– puis, traitement de l’enfant jusqu’à l’âge de 14 semaines et allaitement libre: 5% d’enfants contaminés;
– c’était encore trop! Devant cet «entêtement» du lait maternel à contaminer, on reporta l’allaitement jusqu’au 3e mois;
– mais aujourd’hui, jugeant ce schéma encore imparfait, on étend l’allaitement complet jusqu’à 6 mois, suivi d’une diminution progressive du lait maternel avec compensation par aliments «propres» dilués dans de l’eau bouillie.
Est-il besoin de dire que, dans les pays favorisés, on déconseille radicalement l’allaitement par la mère contaminée? Il faut compenser ceci par une propagande auprès des jeunes mères saines, pour le don de leur lait s’il est en excédent.

La protection intra-vaginale

L’application dans le vagin, avant le rapport sexuel, d’une crème contenant un produit microbicide, vise à protéger la femme contre la contamination par le sperme. En outre, si c’est la femme qui est infectée par le VIH, la molécule anti VIH présente dans le vagin protégera l’homme contre l’infection.
Au fil des années d’essais, ce beau rêve paraît s’évaporer en fumée. Il faut bien se rendre à l’évidence: les molécules qui inactivent le VIH, au laboratoire, dans un tube à essai, ont un faible effet dans le milieu vaginal. En outre, les souches virales empruntant le récepteur CCR5 se sont révélées moins sensibles aux microbicides que celles utilisant le CCR4. Or, c’est par le CCR5 que le VIH pénètre au travers de la muqueuse vaginale… Pire: certains de ces produits se révélèrent irritants pour cette muqueuse, augmentant ainsi les risques de contamination.
Malgré les résultats peu encourageants, des femmes ont employé régulièrement un microbicide intra-vaginal, et, pour faire face à toute éventualité, recouraient à une application tous les matins «au cas où». Mais, si l’occasion se présentait l’après-midi, l’action faible du microbicide se trouvait diluée avec le temps. Tenaces, certaines femmes expérimentent maintenant l’application d’un anneau imprégné du microbicide et qui le diffuse progressivement.
Devant les progrès du traitement de l’infection sidéenne, le projet s’installe de préparer des onguents intra-vaginaux qui contiennent, non plus un produit chimique peu spécifique, mais bien l’un des médicaments anti VIH qui se montrent si efficaces pour traiter les malades. Les premiers essais ont été effectués chez des couples de singes, dont le mâle, infecté, produisait beaucoup de virus. La femelle macaque était traitée par voie vaginale avant de rencontrer son partenaire.
A ce stade des recherches, on peut déjà émettre une mise en garde. Les sujets infectés et déjà traités, peuvent porter du VIH résistant. Le sperme de l’homme peut alors envoyer du virus résistant dans le vagin et, narguant le médicament de l’onguent, envoyer directement du virus résistant à la femme. Si c’est elle qui est infectée, et déjà porteuse de virus résistants, elle laisserait passer ceux-ci vers le sperme.

Le vaccin

On peut comprendre que la personne infectée par le VIH se défende mal contre l’infection – puisque ce virus investit justement les lymphocytes CD 4, qui jouent un rôle clef dans nos défenses.
Mais vacciner un sujet sain, pourquoi est-ce si difficile? On en est arrivé, aujourd’hui, après tant d’échecs, à miser sur les médicaments pour freiner l’épidémie. En effet, chez les sujets traités, la quantité de virus a beaucoup diminué, dans le sang, dans le sperme et dans le vagin. En outre, quand des mutants résistants aux médicaments se développent, ils sont faibles, moins contagieux…

La circoncision

Cette coutume d’hygiène est vieille comme le monde, et limite le transfert des infections par relation sexuelle. Elle expliquerait pourquoi le Maghreb est peu envahi par l’épidémie de sida, de même que certains pays musulmans d’Afrique subsaharienne, et Israël. Une protection particulière à l’égard du sida serait due au fait que les cellules de Langerhans, présentes dans la muqueuse du prépuce, multiplient le VIH. Trois essais cliniques, en Afrique, ont concerné des hommes «volages» aux relations multiples, sans préservatif. Chez eux, on pratiqua la circoncision dans la moitié des cas. On pouvait craindre que le groupe des circoncis, potentiellement protégés, s’en donne à cœur joie dans les comportements à risque, tandis que l’autre groupe témoin, auquel il était difficile de cacher que leur prépuce était intact, auraient pris plus de précautions. Malgré ce biais potentiel, en défaveur d’un effet bénéfique de la circoncision, l’influence protectrice de la circoncision se révéla flagrante: au cours des quelques années suivant l’intervention, les infections par VIH furent deux à trois fois moindres dans le groupe des circoncis. Une diminution qui peut freiner l’épidémie.
La circoncision ne supprime pas totalement le risque d’infection par VIH et ne dispense donc pas d’utiliser le préservatif. Mais elle serait un allié efficace contre la propagation de l’épidémie.

Ne pas oublier la ‘bonne vieille’ prévention

Neuf personnalités mondiales, interrogées sur les priorités actuelles dans la lutte contre le sida, ont répondu par un ou plusieurs souhaits:
– vient encore en tête, prolonger la recherche de nouveaux médicaments;
– puis, ex aequo, viser à modifier des comportements de la société et organiser des campagnes de circoncision;
– enfin, également ex aequo, et malgré les échecs cuisants, s’entêter dans les recherches sur des produits antiviraux en application intra-vaginale, et sur des vaccins.
On peut regretter que, parmi ces efforts médicaux têtus et inventifs, le comportement des amoureux se trouve enfoui, comme une simple approche parmi d’autres. Sur ce point, le thème habituel insiste sur la précaution que chacun doit prendre pour se protéger contre le risque apporté par l’autre. Et l’on ose à peine demander l’inverse: veiller à ne pas contaminer son prochain.

Solidarité et exclusion

Traditionnellement, la Journée mondiale de lutte contre le sida du 1er décembre est l’occasion de mettre la maladie à l’avant-plan en axant les messages sur la solidarité avec les malades et la lutte contre l’exclusion dont ils peuvent être victimes, ici comme ailleurs. Cette année ne faillit pas à la règle, puisque la Plate-forme prévention sida reprend la campagne de l’an dernier, qui faisait appel à des personnalités francophones connues pour porter le message.
Vous vous souvenez peut-être que les spots TV mettaient en scène deux chanteurs, Maurane et Jeff Bodart. On comprendra aisément que seul le spot ‘Maurane’ (qui était à notre avis le meilleur des deux) passera cette année…
Plate-forme prévention sida, rue Jourdan 151, 1060 Bruxelles. Tél.: 02 733 72 99. Fax: 02 646 89 68. Courriel: info@preventionsida.org. Internet: https://www.preventionsida.org .

Prenons un exemple concret: dans certains pays d’Afrique, il est d’usage pour une jeune d’entamer une relation avec un protecteur aîné. C’est, du point de vue de l’épidémiologiste, l’une des pires pratiques: dans de telles relations, l’adolescente va chercher le virus chez cet aîné et le ramène dans sa tranche d’âge, lorsqu’elle tombe amoureuse d’un copain. Dans ces pays, les campagnes «Aimez donc les jeunes gens de votre âge», où le garçon était très attirant, auraient eu une influence positive. Mais pourquoi ne pas responsabiliser aussi le partenaire âgé qui apporte le risque? Chez nous, ne pourrait-on s’adresser au partenaire volage pour qu’il assume ses responsabilités? Dans l’attitude envers le sida, il n’y a pas que la peur de l’autre mais aussi la peur de contaminer l’autre. Une façon de faire converger les deux serait de mieux lier connaissance avant la relation sexuelle. Le slogan « Le sida , parlons en » est source de si jolies images…
Lise Thiry

Offrir un accès universel au traitement

A la XVIIe Conférence internationale sur le sida à Mexico, au mois d’août dernier, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a lancé une publication sur les interventions prioritaires visant à aider les pays à revenu faible ou intermédiaire à se rapprocher de l’accès universel à la prévention, au traitement, aux soins et au soutien concernant le VIH/sida.
Les Interventions prioritaires liées au VIH/sida dans le secteur de la santé : prévention , traitement et soins regroupent les interventions prioritaires recommandées par l’OMS pour le secteur de la santé. Les informations fournies vont de la procédure à suivre pour élargir les programmes de préservatifs, aux dernières recommandations, normes et directives thérapeutiques. La publication doit constituer un document «évolutif» qui sera mis à jour périodiquement avec l’adjonction de nouvelles recommandations fondées sur l’expérience toujours plus riche du secteur de la santé en matière d’interventions.
Comme l’a souligné le Dr Kevin M. De Cock , Directeur du Département VIH/sida à l’OMS, « Ce document répond à un besoin que les pays éprouvent depuis longtemps . Les meilleures recommandations de l’OMS sur les mesures mondiales à prendre par le secteur de la santé se retrouvent ainsi regroupées au même endroit
L’OMS a réuni l’ensemble afin de promouvoir l’utilisation la plus efficace des recommandations existantes spécifiquement destinées à des situations où les ressources sont limitées. D’après les auteurs, les pays pourront ainsi tenir d’ici 2010 l’engagement qu’ils ont pris il y a deux ans à la réunion de l’Assemblée générale des Nations Unies sur le sida concernant l’accès universel à la prévention, au traitement, aux soins et au soutien.
Les Interventions prioritaires visent à:
-décrire les interventions prioritaires du secteur de la santé concernant le VIH/sida qui sont nécessaires pour assurer l’accès universel à la prévention, au traitement et aux soins;
-guider la sélection des interventions pour la prévention, le traitement et les soins et faciliter l’établissement d’un ordre de priorités;
-orienter les lecteurs vers des ressources et des références de l’OMS contenant les meilleures informations disponibles sur l’action du secteur de la santé face au VIH/sida.
L’extension du traitement contre le VIH dans les pays les plus pauvres de la planète renforce sensiblement le secteur de la santé de différentes manières, par exemple par la mise en place et l’extension de l’infrastructure, notamment des laboratoires et des centres de soins, un meilleur personnel de santé, des systèmes d’achat et de gestion des stocks plus efficaces et un financement durable.
L’OMS lance dans un premier temps le document sur cédérom, mais il sera disponible dans plusieurs formats, notamment sur support imprimé et sur internet. L’intention est de permettre aux partenaires d’échanger entre eux leurs informations et de faire profiter le secteur de la santé de leur expérience face au VIH/sida.
Pour plus de renseignements, consulter le site du Département VIH/sida de l’OMS à l’adresse https://www.who.int/hiv .
Communiqué de presse OMS/25, 5 août 2008

La médiation hospitalière. Pour une meilleur communication entre patients et médecins

Le 30 Déc 20

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Encore mal connue par bon nombre de patients et de médecins, la médiation hospitalière a été mise en place, en 2003, suite à la loi relative aux droits du patient. Le médiateur intervient pour améliorer la communication et aider au règlement de conflits qui peuvent surgir dans la relation, pas toujours évidente, entre le patient et le médecin.
La médiation hospitalière est apparue dans le paysage juridique avec la loi relative aux droits du patient du 22 août 2002. Afin de garantir le respect de ces droits, le législateur a institué la médiation hospitalière qui est d’application depuis le 1er novembre 2003. Depuis, chaque hôpital doit organiser une fonction de médiation en son sein et informer les patients sur la possibilité de faire appel à un médiateur hospitalier. Le recours à la médiation est gratuit pour les patients. Le médiateur fonctionne en toute indépendance par rapport aux hôpitaux. Il est tenu de respecter le secret professionnel et de traiter les dossiers de manière neutre et impartiale.
L’organisation de la médiation en milieu hospitalier s’est opérée de façon spécifique au sein des hôpitaux généraux et des hôpitaux psychiatriques. Au niveau des hôpitaux généraux, le médiateur est soit un membre du personnel de l’institution, soit une personne extérieure à la structure de soins. Dans ce dernier cas, la fonction de médiation est organisée en commun pour plusieurs hôpitaux sur la base d’un accord de collaboration écrit entre les hôpitaux concernés. Il apparaît aujourd’hui que les médiateurs hospitaliers sont majoritairement des membres du personnel des institutions hospitalières. En ce qui concerne les hôpitaux psychiatriques, la médiation est généralement exercée par les médiateurs des plates-formes de concertation en santé mentale.

Information insuffisante

Selon une étude menée par le Centre de recherche et d’information des organisations de consommateurs (CRIOC), ainsi que l’Union nationale des mutualités socialistes (UNMS), et avec le soutien de la Fondation Roi Baudouin, les patients sont peu informés de leurs droits. La plupart d’entre eux ignorent l’existence des services de médiation au sein des hôpitaux. Les patients ayant rencontré des problèmes et qui en ont fait part à des représentants de l’institution hospitalière n’ont que très rarement été informés de la possibilité de recourir aux services d’un médiateur. Les patients se disent aussi très dubitatifs quant à l’efficacité de ces services qui ne seraient pas, selon eux, suffisamment indépendants de la structure hospitalière.

Communication défaillante

Il existe, par ailleurs, un réel problème de communication entre patients et personnel soignant. « Les conflits entre le patient et le corps médical sont fréquents dans le milieu hospitalier , confirme Colette Jacob , médiatrice hospitalière et conseillère en gestion hospitalière auprès de l’Association francophone d’institutions de santé (AFIS). Contrairement à ce que l’on pourrait croire , ces conflits ne naissent pas , la plupart du temps , suite à des erreurs médicales ou à des aléas thérapeutiques . Ils sont principalement liés à la qualité de la prise en charge du patient , un domaine dans lequel la communication entre le patient et le personnel soignant a toute son importance

Des perceptions différentes

Ces problèmes de communication s’expliquent par le fait que patients et médecins, s’ils se côtoient au sein d’un même cadre de soins, sont confrontés à des réalités différentes, propices à la naissance de malentendus. « L’hôpital est un lieu très particulier où les médecins et le personnel infirmier ont pour principale mission de soigner les patients , explique Colette Jacob. Les médecins prescrivent et donnent les soins qui leur semblent les plus adaptés à l’état des patients , et cela dans le cadre de l’obligation des moyens qu’ils sont tenus de respecter . Mais ils informent leurs patients sans toujours s’assurer de savoir si ceux ci comprennent bien leurs messages
Il faut ajouter à cela d’autres caractéristiques liées au cadre hospitalier: le travail en équipe du personnel infirmier et médical est considéré comme un schéma de travail des plus compliqués. D’autre part, la fatigue et les situations de stress auxquelles sont régulièrement soumis les médecins et les soignants ont un impact sur le temps qu’ils consacrent aux patients. « De leur côté , les patients qui se trouvent en état de faiblesse , sont souvent inquiets et se sentent vulnérables . Ils ont besoin que leur souffrance soit entendue et attendent des attentions qu’ils ne reçoivent pas nécessairement , car le personnel hospitalier n’est pas toujours en mesure d’entendre cette souffrance .» Il n’est donc pas étonnant que les attentes et les perceptions venant de deux horizons aussi différents puissent provoquer incompréhension et malentendus.

Du malentendu au conflit

Les problèmes liés à la santé ne sont pas comparables à des problèmes qui surgissent dans des entreprises telles que les sociétés de transport en commun ou les télécommunications. « Lorsqu’une personne est touchée par un problème de santé , elle peut perdre un certain nombre de repères , ainsi que son bon sens et éprouver des difficultés à faire la part des choses entre son point de vue et celui des personnes qui la soignent .» Les patients se trouvent en général en situation de dépendance par rapport au corps médical et, se sentant trompés alors qu’ils sont en état de faiblesse, ont tendance à développer des stratégies conflictuelles impliquant immédiatement la direction ou une instance officielle (comme l’Ordre des médecins), ce qui rend difficile toute conciliation. « Les malentendus , s’ils ne sont pas clarifiés peuvent provoquer toute une série de quiproquos qui , montés en épingle , vont parfois jusqu’au conflit et au dépôt d’une plainte de la part du patient .» C’est pourquoi, la médiation devrait intervenir très rapidement, avant même que le conflit n’atteigne un stade irréversible. D’où la nécessité d’une meilleure connaissance des services de médiation.

Les droits du patient…

La loi relative aux droits du patient du 22 août 2002 s’applique aux rapports juridiques entre un praticien professionnel et un patient dans le domaine des soins de santé. Cette loi précise:
-le droit au libre choix du praticien professionnel et le droit de modifier son choix;
-le droit à des prestations de soins de qualité;
-le droit à l’information sur son état de santé;
-le droit au consentement libre et éclairé à toute intervention du praticien moyennant information préalable;
-le droit à un dossier de patient soigneusement tenu à jour et conservé en lieu sûr;
-le droit de consulter et d’obtenir une copie de son dossier;
-le droit à la protection de la vie privée;
-le droit de recevoir des soins visant à soulager la douleur;
-le droit d’introduire une plainte concernant l’exercice des droits du patient auprès de la fonction de médiation compétente.

Le rôle du médiateur

Dès qu’une plainte est déposée, le rôle du médiateur hospitalier consiste à tenter de rétablir la communication et la confiance entre les personnes concernées, évitant de la sorte le transfert éventuel du dossier vers les cours et tribunaux. « L’objectif poursuivi par le médiateur est d’écouter le point de vue de chacune des parties et d’essayer de les rapprocher pour les aider à trouver ensemble la solution qui leur semble la plus adéquate . Après avoir entendu les propos du médecin , du personnel soignant et du patient , le médiateur est plus à même de cerner la problématique et de l’expliquer aux parties concernées , cela dans un contexte qui n’est plus celui des soins et où les tensions sont donc moins fortes
Pendant le processus, le médiateur propose souvent une rencontre entre le patient, le personnel soignant et le médecin. Cette démarche n’est cependant pas encore toujours souhaitée ni par les praticiens, ni par un grand nombre de patients. « D’une part , contrairement à ce que pensent les praticiens , les patients ne se sentent pas toujours très à l’aise lors du dépôt de leur plainte . Ils peuvent douter de la pertinence de leurs griefs . Ils peuvent aussi se sentir impressionnés par le médecin et très démunis face à la structure hospitalière . D’autre part , le personnel hospitalier peut ressentir la plainte comme une attaque , en éprouver de la honte et , dès lors , éviter les échanges à ce propos . Tout comme le patient , le personnel peut se sentir démuni face à ce qu’il vit comme une confrontation , alors que ce type de rencontre représente pour lui l’occasion d’exprimer son point de vue par rapport aux faits qui lui sont reprochés . Enfin , les médecins et le personnel infirmier ne sont pas nécessairement prêts à remettre en cause leur démarche thérapeutique ou soignante

Recommandations

Tous les patients s’accordent sur le fait que la mission essentielle d’un service de médiation devrait être de rétablir la relation de confiance entre le patient et le médecin.
L’information sur l’existence du service de médiation doit être généralisée auprès des patients. Pour être mieux connue, la fonction du médiateur doit aussi être très visible et accessible au sein de l’hôpital.
Aux yeux des médiateurs, l’absence de communication est une source importante de conflits. Aussi, une meilleure gestion de la communication par l’ensemble du personnel hospitalier permettrait d’éviter les problèmes. A ce titre, l’information préalable des patients apparaît comme un élément important, surtout avant une hospitalisation (par exemple, lors de la prise de rendez-vous). C’est en effet hors du contexte de stress que le patient sera le plus réceptif.

Du côté des médiateurs

Le plus souvent, les médiateurs ne disposent pas de connaissances médicales suffisantes pour comprendre la situation. En guise de solution, ils s’informent auprès d’autres médecins et réagissent ensuite face au patient selon leur sensibilité ou la culture de l’institution. Cela montre la nécessité pour les médiateurs de disposer de connaissances médicales, soit en étant eux-mêmes médecins, soit en étant secondés par un médecin capable de comprendre les aspects techniques et avoir accès au dossier du patient.
D’autre part, la fonction de médiateur recourt à des compétences médicales, juridiques, administratives et psychologiques. Mais souvent, les médiateurs ne possèdent pas toutes ces qualifications, tout comme ils n’ont pas suivi de formation spécifique à la médiation. Or, les patients attendent une prise en compte multidisciplinaire de leur problème. En conséquence, une formation polyvalente et continue devrait être offerte à l’ensemble des médiateurs.
Colette Barbier
Pour en savoir plus: Médiateur hospitalier, rue Général Michel 47, 5000 Namur. Tél.: 0800 122 65. Courriel: info@lemediateurhospitalier.be. Site: https://www.lemediateurhospitalier.be . Il s’agit d’une structure commune à quatre hôpitaux wallons et bruxellois qui ont privilégié la médiation externe plutôt qu’interne.

Contribution des citoyens à l’élaboration des plans de lutte contre la pandémie d’influenza

Le 30 Déc 20

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Échos d’une expérience québécoise sur la participation citoyenne

Introduction

Au cours des dernières années, plusieurs voix se sont élevées pour nous annoncer la survenue probable d’une pandémie d’influenza. De fait, des signes avant-coureurs confirment cette crainte. En effet, depuis 1996, plusieurs cas d’infection par le virus hautement pathogène de l’influenza aviaire (H5N1) se sont déclarés à travers le monde. Ces cas se sont produits surtout en Chine et en Asie, mais ailleurs aussi, notamment en Europe, au Moyen Orient et en Afrique.
Même si des souches du virus ont d’abord été trouvées chez des animaux, des oiseaux et de la volaille principalement, depuis 1997, de nombreux cas de contamination mortelle ont été recensés chez l’humain, confirmant ainsi le taux élevé de létalité du virus (1). À ces cas résultant d’une contamination par le H5N1 se sont ajoutés d’autres cas mettant en cause d’autres formes du virus de l’influenza aviaire, notamment le H9N2, le H7N7 et le H7N3. Étant donné l’étendue géographique de la transmission du virus de l’influenza aviaire, son pouvoir pathogène et les cas de transmission chez l’humain, la menace d’une pandémie est jugée réelle et potentiellement très néfaste par l’OMS (2).
Selon les experts internationaux, ces données inquiétantes sont en outre renforcées par l’apparition récurrente de pandémies grippales au siècle dernier (grippe espagnole en 1918, grippe asiatique en 1957 et grippe de Hong-Kong en 1968). Pour eux, cette situation laisse croire que cette menace est maintenant à nos portes et que ses conséquences sur la santé, l’économie et la stabilité des populations seront extrêmement significatives.
En réponse au défi que représente, sous ses différentes formes, le virus de l’influenza pour les autorités responsables de la santé publique partout dans le monde, beaucoup d’États membres de l’OMS ont décidé de mettre en place un certain nombre de mesures visant à prévenir et à combattre une éventuelle pandémie. L’ensemble de ces mesures est circonscrit à l’intérieur des différents plans nationaux produits, dans chacun des pays, par les agences ou les ministères chargés de la protection du public en cas d’alerte pandémique (3).
Dans leur élaboration, ces mesures, qui agiront à différents niveaux (planification, coordination, surveillance, évaluation, prévention, endiguement, soins et communication), laissent pourtant peu de place aux citoyens dits «ordinaires» ou «profanes». Ceux-ci en sont le plus souvent réduits à n’être que les exécutants d’une stratégie d’intervention du «haut vers le bas», c’est-à-dire pensée et mise en œuvre uniquement par les décideurs et les experts en santé publique (4).
L’organisation, du 11 au 13 avril 2008, d’un atelier de dialogue citoyen sur la pandémie d’influenza par les membres du Groupe de recherche en bioéthique (GREB) de l’Université de Montréal a permis d’inverser la perspective. L’équipe du GREB a voulu savoir quelle pourrait être la contribution d’un groupe de citoyens venant d’horizons divers s’ils étaient invités à participer à l’élaboration des plans de lutte contre la pandémie d’influenza. Dans un premier temps, cet article explique brièvement l’organisation et le déroulement de l’atelier, puis résume, dans le tableau 1 (points saillants, voir page 4), le résultat des discussions entre les citoyens. La conclusion fait ressortir quelques leçons que les auteurs de cet article croient devoir tirer d’un tel exercice.

Organisation et déroulement de l’atelier de dialogue citoyen

Le processus de consultation des citoyens –appelé «atelier de dialogue citoyen»-, s’est déroulé sur deux jours et demi consécutifs. Une quinzaine de citoyens venant d’horizons divers y ont participé. Ils ont été recrutés à l’aide de journaux montréalais, d’affiches placées dans des endroits publics et de réseaux de courriels. Ces citoyens ne devaient pas nécessairement posséder de connaissances spécifiques sur le sujet et ne devaient préférablement pas être membres d’un groupe d’intérêt directement lié au sujet.
Avant le début de l’atelier, les participants ont reçu par la poste un document d’introduction contenant des informations de base sur la nature d’une pandémie d’influenza. L’atelier s’est amorcé par l’accueil des participants, par la présentation du projet et par un exposé général sur des concepts clés liés à la pandémie. Par la suite, les citoyens ont pu discuter et dialoguer sur quatre thèmes en lien avec le sujet.
Chaque session de l’atelier, d’une demi-journée par thème, a débuté par une présentation, faite par un expert, et visant à transmettre aux participants des informations à la fois justes et accessibles sur chacun des thèmes. Les présentations, d’une durée de trente à quarante-cinq minutes chacune, ont été suivies d’une courte période de questions et ensuite d’une discussion entre les citoyens (5). Afin d’encadrer et de stimuler les échanges, une professionnelle de la communication a agi à titre de modératrice tout au long de l’atelier. Elle devait faire preuve de neutralité et favoriser l’implication active de tous les participants.
Les thèmes sélectionnés pour l’atelier étaient les suivants: processus de décision et communication , pouvoirs de l’État et liberté des citoyens , organisation des soins et des services et enfin rôle de la génomique .
Ces thèmes ont été choisis suite à l’analyse de divers plans nationaux de lutte contre une pandémie (6). De plus, il est à noter que les membres de l’équipe du GREB ont défini ces thèmes en collaboration avec un «comité aviseur» qui a chapeauté et veillé au bon déroulement du projet en s’assurant que l’ensemble du processus était objectif, impartial, transparent, et que l’information fournie était véridique.
Les trois premiers thèmes ont en commun de concerner de près les citoyens et de susciter de nombreux questionnements sur le plan éthique. Quant à l’étude du rôle de la génomique en temps de pandémie, elle a également permis une approche prospective des questions éthiques, car selon certains experts, dans les prochaines années, la santé publique pourrait faire davantage appel à la génomique pour mieux cibler ses interventions (7). Par ailleurs, l’équipe du GREB a choisi pour cette activité de ne pas mettre l’emphase sur certains enjeux d’importance, comme l’établissement de priorités pour l’allocation des vaccins ou des lits, puisque que ceux-ci ont déjà été l’objet de recherches ailleurs dans le monde (8).

Synthèse des discussions

La synthèse qui suit rapporte, sous la forme de points saillants, les principaux éléments qui ont émergé des discussions entre les participants à l’atelier. L’ensemble de ces informations sont regroupées par thème dans le tableau ci-dessous.

Tableau 1 – Points saillants relatifs aux thèmes de l’atelier

Ouverture de l’atelier • Ils croient que le manque d’information ne permet pas d’évaluer les risques réels et fait courir le risque d’une panique généralisée et d’une possible désolidarisation.
• Ils affirment que la responsabilité individuelle et la solidarité dans l’application des mesures d’urgence sont nécessaires à la mise en œuvre efficace des plans.
• Ils estiment que les objectifs de responsabilité et de solidarité énoncés précédemment exigent un travail sur les mentalités, et donc la mise en place d’une culture collective de sécurité civile.
• Certains citoyens soulignent la nécessité d’un regard critique afin de mettre au jour les tentatives de manipulation de l’opinion publique.
• Les citoyens questionnent la place et l’influence réelles qu’ils peuvent avoir dans des plans dont la structure est du haut vers le bas (top down).

Processus de décision et communication Pouvoirs de l’État et liberté des citoyens Organisation des soins et des services Rôle de la génomique
• Globalement, les citoyens font ressortir le manque d’information et de transparence des autorités au sujet de la pandémie d’influenza.
• Les citoyens ne veulent pas jouer le rôle des experts. Ils veulent cependant être informés et outillés pour agir à leur niveau.
• Ils disent vouloir des plans locaux qui sont le prolongement des plans nationaux.
• Ils affirment qu’il faut améliorer et démocratiser le processus de communication avant et pendant la pandémie.
• Pour une communication plus efficace qui rejoint toutes les couches de la population, ils recommandent l’utilisation systématique, dans plusieurs langues, de différents médias, notamment la télévision et la radio.
• Ils recommandent également l’utilisation de médias alternatifs comme les blogues ou les CDs interactifs qui sont plus susceptibles d’atteindre certaines clientèles.
• Ils indiquent qu’il faut des messagers crédibles auprès de la population, et parmi eux des leaders bien connus dans leurs communautés.
• Ils pensent que les processus de communication trop «formatés» peuvent avoir un effet pervers sur la confiance de la population envers les autorités.
• D’une manière générale, ils se perçoivent comme des agents et des relayeurs d’informations dans le processus de communication.
• Ils souhaitent que les autorités créent des partenariats avec des membres de la société civile (aînés, syndicats, etc.) pour que ceux-ci ajoutent à la force d’intervention prévue dans les plans.
• D’une manière générale, les citoyens acceptent le cadre législatif de l’État, mais à différents degrés.
• Un certain nombre approuve totalement l’encadrement législatif de l’État. Ils ont confiance en la compétence et la neutralité des décideurs.
• D’autres expriment quelques réticences face aux mesures choisies par l’État, particulièrement au niveau des soins. Ils souhaitent plus d’information afin de choisir eux-mêmes les pratiques qui leur conviennent.
• Tous les citoyens estiment essentiel que de l’information leur soit fournie. L’État doit garantir une transparence et une neutralité dans ses choix et ses décisions.
• Ils soulignent toutefois le risque d’abus de pouvoir de l’État.
• Les citoyens jugent essentiel l’établissement de critères de priorité pour l’administration des soins.
• Certains citoyens reconnaissent aux experts la responsabilité de déterminer les priorités des soins et services. Ils éprouvent des réticences face à une consultation des citoyens sur ces questions, mais veulent être informés pour prendre des responsabilités à leur niveau.
• Quelques citoyens sont plus sceptiques face aux choix des experts, qui peuvent faire des erreurs. Ils aimeraient que les citoyens aient une place dans ces processus de décision.
• Tous les citoyens souhaitent le développement d’une culture de sécurité civile au sein de la population. Ils souhaitent que l’État prenne le leadership de cette culture et utilise les outils nécessaires pour informer et former les citoyens.
• Ils proposent de profiter des campagnes d’information annuelles sur la grippe saisonnière pour préparer et sensibiliser la population à une éventuelle pandémie.
• Ils conseillent aussi que l’État adapte l’information et utilise des outils très variés pour rejoindre les différents groupes de la société.
• Ils proposent de miser dès maintenant sur la formation de bénévoles et autres professionnels, ainsi que de créer des forums de discussion pour l’information et l’implication des citoyens.
• D’emblée, les citoyens soulignent le caractère hypothétique du rôle de la génomique dans la lutte contre les pandémies.
• Ils trouvent que beaucoup de questions liées aux possibilités et aux limites de l’utilisation de la génomique restent sans réponse.
• Ils croient que la génomique représente un risque calculé qu’il vaut peut-être la peine de prendre collectivement pour protéger la santé de la population.
• Certains citoyens jugent qu’en l’absence de données claires sur les avantages de la génomique, il vaut peut-être mieux ne pas en faire une priorité.
• Ils insistent sur la nécessité d’une protection légale prenant la forme d’un consentement limité.
• Ils souhaitent aussi la mise en place de «balises» servant à définir les critères et les conditions pour des interventions plus ciblées réalisées à l’aide de la génomique.
• Pour rendre les banques de données génétiques socialement plus acceptables, les citoyens proposent d’être associés à leur mise en place. Cette initiative pourrait favoriser la crédibilité, l’intégrité et la transparence.

Commentaires des résultats

Au départ, il est ressorti clairement des discussions que les citoyens possédaient peu de connaissances au sujet de la pandémie d’influenza et des plans pour y faire face. D’ailleurs, plusieurs citoyens ont affirmé qu’ils étaient venus pour s’informer plutôt que pour contribuer à l’élaboration d’un plan de lutte contre la pandémie.
Par contre, au terme de cet atelier, il était impressionnant de constater à quel point les citoyens peuvent assimiler rapidement les différents aspects (scientifiques, éthiques, sociaux et légaux) d’un enjeu aussi complexe. Ainsi les autorités doivent savoir qu’elles peuvent compter sur l’intelligence collective des citoyens, même lorsque ceux-ci font face à des problèmes pour lesquels ils ne sont pas des spécialistes.
Cependant, les citoyens ne veulent pas non plus remplacer les experts. Ils espèrent simplement pouvoir agir localement et devenir les partenaires à part entière d’un processus de décision plus collégial. Les citoyens savent qu’ils n’ont pas toutes les connaissances nécessaires. Ils font confiance aux experts. Une majorité de citoyens se sont d’ailleurs déclarés prêts à accepter que des priorités soient déterminées d’«en haut» par les autorités.
Mais certaines propositions concrètes faites par les participants lors de l’atelier montrent clairement que les citoyens possèdent un savoir complémentaire qu’ils souhaitent mettre à contribution. Par conséquent, ils ne veulent pas être réduits au rôle de simples exécutants.
En situation d’urgence, les autorités jugent qu’il est parfois nécessaire d’imposer des règles à la population. C’est l’approche du haut vers le bas (top down en anglais). Pourtant, étant donné leur insertion dans des milieux socioprofessionnels divers, les citoyens ont affirmé à maintes reprises, et de différentes façons, que la somme de leurs connaissances et de leurs expériences pouvait être utilisée pour renforcer l’efficacité des mesures de santé publique.
Les plans ont une portée et une visée très générales, mais leur mise en application exige la prise en compte des contextes et des situations particulières au sein des populations. En ce sens, les citoyens ont souligné qu’ils avaient, par leur place au sein de la société, la capacité d’être des «relayeurs d’information» et qu’ils pouvaient, à leur échelle, initier certaines décisions. Cette volonté d’une prise de conscience plus aiguë des particularités locales des populations s’est aussi manifestée chez certains à travers leur souci pour les communautés plus vulnérables, celles qu’il est parfois plus difficile de joindre par des moyens ordinaires de communication: les immigrants, les démunis, les jeunes ou les personnes âgées. Il importe donc, ont-ils dit, de «démocratiser» l’information, c’est-à-dire de la rendre accessible par différents moyens, traditionnels (télé, radio, journaux) ou non (blogues, documents visuels ou multilingues, etc.).
Le consensus qui s’est développé au sein du groupe de participants tourne autour d’une responsabilisation accrue des citoyens par la mise en place d’une culture de sécurité civile . Il s’agit ici de rapprocher le pouvoir décisionnel du lieu d’émergence des problèmes. L’établissement d’une culture de sécurité civile exige d’abord que chaque citoyen prenne conscience:
-des risques présents dans son milieu;
-de la nécessité de se prémunir et de se préparer face à ces risques;
-de l’importance d’investir des ressources humaines et financières à cette fin;
-de la nécessité de prendre ses responsabilités à l’égard de ces risques;
-de la solidarité entre les personnes.
Cette prise de conscience collective devrait par la suite favoriser davantage des comportements responsables en sécurité civile (9). Par exemple, la distribution d’un Guide d’autosoins (10) au sein de la population a été perçue par les participants à l’atelier comme une contribution significative à la création d’une culture de sécurité civile.

Conclusion

L’objectif du GREB était d’examiner la contribution possible des citoyens à l’élaboration des plans de lutte contre la pandémie d’influenza. Dans l’ensemble, notre équipe estime avoir atteint plusieurs de ses buts. En effet, les citoyens ont réussi à rapidement saisir les enjeux, malgré la complexité de ceux-ci, et à proposer des voies nouvelles pour la gestion des plans de lutte contre la pandémie d’influenza.
Cependant, il faut admettre que d’autres objectifs n’ont pas été atteints. Ainsi, peut-être à cause de problèmes de communication, certains experts comprenaient mal les objectifs que nous visions lors de l’atelier; ils auraient voulu que les participants à l’atelier évaluent le contenu des plans qu’ils ont élaborés en tant qu’experts. Ils ont mal saisi notre motivation principale qui était de voir comment les citoyens voyaient leur propre contribution à l’élaboration des plans.
Il aurait également été souhaitable que le groupe des 15 citoyens qui ont participé à l’atelier soit plus représentatif de la diversité de la société québécoise actuelle. À cet égard, nous constatons qu’il est difficile de rejoindre certaines parties de la population pour ce genre d’activité. Le format de l’atelier, qui se déroulait sur un seul week-end, n’a pas permis aux citoyens de laisser mûrir leurs réflexions, comme cela peut se faire lors d’une conférence de consensus qui s’étend sur plusieurs week-ends. Mais en même temps, les connaissances qu’ils ont acquises en un si court laps de temps indiquent qu’il est possible de faire beaucoup, en peu de temps et avec peu de moyens. Enfin, nous avons constaté aussi que les citoyens avaient parfois de la difficulté à se mettre dans la peau de ceux qui conçoivent les plans. Étant donné les aptitudes qu’ils ont manifestées par ailleurs, cela démontre qu’il faut peut-être simplement poursuivre le dialogue entre les experts et la population.
En fin de compte, il est clair pour les membres de notre équipe que l’analyse de plans de lutte contre la pandémie d’influenza et l’atelier citoyen soulèvent des enjeux éthiques d’importance, mais trop souvent ignorés en santé publique. Dans les plans nationaux que nous avons étudiés, on reconnaît généralement que le respect de l’autonomie et de la dignité des personnes doivent être des valeurs prééminentes en santé publique. Cela étant, il faut alors se demander si ces valeurs n’impliquent pas la mise en place de mécanismes, dans les stratégies de communication par exemple, par lesquels la parole et l’action citoyennes peuvent être intégrées aux processus décisionnels.
La vision de l’autonomie qui point ici n’est donc pas limitée à la réduction des mesures coercitives, ce qui correspond à une définition négative de l’autonomie. Elle vise au fond à l’action responsable et solidaire de tous les citoyens, qu’ils soient experts ou profanes. Il s’agit donc pour nous de mettre en avant une vision positive de l’autonomie.
En outre, il apparaît raisonnable de présumer que la participation active des citoyens viendra renforcer les valeurs de confiance et de transparence qui sont désignées comme fondamentales dans les stratégies de communication conçues par les autorités internationales dans leur lutte contre la pandémie d’influenza. À l’inverse, une communication trop «formatée» et trop exclusivement télégraphiée d’«en haut» par les décideurs et les experts risque de susciter la méfiance et de laisser aux citoyens une impression de bureaucratisation d’un problème qui, en fait, les touche et les concerne tous, sans égard pour leur origine ni pour leur statut socioéconomique.
La participation citoyenne, par les solidarités et le dialogue qu’elle contribue à installer entre les décideurs, les experts et la population en général, ajoute à la valeur éthique des interventions en santé publique. À travers le respect de l’autonomie et de la dignité des personnes qu’elle véhicule, la participation citoyenne répond également à des intérêts pratiques qui ont trait autant à des questions de santé et d’éducation, qu’à des impératifs de bonne gouvernance et d’émancipation des communautés.
Yanick Farmer , Cécile Durand , Marianne Dion-Labrie , Marie-Eve Bouthillier et Hubert Doucet
Adresse des auteurs: Groupe de recherche en bioéthique, Université de Montréal, CP 6128, succ. Centre-Ville, Montréal (Québec), H3C 3J7, Canada. Courriel: yanfarmer@yahoo.ca.

(1) WHO. H5N1 avian influenza: Timeline of major events (30 July 2007). Geneva: World Health Organization; 2007.
(2) WHO/Department of Communicable Disease, Surveillance and Response. WHO consultation on priority public health interventions before and during an influenza pandemic . Geneva: World Health Organization; 2004. Disponible à https://www.who.int/csr/disease/avian_influenza/final.pdf . Accès le 22 décembre 2008.
(3) Notre équipe a étudié 24 plans de lutte contre la pandémie d’influenza produits à l’échelle internationale. Il s’agit des plans de l’OMS, de l’Australie, de la Belgique, du Brésil, du Burkina Faso, du Canada, du Chili, de la Chine (Hong Kong), de la République tchèque, de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, du Japon, de la Corée du Sud, de la Nouvelle-Zélande, des Pays-Bas, de la Norvège, des Philippines, de la Suède, de la Suisse, de la Thaïlande, du Royaume-Uni, des États-Unis et du Vietnam.
(4) Y. Farmer, M-E. Bouthillier, M. Dion-Labrie, C. Durand, H. Doucet, «Public Participation in National Preparedness and Response Plans for Pandemic Influenza: Toward an Ethical Valorization of Public Health Policies», 2008, article soumis.
(5) L’équipe du GREB a enregistré puis retranscrit ces discussions.
(6) Supra , note 4.
(7) A. Brand et al. 2006. «Getting ready for the future: intergration of genomics into public health research, policy and practice in Europe and globally», Community genetic s: 9: 67-71. ;M.J. Khoury et al. (eds). 2000. Genetics and Public Health in the 21st Century: Using genetic information to improve health and prevent disease . New York: Oxford University Press.
(8) The Keystone Center. 2007. The Public Engagement Project on Community Control Measures for Pandemic Influenza . Keystone: The Keystone Center; Ekos. 2006. The Use of Antivirals for Prophylaxis: Deliberative Dialogue Process . Ottawa: Ekos Rsearch Associates; Pandemic Influenza Working Group. 2005. Stand on Guard for Thee: Ethical Considerations in Preparedness Planning for Pandemic Influenza . Toronto: University of Toronto Joint Center for Bioethics; The Public Engagement Pilot Project on Pandemic Influenza. 2005. Citizen Voices on Pandemic Flu Choices . Lincoln (USA): Public Policy Center, University of Nebraska.
(9) Cette définition et ses principaux éléments sont fournis par le Ministère de la sécurité publique du Québec. Disponible en ligne à l’adresse suivante: https://www.msp.gouv.qc.ca/secivile/secivile.asp?txtSection=apercu&txtCategorie;=pnsc . Accès le 18 janvier 2009.
(10) Dans le contexte d’une lutte éventuelle contre la pandémie d’influenza, le domicile familial est conçu comme le premier lieu d’intervention. C’est pourquoi le gouvernement du Québec a produit un Guide d’autosoins qui est actuellement disponible en ligne à l’adresse suivante:
https://www.opiq.qc.ca/pdf/divers/Guide_auto-soins_Prélim_juin2007.pdf (accès le 22 décembre 2008)

Céréales du petit-déjeuner: pas tous les jours!

Le 30 Déc 20

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Test Achats a fait une analyse approfondie de la valeur nutritionnelle de 17 sortes de céréales au chocolat et au miel mises sur le marché pour les enfants. La conclusion montre que ces produits contiennent beaucoup trop de sucre tandis que la teneur en sel et en graisse peut encore être améliorée.
Pourtant, les emballages regorgent d’allégations concernant les vitamines, les minéraux et les fibres. Parents comme enfants sont donc persuadés de pouvoir consommer quotidiennement et même plusieurs fois par jour ce genre de céréales. C’est de l’hypocrisie.
Les céréales du petit-déjeuner ne conviennent pas à une consommation journalière. Rien ne vaut un repas varié et plus équilibré pour bien démarrer la journée.
Test Achats a également examiné combien de spots sur les céréales sont diffusés à la télévision. Les résultats sont étonnants: une moyenne de 34 pubs par jour. Le nombre d’enfants souffrant d’obésité augmente de manière effrayante. Une alimentation trop riche en graisse et en sucre ainsi que le manque d’activités physiques en sont les principales causes.

L’enquête

Celui qui pense aux céréales, pense directement à Kellogg’s ou Nestlé. Test Achats a examiné en outre diverses marques moins connues. L’enquête est divisée en trois parties: une analyse en laboratoire de la valeur nutritionnelle des céréales, une étude sur les informations données sur l’emballage et une enquête quantitative des spots télévisés. La même enquête a été réalisée dans 28 pays.

Overdose de sucre et de graisse

La teneur en sucre est le point faible des céréales du petit-déjeuner. À partir de 12,5 g, il est question d’une quantité excessive de sucre. Toutes les céréales du test dépassent largement cette limite, tandis qu’un produit contient même 37,6 g aux 100 g!
Nous parlons d’une faible teneur en gras lorsqu’elle s’élève à 3% maximum du total. Dans 17 produits sélectionnés, la teneur en lipides des produits varie de 1,2% à 13,6%. Il y a donc encore une large place pour l’amélioration. Une note positive toutefois: aucun acide gras trans (effet négatif sur le taux du cholestérol) n’a été décelé.
En ce qui concerne la teneur en fibres, Test Achats remarque de grandes différences entre les céréales. Le meilleur produit pour cette partie du test contient 9% de fibres.

Les étiquettes mentent

On trouve des informations nutritionnelles sur toutes les boîtes, mais elles sont un peu plus détaillées selon les marques. Test Achats a pris deux marques en défaut: l’une, car la quantité de sucre mentionnée était nettement moins élevée que celle mesurée, l’autre parce que la quantité de fibres était exagérée.

Convaincu ou trompé par l’emballage?

Rien n’est épargné pour séduire les parents et les enfants afin qu’ils achètent des céréales et en mangent quotidiennement. Les enfants sont séduits par les cartoons et les figurines supposés réveiller leur imagination.
Mais on s’adresse aussi aux mamans. Certes pas à coup de cadeaux, mais plutôt d’allégations telles que la teneur en minéraux et fibres destinées à les rallier à la cause. Une marque parle même de calcium, qui n’est de fait pas contenu dans les céréales mêmes, mais bien dans le lait éventuellement ajouté.

34 pubs par jour

Le temps publicitaire avant, pendant et après les programmes pour enfants est très convoité. Les enfants sont en effet très influençables via les spots télé et ont à leur tour un grand impact sur l’achat d’aliments leur étant destinés, mais aussi sur les achats concernant toute la famille. Les parents peuvent difficilement refuser lorsque leur fils ou fille chéri(e) commence à les supplier en plein supermarché, ce qui n’échappe pas aux fabricants ni aux gens du marketing.
Pendant une semaine au mois d’avril, Test Achats a enregistré toutes les pubs télé pour des céréales, diffusées sur 14 chaînes pouvant être regardées en Belgique. En moyenne, on pouvait voir pas moins de 34 pubs par jour. C’est sur VT4, VTM, Nickelodeon et Club RTL qu’elles étaient le plus diffusées. C’est en outre le mercredi et pendant le week-end que le nombre de pubs par jour est le plus important, ainsi qu’en semaine juste avant et après les heures d’école.

Junk Food Generation pour sauver la Génération malbouffe

220 organisations de consommateurs dont Test Achats, réunies au sein de Consumers International, ont lancé, en collaboration avec l’International Obesity Taskforce, la campagne “Junk Food Generation” (génération malbouffe). Avec cette campagne, elles veulent mettre sur pied un code international pour réprimer le marketing pour les aliments «malsains» auprès des enfants. Elles demandent aussi aux gouvernements d’intégrer ce code dans leur législation. Vous trouverez plus d’informations sur www.junkfoodgeneration.be, site sur lequel ceux qui souhaitent soutenir cette initiative peuvent signer le code.

Test Achats veut des céréales plus saines et l’arrêt de l’hypocrisie actuelle!

Test Achats attend des fabricants qu’ils adaptent la composition de leurs produits: moins de graisse et beaucoup moins de sucre. L’association des consommateurs ne plaide certainement pas pour l’interdiction des céréales sur les tables du petit-déjeuner. Il existe, en effet, une foule d’autres produits du petit-déjeuner et de coupe-faim pour les enfants contenant encore beaucoup plus de sucre, de sel et/ou de graisses. Mais Test Achats n’est pas d’accord avec l’image trop positive que les spécialistes du marketing veulent coller aux céréales.
Mamans et enfants sont constamment encouragés à manger des céréales tous les jours, et si possible, plusieurs fois par jour. C’est de l’hypocrisie. Les céréales du petit-déjeuner ne conviennent pas à une consommation journalière. Rien ne vaut un repas varié et plus équilibré pour bien démarrer la journée.
D’après un communiqué de Test Achats

L’alcool chez les jeunes à Bruxelles

Le 30 Déc 20

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Le Groupe porteur ‘Jeunes et alcool’ (1) organisait le 5 novembre dernier une Table ronde bruxelloise ‘L’alcool chez les jeunes: qu’en est-il et qu’en faisons-nous?’
Une centaine de personnes ont participé à cette journée, qui s’adressait aux acteurs bruxellois de la prévention des assuétudes, aux professionnels de la santé des jeunes mais aussi aux représentants des milieux de jeunes: c’était un des paris des organisateurs d’élargir un peu les horizons pour être plus proches des réalités bruxelloises. Pari réussi, même si on aurait aimé une participation plus importante, tant du secteur santé que du secteur jeunesse.
Autre défi, celui de donner ‘intelligemment’ la parole aux jeunes eux-mêmes, sans les utiliser comme alibis à une pseudo participation. L’option choisie était une vidéo en micro-trottoir, qui bien qu’un peu trop longue, rendait compte des représentations des jeunes, qu’ils soient ou non consommateurs (les caractéristiques sociologiques de la région font que le nombre de jeunes qui déclarent boire peu ou prou de l’alcool est moins importante à Bruxelles qu’en Flandre ou en Wallonie, étant donné l’importante communauté musulmane dans notre capitale).
Dans son introduction à la journée, le Ministre bruxellois de la Santé Benoît Cerexhe souligna des points d’inquiétude (âge précoce des premières consommations, phénomène de plus en plus médiatisé des ‘bitures express’) mais aussi des choses plus positives, comme la mise en place à Bruxelles du label ‘Quality Nights’ de Modus Fiesta (2), une initiative pour profiter sans remords des sorties avec une bonne gestion des ‘risques’, soutenue largement par le milieu de la fête, et qui commence à faire des petits au-delà des 19 communes.
Après un tour d’horizon de la problématique par Martin de Duve , directeur d’Univers santé, ces mêmes jeunes ont lancé aussi aux participants des questions simples (les réponses ne le sont pas toujours!) qui ont pu servir d’amorce aux quatre ateliers, consacrés respectivement:
aux enjeux éducatifs (animation par Florence Vanderstichelen , directrice du Service d’aide aux étudiants de l’UCL et Fabienne Henry , responsable du Service PSE de la Ville de Bruxelles);
aux enjeux économiques et législatifs (animation par Baptiste Campion , assistant au Département de Communication de l’UCL et Antoine Boucher , responsable communication d’Infor-Drogues);
aux enjeux culturels (animation par Ludovic Henrard , directeur de la FEDITO bruxelloise et Mark Vanderveken , coordinateur de la Concertation Toxicomanies Bruxelles);
aux enjeux de santé publique enfin (animation par Axelle Vermeeren , responsable du centre de santé UCL, service PSE, et Thierry Poucet , journaliste de santé publique).
Chacun a eu l’occasion de participer à deux ateliers, ce qui ne manqua pas d’enrichir les pistes de réflexion et d’action.
De nombreuses associations ont eu également la possibilité de mettre en évidence leurs réalisations lors d’une expo-forum pendant le temps de midi, autour d’un sandwich et d’un verre (d’eau, de jus de fruit, mais aussi de vin): il y a pas mal d’outils disponibles en Communauté française, et ils sont souvent de qualité…
En général, à la fin de ce genre de journée d’échanges, la moitié du public s’est discrètement éclipsée, et les courageux écoutent poliment le rapport souvent ‘imbuvable’ (un comble vu le sujet du jour) des ateliers en prenant leur mal en patience.
Rien de tel ici, les organisateurs ont eu l’excellente idée de demander au Délégué général aux droits de l’enfant de la Communauté française, Bernard De Vos , de mettre la question des consommations dans une plus large perspective, ce qu’il fit de manière remarquable. Il souligna avec des mots justes la grande dureté de notre minuscule capitale (1.100.000 habitants, ce n’est pas grand-chose) à l’égard des jeunes, stigmatisés, vivant des situations d’exclusion permanentes bien éloignées des clichés angéliques sur le caractère multiculturel de notre capitale, accusés de tous les maux alors qu’ils sont objectivement plus victimes de violences (intentionnelles ou non) qu’auteurs. Un superbe plaidoyer pour ceux qui souvent cherchent d’abord à ‘survivre’, et qu’il faut ‘prendre au sérieux plutôt que prendre au mot’.
Décoiffant, vraiment!
Les actes de la journée paraîtront au début 2009. Nous vous en reparlerons.
Christian De Bock
Adresse des organisateurs: Univers santé, Place Galilée 6, 1348 Louvain-la-Neuve. Courriel: univers-sante@uclouvain.be (1) Il est constitué par la Fédération des centres de jeunes en milieu populaire, de la Fédération des Etudiant(e)s francophones, du Groupe RAPID, d’Infor-Drogues, de Jeunesse et Santé, de Latitude Jeunes, de la Ligue des Familles, de Prospective Jeunesse et d’Univers santé.
(2) Voir à ce sujet https://www.educationsante.be/es/article.php?id=935 . Pour rappel, les adhérents au label s’engagent à respecter 6 critères: eau potable gratuite, préservatifs à prix modique, bouchons d’oreille à prix modique, infos sur la santé, alerte rapide en cas de circulation de produits à hauts risques, personnel sensibilisé. Treize lieux de fête sont parties prenantes après un an, et 150 personnes ont été formées.

La santé mentale des exclus

Le 30 Déc 20

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A l’occasion de la «Journée mondiale de la santé mentale», l’ONG Médecins du Monde a mis l’accent sur les actions qu’elle mène dans ce domaine auprès des populations les plus vulnérables partout dans le monde. Médecins du Monde a en effet à cœur d’intégrer les soins de santé mentale aux soins de santé en général et, pour y parvenir, fait appel au public pour soutenir ses missions et mobiliser davantage de psychologues bénévoles aux côtés de l’ONG.

En Belgique

Dans le cadre de nos consultations, nous constatons que de plus en plus de migrants en séjour précaire sont en souffrance psychologique et nécessitent une prise en charge adéquate. Les causes sont diverses, inhérentes à leur vie avant l’exil, durant leur voyage vers la Belgique ou même souvent depuis leur arrivée dans notre pays. Les migrants en situation irrégulière souffrent de toutes sortes de troubles qui vont du stress chronique aux pathologies psychiatriques, en passant par les syndromes de stress post-traumatique ou les maladies psychosomatiques. Ils se sentent exclus, amoindris, coupables et, en définitive, ne se reconnaissent plus comme des êtres humains à part entière.
Afin de leur venir en aide, Médecins du Monde intègre la santé mentale dans ses missions en faveur des exclus des soins de santé. Toute personne qui vient en consultation dans notre centre d’accueil, de soins et d’orientation (CASO) à Bruxelles, se voit d’abord dirigée vers une assistante sociale qui identifie les problèmes sociaux auxquels doit faire face le patient. Après cette entrevue, elle le dirige vers l’un de nos médecins pour les pathologies physiques et vers l’un de nos psychologues, si l’état mental du patient le requiert. Tant le médecin que le psychologue réorientent par la suite le patient vers les structures les mieux adaptées à leur prise en charge.

En Afrique

Au Mali, Médecins du Monde s’est engagé dans un long combat pour améliorer la situation des enfants vivant dans les rues de Bamako. En collaboration avec des centres locaux d’accueil pour enfants des rues, l’ONG améliore la prise en charge médicale, psychologique et sociale de ces enfants. C’est donc dans une optique globale que sont pris en charge les soins de santé mentale, car ils ne peuvent pas se dissocier de l’état physique ou de l’environnement social du patient.
Les enfants des rues sont très souvent sujets à d’importants troubles de comportement. Pourtant, avant l’intervention de Médecins du Monde, ces troubles étaient très peu pris en compte par les intervenants des centres d’accueil qui, généralement, n’avaient pas eu l’occasion de se former à la psychologie. C’est pour cette raison qu’un psychologue expatrié de Médecins du Monde est actuellement sur le terrain pour former les intervenant locaux afin qu’ils soient capables de détecter et accompagner les enfants en souffrance. Tout est mis en œuvre également pour améliorer le cadre de vie de l’enfant pour qu’il puisse s’épanouir socialement. Enfin, toujours en collaboration avec différentes structures maliennes, Médecins du Monde tente de renouer les liens sociaux-familiaux des enfants vulnérables.

Bientôt en Palestine

En Palestine, les femmes jouent un rôle central dans la vie quotidienne. Outre leur rôle domestique, elles sont en général le soutien moral principal des hommes et des enfants qui sont quotidiennement plongés dans un environnement violent. Dans une situation économique, sociale et humanitaire catastrophique (60% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté et 35 à 40% sont sans emploi en Cisjordanie d’après la Banque mondiale), les femmes constituent le pilier auquel les autres membres de la famille peuvent se raccrocher. Mais qui les soutient, elles? Qui les écoute?
Alors que de nombreux projets d’aide psychosociale destinés aux enfants existent en Palestine, il y a très peu de structures pour accueillir les adultes. Par exemple à Hébron, où Médecins du Monde prévoit de lancer une nouvelle mission en 2009, il n’existe qu’un seul centre de santé mentale pour 500.000 habitants! Dans ce contexte de violence, les femmes sont particulièrement visées car, outre les violences liées au conflit lui-même, elles doivent également faire face à des discriminations liées aux mariages ou aux divorces, aux mariages forcés ou encore aux crimes d’honneur…
Face à cette situation terriblement traumatisante, Médecins du Monde va lancer une mission qui travaillera sur quatre axes: consoler, soigner, témoigner et former. Toujours en partenariat avec des structures locales, l’ONG mettra en place des structures au sein desquelles les femmes palestiniennes pourront être écoutées par des personnes compétentes en matière de santé mentale et où elles pourront tisser des liens sociaux, notamment au travers de groupes de paroles. Médecins du Monde veut également profiter de sa présence dans les territoires palestiniens pour témoigner auprès d’un large public de la situation de ces femmes en souffrance. Enfin, Médecins du Monde mettra en place un système de formation des intervenants sur place, afin qu’ils soient capables de prendre le relais.
Communiqué par Médecins du Monde
Médecins du monde, rue de l’Eclipse 6, 1000 Bruxelles. Tél.: 02 648 69 99. Fax: 02 648 26 96. Courriel: info@medecinsdumonde.be. Internet: https://www.medecinsdumonde.be .

Des patients aux soins de la société

Le 30 Déc 20

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Il y a les patients, les associations (grandes et petites) et les coupoles qui les fédèrent. Tous sont en marche vers ‘des soins et des services de qualité et accessibles à tous’.
Deux recherches réalisées avec le soutien de la Fondation Roi Baudouin ont servi d’amorce au colloque organisé par la Ligue des usagers des services de santé le 5 décembre dernier à Namur.
La première, présentée par Chantal Vandoorne et Gaëtan Absil (APES-ULg), prend acte du rôle social des associations de patients et dégage des pistes pour un renforcement du rôle de la LUSS en tant que coupole les fédérant en vue d’être incontournable aux yeux des autres acteurs de la santé. L’enjeu est de travailler ensemble pour le bien-être des patients et de leurs proches. Dans cet espace de collaboration la LUSS cherche à jouer un rôle d’interface et d’accompagnement sur base d’une expertise de proximité avec le terrain et d’une observation des pratiques.
Pour passer de l’action sociale à l’action sociétale, il faut des moyens afin de développer une offre de services. Mais quelles sont les ressources humaines, financières et matérielles dont disposent les associations de patients?
Hervé Lisoir (Fondation Roi Baudouin) a présenté les résultats d’une première enquête exploratoire à laquelle 102 associations ont participé: leur action recouvre 14 millions € de dépenses en 2007 dont 70 % de frais fixes (salaires et frais de fonctionnement) et 30% de frais liés à des projets. Ces budgets reflètent beaucoup d’ambition tant du point de vue du volume d’activités (en augmentation au fil du temps) que de la qualité des projets développés.
Du point de vue du bénévolat, cela représente plus de 70.000 journées de travail. Pour 2009-2011, la Fondation Roi Baudouin souhaite contribuer au développement d’une offre de formation adaptée aux besoins des associations ainsi que lancer une étude sur des pistes de financement des associations.
Pour les mutualités, le premier terrain d’action pour un combat transversal vers l’accès aux soins pour tous est celui de la gestion paritaire de l’assurance soins de santé et indemnités qui couvre solidairement 75% des dépenses totales, ainsi que le rappelait Alda Greoli (Collège intermutualiste national).
La solidarité organisée opère donc une redistribution importante. Il est bon de le redire dans un contexte où le vieillissement de la population, l’apparition de nouvelles maladies, la médicalisation des problèmes sociaux mettent le système de soins davantage sous pression. Les enjeux de représentation de tous les assurés sociaux demeurent donc, en particulier pour les groupes plus défavorisés.

Mieux connaître les associations de patients

En marge du colloque et des Rencontres de Namur Expo, la LUSS a publié une plaquette d’information intitulée ‘Qu’est-ce qu’une association de patients?’, qui explique brièvement et clairement qui elles sont, ce qu’elles font, qui les compose, à qui elles s’adressent, quelles collaborations elles développent avec les professionnels et quelle place elles revendiquent au sein du système de santé.
Disponible à la Ligue des usagers des services de santé, av. Sergent Vrithoff 123, 5000 Namur. Tél.: 081 74 44 28. Fax: 081 74 47 25. Courriel: luss@luss.be. Site: https://www.luss.be

Les mutualités souhaitent que l’on regroupe au sein d’un seul organe consultatif à l’INAMI les résultats des études relatives aux dépenses des patients chroniques, aux besoins non rencontrés, l’évaluation des coûts à prendre en compte dans un budget d’assurance maladie suffisant. Enfin pour participer à la vie en société il faut avoir le revenu suffisant. Une série de mesures doivent donc être concrétisées en matière de revalorisation des indemnités aux invalides, de soutien aux aidants proches, d’octroi automatique du statut omnio .
Le Dr Geneviève Haucotte (INAMI) est venue annoncer la création (au 01/1/2010) d’un observatoire de la situation des patients chroniques au sein du Comité consultatif pour les malades chroniques mis en place en 1998. Il aura pour mission, en collaboration avec les associations, d’assurer le suivi des problèmes et des solutions apportées à la prise en charge des patients chroniques.
Laurette Onkelinx , notre ministre fédérale des Affaires sociales et de la Santé est venue expliquer le suivi qu’elle entend donner à la concertation avec les associations dans le cadre de la mise en place du ‘Plan malades chroniques’ (107 millions € sur 2009-2010). Une série de mesures seront intégrées dans la loi programme en discussion au Parlement (dont le maximum à facturer ( MAF ) pour les malades chroniques et l’intégration du ticket modérateur de certaines prestations dans ce même MAF), d’autres viseront la simplification du statut omnio , et l’établissement des listes de maladies chroniques.
La ministre entend également prendre d’autres initiatives:
-un forfait de soins pour les pathologies lourdes;
-l’élargissement du tiers payant pour les patients gravement malades;
-l’intégration dans l’assurance-maladie invalidité de programmes de soins concernant les maladies lourdes (diabète, mucoviscidose…);
-la transparence sur les prix et les coûts dans le cadre de l’information à laquelle le patient a droit afin d’éviter l’emballement des prix et les surcoûts;
-la mise en place, à côté de la voie judiciaire, d’un fonds d’indemnisation pour couvrir les erreurs médicales (aléas thérapeutiques);
-la prise en charge du patient à la sortie de l’hôpital;
-le remboursement de médicaments innovants via la baisse de prix de médicaments qui ont amorti leurs frais de recherche et développement.
Enfin Pierre Sterckx , Président de la LUSS, a clôturé le colloque en demandant que l’on arrête de tourner en rond. Dans une société où tout se marchande, le patient seul ne réussit pas à s’imposer pour changer les choses. C’est pourquoi il se regroupe en association pour faire entendre avec d’autres une voix qui transcende l’expérience individuelle. Cependant le secteur de la santé n’est pas à l’abri d’intérêts divergents. La LUSS demande donc que chacun arrête de tirer la couverture à soi: chacun doit être à sa place à l’écoute des autres dans un espace complexe qui place au-dessus de tout la santé de l’ensemble des usagers.
Bernard Van Tichelen , Département socio-éducatif des Mutualités chrétiennes